ISBN : 9782360542260
432 pages (14,8 x 21 cm)
I'm with the Band
Confessions d'une groupie
Pamela Des Barres ne sâest pas seulement offert des parties de jambes en lâair avec des rockstars, elle est devenue elle-mĂȘme une icĂŽne. Trente ans aprĂšs leur premiĂšre publication, ses confessions nâont pas pris une ride. Rockânâroll forever.
AnaĂŻs Orieul â Terra Femina
Traduit de lâamĂ©ricain par Julia Dorner
IntĂ©grĂ©e dans le milieu rock de Los Angeles par Captain Beefheart quâelle rencontre alors quâelle est encore au lycĂ©e, Pamela va trĂšs vite se faire une place dans ce petit monde. Dâabord en tant que fan prĂȘte Ă tout pour attirer le regards des rockstars puis en montant elle aussi sur scĂšne aux cĂŽtĂ©s des GTOâs â groupe de rock composĂ© uniquement de groupies et chaperonnĂ© par Frank Zappa â et finalement en devenant lâamante et la muse de rockers aussi dĂ©pravĂ©s quâĂ©goĂŻstes. Sans mĂ©lancolie mais plutĂŽt avec humour et autodĂ©rision, Pamela Des Barres partage ses souvenirs, ses amitiĂ©s, ses joies et ses dĂ©sillusions, ses parties de jambes en lâair, ses dĂ©fonces avec en fond sonore les chefs-dâoeuvre du rock des annĂ©es soixante. Dans cette autobiographie, se cĂŽtoient lâinsouciante jeune fille assoiffĂ©e de nouvelles expĂ©riences et la femme qui sâest construite par lâaffirmation de ses libertĂ©s ; deux facettes qui font dâelle aujourdâhui une pionniĂšre de la libĂ©ration sexuelle et du fĂ©minisme dĂ©complexĂ©.
Revue de presse
- Les livres Xavier Bonnet Rolling Stones janvier-février 2017
- Coup de cĆur Paul Muselet Clutch dĂ©cembre 2016
- Let's roll AgnÚs Léglise Rock&Folk décembre 2016
- Interview Pamela Des Barres - Rencontre avec Nine Antico Pascaline Potdevin Grazia 1 décembre 2016
- Partenaire particuliÚre Thibaut Allemand Let's Motiv décembre 2016
- Portrait : Pamela Des Barres : ex-femme des 60's Olivier Lamm Libération 5 décembre 2016
- La marque-page Sophie Rosemont Stylist 29 septembre 2016
- "I'm With The Band" : les mémoires savoureuses de la groupie la plus cool des 60's Anaïs Orieul Terra Femina 30 septembre 2016
Adolescente miĂšvre dans la Californie des annĂ©es soixante, Pamela Des Barres met le pied dans la porte des backstages, et passera la dĂ©cennie suivante Ă se faire bringuebaler, et souvent balader, par les icĂŽnes rocks de lâĂ©poque (Jim Morrison, Jagger, McCartney, Keith Moon). Son rĂ©cit trouve lâĂ©quilibre entre la candeur renversante des extraits de ses journaux intimes, et une narration au prĂ©sent jamais avare en anecdotes, posĂ©e et pleine dâautodĂ©rision. Au-delĂ de la plongĂ©e dans lâintimitĂ© de ces rockeurs souvent pathĂ©tiques auxquels elle pardonne beaucoup, Des Barres retrace Ă©galement son aventure musicale au sein des GTOâs de Frank Zappa. Câest son Ă©mancipation et la construction de son identitĂ© de jeune femme que Des Barres raconte
en creux, tout en tĂ©moignant dâun monde qui nâexiste plus vraiment, une AmĂ©rique entre deux eaux (lâexplosion hĂ©doniste du microcosme du rock dans une sociĂ©tĂ© toujours trĂšs conservatrice). Fraichement trentenaire, ce rĂ©cit autobiographique mĂ©rite dĂ©finitivement mieux que son malheureux sous-titre.
