Pascal Comelade
Une galaxie instrumentale
Faisant feu de tous les bois des musiques populaires, Comelade a inventĂ© un langage qui danse sur un squelette musical en perpĂ©tuel mouvement, du dĂ©pouillĂ© strip-teaseux Ă lâorchestrĂ©-rhabillĂ©, par fusions successives, mĂȘlant folklore et underground, musique rĂ©pĂ©titive et variĂ©tĂ©s, riffs pataphysiques et instruments-jouets.
Depuis son premier disque publiĂ© en 1975, Pascal Comelade a tracĂ© un parcours musical sans nul autre pareil en France. Cet enfant de la frĂ©nĂ©sie rock des annĂ©es soixante et soixante-dix, passionnĂ© par les musiques populaires et la musique instrumentale, a dĂ©ployĂ© une Ćuvre profuse incluant de nombreuses collaborations avec notamment Richard Pinhas, P.J. Harvey ou Robert Wyatt. Ses compositions Ă©voquent, suivant les Ă©poques et les mĂ©langes, La Monte Young, MC5, Erik Satie, Jonathan Richman, Nino Rota, Captain Beefheart, Ennio Morricone, Suicide, etc. Apologiste de la reprise, praticien dâune forme de spontanĂ©isme musical, ses thĂšmes instrumentaux ont aussi accompagnĂ© de nombreux films, ballets, et travaux de plasticiens â de Bob Wilson Ă Miquel Barcelo. Du folklore Ă lâunderground, de la pataphysique au riff, de la musique rĂ©pĂ©titive aux instruments-jouets, voici une autre histoire, personnelle, comme un plat combinĂ© toujours recomposĂ©, de la musique de lâaprĂšs-guerre Ă aujourdâhui.
Revue de presse
Les carambolages de Comelade Sophie Pujas Le Point 2 février 2017
- Interview - Pascal Comelade : "J'ai toujours été underground" Gwenola Gabellec La Provence 23 janvier 2017
- Pascal Comelade Sophie Rosemont Plugged décembre 2016 - janvier 2017
- Interview - Comelade biographié Loraine Adam Rolling Stones janvier-février 2017
- LâorfĂšvrerie instrumentale de Pascal Comelade Olivier Horner Le Temps 28 dĂ©cembre 2016
- Pascal Comelade : mégalo ou schizo? Jean Rouzaud Nova 3 janvier 2017
- Reportage et interview de Hild & Comelade Bertrand Loutte Arte Journal 19 décembre 2016
- Interview de Pierre Hild Yves Gabay La DĂ©pĂȘche 8 dĂ©cembre 2016
- Le Livre - Interview / Pascal Comelade en liberté Olivier Nuc Le Figaro 10 décembre 2016
Les Inrockuptibles
- Voyages dans la galaxie de Pascal Comelade M.C Midi Libre 6 décembre 2016
- Pascal Comelade à la librairie Passages Le ProgrÚs 6 décembre 2016
- Retour en fanfare sur la carriÚre singuliÚre d'un Français multipiste Christian LarrÚde Les Inrockuptibles 7 décembre 2016
- Bricolage inspiré Les Inrockuptibles 30 novembre 2016
- Comelade en stéréo Bernard GéniÚs L'Obs 24 novembre 2016
Pascal Comelade est un ĂȘtre humain comme vous et moii. Quelquâun de curieux, dâinventif, un crĂ©ateur Ă la recherche sans cesse de lâoriginalitĂ© dans la simplicitĂ©. Depuis 40 ans, il construit petit Ă petit une Ćuvre devenue colossale en utilisant tous les supports musicaux possibles, de la cassette audio au CD en passant par le 45 tours et le format LP. Mais toujours de maniĂšres discrĂšte, sâĂ©tonnant toujours, comme un enfant quâil est sans foute restĂ©, de lâintĂ©rĂȘt quâil peut susciter par son univers construit Ă partir et autour des souvenirs dâenfance, par lâentourage familial qui lui forge dĂ©jĂ des passions pour le cinĂ©ma, la musique, les arts en gĂ©nĂ©ral. Il faut dire que son positionnement gĂ©ographique, entre le sud de la France et la Catalogne permet de se forger une culture identitaire forte, dâautant que Pascal Comelda aime les voyages et les rencontres. Il deviendra une rĂ©fĂ©rence au Japon, dans les milieux branchĂ©s quâil ne comprend pas toujours, comme cet enregistrement de certaines de ses piĂšces pour lequel il est invitĂ© mais au cours duquel il ne peut et ne doit pas intervenir sous peine de vexation et de sacrilĂšge!
