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Parution : 22/08/2025
ISBN : 9782384316
360 pages (148 x 210)

26 €

Yes - Nouvelle édition

Le parcours d’une des pierres angulaires du rock progressif analysĂ© par un des spĂ©cialistes du genre.

L’histoire de Yes se confond avec celle du rock progressif dans ce qu’elle a pu avoir de glorieux (une musique novatrice et populaire), de discutable (la dĂ©mesure conceptuelle) ou de tragi-comique (des querelles d’ego dignes d’un soap opera). Ce livre retrace plus d’un demi-siĂšcle de cette saga Ă  rebondissements, de la rencontre du chanteur Jon Anderson et du bassiste Chris Squire en 1968 Ă  ses survivances contemporaines parfois rivales. Architecte d’une musique spectaculaire, souvent complexe et virtuose, mais aussi porteuse d’idĂ©aux spirituels et philosophiques en phase avec les prĂ©occupations d’une gĂ©nĂ©ration, Yes aura surtout Ă©tĂ©, pendant son septennat d’apogĂ©e crĂ©atif, le théùtre d’une Ă©tonnante et improbable alchimie musicale, transfigurant des talents individuels en gĂ©nie collectif.

Revue de presse

- Aymeric Leroy Yes (Le Mot et le Reste) Renaud Oualid Koid'9 Mai 2018
- Entretien avec Aymeric Leroy J.-G. Lanuque & O. Pelletant Big Bang octobre 2017
- Chronique - Le guide du voyageur affirmatif J.-G. Lanuque & O. Pelletant Big Bang octobre 2017
- Yes Jean-Philippe Haas Chromatique.net 29 octobre 2017
- Yes, close to the book Frédéric Goaty Muziq.fr 18 septembre 2017

- Aymeric Leroy Yes (Le Mot et le Reste)

On croyait tout savoir sur Yes, tout connaĂźtre de sa longue carriĂšre chaotique
 Pourtant, Ă  la lecture de ce nouvel ouvrage (le second en français, aprĂšs celui de Lionel Daloz) sur le mythique groupe britannique, on en apprend des vertes et des pas mĂ»res sur les motivations de Jon, Chris
 et de tous les autres. Notre confrĂšre Aymeric Leroy a rĂ©alisĂ© un travail monumental et Ă  quatre niveaux : recherche biographique, chroniques musicales, analyse des textes des chansons et enfin rĂ©daction de l’ouvrage (345 pages).
Pour la bibliographie, Aymeric s’est basĂ© sur plusieurs ouvrages anglo-saxons (ceux Ă©crits par Dan Hedges, Chris Welsh, Tim Morse, Bill Martin et David Watkinson notamment), Ă  laquelle il faut ajouter l’interview fleuve de Jon Anderson que l’auteur avait rĂ©alisĂ© pour la revue Big Bang. La somme d’informations ainsi recueillie (dans la langue de Shakespeare, s’il vous plait !) est par consĂ©quent impressionnante.

Concernant les chroniques, nulle inquiĂ©tude, on pouvait faire confiance Ă  Aymeric pour nous livrer une analyse pointue des albums au regard de sa culture encyclopĂ©dique du rock progressif. On peut ne pas ĂȘtre d’accord avec lui (et c’est souvent le cas d’ailleurs, car Leroy a une vision Ă©litiste des “musiques progressives”), mais ses avis tranchĂ©s sont toujours argumentĂ©s et Ă  fortiori intĂ©ressants.
Pour l’étude des structures rythmiques yessiennes – pas piquĂ©es des vers – Aymeric a eu recours Ă  l’expertise de François Labat, batteur d’AndYouAndYes, l’excellent tributeband français.
Ce que nous n’attendions pas forcĂ©ment de cet ouvrage, et qui nous a agrĂ©ablement surpris et passionnĂ©, c’est l’analyse des textes poĂ©tico- philosophico- nĂ©buleux de Jon Anderson. Il fallait oser se lancer dans le “commentaire de textes” et Leroy s’en tire avec les honneurs. Il nous permet de mieux cerner tous ces “mots qui vont trĂšs bien ensemble” mais dont on ne comprend pas toujours le sens.

