Brian Wilson
Interview, Malibu, 1992
Michka Assayas nous compte, par le langage de lâintime quâon lui connaĂźt, une des expĂ©riences les plus intenses de sa vie.
Ce texte est dĂ©jĂ paru, en 2012, dans lâanthologie In a Lonely Place
Y aâtâil une chance que le fameux Smile, ce disque mythique qui devait succĂ©der Ă Pet Sounds, sorte un jour?
Oh, il a incendiĂ© un immeuble. On essayait de faire une musique de sorcellerie. JâĂ©tais bourrĂ© de haschisch et de marijuana. Et je suis parti un peu trop loin avec ce morceau qui sâappelait « Fire ». Un endroit en bas de la rue a pris feu le jour oĂč on a fait cette chanson, je me suis dit : « Dâune façon ou dâune autre, câest nous qui avons dĂ» mettre le feu Ă cet immeuble. »
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En 1992, grĂące Ă Christian Fevret des Inrockuptibles, Michka Assayas entre enfin en contact avec le leader des Beach Boys, Brian Wilson, et parvient Ă lâinterviewer pour le compte du magazine. De cette rencontre Ă Malibu Ă©merge un article fleuve dâune cinquantaine de pages. En prĂ©ambule de lâinterview, Michka parle de sa relation Ă la musique des Beach Boys, de leur place dans le paysage musical international, de lâimportance de Brian Wilson dans lâĂ©volution de la pop, de son histoire tantĂŽt tragique, tantĂŽt fantastique. Puis vient le temps de lâĂ©change, passionnant, entre le jeune critique rock et ce gĂ©nie fou quâest Brian Wilson, quatre ans aprĂšs son retour sur le devant de la scĂšne, quatre ans aprĂšs sa rĂ©surrection.
Revue de presse
- Pour mieux connaĂźtre le leader des Beach Boys et Bono Daniel Rolland Culture hebdo septembre 2020
- Brian Wilson, pop star Sylvain Bonnet Boojum 17 septembre 2020
- Dans la tĂȘte de Brian Wilson, damnĂ© des Beach Boys Fabrice Gottraux La Tribune de GenĂšve 12 septembre 2020
Michka Assayas Ă©tait lâinvitĂ© de lâĂ©mission Entrez sans frapper sur La PremiĂšre RTBF afin de parler de son livre Brian Wilson. Interview, Malibu, 1992.
Une émission à réécouter sur La PremiÚre RTBF
Un journaliste quĂ©bĂ©cois a dit du journalisme que câĂ©tait un acte mineur un peu comme Gainsbourg nâen disait pas mieux de la chanson populaire. Eh bien le mĂ©tier de scribe Ă ses lettres de noblesse et Michka Assayas en donne une preuve Ă©clatante avec cette entrevue quâil avait rĂ©alisĂ© en 1992 avec Brian Wilson le leader du mythique groupe des Beach Boys quâon a accusĂ© tellement de faire dans le genre bleu bleu. MĂȘme si Assayas reconnaĂźt ĂȘtre un inconditionnel depuis lâĂąge aussi tendre de huit ans, il nâen est pas moins critique et ne gobe pas tout dâemblĂ©e sur ce quâa produit la formation au cours des ans. Il a donc rencontrĂ© son idole Ă Malibu et lui a posĂ© des questions franches pour lesquelles il a obtenu des rĂ©ponses toutes aussi transparentes. Cela donne un livre rĂ©gal avec lâentrevue prĂ©cĂ©dĂ©e dâune mise en situation de ce que les Beach Boys ont Ă©tĂ© dans le paysage du rock. On doit Ă Assayas le Nouveau dictionnaire du rock chez Laffont et il tient le micro sur France Inter de lâĂ©mission âVery Good Tripâ.
Et si vous regrettez que la lecture de lâentrevue avec Brian Wilson a Ă©tĂ© trĂšs courte et que vous adorez lâapproche journalistique dâAssayas, sachez que celui-ci, dans une mĂȘme mouture que le livre prĂ©cĂ©demment dĂ©crit nous offre Ă©galement une introspection sur la carriĂšre de Bono et ça donne Bono par Bono toujours chez le mĂȘme Ă©diteur Le mot et le reste. A MontrĂ©al quand Bono dĂ©barquait dans sa suite de lâHĂŽtel St-James, une horde dâadmirateurs campait aux abords de lâĂ©tablissement pour lâaccueillir avec frĂ©nĂ©sie. Sa cote chez nous demeure inchangĂ©e, et surtout en raison de son engagement humanitaire. Dans le cas de son sujet il a eu la grande opportunitĂ© de partager plusieurs moments dâintimitĂ©. Il nous sert ici une entrevue remontant Ă il y a quinze ans. Sur les fondamentaux du chanteur de U2 la dĂ©marche est inchangĂ©e. Sâil y a un dĂ©nominateur avec Katerine citĂ© plus haut, câest que lâartiste le plus choyĂ© et respectĂ© de la planĂšte sâen tient Ă un discours, tout sauf formatĂ©. Nous on adore. LĂ nous avons un petit pavĂ© entre les mains qui se dĂ©guste comme du petit lait. On se rend compte avec Bono de lâutilitĂ© des artistes, cette distanciation et cette contestation du monde qui fait du bien Ă entendre.
