Pink Floyd - Nouvelle édition
PlongĂ©e dans lâĆuvre dâun groupe paradoxal
Lisible, ne conservant que lâessentiel au dĂ©triment des anecdotes qui ne servent pas son propos, Pink Floyd â PlongĂ©e dans lâĆuvre dâun groupe paradoxal est une invitation Ă sâintĂ©resser Ă dâautres facettes â et elles sont nombreuses â dâune formation dont lâauditeur lambda nâa le plus souvent retenu que The Wall.
Jean-Philippe Haas â Chromatique
Pink Floyd, groupe aux nombreux paradoxes. Connu pour sa signature sonore instantanĂ©ment reconnaissable, il nâa pourtant jamais cessĂ© de se rĂ©inventer. Issu de lâunderground et de la contre-culture avant de connaĂźtre un succĂšs massif et planĂ©taire. « Groupe sans visage », cultivant lâanonymat, il a pourtant donnĂ© au rock lâune de ses figures mythiques, Syd Barrett, puis accompagnĂ© la « psychothĂ©rapie conceptuelle » de son leader Roger Waters. Ces musiciens autodidactes, Ă la maĂźtrise instrumentale limitĂ©e, ont pourtant su rester pendant une dĂ©cennie aux avant-postes de lâinnovation musicale et technologiqueâŠ
Les 18 albums de Pink Floyd dĂ©crivent un cheminement tout sauf rectiligne, passionnant tant par ce quâil rĂ©vĂšle des problĂ©matiques que doit gĂ©rer tout groupe en quĂȘte dâidentitĂ© (et de succĂšs), que par ses exploits purement artistiques.
Ternie par les luttes fratricides et soupçons dâopportunisme commercial des annĂ©es 1980-90, mais aussi par les critiques plus strictement artistiques adressĂ©es Ă son esthĂ©tique, la saga de Pink Floyd sâest conclue Ă©lĂ©gamment par la reformation du quatuor « historique » au Live 8 de 2005, dont on sait hĂ©las, depuis la rĂ©cente disparition de Rick Wright, quâelle ne se reproduira pas.
Revue de presse
- Biographie Audrey Bizouerne Vision Mag Mai 2015
- Pink Floyd. PlongĂ©e dans l'Ćuvre d'un groupe paradoxal Jean-Philippe Haas Chromatique 22 avril 2015
- Pink Floyd franchit le mur du son Laurent Goumarre France 5 // Entrée libre 10 novembre 2014
- The Dark Side of the Moon, "c'était du jamais entendu" Stéphanie Lelong L'actu 23 mars 2013
- PINK FLOYD LE TRIP CONTINUE Julien BORDIER L'EXPRESS 28 septembre 2011
- PINK FLOYD REVOIR LA VIE EN ROSE Philippe Chevilley LES ECHOS 23 septembre 2011
- Pink Floyd Frédéric Delùge XROADS octobre 2009
- Is It A Bird?: Pink Floyd - Plongée dans l'oeuvre d'un groupe paradoxal de Aymeric Leroy Gilmoutsky Blog Rana Toad
- Pink Floyd Jean-Guillaume Lanuque Big Bang septembre 2009
- Pink Floyd Eric Serva France Musique // Tapage nocturne mars 2009
- Pink Floyd â Autopsie d'un monstre François Julien VSD 07/04/09
- Pink Floyd Arnaud Devillard Site Suite 101 décembre 2009
âCâest le troisiĂšme album le plus vendu au monde. Il offre lâune des expĂ©riences sensorielles les plus innovantes de lâhistoire musicale. Avec lui, Pink Floyd a repoussĂ© les frontiĂšres de la musique savante, en explorant de nouveaux horizons en matiĂšre de mise en scĂšne et de technique sonore. Play !â
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Lâaudacieuse maison dâĂ©dition Le mot et le reste réédite le livre passionnant dâAymeric Leroy sur lâhistoire de lâun des groupes cultes les plus mystĂ©rieux de lâhistoire du rock : Pink Floyd. Plus quâune simple biographie, lâautre propose une rĂ©flexion autour de lâĆuvre discographique de la formation et revient sur le parcours dâun groupe qui, malgrĂ© un succĂšs planĂ©taire, a toujours gardĂ© une forme dâanonymat et sâest constamment renouvelĂ©, rĂ©volutionnant ainsi lâhistoire de la musique. Quarante ans de carriĂšre Ă travers une Ćuvre complexe de plus de quinze albums. Indispensable.
