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Parution : 18/09/2026
ISBN : 9782384319480
312 pages (148 x 210)

24 €

Nico

Femme fatale

Nico fut mannequin, actrice, muse, chanteuse du Velvet Underground avant de construire son esthétique propre, cette biographie rend hommage à son art.

Un livre-pĂ©pite indĂ©passable, qui brĂ»le et enchante, au plus prĂšs du corps des Ɠuvres, de leurs foyers brĂ»lants.

VĂ©ronique Bergen – Nouvelle Quinzaine littĂ©raire

Nouvelle édition augmentée

Enfant de la guerre, Nico est l’amante, l’égĂ©rie des plus grands, mais ne peut se contenter d’ĂȘtre un joli visage. Princesse des nuits dĂ©cadentes de La dolce vita, superstar warholienne et modĂšle des films expĂ©rimentaux de Philippe Garrel, elle interprĂšte avec le Velvet Underground des classiques du rock comme « Femme Fatale » et « All Tomorrow’s Parties ». Par ailleurs compositrice d’albums, entre folklore et avant-garde, oĂč son harmonium est central, Nico chante dans les théùtres antiques, les cathĂ©drales et les clubs les plus sordides, mĂȘlant lyrisme romantique et expĂ©rimentations linguistiques et sonores.

• Lire un extrait

Revue de presse

- Nico, l'autre fin de Jim Morrison Serge Féray Causeur 3 juillet 2018
- Interview Feray - Nico (1938 – 1988), les cicatrices intĂ©rieures Patrick Boudet France Culture // Une vie, une Ɠuvre 30 juin 2018
- Nico Maxence Grugier New Noise Mai 2016
- Nico, femme fatale Nio Lynes Chroniques Visuelles 17 juin 2016
- Nico, femme fatale Stéphane FougÚre Rythmes Croisés 10 août 2016
- Nico, femme fatale Cécile Desbruns Culturellement VÎtre 8 août 2016
- Entretien avec Serge Féray - Nico, un requiem allemand Véronique Bergen Diacritik 5 août 2016
- Arrache-cƓur 573 Nikola Delescluse Paludes 1 juillet 2016
- Interview deuxiĂšme partie bonus Maxime Lachaud ObskĂŒre Magazine Avril - Juin 2016
- L'étoile mystérieuse Julien Broquet Focus Vif 3 juin 2016
- Interview Serge FĂ©ray Maxime Lachaud ObskĂŒre Magazine DeuxiĂšme trimestre 2016
- Nico Maxime Lachaud ObskĂŒre Magazine DeuxiĂšme trimestre 2016
- Nico, femme fatale par Serge Féray Sébastien SuperFlux 20 mai 2016
- Le premier album du Velvet Underground fĂȘte ses 50 ans Benjamin Cocquenet Culturopoing.com 23 avril 2016
- « Lou Reed amoureux, c’est un concept un peu abstrait », John Cale // Interview de Serge Feray Antoine Couder Toute la Culture 16 avril 2016
- Deux facettes d'une mĂȘme dĂ©cennie : Nico et Karen Dalton // Interview croisĂ©e Maxime Delcourt Noisey-Vice 14 avril 2016
- Serge Féray en interview Ellen Ichters Couleur 3 // pl3in le poste 07 avril 2016
- Nico. Femme fatale Les Obsédés Textuels 13 avril 2016
- Nico. Femme fatale François Girodineau Silence is sexy 6 avril 2016
- Nico. Femme fatale Jean Rouzaud Novaplanet.com 31 mars 2016
- Tout savoir sur le Velvet Underground Philippe Richard Ouest-France 31 mar 2016
- L’univers du Velvet Underground à la Philarmonie de Paris Pauline Leduc Livreshebdo.fr 29 mars 2016
- Livre du mois Olivier Valerio Radio P.FM // Easy Rider 13 mars 2016
- Nico, inusable icĂŽne Jean Rouzaud Novaplanet 14 mars 2016
- Litt List : 10 histoires de style Sophie Rosemont Glamour.fr 1 mars 2016

- Nico, l'autre fin de Jim Morrison

Amante de Jim Morrison, la chanteuse Nico avait trouvĂ© en lui l’ñme sƓur qui l’inspirait. Leur communion spirituelle fut telle qu’elle partagea presque la mĂȘme fin.

La derniĂšre fois qu’elle l’a aperçu, c’était avenue de l’OpĂ©ra, Ă  Paris, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1971, deux ans jour pour jour aprĂšs la mort de Brian Jones, son amant avant lui. Il Ă©tait assis Ă  l’arriĂšre d’une voiture noire. Elle lui a fait signe, mais il n’a pas rĂ©pondu. Il regardait droit devant lui. La mort en face.

Elle raconte cela avec un regard bleu glacier, puis se tait. Tire sur sa cigarette, crache un nuage de fumĂ©e si dense qu’on y devine un ectoplasme : « C’est mon destin, de mourir Ă  la mĂȘme Ă©poque de l’annĂ©e. »

Pour Morrison, Nico s’écrit Icon

Nico fait la connaissance de son prince charmant au Castle, un chĂąteau de conte de fĂ©es situĂ© Ă  Los Angeles. Un an plus tĂŽt, Jim Morrison s’est offert un pantalon de cuir (celui d’Absolutely Live) aprĂšs avoir vu Gerard Malanga danser autour d’elle lors d’un concert du Velvet Underground, mais en 1967, la blonde femme fatale a Ă©tĂ© chassĂ©e du groupe de Lou Reed. Elle a quittĂ© New York et la scĂšne minuscule, Ă©touffante du Dom, oĂč elle interprĂ©tait derriĂšre le bar les chansons que d’autres – Bob Dylan, John Cale, Lou Reed, Jackson Browne, Tim Hardin – Ă©crivaient pour elle. MalgrĂ© un petit rĂŽle remarquĂ© dans La Dolce vita, malgrĂ© les films de Warhol dont elle est l’une des superstars, ses quelques apparitions sur grand Ă©cran n’ont pas convaincu, et elle ne supporte plus d’ĂȘtre mannequin (« C’est une vie tellement con, d’ĂȘtre covergirl ! »). Nico se cherche un second souffle, et les toits du palais mauresque oĂč elle joue Ă  chat avec Morrison, qui danse au bord du vide pour ses beaux yeux, le dĂ©sert de la VallĂ©e de la Mort oĂč le chanteur shaman l’initie au culte du dieu Peyotl, comblent son besoin de grands espaces : en une vision d’apocalypse induite par la drogue, le monde se renverse, ciel et terre lui apparaissent sens dessus dessous comme dans le miroir d’un lac. Morrison, son soul brother, bouleverse son nom, donnant un sens au pseudonyme de Christa PĂ€ffgen : pour lui, Nico s’épelle Icon. Elle qui chantait Ă  Lou Reed I’ll Be Your Mirror se reconnaĂźt en son esprit. Il lui fait lire les romantiques anglais, lui apprend Ă  noter ses rĂȘves. Solennel sous la lune californienne voilĂ©e de smog, un rien paternaliste, il lui accorde l’autorisation d’écrire ses propres chansons. Pour le remercier, et puisqu’il adore les rouquines, le genre mendiante rousse Ă  la Baudelaire prĂ©cise-t-elle, elle se fait la chevelure rouge sang.

Le souffle de Jim Morrison

Ecrire. Composer. CrĂ©er pour exister, se rĂ©pĂšte-t-elle inlassablement. Nico tĂątonne, cherche ses marques. Puisqu’elle ne sait ni lire, ni Ă©crire la musique, et comme les virtuoses rĂšgnent encore sur le rock, il lui faut jouer d’un instrument que nul autre ne maĂźtrise dans ce petit monde. L’harmonium indien, que Terry Riley et Allen Ginsberg utilisent dans des contextes trĂšs diffĂ©rents, lui permet de se passer de la compagnie de guitaristes, tout en retrouvant quelque chose de l’orgue de Ray Manzarek, qui souligne la voix de Morrison dans les Doors. Conseil reçu d’Ornette Coleman au passage : jouer la mĂ©lodie dans les basses, l’accompagnement sur la droite du clavier, dans les aigus. Ciel et terre sens dessus dessous, comme dans le texte qu’elle Ă©crit en souvenir de son initiation au peyotl, « It Was A Pleasure Then », seule composition personnelle de Chelsea Girl, son premier disque, qu’elle renie pour ses arrangements sirupeux.

A lire aussi: « Nico, 1988 », un biopic complÚtement raté encensé par la critique
Pendant des semaines, rideaux tirĂ©s et bougies allumĂ©es, Nico rompt ses doigts Ă  l’enchaĂźnement des accords, s’entraĂźne, improvise des mĂ©lodies en pĂ©dalant sur les soufflets de son instrument, comme sa mĂšre, dans Berlin dĂ©truite, pĂ©dalait sur sa machine Ă  coudre pour la nourrir. Ses nuits, elle les passe allongĂ©e dans la baignoire vide, Ă  mĂ©diter ses poĂšmes nourris de visions oniriques et de lectures de Blake, de Wordsworth, de Coleridge. Une douzaine de chansons sous le bras, elle signe en 1968 chez Elektra, le label des Doors, grĂące Ă  l’entremise de Morrison, et enregistre avec John Cale, son ancien complice du Velvet, l’un des albums les plus originaux d’une dĂ©cennie fĂ©conde, qui engendrera Ă  partir des annĂ©es quatre-vingt toute la famille tĂ©nĂ©breuse du rock et du folk, de Current 93 Ă  Dead Can Dance en passant par Sixth Comm / Mother Destruction, Kirsten Norrie (alias MacGillivray), ou la seconde face de Closer, Ă  l’issue de laquelle s’est Ă©teinte la voix de Ian Curtis.

Hommages au Roi Lézard

Sur The Marble Index, Nico rend hommage Ă  celui qui l’a rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  elle-mĂȘme. Le Roi LĂ©zard l’a encouragĂ©e Ă  Ă©crire sur ses « hĂ©ros » ; elle chantera plus tard Andy Warhol, Genghis Khan, Andreas Baader, Charles Manson, Brian Jones et Philippe Garrel, le cinĂ©aste devenu son compagnon. Pour l’heure, elle Ă©crit sur son fils (« Ari’s Song »), et sur Jim Morrison. Au grĂ© d’une paronymie transparente, et comme il avait anagrammatisĂ© Nico en Icon, elle rebaptise CĂ©sar le roi LĂ©zard : « Julius Caesar » dĂ©crit, au moyen d’arabesques vocales qui relĂšvent du style mĂ©lismatique, sa performance comme un rituel, un festival scĂ©nique sacrĂ© et dionysiaque : du haut de sa noble scĂšne, parmi les statues, les colonnes, les autels de pierre antiques Ă©numĂ©rĂ©s dans le poĂšme (« The End », expliquera-t-elle lorsqu’elle reprendra la chanson des Doors, « c’est du théùtre grec »), l’officiant s’incline pour embrasser le sol, d’oĂč s’élĂšve une colombe, en un mouvement inverse de la derniĂšre scĂšne de Parsifal, oĂč l’oiseau Saint-Esprit descend des cieux pour adouber le nouveau gardien du Graal.




Lisez l’article complet sur le site du Causeur

Serge Féray
Causeur 3 juillet 2018

- Interview Feray - Nico (1938 – 1988), les cicatrices intĂ©rieures

– Patrick Boudet rĂ©alise pour Une vie, une Ɠuvre un documentaire sur la grande Nico. Parmi les intervenants, Serge FĂ©ray, Michka Assayas, Étienne Daho, etc. –

Figure rimbaldienne, Nico a chantĂ© une Ɠuvre poĂ©tique avant-gardiste loin des clichĂ©s dans lesquels on l’a trop souvent enfermĂ©e. Sa crĂ©ation musicale, jugĂ©e crĂ©pusculaire lors de sa parution, se rĂ©vĂšle aujourd’hui prophĂ©tique.

