Stones Touring Party - Nouvelle édition
Ă travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones
Bruit, fureur, sueur, drogues, orgies, excĂšs en tout genres, music-business survoltĂ©, groupies en furie et fans prĂȘts Ă tout: ce bouquin fiĂ©vreux fourmillant dâanecdotes sur les coulisses dâune tournĂ©e homĂ©rique des Stones au faĂźte de leur crĂ©ativitĂ© est jubilatoire de bout en bout.
Laure Narlina â France 2
Traduit de lâamĂ©ricain par Philippe Paringaux
Mai 1972, aprĂšs avoir enregistrĂ© leur meilleur album dans des conditions incroyables racontĂ©es dans Exile On Main Street, les Rolling Stones dĂ©butent leur tournĂ©e amĂ©ricaine. La tension est intense : la derniĂšre tournĂ©e sâest finie Ă Altamont sur le meurtre dâun spectateur. DĂšs la premiĂšre date tout va de travers, les journalistes et les photographes les harcĂšlent, Truman Capote les suit et raconte les foules hors de contrĂŽle, les groupies, les orgies, la police, les Hellâs Angels. Les derniers concerts, fantastiques, dĂ©montrent que 55 jours et nuits de drogues, dâalcool et de dĂ©bauche nâont pas eu de prise sur le groupe. Le journaliste de Rolling Stone Robert Greenfield raconte la vie sur la route, telle que les Rolling Stones lâont vĂ©cue : brutale, cinglĂ©e, excitante, fiĂ©vreuse, Ă©norme.
Revue de presse
- S.T.P. Damie Chad KR'TNT
- S.T.P. Richard Gaité Radio Nova // Nova Book Box 15 novembre 2011
- Books Romain Decoret Guitarist & Bass magazine octobre 2011
- S.T.P. Jean Dominique Bernard Site Suite 101 mars 2010
- S.T.P. Philippe Lacroix Ventilo
- Un ouvrage vibrant de bruit et de sueur à partager de toute urgence Laure Narlian France 2 décembre 2008
- S.T.P. Thibaud Allemand Magic novembre 2008
- S.T.P. Philippe Azoury Tsugi novembre 2008
- S.T.P. AgnÚs Léglise Rock&Folk novembre 2008
- S.T.P. Frédéric Lecomte Rolling Stone octobre 2008
- S.T.P. BenoĂźt Sabatier Technikart octobre 2008
- S.T.P. Boris Bergman Paris match 30/10/2008
- S.T.P. Jean Philippe Bernard Le matin (Suisse) 24/10/2008
- S.T.P. Eric Serva France Musique // Tapage nocturne 16/10/2008
S.T.P en Enfer avec Jagger François Julien VSD 16/10/2008
- S.T.P. Sophie Rosemont nonfiction.fr
Quand en mai 1972, les Rolling Stones sâapprĂȘtent â aprĂšs 1966 et 1969 â Ă entamer leur troisiĂšme tournĂ©e amĂ©ricaine, ils apparaissent dĂ©jĂ comme un âvieuxâ groupe.
En effet, des groupes de la British Invasion (Beatles, Kinks, Troggs, Pretty ThingsâŠ), ils sont les derniers reprĂ©sentants authentiques et crĂ©dibles Ă fouler en hĂ©ros le continent US.
Dix ans dâĂąge, dĂšs lors, apparait presque comme une incongruitĂ© dans un temps oĂč les splits interviennent la plupart du temps dans les cinq annĂ©es suivant les Ă©pousailles. Mais pas de ça chez les Stones ! Ils laissent aux Beatles, leurs copains liverpuldiens, les adieux Ă la scĂšne et les sĂ©parations cruelles. Les Rolling Stones SONT le rockânâroll et nâont pas le temps pour les drames intestins mĂȘme si dĂ©sormais ces garçons ne se voient que pour de bonnes raisons â financiĂšres ou musicales.
Et ce Stones Touring Party revĂȘt une importance cruciale. DĂ©cisive tentative de rĂ©demption du prĂ©cĂ©dent raid aprĂšs la conclusion sanglante dâAltamont, ce cru 1972 doit solder les comptes des Stones avec lâHistoire et faire dâeux les plus grandes stars planĂ©taires.
Robert Greenfield de Rolling Stone sâimpose vite aprĂšs son formidable tĂ©moignage de lâenregistrement dâExile on Main Street un an auparavant comme le chroniqueur indispensable de cet incroyable barnum.
Respectant le saint adage qui prĂŽne de ne jamais devenir ami avec les rock stars dont on couvre les hauts faits, Greenfield va pour la premiĂšre fois dans lâhistoire du rock rendre compte dâune tournĂ©e rock (quâaurait Ă©tĂ© la chronique de la tournĂ©e des stades des Beatles en 1965 ?!) Il le fera sans verser dans lâhagiographie ni partager lâintimitĂ© toxique des protagonistes. Grace aussi Ă une traduction trĂšs âimpliquĂ©eâ de Philippe Paringaux, le rĂ©sultat est prodigieux et fera date dans la bibliographie de la contre-cultureâŠ.
Jamais texte rock ne fut plus littĂ©raire, jamais â et mĂȘme par les meilleurs (Stephen Davis, Nick Kent, Barney Hoskyns, Barry MilesâŠ) â la dimension romanesque dâun tel Ă©vĂ©nement ne fut rendue. Greenfield rĂ©ussit la prouesse de faire de chaque Ă©vĂšnement de la tournĂ©e (il y en avait PLUSIEURS par jour !) et de chaque personnage impliquĂ© (il y en avait plĂ©thore !) les piĂšces maitresse du plus grand rĂ©cit rockânârollien Ă©crit Ă ce jour.
Quand la tournĂ©e se met en marche, elle implique managers, attachĂ©s de presse, comptables, agents de sĂ©curitĂ©, bagagistes, groupies itinĂ©rantes, techniciens divers et mĂ©decin (le fameux Dr Feelgood en charge de la forme des Stones) Son bon dĂ©roulement nâest jamais garanti (Led Zep sâen souviendra lors de ses farouches expĂ©ditions yankees) : Mick Jagger, autour duquel tout sâarticule, doit ĂȘtre en tout satisfait autant que Keith Richard et ses abus chroniques. Chaque date donne matiĂšre Ă scandale. Quand ce ne sont pas les kids â comme câĂ©tait la norme en ces temps lĂ â qui livre combat Ă la police, ce sont les Stones eux-mĂȘmes qui finissent en prison pour de piĂštres motifs. Les stars anglaises, en plein maelstrom mĂ©diatique, dĂ©couvrent la rugositĂ© de lâAmĂ©rique profonde et de ses pratiques, les salles de concert inacceptables, les ultimatums des autoritĂ©s⊠ou des Hellâs Angels venus rĂ©clamer trois ans plus tard justice pour Altamont !
