ISBN : 9782360541355
456 pages (14,8 x 21 cm)
Rock progressif - Nouvelle édition
En rĂ©sumĂ©, le lecteur semble tenir ici lâouvrage dĂ©finitif sur le rock progressif.
Thomas Dreneau â ArĂšs
La noirceur envoĂ»tante de King Crimson, le raffinement symphonique de Genesis, lâexaltation mystique de Yes, les rĂȘveries sonores de Pink Floyd, la virtuositĂ© extravagante dâEmerson Lake & Palmer⊠Et tant dâautres, plus obscurs mais non moins valeureux â Van der Graaf Generator, Jethro Tull, Magma, Gentle Giant, Soft Machine⊠Autant de groupes qui, Ă partir de la fin des annĂ©es soixante, ont cherchĂ© â et souvent rĂ©ussi â Ă inventer une musique au-delĂ des distinctions de genre et du formatage commercial. Le rock progressif reprĂ©sente un legs artistique dâune variĂ©tĂ© et dâune richesse exceptionnelles. Sâil a connu lâapogĂ©e de sa crĂ©ativitĂ© et de son succĂšs dans les annĂ©es soixante-dix, son impact sâest rĂ©vĂ©lĂ© aussi profond que durable, Ă travers ses nouvelles dĂ©clinaisons (le nĂ©o-prog de Marillion, le prog-mĂ©tal de Dream TheaterâŠ) mais aussi son influence avĂ©rĂ©e sur certains des groupes actuels les plus aventureux et novateurs (Radiohead, The Mars VoltaâŠ).
Cet ouvrage revient sur le contexte historique et artistique exceptionnel qui a favorisĂ© lâĂ©mergence et lâĂ©panouissement du rock progressif, et dĂ©cortique ses Ćuvres phares, portant sur ce genre musical un regard Ă la fois Ă©rudit, passionnĂ© et sans complaisance.
Revue de presse
- Le livre définitif sur le rock progressif ? Thomas Dreneau ArÚs mars 2011
- Rock progressif Eric Deshayes Site NéosphÚres décembre 2010
- Rock progressif Patrick Beaumont La Gazette Nord-Pas-de-Calais octobre 2010
- Rock progressif Dino Revue & Corrigée septembre 2010
- Rock progressif François Steiner Daily-Rock août 2010
- Rock progressif Jazzman juillet 2010
- Rock progressif Eric Site nomag juin 2010
- Rock progressif Sophie Chambon Les DerniĂšres Nouvelles du Jazz mai 2010
Le 9 juillet dernier, Aymeric Leroy Ă©tait lâinvitĂ© de lâĂ©mission Bulles noires, dĂ©diĂ©e au rock progressif.
Pour réécouter lâĂ©mission :
2010 pourra ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une annĂ©e faste en ce qui concerne lâĂ©tude du rock progressif. En effet, sont parus presque simultanĂ©ment les livres de JĂ©rĂŽme Alberola, Anthologie du rock progressif, Voyages en ailleurs, et â donc â de Aymeric Leroy, Rock progressif. Lâouvrage de Alberola, Ă cet Ă©gard, est peut-ĂȘtre le moins rĂ©ussi ; du fait quâil sâagit plus de lâĆuvre dâun fan amateur de rock progressif que dâun vĂ©ritable chercheur Ă lâinstar de Leroy lequel a su parfaitement mettre en avant son talent de synthĂšse dans tous les domaines, câest-Ă -dire musical, Ă©conomique et historique.
En rĂ©sumĂ©, le lecteur semble tenir ici lâouvrage dĂ©finitif sur le rock progressif. Il faut dire que Leroy a pu bĂ©nĂ©ficier du travail pionnier de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge (Chroniques du rock progressif 1967-1979, 2002), mais aussi de Christophe Pirenne (Le rock progressif anglais 1967-1977, 2005). Et si le premier a en partie inspirĂ© lâauteur du prĂ©sent livre relativement Ă son choix des disques et des groupes majeurs ou secondaires de ce genre musical, le second, quant Ă lui, a donnĂ© les Ă©lĂ©ments sociologiques et historiques de base Ă une pleine comprĂ©hension du style en tant que tel. Toutefois, il serait faux de croire que le livre de Leroy a rendu nĂ©gligeable le travail de ses prĂ©dĂ©cesseurs. DelĂąge propose une analyse approfondie de chaque disque choisi parmi les plus emblĂ©matiques du rock progressif ; tandis que Pirenne sâattarde longuement sur les origines de celui-ci, tout en proposant une Ă©tude musicologique non dĂ©nuĂ©e dâintĂ©rĂȘt â mĂȘme pour le nĂ©ophyte. Bref, ces livres complĂštent le travail de Leroy ; bien quâil faille avouer que ce dernier les a, en quelque sorte, « dĂ©passĂ©s ».