Je vous vois venir : 345 pages sur Yes, n’est-ce pas trop pĂ©nible Ă  lire ? J’avoue avoir Ă©tĂ© inquiet, connaissant la propension naturelle d’Aymeric d’intellectualiser Ă  outrance, d’utiliser un vocabulaire et des tournures de phrases compliquĂ©s pouvant nuire Ă  la fluiditĂ© du propos
 Je vous rassure tout de suite : ce bouquin se lit comme un roman ! Il est clair, net et prĂ©cis. Les anecdotes sont nombreuses et Aymeric fait souvent preuve d’humour (British, of course). Le rĂ©cit est historique, alternant chapitres dĂ©diĂ©s aux albums et chapitres de transition (intitulĂ©s : “Changes”) relatant les changements (nombreux !) de musiciens. Bref, pas d’innovation hasardeuse qui risquerait de ‘casser’ les tribulations de nos hĂ©ros. Pour ma part, la lecture s’est Ă©talĂ©e sur 2 ou 3 soirĂ©es et c’est bien parce que je devais reprendre le travail le lendemain que je ne l’ai pas dĂ©vorĂ© en une seule nuit !

De nombreuses photos d’archive en noir et blanc – loin d’ĂȘtre esthĂ©tiques – parsĂšment l’ouvrage, aĂ©rant le propos. Le but de Le Mot et le Reste n’a jamais Ă©tĂ© d’éditer de beaux livres artistiques, mais plutĂŽt des ouvrages de rĂ©fĂ©rence sur des artistes ou des courants musicaux. Objectif largement atteint en ce qui concernce ce Yes qui fait honneur Ă  cette maison d’édition.
Cousin Hub

Renaud Oualid
Koid'9 Mai 2018

- Entretien avec Aymeric Leroy

En dĂ©couvrant ton nouveau livre sur Yes, qui arrive aprĂšs ceux sur Pink Floyd et King Crimson, on en arrive trĂšs vite Ă  se demander pourquoi tu n ‘as pas commencĂ© par celui-ci. Comment se fait-il donc que tu aies tant attendu avant de “t’attaquer” Ă  Yes ?

Yes aurait en effet pu venir avant King Crimson, dans le sens oĂč cette chronologie a Ă©tĂ© en partie dictĂ©e. en concertation avec mon Ă©diteur, par une logique consistant Ă  partir de sujets plus accessibles pour prĂ©parer le terrain au projet qui Ă©tait initialement le mien, celui sur l’École
de Canterbury. D’oĂč l’idĂ©e de commencer par Pink Floyd puis de continuer par un ouvrage gĂ©nĂ©ral sur le rock progressif. Yes faisait depuis longtemps partie des possibilitĂ©s mais KC s’est sans doute imposĂ© parce qu’au moment de commencer Ă  Ă©crire le livre, Robert Fripp avait annoncĂ© sa retraite, dĂ©cision sur laquelle il est heureusement revenu depuis, mais l’idĂ©e Ă©tait plutĂŽt de s’ attaquer Ă  des groupes dont la carriĂšre Ă©tait rĂ©volue. Avec Yes, on n’est pas techniquement dans ce cas de figure, mais artistiquement, il en va bien sĂ»r diffĂ©remment


Pour rebondir sur la premiĂšre question, en te lisant, on prend assez vite conscience que tu considĂšres Yes comme le groupe progressif par excellence. Est-ce une impression fondĂ©e? D’ailleurs, selon toi, en quoi Yes reprĂ©sente une forme de quintessence du rock progressif ; et en quoi possĂšde-t-il une singularitĂ© irrĂ©ductible ?