Au-delĂ des concerts, inĂ©gaux mais le plus souvent faramineux quand on considĂšre lâoccupation nĂ©vrosĂ©e des heures les prĂ©cĂ©dant, les morceaux de bravoure du livre restent incontestablement les quatre jours passĂ©s Ă la RĂ©sidence, le baisodrome de luxe de Hugh Heffner, fondateur de Playboy, oĂč les Stones vont traverser une centaine dâheures dans un nuage mĂ©phitique dâalcool, de drogue et de sexe.
Au final dâune tournĂ©e impensable qui accueillit Truman Capote, nombre de stars du rock, de politiciens et de journalistes de renom, on comprend pourquoi les Stones incarnaient (et incarnent encore) le pur rockânâroll. Ces garçons â Ă la diffĂ©rence des Beatles ou de Led Zeppelin â ne sont pas dâimmenses compositeurs ni de prodigieux musiciens mais ils incarnent la folie, le danger et toute lâinassouvie rĂ©volte du rock.
Jagger, invraisemblable Janus, reste le plus grand show man de lâhistoire du show business quand Macca, Lennon ou Plant font figure de statues de sel. Keith Richard est le rocker le plus jusquâau-boutiste qui â sans calcul â revisite Ă chaque accord son pacte faustien quand ses homologues du Zeppelin ou des Fab Fours imposaient essentiellement la diversitĂ© et la virtuositĂ©.
On termine STP lessivĂ© et Ă©bloui. On aurait voulu que cette lecture ne sâachĂšve jamais. Que jamais ne finisse cette Ă©popĂ©e unique, cette saga inoubliable, cette geste sauvage racontĂ©e par un maitre. En 1972, LâOdyssĂ©e avait pour nom Stones Touring Party et Robert Greenfield Ă©tait son HomĂšre.
Retrouvez cette chronique sur le site Les Obsédés Textuels
En reposant le prĂ©cĂ©dent bouquin me suis rappelĂ© que jâen avais un second dans ma bibliothĂšque du mĂȘme Ă©diteur, Le Mot et le Reste. Ai lu la quatriĂšme de couverture. Jâen ai appris de belle : une rumeur circulerait selon laquelle la premiĂšre Ă©dition parue chez Speed 17 serait interdite par certains membres des Stones eux-mĂȘmes. Dire que jâavais chez moi un objet-culte quasi-clandestin ! Lâai tout de suite retirĂ© de sa caisse pour le relire. A lâĂ©poque en 77, jâavais Ă©tĂ© déçu. Mâattendais-je Ă mieux ? Non Ă pire.
Cinq ans que lâon parlait de cette fabuleuse tournĂ©e aux States ! Se colportaient les informations les plus dĂ©lirantes. Pas sur les concerts. Lâon partait du principe que le plus mauvais concert des Stones Ă©tait supĂ©rieur aux meilleurs concerts de tous les autres groupes de la planĂšte. Ce nâĂ©tait pas la vĂ©ritĂ©. Un dogme. Non ce qui filtrait câĂ©taient les parties fines, les orgies secrĂštes et rutilantes qui avaient suivi les prestations. Nâimporte quel crĂ©tin Ă©tait capable de se payer une place pour voir les Stones, mais se promener backstage et assister aux fins de soirĂ©e, ce nâĂ©tait pas Ă la portĂ©e du premier quidam venu.
Inutile de me traiter dâinfĂąme voyeur, dâabord parce que je le revendique, deuxiĂšmement parce que Robert Greenfield a bien Ă©tĂ© choisi par les Stones pour raconter lâenvers du dĂ©cor. Soyez sĂ»r quâon lui a laissĂ© lâentiĂšre libertĂ©, avec un cahier de charges trĂšs pointilleux. Ne vous file mĂȘme pas une set-list prĂ©cise pour un seul des cinquante shows. Se contente de quelques lignes plus que rapides du genre, trĂšs bon concert bourrĂ© dâĂ©nergie avec un Jagger en pleine forme. Par contre quinze pages sur la nuit dâhĂŽtel qui suit.
OpĂ©ration mains propres. Les draps de lits sont un peu moins clean mais les Stones sont en 1972 Ă la croisĂ©e des chemins. Ou ça passe, ou ça casse. En 1972, on ne sâen est pas aperçu, mais Ă lire le bouquin aujourdâhui câest Ă©vident. Ca me permet mĂȘme de comprendre pourquoi en ces temps anciens je nâavais pas accrochĂ©. Faut le dire, on sâest tous fait manipuler par Jagger. En grande forme le Mick, Greenfield nâen a que pour lui. Richards prend un peu dâimportance vers la fin, mais comme caution ombreuse de Mick. On sent quâil est dâaccord sur tout avec le jag. Son silence est un atout tacite qui permet Ă Jagger de triompher dâune maniĂšre des plus retentissantes dĂšs quâil abat la carte Richards, lâas qui pique mortellement, quâil sort de sa manche quand on croit quâil est aux abois.
Câest que la tournĂ©e est un sacrĂ© enjeu. Trois ans que les Stones nâont pas visitĂ© les USA, pas quâils nâen aient pas eu envie. Mais difficile de revenir la bouche en coeur aprĂšs Atlamont. SacrĂ© point dâorgue de la prĂ©cĂ©dente tournĂ©e. Moi, ça ne mâavait pas choquĂ© Atlamont. Les Hells qui faisaient rĂ©gner la terreur Ă coups de billes de billards et un malheureux mort en fin de partie, je trouvais cela trĂšs Stone. TrĂšs rock. Mais Ă part les fans surexcitĂ©s devait pas y avoir grand monde de mon avis. Les Stones en premier. En ont interrompu le concert et se sont enfuis en hĂ©licoptĂšre. Jâavoue quâils mâont déçu.