Alors au fil des ans, il se liera dâamitiĂ© avec Richard Pinhas, David Cunningham, Luis Llach, Pierre Bastien, Victor Nubla, Dominique Grimaud, Dominique RĂ©pĂ©caud, et bien dâautres, la liste est longue, avec qui il partagera ses goĂ»ts prononcĂ©s pour Erick Satie, Marcel Duchamp, Alfred Jarry⊠Il crĂ©era son Bel Canto Orchestra, combo Ă gĂ©omĂ©trie variable et anarchisante, plongera dans lâunderground Ă sây noyer (âjâĂ©tais dans lâunderground de lâundergroundâ), bref, Comelade sera partout et nulle part Ă la fois, insaisissable mais toujours Ă la pointe de lâoriginalitĂ©. Et cela, toujours en totale humilitĂ©.
Lâauteur, Pierre Hild, retrace sa carriĂšre de maniĂšre chronologique, avec des chapitres courts et fouillĂ©s, et laisse le musicien sâexprimer longuement. Sa boulimie de collectionneur de disques plus rares et obscurs les uns que les autres prouve la propension quâil a Ă vouloir tout entendre, tout dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir, Ă se rapprocher de toutes les expĂ©riences dĂ©jĂ rĂ©alisĂ©es pour en quelque sorte les sublimer en les simplifiant ou en les amĂ©liorant Ă sa sauce, quâelle soit folklorique ou pataphysique. Il a dĂ©veloppĂ© aussi tout un arsenal dâinstruments de musique â jouets quâil utilise de maniĂšre minimaliste ou rĂ©pĂ©titive.
Un livre passionnant Ă lire, qui personnellement me touche beaucoup parce quâil arrive souvent quâau dĂ©tour dâun chapitre, on retrouve des souvenirs personnels ou des situations similaires, dans la vraie vie ou dans lâutopie onirique.
Quel autre artiste peut se vanter dâavoir Ă la fois collaborĂ© avec PJ Harvey et Robert Combas, Bob Wilson et Miquel Barcelo, Miossec et la lĂ©gende de la chanson libertaire Lluis Llach? Lâinclassable
musicien et plasticien Pascal Comelade sort un album pour revenir sur ses quarante ans de musique, et lâobjet, enrichi dâun superbe livret illustrĂ©, est dĂ©jĂ une belle invitation au voyage crĂ©atif. Le Catalan est un touche-Ă -tout qui aime mĂȘler les genres avec une joyeuse et fascinante virtuositĂ©. Ses compositions majoritairement instrumentales, dĂ©couragent les dĂ©finitions et voyagent aussi bien dans les territoires de la musique expĂ©rimentale que de la culture populaire. Un enfant dâErik Satie et de lâunderground⊠lâunderground ⊠Pour prolonger la bal(l)ade, on pourra se plonger dans le riche essai biographique rĂ©cemment publiĂ© par Pierre Hild ou arpenter les salles du musĂ©e dâArt moderne de Collioure, oĂč il expose actuellement. Bienvenue dans une galaxie en constante expansion.
Amateur de vinyles, crĂ©ateur de pĂ©pites bricolĂ©es, fondateur du Bel Canto Orquestra, Pascal Comelade a concoctĂ© un joli coffret Rocanrolorama (Because Music). Six disques et 69 titres pour raconter une vie de musique dâune folle inventivitĂ©, Ă la poĂ©sie joyeusement baroque, teintĂ©e de pataphysique.
Un livre vient aussi explorer la âgalaxie instrumentaleâ du gĂ©nial catalan (qui a jouĂ© avec Robert Wyatt, PJ Harvey ou Miossec) et qui rĂ©affirme au cours de la conversation avec son accent chantant et clair : âEn aucun cas je ne me positionne comme un artisteâ. Ce âtype du siĂšcle dernierâ, rigole-t-il encore, sera Ă Marseille mercredi pour une rencontre autour de son bazar rock, iconoclaste.
Avec ce coffret et ce livre, vous offrez une sorte de rétrospective, aimez-vous regarder dans le passé ?
Ce serait plus le rĂ©sumĂ© dâune rĂ©trospective⊠Tout ce que jâai fait jusquâĂ maintenant, tous ces disques sont hors circuits, ça ne mâintĂ©resse pas de les rééditer. Alors jâai commencĂ© il y a cinq ans ce travail qui nâest pas un recueil dâarchives, ni un best-of (ndlr : ce dernier sortira le 7 avril). Il y a six disques ordonnĂ©s de façon plus ou moins chronologique. Jâai fait un tri avec un procĂ©dĂ© de collage, pour revisiter tout ce matĂ©riel. Chacun des disques peut sâĂ©couter de maniĂšre individuelle. Jâose espĂ©rer que ça donne une image rapide, radicale et efficace de mon travail.