Pour lire lâarticle en entier :
revue ArĂšs
Le volume est Ă©pais, 452 pages au compteur. Aymeric Leroy est connu pour avoir fondĂ© la revue de musiques progressives Big Bang et pour avoir dĂ©veloppĂ©, dĂšs 1996, le site Web Calyx, une mine dâinformations sur lâĂ©cole de Canterbury, lâune des branches les plus ramifiĂ©es du rock prog. Avec cet ouvrage il propose un long voyage dans le temps en sâappuyant sur le parcours, suivi annĂ©e aprĂšs annĂ©e, de groupes qui deviennent peu Ă peu des mastodontes du rock progressif, voire du rock tout court : King Crimson, Emerson, Lake & Palmer, Yes et Genesis. On remonte dâabord en des temps reculĂ©s, la fin des annĂ©es 1960, oĂč la prĂ©histoire du genre fut Ă©crite par les Beatles, Cream, Procol Harum ou encore les Moody Blues. Avant donc que le cri primal du rock progressif ne soit projetĂ© par un roi cramoisi : King Crimson et son premier album In The Court of Crimson King en 1969 (Ă noter au passage que le pacha du hip-hop Kanye West sample â21st Century SchizoĂŻd Manâ sur le titre âPowerâ en 2010).
A partir dâIn The Court of Crimson King en 1969 dĂ©marre le rock progressif en tant que tel. Aymeric Leroy ne perd pas de temps Ă Ă©tablir une impossible dĂ©finition, prĂ©fĂ©rant convoquer un ressenti empirique et exposer quelques critĂšres, comme la virtuositĂ© et un grand format instrumental hĂ©ritĂ© de la musique classique. En fait, lâouvrage peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une immense dĂ©finition du genre. Les albums de chacun des mastodontes prĂ©citĂ©s sont dissĂ©quĂ©s Ă la loupe sous lâĂ©clairage dâune lampe halogĂšne. Leurs albums et ceux de nombre de groupes relativement moins reconnus: Soft Machine, Caravan, Hatfield and The North⊠Disons lâĂ©cole de Canterbury au complet, dâautres Anglais encore, des AmĂ©ricains, les scĂšnes italiennes, françaises, canadiennes, allemandes, la mouvance Zeuhl engendrĂ©e par Magma, le Rock In Opposition⊠Lâexcellente construction chronologique du rĂ©cit permet de les situer les uns par rapport aux autres sur un mĂȘme pied dâĂ©galitĂ©, celui du contexte historique et de son Ă©volution.
De 1969 Ă lâorĂ©e des annĂ©es quatre-vingt on voit le rock progressif passer par des sommets de crĂ©ativitĂ©, des coups de mou, des succĂšs commerciaux Ă©normes (avec exil fiscal Ă la clĂ© pour certains !) ou encore par des abysses dâinconsistance. On voit Ă©galement beaucoup de groupes trĂšs crĂ©atifs naĂźtre dans lâindiffĂ©rence ou ne susciter que le mĂ©pris des mĂ©dias (du fait mĂȘme de lâĂ©volution du contexte, notamment lâessor de la vague punk). On en voit beaucoup mourir ou (pire ?) se vautrer dans le rock FM des annĂ©es quatre-vingt, alors mĂȘme que le rock nĂ©o-progressif apporte du sang neuf, dĂšs 1983. La dissection est Ă la fois analytique et passionnante. Louanges et sĂ©vĂ©ritĂ© sont toujours finement mesurĂ©es et argumentĂ©es, ce qui occasionne par moments de nĂ©cessaires longueurs dans le propos. Les arguments sont trĂšs judicieusement puisĂ©s dans les changements de line-up et dans le contexte Ă©conomique, en particulier lâĂ©volution des grandes maisons de disques vers une logique industrielle et les consĂ©quences esthĂ©tiques du âprogrĂšsâ technologique. Ce regard trĂšs prĂ©cis et situĂ© dans le temps permet de battre en brĂšche nombre de clichĂ©s mais aussi de mieux comprendre les grands travers dâun genre loin dâĂȘtre homogĂšne.