Ce qui distingue Yes des autres candidats possibles Ă  ce titre, c’est qu’en prĂšs de cinquante ans de carriĂšre, l’étiquette “rock progressif” demeure la plus adĂ©quate pour dĂ©signer l’ensemble de son parcours. Autant Genesis, qui a rompu dans les annĂ©es 80 avec le style et le son de ses albums de la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente, pour ne plus jamais y revenir – sans que la dimension progressive disparaisse totalement de sa musique –. autant Yes a rĂ©guliĂšrement Ă©tĂ© tentĂ© de renouer avec son Ăąge d’or des annĂ©es 1970-77, quasi unanimement dĂ©signĂ© comme tel par ses amateurs. Le succĂšs de Yes durant la pĂ©riode Rabin fut considĂ©rable mais Ă©phĂ©mĂšre. laissant une marque trop peu profonde pour faire de l’ombre Ă  sa pĂ©riode purement progressive. Quels autres groupes pourraient disputer Ă  Yes ce titre de “groupe prog par excellence” ?
Concernant ELP, on se beurte Ă  la fois Ă  une question de longĂ©vitĂ©, mais aussi Ă  l’absence d’unanimitĂ© Ă  son sujet y compris parmi les amateurs de prog dĂ©clarĂ©s. Quant Ă  King Crimson, malgrĂ© son rĂŽle majeur, et mĂȘme fondateur, la relation de Fripp au rock progressif a Ă©tĂ© trop ambivalente, dans le discours comme dans les faits, pour en faire un ambassadeur dĂ©signĂ© du genre. Pour rĂ©sumer, parmi ces groupes, Yes est le seul que l’on puisse qualifier de groupe de rock progressif sans faire suivre cela de rĂ©serves ou de nuances.

À lire ton ouvrage, on sent que le travail de prĂ©paration a dĂ» ĂȘtre considĂ©rable : la dimension informative est trĂšs dĂ©veloppĂ©e, avec quelques anecdotes savoureuses, et des analyses dĂ©taillĂ©es des albums. Quelles ont Ă©tĂ© tes sources ? Sur combien de temps la prĂ©paration et la rĂ©daction se sont-elles Ă©talĂ©es?

Un peu plus d’un an, mais Ă©videmment, la matiĂšre s’est accumulĂ©e sur une pĂ©riode beaucoup plus longue. J’écoute Yes depuis prĂšs de trente ans, Ă©cris sur ce groupe depuis vingt-cinq et Ă©tais, par mes diverses lectures, au fait de son histoire et de ses nombreuses turpitudes. Pour autant, je suis quand mĂȘme allĂ© beaucoup plus loin pour cet ouvrage, en Ă©coutant ou en lisant un nombre considĂ©rable d’interviews, afin de trouver la matiĂšre d’un rĂ©cit aussi riche en dĂ©tails que possible, mais aussi pour trancher entre les versions pas toujours concordantes racontĂ©es par les uns et les autres. ll y avait presque un aspect d’enquĂȘte policiĂšre, pour

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Suite de l’entretien dans le numĂ©ro d’octobre de Big Bang