Née Christa PÀffgen, Nico fut mannequin, actrice, muse, Superstar warholienne, chanteuse du Velvet Underground avant de construire son esthétique propre.

Ses crĂ©ations comme ses collaborations appartiennent au panthĂ©on de la culture : Herbert Tobias, Nikos Papatakis, Federico Fellini, Brian Jones, Lou Reed, Andy Warhol, Jim Morrison, Philippe Garrel, John Cale
 Sa vie sentimentale est un puzzle tragique : un viol Ă  l’ñge de 15 ans, des amants cĂ©lĂšbres, un fils non reconnu avec Alain Delon, des amours destructrices, mais Ă©galement crĂ©atrices
 Des addictions tenaces aussi. Des zones d’ombre.

Il serait tentant de rĂ©duire Nico Ă  une tragĂ©die rock et lugubre, image de la dĂ©cadence europĂ©enne de l’aprĂšs-guerre. Mais, cette Ă©numĂ©ration d’évĂ©nements, de rencontres, de postures ne livre rien de la vĂ©ritable nature de Nico. Elle n’aide pas non plus Ă  comprendre son travail artistique et Ă  en juger de l’importance.

Pour cela, il faut saisir la subtilitĂ© de sa mĂ©tamorphose dont le premier acte fut de ne plus ĂȘtre cette dĂ©esse blonde docile, image dans laquelle tous l’enfermaient. La “Chelsea Girl” a créé une mythologie rock fĂ©minine aux antipodes des courants de l’époque, loin des poses glamour et de la dĂ©bauche gestuelle.

Exigeante, Nico a Ă©crit et chantĂ© une poĂ©sie inspirĂ©e des romantiques anglais oĂč le vent communique avec les dĂ©serts, oĂč les figures mythologiques hantent les ruines. Si ses ritournelles incantatoires fascinent et envoĂ»tent, c’est parce qu’elles racontent tout ce qui est obscur dans l’existence et auquel nous n’avons pas accĂšs.

Nico n’a jamais renoncĂ© Ă  ce qu’elle souhaitait ĂȘtre et, ce, quel qu’en fut le prix Ă  payer ! Son histoire est Ă  la fois une longue libĂ©ration et la construction mĂ©thodique d’un enfermement.

Réécouter l’émission sur le site de France Culture

Patrick Boudet
France Culture // Une vie, une Ɠuvre 30 juin 2018

- Nico

« Femme fatale » pour les uns, « reine des junkies » pour les autres, « sorciĂšre », mais aussi (et surtout) « artiste solo, amazone indĂ©pendante dans le milieu machiste du rock » (dixit son biographe Serge FĂ©ray qui a bien connu son sujet), Nico, Christa Paffgen de son vrai nom, incarne l’alpha et l’omĂ©ga du rock de la fin du XX^e^ siĂšcle. Enfant de la guerre, violĂ©e Ă  13 ans (par un Gl amĂ©ricain), sa trajectoire ne pouvait ĂȘtre que fatale, mĂȘme si, comme le dit l’auteur de cette trĂšs belle biographie : « Il est tentant de chercher dans cette tragĂ©die l’origine des obsessions macabres de Nico. » Tentant, et donc trop facile, car de son abandon par Alain Delon qui lui laisse un fils Ă  Ă©lever seule, Ă  la consommation intensive de nombreuses drogues, l’anxieuse diva a toujours Ă©tĂ© le jouet de la tragĂ©die.
Tour Ă  tour mannequin androgyne (elle pose pour le magazine berlinois Bunte dĂšs l’ñge de 16 ans), actrice (elle « illumine La Dolce Vita »en 1960), Ă©lĂšve de I’Actors Studio, chanteuse effectuant ses dĂ©buts au Blue Angel en 1963, oĂč elle rencontre Bob Dylan, avec qui elle aura une aventure) ou muse, l’existence de Nico bascule rapidement du Berlin en ruine de l’aprĂšs-guerre aux fastes pas toujours bienveillants du milieu du showbiz des annĂ©es 50. Au fil des pages, on croise les usual suspects : Fellini, Delon, Edie Sedgwick, Andy Warhol et la fine Ă©quipe de la Factory, Brian Eno, Philippe Garrel, Serge Gainsbourg, Alain Pacadis, Jim Morrison, les Stooges, Brian Jones, Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire, The The ou Tangerine Dream, une constellation de comĂštes Ă©phĂ©mĂšres et de planĂštes stables au firmament des annĂ©es Pop art et rock dark (dont le premier album du Velvet Underground reste bien sĂ»r une pierre angulaire). Entre Rome, Paris, New York, Berlin, Manchester et l’Ibiza (« d’avant les Hippies et de la techno », prĂ©cise l’auteur), sont Ă©voquĂ©s sa participation aux films expĂ©rimentaux de Warhol, son importance dans ceux de Garrel et ses albums : de Chelsea Girl (en 1967) Ă  Camera Obscura (en 1985), en passant par le mĂ©connu The Frozen Borderline et les classiques que sont The Marble Index (1968), Desertshore (1970) et The End 
 (1974), qui annonce « l’ùre glaciaire de la cold wave ». Sans oublier les grands moments, comme le concert de la cathĂ©drale de Reims en 197 4 qui prĂ©cĂšde les annĂ©es d’errance, sa tournĂ©e en France, la drogue, la dĂ©chĂ©ance de ses droits de mĂšre, puis Ă  nouveau, les voyages : Amsterdam, Berlin, Los Angeles
 Suivra la lente dĂ©crĂ©pitude sur fond de brume opiacĂ©e et de magie noire (une obsession tardive) Ă  laquelle succĂšde le sursaut crĂ©atif autodestructeur des annĂ©es 80 (Drama of Exile, Camera Obscura et Behind the Iron Curtain, qui la voit frayer avec la scĂšne « magick » industrielle de l’époque) jusqu’à la fin (forcĂ©ment) tragique et solitaire (hĂ©miplĂ©gie, insolation, hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale?) Ă  Ibiza, aprĂšs « une chute de vĂ©lo ». *Un destin marquĂ© du sceau du singulier donc, que nous fait trĂšs bien partager Serge FĂ©ray dans un
style extrĂȘmement Ă©crit, plus proche du roman que de la biographie. Bel hommage.*

Maxence Grugier
New Noise Mai 2016

- Nico, femme fatale

L’histoire de Nico serait digne d’un film s’il Ă©tait seulement au niveau de l’aura du personnage. Nico joua dans des films pourtant. Mais non pas basĂ©s sur elle-mĂȘme mais Ă  chaque fois un personnage
 proche d’elle et auquel elle apporte une substance personnelle. C’est La dolce vita de Fellini oĂč de second rĂŽle, elle semble se fondre comme une piĂšce essentielle du dĂ©cor en parlant sans fin plusieurs langues diffĂ©rentes devant un Marcello un peu sidĂ©rĂ© et hallucinĂ©. C’est bien sĂ»r les films de Garrel dans sa pĂ©riode la plus expĂ©rimentale, films encore peu disponibles voire pas du tout (Le berceau de cristal). C’est aussi le modĂšle glacĂ© chez Warhol et les films de la Factory tout comme l’égĂ©rie du Velvet sur leur premier disque. C’est enfin une musique qui ne fait que rĂ©flĂ©ter une personnalitĂ© sombre, mĂ©lancolique et en marge du monde.

“L’exil n’est pas moins temporel que spatial. Elle joue avec l’idĂ©e de redevenir blonde, mais se trouve “trop vieille, maintenant”. Elle a beau dire qu’elle n’a “pas le temps de devenir un clichĂ©â€, oĂč qu’elle aille, on lui demande de rĂ©interprĂ©ter les classiques du Velvet Underground, d’évoquer les ombres de Lou Reed, de Warhol, de Jim Morrison. A Berlin, oĂč elle habite chez les parents de Lutz, David Bowie est en train d’enregistrer Low et “Heroes”. Depuis des annĂ©es, Nico Ă©coute en boucle “Cygnet Committee”. Dans l’espoir qu’il produise son prochain album, elle glisse un message sous la porte de l’appartement de Schöneberg qu’il partage avec Iggy Pop : “Je veux te voir.” Le Thin White Duke lui fait rĂ©pondre : “Je ne veux pas te voir.” (p. 180)

De son vrai nom, Christa PĂ€ffgen, Nico aura un peu tout vĂ©cu. Les privations de la seconde guerre mondiale dans un Berlin en ruines. Le fait qu’elle fut violĂ©e Ă  l’adolescence par un soldat amĂ©ricain noir et que celĂ  aurait suffit Ă  jamais Ă  la rendre raciste (on n’a jamais retrouvĂ© de preuve directe pouvant identifier le soldat en question par contre !). Les annĂ©es d’errance et la difficultĂ© de vivre de son art musical. Avoir un fils qu’on lui retire parce que son pĂšre, Alain Delon, ne daigne pas le reconnaĂźtre. Se shooter constamment Ă  l’hĂ©roĂŻne et faire en sorte que les lieux oĂč s’en procurer deviennent les lieux de passages des concerts (ambiance). Serge FĂ©ray montre tout ça, les hauts, les bas et bien sĂ»r un personnage qui n’était ni blanc, ni noir.

“Original et simple. Il n’est pas question pour Nico de rivaliser avec les virtuoses du rock des annĂ©es soixante. Elle se choisit un instrument encore vierge de tout karma rock, qu’elle va pouvoir s’approprier, marquer de son empreinte. En outre, l’harmonium, ceux qui ont vu Allemagne annĂ©e zĂ©ro le savent bien, c’est le son, la musique mĂȘme des ruines de Berlin (Ombra mai fu).” (p. 77)

Surtout, l’ouvrage s’avĂšre essentiel pour qui s’intĂ©resse Ă  la chanteuse car il dĂ©cortique avec prĂ©cision ses textes, les sonoritĂ©s, la façon de les chanter, les titres, les albums, la musique en somme, entiĂšrement. Il montre aussi les liens complexes qui existaient entre Nico et ceux qui l’inspirent, ces proches comme ceux, plus Ă©loignĂ©s. Une continuelle histoire d’amour-haine, de rapprochements et d’éloignements. On apprend par exemple que malgrĂ© son admiration pour Cale par exemple, avoir un album avec Brian Eno ne l’aurait pas gĂȘnĂ© (ce dernier Ă©tant prĂ©sent sur son album “The End” de 1974 toutefois). Elle voudrait composer un album avec Christian Vander, leader du groupe Magma, mais les deux se brouillent trĂšs vite. Admirant David Bowie elle cherche Ă  le rencontrer plusieurs fois, ça sera non. Car Nico fascine autant qu’elle fait peur. Son univers glacĂ© est de ceux dont on peut se perdre facilement. Nico, la femme qui mĂ©prisait sa propre beautĂ© et semblait vouloir se dĂ©tester du monde entier.

Enfin bien sĂ»r, et c’est Ă©galement lĂ  le but d’un tel livre, donner envie d’écouter, de se réécouter, de redĂ©couvrir l’oeuvre musicale de Nico. Probablement brĂšve et chaotique sur deux dĂ©cennies comparĂ©e Ă  de nombreux autres artistes, mais intense, forte, noire comme la bile bien souvent. Une oeuvre que j’ai redĂ©couvert en mĂȘme temps que la lecture et que je vous propose Ă©galement de ressentir depuis le post prĂ©cĂ©dent et probablement encore d’autres Ă  venir bientĂŽt.