Ce livre est Ă©videmment indispensable Ă tous les fans de rock progressif. Il est aussi Ă conseiller Ă ceux qui le dĂ©testent : ils en ignorent sans doute encore certains recoins pouvant leur convenir. Sâils se sentent Ă©ternellement rĂ©fractaires, ils pourront au moins mieux affĂ»ter leurs arguments.
Fascinant laboratoire musical, trop hĂątivement classĂ© comme musique expĂ©rimentale ou intellectuelle, le rock progressif est nĂ© au crĂ©puscule des annĂ©es 1960, terreau fĂ©cond sur lequel ont poussĂ© les fleurs les plus vĂ©nĂ©neuses et, parfois, les plus luxuriantes de cette Ă©poque musicale bĂ©nie oĂč tout Ă©tait possible. Une parenthĂšse enchantĂ©e qui a vu se cotoyer la noirceur envoĂ»tante de King Crimson, le raffinement symphonique de Genesis, lâexaltation mystique de Yes, les rĂȘveries sonores de Pink Floyd, la virtuositĂ© extravagante dâEmerson Lake & Palmer⊠Sans oublier des groupes plus mĂ©connus mais non moins passionnants tels Van der Graaf Generator et son leader charismatique Peter Hammill, Jethro TulI, Gentle Giant, Soft Machine⊠Autant de groupes qui ont cherchĂ© et souvent rĂ©ussi Ă inventer une musique au delĂ des distinctions de genre et du formatage commercial. Le rock progressif reprĂ©sente un legs artistique dâune variĂ©tĂ© et dâune richesse exceptionnelles. Sâil a connu lâapogĂ©e de sa crĂ©ativitĂ© et de son succĂšs dans les annĂ©es soixante dix, son impact sâest rĂ©vĂ©lĂ© aussi profond que durable, Ă travers ses nouvelles dĂ©clinaisons mais aussi son influence avĂ©rĂ©e sur certains des groupes actuels les plus aventureux et novateurs (Radiohead, The Mars VoltaâŠ).
Cet ouvrage revient sur le contexte historique et artistique exceptionnel qui a favorisĂ© lâĂ©mergence et lâĂ©panouissement du rock progressif, et dĂ©cortique ses oeuvres phares, portant sur ce genre musical un regard Ă la fois Ă©rudit, passionnĂ© et sans complaisance. Un ouvrage de rĂ©fĂ©rence Ă©crit par un passionnĂ© du genre.
Je me permets, avec une certaine malice, de rĂ©unir ces deux ouvrages (Rock progressif et HardânâHeavy 1966-1978) dont les auteurs se sont donnĂ© beaucoup de peine pour dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment les champs sonores concernĂ©s par lâun et par lâautre : il est ainsi dĂ©sormais impossible de confondre hard et heavy ! Cette association se justifie simplement parce que les pĂ©riodes concernĂ©es sont presque les mĂȘmes (bascule des sixties aux seventies) et que surtout, Ă cette Ă©poque lĂ , les classifications importaient peu, pour les amateurs de « pop musique » (on utilisait ce terme). JâĂ©coutais aussi bien Alice Cooper que King Crimson en 1972, et je ne me fournissais pas dans deux magasins diffĂ©rents ; la question des genres ne se posait pas (câest ainsi que les « majors » produisirent jusqâau milieu des annĂ©es 70 des musiques considĂ©rĂ©es comme expĂ©rimentales (comme CBS avec « Soft Machine » ou la grande Ă©poque de Miles Davis). Autres temps, autres moeurs⊠(dâailleurs, il nây a plus de magasinsâŠ), et puisquâil faut aujourdâhui classer, classons⊠Premier intĂ©rĂȘt (et amusement) pour moi, celui de constater que finalement je suis plus hard que prog. La guitare, sans doute, si bien que Robert Fripp (chef de file prog, donc) fut vraiment celui qui bouscula mes certitudes lors dâun concert de 1973. Ensuite, ces micro-encyclopĂ©dies, non exhaustives (je me permettrais ainsi, par pur souci de rattraper un oubli permanent, de signaler le pataphysicien groupe de hard-rock jurassien « Guidon, Edmond et Clafoutis » qui Ă©claira quelques nuits psylocibiennes dont jâai malheureusement Ă©garĂ© le seul et unique enregistrement disponible en son temps, de mĂȘme que lâactivitĂ© incessante depuis prĂšs de trente ans de Daniel Koskowitz avec le trĂšs progressif « Jagger Naut »), mais finement documentĂ©es, nous Ă©vitent de vaines recherches sur le net, et permettent dâaller droit au but (qui a fait quoi, avec qui et quand). Le systĂšme de fiche (dĂ©jĂ rencontrĂ© dans des ouvrages prĂ©cĂ©dents de PHILIPPEROBERT) est efficace, mais la prose dâAYMERICLEROY nous plonge plus avant dans lâaventure.