J.-G. Lanuque & O. Pelletant
Big Bang octobre 2017

- Chronique - Le guide du voyageur affirmatif

Au fil de ses ouvrages successifs, Aymeric Leroy, cofondateur de Big Bang, est en train de devenir l’auteur français de rĂ©fĂ©rence sur le rock progressif. AprĂšs ses sommes synthĂ©tiques sur le Rock Progressif et L’Ecole de Canterbury, il signe une troisiĂšme monographie, succĂ©dant Ă  celles dĂ©jĂ  parues sur Pink Floyd et King Crimson. Cette fois, c’est Ă  un groupe symbolisant Ă  merveille le rock progressif de l’ñge d’or des annĂ©es 1970 qu’il s’attaque, capable du pire comme du meilleur. Certes, il y avait dĂ©jĂ  eu, il y a quelques annĂ©es, l’ouvrage de Lionel Dalloz, Yes. Un Sentiment OcĂ©anique Dans Le Rock, mais au-delĂ  de ses qualitĂ©s (une grande quantitĂ© d’informations factuelles), le livre souffrait d ‘ĂȘtre Ă©crit par un fan pour des fans, sans prendre suffisamment de distance critique Ă  l’égard de son sujet. Ce n’est pas le cas de celui d’Aymeric Leroy, qui s’efforce de peser le pour et le contre, allant au-delĂ  de la simple dichotomie entre le Yes le plus ambitieux et prog, et son double plus commercial et opportuniste.
AprĂšs une introduction insistant entre autres sur la capacitĂ© de la musique de Yes, dans ce qu’elle a de meilleur, Ă  rĂ©enchanter le monde, le rĂ©cit suit le strict dĂ©roulement chronologique : un chapitre pour chaque album, avec rĂ©guliĂšrement des chapitres intermĂ©diaires consacrĂ©s aux multiples changements d’effectifs connus par le groupe (et malicieusement intitulĂ©s “Changes”, du nom d’un des morceaux du rĂ©pertoire de Yes). L’étude est richement documentĂ©e, pourvue d’un certain nombre d’ anecdotes souvent frappantes. On retiendra. au hasard, que le lieu ayant servi Ă  la conception de The Yes Album, est devenu par la suite la demeure de Steve Howe, sĂ©duit par ce souvenir intense ; ou encore que Trevor Rabin a bien failli intĂ©grer Asia en tant que cinquiĂšme membre avant son aventure avec Yes