L’article est en ligne sur Chroniques Visuelles

Nio Lynes
Chroniques Visuelles 17 juin 2016

- Nico, femme fatale

Sans doute la pire des croix Ă  porter pour un artiste est d’ĂȘtre rĂ©duit Ă  l’image qu’il a donnĂ© Ă  une Ă©poque de sa carriĂšre, que sa notoriĂ©tĂ© soit rĂ©duite Ă  un disque, voire une chanson, voire une pochette. La chanteuse, actrice et modĂšle allemande Christa PAFFGEN, alias NICO, n’y a pas Ă©chappĂ©, et il y a fort Ă  craindre qu’on la rĂ©duise pendant longtemps encore (au moins au niveau du « grand public », si cette notion existe) Ă  l’image de l’égĂ©rie et chanteuse du premier album du VELVETUNDERGROUND, et notamment de la chanson qui semble la dĂ©signer le plus directement, Femme fatale. En reprenant ce titre pour son livre sur NICO, Serge FÉRAY use du poncif pour mieux le saborder. Non, s’acharne-t-il Ă  clamer le long de ces quelques 300 pages, la valeur artistique et musicale de NICO n’est pas rĂ©ductible Ă  sa participation, somme toute congrue, Ă  « l’album Ă  la banane ».

Il y a eu une NICO avant le VELVET, il y a eu encore plus certainement une NICO aprĂšs le VELVET, et dont l’Ɠuvre musicale est autrement plus riche et profonde, et Ă  multiple entrĂ©es, qui a vu l’image de NICO passer de « pop girl » warholienne Ă  la pythie tĂ©nĂ©breuse flanquĂ©e d’un instrument austĂšre (l’harmonium), la sorciĂšre mĂ©diĂ©vale, la prĂȘtresse gothico-romantique, la rockeuse orientalisante, la voix avant-gardiste nĂ©buleuse
 Et puis il y a eu la NICO modĂšle pour photographes et cinĂ©astes, la NICO actrice pour films d’auteur underground, la NICO amante de plusieurs stars du rock et du cinĂ©ma, la NICO junkie, la NICO blonde, la NICO rousse, la NICO brune, la NICO des abĂźmes et la NICO tutoyant les sommets, la beautĂ© glacĂ©e et glaçante


C’est cette personnalitĂ© multifacette que Serge FÉRAY met en Ă©vidence dans son ouvrage. Il a connu NICO dans les derniĂšres annĂ©es de sa vie, s’est longuement et maintes fois entretenu avec elle, et a Ă©pluchĂ© moult articles et entretiens publiĂ©s le long de sa carriĂšre pour reconstituer son parcours, son Ă©volution dans les moindres dĂ©tails, en tenant compte du fait que NICO, dans ses entretiens, s’est souvent amusĂ©e Ă  rĂ©inventer son histoire, son passĂ©, comme si elle n’avait dĂ©jĂ  pas eu assez de vies durant son existence


DĂ©jĂ  auteur d’un premier essai sur NICO dans les annĂ©es 1990 paru dans les Cahiers de nuit, *Serge FÉRAY livre ici une somme autrement ambitieuse et exhaustiv*e sur celle qu’Andy WARHOL avait surnommĂ© « la plus belle femme du monde ». Il explore sa vie cĂŽtĂ© cour comme cĂŽtĂ© jardin, cĂŽtĂ© scĂšne et cĂŽtĂ© coulisses, les deux univers ayant Ă©tĂ© souvent mĂȘlĂ©s chez NICO, l’un s’expliquant volontiers par l’autre.

Mais surtout, Serge FÉRAY se livre Ă  de denses et florissantes analyses dĂ©coupĂ©es au scalpel de la moindre Ɠuvre discographique de NICO. Tous ses albums y sont scrutĂ©s en profondeur, avec une exigence de mise en relief qui donne presque le vertige. S’il s’accorde Ă  reconnaĂźtre, comme d’autres, que le premier LP de NICO, Chelsea Girl, n’est pas vraiment celui qui la dĂ©finit le mieux, ni mĂȘme celui dans lequel elle se reconnaĂźt le plus (la faute Ă  une production bornĂ©e et unilatĂ©rale qui ne reflĂšte pas vraiment les rĂ©elles visions artistiques de NICO), il s’attarde plus volontiers sur l’exigeante trilogie The Marble Index / Desertshore / The End, qui constitue l’essence mĂȘme de l’art de NICO – du moins pour les annĂ©es 1970 – et dont les Ă©clats Ă©sotĂ©riques, les parures atonales, les relents mĂ©diĂ©vaux et nĂ©o-classiques et les stances venimeuses et cryptiques continuent Ă  fasciner comme s’ils venaient juste d’ĂȘtre conçus aujourd’hui.

Il semble que le temps n’ait guĂšre eu de prises sur ces Ɠuvres hors du temps et de l’espace communs, puisant Ă  des sources antiques autant qu’à des expressions trĂšs contemporaines, tant en ce qui concerne les musiques (conçues avec John CALE) que les textes. Mots et sons sont dĂ©cortiquĂ©s par l’auteur de l’ouvrage avec une passion et une Ă©rudition assez fascinantes. Les choix instrumentaux et musicaux, les constructions, les mĂ©triques et les inventions poĂ©tiques sont dĂ»ment scrutĂ©s sans rien laisser au hasard, dĂ©bouchant sur des interprĂ©tations et traductions de l’Ɠuvre qui en dĂ©multiplient les hauteurs et les profondeurs. Une chronique de disque qui s’étale sur une trentaine de pages, ce n’est plus une chronique, c’est une Ă©tude scientifique de haut vol ! On n’écoute plus ces disques de NICO de la mĂȘme façon aprĂšs avoir lu cet ouvrage.

Il en va de mĂȘme pour l’analyse des disques des annĂ©es 1980 (The Drama of Exile, Camera Obscura, Fata Morgana), rĂ©putĂ©s plus accessibles parce que plus orientĂ©s « rock » mais finalement plus tortueux qu’ils ne paraissent, car exploitant des gammes orientales et lorgnant au bout du compte vers un avant-gardisme mĂȘlant acoustique, Ă©lectrique et Ă©lectronique qui trouve un aboutissement stratosphĂ©rique avec le fameux « dernier concert » de NICO paru sous le titre Fata Morgana, au rĂ©pertoire quasi intĂ©gralement inĂ©dit, et qui ouvrait encore de nouvelles perspectives
 Quand on sait que les mĂ©dias de l’époque ne voyaient encore en NICO que la chanteuse du VELVET, on se dit qu’il y a dĂ©cidĂ©ment plein de mĂ©tros Ă  rattraper ! Mais l’Ɠuvre de NICO ne s’attrape pas comme cela
 Et la force de cet ouvrage de Serge FÉRAY est prĂ©cisĂ©ment de nous donner suffisamment de clĂ©s pour se lancer dans l’aventure.

D’autres rĂ©alisations discographiques de NICO (NICO en personne en Europe, Chelsea Live, Nico-Icon, Behind the Iron Curtain, Live in Tokyo
), plus confidentielles et mĂȘme moins « officielles », parues sur diffĂ©rents supports (K7, LP, CD, VHS
), font Ă©galement l’objet de commentaires pertinents et Ă©clairants de l’auteur, qui n’a dĂ©cidĂ©ment rien nĂ©gligĂ© de toute trace discographique laissĂ©e par NICO, allant jusqu’à parler de ses collaborations Ă  des disques d’autres artistes (Kevin AYERS, Lutz « LĂŒĂŒl » ULBRICHT, NEURONIUM, Marc ALMOND
)

La carriĂšre cinĂ©matographique de NICO y est aussi dĂ©voilĂ©e avec minutie. Serge FÉRAY dĂ©crit les scĂšnes et les « rĂŽles » de NICO dans des films obscurs ou expĂ©rimentaux d’Andy WARHOL que peu de monde a dĂ» voir ou a mĂȘme entendu parler, et il explore avec autant, sinon plus, d’intĂ©rĂȘt les films du rĂ©alisateur Philippe GARREL (La Cicatrice intĂ©rieure, les Hautes Solitudes, Un ange passe, le Berceau de cristal
), qui a partagĂ© la vie de NICO pendant une dizaine d’annĂ©es.

Si, sur le papier, NICO n’a vĂ©cu qu’un demi-siĂšcle, la lecture de NICO – Femme fatale fait amplement comprendre qu’elle a vĂ©cu plusieurs vies en une, et que toutes ces vies se sont bousculĂ©es les une les autres. L’ouvrage ne dĂ©voile peut-ĂȘtre pas tous les secrets de NICO, mais il dĂ©voile de large pans de ses parts d’ombre tout en remettant quelques pendules Ă  l’heure.

Au final, on rĂ©alise que NICO a Ă©tĂ© bien, bien plus que la Femme fatale qu’elle a chantĂ©e au sein du VELVETUNDERGROUND, mais qu’elle a bel et bien Ă©tĂ© fatale pour nombre de ceux qui ont croisĂ© sa vie et, surtout, qu’elle a Ă©tĂ© aussi fatale Ă  elle-mĂȘme. Les traces discographiques et cinĂ©matographiques qu’elle a laissĂ©es restent d’une incroyable modernitĂ©, et c’est tout Ă  l’honneur de Serge FÉRAY de nous inciter Ă  les redĂ©couvrir de plus prĂšs.

Retrouvez l’article sur Rythmes CroisĂ©s

Stéphane FougÚre
Rythmes Croisés 10 août 2016

- Nico, femme fatale

Alors que l’exposition-Ă©vĂ©nement de la Philharmonie de Paris, Velvet Underground : New York Extravaganza est encore accessible jusqu’au 21 aoĂ»t pour les retardataires qui n’auraient pas encore eu l’occasion de venir la dĂ©couvrir, nous avons plongĂ© dans l’essai de Serge FĂ©ray aux Ă©ditions Le Mot et le Reste sur celle qui fut la chanteuse du groupe sur quelques titres et l’interprĂšte inoubliable du morceau « Femme Fatale », qui donne son titre au livre : Nico, Christa PĂ€ffgen de son vrai nom.

Redécouvrir Nico au-delà du Velvet Underground

DĂ©jĂ  auteur d’un prĂ©cĂ©dent essai sur la chanteuse, Nico in Camera (Cahiers de Nuit, 1997), FĂ©ray livre ici autant une biographie qu’un essai critique sur la vie et l’Ɠuvre d’une artiste qu’on a souvent rĂ©duite Ă  sa participation au Velvet Underground (oĂč elle n’était, disait-elle, qu’une « invitĂ©e »), Ă  sa brĂšve liaison avec Alain Delon, qui lui donna un fils, Ari, que l’acteur français ne reconnut jamais ou encore Ă  son addiction Ă  l’hĂ©roĂŻne. On en oublierait presque que la sublime mannequin allemande, promue au rang de muse warholienne dans les annĂ©es 60, a par la suite sorti plusieurs albums solo, dont une belle et sombre « trilogie » (The Marble Index en 1969, Desertshore en 1971 et The End
 en 1974), avec des morceaux composĂ©s par ses soins, produits et arrangĂ©s par le co-fondateur du Velvet, John Cale, qui s’écartaient des structures traditionnelles et ont eu une influence sur bien des musiciens, de Siouxsie and the Banshees Ă  Patti Smith, en passant par Morissey.