Quâest-ce que vous avez remarquĂ© dâabord dans ce travail dâassemblage ?
Ce qui saute aux oreilles, câest cette façon de pratiquer la musique, de la produire. Elle reste la mĂȘme depuis 40 ans : avec trĂšs peu ou pas de technique, avec ce cĂŽtĂ© spontanĂ©, instinctif.
Comment la définiriez-vous ?
Je ne sais ni lire ni Ă©crire la musique, jâai une culture de radio, de musique dans la rue, jâessaie de jouer des instruments sans avoir Ă©tĂ© au conservatoire. Je ne peux pas parler dâinspiration mais jâai une obsession depuis le dĂ©but : produire une musique instrumentale. Il y a peut-ĂȘtre la sensation que ça part de tous les cĂŽtĂ©s, dâun chaos esthĂ©tique⊠mais la ligne câest celle-lĂ . Le seul repĂšre que lâon puisse Ă©voquer, câest la musique dâambiance des annĂ©es 50-60, la muzak.
Cela a-t-il Ă voir avec votre premier choc musical ?
Non mais il y en a deux, quand jâĂ©tais trĂšs jeune : Memphis Slim et Paul Castanier. Jâimagine que câest pour ça que je suis passĂ© au piano.
Vous vous prĂ©sentez parfois comme un âmusicien de balâ ?
Moi, je ne fais pas danser⊠Câest pour essayer de qualifier ce que je fais et dire que ma culture vient de lĂ . Le plus important pour moi, câest dâessayer de construire ma propre langue. Mais, câest trĂšs long. Le plus difficile dans mon histoire, ça a Ă©tĂ© dâĂ©vacuer les tics, les rĂ©fĂ©rences.
Ce langage si spĂ©cifique, vous le dĂ©ployez aussi avec Pierre Hild dans le livre quâil vous consacre ?
A la base, câĂ©tait un livre dâentretiens, on a dĂ©viĂ© un peu. Je parle de tous les gens qui ont jouĂ© avec moi, un prĂ©texte pour mettre Ă©normĂ©ment dâinformations sur la musique. Ce nâest pas un livre oĂč je raconte ma vie, cela nâa aucun intĂ©rĂȘt dans mon cas.
Vous sentez-vous plus attendu en Espagne quâen France ?
Les gens avec qui je joue lĂ -bas sont inconnus en France et vice-versa, ça me fait vraiment une vie parallĂšle. Et nous ne sommes pas dans des pratiques musicales qui nous font atterrir sur les plateaux tĂ©lĂ©. Mais quand je joue, il y a du public. Je ne suis pas dans lâobscuritĂ©, jâai cette chance. Je suis un type qui a toujours Ă©tĂ© dans lâunderground, tout en ayant la possibilitĂ© de sortir des disquesâŠ
Quels sont vos projets en cours ?
Avec le peintre Miquel Barcelo, on fait une performance : il peint, jâaccompagne en direct et quand il sâarrĂȘte⊠la peinture disparaĂźt. Alors, jâaccompagne la disparition de la peinture ! On va aller le faire au Japon, câest un trĂšs beau projet. Les concerts dessinĂ©s, jâaime beaucoup. Jâessaie dâen faire souvent avec Charles Berberian et HervĂ© Di Rosa.
Partant de 1975, date de sortie de son premier disque, cette biographie trĂšs complĂšte revient sur le parcours Ă©clectique et nĂ©anmoins cohĂ©rent du musicien français â qui a travaillĂ© avec PJ Harvey, Robert Wyatt et Bob Wilson. Excusez du peu ! Conscient de son importance, Pierre Hild a convaincu Comelade de lui confier les moments les plus importants de sa carriĂšre, des anecdotes plus lĂ©gĂšres aussi, afin de retracer toute sa singularitĂ©. De bric et de broc, mais surtout pas en toc.
Un coffret de six CD et une biographie signĂ©e Pierre Hild consacrent simultanĂ©ment quarante ans de ârocanrol pataphysiqueâ: Rencontre avec le biographe de lâartiste catalan.
Dans Une galaxie instrumentale (Le Mot et le reste), Pierre Hild revient sur la riche carriĂšre de Pascal Comelade, ce jeune sexagĂ©naire Ă rouflaquettes, dans une biographie musicale incroyablement fouillĂ©e, jalonnĂ©e de dizaines dâalbums pirates ou semi-officiels, de Fluence, sorti en 1975, Ă Rocanrolorama, la rĂ©trospective qui vient de paraĂźtre.
