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Parution : 18/08/2016
ISBN : 9782360542239
240 pages (14,8 x 21 cm)

Ground Zero

Une histoire musicale du 11 Septembre

Comment les attentats du 11 Septembre ont aussi frappĂ© de plein fouet la musique et comment la musique a pu digĂ©rer, surmonter et s’approprier cet Ă©vĂ©nement.

Le 11 septembre 2001, les plus graves attentats terroristes de l’histoire, commis sur la cĂŽte est des États-Unis, plongent le monde dans la stupĂ©faction et le silence. La musique se tait, temporairement. Quand elle revient, c’est tour Ă  tour censurĂ©e, Ă©dulcorĂ©e, pieuse, mais aussi intime, militante, chargĂ©e de significations nouvelles – y compris chez certaines Ɠuvres produites avant les attaques, comme si elles les avaient prĂ©dites. Du rock au hip-hop, des musiques classiques et savantes au jazz, de Bob Dylan Ă  Steve Reich et de Jay-Z Ă  Radiohead, Ground Zero, une histoire musicale du 11 Septembre raconte comment un Ă©vĂ©nement peut frapper de plein fouet la musique puis comment la musique peut essayer de digĂ©rer, s’approprier et surmonter cet Ă©vĂ©nement. Un rĂ©cit qui s’étale sur plus d’une dĂ©cennie et trouve son prolongement tragique jusqu’à nos jours et les attaques terroristes du 13 novembre 2015 en France.

• Lire un extrait

Revue de presse

- Une histoire musicale du 11 septembre Rebecca Manzoni France Inter // Pop N' Co 11 septembre 2021
- Un essai fascinant Patrick Bénard L'Yonne républicaine 21 décembre 2016
- Let's roll AgnÚs Léglise Rock&Folk Décembre 2016
- Ground Zero Aena Leo - Longueur d'ondes Automne 2016
- Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre de Jean-Marie Pottier : la résonance et le symbolisme Benjamin Fogel The Playlist Society 27 octobre 2016
- Ground Zero Paul Muselet Clutch Octobre 2016
- Le 11 Septembre en musique Roderic Mounir Le Courrier 9 septembre 2016
- La musique pour riposter Mario Girard La Presse+ 11 septembre 2016
- L'actualité vue par les livres Nicolas Tittley Radio Canada // Plus on est de fous, plus on lit! 5 septembre 2016
- La bande-son du 11 Septembre Olivier Nuc Le Figaro 9 septembre 2016
- Interview - 11 Septembre. Une histoire musicale d’aprĂšs le chaos Philippe MathĂ© Ouest-France 9 septembre 2016
- Interview : 11 septembre 2001 : 15 ans plus tard Catherine Perrin Radio Canada // Médium Large 8 septembre 2016
Interview - Comment le 11 Septembre a influencé l'industrie musicale? Maxime Delcourt Noisey 7 septembre 2016
Les tours s'écroulÚrent et le silence se fit. Puis la musique revint. Rebecca Manzoni France Inter // Pop & Co 5 septembre 2016
- Le Grand Angle - Interview de Jean-Marie Pottier Xavier Lambrechts TV5Monde // 64' Le monde en français 27 août 2016
- Ground Zero: face Ă  la terreur, la musique a un “pouvoir de consolation universel” Thiphaine LĂ©vy-FrĂ©bault Les Inrockuptibles 24 juillet 2016

- Une histoire musicale du 11 septembre

Aujourd’hui Pop N’Co retrace l’histoire de la bande son du 11 Septembre 2001 parce que depuis cette date, et depuis celle du 13 Novembre 2015, nos oreilles ont changĂ©. Nous n’écoutons plus les chansons de la mĂȘme façon. Elles se sont lestĂ©es d’un autre sens.

Comment la musique agit aprĂšs la violence ? On va rĂ©pondre Ă  cette question avec un musicien. C’est GaĂ«tan Roussel. Et avec Jean-Marie Pottier, un journaliste indĂ©pendant qui a signĂ© un essai paru en 2016 aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste.