Groupie dimension
PrĂ©facĂ© par Dave Navarro, ce rĂ©cit mythique narre les Ă©mois des rockstars via les groupies californiennes Ă lâĂ©poque oĂč sexe et drogue nâĂ©taient pas mortels. Il sâagit donc du âpremier livre de son genre oĂč le sexe est Ă©voquĂ© avec autant de joie, si peu de peur et si ouvertement par une femmeâ dixit le guitariste des Janeâs Addiction et des Red Hot. DĂ©cadent? Mieux que ça. Indispensable.
Les Ă©ditions Le mot et le reste se font plaisir en rééditant un des ouvrages cultes de la littĂ©rature rock ! Entre archives et tĂ©moignage, Iâm With the Band raconte la montĂ©e en puissance du rock, et lâimpressionnant phĂ©nomĂšne de starification de ses reprĂ©sentants Ă travers les aventures dĂ©bridĂ©es de la cĂ©lĂšbre groupie Pamela Des Barres (membre du GTO chaperonnĂ© par Zappa.) ChargĂ© en pĂ©pites, le livre dĂ©passe le dĂ©ballage sexuel en replaçant dans son contexte lâhistoire dâune jeune californienne sans histoires ayant vĂ©cu les grandes heures du rockânâroll comme une gigantesque rĂ©crĂ©ation.
Aussi vieilles sans doute que la musique mĂȘme, le grand Liszt dĂ©jĂ en subissait les assauts Ă©namourĂ©s, les groupies enchantent les musiciens et leurs silhouettes lĂ©gĂšres illuminent les backstage rock depuis la naissance du genre (et font beaucoup pour son attractivitĂ© parmi les jeunes musiciens). Certaines ont dĂ©jĂ marquĂ© lâhistoire du rock, comme Sable Starr, Cynthia Plaster Caster la mouleuse dâengin Ă chaud ou la grande Pamela Des Barres dont lâĂ©norme tableau de chasse est cĂ©lĂ©brĂ© dans ses fameux mĂ©moires âIâm With The Bandâ justement rééditĂ©
ces jours-ci. Pour celles-ci, le marchĂ© Ă©tait clair, elles Ă©talent jolies, parfois nunuches, hippies Ă une Ă©poque oĂč ça rimait avec libĂ©ration sexuelle, adoraient la musique, en idolĂątraient les stars et trouvaient absolument normal de passer, voire dâĂȘtre passĂ©es, de lâun Ă lâautre en rĂ©compense des bons moments de musiques et de rockânâroll way of Iife. Le livre de Des Barres est un festival de name dropping rock inĂ©galĂ©, entre ses nombreux amants prestigieux, Jlmmy Page, Mick Jagger, Keith Moon, ses potes tout aussi cĂ©lĂšbres, Jim Morrison, Frank Zappa ou Robert Plant sans quâil nây ait jamais aucun doute sur le fait quâelle sâamuse autant quâeux et quâils partagent rĂ©ellement ses histoires ou ses amitiĂ©s.
Fans, je vous aime
Groupie ultime, Pamela Des Barres a aimĂ© sans partage la musique et les hommes. Son autobiographie, Iâm With the Band, a inspirĂ© Ă la dessinatrice Nine Antico sa BD Autel California. Elles se sont rencontrĂ©es Ă Paris, pour Grazia.
Nous sommes le 10 novembre 2016, au surlendemain de lâĂ©lection prĂ©sidentielle amĂ©ricaine. Dans un hĂŽtel parisien, lâAmĂ©ricaine Pamela Des Barres frissonne en apercevant le mot âTrumpocalypseâ en une de LibĂ©ration. âCette Ă©lection, câest effrayantâ, murmure la Californienne de 68 ans, groupie culte, pur produit des radieuses sixties. Un destin retracĂ© dans Iâm With the Band, autobiographie publiĂ©e en 1987 et rééditĂ©e ce mois-ci : elle y raconte ses amours avec Mick Jagger, Jimmy Page ou Keith Moon, revendiquĂ©s davantage comme le prolongement dâune passion viscĂ©rale pour le rock et le plaisir quâune fascination pour la cĂ©lĂ©britĂ©.