La réédition dâun livre est souvent bon signe. Celui dâAymeric Leroy consacrĂ© Ă la discographie de Pink Floyd en est Ă sa troisiĂšme. La sortie de The Endless River a ainsi Ă©tĂ© un bon prĂ©texte pour lâauteur de mettre Ă jour son essai. Les adeptes du quartette trouveront lĂ une nouvelle occasion de se pencher sur un ouvrage qui se focalise non pas sur les frasques de leur groupe favori, mais bien sur lâĆuvre proprement dite et les clĂ©s permettant de la comprendre, Ă travers lâhistoire mouvementĂ©e de ce gĂ©ant du rock.
AprĂšs avoir plantĂ© le dĂ©cor, Leroy dĂ©cortique chaque disque, depuis les Ă©vĂ©nements qui ont gouvernĂ© sa rĂ©alisation jusquâĂ lâanalyse des titres, dĂ©crivant les Ă©volutions rĂ©guliĂšres de la musique de Pink Floyd, sur fond de changements incessants des Ă©quilibres Ă lâintĂ©rieur du groupe. Sâil porte des jugements argumentĂ©s, mais qui nâengagent que lui, sur la quinzaine dâalbums studio, il nâhĂ©site pas, parfois, Ă rhabiller les musiciens pour lâhiver ni Ă jeter un Ćil sĂ©vĂšre sur certains titres. De mĂȘme, il nâĂ©conomise guĂšre les superlatifs lorsquâil sâagit des compositions qui ont sa prĂ©fĂ©rence. Quoi quâon puisse penser de ses opinions, sa vision bĂ©nĂ©ficie dâune justification solide et dâun recul bienvenu, sauf Ă©videmment pour le trĂšs rĂ©cent The Endless River, mais Leroy lui-mĂȘme ne tranche pas nettement la question et se garde bien de donner un avis arrĂȘtĂ©.
Ce livre a lâimmense mĂ©rite de mettre de cĂŽtĂ© toute passion partisane pour telle ou telle Ă©poque de Pink Floyd, et de traiter sur un pied dâĂ©galitĂ© toutes les productions des Britanniques, mĂȘme sâil y a Ă©videmment plus Ă dire sur Dark Side of The Moon que sur le dernier-nĂ©. Lisible, ne conservant que lâessentiel au dĂ©triment des anecdotes qui ne servent pas son propos, Pink Floyd â PlongĂ©e dans lâĆuvre dâun groupe paradoxal est une invitation Ă sâintĂ©resser Ă dâautres facettes â et elles sont nombreuses â dâune formation dont lâauditeur lambda nâa le plus souvent retenu que The Wall.
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Ă lâoccasion de la sortie dâEndless River, quinziĂšme album des Pink Floyd, Laurent Goumarre invite Aymeric Leroy pour revenir sur le parcours de ces gĂ©ants.
REVOIR LâĂMISSIONCONSACRĂE AU FLOYD
Sorti il y a 40 ans, lâalbum The Dark Side of the Moon, du groupe rock britannique Pink Floyd, reste une rĂ©fĂ©rence musicale.
Les faits
SuccĂšs planĂ©taire (plus de 40 millions dâexemplaires vendus), pourquoi _The Dark Side of the Moon, neuviĂšme album des Pink Floyd, reste-t-il une rĂ©fĂ©rence musicale aujourdâhui?