“Ground Zero, une histoire musicale du 11 septembre”, c’est le titre.
Et “Tassusmi”, c’est celui de la chanson dans laquelle je vous ferai entrer, un peu avant midi.
Celle qui en est l’interprùte et l’autrice s’appelle Yelli Yelli.
“Tassusmi”, ça veut dire le silence en kayble. Et le morceau de Yelli Yelli contient ce proverbe : le silence embellit la bouche.

Réécouter l’émission

Rebecca Manzoni
France Inter // Pop N' Co 11 septembre 2021

- Un essai fascinant

On doit Ă  Jean-Marie Pottier un magistral Indie pop, 1979-1997 paru aux Ă©ditions Le mot et le reste. L’auteur est Ă©galement rĂ©dacteur en chef du site slate.fr. Avec cet essai, Jean-Marie Pottier s’attaque Ă  un Ă©vĂ©nement dramatique de ce dĂ©but du XXI^e^ : la chute des Twin Towers, le 11 septembre 2001. Avec un argument spĂ©cifique, indiquĂ© dans le sous-titre : Une histoire musicale du 11 Septembre. Comment les musiciens et crĂ©ateurs ont-ils vĂ©cu cette pĂ©riode, avant (si c’était possible), pendant et aprĂšs? Il analyse l’ensemble en se basant sur tous les styles de musiques possibles, remontant jusqu’à
 Jean-SĂ©bastien Bach. De la musique classique, contemporaine (Steve Reich, Philip Glass), jusqu’à la pop de Pulp, en passant par le post-rock de Godspeed You! Black Emperor, il dĂ©crit l’état de la crĂ©ation meurtrie dans son art. Certains s’en sont remis, d’autres pas. Un livre fascinant !

Patrick Bénard
L'Yonne républicaine 21 décembre 2016

- Let's roll

Alors que la remĂ©moration du terrifiant 11 septembre est devenue un classique, pour ne pas dire un marronnier du journalisme ou du documentaire avec des milliers de sujets, reportages ou films qui lui sont trĂšs rĂ©guliĂšrement consacrĂ©s, l’aspect musical au paysage de ces jours-lĂ , hormis les vus et revus Springsteen et Ryan Adams, est notoirement nĂ©gligĂ©. *L’exhaustif _Ground Zero, Une
Histoire Musicale Du 11 Septembre* de JM Pottier rĂ©pare abondamment cette insuffisance et le tableau qu’il dresse par le seul angle de la musique et des musiciens, devient sous sa plume Ă©rudite un fidĂšle et vivant Ă©tat des lieux du 11 septembre, son avant et ses aprĂšs.* Bien sĂ»r, ici nous savons tous depuis longtemps que la musique est un parfait fil rouge pour explorer une Ă©poque et une sociĂ©tĂ© et cette grille de lecture s’applique d’autant plus Ă  la tragĂ©die du 11 septembre que l’attentat tout comme ceux du 13 novembre en France, s’attaquait Ă  notre sociĂ©tĂ© tout autant qu’à notre culture et faisait de fait, des arts – au premier rang desquels la musique particuliĂšrement haĂŻe – et des artistes, les symboles et les premiers hĂ©rauts de nos valeurs et vertus. Du coup, hop, tous les musiciens, new-yorkais ou pas, amĂ©ricains ou pas, rock ou classiques, directement touchĂ©s ou pas mais tous accablĂ©s, devinrent avec plus ou moins de bonheur et de recul, les ambassadeurs de cette cause-lĂ , faisant d’une certaine façon d’Oussama ben Laden “l’artiste rock le plus influent de 2002”. Certains y puisĂšrent une inspiration, comme Springsteen ou Neil Young et son “Let’s Roll” en Ă©cho Ă  la formule fatidique prononcĂ©e par un otage dans un des avions, d’autres comme Jay-Z ou Biggie changĂšrent dlscretos des paroles embarrassantes (“Time to get paid, blow like the world trade”) tandis que, dĂ©jĂ , Kanye West Ă©talait son goĂ»t tapageur et que le titre de Cohen repris par Buckley, “Hallelujah”, devenait un spiritual repris en boucle. Sans oublier bien sĂ»r notre Nobel Dylan en indiscutĂ© voyant prophĂ©tique qui rĂ©ussit le prodige de sortir le 11 septembre mĂȘme un album visionnaire – “incroyable il a publiĂ© un album Ă  propos de ce qui se passe aujourd’hui et on ne sait comment, il l’a fait aujourd’hui !” – album que ses fans les plus hardcore, c’est Ă  ça qu’on les reconnaĂźt, se prĂ©cipitĂšrent malgrĂ© tout acheter le jour mĂȘme dans la ville paralysĂ©e. Si, comme nous le dit Pottier, chaque Ɠuvre d’art et donc chaque titre et chaque chanson deviennent alors une “victoire, mĂȘme minime, mĂȘme dĂ©risoire, remportĂ©e par l’art (et qui) Ă©quivaut arithmĂ©tiquement Ă  une blessure pour le camp adverse”, la foisonnante moisson de quinze ans de musique qu’il relĂšve et dĂ©crit dans ces pages n’a pourtant pas conjurĂ© le sombre “blood sutra” de ce sale rendez-vous d’automne. Le mot de la fin et le seul enseignement de l’histoire reviennent peut-ĂȘtre Ă  Sonic Youth qui dut littĂ©ralement Ă©pousseter son studio au pied des tours pour finir d’y enregistrer le pourtant serein “Murray Street” dont seules quelques lignes de “Tin Man” trahissent quand mĂȘme l’expĂ©rience traumatisante du groupe : “Gather friends, gather fear, gather again”.