Entre « Born to be wild » et « 21st Century SchizoĂŻd Man », mon coeur balance, pour toujoursâŠlâĂ©quilibre Ă©tant obtenu par la sensation et lâexpĂ©rienceâŠlâexpĂ©rience de la sensation.
On lâa compris, jâai beaucoup de tendresse pour la plupart des musiques Ă©voquĂ©es dans ces deux ouvrages, mĂȘme si je crains que le contenu de beaucoup de galettes faiblisse avec le tempsâŠde quoi et ce nâest pas nĂ©gligeable, relativiser lâimportance de quelques phĂ©nomĂšnes surclassĂ©s (« Emerson, Lake and Palmer », pour nâen citer quâun). Beaucoup de respect pour le travail de recherche et dâanalyse que reprĂ©sente ce type de compilation, et beaucoup dâintĂ©rĂȘt pour les glissements permanents du main-stream vers la marge. Que la marge continue Ă tenir la pageâŠ
Pour beaucoup de personnes, le rock progressif demeure une sorte de mystĂšre insondable, une variante intellectuelle du rock qui, par dĂ©finition, serait idiot. Rien nâest plus faux. Souvent considĂ©rĂ© comme prĂ©tentieux et pompeux, le rock progressif est pourtant le plus fascinant des laboratoires musicaux.
La meilleure façon de le dĂ©fendre serait aussi de reconnaitre que la plupart de ceux et celles qui le conspuent en Ă©coutent sans mĂȘme le soupçonner. En effet, Ă partir du moment oĂč il y a un son, nouveau ou diffĂ©rent, il y a une Ă©volution, une progression. Pour en savoir plus, rien ne vaut la lecture dâun bon bouquin rĂ©capitulatif du phĂ©nomĂšne. HĂ©las, la plupart sont Ă©crits (par des auteurs sans style et un brin fermĂ©s) comme des thĂšses ennuyeuse et sâadressent souvent Ă une Ă©lite qui sait dĂ©jĂ de quoi il retourne. Ce nâest heureusement pas le cas de Aymeric Leroy, trente-sept ans, fondateur de la revue Big Bang et rĂ©dacteur inspirĂ© Ă qui on doit un excellent bouquin sur Pink Floyd publiĂ© chez le mĂȘme Ă©diteur que le prĂ©sent ouvrage. Utilisant un style frais qui donne lâimpression de lire Rock & Folk, nâoubliant jamais de parler des musiciens en mĂȘme tant que de leur musique, Leroy rĂ©ussit lâexploit de rendre son bouquin digeste, lâinscrivant dans une vĂ©ritable continuitĂ© sociologique de lâhistoire du rock.