Q Quelle est votre vision de lâĆuvre de Pascal Comelade?
P.H.: Elle est sans demi-mesure. Pour moi, il y a une forme de gĂ©nie musical. Comelade est un grand compositeur qui a su crĂ©er un langage propre, une idiosyncrasie basĂ©e sur toute une galaxie instrumentale quâaucune Ă©numĂ©ration ou formule ne peut rĂ©sumer. Une recherche sonore inouĂŻe sur les terres du monde acoustique, qui a recours Ă un instrumentarium des plus variĂ©s, de la lutherie classique aux instruments-jouets, rĂ©ductions dâinstruments ou objets trouvĂ©s. Un langage forgĂ© Ă partir dâinnombrables musiques populaires telles que le rockânâroll, le blues et les musiques folkloriques dites âdu mondeâ â terme quâil nâapprĂ©cie guĂšre. Notamment, celles du bassin mĂ©diterranĂ©en, la variĂ©tĂ© italienne et la musique de bal. Avec, toujours, dosĂ© de maniĂšre trĂšs variable, le souci de la mĂ©lodie et du bruit, de lâaccident, de la musique rĂ©pĂ©titive et du rythme.
Q Comment avez-vous conçu sa biographie?
P.H.: II existait sur lui des livres en français et en catalan, mais aucun ne retraçait son parcours musical. LâidĂ©e Ă©tait donc dâexposer plus de quarante ans de carriĂšre, de maniĂšre plutĂŽt chronologique, tout en Ă©voquant sa culture musicale, forgĂ©e depuis lâenfance. Je souhaitais que lâon entende sa parole de maniĂšre directe. Les rares choses âintimesâ Ă©voquĂ©es ici le sont uniquement parce quâelles ont eu une incidence sur son Ćuvre. Ce nâest pas non plus un livre dâentretiens dans la mesure oĂč Pascal Comelade rĂ©pond au rĂ©cit que jâĂ©cris, par un jeu de courtes sĂ©quences qui relĂšvent du ping-pong. Nous avions aussi, dĂšs le dĂ©part, la volontĂ© de profiter de ce portrait pour Ă©crire une histoire clandestine de la musique instrumentale depuis lâaprĂšs-guerre.
Q Comment sâest dĂ©roulĂ©e votre collaboration?
P.H.: Câest un livre Ă quatre mains, nĂ© dâune conversation de bar dâaprĂšs concert. Pascal Comelade travaillait alors sur sa box de six CD (Rocanrolorama 1974-2016, Because) et il mâa semblĂ© intĂ©ressant quâun tel projet lui soit proposĂ© au moment oĂč il revisitait son Ćuvre. Ensuite, tout est allĂ© trĂšs vite et de maniĂšre spontanĂ©e. Quelques semaines aprĂšs cette premiĂšre conversation, jâĂ©tais Ă CĂ©ret, chez lui, pour une premiĂšre sĂ©rie de longs entretiens menĂ©s sur plusieurs mois. Il a fait preuve dâune implication sans faille. Son Ă©nergie sâapparente Ă un mouvement que lâon retrouve dans tout son travail. Il peut mettre quarante ans Ă faire un disque avec Pau Riba, tout en multipliant des collaborations spontanĂ©es avec Sergi Lopez, PJ Harvey ou Robert Wyatt. Sans opportunisme, et toujours en privilĂ©giant lâimmĂ©diat, lâinattendu, les surprises et les accidents heureux qui en dĂ©coulent.
Q : En quoi cette rencontre vous a-t-elle étonné?
P.H.: Pascal Comelade nâest en rien le personnage farouche que lâon dĂ©crit parfois. Sa distance vis-Ă -vis dâun certain âmonde de la musiqueâ, les prĂ©cautions quâil prend pour ne pas tomber dans ce que jâappellerais la âsatiĂ©tĂ© du spectacleâ ont pu le faire percevoir, Ă tort, comme un solitaire ombrageux. Câest un homme gĂ©nĂ©reux, en perpĂ©tuel mouvement, toujours Ă lâĂ©coute des proches comme des mondes imaginaires. Câest aussi cela que lâon ressent dans sa musique.
Dans sa rĂ©trospective en six volumes, le musicien français dâorigine catalane, issu de la frĂ©nĂ©sie rock des annĂ©es 60 et 70, revisite ses quarante ans dâart sonore avant-gardiste
Partager Tweeter Partager LâorfĂšvre français des miniatures instrumentales et nostalgiques, Ă qui le Yann Tiersen du Fabuleux Destin dâAmĂ©lie Poulain doit tout, poursuit son exploration des fantaisies bricolĂ©es. Dans ce Rocanrolorama 1974-2016 en forme de rĂ©trospective en six volumes et un imposant livret, le Français issu de la frĂ©nĂ©sie rock des annĂ©es 1960-1970 revisite ses quarante ans dâart sonore faussement naĂŻf.