Clairement fascinĂ© et Ă©mu par son sujet, mais jamais aveuglĂ©, Serge FĂ©ray prend le parti de dresser un portrait tout en nuances de cette personnalitĂ© complexe et souvent insaisissable, dĂ©nuĂ©e de toute modestie, souvent touchante mais ouvertement raciste — ce qui ne transparaĂźt cependant pas dans son oeuvre — qui dĂ©clara un jour (c’est cette citation qui ouvre le livre) « Le vĂ©ritable artiste se doit de s’autodĂ©truire ». Ce qu’elle fit, s’enfonçant tardivement dans une addiction Ă  l’hĂ©roĂŻne (elle ne se droguait pas Ă  l’époque du Velvet), qui pesa autant sur sa santĂ© mentale et physique que sur sa beautĂ© Ă  la fois grave et Ă©thĂ©rĂ©e. Morte Ă  49 ans d’une hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale suite Ă  une chute de bicyclette, elle se sera auparavant produite sur scĂšne pendant plus de 20 ans, aura sorti 6 albums solo, tournĂ© dans 32 films (pour Andy Warhol, Philippe Garrel, mais aussi Fellini ou Vincente Minelli), publiĂ© un recueil de poĂšmes, une autobiographie inachevĂ©e


Ascension new-yorkaise et affranchissement

De son enfance allemande, marquĂ©e par la Seconde Guerre Mondiale Ă  ses premiers pas en tant que cover girl Ă  Paris, avant sa rencontre dĂ©cisive avec Andy Warhol Ă  New York, Serge FĂ©ray raconte comment Christa PĂ€ffgen est devenue Nico — un nom qui lui fut donnĂ© par le photographe Herbert Tobias, en hommage Ă  un producteur qu’il avait aimĂ© sans retour — semant ici et lĂ  quelques indices permettant de comprendre son Ă©volution, tout en revenant sur certains mythes rĂ©currents la concernant. S’il est impossible de savoir si son viol durant la guerre aux mains d’un soldat afro-amĂ©ricain est vĂ©ridique ou une invention principalement destinĂ©e Ă  justifier son racisme anti-noir, ce qui est indĂ©niable, c’est le magnĂ©tisme qui se dĂ©gage de sa personne et lui ouvre grand les portes de la Factory de Warhol aprĂšs avoir passĂ© un screen test concluant oĂč elle devait juste rester dans le champ sans parler pendant quelques minutes. Elle deviendra l’une de ses muses et tournera dans ses films The Chelsea Girls, The Closet et bien d’autres, avant qu’il ne lui demande de poser sa voix sur quelques titres afin de lancer un nouveau groupe de rock expĂ©rimental cafardeux et pas assez glamour au goĂ»t du pape du Pop Art, le Velvet Underground.

On connaĂźt la suite : le mythique « album Ă  la banane », The Velvet Underground and Nico (qui fut un Ă©chec commercial Ă  sa sortie en 1966), sur lequel elle chanta de sa voix grave « Femme Fatale », « All Tomorrow’s Parties » et « I’ll Be Your Mirror », sa liaison avec Lou Reed, puis John Cale, avant son Ă©viction, pour cause de diffĂ©rents aussi bien artistiques (Nico ne pouvait plus se contenter de jouer les utilitĂ©s) que personnels
 Ce que l’on sait moins sur l’artiste, en revanche, c’est comment elle rĂ©ussit Ă  s’affranchir du carcan du groupe, puis de celui d’Andy Warhol, pour devenir une musicienne accomplie, composant des titres expĂ©rimentaux et novateurs puisant dans le romantisme anglais et germanique tout en s’accompagnant Ă  l’harmonium, se battant pour pouvoir enfin sortir des albums qui lui ressemblent aprĂšs le massacre de son premier essai solo, Chelsea Girls (1967), sur lequel le producteur Paul Morrissey superposa des arrangements Ă  cordes catastrophiques.

Une artiste controversée

Fin connaisseur de l’oeuvre de Nico, qu’il rencontra plusieurs fois jeune homme, dans les annĂ©es 80 (lire Ă  ce sujet son interview pour ObskurMag), mais Ă©galement de l’histoire du rock, Serge FĂ©ray analyse avec une grande pertinence et une vraie subtilitĂ© ses albums, ses textes souvent hermĂ©tiques, aux rĂ©sonances Ă©sotĂ©riques, son Ă©volution musicale, son influence, apportant un Ă©clairage rare sur l’artiste et sondant les contradictions de la femme, divisĂ©e entre Christa la petite Allemande et son alter-ego scĂ©nique, Nico. Il replace dans le contexte certaines de ses provocations, comme son choix de chanter les couplets interdits de l’hymne national allemand depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, qui fut souvent assimilĂ© Ă  une sympathie nazie, Ă  tel point que cette interprĂ©tation apparaĂźt aujourd’hui encore sur la page Wikipedia anglo-saxonne de l’artiste, dans la sous-partie « Racism ». Critique vis-Ă -vis de la reconstruction de son pays natal (l’ancien sous-officier SS Hans-Martin Schleyer Ă©tait alors le patron des patrons en Allemagne de l’Ouest), Nico dĂ©nonçait en rĂ©alitĂ© une certaine hypocrisie, tout en replongeant, avec son album The End
, dans certains souvenirs d’enfance, oĂč elle chantait tous les jours Ă  l’école l’hymne national dans sa version dĂ©sormais interdite.

L’idĂ©e de l’album aurait d’ailleurs germĂ©e d’un rĂȘve oĂč elle se revoyait enfant en train de chanter le fameux hymne, avant de se recueillir sur la tombe de sa mĂšre, dĂ©cĂ©dĂ©e dans la solitude en 1970. Fille d’un officier volontaire de la Wehrmacht qui l’abandonna elle et sa mĂšre avant d’ĂȘtre abattu par les nazis, hantĂ©e par la dĂ©chĂ©ance et la mort de sa mĂšre, qu’elle dĂ©laissa sur la fin de sa vie, habitĂ©e par la guerre qui marqua ses jeunes annĂ©es, Nico rend visite Ă  ses dĂ©mons sur cet album crĂ©pusculaire comportant une reprise du cĂ©lĂšbre titre des Doors, et fait de l’hymne national un fil rouge parcourant les diffĂ©rents morceaux. Reprendre l’hymne national tel qu’il Ă©tait chantĂ© sous le TroisiĂšme Reich revenait pour elle, comme elle l’expliqua Ă  l’époque, Ă  « mettre en Ă©vidence l’ancien sentiment, cachĂ© derriĂšre le nouveau ». En revanche, Serge FĂ©ray critique son aveuglement lorsqu’elle dĂ©die cet hymne au terroriste Andreas Baader, qui bĂ©nĂ©ficiait d’une certaine complaisance auprĂšs des sympathisants d’extrĂȘme-gauche en raison, entre autres, de son opposition Ă  la guerre du Vietnam.

Un essai pertinent, loin de tout sensationnalisme

Outre cette finesse d’analyse, l’auteur Ă©vite par ailleurs tout sensationnalisme, au contraire de la rĂ©alisatrice Susan Ofteringer, dont le documentaire Nico Icon (1995) s’attardait plus que de raison sur sa liaison avec Alain Delon et certains scandales, ramenant de maniĂšre assez facile l’artiste aux hommes qu’elle a connus et Ă  sa toxicomanie, tout en adoptant un ton moralisateur. Si Alain Delon est (trĂšs) briĂšvement Ă©voquĂ© dans Nico femme fatale — principalement pour parler du fils de Nico, Ari, et du traumatisme rĂ©sultant du refus de l’acteur de reconnaĂźtre l’enfant —, Serge FĂ©ray s’attache surtout Ă  l’alchimie crĂ©ative qui l’unissait Ă  Jim Morrison, qui fut briĂšvement son amant, ainsi qu’à Philippe Garrel, son compagnon durant de nombreuses annĂ©es, laissant de cĂŽtĂ© les potins et le voyeurisme des tabloĂŻds pour mettre en avant la maniĂšre dont ces relations ont nourri son art. De mĂȘme, il met en Ă©vidence l’influence de Nico sur l’oeuvre de Philippe Garrel, dont elle fut la muse.

Nico, femme fatale est donc un essai essentiel pour aborder l’oeuvre de Nico, finalement assez mĂ©connue au-delĂ  du Velvet Underground, voire incomprise. Rendant Ă  CĂ©sar ce qui lui revient, Serge FĂ©ray permet enfin d’envisager l’artiste autrement que comme une jolie blonde, piĂšce rapportĂ©e du groupe de Lou Reed, sans cesse ramenĂ©e aux artistes masculins avec lesquels elle fut liĂ©e, que ce soit dans sa vie privĂ©e ou artistique. Il nous invite Ă  plonger dans ses albums solos (plus particuliĂšrement ceux sortis entre 1969 et 1974, donc), bien accueillis par la critique française Ă  l’époque, mais trop souvent oubliĂ©s aujourd’hui, que nous dĂ©couvrons en partie, Ă©tonnĂ©s et Ă©mus par cette voix hantĂ©e et ces accords spectraux, cette approche sans compromis, audacieuse, qui fait qu’aujourd’hui encore ces disques restent uniques.

Biographe mĂ©ticuleux et connaisseur passionnĂ©, FĂ©ray ne cache pas sa fascination et son empathie pour son sujet, sans se laisser aveugler pour autant. Si son attachement Ă  Nico est perceptible, tout comme son investissement dans la réévaluation de son oeuvre, l’auteur ne perd jamais de vue la rigueur de mise dans une telle entreprise, offrant d’un bout Ă  l’autre une argumentation et des analyses solides qui lui permettent, en toute fin d’ouvrage, de s’autoriser une conclusion poĂ©tique oĂč il imagine une autre fin possible au destin tragique de cette femme tourmentĂ©e, qu’il n’hĂ©site pas Ă  comparer, avec une certaine emphase, Ă  PhĂšdre ou MĂ©dĂ©e. Sous sa plume, Nico renaĂźt de ses cendres pour une derniĂšre apparition, hallucinĂ©e et vacillante, avant le rideau final. On referme son livre avec le sentiment d’avoir dĂ©couvert une autre artiste, une autre femme, profonde et mystĂ©rieuse, derriĂšre la chanteuse Ă  frange qui susurra jadis « Femme Fatale », deux mots qui lui seront restĂ©s collĂ©s Ă  la peau, Ă©clipsant la formidable complexitĂ© d’une oeuvre solo qui mĂ©rite d’ĂȘtre redĂ©couverte.

Lire la chronique sur Culturellement VĂŽtre

Cécile Desbruns
Culturellement VÎtre 8 août 2016

- Entretien avec Serge Féray - Nico, un requiem allemand

AgrĂ©gĂ© de Lettres Modernes, ayant rencontrĂ© Nico entre 1985 et 1987, Serge FĂ©ray livre dans son essai Nico – Femme fatale un voyage Ă©blouissant dans les sous-bois de l’univers de Nico, un tombeau en forme de chant d’amour. Ce livre rĂ©ussit la gageure de sĂ©crĂ©ter une magie sƓur de l’hypnose, de l’alchimie noire que dĂ©gagent les albums de Nico : The Marble Index, Desertshore, The End. À pas de loup, Serge FĂ©ray est entrĂ© dans le labyrinthe nicoesque, a sondĂ© les innovations expĂ©rimentales que la dĂ©esse de la lune (dixit Andy Warhol) apporta Ă  une scĂšne rock dont elle s’éloigna pour incarner dans une texture sonore inĂ©dite ses fantĂŽmes, ses dĂ©mons, son pĂšre Ă©vaporĂ©, ses fĂȘlures, le spectre de l’Allemagne nazie, le bruit des bombes.

Avant Nico – Femme fatale, vous avez dirigĂ© les Cahiers de Nuit oĂč vous avez publiĂ© Nico in Camera et oĂč Ari, le fils de Nico, a publiĂ© Nico from Saeta to Neutrino, catalogue d’une exposition. Pouvez-vous nous dire d’oĂč vous vient votre engouement pour Nico et dans quelles circonstances vous l’avez rencontrĂ©e ?