Câest cette libertĂ© qui a sĂ©duit la dessinatrice française Nine Antico. Celle-ci vient de publier Autel California, Face B : Blue Moon, la suite des aventures de Bouclette, alter ego fantasmĂ© de Pamela, dans des seventies qui sâengluent dans la drogue et la violence. Les deux femmes sâĂ©taient rencontrĂ©es il y a cinq ans, Ă Los Angeles. Elles se retrouvent aujourdâhui pour parler sexe, fĂ©minisme et rockânâroll, Ă une Ă©poque oĂč lâon en a plus que jamais besoin.
Grazia â Dans Autel California, Face B, Nine fait de lâaffaire Charles Manson (les membres de sa communautĂ©, La Famille, ont commis plusieurs assassinats, dont celui de Sharon Tate, en 1969, ndlr) un Ă©pisode central de sa BD. Pamela, compreniez-vous les femmes adeptes de cette secte? Elles aussi, dâune certaine façon, Ă©taient des fans.
Pamela Des Barres: CâĂ©tait diffĂ©rent ! Moi, jâadorais des gens comme Frank Zappa, une belle Ăąme, pas un monstre ! Et jâai reçu une bonne Ă©ducation. Or dans les annĂ©es 60 et 70, de nombreux parents ont laissĂ© leurs enfants Ă la dĂ©rive. Je suis sĂ»re que ces filles ont grandi Ă la dure, sans amour. Elles auraient fait nâimporte quoi pour avoir du respect et une famille.
Nine Antico: Vous vous ĂȘtes aussi posĂ© des limites, en matiĂšre de drogue ou de sexualitĂ©.
P.D.B.: Jâai toujours tout fait par amour. Jâai attendu dâavoir 19ansœ pour perdre ma virginitĂ© ! Dans la seconde moitiĂ© des annĂ©es 60, les hommes ne sâattendaient pas automatiquement Ă avoir des relations sexuelles. Par exemple, jâai passĂ© beaucoup de temps avec Jim Morrisson ou Noel Redding, le bassiste de Jimi Hendrix, avant de sauter le pas. Ăa a changĂ© dans les annĂ©es 70, moins romantiques.
Nine, dans votre BD, vous soulignez les tensions entre fĂ©ministes et groupiesâŠ
N.A.: Oui, jâimagine un combat de catch entre Bouclette et une fĂ©ministe. Toutes deux deviennent des objets sexuels. Au fond, elles sont dâaccord ; elles ont juste une maniĂšre diffĂ©rente dâĂȘtre fĂ©ministes. Mais pour faire avancer la condition fĂ©minine, ces perspectives Ă©taient nĂ©cessaires avant de se rejoindre pour rendre les femmes plus libres.
P.D.B.: Plus libres ! CâĂ©tait ce que nous voulions. Le livre mâa donnĂ© lâimpression dâavoir fait mon boulot : jâai sorti les groupies de leur image de filles obsĂ©dĂ©es sexuelles. MĂȘme si, quand je lâai Ă©crit, jâai Ă©tĂ© attaquĂ©e pour avoir parlĂ© aussi ouvertement de ma sexualitĂ©.
Pourquoi cette dimension féministe était-elle aussi importante pour vous, Nine ?
N.A.: Ce qui mâa plu dans Iâm With the Band, câest que Pamela Ă©crivait quâon pouvait ĂȘtre vulnĂ©rable aux hommes et Ă la musique, et rester une femme indĂ©pendante. Adolescente, je croyais que je passais trop de temps Ă penser aux garçons. Mais tout allait bien, jâavais de bonnes notes ! Aujourdâhui, jâĂ©cris et je dessine. Jâai su faire la part des choses.
P.D.B.: Tant de filles mâont remerciĂ©e parce que je mettais des mots sur ce quâelles ressentaient depuis toujours. Elles se sentaient mal, confuses. Or les grands artistes vous ouvrent lâesprit. Ils mâont fait me sentir vivante ! Passer outre ce sentiment de vulnĂ©rabilitĂ© pour les rencontrer, cela valait le coup.
Pamela, que vous inspire la BD de Nine ?
P.D.B.: Je nâen reviens toujours pas que mon histoire soit arrivĂ©e jusquâen France. Jâen suis honorĂ©e et ravie.