AgnÚs Léglise
Rock&Folk Décembre 2016

- Ground Zero

La cicatrice est encore vive, et dire que les attentats du 11 Septembre ont bouleversĂ© l’Occident, son identitĂ© comme ses relations avec le Moyen-Orient serait en dessous de la vĂ©ritĂ©. Les artistes, caisse de rĂ©sonance des traumas et rĂ©flexions traversant la sociĂ©tĂ©, se sont naturellement fait l’écho de ce traumatisme. Jean-Marie Pottier, rĂ©dacteur en chef de Slate.fr, s’est penchĂ© sur le cas des musiciens. Comment les attentats les ont-ils affectĂ©s ? AprĂšs le drame, la musique s’est d’abord tue. Puis elle est revenue, catharsis tant pour les artistes que pour le public. L’auteur Ă©voque ainsi les morceaux Ă©crits par Lou Reed ou Bruce Springsteen aprĂšs les attaques. La musique comme rempart Ă  la haine et la brutalitĂ© ? Oui. Toujours. Le livre dĂ©bute par une citation du compositeur Leonard Bernstein : « Telle sera notre rĂ©ponse Ă  la violence : jouer de la musique avec encore plus d’intensitĂ©, plus de beautĂ© et plus de dĂ©vouement qu’auparavant. » On ne pourrait mieux dire les choses.

Lire la chronique dans le numĂ©ro 79 de Longeur d’ondes

Aena Leo
- Longueur d'ondes Automne 2016

- Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre de Jean-Marie Pottier : la résonance et le symbolisme

Dans son premier essai, Indie Pop – 1979-1997, publiĂ© aux Ă©ditions Le mot et le reste, Jean-Marie Pottier rĂ©alisait une sĂ©lection de 100 albums essentiels de la pop anglaise. Alors que ce genre d’exercice s’avĂšre souvent difficile Ă  mener Ă  bien – il faut sans cesse jongler avec les idĂ©es pour ne pas tomber dans le catalogue rĂ©pĂ©titif de textes poussifs et didactiques –, Jean-Marie Pottier en faisait une vĂ©ritable aventure historique parsemĂ©e d’histoires et d’anecdotes inattendues, toujours choisies avec soin, sans jamais se contenter des plus graveleuses d’entre elles. Ce souci de l’anecdote sensible, de l’exemple qui fait sens et du dĂ©tail qui change tout semble au cƓur du travail de Pottier, et se retrouve dans son nouveau livre, Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre, toujours chez Le mot et le reste.