Tout commence en 1968, par la rencontre entre Jon Anderson et Chris Squire, ce dernier intĂ©grant le chanteur Ă  son groupe du moment, Mabel Greer’s Toy Shops ; ils seront ensuite rejoints par Bill Bruford, Peter Banks et Tony Kaye (alias «king of the keyboards» !!). Le changement de nom en Yes s’ est visiblement fait en suivant l’idĂ©e du guitariste, et Ă  cet Ă©gard, Aymeric Leroy lui rend un hommage mĂ©ritĂ© en Ă©voquant sa vie aprĂšs Yes, tant ce musicien mĂ©rite mieux que l’ombre qu’il est devenue au fil du temps. C’est avec l’intĂ©gration de Steve Howe (aprĂšs des dĂ©marches auprĂšs de Robert Fripp) que l’apogĂ©e de la carriĂšre de Yes s’entrouvre, et c’est Ă  compter du Yes Album que les analyses d’Aymeric Leroy sur chaque disque sont plus Ă©toffĂ©es, plus fournies. À cet Ă©gard, il faut absolument souligner l’importance accordĂ©e aux textes, souvent plus profonds que la seule spiritualitĂ© bĂ©ate Ă  laquelle on a souvent tendance Ă  rĂ©duire Anderson. Il en est ainsi en particulier de “Yours Is No Disgrace”, Ă©voquant tout Ă  la fois les folies de la sociĂ©tĂ© consumĂ©riste et les affres de ces soldats contraints d’obĂ©ir Ă  des ordres meurtriers. De cet album fondateur, Aymeric Leroy souligne la grande libertĂ© ayant prĂ©sidĂ© Ă  sa conception, « (
) point d’équilibre stylistique jamais vraiment retrouvĂ© par la suite (
) entre un ancrage classic rock garant d’un accĂšs au grand public et une ambition plus progressive. » (p. 65). Pour Fragile, dont la pochette et le concept d’ensemble se sont retrouvĂ©s liĂ©s par pur hasard (!), le thĂšme central, la dĂ©licate mais nĂ©cessaire harmonie entre homme et nature ( “Roundabout” ), est dĂ©clinĂ©e Ă  travers la violence de la nature (“South Side Of The Sky”) et l’aliĂ©nation urbaine (“Heart Of The Sumise”), sans oublier une autocritique de l’idĂ©ologie hippie (“Long Distance Runaround” ). Musicalement parlant. Aymeric Leroy souligne le rĂŽle crucial jouĂ© par Rick Wakeman, tout juste intĂ©grĂ© au groupe. grĂące Ă  sa science des harmonies et son sens des arrangements. Close To The Edge, le chef d’Ɠuvre incontestĂ©, voit la complĂ©mentaritĂ© artistique entre Howe ct Anderson Ă  son acmĂ©, le chanteur insufflant de l’ampleur aux idĂ©es musicales du guitariste. Au-delĂ  de l’influence du Siddharta d’Herman Hesse, l’album, et spĂ©cialement sa suite Ă©ponyme, est dirigĂ© contre les religions instituĂ©es, appelant Ă  un Ă©veil spirituel alternatif. L’interprĂ©tation du cĂ©lĂšbre passage jouĂ© par Rick Wakeman Ă  l’orgue puis au mini moog est Ă  cet Ă©gard lumineuse : l’orgue d’église se voit dĂ©truit par la modernitĂ© du synthĂ©tiseur, avant l’introduction d’un orgue Ă©lectrique, stade supĂ©rieur d’une spiritualitĂ© harmonieuse (p. 106). Sur les Tales From Topographic Oceans, la critique est logiquement plus dure, tant cette Ɠuvre mitigĂ©e aurait sans doute mĂ©ritĂ© d’ĂȘtre condensĂ©e sur un seul disque. A l’inverse. Relayer voit Yes aller le plus loin dans la rĂ©volution musicale. L’auteur compare la dĂ©marche du groupe Ă  cette date Ă  celle d’un Mahavishnu Orchestra, et dĂ©crypte les paroles de “The Gates Of Delirium”, appel Ă  la violence dĂ©bouchant ensuite sur le bonheur tant espĂ©rĂ©. A ce sujet, la critique d’ Aymeric Leroy nous semble excessive : “Bien qu’Anderson se garde de prendre clairement parti, le simple fait de s’en ĂȘtre fait l’écho peut ĂȘtre jugĂ© sĂ©vĂšrement Ă  quatre dĂ©cennies de distance.” (p. 1 61). En 1974. la lutte armĂ©e n’a pas encore sombrĂ© dans les tragĂ©dies italienne ou allemande, et Ă  moins d’un parti pris non violent par principe, on peut trouver exagĂ©rĂ© de rejeter tout appel Ă  la violence afin de changer le monde. Disons plutĂŽt que Yes, par la voix d’Anderson, a Ă©tĂ© Ă  ce moment prĂ©cis de son histoire un rĂ©vĂ©lateur voire un amplificateur de l’esprit d’une Ă©poque (particuliĂšrement sensible en Italie, voir le tĂ©moignage d’Alessandro Stella, AnnĂ©es De RĂȘve Et De Plomb. ou le roman de Mathieu Riboulet, Entre Les Deux Il n’y a Rien). Les textes de Going For The One tĂ©moignent d’ailleurs Ă  l’inverse d’un basculement du monde, fait de “philosophie de la rĂ©ussite” (p. 192) personnelle et d’individualisme, jusque dans l’introspection d’“Awaken”. Sur les albums suivants, souvent moins bien considĂ©rĂ©s, Aymeric Leroy fait preuve d’un jugement nuancĂ© et gĂ©nĂ©ralement stimulant. Si, pour Tormato, sa critique du Polymoog de Rick Wakeman va de pair avec une louable volontĂ© d’expĂ©rimentation, Drama incarne Ă  ses yeux une direction prometteuse que le groupe aurait pu suivre dans les annĂ©es 1980, afin de faire pertinemment Ă©voluer sa musique. Quant Ă  90125 ou Big Generator, ils ont droit Ă  un certain nombre d’éloges ! (“(
) persistance de ses inclinations progressives. D’autres Ă©lĂ©ments plus inattendus, novateurs ou expĂ©rimentaux, achĂšvent de faire un sort Ă  l’idĂ©e (
) d’une musique calibrĂ©e pour le succĂšs commercial (
) Ne voir en 90125 qu’un produit formatĂ© pour le marchĂ© serait injuste : il l’est en rĂ©alitĂ© beaucoup moins que bien des albums dont il affronte alors la concurrence.”, pp. 252-251). Quant Ă  Big Generator, certaines de ses chansons tĂ©moignent d’un engagement plus politique vis-Ă -vis des États-Unis et du commerce des armes. A l’inverse, Union se voit dĂ©voilĂ©es des coulisses proprement scandaleuses, d’un producteur plus qu’intrusif Ă  des parties de Howe ou Wakeman refaites par des musiciens de studio. en passant par des petits arrangements entre maisons de disques

