King Crimson - Nouvelle édition
Lâouvrage de rĂ©fĂ©rence sur King Crimson, lâinventeur du rock-progressif.
Plus quâun groupe ou quâun style musical, King Crimson est un Ă©tat dâesprit. Câest en tout cas ce quâaffirme sa figure emblĂ©matique, le guitariste et compositeur Robert Fripp. Une vision artistique qui transcenderait les individualitĂ©s pourtant fortes (Ian McDonald, Greg Lake, Michael Giles, Mel Collins, John Wetton, Bill Bruford, Adrian Belew et Tony Levin) rĂ©unies sous cette dĂ©nomination, justifiant ses multiples rĂ©incarnations et son Ă©volution musicale au long dâune carriĂšre qui sâest Ă©tendue sur cinq dĂ©cennies. King Crimson reste considĂ©rĂ© comme une formation rĂ©fĂ©rentielle bien au-delĂ du cĂ©nacle des amateurs de rock progressif, dont il est historiquement lâinventeur mais avec lequel il entretient des rapports ambigus. Sâil en prĂ©sente certains des traits caractĂ©ristiques â prĂ©dilection pour lâexpression instrumentale, propension Ă la complexitĂ© harmonique et rythmique â, il nâen demeure pas moins en marge de toute classification limitative. Exemplaire par son intĂ©gritĂ© et sa singularitĂ©, lâĆuvre de King Crimson â treize albums studio objets dâune sĂ©rie de rééditions unanimement saluĂ©e comme un modĂšle du genre, mais aussi une discographie live plĂ©thorique â mĂ©rite plus que jamais dâĂȘtre (re)dĂ©couverte.
Revue de presse
- King Crimson Michel Nicolas Prog-Résiste #80 2e trimestre 2015
- King Crimson Patrick Beaumont La Gazette Nord-Pas de Calais 27 novembre 2012
- King Crimson Denis Desassis CITIZEN JAZZ 5 novembre 2011
- King Crimson Charles Dunajewski ARTPRESS n°393 Octobre 2012
King Crimson JérÎme Pintoux JUKEBOX Octobre 2012
- King Crimson Phaco LE BLOG DE PHACO Septembre 2012
- Rockoscopie spéciale King Crimson David Taugis Judaïques FM 8 juillet 2012
- L'aventure King Crimson, ou par-delĂ le rock progressif Thomas Dreneau ARES Juillet 2012
âLâauteur dĂ©cortique toutes les plages de tous les albums du groupe, peu importe les pĂ©riodes, de maniĂšre chirurgicale. LâidĂ©al est dâĂ©couter un album tout en lisant ces considĂ©rations. [âŠ]Dans lâimmĂ©diat, lisez cette mine dâinfos, ce remarquable travail de recherches, illustrĂ© par toutes les pochettes et Ă©coutez un album en lisant ce quâAymeric Leroy en pense. Ce sera une belle expĂ©rience.â
Dans le cadre du festival Prog-RĂ©siste, le magazine du mĂȘme nom chronique quatre de nos ouvrages qui reviennent sur ce genre musical.
Ă RETROUVER EN INTĂGRALITĂICI :
Plus quâun groupe, King Crimson est un Ă©tat dâesprit selon sa figure emblĂ©matique, le guitariste et compositeur Robert Fripp. [âŠ] King Crimson reste considĂ©rĂ© comme une formation rĂ©fĂ©rentielle bien au-delĂ du cĂ©nacle des amateurs de rock progressif. Objet rĂ©cemment dâune sĂ©rie de rééditions saluĂ©es comme un modĂšle du genre, lâoeuvre de King Crimson mĂ©rite plus que jamais dâĂȘtre (re)dĂ©couverte. Câest tout lâobjet de cet ouvrage qui, en apportant un prĂ©cieux Ă©clairage biographique, se veut surtout lâexploration, passionnante et prĂ©cise, du propos musical et littĂ©raire de King Crimson, de ses treize albums studio, et de sa discographie livre particuliĂšrement fournie.