N.A.: Lâhistoire de Pamela est universelle. Câest un voyage Ă travers lâamour et la musique : on commence avec de la pop innocente, puis on passe Ă Led Zeppelin, du rock plus fou⊠Câest pareil avec les garçons : dâabord les gentils, puis on repousse les limites.
P.D.B.: Ăa mâest arrivĂ©. Jâai dâabord imaginĂ© ce quâil y avait entre les jambes de Paul McCartney avant de savoir ce quâil y avait entre celles de Mick Jagger. (Rires.)
N.A.: Jâai une derniĂšre question, pensez-vous quâHillary Clinton nâa pas Ă©tĂ© Ă©lue parce que câest une femme ?
P.D.B.: Oui. Et aussi parce que notre pays est divisĂ©, en totale confusion. Jâai peur que nous fassions de grands pas en arriĂšre. Mais jâessaie de rester optimiste.
Iâm With the Band de Pamela Des Barres (Le Mot et le Reste).
Autel California, Face B: Blue Moon de Nine Antico (LâAssociation).
Retrouver la discussion entre Pamela et Nine sur le site de Grazia
SurnommĂ©e âla reine des groupiesâ, Pamela Des Barres a vĂ©cu des aventures plus ou moins brĂšves avec, en vrac, Mick Jagger, Jim Morrison, Jimmy Page, Keith Moon (The Who), Gram Parsons⊠On en passe. Pas grave : ces moments de plaisir ne constituent pas le cĆur des mĂ©moires, remarquablement traduites, de Miss Pamela.
Le cĆur battant de lâouvrage, câest lâAmĂ©rique des sixties et des seventies. Ou comment une fille du baby-boom sâouvre au monde grĂące au rock â Pamela dĂ©crit avec une passion contagieuse ses groupes favoris et lâeffet physique que lui procure une mĂ©lodie. Groupie ? Certes. MĂ©lomane ? Ăvidemment ! Câest dâailleurs via ses amitiĂ©s (chastes) avec deux figures majeures du rock des marges, Don Van Vliet (Captain Beefheart) et Frank Zappa, que la petite californienne fait son entrĂ©e dans ce chaud business. Mieux : sous la houlette du prĂ©citĂ© Zappa, elle formera The GTOâs, premier groupe entiĂšrement fĂ©minin aux textes faussement absurdes. FĂ©ministe? Ce livre tĂ©moigne Ă©galement de prises de conscience : les droits civiques, le Vietnam, mais aussi une certaine idĂ©e du fĂ©minisme que Pam expĂ©rimente sans vĂ©ritablement le thĂ©oriser. Bref, elle plonge Ă corps perdu dans cette gigantesque fĂȘte que furent, nous dit-on, les sixties. Avec, bien sĂ»r, des gueules de bois : le flower power a accouchĂ© de quelques tordus, dont Charles Manson, qui traĂźne dĂ©jĂ dans les parages. Enfin, on sourit parfois face Ă cette approche trĂšs amĂ©ricaine et paradoxale de la vie : puritaine malgrĂ© elle, lâinsatiable sĂ©ductrice tient plus que tout Ă sa virginitĂ©. Finalement, ces frasques en disent moins sur lâauteure que sur les soubresauts qui secouĂšrent le monde. Pamela Des Barres, une allĂ©gorie ? Il y a de ça.
Cette légendaire groupie américaine revendique joyeusement ses années de libération sexuelle musicale.
Nous sommes le 10 novembre, quarante-huit heures aprĂšs lâĂ©lection de Donald Trump. Ce matin, LibĂ©ration a publiĂ© son premier grand numĂ©ro consacrĂ© au prĂ©sident Ă©lu. Pamela Des Barres a juste eu le temps de placer son bulletin dans lâurne dans sa Californie natale avant de prendre lâavion pour lâEurope, oĂč elle est venue animer des ateliers dâĂ©criture Ă Londres et rencontrer quelques journalistes Ă Paris Ă lâoccasion de la réédition de Iâm With the Band, le premier volume de ses mĂ©moires. Quand elle dĂ©couvre la une du journal, qui prĂ©sente un Trump Ă moitiĂ© occultĂ© par la pĂ©nombre derriĂšre la formule «American Psycho», elle nous adresse un sourire triste. Lâex-«Reine des groupies» (titre non officiel mais non disputĂ©), pionniĂšre malgrĂ© elle de la rĂ©volution sexuelle depuis lâĂąge de 16 ans et son intronisation dans le milieu du rock grĂące Ă Captain Beefheart, nâa pas votĂ© pour lui. «Tu as regardĂ© la tĂ©lĂ©vision ? Ce trou du cul a terminĂ© son discours sur un morceau des Rolling Stones. Tu sais combien de fois les gars lui ont demandĂ© dâarrĂȘter ?»