Dans une certaine mesure, on allait retrouver des mĂ©li mĂ©los proches pour Open Your Eyes, volte face totale par rapport aux Keys To Ascension dans un but clairement commercial. Si Aymeric Leroy en souligne la « platitude des mĂ©lodies » (p. 301 ), il ne dit rien sur la fausse longue suite finale : le dernier titre du disque affiche en effet vingt minutes au compteur, mais Ă  l’issue de la chanson proprement dite, ce ne sont que bruits de relaxation durant un quart d’heure, une vĂ©ritable escroquerie ! Pour Talk, on retiendra en particulier une rĂ©alisation usant largement de l’informatique (via 24 ordinateurs !) ; et si Aymeric Leroy nous semble un peu sĂ©vĂšre sur son contenu, il en extrait bien sĂ»r son joyau, “Endless Dream”, un des meilleurs titres de l’ùre Rabin avec “Hearts”, Ă  ses yeux.
Bien sĂ»r, on peut trouver quelques manques dans un ouvrage dĂ©jĂ  copieux : l’oubli de biographies dĂ©taillĂ©es (sur Steve Howe ou Rick Wakeman, par exemple), un sous-traitement de la dimension visuelle (les pochettes de Roger Dean ou mĂȘme le logo emblĂ©matique), des analyses d’albums plus succinctes Ă  compter des annĂ©es 1990, ou l’absence de tout album solo aprĂšs la pause du milieu des annĂ©es 70. Mais en l’état, cette biographie est indĂ©niablement une Ă©tude de rĂ©fĂ©rence sur le sujet. D’ailleurs, et une nouvelle fois, c’est en Ă©coutant les Ɠuvres de Yes simultanĂ©ment Ă  la lecture de cet ouvrage que la pertinence de celui-ci se rĂ©vĂšle pleinement. Aymeric Leroy a su prendre le recul nĂ©cessaire pour globaliser sa pensĂ©e et affiner sa vision d’un groupe, certes au parcours quelque peu erratique, mais symbolisant Ă  lui seul la quintessence des musiques progressives. À ce titre, Yes est assurĂ©ment l’un de ses meilleurs (son meilleur?) livres, en tout cas celui oĂč sa passion (plusieurs passages, notamment l’annalyse de “Awaken”, font mĂȘme preuve d’un lyrisme inattendu) et sa rigueur analytique ne font qu’un. Plus qu’un livre passionnant, le guide du voyageur ‘yessien‘


J.-G. Lanuque & O. Pelletant
Big Bang octobre 2017

- Yes

Aymeric Leroy a la plume agitĂ©e ces derniers temps. Un an et quelques aprĂšs le volumineux L’École de Canterbury (qui lui-mĂȘme suivait de prĂšs un ouvrage sur Pink Floyd), voici qu’il s’attaque ni plus ni moins Ă  un autre gĂ©ant du panthĂ©on du prog’ : Yes. Et s’il est un groupe sur lequel il y a des choses Ă  dire, c’est bien celui-ci, tant les remous ont Ă©tĂ© nombreux (et le sont encore) dans cette entitĂ© mythique et multicĂ©phale capable du meilleur comme du pire, dont le grand public ne connaĂźt gĂ©nĂ©ralement que le tube « Owner of A Lonely Heart ».