AprĂšs Pink Floyd, plongĂ©e dans lâĆuvre dâun groupe paradoxal et Rock progressif, King Crimson est le troisiĂšme livre Ă©crit par Aymeric Leroy pour le compte de lâĂ©diteur marseillais Le Mot et le Reste. On peut faire confiance Ă lâauteur pour nous proposer une approche captivante de ce groupe anglais dont lâidentitĂ© progressive a Ă©tĂ© incarnĂ©e durant plus de quarante ans (de 1969 Ă 2003, pour la discographie) par la personnalitĂ© plutĂŽt austĂšre de son leader Robert Fripp ; mais une identitĂ© Ă©galement forgĂ©e par une volontĂ© de renouvellement fonctionnant par cycles, avec notamment pour consĂ©quence de frĂ©quents changements de personnel.
Voici donc un ouvrage Ă la fois savant et pĂ©dagogique, reflet fidĂšle de la luciditĂ© et de la mĂ©ticulositĂ© presque clinique dâun expert en la matiĂšre [1]. Aymeric Leroy sait toujours prendre du recul, faire la part des choses et Ă©viter le piĂšge de lâhagiographie finalement peu instructive. Son livre, fruit dâun travail dâanalyse rigoureux, presque austĂšre, sâappuie sur les Ă©vĂ©nements qui ont jalonnĂ© lâhistoire du groupe ainsi que sur un grand nombre dâinterviews ; lâauteur y superpose ses observations personnelles, Ă caractĂšre musicologique. Le rĂ©sultat est un ouvrage de rĂ©fĂ©rence quâon recommandera Ă tous : les connaisseurs entendront la musique au fil des descriptions, les autres auront envie dâĂ©couter. Tous seront Ă©galement heureux de mieux comprendre le sens cachĂ© des premiers textes de Peter Sinfield, observations du monde contemporain parfois revĂȘtues dâatours mĂ©diĂ©vaux.
Impossible de rĂ©sumer lâhistoire de King Crimson en quelques lignes. Dans une remarquable introduction (suivra une narration trĂšs documentĂ©e de lâhistoire de cet Ă©nigmatique groupe anglais Ă partir de sa discographie [2], que lâauteur dissĂšque Ă la façon dâun entomologiste), Aymeric Leroy livre les clĂ©s dâune formation quâon a peut-ĂȘtre un peu vite cataloguĂ©e dans la mouvance du rock progressif, probablement parce que lâesthĂ©tique de sa premiĂšre mouture, celle du lĂ©gendaire album In The Court Of The Crimson King, y incitait beaucoup.
En rĂ©alitĂ©, si King Crimson est bien un des pionniers de ce courant, il en a toujours Ă©vitĂ© certains travers. Il ne ne sombrera jamais, par exemple, dans la prĂ©ciositĂ© nĂ©o-rhapsodique clinquante façon Emerson, Lake & Palmer, ni dans la théùtralisation excessive de Genesis, mais portera un regard plus grinçant sur le monde en recourant souvent Ă des couleurs moins consensuelles, voire Ă la dissonance. Au cours de son histoire, King Crimson partagera avec le rock progressif une certaine complexitĂ© dans lâĂ©laboration des compositions et un indĂ©niable raffinement rythmique, mais se dĂ©tachera de ses codes par un besoin rĂ©current de minimalisme, par de longues sĂ©quences dâimprovisations, lâutilisation de technologies de pointe et, petit Ă petit, la suppression des passerelles vers le classique ou le jazz.
AprĂšs un premier cycle Ă caractĂšre collectif (oĂč Ian McDonald et le parolier Peter Sinfield occupaient une place de premier plan) lâidĂ©e se fait rapidement jour dâune musique qui doit dĂ©passer ses interprĂštes et ses crĂ©ateurs et oĂč Robert Fripp, dĂ©sormais maĂźtre Ă bord, exerce avant tout une espĂšce de contrĂŽle qualitĂ©. En 1973 paraĂźt Larksâ Tongues In Aspic, quâAymeric Leroy dĂ©finit Ă juste titre comme « le symbole de lâĂ©ternel crimsonien ». Un acte de naissance pour Fripp en tant que compositeur. Refusant toutes les compromissions Ă caractĂšre commercial (piĂšge dont Yes ou Genesis furent en leur temps les victimes consentantes), il nâhĂ©sitera pas Ă saborder plusieurs fois King Crimson pendant pour de longues pĂ©riodes ; le guitariste est habitĂ© par une exigence de renouvellement constant, tout en cherchant Ă perpĂ©tuer lâesthĂ©tique de la pĂ©riode (souvent considĂ©rĂ©e comme la plus fascinante) 1973-1974, qui se sâachĂšvera avec Red, album de feu sombre et urgent, dont lâultime sĂ©quence, « Starless », est Ă elle seule un fulgurant condensĂ© des cinq annĂ©es passĂ©es.