J’ai dĂ©couvert le visage et la musique de Nico lorsque j’avais quinze ans, en 1983. Le premier choc a Ă©tĂ© The Marble Index, que je tiens encore aujourd’hui pour son chef-d’Ɠuvre. Ses contributions au Velvet Underground me paraissaient mineures. Je prĂ©fĂ©rais nettement le Velvet incendiaire, purement Ă©lectrique, de White Light / White Heat, Ă  la chanson « I’ll Be Your Mirror », qui me paraissait – mais j’avais tort – une innocente bluette. La chanson « All Tomorrow’s Parties », c’était autre chose, plus proche des audaces inouĂŻes de « Venus In Furs ». Mais Nico, pour moi, c’est la brune – ou rousse – pythie des albums solo, pas la blonde Ă©gĂ©rie de Warhol. J’ai reçu sa musique comme une rĂ©vĂ©lation mystique. Saint Paul sur la route de Damas. Sa beautĂ© me terrassait. J’y voyais le visage de la Mort, la Mort romantique avec un grand M, et je me suis mis Ă  noircir des cahiers sur elle, sur sa musique, sur les rĂȘves qu’elle m’inspirait. Pendant cinq ou six ans, j’ai rĂȘvĂ© d’elle pratiquement toutes les nuits ! Je vivais dans son monde. J’ai Ă©crit un roman dont elle Ă©tait l’hĂ©roĂŻne. Mais il me fallait confronter l’idĂ©e que j’avais d’elle et celle qu’elle Ă©tait rĂ©ellement. Je l’ai vue pour la premiĂšre fois au Ronnie Scott’s Club de Londres, au printemps 1985, oĂč elle prĂ©sentait son album Ă  paraĂźtre, Camera Obscura. Comme elle Ă©tait trĂšs facile d’accĂšs – malgrĂ© une prestance, un charisme de star – je suis allĂ© dans les coulisses lui dire que je voulais Ă©crire un livre sur elle. DĂ©jĂ . Elle m’a rĂ©pondu – en français – qu’elle pensait qu’un livre dans cette langue ne se vendrait pas assez, et que de toute façon, elle travaillait dĂ©jĂ  Ă  son autobiographie. Mais elle Ă©tait Ă  l’écoute, elle Ă©tait chaleureuse, quoique pas vraiment lĂ . Je suis retournĂ© la voir Ă  plusieurs reprises, elle me faisait entrer avant tout le monde – « Tu as encore fait des kilomĂštres pour me voir ! » –, elle me disait que j’étais fou, mais je crois que ça lui plaisait, cette passion que je nourrissais pour elle. Nous passions chaque fois un long moment Ă  discuter, en français toujours. Elle me conseillait des livres, des disques, et lorsqu’elle se piquait dans les coulisses, elle me demandait de veiller Ă  ce que personne n’entre pour l’interrompre. Inutile de vous dire que je transcrivais nos conversations immĂ©diatement aprĂšs dans mes cahiers, le moindre de ses mots, le moindre silence. DĂ©but 1986, Ă  l’issue d’un concert Ă  Manchester, elle m’a proposĂ© de m’emmener avec elle en tournĂ©e, avant de se raviser au dernier moment – il n’y avait plus de place pour moi dans le van Ă  bord duquel se dĂ©plaçait le groupe. Je suis passĂ© Ă  cĂŽtĂ© d’une sacrĂ©e aventure. Puisque je ne pouvais pas la vivre, j’ai Ă©crit sur elle.

De Nico, nĂ©e Christa PĂ€ffgen, Ă©gĂ©rie de Warhol – fascinant astre blond, du Velvet Underground Ă  l’artiste qui a choisi de frayer un chemin de crĂ©ation abrupt – Ă  l’écart du paysage rock, quelles ruptures, rĂ©inventions percevez-vous ? Quel est le noyau obscur, quelles sont les vibrations souterraines qui pulsent la quĂȘte musicale, existentielle, mĂ©taphysique de Nico ? Quelles seraient les lames de fond qui traversent et sous-tendent son labyrinthe aux multiples visages ?

Je distingue deux grands mouvements dans sa vie : une premiĂšre Ă©poque oĂč Nico, fille d’une femme rĂ©pudiĂ©e par son mari, orpheline grandie dans les ruines d’une capitale bombardĂ©e, vise Ă  devenir quelqu’un : c’est la pĂ©riode qui va jusqu’au Velvet Undergound, jusqu’à son premier album solo, Chelsea Girl, inclus : presque trente ans au cours desquels elle acquiert un nom, ce pseudonyme, prĂ©nom et patronyme Ă  la fois, qui va l’accompagner toute sa vie. C’est la pĂ©riode au cours de laquelle elle devient top model, puis actrice, enfin chanteuse. Ascension d’une Ă©toile jusqu’au statut warholien de superstar. La seconde Ă©poque est celle de la Chute, mais c’est une chute lucifĂ©rienne, la plongĂ©e dans les tĂ©nĂšbres d’une porteuse de lumiĂšre : devenue une star, Nico se lasse des sunlights – qu’elle appelait les floodlights – et, dans le creuset de New York, languit de son hĂ©ritage allemand. Remisant l’habit de lumiĂšre revĂȘtu avec le Velvet – elle y portait souvent du blanc, pour offrir un Ă©cran vivant aux projections warholiennes –, elle se drape de capes noires et, Ă  la lueur des bougies, loin des stroboscopes de l’Exploding Plastic Inevitable, elle apprend Ă  jouer de l’harmonium, plonge dans ce qu’elle appelle son fonds germanique. De maniĂšre trĂšs symbolique, elle Ă©crit ses premiers textes, ceux que l’on retrouvera sur The Marble Index, couchĂ©e dans une baignoire, oĂč elle passe des journĂ©es entiĂšres avec un carnet, comme immergĂ©e dans son inconscient, dans une cuve de rĂ©surrection, Ă  incuber ce qu’on pourrait appeler, en un clin d’Ɠil au film le plus cĂ©lĂšbre qu’elle tournera avec Philippe Garrel, sa crĂ©atrice intĂ©rieure. Elle Ă©tait une image, un nom, une star, elle devient artiste. Le reste de sa vie sera un combat constant entre l’artiste et la femme, que l’artiste n’aura de cesse de dĂ©truire, pour que vive l’Ɠuvre. A la maniĂšre des grands romantiques, d’un Kleist ou d’un Nerval, elle a littĂ©ralement donnĂ© sa vie pour l’art – et c’est pour cela que nous parlons d’elle aujourd’hui, qu’elle est devenue immortelle, et non restĂ©e une simple silhouette parmi les filles-fleurs de la Factory warholienne.

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Retrouvez l’entretien dans son intĂ©gralitĂ© sur le site de Diacritik

Véronique Bergen
Diacritik 5 août 2016

- Arrache-cƓur 573

Une belle chronique du Nico de Serge FĂ©ray Ă  retrouver dans l’émission Paludes #802 ICI

Nikola Delescluse
Paludes 1 juillet 2016

- Interview deuxiĂšme partie bonus

En bonus du #28 de ObskĂŒre Magazine retrouvez une interview de Serge FĂ©ray mise en ligne sur le site du magazine.

Lire l’interview sur le site

Maxime Lachaud
ObskĂŒre Magazine Avril - Juin 2016

- L'étoile mystérieuse

Dans Nico, Femme Fatale, Serge FĂ©ray retrace l’énigmatique parcours de la chanteuse, actrice et mannequin Ă  la voix lugubre et Ă  la beautĂ© glacĂ©e introduite par le Velvet.

“Il fallait au groupe quelque chose de beau pour contrebalancer le genre de laideur stridente qu’il essayait de vendre et combiner Ă  cela une fille vraiment magnifique, debout devant cette dĂ©cadence, Ă©tait ce qu’il fallait”. Ces mots extraits de Nico, femme fatale, repris de Up-Tight, The Velvet Underground Story, sont de Paul Morrissey, bras droit d’Andy Warhol et une temps manager du Velvet Underground. À l’époque, Morrissey a dĂ» batailler pour convaincre Lou Reed de laisser chanter la splendeur blonde sur trois des onze titres du premier Velvet. Alors que son travail artistique et musical est rĂ©duit Ă  peau de chagrin, elle touche Ă  elle seule les 100 dollars que les quatre autres membres du groupe doivent se partager.
La manipulatrice, qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© chassĂ©e lorsque apparaĂźt l’album culte Ă  la banane, n’est que l’une des diffĂ©rentes Nico racontĂ©es par la bio de Serge FĂ©ray. Superstar warholienne, modĂšle des films expĂ©rimentaux de Philippe Garrel, chanteuse, actrice, muse, mannequin, mĂšre d’un des fils d’Alain Delon
 La longiligne Allemande a vĂ©cu 1000 vies et se fait ici tirer le portrait en long, en large et en travers. NĂ©e le 16 octobre 1938 Ă  Cologne et morte Ă  mĂȘme pas 50 ans, le 18 juillet 1998, sur l’üle d’Ibiza, Christa PĂ€ffgen est une Ă©nigme. Une icĂŽne d’autant plus mystĂ©rieuse qu’elle a souvent dans ses rĂ©cits pris ses libertĂ©s avec la rĂ©alitĂ©. “Soucieuse de se rajeunir, elle s’est fait naĂźtre en 1939, 1942, 1943 ou mĂȘme 1945, gommant la guerre de sa biographie. Elle s’est inventĂ©e des parents espagnol et yougoslaves, une mĂšre opiomane, des ancĂȘtres russes, mongols, un pĂšre d’origine polonaise ou turque, archĂ©ologue ami du Mahatma Gandhi, soufi, derviche tourneur, fusillĂ© sur ordre personnel de Hitler aprĂšs avoir dĂ©sertĂ© la SS, mort dans un camp de concentration parce qu’il combattait le rĂ©gime.” Qu’en est-il d’ailleurs de ce prĂ©tendu viol alors qu’elle n’a que treize ans par un sergent noir amĂ©ricain conduit Ă  la potence et qu’elle utilise pour justifier son racisme? Les membres toujours en vie de sa propre famille n’en ont jamais entendu parler.

Vendre le suicide
Tentant de discerner le vrai du faux, Nico, femme fatale raconte ses relations avec Jackson Browne (qui quitte un jour la scĂšne en plein concert), Leonard Cohen, Jim Morrison
 Il se penche sur sa carriĂšre solo : Chelsea Girl vendu Ă  450 exemplaires entre le 1er septembre 1968 et le 14 fĂ©vrier 1969, The Marble Index, sa dĂ©claration d’indĂ©pendance (“on ne peut pas vendre le suicide”, dira John Cale quant Ă  son Ă©chec commercial). Il dĂ©cortique ces albums, de maniĂšre parfois un peu laborieuse, chanson par chanson, comme il dĂ©crypte le cinĂ©ma de Warhol, revenant d’ailleurs sur le presque assassinat d’Andy par ValĂ©rie Solanas. FĂ©rie rĂ©ussit Ă  donner une idĂ©e de ce personnage Ă©minemment complexe. Un personnage insaisissable qui dĂ©clare “je pense que les femmes sont inutiles ; j’aimerais dĂ©truite tout le MLF ; elles m’emmerdent” alors qu’elle est “la premiĂšre fille du rock Ă  monter sur scĂšne pour chanter ses propres compositions, sans guitares Ă©lectriques comme Suzi Quatro, sans minijupe comme Tina Turner, mais avec sa seule poĂ©sie aux influences dĂ©suĂštes, sa musique lancinante, presque liturgie, et les robes amples dans lesquelles elle cache sa beautĂ©â€. Un ouvrage tour Ă  tour passionnant et un brin rĂ©barbatif.