Se sont honteusement repliĂ©s en Angleterre, puis en France. Exile au calme. Sea, sex and sun. Jagger a dĂ» mĂ©chamment mĂ©diter. Suivre la pente Atlamont, câĂ©tait devenir un groupe maudit. Cinq cents allumĂ©s Ă chaque concert. Une lĂ©gende noire jusquâau bout du rockânâroll. Mais le band nâĂ©tait pas prĂȘt Ă tout sacrifier au rockânâroll. Vont dĂ©cider de laisser Ă jamais les chemins de traverse. Suivront les autoroutes balisĂ©es. Le S.T.P. sera un quitte ou double. Ou les Stones sont capables de gĂ©rer leur propre bordel, ou ils se laissent dĂ©border et ne font que de gĂ©nĂ©rer le chaos partout oĂč ils passent.
A la clef, un pacson de fric. Plus de 250 000 dollars pour chacun des membres du groupe, pour deux mois de travail. S.T.P. ce nâest pas encore le gigantisme des futures tournĂ©es, lâon tourne dans des stades mais surtout dans de vastes salles. Petit gabarit, en quelque sorte. Jagger fĂȘtera ses trente ans sur le circuit. Nâest plus de premiĂšre jeunesse. Sâil veut continuer encore longtemps dans le mĂ©tier, faut songer Ă se mĂ©nager. S. T. P. mise sur deux tableaux, le plaisir, le sexe, la drogue â chaque kid doit se sentir en osmose idĂ©ologique proposĂ© par le combo â mais aussi le professionnalisme, la maĂźtrise, le savoir-faire.
Et les Stones gagneront les deux courses. Les kids sont au rendez-vous et chacun se reconnaĂźt dans le nombrilisme nonchalant de lâattitude stonienne. Les autoritĂ©s les aident beaucoup. Les flics matraquent les fans transis qui nâont pas de billets, interviennent parfois violemment au milieu de la prestation, ressentent les artistes et les spectateurs comme de dangereux dĂ©pravĂ©s qui seraient mieux Ă leur place dans un asile psychiatrique⊠comble du comble, Jagger et Richards se retrouvent en prison pour une lĂ©gĂšre bousculade avec un photographe, seront vite libĂ©rĂ©s car les quinze mille spectateurs qui les attendent ne goĂ»tent pas la plaisanterie et lâambiance houleuse risque de dĂ©gĂ©nĂ©rer en Ă©meuteâŠ
Mais les Stones ont bĂ©tonnĂ© dur. Le staff qui les accompagne est formĂ© de professionnels qui connaissent leur boulot. Nous ne citerons que Marshall Chess lâhĂ©ritier de la maison Chess, Ă©picentre du blues Ă©lectrique chicagoan qui fut un des rouages essentiels. Une organisation qui roule sur des roulettes. Sauront rĂ©cupĂ©rer toutes les situations critiques. Lâapparence dâun foutoir dĂ©sopilant mais une discipline de fer. Le paradis de lâorgasme et lâenfer dâune mĂ©canique bien huilĂ©e.
La tournĂ©e elle-mĂȘme est trĂšs bien analysĂ©e. Les apprĂ©hensions et lâinquiĂ©tude du dĂ©part. La fiĂšvre et lâexcitation qui montent dĂšs les premiĂšres dates, la fatigue et lâennui au bout dâun mois, les concerts qui se rĂ©pĂštent, les nuits folles et blanches qui se ressemblent tellement quâelles en deviennent grises, la lassitude qui envahit les esprits et le soulagement final, le dernier effort lorsque lâon parvient enfin dans la Grosse Pomme.
Robert Greenfield ne dĂ©daigne aucune turpitude, vous renseigne sur les drogues en circulation et vous dĂ©voile les groupies sans culotte. Les habitudes des uns, les vicelardises des autres. Le cirque et le barnum. Mais attention tout cela ne serait rien si la presse nâavait pas relayĂ© lâannonce de la tournĂ©e. En amont, avant quâelle ne commence. Les plus grands magazines distribuĂ©s Ă centaines de milliers et Ă millions dâexemplaires ont tous consacrĂ© leur une aux Rolling Stones. Robert Greenfieid est lui-mĂȘme un des deux rĂ©dacteurs-chefs du Rolling Stone magazine.
Mais lâon a fait mieux. Lâon a invitĂ© le tout New York. Les intellos et la couche parasitaire de ceux que bientĂŽt lâon appellera la jet-set. Câest la derniĂšre scĂšne du bouquin, la partie finale, les Stones fĂȘtent leur rĂ©ussite au milieu de gens qui nâont rien Ă faire dâeux et encore moins de leur musique. TrĂšs symboliquement Truman Capote nâĂ©crira jamais lâarticle quâil devait faire sur la tournĂ©e. Ne pige rien au phĂ©nomĂšne. Selon lui dans trois ans personne ne se souviendra des Stones. Comme il ne perd pas le nord ni ses Ă©moluments, il donnera dix-sept pages dâinterview pour expliquer pourquoi les Rolling Stones ne reprĂ©sentent rien. Personne nâĂ©coute Muddy Waters chargĂ© de la musique dâambiance. Seul Charlie Watts remerciera Count Basie de sa prestation⊠Les Stones ont choisi. Les Stones ont trahi. Les fans sont dehors. Attendent quâils sortent pour essayer de les voir.
Jagger a gagnĂ© son pari. Le sang dâAtlamont est dĂ©finitivement oubliĂ©. Un incident malheureux. Vous savez, ces annĂ©es soixante Ă©taient tout de mĂȘme porteuses de violence. Heureusement tout cela commence Ă faire vieux jeu et dĂ©modĂ©. Entre le rock-biz et le rockânâroll les Stones ont choisi. Jagger est capable dâendosser tous les costumes. Homme dâaffaires et homme-orchestre. Est-ce un reniement ou une mutation obligĂ©e ? Ne peut-on se survivre quâen oubliant ce que lâon a Ă©tĂ© ? Ce qui est sĂ»r câest que Robert Greenfield lui reconnaĂźt un immense talent. En tous les domaines. Qui dirait le contraire ?