Une Ćuvre profuse jalonnĂ©e par des collaborations prestigieuses avec notamment Richard Pinhas, PJ Harvey, Robert Wyatt, Miossec ou rĂ©cemment The Limiñanas, et dont les thĂšmes orchestraux Ă©voquant tour Ă tour Philip Glass, La Monte Young, le MC5, Erik Satie, Captain Beefheart, Ennio Morricone, Nino Rota ou Suicide ont accompagnĂ© quantitĂ© de films, ballets et travaux de plasticiens. A la fois intimiste, tendre et truffĂ© de clins dâĆil, ce monde théùtral a tenu du miracle permanent.
Entre tangos et valses, berceuses et partitions doucement rock, ses petites piĂšces qui agglomĂšrent sans pareil pianos-jouets, guitares en plastique, cuivres, orgues et les quelques bizarreries habituelles composent un dĂ©corum aussi unique que magique. EpitomĂ© de cette dĂ©marche artistique unique oĂč dominent les motifs rĂ©pĂ©titifs et les mĂ©lodies poĂ©tiques, les 165 titres de Rocanrolorama dessinent un passĂ© recomposĂ© et remodelĂ©.
Liberté jouissive
De ces travaux dâart brut sans cesse remis sur le mĂ©tier, de ces collages aussi mouvants que volages, Comelade tire une anthologie thĂ©matique dâune libertĂ© expressive jouissive. Les six albums dâenviron une heure ici rassemblĂ©s â drĂŽlement baptisĂ©s My Degeneration ou Patafisikal Polka â brassent inĂ©dits, extraits dâantiques cassettes et morceaux retravaillĂ©s par tranches temporelles, avec pour point de dĂ©part la sortie de son premier vinyle autoproduit marquĂ© par la musique Ă©lectronique, Fluence, et pour point dâancrage la pĂ©riode de son fameux Bel Canto Orchestra Ă gĂ©omĂ©trie variable dĂšs 1983. Sây Ă©panouissent ainsi 133 compositions instrumentales, 19 reprises (Ma Gueule dâHallyday avec Miossec ou Sex Machine de James Brown) et quelques collaborations notoires qui explorent sans cesse les interstices et tensions entre musique populaire et hĂ©ritage underground.
En parallĂšle Ă ce recueil sans Ă©cueil paraĂźt fort Ă propos une biographie du musicien catalan signĂ©e Pierre Hild, Pascal Comelade, une galaxie instrumentale (Ed. Le mot et le reste). Un portrait qui rappelle que Comelade a connu son heure de gloire en 1994 avec une nomination aux Victoires de la musique dans la catĂ©gorie «musique instrumentale» pour Traffic dâabstraction, lâun de ses meilleurs et plus accessibles albums Ă ce jour, puis voilĂ sept ans Ă travers Ă une compilation hommage de la scĂšne indĂ©pendante, Assemblage de piĂšces comeladiennes du plus bel effet.
GrĂące Ă cette double actualitĂ©, le compositeur iconoclaste dâune musique dâavant-garde minimaliste obsĂ©dĂ© par la musique instrumentale ne devrait plus jamais ĂȘtre confondu avec un illustrateur sonore.
Lâhomme qui venait dâailleursâŠ
Pascal Comelade, gars du Sud Ouest, Catalan, gitan, intello, artiste, curieux, encyclopĂ©diste, anarchiste, bricoleur, improvisateur ? Il a tout fait, tout lu, tout bu par les oreilles ? Mais son avantage, câest de penser, expĂ©rimenter, mĂ©langer, puis agir !
Musicien de lâimpossible
Alchimiste, cuisinier, parfumeur, accessoiriste, souffleur, funambule ? De Nino Rota Ă Moondog et aux Cramps, Pascal Comelade fut un filtre absolu, noirci au goudron des annĂ©es 60, 70, pĂ©riode inĂ©puisable, corne dâabondance et territoire de lâĂ©ternel retourâŠ
La biographie Ă deux voix (Pierre Hild et Comelade) que proposent les Ă©ditions Le Mot et Le Reste, comble le vide de cette aventure bizarre dâun hyperactif total, que lâon peut avoir du mal Ă suivre car ce musicien de lâimpossible accumule les rĂ©fĂ©rences, sur plus de deux dĂ©cennies surchargĂ©es.