FidĂšle Ă  ses habitudes, l’auteur a Ă©crit un livre incroyablement bien documentĂ©, puisant ses informations Ă  de nombreuses sources. AprĂšs une introduction sur la pĂ©riode prĂ©-Yes, ce ne sont rien de moins que trois cents pages qui dĂ©crivent le parcours chaotique de ce monument presque cinquantenaire Ă  l’histoire Ă©maillĂ©e de dĂ©parts et retours en tous genres, de batailles d’egos surdimensionnĂ©es, de petites et grandes trahisons, de dĂ©boires juridiques, le tout sur fond de disques inĂ©gaux, entre chefs d’Ɠuvre (The Yes Album, Fragile, Close To The Edge
), albums boursouflĂ©s de prĂ©tention (Tales From Topographic Oceans, Relayer), redites inutiles (Heaven And Earth
) et criants faux pas (Open Your Eyes
). MalgrĂ© un amour Ă©vident pour le groupe, Leroy reste lucide et plutĂŽt objectif (si tant est qu’on puisse l’ĂȘtre en la matiĂšre) sur le contenu artistique comme sur les caractĂšres des musiciens. De nombreuses anecdotes et autres petits dĂ©tails parsĂšment cette riche biographie et font de sa lecture un moment agrĂ©able quand une analyse presque musicologique pourrait la rendre fastidieuse pour le non musicien. Cette dissection quasi maniaque des titres a tout de mĂȘme le mĂ©rite de mettre en lumiĂšre et de revaloriser le parent pauvre des compositions dans le rock progressif : les paroles. On (re)dĂ©couvre ainsi qu’Anderson n’écrivait pas (toujours) des paroles Ă©sotĂ©riques et inaccessibles.

En guise de conclusion de ce qui ne peut devenir qu’un ouvrage de rĂ©fĂ©rence, Aymeric Leroy rĂ©sume bien ce que reprĂ©sente Yes aujourd’hui : deux entitĂ©s distinctes revendiquant chacune une lĂ©gitimitĂ© qu’il n’y a plus lieu de se disputer (surtout depuis la mort de Chris Squire), dont la production musicale actuelle ou Ă  venir ne peut ĂȘtre qu’ anecdotique en regard des piĂšces majeures dĂ©jĂ  produites. Car il y a tant Ă  (rĂ©)Ă©couter dans ce qu’a donnĂ© le groupe, en studio comme en live, qu’il ne vaut guĂšre la peine d’y ajouter quoi que ce soit.

Retrouvez la chronique sur Chromatique.net

Jean-Philippe Haas
Chromatique.net 29 octobre 2017

- Yes, close to the book

Le grand spécialiste du prog rock Aymeric Leroy vient de signer un nouvel ouvrage de référence, consacré à Yes cette fois.

Il fut un temps oĂč il fallait choisir son camp. Dans les cours de rĂ©crĂ© ou en salle de perm’, les discussions allaient bon train, le ton montait parfois : on Ă©tait Beatles ou Rolling Stones, Led Zeppelin ou Deep Purple, TĂ©lĂ©phone ou Trust, Genesis ou Yes.
Aah, Yes
 Personnellement, j’ai toujours placĂ© le groupe de Jon Anderson, Steve Howe, Bill Bruford & Co loin devant Genesis – sorry Peter, mais c’est surtout solo que vous adore, et quant Ă  vous Phil, c’est dans “Face Value”, avec Brand X, Brian Eno et, encore lui, Pete Gab’ que je vous aime.
Sans doute parce que sans m’en rendre compte – vous croyez qu’à quinze ans on prend le temps d’analyser pourquoi on Ă©coute de la musique ? –, j’étais dĂ©jĂ  en quĂȘte d’excellence instrumentale, Ă  la recherche de solistes capables de me faire basculer dans d’autres dimensions, lĂ  oĂč les codes se brouillaient, lĂ  oĂč les barriĂšres tombaient.
Et avec Yes, comme avec King Crimson et Emerson, Lake & Palmer d’ailleurs (pour rester dans le domaine du rock dit “progressif”), j’y trouvais plus que mon compte.

La voix diaphane, haut-perchĂ©e, un rien androgyne et Ă©trange de Jon Anderson me fascinait au moins autant que celle de Robert Plant. Les rugissements et les vrombissements de la basse Ă©lectrique de Chris Squire m’emplissaient d’aise – aurais-je dĂ©couvert la basse grĂące Chris Squire ? Allez savoir
 Les envolĂ©es de Steve Howe me firent comprendre que l’on pouvait ĂȘtre un guitar hero d’un autre genre, d’une autre maniĂšre. Quant Ă  Bill Bruford, il incarnait une sorte d’incontestable perfection dans sa façon de faire sonner sa batterie, de tramer et de tisser des arabesques rythmiques d’une rigueur mathĂ©matique et fiĂ©vreuse Ă  la fois. Certes, il y avait aussi Rick Wakeman, et certains de mes camarades de classe fĂ©rus d’Histoire adoraient ses disques solos, mais moi, Jon, Chris et Bill suffisaient Ă  mon bonheur.