Le seul dĂ©faut que lâon peut lui reprocher, comme Ă tous les auteurs avant lui, câest de privilĂ©gier le passĂ© au prĂ©sent, nâaccordant quâune infime partie de son ouvrage aux trente derniĂšres annĂ©es et oubliant (volontairement ?) les contributions remarquables de la scĂšne Metal (Led Zeppelin, Iron Maiden, QueensrĂżche, Helloween, Tool, A Perfect Circle, Nine Inch Nails, etc.) ainsi que les nombreux artistes indie rock, trip-hop et neo prog apparus depuis deux dĂ©cennies (Mogwai, Portishead, Anathema, Recoil, Mansun, Massive Attack, etc.), le rock progressif nâĂ©tant plus un genre Ă part entiĂšre aujourdâhui mais bien un moyen de faire de la musique diffĂ©remment, mĂȘme au cĆur dâun genre musical supposĂ© autre. A nâen pas douter, on attend toujours le bouquin qui viendra rĂ©fĂ©rencer avec le mĂȘme souci de lâexactitude le rock progressif des annĂ©es 2000. Bon, Aymeric, tu nous ponds la suite bientĂŽt ?!
Impressionnante fontaine de savoir et source dâidĂ©es pour votre compactothĂšque.
Rendons hommage Ă lâentreprise titanesque dâAymeric Leroy qui a rĂ©ussi, aprĂšs de nombreuses annĂ©es consacrĂ©es aux musiques progressives, un travail dâanalyse critique exhaustif, Ă partir de recherches historiques fouillĂ©es.
A la lecture de cette somme, vĂ©ritable « labour of love », vous saurez tout sur ce mouvement complexe qui a commencĂ© en 1969 : plus de quarante annĂ©es dâactivitĂ© pour plus de soixante groupes dans le monde, en Europe essentiellement et surtout en Angleterre, depuis lâacte fondateur de KINGCRIMSON (KC pour les intimes) avec lâextravagant Robert Fripp aux commandes du sensationnel « XXst Century SchizoĂŻd man » ( Chapitre « A king is born »).
Le parti pris est chronologique et non thĂ©matique pour mieux couvrir et cerner une rĂ©alitĂ© complexe : de la parfaite adĂ©quation entre artistique et commercial des premiĂšres annĂ©es, Ă lâapogĂ©e (Effervescence 1970/ Masterworks 1972), au dĂ©clin, (1978 Annus horribilis) et autres soubresauts des annĂ©es 80 (Survival), jusquâĂ lâactualitĂ© de la derniĂšre dĂ©cennie du XXĂšme siĂšcle (Revival).
La conclusion ne laisse aucune place au doute, se concentrant sur lâhĂ©ritage de cet Ăąge dâor dans notre pĂ©riode actuelle troublĂ©e et confuse pour la crĂ©ation.
Le lecteur trouve la perspective nĂ©cessaire, et parcourt, selon la hiĂ©rarchie mise Ă disposition lâhistoire du rock, vĂ©ritable et incessant combat.
Les grands groupes sont Ă©voquĂ©s longuement : KC, YES, GENESIS (celui de Peter Gabriel), JETHROTULL, ELP, VANDERGRAAFGENERATOR: tous les grands disques ont une histoire passionnante, chaque album est analysĂ© prĂ©cisĂ©ment avec ses principaux titres, une prise en compte de la symbolique trĂšs riche, des « messages » littĂ©raires ou visuels (les pochettes de Roger Dean, plus dĂ©mentielles les unes que les autres, essentielles pour entrer dans lâunivers de YES !).
Les principales caractĂ©ristiques sont commentĂ©es avec pertinence et ainsi apparaĂźt en pleine lumiĂšre ce que lâon avait pu ressentir confusĂ©ment : comment et pourquoi toutes ces musiques sont reliĂ©es entre elles. Ce livre est un formidable document sociologique sur la fin des « trente glorieuses », un retour sur une Ă©poque rĂ©volue aujourdâhui.
Comme le pense lâAnglais Nick Hornby, grand amateur de football et de musiques rock, auteur de « High Fidelity », la notion de « fan » est essentielle dans lâĂ©volution de la musique anglo saxonne, dĂšs le blues boom de la scĂšne britannique en 1965-1966.
Un prĂ©ambule limpide et un chapitre passionnant sur le Protoprog, donnent les principales clĂ©s sur les origines (britanniques) de ce courant avec les Beatles de 1967 et leur concept album « Sgt Pepperâs Lonely Hearts Club Bands », Cream, trio dâinstrumentistes impressionnants, mais aussi Procol Harum, The Moody Blues, les Who (« Tommy »), Pink Floyd (« Ummagumma », « Meddle » et « Live at PompeĂŻ »), Traffic.