Lâhistoire de King Crimson est donc marquĂ©e par des Ă©clipses parfois prolongĂ©es et dâimportants changements de personnel. Citons entre autres le batteur Bill Bruford, prĂ©sent de 1973 Ă 1997, soit une « durabilitĂ© » exceptionnelle ! En schĂ©matisant, on peut parler dâune premiĂšre Ă©poque « symphonique » de 1969 Ă 1972, puis dâune « Ă©lectrique » de 1973 Ă 1974 avant la dissolution du groupe, brutale et prĂ©sentĂ©e comme dĂ©finitive ; sept ans plus tard, King Crimson revient pourtant avec Discipline, un album majeur, pour une troisiĂšme pĂ©riode de trois ans et une identitĂ© plus amĂ©ricaine du fait de la prĂ©sence de Tony Levin Ă la basse et surtout du guitariste-chanteur Adrian Belew, promu au rang de contrepoids crĂ©atif (et ce jusquâĂ la fin). Suivirent dâautres Ă©clipses, dâautres expĂ©riences, celles des Projeckts, des doubles trios et leurs soundscapes (enfants naturels des « frippertronics » des annĂ©es 70 et 80), avant un ultime retour Ă lâaube des annĂ©es 2000. Puis, silence discographique depuis 2003 et lâalbum The Power To Believe.
OriginalitĂ©, Ă©lectricitĂ©, modernitĂ©, radicalitĂ©, intĂ©grité⊠quelques mots pour cerner les contours complexes de la « crimsonicitĂ© » ! Avec ce livre, Aymeric Leroy nous offre un Ă©clairage prĂ©cieux sur une page assez fascinante de lâhistoire rĂ©cente de la musique. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, le mĂȘme Leroy a assurĂ© la traduction, toujours aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, de Bill Bruford, lâautobiographie, un livre trĂšs attendu de la part dâun musicien dont on a Ă©voquĂ© un peu plus haut la trĂšs longue contribution Ă lâhistoire de King Crimson. Bruford raconte donc sa vie et ses expĂ©riences. Crimson bien sĂ»r, mais aussi Yes, Genesis, UK, Earthworks. Une histoire qui part de son enfance et nous fait dĂ©couvrir un vrai travailleur de la musique, dont lâhumour so British nâest pas le moindre des attraits. Un texte alerte (et fort bien traduit, soulignons-le), construit comme autant de rĂ©ponses aux questions « bateau » quâil sâest vu infliger Ă partir du jour oĂč il a choisi ce mode de vie ; un livre quâon dĂ©vore parce quâil nous plonge au cĆur de son quotidien et de ses questionnements, ceux dâun artiste lucide qui peut parfois avoir la dent dure mais nâest jamais pris en dĂ©faut de sĂ©rieux dans la conduite de ses projets. MĂȘme lorsquâil doit se battre contre les dĂ©faillances inopinĂ©es de sa batterie Ă©lectronique ! Bruford, ne lâoublions pas, est un des plus passionnants percussionnistes des quatre derniĂšres dĂ©cennies. Il sâen faudrait de peu que, tout comme lui, on soit saisi par le besoin irrĂ©pressible de se procurer un coussin dâexercice pour sâentraĂźner chez soi Ă jouer les apprentis batteurs⊠Son autobiographie, passionnante, est un vrai plaisir de lecture.