Lâexpert
AprĂšs la dĂ©fection de Syd Barrett en 1968, David Gilmour, Roger Waters, Rick Wright et Nick Mason ont fini par trouver leur Ă©quilibre entre les textes, le chant, les mĂ©lodies et les expĂ©rimentations sonores. âIls ont transposĂ© leur cĂŽtĂ© novateur sur un rock plus grand public. La recherche de la perfection sonore Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©sente dans le groupe, mais cet album est vraiment le plus sophistiquĂ©â, dĂ©crit Aymeric Leroy, auteur du livre Pink Floyd, plongĂ©e dans lâoeuvre dâun groupe paradoxal (Ă©d. Le Mot et le reste). DĂ©but 1972, The Dark Side of The Moon a dĂ©jĂ presque sa forme dĂ©finitive. Le groupe prĂ©fĂšre lâĂ©trenner dâabord en tournĂ©e, avant de lâenregistrer Ă Abbey Road en 1973. Les sessions en studio sont entrecoupĂ©es de live et de rĂ©pĂ©titions qui permettent dâapporter de nombreuses retouches aux morceaux. Les textes abordent des thĂšmes universels comme le travail, lâargent, la vieillesse, la guerre, la folie (le titre de lâalbum, qui signifie âla face cachĂ©e de la Luneâ, est une mĂ©taphore de la folie), la mort⊠âUne telle profusion de sons et dâeffets sonores, comme les battements de coeur, lâhorloge, les piĂšces de monnaie, les conversationsâŠ, câĂ©tait du jamais entendu ! Aujourdâhui encore, cela reste une rĂ©fĂ©rence dans la modernitĂ©. Tout est parfaitâ, ajoute Aymeric Leroy. Pour lâenregistrement, le groupe sâest servi de techniques rares Ă lâĂ©poque : lâenregistrement multipiste et lâĂ©lectronique, avec lâusage de synthĂ©tiseurs analogiques. âUne version a Ă©tĂ© enregistrĂ©e en quadriphonieâ dit lâauteur. Ă sa sortie, en 1973, The Dark Side of the Moon Ă©tait dâailleurs utilisĂ© pour tester la qualitĂ© des chaĂźnes hi-fi.
Dans son numĂ©ro 3143 du 28 septembre au 4 octobre 2011, lâHebdomadaire lâExpress consacre un dossier au lĂ©gendaire groupe Pink Floyd dont une vaste campagne de réédition des disques est menĂ©e par EMI cet automne. Pour rĂ©aliser ce dossier, il va sans dire que le journaliste a contactĂ© Aymeric Leroy, spĂ©cialiste des musiques progressives et auteur chez nous dâun ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur le groupe.
Extrait :
(âŠ)
Les compositions du quatuor sont destinĂ©es aux amateurs de sons. A sa sortie, en 1973, The Dark Side of the Moon sert dâailleurs de mĂštre Ă©talon pour tester la qualitĂ© des chaĂźnes hi-fi.
â Chaque nouvelle sortie dâalbum Ă©tait une surprise, rappelle Aymeric Leroy, auteur de Pink Floyd. PlongĂ©e dans lâoeuvre dâun groupe paradoxal (Ă©d. Le Mot et Le Reste). On attendait dâeux quâils composent la musique de demain.â (âŠ)
Pour consulter lâintĂ©gralitĂ© de lâarticle : LâEXPRESS
Le catalogue de Pink Floyd ressort avec un son neuf. Focus sur un groupe insaisissable, qui a fait exploser les canons de la pop, pour inventer une musique sensuelle et libre. Etes-vous prĂȘt Ă redevenir Pink ?
LâĂ©tĂ© indien en chemise indienne ? PrĂ©parez-vous⊠Pink Floyd est de retour. Toute la discographie du groupe planant ressort lundi avec un son neuf, remastĂ©risĂ©, soit quatorze albums, dont une bonne moitiĂ© mythiques. On nâest pas mĂ©content de rĂ©viser ses classiques, mais on ne sait pas par quel bout prendre ce monument du rock -un des plus visitĂ©s peut-ĂȘtre aprĂšs les Beatles et les Stones.