La longĂ©vitĂ© des Stones est Ă lâimage du demi-siĂšcle de leur carriĂšre. Des sixties prometteuses, gonflĂ©es dâorage et de colĂšre, des seventies gorgĂ©es dâutopies en voie de disparition â mais sur le moment nul ne sâen rend compte â et une lente dĂ©gringolade, dĂšs les mollassonnes et dĂ©sabusĂ©es eighties, sur les lits en porte-feuilles dâactions cotĂ©es en bourse.
Mardi 15 novembre, 22h20 : lecture dâun extrait de S.T.P. de Robert Greenfield, dans sa version française Ă©ditĂ©e par le Mot et le Reste, dans lâĂ©mission Nova Book Box de Richard Gaitet.
Les éditions Le Mot et Le Reste proposent plusieurs rééditions pour la rentrée.
- Hammer of the Gods â La Saga Led Zeppelin, par Stephen Davis, traduction de Philippe Paringaux, est une vision hallucinante de Led Zep sur la route, en studio et Ă la ville, basĂ©e sur les mĂ©moires de leur road-manager et homme de main, lâinfĂąme Richard Cole. A ne manquer sous aucun prĂ©texte.
- STP (Stones Touring Party) â A travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones.
- Exile on Main Street â Une saison en enfer avec les Rolling Stones. Ces deux livres de Robert Greenfield qui voyageait avec les Stones Ă©voquent la pĂ©riode 1969-1973, sans doute la plus excessive du âmeilleur groupe de rockânâroll du mondeâ.
- Under Their Thumb, de Bill German, est un nouveau livre Ă©crit par un journaliste new-yorkais proche des Stones dans les seventies et eighties. Les dĂ©buts de la dissension entre Mick & KeithâŠ
Fa-bu-leux. Ce bouquin est tout bonnement gĂ©nial. Un livre culte, un de ceux que tout amateur Ă©clairĂ© de rockânâroll se doit dâavoir dans sa bibliothĂšque.
La suite surâŠ
suite101.fr
Câest un livre trĂšs recherchĂ© que les Ă©ditions Le Mot et le Reste viennent de publier. Un livre originellement sorti en 1977, vite Ă©puisĂ©, qui bĂ©nĂ©ficie dâune nouvelle traduction assurĂ©e par Philippe Paringaux, pilier du RockânâFolk de la grande Ă©poque. Et qui dit RockânâFolk dit Stones, dont est ici retracĂ©e lâĂ©pique tournĂ©e amĂ©ricaine de 1972. Robert Greenfield, alors journaliste pour⊠Rolling Stone, infiltre le cirque stonien en prenant soin de garder ses distances : il est de toutes les fĂȘtes oĂč les filles et la dope abondent, mais ne se place jamais dans la position du « gonzo ». Sa force est de dĂ©crire cet instant prĂ©cis oĂč le plus grand groupe du monde vacille, et le rockânâroll avec, passant de la trashitude Ă une Ă©tonnante quĂȘte de respectabilitĂ©. De toute façon, les Stones nâenregistrĂšrent plus rien de trĂšs bon aprĂšs Exile on main street : ça tombe bien, ce disque est lâobjet du prochain bouquin Ă©ditĂ© par Le Mot et le Reste.
Chronique in situ, haletante et souvent drĂŽle, de la tournĂ©e amĂ©ricaine Ă©chevelĂ©e que menĂšrent les Rolling Stones en 1972, ce livre est aussi un formidable tĂ©moignage sur le rock-business et la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine des seventies. Ouvrage culte Ă©puisĂ© en France depuis 30 ans, il revient dans une traduction revue de fond en comble par son traducteur dâorigine, le rock-critic Philippe Paringaux. âAprĂšs dix annĂ©es passĂ©es Ă jouer ensemble, les Stones Ă©taient enfin devenus lâattraction musicale numĂ©ro un. Ils Ă©taient royautĂ©. Et câest en AmĂ©rique quâils venaient se faire couronnerâ. Sauf que les Stones avaient quelque chose Ă se faire pardonner: trois ans plus tĂŽt, leur prĂ©cĂ©dente tournĂ©e US sâĂ©tait en effet soldĂ©e par un mort Ă Altamont. Donc, pas question de laisser le chaos rĂ©gner alors que pour les fans et les mĂ©dias, et bientĂŽt pour lâensemble du commun des mortels gagnĂ© par la hype, approcher les Stones câĂ©tait (dĂ©jĂ !) âcomme voir Dieu et baiser sa vedette de cinĂ©ma prĂ©fĂ©rĂ©e en mĂȘme tempsâ. Mot dâordre du managment, donc: faire une tournĂ©e professionnelle. La premiĂšre sans doute de cette envergure, Ă la fois absolument folle et Ă peu prĂšs maĂźtrisĂ©e. LâancĂȘtre des tournĂ©es des stades et du Grand Barnum rock. Bruit, fureur, sueur, drogues, orgies, excĂšs en tout genres, music-business survoltĂ©, groupies en furie et fans prĂȘts Ă tout: ce bouquin fiĂ©vreux fourmillant dâanecdotes sur les coulisses dâune tournĂ©e homĂ©rique des Stones au faĂźte de leur crĂ©ativitĂ© est jubilatoire de bout en bout.