Ainsi, nous apprĂźmes par cƓur “The Yes Album”, “Fragile”, “Close To The Edge” bien sĂ»r, mais aussi “Relayer” et “Going For The One” – “Tales From Topographic Ocean” ? J’avoue que
 (Et puis un double-album, ça coĂ»tait cher !) “Drama” ? « Celui avec les mecs des Buggles ? » Curieusement, on ne l’accepta que bien plus tard (et on l’aima mĂȘme, si, si
).
Puis les annĂ©es 80 commencĂšrent, et Ă  notre grande surprise, Yes (re)devint pour toute une gĂ©nĂ©ration – la mienne ! – un groupe dans le coup, capable d’assumer son passĂ© glorieux et d’incarner le prĂ©sent. Tout cela grĂące Ă  Owner Of A Lonely Heart, tube en or massif. Tout cela grĂące Ă  la guitare mordante du nouveau venu Trevor Rabin et grĂące Ă  la production high tech de Trevor Horn, futur (et gĂ©nial) sound designer de Frankie Goes To Hollywood (Relax !) et Grace “Slave To The Rhythm” Jones.
Bref, entre Let’s Dance de David Bowie et Every Breath You Take de The Police, il y avait une place pour Owner Of A Lonely Heart de Yes. Owner Of A Lonely Heart n’avait certes rien de “progressif” mais tout de la pop song plus progressiste qu’elle en avait l’air, et “90125”, l’album dont elle Ă©tait la locomotive, nous accompagna des mois durant.

J’avoue qu’ensuite je perdis le fil, laissant Ă  d’autres le soin d’apprendre par cƓur “Big Generator” et tous les albums suivants – Yes changeait de personnel Ă  chaque nouvel album, je n’y comprenais plus rien, les pochettes Ă©taient de plus en plus moches, j’avais la tĂȘte ailleurs, et mĂȘme le prometteur “Anderson Bruford Wakeman Howe” me laissa sans rĂ©action.
Pour autant, je n’ai jamais cessĂ© de revenir rĂ©guliĂšrement aux opus citĂ©s plus haut, d’acheter les versions remasterisĂ©es, sans jamais penser que cette musique avait vieilli, qu’elle Ă©tait d’une autre Ă©poque ou je ne sais quoi. La musique de Yes a des rides, certes, mais ce sont de belles rides. Elles ressemblent Ă  des (micro)sillons gorgĂ©s d’une sĂšve musicale toujours aussi dĂ©lectable.

GrĂące au Yes d’Aymeric Leroy, j’ai replongĂ© comme jamais dans l’univers yessien. Aymeric Leroy, il sait de quoi il parle : ses ouvrages font rĂ©fĂ©rence, de King Crimson Ă  Rock progressif en passant par L’École de Canterbury. Toujours Ă  portĂ©e de main, leur sĂ©rieux, leur prĂ©cision et leur clartĂ© impressionnent. Son Yes ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle. Il pĂšse le pour et le contre, distingue les forces et les faiblesses et mesure les attraits et les excĂšs de cette musique Ă  nulle autre pareille. (Comme la nĂŽtre, sa passion yessienne se focalise sur les grands classiques seventies.) Sa façon d’analyser les paroles et la musique de chaque album rend justice Ă  l’hĂ©ritage de ce groupe d’exception, qui mĂ©ritait bien toute cette considĂ©ration. Quarante-six ans aprĂšs “The Yes Album”, voici “The Yes Book” – « Yes, yes, going for the book, going for this book ! »

Lisez l’article sur le site de Muziq

Frédéric Goaty
Muziq.fr 18 septembre 2017