D’un sujet potentiellement limitĂ© qui chez d’autres se serait matĂ©rialisĂ© sous la forme d’une liste de chansons traitant de l’évĂ©nement, Jean-Marie Pottier tire un texte trĂšs riche Ă  la fois en termes de construction, dont les circonvolutions maintiennent toujours l’intĂ©rĂȘt du lecteur, qu’au niveau de son contenu, Pottier multipliant les rĂ©fĂ©rences inattendues et les interviews. Successivement, il aborde l’impact des tragĂ©dies sur la crĂ©ation, interroge la place que peut occuper la musique face Ă  la douleur, Ă©voque les albums sortis ce jour-lĂ , mais aussi tous ceux qui, sortis avant ou aprĂšs, rĂ©sonnent avec l’évĂ©nement. On plonge dans le lien entre un pays, ses traumatismes, sa musique, ses hymnes et ses figures.

Il en ressort un essai sur le symbolisme en musique et sur la nĂ©cessitĂ© d’analyser et d’expliquer celle-ci pour comprendre ce qu’elle renferme et l’apprĂ©cier Ă  sa juste valeur. Les paragraphes du livre consacrĂ©s Ă  la chanson « Jesse » de Scott Walker sont Ă  ce titre Ă©loquents. Pour parler du 11 septembre, le post-crooner amĂ©ricain Ă©voque Jesse, le frĂšre jumeau d’Elvis Presley et reproduit le magma sonore de l’effondrement des tours jumelles sur un riff du king. À lui seul, ce passage rappelle combien il est essentiel d’écrire sur la musique.

Il est difficile d’aborder un Ă©vĂ©nement mondial comme le 11 Septembre sans ressentir le besoin de raconter ce que l’on faisait au moment de la tragĂ©die. Pourtant, Jean- Marie Pottier ne dit jamais dans Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre, ce qu’il faisait ce jour-lĂ . Il s’efface derriĂšre son sujet, en soulignant que malgrĂ© l’aspect tentaculaire des thĂšmes abordĂ©s, tout n’y a pas sa place. L’impression qui ressort du livre est que le rapport entre le 11 Septembre et la musique ne diffĂšre absolument pas de notre rapport Ă  la musique en gĂ©nĂ©ral. Le livre est juste une illustration de ce rapport si particulier oĂč les chansons s’imbriquent sans cesse dans notre quotidien, interagissent avec lui, et donnent une coloration Ă  tous nos souvenirs. Il y a toujours un sens dans les chansons, dans le pourquoi nous nous les rapproprions ou les Ă©coutons en boucle. La musique est itĂ©rative. Les chansons se consomment encore et encore, et l’obsession que nous nourrissons Ă  leur Ă©gard est bien diffĂ©rente de celles que nous entretenons avec des livres ou des films, lus et vus un nombre limitĂ© de fois, avec un niveau de concentration Ă©levĂ© qui ne permet pas au monde extĂ©rieur de se greffer dessus. Du coup, Ground Zero, Une histoire musicale du 11 Septembre, sonne comme une volontĂ© d’écrire un livre sur l’expression Ă©culĂ©e qui veut que les disques soient les bandes sons de nos vies, mais en confĂ©rant un vrai sens Ă  celle-ci via le meilleur exemple possible, celui d’une des plus grandes tragĂ©dies modernes aux rĂ©percussions symboliques encore bien prĂ©sentes.

Consulter la chronique sur The Playlist Society

Benjamin Fogel
The Playlist Society 27 octobre 2016

- Ground Zero

Entre hip-hop, jazz, rock, et musique classique, Jean-Marie Pottier explore la façon dont un Ă©vĂ©nement peut frapper la production musicale mondiale. Pendant, aprĂšs
 mais aussi avant. Qu’il s’agissent de lyrics prĂ©monitoires (Rakim, Prince, Kurt Cobain
), ou d’incroyables coĂŻncidences ayant valu aux groupes concernĂ©s de sĂ©rieuses enquĂȘtes par le FBI. On pense Ă  la pochette du duo rap The Coup montrant le World Trade Center en train d’exploser (Party Music, le 5 septembre 2001) ou Ă  la formation metal Dream Theater arborant en couverture les deux tours jumelles enflammĂ©es (Live Scenes From New York, le
 11 septembre 2001.)