Trente et un ans aprĂšs sa seule et unique Ă©dition française chez Speed 17, lâouvrage de Robert Greenfield refait surface, avec une traduction mise Ă jour par le monument Paringaux. Il raconte lâĂ©popĂ©e des Stones Ă travers les USA en 1972, trois ans aprĂšs la dĂ©bĂącle Altamont. Ce journaliste de Rolling Stone a suivi les cinq Anglais et leur staff mais, Ă la diffĂ©rence de son confrĂšre Lester Bangs, il se met rarement en scĂšne. Parfois, il apparaĂźt dans un coin de lâimage, sorte de Hitchcock binaire. Mais le plus souvent, sa plume discrĂšte manie finement lâhumour, dĂ©crit le cirque Ă distance avec une implacable acuitĂ©. La folie de cette tournĂ©e, mise en images dans le tout aussi culte (bien quâennuyeux) Cocksucker Blues (1972) nâest pas lâintĂ©rĂȘt principal de cet ouvrage. Certes, on sourit Ă voir que les Hellâs Angels nâont pas digĂ©rĂ© lâĂ©pisode de 1969, on admire le stoĂŻcisme lĂ©gendaire du batteur Charlie Watts lors dâĂ©pisodes croustillants Ă la Playboy Mansion de Hugh Hefner. Mais ces excĂšs ne font que reflĂ©ter la dĂ©cennie. Ainsi Greenfield sâintĂ©resse-t-il tout autant au runaways sniffeurs de colle quâĂ Mick Jagger, intellectuel perdu et lassĂ© des chambres dâhĂŽtel dĂ©vastĂ©es. En dĂ©peignant tractations dâavocats et paperasses salariales, le narrateur montre lâenvers du dĂ©cor, celui qui ne fera pas rĂȘver les fans en quĂȘte de respectabilitĂ© et Ă la tĂȘte dâun empire brinquebalant, les Stones travaillent. Avec plaisir, certes, mais ils ne font que travailler. ActualitĂ© oblige, on a encore en tĂȘte Mick Jagger, Un DĂ©mocrate 12005) de François BĂ©gaudeau. Pour ce dernier, le chanteur lippu Ă©tait mort en 1969. Ătonnamment, Greenfield le disait en dâautres mots, quelques annĂ©es plus tĂŽt «Les Stones se sĂ©pareront quand⊠ils en auront les moyens»
Câest un des livres les plus sauvages de lâhistoire du rock, rééditĂ© dans une nouvelle traduction aprĂšs ĂȘtre restĂ© introuvable durant de trop longues annĂ©es. Le document dâune Ă©poque qui semble aujourdâhui presque irrĂ©elle.
Les Grecs ne soupçonnent pas leurs trĂ©sors archĂ©ologiques: il y a huit ans, on pou-vait encore trouver dans lâunique librairie française de Thessalonique deux exemplaires originaux de S.T.P qui prenaient la poussiĂšre depuis leur parution Ă lâĂ©tĂ© 1977. Ce mĂȘme S.T.P, vous pouvez lâacheter dĂ©sormais avec autant de facilitĂ© quâun pain au chocolat. Les marseillais le mot et le reste, valeureux Ă©diteurs dâune quinzaine de livres savants sur la musique, viennent de rééditer (dans une nouvelle traduction de Philippe Paringaux, un des piliers du premier Rock & Folk) cet ouvrage sauvage qui fut longtemps lâun des plus recherchĂ©s de France.
Littérature Gonzoïdale
Et tout ça pour quoi? Pour quatre cents pages de description de drogues en tout genre, dâorgies emmenĂ©es par une bande dâAttila rock anglais traversant lâAmĂ©rique durant lâĂ©tĂ© 1972 â une AmĂ©rique qui sâapprĂȘtait Ă réélire dans la honte le prĂ©sident Nixon. Pour les Français, S.T. P Ă©tait surtout le premier des douze volumes Ă©ditĂ©s par les HumanoĂŻdes AssociĂ©s dans leur collection Speed 17 (dirigĂ©e par Philippe Manoeuvre), le plus flamboyant symbole dâune littĂ©rature rock Ă©minemment gonzoi-dale. Speed 17 a mis quatre ans (1977-1980) avant de sâautodĂ©truire, non sans avoir fait dĂ©couvrir Ă la France Ă©berluĂ©e les bitures de Bukowski, les Ă©lucubrations du grand Hunter S. Thompson, les prophĂ©ties technos dâYves Adrien et les livres terrifiants dâHubert Selby Jr. S.TP ressort, donc. Lâobjet 2008, blanc, poli, presque universitaire, nâarrive pas Ă reproduire la fiĂšvre de lâĂ©dition originale: il manque ici cruellement la photo noir et blanc dâun Mick Jagger Ă©cumant, les collages punk bariolĂ©s, la typo grosses lettres⊠CĂŽte Ă cĂŽte, les deux bouquins livrent le mĂȘme semblant de contraste quâentre un vinyle dâorigine et un fichier MP3: lâun est chaud, lâautre pas. Reste le texte. Ah, au fait, S.TP est un livre sur les Rolling Stones.
Apocalypse now
On a retardé les aveux autant que possible pour ne pas taire fuir le fan de Metronomy,
qui verra dans les Rolling Stones un sujet un tantinet moins bouillant en 2008
quâen 1972, lorsque Robert Greenfield, membre de Rolling Stone (le magazine) rĂ©di-gea son reportage au long cours (en trois mois, Ă raison dâun chapitre par semaine, dans un bungalow de Californie semi-inondĂ©). Certes, voir Jagger sur scĂšne aujourdâhui, grimacer comme une vieille Cheetah est un spectacle pĂ©nible. Mais S.TP est le rĂ©cit conradien de lâapocalyptique tournĂ©e amĂ©ricaine de 1972 des Rolling Stones. A lâĂ©poque, Jagger va sur ses 29 ans, il dit des choses comme «Je ne vois
pas faire ça toute ma vie.» Les Stones nâont pas foutu les pieds en AmĂ©rique depuis 1969, depuis Altamont, ce chant du cygne hippie (les Hellâs Angels chargĂ©s de la sĂ©curitĂ© avaient tuĂ© un jeune Noir sous les yeux des Stones qui continuĂšrent Ă jouer, ne comprenant rien Ă la scĂšne). La tournĂ©e S.T.P (Stones Touring Party) durera de fin mai Ă dĂ©but juillet 1972, braquant comme une banque une AmĂ©rique speedĂ©e, perdue, qui a remplacĂ© le LSD par le Quaalude (un somnifĂšre dĂ©tournĂ© de son usage). Deux mois durant lesquels les Stones inventent les tournĂ©es Barnum, brĂ»lent les derniers feux dâun rock dangereux et jettent les bases dâun rock aussi professionnel quâinoffensif et dĂ©sincarnĂ©.