Julien Broquet
Focus Vif 3 juin 2016

- Interview Serge Féray

Trop souvent cantonnĂ©e Ă  sa collaboration avec le Velvet Underground, Nico reste cette Ă©nigme diaphane, drapĂ©e de noir, Ă  la beautĂ© hors du temps. Son Ɠuvre, entachĂ©e par un premier album sur lequel elle n’a eu aucune emprise, s’est entiĂšrement dĂ©diĂ©e au monde de la poĂ©sie et des tĂ©nĂšbres dĂšs The Marble Index en 1968. Imaginaire dĂ©cadent, mĂ©diĂ©visme incantatoire, visions macabres, dissonances inquiĂštes, romantisme noir, germanisme glacial, le monde sonore de Nico, dominĂ© par les rĂ©sonances de l’harmonium, annonçait les prĂ©occupations et l’esthĂ©tique du mouvement gothique, cold wave et dark folk. Depuis trente ans, Serge FĂ©ray Ă©crit sur cette prĂȘtresse de l’obscur et son livre Nico, Femme fatale tente de dĂ©chiffrer avec sensibilitĂ© et Ă©rudition un langage souvent considĂ©rĂ© comme hermĂ©tique. L’auteur nous permet ainsi de tracer des lignes cohĂ©rentes au sein d’une discographie parfois difficile Ă  apprĂ©hender.

Serge FĂ©ray : Rappelons d’abord que Nico a toujours dit que Chelsea Girl ne comptait pas, que ce n’était pas son album mais celui de Paul Morrissey, qui y avait tout dĂ©cidĂ© pour elle, et qu’elle considĂ©rait que son Ɠuvre commençait avec The Marble Index. Le lien entre les cinq albums studio qu’elle a reconnus est mis en Ă©vidence dans le dernier, Camera Obscura, qui forme un condensĂ© de ses diffĂ©rentes pĂ©riodes, de ses diffĂ©rents styles. La cohĂ©rence gĂ©nĂ©rale de l’Ɠuvre vient d’abord de la maniĂšre dont elle est composĂ©e : mĂȘme les morceaux rock de Drama of Exile ont Ă©tĂ© conçus Ă  l’harmonium, bien que l’orgue indien n’apparaisse pas sur l’album. Tous ont en commun des textes Ă©nigmatiques mĂȘme si l’inspiration poĂ©tique devient plus urbaine, plus moderne dans les annĂ©es quatre-vingt -, des harmonies complexes, usant et abusant de mĂ©lismes, ainsi qu’une absence totale de rĂ©fĂ©rences aux sources traditionnelles du rock, le blues et la country – ce qui a ouvert la voie Ă  Cure, Ă  Bauhaus 
 comme Ă  la nĂ©buleuse nĂ©o-folk gravitant autour de Current 93, qui se complaĂźt, comme Nico, dans une atmosphĂšre toujours sombre. Puis il y a la voix qui unifie tout, cette voix d’airain, reconnaissable entre mille, mĂȘme une fois qu’elle a perdu de sa superbe, dans les derniĂšres annĂ©es.

Nico, figure de l’avant-garde? OĂč peut-on la situer entre musique savante et musique populaire ?
LĂ  aussi, Nico est originale : sa musique a parfois la complexitĂ© et la richesse d’un lied, elle s’aventure mĂȘme du cĂŽtĂ© de l’atonal, et pourtant, elle ne savait ni lire ni Ă©crire la musique. Alors, parler de musique savante Ă  son propos, cela pose quand mĂȘme problĂšme, mĂȘme si John Cale a raison d’affirmer qu’elle a apportĂ© une contribution inestimable Ă  “ la musique classique contemporaine , – il en sait quelque chose, lui, l’ancien Ă©lĂšve de Xenakis qui a mis en valeur ce qu’avait d’expĂ©rimental, de moderne, l’inspiration de Nico. Je crois qu’en elle se sont synthĂ©tisĂ©es de multiples influences, de la musique lyrique – dans son enfance, elle allait Ă  l’opĂ©ra toutes les semaines – aux expĂ©rimentations minimalistes dont John Cale Ă©tait familier, du folk au rock, en passant par Zarah Leander, Yma Sumac et la musique arabe, ce qu’elle appelait le rock oriental, dont on entend surtout l’influence chez elle Ă  partir de The Drama of Exile. Musique savante ou populaire? Difficile Ă  dire. Nico est un hapax. Ni savante, ni populaire. À l’avant-garde de la musique pop, comme on l’appelait dans les annĂ©es soixante-dix, et incroyablement “archaĂŻque, prĂ©historique”, comme elle se dĂ©finissait elle-mĂȘme.

Maxime Lachaud
ObskĂŒre Magazine DeuxiĂšme trimestre 2016

- Nico

Passionnant pĂ©riple dans la vie et dans l’Ɠuvre de Nico, le livre de Serge FĂ©ray prend pour point de dĂ©part la ville de Berlin, lĂ  oĂč selon lui tout commence et tout s’achĂšve. Cette ville en ruines, marquĂ©e par le traumatisme de la guerre, fut non seulement une source d’inspiration pour cette
artiste nomade qui a dĂ©libĂ©rĂ©ment choisi de se situer du cĂŽtĂ© des tĂ©nĂšbres, du macabre et de la dĂ©cadence, mais c’était aussi “le berceau de Christa” selon l’auteur. Elle y donna son dernier concert et rĂ©pĂ©tait que ses rĂȘves la ramenaient toujours lĂ -bas. Les disques “officiels” et revendiquĂ©s de Nico, au final assez peu nombreux (The Marble Index, Desertshore, The End, The Drama of Exile, Camera Obscura), ont tous explorĂ© ces ambiances plombĂ©es et post-apocalyptiques, ouvrant la voie pour un nombre important de formations gothiques et dark folk. C’est l’ombre aussi du romantisme noir anglais et germanique, ainsi qu’un mĂ©diĂ©visme rĂ©inventĂ© par l’avant-garde qui sert de terreau Ă  ces compositions et textes que FĂ©ray dĂ©crit avec minutie et sensibilitĂ©. Seul un passionnĂ© peut aboutir Ă  une telle finesse d’analyse (avec identification des rĂ©fĂ©rences et du fonds culturel, Ă©tude rythmique et stylistique de la poĂ©sie de la chanteuse, etc.), l’auteur Ă©crivant depuis trĂšs longtemps sur Nico. Premier essai publiĂ© en 1997 : Nico in Camera. C’est d’ailleurs dans son attachement Ă  la force visuelle des compositions de Nico que cet ouvrage offre ses plus belles pages. De son enfance marquĂ©e par la guerre et le viol jusqu’à son statut d’icĂŽne glacĂ©e dans les annĂ©es quatre-vingt, de sa carriĂšre de mannequin et de cover girl Ă  ses films avec Philippe Garrel, de la Factory de New York avec Andy Warhol et le Velvet Underground Ă  l’autre Factory, celle du Manchester cold wave mis en sons et images par Martin Hannet et Peter Saville, on suit cette artiste solitaire, profondĂ©ment touchante et tourmentĂ©e. On croise Fellini, Chet Baker, John Cale, Brian Jones, Jim Morrison, Magma, Charles Manson, la bande Ă  Baader, Bauhaus ou encore Marc Almond, figures cĂ©lĂšbres s’étant trouvĂ©es sur son chemin Ă  un moment donnĂ©. Ne se complaisant pas dans les histoires de drogue, l’auteur nous montre les innovations considĂ©rables que Nico a apportĂ©es, en dĂ©truisant toutes les structures habituelles du rock et l’hĂ©ritage blues, pour Ă©voquer un onirisme dissonant, teintĂ© de surrĂ©alisme, de symbolisme occulte et de folklore europĂ©en.

Maxime Lachaud
ObskĂŒre Magazine DeuxiĂšme trimestre 2016

- Nico, femme fatale par Serge Féray

On a tout Ă©crit, tout lu, tout dit sur Nico, sa vie et surtout sa lĂ©gende. Petite fille du Berlin en ruines de l’aprĂšs-guerre puis adolescente partie faire carriĂšre Ă  New York, Christa PĂ€ffgen devenue Nico sur les conseils d’un photographe amoureux, mannequin dans les annĂ©es 60, actrice, Ă©gĂ©rie d’Andy Warhol dans le contexte hype de sa Factory, ex-chanteuse du Velvet Underground sur leur lĂ©gendaire premier album puis artiste solo, compagne et muse de Philippe Garrel et de son cinĂ©ma expĂ©rimental, hĂ©roĂŻnomane, sex-symbol devenue au fil du temps junkie en perdition, oubliĂ©e puis ressurgie dans les annĂ©es 80 en marraine du mouvement gothique
 Une vie toute en cassures et en chute libre, finie en une mort absurde et dĂ©risoire en 1988 sur la terrasse d’un hĂŽtel Ă  Ibiza, une mort en plein soleil pour celle dont l’Ɠuvre entiĂšre symbolisera pour toujours le froid, les tĂ©nĂšbres et la glaciation. Un destin rock’n‘roll, comme tant d’autres ? Peut-ĂȘtre mais pas seulement.

Le livre de Serge FĂ©ray est un objet prĂ©cieux, un objet rare. Fan de longue date de l’artiste, qu’il rencontra Ă  plusieurs reprises dans les annĂ©es 80 et Ă  laquelle il consacra en 1997 une premiĂšre Ă©tude intitulĂ©e Nico in Camera, FĂ©ray livre ici le travail d’une passion et presque d’une vie entiĂšre, une recherche poussĂ©e qui synthĂ©tise et souvent contredit ou nuance l’histoire « officielle » relayĂ©e par les mĂ©dias, notamment un film comme Nico Icon, considĂ©rĂ© jusque-lĂ  (Ă  tort) comme le document de rĂ©fĂ©rence sur le sujet. Surtout, il aborde pour la premiĂšre fois ce sur quoi tout le monde faisait l’impasse : la musique et surtout les textes. L’ouvrage est donc une analyse en profondeur d’un univers bien spĂ©cifique qui jusqu’ici demeurait peu accessible pour de multiples raisons (discographie Ă©clatĂ©e avec une certain nombre d’albums longtemps introuvables, multiples versions des mĂȘmes chansons, sans parler de la volontĂ© expresse de Nico de ne jamais imprimer les paroles sur les pochettes afin de prĂ©server jusqu’au bout le mystĂšre). Bref, on dĂ©couvre un monde fascinant, bien loin des clichĂ©s de type Paris Match auxquels nous Ă©tions habituĂ©s, pour nous plonger au contraire dans les trĂ©fonds d’une certaine culture underground.

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Sébastien
SuperFlux 20 mai 2016

- Le premier album du Velvet Underground fĂȘte ses 50 ans

Tout le monde le sait : Le Velvet Underground a 50 ans. Pour cet anniversaire, CULTUROPOING s’associe aux Ă©ditions LE MOT ET LE RESTE qui Ă©ditent deux ouvrages essentiels pour saisir l’importance d’un mythe qui rĂ©sonne encore et qui n’est pas prĂšs de s’éteindre.