Rencontrer Pamela Des Barres deux jours aprĂšs lâĂ©lection du premier prĂ©sident prĂ©dateur sexuel et lâĂ©chec de la premiĂšre femme prĂ©sidentiable de lâhistoire des Etats-Unis nous encourage Ă considĂ©rer avec elle sa «carriĂšre» sous un angle politique. GrĂące Ă ses livres, aux centaines dâinterviews quâelle a donnĂ©es, aux versions romancĂ©es de sa vie quâon a vues dans des films (Presque cĂ©lĂšbre de Cameron Crowe) ou lues dans des bandes dessinĂ©es (Autel California de Nine Antico), on sait que «Miss Pamela», nĂ©e Pamela Ann Miller en 1948, a connu bibliquement une tripotĂ©e de personnalitĂ©s lĂ©gendaires de lâĂąge dâor du rock, de Jimmy Page Ă Keith Moon, de Mick Jagger Ă Jim Morrison.
A la lecture de Iâm With the Band en 2016, on est pourtant moins frappĂ© par les rĂ©vĂ©lations sur les prĂ©fĂ©rences sexuelles de Chris Hillman des Byrds que par la description de la gĂ©henne patriarcale quâelle associe Ă lâAmĂ©rique du Nord des annĂ©es 60, et lâhĂ©roĂŻsme libertaire avec lequel elle y a vĂ©cu sa passion pour la musique et le sexe en toute libertĂ©. «Que je fasse du stop ou que je me prĂ©lasse dans mon salon, il y avait des types qui se touchaient derriĂšre un muret. Jâai mis trĂšs longtemps Ă rĂ©aliser que ce nâĂ©tait pas normal. Dâune certaine maniĂšre, câest encore pire aujourdâhui. Et ça sera sans doute pire encore demain Ă cause de Trump. On continue Ă dĂ©shonorer Ă tout prix la femme, quoi quâelle dise, quoi quâelle fasse. Nous sommes dans un monde dâhommes depuis deux mille ans, depuis que la gent masculine sâest appropriĂ© Dieu, et JĂ©sus.»
Pour autant, Pamela Des Barres est-elle un personnage politique ? Elle fait la moue quand on lui propose le gros mot. «Tout dĂ©pend si on considĂšre la sexualitĂ© comme un objet politique.» On lui rĂ©torque que la question lâest, Ă©minemment. «A sa sortie, il y a trente ans, Iâm With the Band a Ă©tĂ© reçu comme un livre extrĂȘme et a dĂ©plu Ă beaucoup de gens, ce qui mâa beaucoup surprise, parce que je me suis contentĂ©e dây ouvrir mon cĆur. LâannĂ©e derniĂšre, je faisais une lecture, au Texas. Et aprĂšs avoir lu le passage oĂč jâimagine Ă quoi ressemblent les testicules de Mick Jagger, un homme sâest levĂ© et mâa traitĂ©e de pute. Parce que jâai Ă©crit que jâai eu des relations sexuelles avec des gens, dâun point de vue fĂ©minin, on me traite encore de traĂźnĂ©e. Pourtant, câest avant tout un livre sur lâĂ©ducation dâune jeune fille californienne dans les annĂ©es 60. On dit de moi, âcette jeune fille a eu des relations sexuelles avec des rockeursâ. Mais tout le monde a des relations sexuelles, tout le temps !»