« Insaisissable ! », comme lâĂ©crit Aymeric Leroy dans son livre savant « PlongĂ©e dans lâoeuvre dâun groupe paradoxal » (Editions Le Mot et le Reste). Tout sauf glamour⊠si lâon en croit « Pink Floyd. Lâhistoire selon Nick Mason » (batteur du groupe), publiĂ©e en 2005 (E/P/A). Une formation extraterrestre, câest sĂ»r, dont la belle aventure crĂ©atrice rĂ©sulte dâune sĂ©rie dâaccidents et de petits miracles.
Pink Floyd, câest dâabord lâhistoire dâun faux dĂ©part : quatre garçons dans le vent, ramenĂ©s Ă trois, quand leur « songwriter », le « diamant fou » de Cambridge, Syd Barrett, pĂšte les plombs (trop dâacides, de stress, de dĂ©primeâŠ). Alors que le groupe sâest imposĂ© sur la scĂšne psychĂ©-pop anglaise avec deux tubes (« Arnold Layne », « See Emily Play ») et un premier album truffĂ© de pĂ©pites (« The Piper at the Gates of Dawn », 1967), il se retrouve brutalement orphelin.
Le deuxiĂšme album, « A Saucerful of Secrets » (1968), est un saut dans le vide. Des chansons Ă©crites dans lâurgence -par Roger Waters, nouveau leader, et Richard Wright ; des Ă©chappĂ©es instrumentales audacieuses ; Syd Barrett remplacĂ© Ă la guitare par David Gilmour⊠Le second Pink Floyd est nĂ©. De ses faiblesses, de ses limites, il va faire de formidables atouts.
Ni Roger Waters ni Nick Mason ni Richard Wright ne sont de grands musiciens Ă la base (seul Gilmour a du « doigtĂ© »). A leurs dĂ©buts (en 1964), pour compenser leurs difficultĂ©s Ă jouer correctement les standards de rythmân blues les Ă©tudiants rockers se lancent dans de longues impros. Ils sâinventent ainsi un style, par dĂ©faut. BientĂŽt, le Floyd dĂ©veloppe une spatialisation du son rĂ©volutionnaire et un « light show » hypnotique, Ă base de diapos, gĂ©latine et verre colorĂ©. Les concerts virent Ă la performance arty et attirent tout lâunderground londonien.
Flamants ou éléphants roses
Instrumentaux Ă©thĂ©rĂ©s, guitares ondoyantes, orgue lancinant, clins dâoeil Ă la musique concrĂšte⊠Pink Floyd casse les formats pop, devient le hĂ©raut de lâavant-garde musicale et, un peu malgrĂ© lui, du mouvement hippie et contestataire des annĂ©es 1960-1970. Pour beaucoup de « seniors » (rangĂ©s aujourdâhui), Pink Floyd rime avec le premier joint. Et si les Français ont traduit Pink Floyd par « Flamant rose » (alors que le nom du groupe se rĂ©fĂšre aux deux bluesmen Pink Anderson et Floyd Council et que flamant en anglais se dit « flamingo »), câest peut-ĂȘtre parce que dâaucuns ont vu des Ă©lĂ©phants rose, en Ă©coutant le double album « Ummaguma » (1969)âŠ
Avec ce disque culte (mi-studio, mi-live) et la BO de « More », film-poĂšme triste de Barbet Schroeder sur la descente aux enfers dâun junky, le groupe aurait pu renforcer son ancrage baba cool. Mais son « kiff », câest de faire « progresser » la musique. Il le prouve avec deux albums flamboyants : lâun de rock symphonique : « Atom Heart Mother » (« lâalbum Ă la vache », 1970) ; lâautre de rock planant « Meddle » (1971), fameux pour son morceau de bravoure de vingt-trois minutes, « Echoes ». Dans ce long titre atmosphĂ©rique, qui nous transporte du fond des eaux jusquâau ciel, le Floyd rĂ©ussit lâosmose parfaite, souligne Aymeric Leroy, entre vocal et instrumental. Câest, pour beaucoup de fans, lâapogĂ©e de Pink Floyd. Mais câest aussi et surtout le dĂ©but dâune troisiĂšme vie.