Comelade convoque rock, garage, punk, mais aussi du minimalisme, du jazz, du répétitif, histoire de saluer des groupes comme Heldon ou La Monte Young. Sans oublier Satie, Debussy, Ravel, entrelardés de Vince Taylor ou du MC5 !!!
Comelade a bon goĂ»t ? Avec Robert Wyatt et Kevin Ayers, on est content. Mais avec Georges Jouvin ou Twist Ă Saint-Tropez, on se demande⊠De toute façon tout y passe et chacun de nous sây retrouve : Kraftwerk ou Pere Ubu !
Non seulement cet individu joue avec des instruments dâenfants, des jouets, des crĂ©celles, castagnettes ou des bandes magnĂ©tiques, mais en plus, il se plaĂźt Ă citer Alfred Jarry, Raymond Roussel, comme William Burroughs ou Giovanni Papini (voir mon article sur ce site). Des auteurs radicaux ou maudits, des originaux trĂšs peu lus au final.
Pour ne pas mourir idiot
Ses musiciens valsent comme aux chaises musicales, chacun apportant sa touche ou sa (fausse ?) note, pour une touche de fantaisie, de surprise, ou dâĂ©motion, auxquelles le Maestro tient plus que tout.
Mais quâest-ce qui motive cet enfant gĂątĂ©, entre surdouĂ© et dĂ©sobĂ©issant ? Il aime tout, veut tout, mais façon Comelade-salade ? Il a enregistrĂ© des dizaines de « covers » ou de remakes, de versions augmentĂ©es ou amputĂ©es de riffs cĂ©lĂšbres de « Louie Louie » à « Satisfaction » en passant par « You really got me ».
En mĂȘme temps ce travail continu, cette dĂ©construction, ce bricolage forain, plein dâĂ©motions et de clins dâĆil, lâa emmenĂ© sur les rives de la KULTUR (!), ces musĂ©es, auditoriums et autres amphithéùtres ou ces dames de lâargent public viennent charitablement au secours des Ă©lĂšves douĂ©s, quâelles couvent dâun regard plein de dĂ©sirâŠ(comprenne qui pourra ?)
Comme nous (les générations aprÚs guerre 1947 à 1960 ?) il a trempé dans tous les « coups » de la Pop culture, des tubes aux 45 tours impossibles, des fantaisistes aux losers, des génies aux ratés.
Sa tĂȘte aurait dĂ» exploser (il doit y avoir des fissures et des fuites), mais tel le Pic vert, il a rafalĂ© du bec (Woody Woodpiker ?) et fini par faire son trou dans le sĂ©quoia gĂ©ant de la culture dite « populaire ».
Et tant mieux si Comelade a eu peur de manquer, sâil a voulu impressionner sa voisine, sâil sâest pris pour LĂ©onard de Vinci, sâil a eu les yeux plus gros que le ventre et que son cerveau a enflĂ©, car quand on sâintĂ©resse aux trouvailles des autres, sans rĂ©serve ni cloison, on est pris Ă vie.
Ce livre contient donc toutes les rĂ©fĂ©rences quâil vaut mieux connaĂźtre pour ne pas mourir idiot.
Et en prime : les efforts â et les effets â dâun militantisme catalan que lâancien danseur de Flamenco, lecteur dâEl Vibora, Fan pro movida â Ceesepe, Mariscal, Barcelo, Nazario , Uka lĂ©lĂ©, Martirio (voir Bazooka et Actuel)⊠et oranais que je suis, a du mal Ă apprĂ©hender.. Tant pis et olĂ© !)
Lire la chronique de Jean Rouzau sur Novaplanet
Ă lâoccasion du mini-concert de Pascal Comelade et de la rencontre qui a suivi Ă la Maison de la PoĂ©sie, Arte est venue filmer quelques extraits du concert et interviewer nos deux compĂšres.
Une session Ă revoir sur le site de Arte Ă partir de 9â19ââ ICI
Ăditeur, journaliste, auteur, Pierre Hild vient de publier aux excellentes Ă©ditions Le mot et le reste Pascal Comelade, une galaxie instrumentale, passionnante biographie du gĂ©nial musicien Catalan, quâil signe « mais qui a vĂ©ritablement Ă©tĂ© Ă©crit Ă quatre mains ». Analyse prĂ©cise et dĂ©taillĂ©e de ses albums, anecdotes multiples et savoureuses, mises en perspective judicieuses : ce livre est un rĂ©gal. Tous deux seront ce jeudi Ă Ombres blanches. Rencontre.
Comment définiriez vous la musique de Pascal Comelade ?