Il y a une vingtaine dâannĂ©es, Pamela Des Barres sâest fait tatouer dans le dos JĂ©sus, Elvis Presley, James Dean et la Bible. En nous montrant ce quâil convient dâappeler une fresque, elle nous explique quâelle est une personne «spirituelle», quâelle aime JĂ©sus par-dessus tout, et quâelle considĂšre quâil nâa rien Ă voir avec la religion. «On lâa perverti pour en faire un outil de rĂ©pression. Il est le prince de la paix. Quant Ă Elvis, il mâa ouvert les portes de la libertĂ©. Je lâaime depuis que jâai 8 ans. Il Ă©tait si sexy Ă une Ă©poque tellement coincĂ©e, ça a tout changĂ©.»
Dâaucuns ont argumentĂ©, Ă travers les annĂ©es, que Des Barres nâĆuvrait pas pour son genre en satisfaisant lâappĂ©tit sexuel insatiable des stars du rock, quâelle et les autres groupies de sa gĂ©nĂ©ration nâont fait que perpĂ©tuer les intĂ©rĂȘts dâun patriarcat toujours plus omnipotent et tentaculaire. Elle concĂšde que la libĂ©ration de la femme nâĂ©tait pas son premier projet. «Jâai Ă©tĂ© Ă©levĂ©e dans les annĂ©es 50 ! A lâĂ©poque, les jeunes filles comme moi Ă©taient Ă©duquĂ©es pour faire plaisir Ă leur homme. Quand on se retrouvait face Ă un musicien un peu vieux jeu, on faisait tout pour lui faire plaisir. Du coup, les fĂ©ministes nous dĂ©testaient. Pourtant, je prenais la pilule, jâĂ©tais maĂźtre de mon destin. Câest pour ça que jâessaye de rĂ©habiliter le mot âgroupieâ. Nous Ă©tions des femmes libĂ©rĂ©es. Les rockeurs ne claquaient pas dans leurs doigts pour quâon nous apporte offertes sur un plateau dâargent. Nous faisions tout pour les sĂ©duire ou les rencontrer. Comment pourrais-je leur en vouloir dâavoir cĂ©dĂ© Ă nos charmes ?»
AprĂšs des tentatives ratĂ©es dans la musique (avec les GTOâs, groupe 100 % groupies ourdi par Frank Zappa et responsable dâun album merveilleux, Permanent Damage, en 1969) et le cinĂ©ma, la jeune femme sâest mariĂ©e avec Michael Des Barres, acteur et chanteur du groupe britannique Detective, puis sâest rĂ©solue Ă faire de sa notoriĂ©tĂ© un mĂ©tier. Auteure de cinq livres (bientĂŽt six) sur sa vie et ses Ă -cĂŽtĂ©s, elle anime des ateliers dâĂ©criture de «mĂ©moires rock». Son Ă©crivain prĂ©fĂ©rĂ© est Stephen King, et elle ne se lasse pas de se dĂ©lecter de faire le mĂȘme mĂ©tier que lui. Elle organise aussi des tours autour du Sunset Strip, «plus chers» parce quâelle est devenue une «figure historique», lâune des rares qui peut Ă©voquer de premiĂšre main ce quâelle considĂšre comme une renaissance culturelle comme lâOccident nâen connaĂźtra aucune autre «avant des siĂšcles». Toujours fan de musique, elle nâhĂ©site pas Ă faire lâaller-retour Ă Las Vegas quand Dion (DiMucci), sa deuxiĂšme idole de jeunesse, passe y donner un tour de chant. Evidemment, en octobre, elle Ă©tait dans le public de Desert Trip, premier festival de «grandpa rockers», qui rĂ©unissait les Rolling Stones, The Who, Paul McCartney, Neil Young et Bob Dylan, et que des mĂ©chantes plumes ont rebaptisĂ© «Oldchella». «CâĂ©tait sublime. Jâemmerde ceux qui pensent que câĂ©tait une rĂ©union de vieux croulants. SĂ©rieusement. Fuck them ! Ces vieux ont produit la meilleure musique jamais enregistrĂ©e ! Parle un peu aux jeunes filles, tu verras. Elles veulent toujours baiser Jimmy Page.»
Retrouvez le portrait consacrée à Pamela Des Barres sur le site de Libération
Si vous vous demandez ce que vous faites de votre jeunesse, plongez plutÎt dans celle de Pamela Des Barres. Dans ses mémoires rééditées, la reine des groupies raconte la libération sexuelle des sixties avec le gratin de la scÚne rock. Chaud !