En avril 1966, Lou Reed, John Cale, Sterling Morrisson et Moe Tucker, accompagnĂ©s du mannequin Nico, s’enferment dans le studio de Scepter Records de New-York pour accoucher, sous le sceau d’un pacte faustien, d’un album devenu mythique.
Cinquante ans plus tard, malgrĂ© une aura sulfureuse mĂątinĂ©e d’hĂ©roĂŻne, le syndrome du « vieux beau » menace cette piĂšce maĂźtresse du rock contemporain au risque de sĂ©culariser la subversion qui l’anime et de standardiser la crĂ©ation qui l’habite. Pourtant, l’album Ă  la banane rĂ©siste : il hante encore nos platines comme au premier jour et accompagne inlassablement les fins de soirĂ©es Ă©thyliques. Objet sĂ©duisant et mystĂ©rieux, il Ă©largit toujours davantage son influence et convertit toujours plus d’adorateurs.
D’une intensitĂ© qui semble inĂ©puisable, l’expĂ©rience velvetienne reste une expĂ©rience intime et trĂšs intĂ©rieure, quelque chose Ă  la fois d’évident et d’essentiel pour chaque auditeur dont la vivacitĂ© ne pourra nous ĂȘtre volĂ©e par les musĂ©es et la pipolisation.
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« She’ll build you up to just put you down (
)
(
) She’s just a little tease »
Une rythmique indolente mais Ă  la rĂ©gularitĂ© mĂ©tronomique, quelques cordes grattĂ©es en arpĂšge, une guitare Ă©lectrique discrĂštement saturĂ©e qui exĂ©cute une grappe de notes perlĂ©es pour devenir (selon la date et la qualitĂ© des pressages) un tapis sonore Ă  la douceur envieuse : Femme fatale sait nous faire les yeux doux et nous accueille dans une ambiance cotonneuse aux charmes opiacĂ©s. MalgrĂ© qu’elle ait Ă©tĂ© demandĂ©e Ă  Lou Reed par Andy Warhol qui pensait alors Ă  sa superstar Edie Sedgwick, cette chanson emblĂ©matique aura finalement hantĂ© Nico jusqu’à la fin de sa vie – elle sera obligĂ©e d’en ressasser les vers les plus cĂ©lĂšbres jusqu’à son dernier concert, jusqu’à la fin, donc, de sa vie.
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Benjamin Cocquenet
Culturopoing.com 23 avril 2016

- « Lou Reed amoureux, c’est un concept un peu abstrait », John Cale // Interview de Serge Feray

Auteur d’une biographie exhaustive sur l’égĂ©rie du Velvet Underground, Serge Feray Ă©voque la figure de Nico au travers l’exposition New York Extravaganza, Ă  la Philharmonie de Paris

Quel est votre point de vue sur la notoriété du Velvet underground ?
Le temps a fini par corriger l’injustice qui avait laissĂ© le Velvet, de son vivant, dans
l’ombre. Mais alors que le groupe ne touchait, dans ma jeunesse, que des initiĂ©s, je m’étonne qu’il Ă©clipse aujourd’hui l’essentiel de l’Ɠuvre solo de Lou Reed. Il me semble que beaucoup en sont encore Ă  opposer ses deux carriĂšres, alors qu’elles n’en font qu’une, que nombre de chansons inĂ©dites Ă  l’époque du Velvet ont trouvĂ© leur place sur ses albums solo, et que Lou Reed a poursuivi dans son Ɠuvre personnelle les expĂ©rimentations des annĂ©es 60 — ne pousse-t-­il pas Ă  l’extrĂȘme, dans Metal Machine Music, le parti­-pris de Sister Ray , dont on peut retrouver aussi le souvenir dans un morceau comme Like A Possum ? Il est aussi regrettable que les carriĂšres solo de John Cale, et surtout de Nico, soient toujours Ă©clipsĂ©es par les deux annĂ©es qu’ils ont passĂ©es dans le groupe. Music For A New Society vaut bien «Venus In Furs, et The Marble Index est un chef ­d’Ɠuvre autrement plus authentique que Femme Fatale.

Comment apparaßt Nico sur les photos alors réalisées par Warhol sur le Velvet Underground ?
Le Velvet pose en noir, comme Warhol, et Nico, qui porte souvent du blanc, est la seule Ă  ne pas cacher son regard derriĂšre des lunettes noires. Blonde, elle incarne la lumiĂšre (White Light), au milieu d’un groupe manifestement « du cĂŽtĂ© obscur ». C’est une opposition entre l’univers masculin du Velvet (Maureen Tucker Ă©tait souvent prise pour un garçon) et le modĂšle incarnant l’éternel fĂ©minin. Il y a de toute Ă©vidence une volontĂ© de la distinguer, esthĂ©tiquement. Elle est l’outsider, la superstar. Celle qui a tirĂ© le Velvet de l’anonymat.

Qu’est-ce doit le Velvet à Nico ?
Une attitude, une esthĂ©tique, un son — celui de sa voix — et l’idĂ©e que le Velvet n’était pas seulement un mur de bruit, mais pouvait Ă©voluer vers l’atmosphĂšre du troisiĂšme album. Lou Reed aurait-­il composĂ© « Pale Blue Eyes » s’il n’avait entendu Nico chanter ses ballades ?

De Lou Reed Ă  John Cale, lequel l’a le plus aimĂ© et soutenu artistiquement ?
Etait­-il possible de ne pas tomber amoureux de Nico en 1966 ? N’oubliez pas le mot de Cale : « Lou Reed amoureux, c’est un concept un peu abstrait ». Quoi qu’il pĂ»t ressentir envers elle, Lou Reed Ă©tait bien embĂȘtĂ© de l’arrivĂ©e de la « dĂ©esse » 
 S’il a acceptĂ© sa prĂ©sence envahissante, c’est qu’il comprenait bien que le Velvet n’aurait pas d’avenir mĂ©diatique sans elle. J’imagine qu’il a fait contre mauvaise fortune bon cƓur en faisant de Nico sa girl-friend.

A l’inverse de Cale 

John Cale est « plus engagĂ© artistiquement », puisqu’il a continuĂ© Ă  travailler avec Nico sur cinq de ses six albums solo, qu’il a contribuĂ© Ă  dĂ©velopper son identitĂ© musicale, alors que Lou Reed a refusĂ© de lui Ă©crire des chansons quand elle lui en a rĂ©clamĂ© avant d’enregistrer The End. C’est aussi John Cale qui a rendu le plus d’hommages Ă  Nico aprĂšs sa mort, par le biais de reprises, d’écrits, de tĂ©moignages, de spectacles, de musiques de ballet et de films pour Garrel
 C’est lui, n’en doutons pas, qui a le mieux transposĂ© artistiquement l’amour qu’il a peut-­ĂȘtre ressenti pour elle. Nico ne disait elle pas en 1985 que John et elle s’entendaient si bien qu’ils auraient dĂ» se marier ?

Retrouvez cette interview sur le site toutelaculture.com

Antoine Couder
Toute la Culture 16 avril 2016

- Deux facettes d'une mĂȘme dĂ©cennie : Nico et Karen Dalton // Interview croisĂ©e

D’un cĂŽtĂ©, il y a Karen Dalton. Une chanteuse folk ayant façonnĂ© la lĂ©gende du Greenwich Village au dĂ©but des annĂ©es 1960 et dont Bob Dylan a dit le plus grand bien dans le premier volume de ses Chronicles. De l’autre, il y a Nico. Muse sexy du grand mĂ©chant Lou et icĂŽne fantomatique du Chelsea Hotel. À elles seules, et selon deux pĂ©riodes bien distinctes, ces deux artistes, vont proposer deux visages relativement diffĂ©rents des annĂ©es 1960. Alors que sort Karen Dalton, le souvenir des montagnes chez Camion Blanc et Nico, femme fatale aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, on est allĂ© demander aux auteurs, Pierre Lemarchand et Serge FĂ©ray, ce qui pouvait bien rĂ©unir ces deux femmes, intransigeantes et singuliĂšres.

Noisey : Pourquoi avez-vous choisi de réaliser un livre spécialement sur Karen Dalton et Nico ?
Serge FĂ©ray : Il y a trente ans que j’écris sur Nico. J’ai toujours Ă©tĂ© frappĂ© par l’injustice du traitement qui lui est rĂ©servĂ© dans la presse rock, oĂč elle n’est prĂ©sentĂ©e la plupart du temps que comme la « chanteuse » du Velvet, alors qu’elle n’a enregistrĂ© que trois chansons avec le groupe de Lou Reed, et que sa discographie solo est bien plus originale, bien plus riche que ces trois titres. J’avais dĂ©jĂ  publiĂ©, de maniĂšre relativement confidentielle, un premier essai sur elle il y a vingt ans, et j’avais de nouvelles choses Ă  dire sur son Ɠuvre et sur sa vie.

Pierre Lemarchand : Pour ma part, c’est mon premier livre et celui-ci dĂ©coule directement de ma dĂ©couverte de la musique de Karen Dalton dans un article de StĂ©phane Deschamps dans les Inrocks. C’était au moment de la réédition de son premier album et je suis tombĂ© Ă  la renverse en entendant sa musique. Ce qui m’a trĂšs vite fascinĂ©, c’était que Karen Ă©tait une artiste mĂ©connue, voire inconnue, et la majoritĂ© des infos la concernant Ă©taient fausses. Ce cĂŽtĂ© mythique m’intriguait. Du coup, j’ai commencĂ© Ă  accumuler beaucoup de documentation, comme ça, sans m’en rendre compte. Je suis entrĂ© en contact avec des personnes qui lui avaient survĂ©cu et j’ai fini par comprendre que j’avais assez de matiĂšre pour en faire un livre.

Selon vous, qu’est-ce qui caractĂ©rise ces deux artistes ?
Pierre : Karen ne faisait pas du folk parce que c’était la mode au dĂ©but des annĂ©es 60. Elle faisait cela parce que c’était son langage premier, ce qu’elle a toujours connu. C’est aussi pour ça qu’elle quelques crises d’angoisse lorsqu’elle devait donner des concerts. Selon elle, ça gommer la spontanĂ©itĂ© et la sincĂ©ritĂ© d’une musique jouĂ©e dans une mĂȘme piĂšce par une petite communautĂ© de musiciens.

Serge : Ce qui caractĂ©rise Nico ? Artistiquement, une sensibilitĂ© unique, une vision qu’elle s’est donnĂ©e les moyens de transcrire en rejetant tout clichĂ©, se choisissant un instrument pratiquement inĂ©dit dans le rock, en inventant des mĂ©lodies conjuguant folklore et atonalitĂ©, pour chanter des poĂšmes cryptiques puisant leurs sources dans les romantismes allemand et anglais. Psychologiquement, une grande dĂ©tresse sublimĂ©e dans une attirance morbide pour l’abĂźme, pour ce que Michaux appelait la connaissance par les gouffres, une Todessehnsucht d’une intensitĂ© rare, qui l’a menĂ©e Ă  sa perte mais lui a permis de construire une Ɠuvre incomparable, dont nous n’avons pas fini d’explorer toute la richesse.

Retrouvez l’intĂ©gralitĂ© de cette interview croisĂ©e sur le site noisey.vice.com

Maxime Delcourt
Noisey-Vice 14 avril 2016

- Serge Féray en interview

Ellen Ichters s’entretient avec l’auteur Serge FĂ©ray au sujet de son livre “Nico. Femme Fatale” paru aux Ă©ditions Le mot et le reste.