Bienvenue en enfer
Les grands mĂ©dias amĂ©ricains envoient le gratin des pigistes Ă leurs trousses, telle cette vieille mĂ©chante de Truman Capote, flanquĂ© de Lee Radziwill (la soeur aĂźnĂ©e de Jackie Kennedy, la femme la mieux habillĂ©e de toutes les sixties) et dAndy Warhol. Les Stones, de leur cĂŽtĂ©, confient Ă Robert Frank en personne le soin de filmer les Ă -cĂŽtĂ©s de la tournĂ©e. Et engagent Greenfield, jeune rock critic de 28 ans pour accompagner le film dâun bouquin. Greenfield restera deux mois sans faire la moindre interview. Il a tout compris des meilleurs reporters: il ne questionne pas, il regarde. Il est une mouche. Qui tourne autour des gosses qui feraient tout pour arracher un billet de concert. Qui se fond parmi les dealers et les parasites en tout genre. Qui tourne autour des road managers quand ils cassent de nerf les tĂ©lĂ©phones des hĂŽtels. Qui tourne autour des groupies prĂȘtes Ă se faire sauter, mĂȘme par le pire des roadies, du moment quâil est estampillĂ© S.T.P. et leur permettra dâĂȘtre de la party dâaprĂšs concert que Keith Richards donnera dans sa chambre. Greenfield est lĂ quand Hugh Hetner ouvre aux Stones sa demeure Playboy, couvrant les Anglais de Californiennes et dâĂ©clairs au chocolat. Et il est lĂ encore quand des mecs du staff embarquent trois filles dans le fond dâun cockpit pour une partouze sordide que filment Jagger et Robert Frank. Pour cette scĂšne, Cocksucker Blues, le film de Robert Frank, est aujourdâhui encore interdit de toute diffusion par Jagger en personne â il nâa jamais assumĂ© le dĂ©lire cul-dĂ©fonce de cette tournĂ©e (mais bien sĂ»r, Cocksucker Blues est sur youTube). Ce livre aurait donc dĂ» finir aux Enfers (il a beaucoup Ă©tĂ© dit que Jagger souhaitait quâil ne soit jamais rééditĂ©), car les Enfers aprĂšs tout mĂ©ritent aussi un bon livre.
Alors donc, on lâa compris, la mauvaise nouvelle câest quâon a tous ratĂ© le concert du siĂšcle mais, oh, câest cloche, lâautre nouvelle est Ă©galement mauvaise On en a aussi ratĂ© la tournĂ©e, la fondatrice, lâAmerican Tour des Stones en 1972, la mythique jamais Ă©galĂ©e, Mother Of All Tours, celle qui en gravera les codes, le gigantisme, lâĂ©tiquette et les lĂ©gendes tourmentĂ©es. TournĂ©e de tous les dangers pour les Stones qui voulaient oublier la catastrophe dâAltamont (vĂ©ritable Pearl Harbor du rock), sâassurer des ventes alors vitales pour ces exilĂ©s fiscaux et afficher magistralement leur plĂ©nitude musicale, la tournĂ©e triomphale fut, du dĂ©but Ă la fin, bousculĂ©e par les Ă©vĂšnements et les forts tempĂ©raments du staff. Mythique aussi ce livre STP, A Travers lâAmĂ©rique avec Les Rolling Stones, chronique trĂšs circonstanciĂ©e de la tournĂ©e par un journaliste de Rolling Stone (the magazine), traduit et retraduit par Philippe Paringaux, et enfin rééditĂ© aprĂšs 30 ans de fantasmes et folles rumeurs sur le contenu et ses protagonistes. Groupies, dĂ©fonces vĂ©gĂ©tales, orgies mollasses chez Hugh Hefner, groupies, dĂ©fonces chimiques, menaces dâĂ©meute, groupies, dĂ©fonces psychĂ©dĂ©liques, concerts incandescents, groupies, dĂ©fonces speed ou down, paranoĂŻas sĂ©curitaires, on peut dire que les Stones ont mis la barre higher and higher et Greentield capte avec brio et humour ces derniers moments de folie avant lâirruption des costards cravates et leur mainmise sur le rock business. Fin observateur de ce monde et de ses usages, Greenfield ne se laisse pas Ă©blouir par le seul Ă©clat des deux stars et ne se cantonne pas, loin de lĂ , Ă la geste et aux anecdotes seulement stoniennes. TruffĂ© dâanecdotes pittoresques, lâintelligent et passionnant bouquin raconte aussi la vraie vie derriĂšre les projos, le fonctionnement quotidien du STP, le Stone Tour Party, lâarchĂ©typale team qui fait tourner la lourde machine, oĂč roadies, managers, princesses Ă©garĂ©es, security guards, Ă©crivains officiels, piqueâassiettes et dealers attitrĂ©s campent une intemporelle et indispensable odyssĂ©e.
Introuvable en version française depuis 1977, le mythique S.T.P. Ă travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones de Robert Greenfield fait aujourdâhui lâobjet dâune réédition. Si vous voulez vraiment savoir Ă quoi ressemblait vraiment le rockânârollâŠ
EtĂ© 71: les Stones enregistrent «Exile on Main Street» sur la cĂŽte dâAzur, et câest lâorgie totale -la french connection nâarrive pas Ă subvenir aux besoins dâhĂ©roĂŻne de la villa stonnienne. Le plus grand groupe de rock an monde enchaĂźne sur une homĂ©rique tournĂ©e. Câest lâapogĂ©e du mythe. Robert Frank rĂ©alise un film sur ce «greatest rockânâroll tour history»: interdit, trop dĂ©cadent Robert Greenfield, du magazine Rolling Stone va, lui, pouvoir tĂ©moigner.
Des livres sur les Stones, il y en a des tonnes, du flippant (Dance With the Devil de Stanley Booth, gĂ©nial) du grotesque (Keith me dâAmanda Sthers, mĂȘme pas drĂŽle), en passant par lâinutile (ceux de Bon et BĂ©gaudeau). STP (Stones Touring Party) de Greenfield cumule quatre atouts: connaissance du sujet, sens de lâenquĂȘte, immersion dans le circus, style. Il prend sa source dans lâaprĂšs-Altamont, quand les Stones, dĂ©finitivement catalo-guĂ©s groupe sulfureux, choisissent de se rĂ©inventer non pas en levant le pied, mais en fonçant dans le dĂ©cor.
Traduit par Philippe Paringaux pour Speed 17, ce collector Ă©puisĂ© ressort aujourdâhui complĂ©tĂ©. En 1974, il marquait la fin dâune Ă©poque: Mick Jagger pourra se consacrer Ă lâaĂ©robic et Keith Richards, poser pour Vuitton. Et alors? Ils resteront Ă jamais lâincarnation dâune mythique grandeur (et dĂ©cadence).