- Page punchline : « Je voulais dĂ©crocher une trĂšs bonne note au cours dâĂ©conomie mĂ©nagĂšre pour faire la fiertĂ© de mes parents, mais les garçons et le rockânâroll chamboulĂšrent mes prioritĂ©s. » p.18
- Page turner : Ă la page 24, elle vit son premier french kiss et lâado fantasque de L.A qui rĂȘve dâĂ©pouser Paul Mc Cartney va vite se muer en stalkeuse de rock stars, quâelle harponne Ă la sortie des concerts ou des clubs.
- Ătre Ă la page : mettre dans son lit Jim Morrison (manquant de se faire Ă©trangler par la rĂ©guliĂšre de ce dernier), Frank Zappa, Jimmy Page (dont elle fut trĂšs amoureuse), Keith Moon et mĂȘme Mick Jagger, ça câest du tableau de chasse.
- Tourner la page : comment se reconvertir une fois quâon sâest tapĂ© tous les groupes de rock ? Lâauteure a bien exploitĂ© le filon : depuis la sortie originelle du livre en 1987, elle en a Ă©crit trois autres dans le mĂȘme esprit. Elle publie aussi des articles et anime des ateliers dâĂ©criture. Moins rockânâroll.
Un vent de rockânâroll souffle sur cet automne et on le doit Ă la réédition dâun livre culte : Iâm With The Band â Confessions dâune groupie, de Pamela De Barres. Entre tĂ©moignage et archive, cette autobiographie raconte la montĂ©e en puissance du rock Ă la fin des sixties, et surtout, place au centre de ce tourbillon une jeune femme qui allait devenir lâamante et la muse des plus cĂ©lĂšbres rockstars. Un livre qui sent bon les paillettes, le sexe et la sueur.
Peu connue sur notre territoire, la premiĂšre autobiographie de Pamela De Barres est pourtant entourĂ©e dâune aura de culte outre-Atlantique. Sorti en 1987 et finalement traduit chez nous en 2006 (ed. Le serpent Ă plumes), le livre est rééditĂ© cet automne chez Le mot et le reste. PrĂšs de 30 ans aprĂšs sa premiĂšre parution, Iâm With The Band pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme poussiĂ©reux, le tĂ©moignage dâune Ă©poque rĂ©volue qui nâintĂ©ressera plus quâune poignĂ©e de passionnĂ©s. Mais on aurait tort de passer Ă cĂŽtĂ© de ces Confessions dâune groupie. Dâabord parce quâelles documentent avec beaucoup de lĂ©gĂšretĂ© la crĂ©ation des plus grands groupes de rock de tous les temps, ensuite parce quâelles manifestent de la construction dâune jeune femme qui allait devenir une pionniĂšre de la libĂ©ration sexuelle. AprĂšs la publication dĂ©but septembre de deux romans sâintĂ©ressant chacun Ă leur façon aux âgirlsâ de Charles Manson, la réédition de Iâm With The Band arrive comme un Ă©cho fun et dĂ©sinvolte Ă ces Ćuvres littĂ©raires trĂšs sombres.
Drogues, rockânâroll et beaucoup de sexe
âA chaque fois que je vois ces vieilles images en noir et blanc oĂč Elvis est tondu pour les beaux yeux de lâOncle Sam, jâai des frissonsâ. Ainsi commence le rĂ©cit de Pamela De Barres, nĂ©e Ă Resada en Californie. Pamela, une jeune fille bien de son Ă©poque qui fantasmait sur les Beatles tout en portant sa virginitĂ© en Ă©tendard. Comme beaucoup de ses amies, elle aurait pu grandir, dĂ©coller les posters de Paul de sa chambre dâado, rencontrer un bon garçon et se marier. Mais les artistes avaient la main mise sur son petit coeur. Un petit cĆur qui finit par exploser Ă la dĂ©couverte des Rolling Stones, âdes garçons sales et dĂ©braillĂ©s â dont la musique lui firent escalader â de nouveaux sommets dâabandon adolescentâ. On vous laisse imaginer.