Retrouvez le podcast de l’emission sur le site de Couleur 3

Ellen Ichters
Couleur 3 // pl3in le poste 07 avril 2016

- Nico. Femme fatale

Au moment oĂč la Philarmonia de Paris revient sur la carriĂšre du Velvet Underground, Serge FĂ©ray auquel nous devions dĂ©jĂ  Nico in Camera (1997) publie ce Nico Femme Fatale qui apparait dĂ©jĂ  comme la biographie ultime en langue française de Christa PĂ€ffgen. Celle qui se rĂ©vĂ©la au monde comme frontwoman du Velvet eut plusieurs vies dans lesquelles elle se rĂ©inventa chaque fois faisant trace souvent au pĂ©ril de sa vie. Que doit-on retenir du parcours de “la plus belle femme du monde” comme l’affirmait Andy Wahrol ? L’égĂ©rie collectionneuse d’hommes extraordinaires – sorte de Carla Bruni avant la lettre ! – vue aux bras de Dylan, Brian Jones, Morrison, Delon (dont elle aura un fils Ari que l’acteur ne reconnaitra jamais) ou Iggy Pop ; l’artiste underground qui, du Velvet Ă  ses derniers albums, proposa sans cesse une musique et des textes en dĂ©calage des modes et des tendances – des apparitions blanches du Velvet aux concerts liturgiques seule Ă  l’harmonium en passant par les prestations rock crĂ©pusculaires et droguĂ©es des derniĂšres annĂ©es ; le personnage extrĂȘme, blessĂ© dĂšs son plus jeune Ăąge par un viol, qui se qualifiait d’anarchiste nazi et ne cachait pas son rejet des Noirs (son violeur l’était
) vivant sous l’emprise de l’hĂ©roĂŻne qu’elle consommait avec son compagnon (le cinĂ©aste Philippe Garrel) et son propre fils l’obligeant Ă  tourner dans des conditions prĂ©caires pour satisfaire son addiction. Difficile de faire le tri tant la Chelsea Girl marqua chacune de ces postures. Le livre, Ă  l’instar des parutions de cette collection, parcourt la biographie de l’artiste en l’émaillant du dĂ©cryptage de ses albums (et de ses films moins indispensables
) qui se dĂ©couvrent sous la plume de FĂ©ray beaucoup plus importants que l’idĂ©e qu’on en garde. L’auteur ressuscite avec brio une artiste maudite, talentueuse, souvent dĂ©terminĂ©e mais fatale
 particuliĂšrement Ă  elle-mĂȘme.

Retrouvez cette chronique sur le site lesobsedestextuels.com

Les Obsédés Textuels 13 avril 2016

- Nico. Femme fatale

Le Velvet n’aurait sans doute pas Ă©tĂ© le mĂȘme sans la prĂ©sence de cette femme fatale, comme l’indique si justement le titre. La mode, le cinĂ©ma, la musique, les goths et Alain Delon non plus, assurĂ©ment. Nous avions dĂ©jĂ  eu un aperçu intime de la vie tragique de cette lĂ©gende Ă  travers l’autobiographie saisissante de son fils Ari (L’amour n’oublie jamais), il nous manquait un versant plus dĂ©sincarnĂ©, pour savoir ce qu’elle recelait vĂ©ritablement et pourquoi son parcours est passĂ© du glamour au sordide. C’est aujourd’hui chose faite grĂące Ă  Serge FĂ©ray, dont le style romanesque et empathique nous rapproche Ă  chaque page un peu plus de la femme fragile qu’était Nico. Il commence son rĂ©cit dans les rues de Berlin, lĂ  oĂč tout a commencĂ© et oĂč tout finira pour elle, qui aime tant « l’image de l’empire dĂ©chu » de son pays et de sa propre existence, cet autre champ de bataille. NĂ©anmoins, FĂ©ray rĂ©ussit Ă  se concentrer sur l’essentiel : l’art et l’hĂ©ritage de la chanteuse, sans jamais pencher du cĂŽtĂ© pathĂ©tique que la vie peut revĂȘtir par moments.

Retrouvez cette chronique sur le site silence-is-sexy.com

François Girodineau
Silence is sexy 6 avril 2016

- Nico. Femme fatale

Jean Rouzaud parle du livre de Serge Féray dans le Nova Club de David Blot.

Pour Ă©couter cette chronique, c’est Ă  partir de 8,50min en cliquant sur ce lien

Jean Rouzaud
Novaplanet.com 31 mars 2016

- Tout savoir sur le Velvet Underground

Un style un peu fleuri et une Ă©vidente fascination pour son sujet ne nuisent pas. Une toute nouvelle bio, trĂšs documentĂ©e, sur l’ex-mannequin allemande briĂšvement propulsĂ©e au sein du Velvet Underground, puis devenue musicienne culte, glaçante et fascinante. Une femme torturĂ©e, dont la vie est un sombre roman, dĂ©cĂ©dĂ©e en 1988 dans un accident de vĂ©lo Ă  Ibiza, l’üle dont elle Ă©tait tombĂ©e sous le charme dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1960.

Niveau de fan requis : 3/5
Retrouvez cette chronique sur le site de Ouest-France

Philippe Richard
Ouest-France 31 mar 2016

- L’univers du Velvet Underground à la Philarmonie de Paris

Plusieurs livres accompagnent le 50Ăšme anniversaire du cĂ©lĂšbre “album Ă  la banane”, qui suscite, au MusĂ©e de la Musique du 30 mars au 21 aoĂ»t, une exposition “immersive” retraçant le parcours du mythique groupe de rock amĂ©ricain, The Velvet Underground.

“Comment un groupe boudĂ© par le succĂšs durant sa brĂšve existence (1965-1970) s’est il progressivement rĂ©vĂ©lĂ© jusqu’à devenir la lĂ©gende rock par excellence ?” C’est Ă  cette question que se propose de rĂ©pondre l’exposition “The Velvet Underground – New York Extravaganza” qui s’ouvre mercredi 30 mars, et jusqu’au 21 aoĂ»t, Ă  la Philharmonie de Paris. Pour ce faire, le MusĂ©e de la Musique propose aux visiteurs un parcours en six Ă©tapes, autant chronologique que thĂ©matique, permettant d’apprĂ©hender l’univers d’un groupe mais aussi d’une Ă©poque. Une exposition immersive tant elle s’appuie sur de multiples supports : photos, musique, films, Ɠuvres d’artistes contemporains, archives tĂ©lĂ©visuelles, etc.

Pour accompagner cet Ă©vĂ©nement et pousser plus loin l’immersion, plusieurs livres permettent aux fans comme aux nĂ©ophytes d’apprĂ©hender les multiples facettes du groupe. Le trĂšs beau catalogue de l’exposition est une coĂ©dition La DĂ©couverte-Dominique CarrĂ©-Philharmonie de Paris, signĂ©e par ses deux commissaires, Christian Fevret et Carole Mirabello. En librairie depuis le 24 mars, il sera suivi d’une version album disponible le 14 avril.

Chez Actes Sud, avec The Velvet underground, Philippe Azoury et Joseph Ghosn, signent une histoire du groupe qui se mĂȘle Ă  celle du New York des annĂ©es 60, parue le 26 mars. C’est sur la personnalitĂ© d’une de ses figures emblĂ©matique que se concentre Philippe Margotin dans Lou Reed et le Velvet underground, un beau livre richement illustrĂ© prĂ©vu le 20 mai chez Chronique.

Deux ouvrages ont par ailleurs Ă©tĂ© consacrĂ©s au groupe par les Ă©ditions Le Mot et le reste : la réédition, en novembre 2015, de White light, white heat : le Velvet Underground au jour le jour de Richie Unterberger, biographie parue initialement en 2012 mais Ă©puisĂ©e depuis lors ; et Nico : femme fatale, en librairie depuis le 19 fĂ©vrier, un portrait de la chanteuse du Velvet Underground que l’auteur, Serge FĂ©ray, a plusieurs fois rencontrĂ© avant sa mort.

Retrouvez cet article sur le site Livreshebdo.fr

Pauline Leduc
Livreshebdo.fr 29 mars 2016

- Livre du mois

L’équipe de Easy Rider vous parle de bandes-dessinĂ©es, de biĂšre et de livres dont celui de Serge FĂ©ray.

À réécouter ICI

Olivier Valerio
Radio P.FM // Easy Rider 13 mars 2016

- Nico, inusable icĂŽne

Dans une biographie dĂ©taillĂ©e et analytique, Serge FĂ©ray nous raconte les scintillements et les ombres de Christa PĂ€ffgen, la future NICO, enfant de la guerre, top model en Allemagne, future Star de l’Underground


Son aura , son physique de Valkyrie va d’abord attirer l’Ɠil en Europe. Federico Fellini lui demande de jouer dans sa Dolce vita, Paris lui offre un autre film et un essai de disque, Gainsbourg la croise
 C’est Nico Papatakis* qui la baptise de son prĂ©nom, Brian Jones (Stones) et Andrew Loog Oldham la produisent sur vinyle.

L’AmĂ©rique va la rĂ©vĂ©ler, Bob Dylan va l’inspirer, Jim Morrisson l’aimer, puis Iggy Pop et les Stooges l’auront pour groupie
( on raconte qu’elle tricotait pendant les sessions de Raw Power). Andy Warhol en fait la star de la Factory, puis la chanteuse du Velvet Underground. Un tourbillon ascensionnel !

MalgrĂ© ces succĂšs rĂ©pĂ©tĂ©s, dĂ©jĂ  son originalitĂ©, son indĂ©pendance et ses exigences la conduisent ailleurs. LassĂ© de l’AmĂ©rique et du rock, elle ne gardera que JOHNCALE , le gallois du Velvet, fĂ©ru comme elle de musique savante, orientale et mĂ©diĂ©vale ! Il va contribuer Ă  faire d’elle l’auteur et interprĂšte d’une Ɠuvre musicale Ă  part.

Elle Ă©tait partout Ă  la fois, et ou il fallait ĂȘtre dans la Jet Set Pop des sixties et chaque fois les stars flashaient sur elle. (Elle aura un enfant de Alain Delon, Ari, qu’il ne reconnaitra pas).

À l’aube des annĂ©es 1970 elle a 30 ans, et elle engendre dĂ©jĂ  un culte. Philippe Garrel, – comme Warhol avec Chelsea Girls ou _Imitation of Christ_–, ne va cesser de la filmer. Des heures de pellicule ou elle ne joue qu’elle-mĂȘme.

Avec Garrel , La Cicatrice intĂ©rieure_, Le Berceau de cristal sont des odes Ă  sa prĂ©sence, filmĂ©s dans des dĂ©serts ou des bouts du monde, vĂ©ritable trips d’acide esthĂ©tisants, accompagnĂ©s par sa voix grave de Diva germanique


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Jean Rouzaud
Novaplanet 14 mars 2016

- Litt List : 10 histoires de style

Blonde, puis rousse, parfois brune. Peu loquace, Ă©lancĂ©e, le visage parfait et la voix grave. Un regard triste, lointain
 Personne n’a pu oublier l’actrice et chanteuse allemande, qui a irradiĂ© des films comme La dolce vita, et, surtout, fait du premier album du Velvet Underground, le fameux “à la banane” un concentrĂ© de sensualitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e et vĂ©nĂ©neuse. Elle est nĂ©e Christa PĂ€ffgen le 16 octobre 1938. Issu d’une famille aisĂ©e de Cologne, son pĂšre divorce de sa mĂšre avant son arrivĂ©e afin de mettre court Ă  la mĂ©salliance
 Le dĂ©but d’une longue sĂ©rie de dĂ©ceptions. Trente ans plus tard, c’est la reine de la scĂšne arty de New York, la chouchoute d’Andy Warhol. Parmi ses amants : Bob Dylan, Jim Morrison, Lou Reed, Philippe Garrel ou Alain Delon, qui ne reconnaĂźtra jamais leur fils Ari. En juillet, elle meurt d’une insolation Ă  Ibiza. Avec cette biographie prĂ©cise et passionnante, Serge Feray nous fait aimer plus encore cette “Femme Fatale”.

Retrouvez la liste proposée par Sophie Rosemont sur le site de Glamour

Sophie Rosemont
Glamour.fr 1 mars 2016