Il est trĂšs difficile de la dĂ©finir : bien sĂ»r, on emploiera les mots instrumentale, recherche sonore, acoustique, objets trouvĂ©s. Tout part dâune vaste culture populaire. Câest une remise en jeu perpĂ©tuelle, et en sâattachant Ă ce quâil se passe en disque et hors-disque, en partant de cet homme. Sa premiĂšre pĂ©riode, Ă©lectro, minimaliste et rĂ©pĂ©titive, le poursuit encore aujourdâhui⊠Il nâa jamais eu de « tube », il se dit « underground underground » et il nâa jamais quittĂ© ce quâil Ă©tait au dĂ©but pour rejoindre la notoriĂ©tĂ©.
Quelle « entrĂ©e » dans son Ćuvre foisonnante recommanderiez-vous ?
Aujourdâhui, je dirais Rocanrolorama, le coffret qui vient de sortir â mais ce serait tricher ! Je suis assez dâaccord avec certains de ses propres choix et je dirais « PsicĂČtic MusicâHall », « El Primitisvo », « Traffic dâAbstraction » des albums importants sortis dans les annĂ©es 80. Je citerais Ă©galement dâautres plus rĂ©cents, comme « A Freak Serenade », « El pianista del antifaz » Ces disques rĂ©unissent de belles lignes mĂ©lodiques et la recherche sonore, il y a une grande profondeur de champâŠ
Pierre Hild et Pascal Comelade seront ce jeudi 8 dĂ©cembre Ă lâespace-rencontre de la librairie Ombres blanches (3, rue Mirepoix).
Retrouvez lâinterview sur le site de La DĂ©pĂȘche
LE LIVE â Le grand homme nous a fait lâhonneur dâune visite dans le cadre de notre Ă©mission musicale, accompagnĂ© par Ivan Telefunken Ă la guitare.
Son Rocanrolama est une stupéfiante somme de ce qui fait toute la singularité de Pascal Comelade depuis quarante ans. Cette anthologie en six CD offre un saisissant raccourci de toutes les allées empruntées par le musicien, inclassable parmi les inclassables.
Depuis lâĂ©lectronique rĂ©pĂ©titive des dĂ©buts aux collaborations dĂ©bridĂ©es dâaujourdâhui (avec le groupe The Liminanas, notamment), le Catalan a explorĂ© de nombreuses pistes de la musique populaire, avec une Ă©rudition et une passion jamais prises en dĂ©faut.
Depuis la fin de son Bel Canto Orquestra en 2015, Comelade multiplie les projets. On lâa ainsi vu accompagnĂ© de lâartiste HervĂ© Di Rosa pour une stupĂ©fiante performance dans le cadre de la Maison rouge Ă Paris. Le grand homme nous a fait lâhonneur dâune visite dans le cadre du «Live Le Figaro», accompagnĂ© par Ivan Telefunken Ă la guitare, pour deux titres originaux et une relecture inĂ©dite de Black is Black entre ukulĂ©lĂ© et toy-piano.
La vidéo du live + interview sur le site du Figaro
Tous les mardis, coup dâĆil sur les initiatives qui font vivre le livre en Ăle singuliĂšre.
Comelade, le retour ! Quatre mois aprĂšs avoir occupĂ© la scĂšne du théùtre de la Mer pour une soirĂ©e carte blanche, dans le cadre du festival FiestâA SĂšte, le musicien catalan sera de nouveau prĂ©sent Ă SĂšte, ce vendredi. Et cette fois Ă lâoccasion de la parution de sa biographie, signĂ©e Pierre Hild, chez lâĂ©diteur Le mot et le reste. Pierre Hild a longtemps Ă©tĂ© libraire, tout en collaborant au Matricule des Anges, au Cahier critique de poĂ©sie et Ă LibĂ©ration. Travaillant dans lâĂ©dition depuis dix ans, il est lâauteur de Moondog LĂ©gende (Ă©ditions de lâAttente, 2007), Moondog (1916-1999), de son vrai nom Louis Thomas Hardin, Ă©tant un compositeur et musicien amĂ©ricain avant-gardiste, trĂšs apprĂ©ciĂ© des poĂštes de la beat generation. Et de Pascal Comelade.