La derniĂšre tournĂ©e en 69 avait laissĂ© un goĂ»t amer. Mais les Rolling Stones sont les Rolling Stones. En 1972, alors quâObama nâavait pas quittĂ© les bancs de lâĂ©cole et que McCain sâamusait avec ses amis du ViĂȘt-cong, ils reviennent pour une tournĂ©e plus longue, plus folle, avec un public plus grand et des fans plus hystĂ©riques. Comment faire? GĂ©rer deux mois non-stop sur la route? Trouver des avions lĂ oĂč il nây en a pas? Calmer un public dâun demi-million dâĂȘtres humains entassĂ©s dans un stade de base-ball qui vient de se rendre compte que le groupe quâil attend en est dĂ©jĂ Ă sa sixiĂšme heure de retard? Pari difficile. Et câest lĂ oĂč Robert Greenfield intervient. Journaliste, spĂ©cialiste de la culture pop: il ne les a pas lĂąchĂ©s. Et ça se voit! Au fil de la lecture, on a lâimpression dâĂȘtre cachĂ© dans le slip de Jagger ou le rail de cocaĂŻne de Richards. Une place de choix, en quelque sorte. Pendant cinquante-cinq jours, câest le chaos sur les routes du pays de la libertĂ©. MĂȘme si les descriptions dâorgies, de dealers en retard ou de policiers arrivant dans les cinq-Ă©toiles Ă lâimproviste sont amusantes, lâintĂ©rĂȘt du livre est avant tout dans la vision dâune AmĂ©rique violente, embourbĂ©e dans la guerre du Vietnam et dĂ©finitivement sortie de lâeuphorie utopique soixante-huitarde. PubliĂ©e en France pour la premiĂšre fois en 1977 dans la mythique maison dâĂ©dition Speed 17, cette réédition est essentielle. Car avant les yachts dans le port de Saint-Tropez, les annĂ©es 80, les chĂąteaux en Provence et les bouteilles de Cristal Roederer, les Rolling Stones Ă©taient un groupe de rockânâroll. On a tendance Ă lâoublierâŠ.
Câest lâĂ©vĂ©nement Ă©ditorial de lâautomne 2008 : S.T.P. A travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones, le livre maudit de Robert Greenfield, est dĂ©sormais disponible en traduction française.
On a tout dit sur cet ouvrage et sa raretĂ© nâa fait quâalimenter la machine Ă fantasmes. Ceux qui possĂ©daient un exemplaire de la rare Ă©dition de 1977 Ă©voquaient une suite ininterrompue dâorgies et de faits scandaleux liĂ©s Ă la drogue et Ă la violence. Ils ne mentaient pas. S.T.P. est un bouquin dâune puissance inouĂŻe, dotĂ© dâun contenu solide et portĂ© par un style admirable. Lâhistoire racontĂ©e est celle de la tournĂ©e effectuĂ©e par les Rolling Stones durant lâĂ©tĂ© 1972.
Un cirque rockânâroll_ â DĂšs quâil est rendu public, ce pĂ©riple de plus de deux mois dĂ©chaĂźne les passions. Les Rolling Stones nâont pas visitĂ© le royaume de lâOncle Sam depuis lâautomne 1969 et leur passage sâest soldĂ© par la dĂ©route dâAltamont, festival gratuit durant lequel un spectateur a Ă©tĂ© tuĂ© par le service dâordre au terme dâune journĂ©e de violence. Cette fois, Mick Jagger et ses camarades entendent prouver Ă tous quâils sont devenus des artistes responsables et professionnels. Au niveau de la logistique, rien nâa donc Ă©tĂ© laissĂ© au hasard pour que ce grand cirque rockânâroll fasse le tour du continent nord-amĂ©ricain sans incident.
DĂšs la mise en vente des billets, tout le monde comprend nĂ©anmoins que lâĂ©vĂ©nement va dĂ©chaĂźner les passions. Le magazine Rolling Stone dĂ©cide donc dâenvoyer sur place Robert Greenfield, lâun de ses journalistes les plus pertinents. Comme les Stones ont dĂ©cidĂ© de se montrer sous un jour avenant, Greenfield se voit offrir par le management un badge «tous accĂšs» qui lui permettra dâĂȘtre constamment au coeur de lâĂ©vĂ©nement. Avec son carnet de notes et son stylo comme uniques bagages, lâauteur prend place au sein de ce quâil dĂ©crit rapidement comme une bande de dingues dĂ©foncĂ©s.
Bacchanale permanente â MalgrĂ© les efforts de quelques responsables zĂ©lĂ©s, la tournĂ©e des Stones vire rapidement Ă la bacchanale permanente. PrĂ©sent jusque dans les chambres, oĂč des parasites ingurgitent toutes les drogues imaginables sous les regards blasĂ©s des Stones , Greenfield dĂ©cide bien vite de transformer son article en bouquin.
Il est lĂ donc lorsque Keith Richard dĂ©cide par ennui de balancer un tĂ©lĂ©viseur depuis le dernier Ă©tage de leur hĂŽtel building. Il est lĂ encore lorsque le service de sĂ©curitĂ© tabasse le dealer principal du mĂȘme Richard pour le forcer Ă quitter la tournĂ©e. Il est lĂ toujours lorsque le groupe est jetĂ© en prison aprĂšs avoir rudoyĂ© un photographe, ou lorsque des people comme Truman Capote ou la princesse Lee Radziwill (soeur de Jacqueline Kennedy) se gavent de caviar et de champagne dans les coulisses. Il est lĂ enfin lorsque le photographe et cinĂ©aste suisse Robert Frank demande Ă des jeunes filles paumĂ©es de figurer dans des scĂšnes de sexe non simulĂ©es qui doivent ponctuer le film quâil est en train de tourner. IntitulĂ© «Cocksucker Blues», lâouvrage en question sera longtemps interdit, mais on peut dĂ©sormais le visionner sur YouTubeâŠ
Emeute en ville â Le S.T.P (terme qui dĂ©signe une drogue mais qui signifie ici «Stone Touring Party») de Greenfield sera, lui aussi, modĂ©rĂ©ment apprĂ©ciĂ© par les Stones, mĂȘme si ces derniers ne sâopposeront pas Ă sa diffusion. Tant mieux. Magnifiquement Ă©crit, judicieusement construit, il cumule les anecdotes Ă©difiantes, fascinantes, enthousiasmantes mais aussi choquantes. Tout en permettant au lecteur de plonger au coeur de la derniĂšre tournĂ©e sauvage des Stones, il immortalise une AmĂ©rique pas si paisible oĂč rĂŽdent des hordes de fils et de filles de bonne famille qui carburent aux amphĂ©tamines pour se donner du courage avant dâaller affronter la police dans une Ă©meute qui se perpĂ©tue de ville en ville.