Devenu la bande-son de toute une jeunesse, plus que jamais ouvert Ă des expĂ©riences inĂ©dites (avec les ballets de Roland Petit, en concert Ă PompĂ©i), Pink Floyd a forci, mĂ»ri. Sa cote est au plus haut. Reste Ă porter lâestocade. Ce sera « The Dark Side of the Moon » (1973), album qui concilie tous les contraires : populaire et futuriste, conceptuel mais offrant sa ration de tubes -dont le fameux « Money ». La « galette » rĂȘvĂ©e pour tester sa chaĂźne hi-fi se vendra Ă plus de 40 millions dâexemplaires dans le monde. Un triomphe artistique et commercial -une forme dâaboutissement, qui marque, hĂ©las, le dĂ©but de la fin.
Dans la ligne de mire
Les relations entre les membres ne sont pas au beau fixe. Le leader naturel, Roger Waters, veut sâarroger les pleins pouvoirs, David Gilmour renĂącle⊠Les tournĂ©es sont Ă©prouvantes. Et le Floyd commence Ă agacer ses fans : son accord de sponsoring avec une marque de soda en France se rĂ©vĂšle catastrophique pour son image. Moins rĂ©ussi que « The Dark Side of the Moon », « Wish You Were Here » (1975) est tout de mĂȘme bien accueilli, grĂące Ă sa chanson Ă©ponyme et « Shine on you Crazy Diamond » (1975), morceau Ă©lĂ©giaque en deux parties qui rend hommage Ă Syd Barrett.
Le suivant est une tout autre affaire. « Animal » paraĂźt en 1977. LâannĂ©e de lâexplosion punk⊠Tout ce qui flirte avec le rock progressif et dĂ©passe deux minutes trente est alors considĂ©rĂ© comme ringard. Dans la ligne de mire, le groupe se bat avec ses armes : assumant son style, il durcit ses orchestrations et son propos. Le rĂ©sultat est mitigĂ© : bien quâil se vende encore, Pink Floyd nâest plus Ă la modeâŠ
Mais pas mort -pas encore⊠Waters travaille dans lâombre Ă sa grande oeuvre conceptuelle : « The Wall ». Le disque qui sort en 1979 est plus un album solo accompagnĂ© par les musiciens du groupe, mais la magie Pink Floyd opĂšre malgrĂ© tout. Ce double album atypique, rebelle et fulgurant, se vend Ă 20 millions dâexemplaires et rallie un nouveau public. La version concert, avec un faux mur de briques, est spectaculaire. Un film est rĂ©alisĂ© en 1982 par Alan Parker, avec Bob Geldof dans le rĂŽle de Pink, la rock-star schizophrĂšne.
Implosion
La suite, marquĂ©e par lâimplosion du groupe, est presque anecdotique. Pink Floyd est un collectif. DĂ©membrĂ©, il perd tout son sel. Les annĂ©es 1980-1990 sont ponctuĂ©es dâalbums honnĂȘtes, mais sans gĂ©nie, sous influence Waters (« The Final Cut », 1983), puis Gilmour, aprĂšs la sĂ©cession de Waters (« A Momentary Lapse of Reason », 1987 ; « The Division Bell », 1994). Le Floyd apparaĂźt une derniĂšre fois au complet en juillet 2005 lors du Live 8 (sĂ©rie de concerts visant Ă interpeller le G8 sur la pauvretĂ©).
Syd Barret disparaĂźt en 2006, Richard Wright le suit en 2008. Restent les concerts « mĂ©mo » (Waters et son « mur » ont triomphĂ© en juin dernier Ă Bercy) et les disques de lâĂąge dâor -Ă redĂ©couvrir. Les fans de Radiohead, dâArchive et dâĂ©lectro y dĂ©cĂšleront les prĂ©mices de la new wave et de la techno.