De lâautre cĂŽtĂ© de lâAtlantique, on observe un certain parallĂ©lisme dans lâorientation de groupes en recherche : Buffalo Springfield et ses compositions sophistiquĂ©es, The Doors, lâiconoclaste Zappa (le plus ambitieux dans ses choix et appartenances musicales).
Ce formidable paysage musical revit sous nos yeux. Lâamateur un tant soit peu Ă©clairĂ© et attentif, comprend comment les piĂšces du puzzle de son affectivitĂ© musicale ont pu sâemboĂźter. Aymeric Leroy aide nombre dâentre nous Ă prendre conscience de ce qui a pu engendrer cette prĂ©dilection pour le rock progressif. Comme une psychanalyse qui rĂ©vĂšle les ressorts dâune addiction. Il devient enfin plus Ă©vident de saisir ce qui nous a transportĂ© dans ces musiques. Cette Ă©poque respirait lâaventure, la rĂ©bellion, une recherche de spiritualitĂ© intense, les groupes partaient vers des horizons inconnus, avec des fulgurances inspirĂ©es, clairement expĂ©rimentales, un sens de lâaccroche et un esprit ludique tout Ă fait jubilatoires. Ce qui nâexcluait pas des dĂ©lires mystico-philosophiques.
Non moins passionnant est le rapport compliquĂ© et pas toujours fraternel avec les autres musiques savantes, complexes que sont le classique et le jazz. Câest une tentative assez unique dans lâhistoire musicale et aussi une tentation utopique de fondre les genres, de sâunir dans lâimprovisation, de souligner prouesses instrumentales et virtuositĂ© du chant, de rĂ©unir et rĂ©concilier enfin ces deux aspects tout Ă fait complĂ©mentaires de la musique, de sortir du formatage commercial (suites Ă©piques de plus de 20 minutes), de crĂ©er des compositions aussi urgentes et lointaines Ă la fois : symphonisme « mellotronesque », Ă©chappĂ©es lyriques de guitares, orgues dĂ©goulinant, « crescendo de lâintimisme acoustique au maximalisme Ă©lectrique ». Chaque concert, chaque album est une cĂ©rĂ©monie dâinitiation dont le public ne ressort pas indemne.
Il est dĂ©terminant de savoir pourquoi on aime les choses. I know what I like and I like what I know du Genesis de âSelling England by the Poundâ. Ajoutons quâen dĂ©pit de la passion absolue que porte lâauteur, spĂ©cialiste reconnu, entre autre, de lâEcole de Canterbury, ses jugements ne sont jamais complaisants : les groupes ou les personnalitĂ©s de certains leaders apparaissent avec parfois une brutale cruditĂ©. Il sait montrer les contradictions internes, les vertiges mĂ©galo de certains leadersâŠ.
Câest une lecture sincĂšre, passionnĂ©e et objective que nous fait partager Aymeric Leroy : sâil ne peut fouiller dans ses souvenirs, il est beaucoup trop jeune pour avoir vĂ©cu cette pĂ©riode de lâintĂ©rieur, il en a acquis une connaissance rĂ©elle, par la lecture et une Ă©coute mĂ©ticuleuse. Il ne rachĂšte pas des petits bouts de sa jeunesse, voire des pans entiers au petit bonheur de la pop et de la prog, mais il sait en parler comme un vĂ©ritable spĂ©cialiste.
Ce livre de la trĂšs intĂ©ressante maison dâĂ©ditions Le Mot et le Reste comblera tous les amateurs de musiques sans ĆillĂšres. Quant Ă ceux qui sont dĂ©jĂ convaincus et adeptes de ce rock progressif populaire, Ă©mancipateur, Ă©volutif, post moderne, ils saisiront mieux dâoĂč peut venir cet intĂ©rĂȘt jamais dĂ©menti, cet amour sans faille pour cette musique originale.
Merci donc pour ce Rock progressif Ă©minemment salutaire, indispensable dans toute bibliothĂšque de mĂ©lomane. Jalon de lâhistoire musicologique de la fin du XXĂšme siĂšcle, ce livre permet de surcroĂźt dâapprĂ©cier les crĂ©ations actuelles, Ă lâaune dâun passĂ© proche ; on peut ainsi mieux suivre ce qui se fait aujourdâhui, sans Ă©tat dâĂąme et nostalgie.