Analysant album par album les quarante annĂ©es de ce groupe mythique menĂ© par le charismatique guitariste et compositeur Robert Fripp, lâouvrage fourmille dâinformations inĂ©dites et de truculentes anecdotes. Ces inventeurs du rock progressif enregistreront pour le meilleur (avec lâapport de Greg Lake, dâEmerson, Lake & Palmer, la maĂźtrise du Mellotron, les concerts lĂ©gendairesâŠ) et pour le pire (les consĂ©quences des multiples sĂ©parations), treize albums saluĂ©s par des critiques et des fans du monde entier. Câest sur scĂšne, cependant, que King Crimson fera la dĂ©monstration Ă©tonnante de sa maĂźtrise de lâharmonie et du rythme.
Lâauteur pousse lâanalyse dans les moindres dĂ©tails, faisant apparaĂźtre la philosophie crimsonienne Ă travers les textes du parolier Peter Sinfield, Ă qui le groupe doit sa qualitĂ© littĂ©raire. Ăchappant au conformisme commercial, le groupe nâa jamais cessĂ© de suivre sa propre voie, sacrifiant musiciens, prĂ©sence scĂ©nique (durant dix-sept ans), son propre label (EG)⊠pour se reformer de nombreuses fois â et former ainsi sa propre lĂ©gende. King Crimson nâa pas subi les modes, au contraire: sa discographie est comme un long regard portĂ© sur notre civilisation, rĂ©flĂ©chissant ses contradictions, ses noirceurs et ses espoirs. Visions notamment traduites par les accords inĂ©galĂ©s et les mĂ©morables improvisations, tantĂŽt agressives, tantĂŽt romantiques, de Robert Fripp.
Du concert Ă Hyde Park le 5 juillet 1969 Ă leur derniĂšre tournĂ©e en 2008, King Crimson est un groupe phare dans lâhistoire du rock ; nombreux sont ceux qui sâen sont inspirĂ©s (parmi lesquels Nirvana). Ce livre est une rĂ©ussite et Aymeric Leroy nous permet ainsi de (re)dĂ©couvrir un aspect trĂšs important de la culture rock.
MalgrĂ© son horrible pochette de dĂ©cor de fĂȘte foraine ou de toile de saltimbanque, le premier King Crimson, en 1969, il y a quarante-trois ans, sâĂ©tait imposĂ© dĂšs sa sortie comme une des pierres de touche du Rock Prog. Le groupe Ă©tait devenu dâemblĂ©e le challenger du Pink Floyd dans les voies hasardeuses de la recherche des sonoritĂ©s. Si le nom du groupe avec son roi pourpre ou cramoisi et le titre In the Court of the Crimson King relevaient de lâheroic fantasy, dâautres morceaux sâinscrivaient plus nettement dans le courant SF angoissant (« 21st Century Schizoid Man ») ou dans la poĂ©sie bucolique et visionnaire : « I Talk to the Wind », un titre Ă la Donovan. CâĂ©tait Greg Lake qui chantait le mĂ©lancolique « I Talk to the Wind ». Il devait quitter le groupe dĂšs la fin 1970 pour fonder Emerson Lake & Palmer. La pochette du troisiĂšme album (Lizard, en 1970) nous emmenait dans un monde moyenĂągeux et celle du second album (In The Wake Of Poseidon) revisitait les dieux de lâAntiquitĂ©. Mais la grande rĂ©ussite de Robert Fripp, le guitariste et lâĂąme de King Crimson, câest peut-ĂȘtre sa participation au « Heroes » de David Bowie, en 1977, avec sa guitare lancinante, sinueuse, entĂȘtante. We can be heroes just for one day. Un ouvrage sĂ©rieux, bien fait, un peu austĂšre.