Foisonnante, inégale, bavarde parfois, mais le plus souvent inventive et voluptueuse, la musique hors format de Pink Floyd a donné à la pop le goût de la liberté.
Aymeric Leroy, co-fondateur du fanzine Big Bang et spĂ©cialiste reconnu de lâĂ©cole de Canterbury (son site internet, Calyx, fait autoritĂ© en la matiĂšre et lâon ne compte plus les textes de livrets de CD, en anglais ou en français, dont il est lâauteur) travaille sur un futur ouvrage consacrĂ© Ă lâhistoire du rock progressif des origines Ă nos jours. En attendant, il signe chez Le Mot et le Reste un livre qui est bien davantage quâun Ă©niĂšme ouvrage sur Pink Floyd. Dans un style trĂšs prĂ©cis et documentĂ© qui ne laisse place Ă aucune approximation, Aymeric Leroy dĂ©crypte sans complaisance lâhistoire du Floyd et remet certaines vĂ©ritĂ©s en place, Ă©voquant tant ce qui a fait la grandeur du groupe (on ne lui donnera dâailleurs pas tort quand il fait de âEchoesâ le plus grand morceau de Pink FloydâŠ) que ses errances et, bien sĂ»r, les relations pas toujours faciles entre ses membres.
Sâil ne fallait lire quâun seul livre en français sur le Floyd, ce pourrait ĂȘtre celui-lĂ âŠ
Is It A Bird?: Pink Floyd â PlongĂ©e dans lâoeuvre dâun groupe paradoxal de Aymeric Leroy
De nombreuses idĂ©es fausses circulent Ă propos de Pink Floyd. Il y en a bien une qui mâhorripile et qui continue parfois Ă ĂȘtre stupidement profĂ©rĂ©e alors quâun dictionnaire anglais-français suffit Ă Ă©viter telle Ă©normitĂ©. Pardonnez-moi cette digression introductive. Aymeric Leroy nây fait mĂȘme pas allusion, dâailleurs. Câest une de ces fioritures qui nâont pas sa place, semble-t-il, dans cette collection âFormesâ. Les efforts de lâauteur se concentrent sur la genĂšse dâun groupe, celle de sa musique au fil des annĂ©es avec une pertinence qui rejette le superflu. Ne cherchez pas les anecdotes croustillantes dont le seul but est dâamuser. Celles qui sont racontĂ©es ne le seront que parce quâelle font sens.
Lâintroduction survole les dĂ©cennies et se dĂ©coupent en sous-titres tirĂ©s des paroles du groupe. Elle pose certaines problĂ©matiques essentielles comme cette complĂ©mentaritĂ©/opposition entre lâinstrumentation et ses envolĂ©es/les paroles ainsi que les concepts qui sây attachent. Si le nom des musiciens vous est familier, cette complĂ©mentaritĂ©/opposition interne se compose en fait ainsi: Gilmour et Wright/Mason et Waters. Aymeric Leroy la termine en insistant sur la volontĂ© du groupe Ă demeurer dans un entre-deux assumĂ©, surtout dans les annĂ©es soixante-dix, entre expĂ©rimentation et musique populaire âqui rejette Ă la fois le formatage commercial et lâĂ©litisme condescendant.â
Moins une biographie quâune discographie commentĂ©e du groupe, lâouvrage attaque avec le prologue Syd Barrett, Ă©quivalent au premier opus The Piper Gates Of Dawn (que je suis loin dâavoir Ă©coutĂ© autant que tous les autres) qui restera Ă jamais le seul effort marquant du personnage. Sans ses dĂ©rives mentales, Pink Floyd aurait Ă©tĂ© tout diffĂ©rent. Oui jâaime parfois enfoncer les portes ouvertes.