Sans aucun doute, le livre de rock ultime.
Je vous recommande vivement de lire la réédition de lâouvrage STP, A Travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones, un ouvrage signĂ© Robert Greenfield, dĂ©jĂ publiĂ© en France en 1977 mais rapidement Ă©puisĂ© et depuis trĂšs recherchĂ© par les collectionneurs. Sa nouvelle mouture par les Ă©ditions Le Mot Et Le Reste, dans une traduction rĂ©actualisĂ©e par Philippe Paringaux, a Ă©tĂ© lâobjet de nombreuses rumeurs et tensions ainsi que de craintes de demandes dâinterdiction. Des craintes que lâon comprend dĂšs la lecture des premiĂšres pages puisque ce brulot est trĂšs certainement le livre le plus incroyable sur lâhistoire du rock, un livre qui dĂ©crit sans dĂ©tour la dĂ©lirante tournĂ©e des Rolling Stones en 1972 Ă travers lâAmĂ©rique. Une AmĂ©rique obscure dont la jeunesse nâest plus celle qui accueillait les Beatles au milieu des annĂ©es 60, ni celle qui enchantait le Summer of Love de 67, ni celle du tragique concert dâAltamont en 1969. Une AmĂ©rique sur les dents qui suivra le parcours des Stones comme une trainĂ©e de poudre (dans tous les sens du terme) avec cette incontournable avalanche dâargent, dâalcool, de sexe, de drogues et de violence. Les camions, les avions, les limousines, les rencontres avec les politiques, les hommes dâaffaires, les groupies, les Hellâs, les dealers, les forces de lâordre, les dj âŠ.le monde entier semble sâoffrir sans aucune limite Ă Mick Jagger qui nâa pas trente ans et aux Stones dont on se demande encore comment ils ont pu survivre Ă cette aventure. Presque 40 ans plus tard, ce rĂ©cit Ă©lectrique Ă la James Ellroy est aussi fascinant quâau premier jour de son initiale sortie et pourrait bien devenir le symbole littĂ©raire de ce que le rockânâroll signifie artistiquement, Ă©conomiquement et socialement pour cette derniĂšre partie du XX^e^ siĂšcleâ.
[âŠ] S.T.P le carnet de bord de cette tournĂ©e ressort. Groupies culbutĂ©es dans les avions, dĂ©fonce Ă tous les Ă©tages, passages Ă tabac, et puis quand mĂȘme, musique car Ă lâĂ©poque, les Stones venaient de sortir Exile on main Street, un chef dâĆuvre. Retraduit par Philippe Paringaux, S.T.P sâavĂšre, trente cinq ans plus tard, le livre ultime sur la folie rockân roll.
Please to meet you, cher Yves Jolivet. En effet, le directeur des Ă©ditions Le Mot et le Reste a eu lâidĂ©e lumineuse de rééditer le rĂ©cit lĂ©gendaire du journaliste amĂ©ricain Robert Greenfield. ĂpuisĂ© pendant plus dâune trentaine dâannĂ©es, S.T.P. Ă travers lâAmĂ©rique avec les Rolling Stones est un ouvrage pour le moins digne dâune pierre qui roule. Il a Ă©tĂ© initialement publiĂ© en 1977 par les Ă©ditions Les HumanoĂŻdes AssociĂ©s dans lâĂ©phĂ©mĂšre collection âSpeed 17â⊠dirigĂ©e par le jeune et fougueux Philippe ManĆuvre. Et câest Philippe Paringaux, ex rĂ©dacteur en chef de Rock & Folk, mais aussi ami de Greenfield, qui sâĂ©tait fait un plaisir de le traduire â plaisir renouvelĂ© pour cette nouvelle Ă©dition, reprise et corrigĂ©e par ses soins. __Ăgalement auteur dâExile On Main Street. Une saison en enfer avec les Rolling Stones, Robert Greenfield connaĂźt son sujet sur le bout des doigts. Son rĂ©cit dĂ©bute Ă la fin du mois de mai 1972, alors que le groupe sâapprĂȘte Ă dĂ©buter une tournĂ©e amĂ©ricaine trĂšs attendue, mais qui est Ă©galement source de polĂ©mique, son dernier concert sur le sol amĂ©ricain ayant eu lieu dans des circonstances dramatiques : le 6 dĂ©cembre 1969, Ă Altamont (Californie), les Rolling Stones avaient jouĂ© au milieu dâun immense dĂ©sordre apocalyptique, gĂ©nĂ©reusement nourri par les Hells Angels rĂ©munĂ©rĂ©s en biĂšre pour gĂ©rer la sĂ©curitĂ© (!) ; Meredith Hunter, un jeune homme noir de dix-huit ans, avait Ă©tĂ© poignardĂ© Ă mort au milieu dâune foule de jeunes gens plus droguĂ©s les uns que les autres ; le lendemain matin, les Stones Ă©taient dans lâavion qui les ramenait en Angleterre. Ce Stones Touring Party amĂ©ricain qui dĂ©bute promet donc dâĂȘtre mĂ©morable. En premiĂšre partie, le groupe a conviĂ© Stevie Wonder. MĂȘme si lâauteur de Superstition possĂšde dĂ©jĂ , Ă 22 ans, une discographie plus quâhonorable, cette invitation reprĂ©sente pour lui un joli cadeau, qui lui permet de se tailler enfin une notoriĂ©tĂ© auprĂšs du public blanc. Quant aux musiciens des Rolling Stones, ils sont eux-mĂȘmes en grande forme, bien que tous un peu absents psychiquement (pour cause de responsabilitĂ©s familiales, de projets personnels ou simplement de lassitude). Enfin, et surtout, leur Ă©quipe est complĂštement surexcitĂ©e. Tant par le show que par la menace qui plane sur celui-ci : les Hells Angels, trĂšs Ă©chauffĂ©s par le scandale dâAltamont, menacent de kidnapper Mick Jagger._