King Crimson ? Depuis prĂšs de quatre dĂ©cennies, le groupe anglais â et sa figure de proue Robert Fripp (claviers-guitares-Ă©lectronique) â sĂ©duit internationalement par ses performances musicales. Pourtant, cette formation, dont son leader affirme quâelle est davantage un Ă©tat dâesprit quâun groupe ou un style musical, reste mĂ©connue sur le plan discographique. Sans doute, la musique du Roi Pourpre peut dĂ©stabiliser : climat harmonique trĂšs sombre, virtuositĂ© dĂ©concertante, perfectionnisme pas vraiment grand public. Lâexcellent ouvrage dâAymeric Leroy, auteur de Rock progressif et Pink Floyd, plongĂ©e dans lâĆuvre dâun groupe paradoxal, nous fait dĂ©couvrir Ă travers 13 albums studio/Ă©tapes toute la saveur du King CrimsonâŠ
« Quoi de commun entre le premier album du groupe, In The Court Of The Crimson King (1969), et son dernier, The Power To Believe (2003) ? Pas grand-chose assurĂ©ment », avertit dâemblĂ©e Aymeric Leroy. Au-delĂ de ses changements de styles et de musiciens, King Crimson intrigue par son approche musicale, que lâon pourrait classer en simplifiant entre rock, classique et jazz fusion. Tout le mĂ©rite du livre de Leroy est de faire ressortir lâaspect fonciĂšrement contradictoire de Crimson, grand amateur de textes mĂ©taphysiques parfois redondants, reconnaissable par ses dissonances sonores, gĂ©niales ou assommantes (!) et sa prĂ©dilection pour lâexpression instrumentale. Lâauteur de ce King Crimson explore donc, de façon exhaustive, les spasmes crĂ©atifs de ce groupe rĂ©fĂ©rentiel, plongeant dans les moindres recoins du grenier crimsonien, si riche en genres : chansons au format court, instrumentaux, piĂšces expĂ©rimentales, semi-improvisations, mĂ©lodies pop ou free jazzâŠ
King Crimson Ă©merge Ă la fin des sixties â son premier disque est souvent considĂ©rĂ© par les spĂ©cialistes comme le premier disque de rock progressif ! En effet, lâĂ©poque est friande de pop symphonique, de rock Ă©lectrique et dâexpĂ©rimentations jazz. (Et il est intĂ©ressant de signaler que bon nombre de musiciens ayant intĂ©grĂ© King Crimson â Ian Mc Donald, Greg Lake, Mel Collins, Adrian Belew, Tony Levin, John Wetton, Bill Bruford, Boz Burrel⊠â rejoindront dâautres formations de premier plan comme Yes, ELP, Bad Company, Steely Dan, Frank Zappa, David Bowie, Peter Gabriel Band, Asia, UK ou Talking Heads.) Le climat musical saturnien de King Crimson, Ă©loignĂ© de lâhumanisme naĂŻf dâun Yes, des charmantes circonvolutions symphoniques dâun Genesis ou des lunatiques expĂ©rimentations pop dâun ELP sâaligne plutĂŽt du cĂŽtĂ© dâun Magma ou dâun Van Der Graaf Generator. Le bassiste Tony Levin et le guitariste Adrian Belew contribueront Ă apporter un nouveau souffle au groupe. Les riffs primitivistes de Belew aux rĂ©sonnances pop ainsi que de percutantes sonoritĂ©s Ă©lectroniques viennent se mĂȘler astucieusement au jeu introspectif de Fripp. Egalement, Leroy se penche sur la riche carriĂšre solo de Fripp.
Ouvrage trĂšs documentĂ©, ce King Crimson donne envie de redĂ©couvrir cette formation aux sonoritĂ©s Ă©tranges, qui, bien au-delĂ du courant prog rock dont elle est issue, constitue depuis prĂšs dâun demi-siĂšcle une influence majeure chez bon nombre de musiciens.
Dimanche 8 juillet, Aymeric Leroy Ă©tait lâinvitĂ© de lâĂ©mission radio Rockoscopie pour une spĂ©ciale King Crimson.
Emission à réécouter ICI
Auteur dĂ©jĂ dâun ouvrage incontournable sur le rock progressif, Aymeric Leroy rĂ©cidive en quelque sorte, du fait que ce dernier consacre son dernier livre sur le groupe mythique des annĂ©es 1970, King Crimson. Le travail de lâauteur est dâautant plus impressionnant quâil maĂźtrise le langage musical auquel il fait Ă maintes reprises rĂ©fĂ©rence. Dâautre part, Leroy prouve son intĂ©rĂȘt pour lâĆuvre de la formation du guitariste Robert Fripp ; sans tomber â toutefois â dans lâĂ©loge dĂ©pourvu de la moindre rĂ©serve. Jâajoute, enfin, que le livre Ă©chappe Ă toute rĂ©pĂ©tition en ce qui concerne le prĂ©cĂ©dent Rock progressif (2010) ; de mĂȘme que Leroy se permet dâanalyser, de maniĂšre exhaustive, aussi bien les disques rĂ©alisĂ©s en studio que lâimportante somme archivistique relativement aux expĂ©riences live qui sâĂ©tendent de 1969 Ă 2003.