Le nombre de pages de chaque chapitre Ă©tant proportionnel Ă lâimportance de chaque album dans la carriĂšre du quatuor, il nâest pas Ă©tonnant de voir que Meddle, Dark Side Of The Moon, Wish You Were Here et surtout The Wall sont le terrain propice Ă lâauteur pour Ă©toffer les principaux axes Ă©voquĂ©s dans lâintroduction. Animals doit sa longueur Ă lâexplication du concept, inspirĂ© de La Ferme des Animaux de George Orwell, qui voit lâesprit critique de Roger Waters (dĂ©jĂ prĂ©sent dans Dark Side) atteindre un autre palier dans la virulence politique. La place que le bassiste prendra les annĂ©es suivantes au sein du groupe est dĂ©cadrĂ©e intelligemment, certains dĂ©tails Ă dĂ©faut dâĂȘtre moins visibles nâen sont pas pour autant sans importance.
Tout espoir de reformation brisĂ© aprĂšs le dĂ©cĂšs de Richard Wright en 2008, lâouvrage possĂšde cet aspect dĂ©finitif qui provoque soupirs et regrets. Au moins on nâaura pas Ă racheter de version augmentĂ©e.
Ne sâadressant pas seulement aux musiciens ou aux fans indĂ©crottables, Aymeric Leroy parvient, sans ĂȘtre ni trop technique ni trop superficiel (contrairement Ă cet article incapable de rendre compte de nombreuses choses passionnantes), Ă Ă©clairer un public avide de connaĂźtre le making of de ses nombreuses et intemporelles Ă©coutes.
VoilĂ une formation sur laquelle les publications ne manquent pas; nĂ©anmoins, Aymeric Leroy Ă©vite tout Ă©cueil et tout risque de redite en choisissant de retenir prioritairement le versant analytique de lâĆuvre du groupe. Chaque album a ainsi droit Ă une dissection en rĂšgle, tandis quâune introduction globale permet de tracer les grandes lignes de la carriĂšre du Floyd, en rappelant fort justement le contexte dans lequel sa trajectoire sâinscrit pleinement : justement qualifiĂ© de groupe qui se « rĂ©invente » Ă chaque disque, il symbolise les audaces dâune Ă©poque de contestations et dâalternatives tous azimuts, jusque dans son Ă©volution, tant âle dĂ©clin du pluralisme en son sein aura coĂŻncidĂ© prĂ©cisĂ©ment avec celui des grandes utopies collectives des annĂ©es soixante-dix, tout comme les luttes fratricides de la dĂ©cennie suivante (âŠ) lâair du temps matĂ©rialiste et individualiste qui leur avait succĂ©dĂ©â (p.30). Il est ainsi, selon lâauteur, un Ă©lĂ©ment Ă part entiĂšre du courant progressif, de par sa volontĂ© de recherche musicale, tout en sâen distinguant par une moindre place de la virtuositĂ© instrumentale et lâimportance des aspects extra-musicaux (une caractĂ©ristique qui nâest dâailleurs pas lâapanage du seul Floyd).
Dâune lecture prenante, ce livre tĂ©moigne de lâincontestable maĂźtrise de son auteur quant Ă la biographie de Pink Floyd, et la finesse de ses analyses ne peut quâapparaĂźtre stimulante, tout en provoquant dâinĂ©vitables discussions sur tel ou tel jugement. Outre lâapport de la consommation de drogues dans la rĂ©ceptivitĂ© plus grande du public dâalors quant aux expĂ©rimentations musicales, on retiendra surtout une critique de la domination exclusive de Waters sur le groupe de 1976 Ă 1983, qui aurait rompu lâĂ©quilibre dĂ©licat entre musique et textes au profit de ces derniers; une critique qui va de pair avec une certaine rĂ©habilitation de la pĂ©riode prĂ© Dark Side Of The Moon. Quoi quâil en soit, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les analyses de chaque album sont nuancĂ©es, bien argumentĂ©es, non sans considĂ©rations techniques pointues, leurs faiblesses comme leurs forces bien mises en relief : ainsi, The Piper At The Gates Of Dawn ne se rĂ©sume pas Ă sa dominante pop, les limites de Ummaguma sont clairement Ă©voquĂ©es, tandis que des albums tels Obscured By Clouds ou The Final Cut sont loin dâĂȘtre considĂ©rĂ©s comme partie nĂ©gligeable. Les textes ont droit Ă un Ă©clairage particuliĂšrement pertinent, Ă lâimage de ceux de Dark Side Of The Moon ou de âEchoesâ, dont la description est passionnante⊠Un livre dont la lecture est largement conseillĂ©e, sur la plage de A Momentary Lapse Of Reason ou ailleurs !