Un génie troublé
Quand Assayas rencontre Brian Wilson en 1992, il sâagit dâun Ă©vĂšnement dont il est peut-ĂȘtre aujourdâhui difficile dâimaginer la portĂ©e. Wilson a Ă©tĂ© leader du seul groupe de pop qui a, Ă un moment, rĂ©ussi Ă surpasser les Beatles. PortĂ© par le succĂšs de Surfinâ Usa, le groupe constituĂ© de Brian, de ses frĂšres Carl (quelle voix !) et Dennis, dâAl Jardine et de Mike Love, a suscitĂ© aux Ătats-Unis une vĂ©ritable mania, antĂ©rieure Ă celle des Beatles. Surtout, Brian est un grand compositeur, un « Mozart primitif » comme lâĂ©crit Assayas, tout aussi intuitif que sensible.
Fruit dâune enfance trĂšs perturbĂ©e, traumatisĂ© par la violence de son pĂšre Murry, Brian renonce rapidement aux tournĂ©es et se concentre sur le travail en studio. ObsĂ©dĂ© par le son créé par Phil Spector (Assayas le raconte trĂšs bien) et sa rivalitĂ© avec les Beatles (et surtout Paul McCartney), Wilson créée des chefs dâĆuvres comme California Girls et surtout lâalbum Pet Sounds suivi du single Good Vibrations. En 1966, il y a eu un moment de stupeur Ă Abbey Road en Ă©coutant ces disques : les quatre de Liverpool pouvaient-ils faire mieux ? Ils gagneront le match avec Sergeant Pepperâs lonely heart club band et Brian Wilson, devenu fou, craque pendant lâenregistrement du fameux Smile : il sombre alors dans un Ă©tat dĂ©pressif qui empirera dans les annĂ©es 70.
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La bonne surprise de lâentretien obtenu par Assayas est que Brian Wilson se montre trĂšs disert. Il a envie de parler, de se livrer, malgrĂ© quelques rĂ©ticences. Il parle de son groupe, de Spector, avec une libertĂ© de ton apprĂ©ciable. Plus tard, il se dĂ©livrera de Landry et terminera Smile (enfin, presque). On laisse le lecteur sur cette phrase magnifique captĂ©e par Assayas. Elle justifie pour tout amateur de musique de lire cet ouvrage :
Je crois que si vous avez une obsession monomaniaque pour la musique, comme câĂ©tait mon cas, et comme câest apparemment le vĂŽtre, vous recueillez la musique en vous et vous continuez jusquâĂ ce quâelle ne vous quitte plus jamais. Câest plus facile Ă dire quâĂ faire, mais câest faisable. Vous pouvez lâemporter avec vous, vous promener avecâŠ
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Plaisir total à la lecture de cet entretien intense avec le génie créateur de Beach Boys.
Cette fois, tout y est: le sujet parfaitement anglĂ©, lâĂ©criture au poil, le sens du cadre comme du dĂ©tail. Plaisir total Ă la lecture de cet entretien intense avec le gĂ©nie crĂ©ateur de Beach Boys.
Le texte date de 1992. Il a Ă©tĂ© publiĂ©, dans les «Inrockuptibles» une premiĂšre fois, puis dans un recueil, dĂ©jĂ Ă lâenseigne du Mot et le Reste. Pas un problĂšme. Ce qui Ă©tait bon hier le reste aujourdâhui. Et lâon replonge dans lâhistoire aussi touchante quâeffrayante de lâaĂźnĂ© des Wilson, compositeur principal du groupe phare de la pop nord-amĂ©ricaine.
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Lâhistoire est connue. Mais lâentendre par la voix du principal intĂ©ressĂ© lui confĂšre une rĂ©alitĂ© autrement nuancĂ©e. Brian avait 50 ans Ă lâĂ©poque. Il en a aujourdâhui 78 et joue encore de la musique. Pour Michka Assayas, cette rencontre lui a rĂ©vĂ©lĂ© que « dans le rock, la rĂ©surrection nâĂ©tait pas un vain mot ».
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