« Un magique cabaret musical »
Câest justement aprĂšs lui avoir envoyĂ© un texte sur Moondog en 2007 que Pierre Hild a Ă©tĂ© invitĂ© Ă venir le saluer lors dâun concert. Tous deux sympathisent dĂšs leur premiĂšre rencontre, « tenant du Cochran-Ă -lâĂąne et de lâallons-y Alonso ». En 2015, constatant que Comelade a publiĂ© son premier album quarante ans plus tĂŽt, Pierre Hild lui propose de retracer son parcours dans un livre. « Depuis 1975 Ă la croisĂ©e de nombreux mondes musicaux et gĂ©ographiques, les compositions de Pascal Comelade forment un ensemble irrĂ©ductible et prolifĂ©rant, qui ne se dĂ©finit ni dâun mot, ni dâĂ©tiquettes, Ă©crit-il en prĂ©ambule de cet ouvrage passionnant, ultra-documentĂ©, jalonnĂ© par les souvenirs et anecdotes de lâartiste de CĂ©ret. Faisant feu de tous les bois des musiques populaires, il a inventĂ© un langage qui danse sur un squelette musical en perpĂ©tuel mouvement, tout en multipliant les rencontres et collaborations : une prolifĂ©ration rhizomatique oĂč prennent racines les nombreux actes dâun magique cabaret musical. »
Depuis son premier disque, publié en 1975, Pascal Comelade a tracé un parcours musical unique en France. Cet enfant du rock des années 60 et 70 a déployé une oeuvre profuse, incluant de nombreuses collaborations avec, notamment, Richard Pinhas, P.J. Harvey ou Robert Wyatt. Le musicien vient de publier une intégrale de six CD, et le journaliste Pierre Hild retrace sa carriÚre dans un livre baptisé Une galaxie instrumentale.
Lâobjet, considĂ©rable (six disques, un imposant livret), mĂ©rite amplement, par le survol de quarante ans de carriĂšre, certains titres revisitĂ©s, des inĂ©dits et dâautres Ćuvres reformatĂ©es, lâĂ©tiquette dâanthologie. Si lâon considĂšre que lâaventure sâaccompagne dâune biographie ( Une galaxie instrumentale de Pierre Hild, aux Ă©ditions Le mot et le reste), dâune exposition et, naturellement,
de concerts (dont certains en compagnie du peintre HervĂ© Di Rosa), on conviendra que le musicien cĂ©lĂšbre ses parcours dans lâeffervescence. Ses parcours, au pluriel, car, bien que lâon ait tentĂ© Ă ses dĂ©buts de le rĂ©duire au statut dâamuseur de foire praticien du piano-jouet, Comelade reste lâun des rares artistes protĂ©iformes de son Ă©poque : par son ancrage catalan, ses choix graphiques (des pochettes illustrĂ©es par Swarte, Margerin, Berberian, Willem ou Robert Cornbas), ses passions en grand Ă©cart (les Kinks et le tango, Captain Beefheart et les fanfares), et les inspirations sans tabou qui vont avec. Et si lâon ne sait jamais vraiment ce que laisse entendre un disque du garçon, cela tient Ă©galement Ă la nature des invitĂ©s aux sessions : des rĂ©cents Liminanas Ă Richard Pinhas, exemplaire guitariste et metteur en sons, de Robert Wyatt Ă PJ Harvey ou Miossec et Laurent Sinclair, peu sont en capacitĂ© de revendiquer un tel carnet dâadresses. La consĂ©quence naturelle reste un paysage sonore toujours identique (il reste aux manettes) et toujours mouvant (les rencontres forgent le tempo et les harmonies), et un appariement fascinant entre mĂ©lodie et rĂ©pĂ©titivitĂ©, dans un Ă©vident dĂ©sir de synthĂšse. Ce coffret tĂ©moigne du parcours irrĂ©prochable dâun crĂ©ateur qui mĂȘle en un discours fĂ©dĂ©rateur musiques populaires et rock, expressions traditionnelles et musiques rĂ©pĂ©titives. Et sâimpose, par la grĂące de sa fantaisie, comme le digne hĂ©ritier dâErik Satie.
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âComelade, câest le mec qui parfois accompagne les Liminanas sur scĂšne?â, demande le jeune. Et un peu plus que ça : une lĂ©gende de lâunderground français depuis quarante ans, entre le bac Ă sable et lâavant-garde, dont lâĆuvre ludico-primitive foisonnante mĂ©ritait bien le rĂ©sumĂ© dâun coffret. On accompagnera lâĂ©coute avec la saine lecture dâune biographie que lui consacre Pierre Hild, chez lâĂ©diteur Le mot et le reste.
Doublé gagnant pour le roi du rock décalé, Pascal Comelade. Alors que Pierre Hild publie Une galaxie instrumentale (éd. Le mot et le reste), un livre qui retrace sa carriÚre, Because Music édite en édition limitée un coffret de 6 CD, collection de titres originaux de Comelade regroupés sous le titre Rocanrolorama.