Il me faut absolument vous dire tout le bien que je pense du livre dâAymeric Leroy intitulĂ© Pink Floyd â PlongĂ©e dans lâoeuvre dâun groupe paradoxal. Pas facile de coucher sur 150 pages seulement la vie et lâoeuvre discographique dâun groupe qui a largement participĂ© Ă lâage dâor du rockânâroll dans une approche vĂ©ritablement unique, pĂ©trie de jazz, de blues, de folk et dâexpĂ©rimentations Ă©lectriques et Ă©lectroniques. Câest pourtant ce quâa rĂ©ussi Ă faire Aymeric Leroy dâune plume aussi concise que prĂ©cise sans jamais se perdre en dĂ©tails, sans le trop habituel style lourd et aveuglĂ© des fans en mal dâĂ©criture et sans jamais tomber dans la facile et dĂ©magogique exploitation du filon nostalgie. Cet ouvrage est un exercice exemplaire, une approche objective et lucide qui donne cette (bien sĂ»r fausse) mais trĂšs satisfaisante impression, en fin de lecture, de tout savoir sur plus de quarante ans de carriĂšre de Syd Barrett, de Roger Waters, de Nick Mason, de Richard Wright et de David Gilmour. Des pages qui vont Ă lâessentiel et qui aident Ă comprendre pourquoi cette Ă©trange formation sans leader, sans genre et sans concurrence restera dans lâhistoire musicale du vingtiĂšme siĂšcle. Tout cela permet bien sĂ»r de rĂ©-Ă©couter et dâaller plus loin dans la discographie du groupe grĂące aux prĂ©cieuses indications de lâauteur sur des enregistrements audio et vidĂ©o plus ou moins officielles mais toujours disponibles.
Non, il nây a pas que Plus belle la vie sous le soleil de Marseille. Il y a aussi Le Mot et le Reste, Ă©patante maison dâĂ©dition qui sait trouver les mots pour raconter la musique. Aujourdâhui, câest Pink Floyd et la mise Ă mal dâun certain nombre dâidĂ©es reçues. Comme celle qui voudrait que le groupe ait tout dit au « dĂ©part en retraite » de Syd Barrett. Disque aprĂšs disque, le monstre qui semble bel et bien fini est ici autant dissĂ©quĂ© que louĂ©.
En 150 pages, Aymeric Leroy dissĂšque et analyse, chronologiquement, les 14 albums de Pink Floyd, de The Piper at the Gate of Dawn (1967) Ă The Divison Bell (1994), deuxiĂšme disque sans Roger Waters qui avait voulu arrĂȘter le groupe en 1985 (et rendu furieux par lâentreprise de Gilmour de continuer sans lui).
Ce livre fourmille dâinformations sur les enregistrements. Mais sait aussi ĂȘtre critique (notamment envers Ummagumma et The Wall). Il Ă©voque mĂȘme plusieurs fois les limites instrumentales des membres du groupe (en particulier du batteur), crĂ©ant ce « paradoxe » que des musiciens moyens aient pu bĂątir une telle Ćuvre.
Petit bĂ©mol, le livre est parfois tellement analytique quâil en devient froid. Avec quelques prĂ©ciositĂ©s de style comme celle-ci, Ă propos des drogues : « Quoi que lâon pense Ă titre personnel de lâutilitĂ© dây recourir, il est indĂ©niable que leur apparition a jouĂ© un rĂŽle largement positif dans lâinstauration dâun contexte propice Ă des propositions musicales plus aventureuses ».