AprĂšs une introduction brossant en plusieurs pages une analyse globale de la carriĂšre musicale de King Crimson, le livre traite des dĂ©buts modestes de Robert Fripp, lequel joue notamment avec les frĂšres Giles au sein de Giles Giles & Fripp. Puis, la rencontre avec le multi-instrumentiste Ian McDonald va vĂ©ritablement changer le destin du guitariste ; et aboutir Ă la premiĂšre mouture de King Crimson composĂ©e de Greg Lake (basse et chant), de Ian McDonald (Mellotron, etc.), de Michael Giles (batterie), de Peter Sinfield (Paroles) et, bien entendu, de Robert Fripp. La rĂ©ussite du premier album de la formation intitulĂ© In the court of the crimson king (1969) demeure sans lendemain, mĂȘme si celui-ci est lâacte de naissance du rock progressif et a exercĂ©, partant, une influence considĂ©rable sur des groupes comme Yes ou Genesis. Outre le dĂ©part de McDonald, Lake qui chante si juste sur cet album ira ainsi rejoindre le claviĂ©riste Keith Emerson et le batteur Carl Palmer pour fonder Emerson, Lake & Palmer.
Seul maĂźtre Ă bord, Robert Fripp devra toutefois composer avec le parolier Peter Sinfield durant trois albums, soit In the wake of Poseidon (1970), Lizard (1970), et surtout lâimpressionnant Islands (1971). Si cette pĂ©riode mĂ©rite donc plus dâattention que pourrait le faire croire une simple recherche de maturitĂ© chez Fripp, il nâen demeure pas moins vrai que les disques suivants, Larksâ tongues in aspic (1973), Starless and bible black (1974) et Red (1974), symbolisent sans conteste lâapogĂ©e du groupe, puisque Fripp peut compter sur lâancien batteur de Yes, Bill Bruford, et un bassiste vraiment talentueux, John Wetton. Or, câest au moment oĂč le groupe paraĂźt proche de remporter la consĂ©cration que Fripp dĂ©cide de mettre fin Ă lâexpĂ©rience.
La mise entre parenthĂšses de King Crimson dure pas moins de sept ans et permet une remise en question radicale, comme le prouve le trĂšs rĂ©ussi Discipline (1981). Dâun autre cĂŽtĂ©, Fripp accueille un Ă©lĂ©ment de poids en la personne du guitariste et chanteur Adrian Belew. Ce dernier, malgrĂ© quelques tensions au moment de la rĂ©alisation de Beat (1982), ou encore de Three of a perfect pair (1984), poursuivra nĂ©anmoins lâexpĂ©rience avec Fripp â jusquâau dernier album en date, The power to believe (2003).
The power to believe rĂ©vĂšle sans doute une certaine stagnation dans la production discographique du groupe, ainsi que le reconnaĂźt explicitement Leroy, mais nâen dĂ©montre pas moins le chemin parcouru depuis In the court of the crimson king. Ainsi, bien que Fripp renoue â finalement â avec le langage propre aux annĂ©es soixante-dix, lâalbum The construkction of light (2000) peut ĂȘtre considĂ©rĂ©, par exemple, comme une Ćuvre Ă la fois futuriste et complexe. Ă tel point que, contrairement Ă Leroy qui reproche Ă cette derniĂšre son caractĂšre artificiel, voire dĂ©sincarnĂ©, je vois en elle lâune des crĂ©ations majeures de la formation.
En rĂ©sumĂ©, sâil est permis dâaccepter plus ou moins les jugements de lâauteur, King Crimson reste un ouvrage autant sĂ©rieux que documentĂ© sur un groupe qui a participĂ© Ă la plupart des grandes innovations traversant lâhistoire du rock. De telle sorte que ce livre est sans conteste indispensable pour mieux constater que la « musique populaire » ne peut se limiter Ă sa seule immĂ©diatetĂ© auditive â comme le veut une tradition dĂ©fendue encore par nombre de critiques et de journalistes.