Pamela De Barres a fait les bonnes rencontres. Ses parents Ă©taient plutĂŽt laxistes pour lâĂ©poque, et elle a donc pu se bĂątir sa propre identitĂ©, loin des carcans imposĂ©s par la sociĂ©tĂ© aux jeunes filles des sixties. Une fois le lycĂ©e terminĂ© (en 1966), elle a quittĂ© Resada pour Sunset Strip. LĂ -bas, elle sâest fait des amies aussi dĂ©lurĂ©es quâelle, passait ses soirĂ©es au Whisky a Go Go, et se faisait remarquer par de jeunes rockstars en herbe. Prise sous lâaile de Frank Zappa, la blondinette a mĂȘme intĂ©grĂ© le premier groupe de groupies, les GTO (pour Girls Together Outrageously). ComposĂ© de sept filles ultra cool, le groupe a donnĂ© naissance Ă un seul et unique album en 1969, Permanent Damage.
Mais grĂące aux GTO et parce que dans les annĂ©es 60, rencontrer des rockstars Ă©tait facile, Pamela De Barres nĂ©e Miller, est devenue lâamante et la muse des plus grands. Rouler des pelles Ă Jim Morrison avant que les Doors ne sortent leur premier album ? Check. Partager la couche de Noel Redding, le bassiste de The Jimi Hendrix Experience ? Check. Devenir la petite-amie de Jimmy Page ? Triple check. Avec dĂ©lice et beaucoup dâautodĂ©rision, lâancienne groupie se souvient de cette Ă©poque oĂč elle a vendu son Ăąme au rockânâroll et Ă ceux qui construisaient sa lĂ©gende. Iâm With The Band est bourrĂ© dâanecdotes mais Pamela De Barres le fait toujours avec beaucoup de bienveillance. Elle en a vu des rockstars se droguer, bouffer la vie comme sâil nâexistait aucune limite. Et elle nâa pas seulement assistĂ© Ă tout ça, elle y a pris part. Ses soirĂ©es de folie avec Keith Moon, le batteur le plus barrĂ© mais aussi le plus triste de sa gĂ©nĂ©ration, ses multiples orgasmes offerts par la bouche et le corps de Mick Jagger⊠les mĂ©moires de celle que les pop stars surnommaient Miss Pamela ont de quoi faire frissonner dâenvie les fans de Justin Bieber.
Plus quâune groupie, une icĂŽne
RĂ©duire Iâm With The Band a ses dĂ©tails croustillants serait une erreur. Lâautobiographie de Pamela De Barres porte aussi un regard tendre et intime sur la fin des sixties et le dĂ©but des seventies. Surtout, le livre est le tĂ©moignage du passage de lâadolescence Ă lâĂąge adulte dâune jeune fille Ă©prise de libertĂ©. A coup dâextraits de son journal intime ou de courriers, on voit Miss Pamela mĂ»rir, passer de lâamoureuse qui se languit Ă une femme beaucoup plus sĂ»re dâelle. Sans sâen rendre vraiment compte Ă lâĂ©poque, la Californienne a participĂ© Ă la rĂ©volution sexuelle. Elle faisait lâamour, elle adorait ça, et elle ne sâest jamais souciĂ©e du jugement des autres. Digne reprĂ©sentante dâun fĂ©minisme totalement dĂ©complexĂ©, elle poussa mĂȘme sa passion du sexe et du rockânâroll encore plus loin en publiant en 2007 un livre bourrĂ© de tĂ©moignages autour des groupies et des histoires quâelles ont vĂ©cu avec leurs idoles : Letâs Spend The Night Together. Un titre Ă©vocateur et clin dâĆil non dissimulĂ© Ă ses nuits brĂ»lantes dans les draps de Mick Jagger.
Un peu chanteuse, un peu actrice, auteure de cinq ouvrages sur le rock, inspiration de Kate Hudson pour son personnage de groupie dans le cultissime Presque cĂ©lĂšbre, Pamela De Barres ne sâest pas seulement offert des parties de jambes en lâair avec des rockstars, elle est devenue elle-mĂȘme une icĂŽne. Trente ans aprĂšs leur premiĂšre publication, ses confessions nâont pas pris une ride. Rockânâroll forever.
Retrouver lâarticle sur le site de Terra Femina