Consulter Clutch en ligne

Paul Muselet
Clutch Octobre 2016

- Le 11 Septembre en musique

Jean-Marie Pottier dĂ©roule la bande-son du 11 Septembre sur deux dĂ©cennies, jusqu’à son funeste prolongement parisien, le 13 novembre 2015. Quand la musique accompagne et panse les plaies.

Durant l’hiver qui suivit les attentats du 11 septembre 2001, le compositeur Ned Rorem dĂ©clara Ă  propos de sa piĂšce Aftermath (rĂ©percussions): «AprĂšs un tel choc, je me suis demandĂ© comme un millier d’autres compositeurs: Ă  quoi bon la musique maintenant? Il m’est vite apparu que la musique Ă©tait le seul but valable. Car le futur nous jugera, comme il juge toujours le passĂ©, sur notre art plus que sur nos armĂ©es – sur la construction plus que sur la destruction.»

Cette profession de foi a inspirĂ© Ă  Jean-Marie Pottier un catalogue de «vestiges instantanĂ©s» publiĂ© sous le titre Ground Zero, une histoire musicale du 11 Septembre. Du rappeur Jay-Z, dont l’album The Blueprint est paru le jour des attentats, Ă  Steve Reich, auteur en 2011 d’une Ă©vocation musicale des Ă©vĂ©nements (WTC 9/11), en passant par Bob Dylan, Laurie Anderson, Sonic Youth, Scott Walker ou encore Radiohead, dont l’album Hail to the Thief (2003) se rĂ©fĂ©rait Ă  l’élection volĂ©e par George W. Bush, alors que la «riposte» s’abattait sur le Proche Orient


Pas d’hymne incontestable

Ground Zero paraĂźt opportunĂ©ment pour les 15 ans des attentats. A bonne distance pour l’analyse, juge l’auteur, rĂ©dacteur en chef de Slate.fr, version française d’un site d’info Ă©tasunien, Ă  tendance atlantiste. On notera que les Etats-Unis, cƓur d’une industrie culturelle dont l’hĂ©gĂ©monie n’a pas d’équivalent, ont produit bien plus d’Ɠuvres et de commentaires sur ce drame qui les a frappĂ©s que l’Afghanistan ne le fera jamais sur les «dĂ©gĂąts collatĂ©raux» subis ou la Syrie sur les tueries de masse en cours.

Ceci posĂ©, l’exercice n’en est pas moins passionnant. Car l’impact du 11 Septembre sur la culture populaire, la musique en l’occurrence, est immense et se mesure Ă  plusieurs degrĂ©s. Et cela bien que – Jean-Marie Pottier insiste –, l’évĂ©nement n’ait pas enfantĂ© son hymne incontestable, du calibre d’«Imagine» ou de «Born in the USA». Il y a eu ce grand concert tĂ©lĂ©visĂ©, A Tribute to Heroes, organisĂ© au profit des familles des victimes et qui a mobilisĂ© tout le gratin du showbiz, dix jours aprĂšs les attentats. Mais c’est comme si les attaques elles-mĂȘmes restaient du domaine de l’indicible. Quelques compositeurs comme Steve Reich avec WTC 9/11 ou William Basinski et ses Disintegration Loops sont parvenus Ă  en reformuler le trouble de maniĂšre forcĂ©ment abstraite, impressionniste.

Avertissements prophétiques de Dylan

Dans un autre registre, certains disques prescients ont semblĂ© annoncer la catastrophe. A commencer par Kid A de Radiohead, sorti en octobre 2000, avec ses Ă©vocations abstraites allant de la quiĂ©tude du petit matin jusqu’au chaos («How To Disappear Completely»). InterprĂ©tation tirĂ©e par les cheveux, mais qui a fait dire au critique Chuck Klosterman que Kid A Ă©tait «la bande son du 11 Septembre». Love and Theft de Bob Dylan est paru le jour des attentats, comme plĂ©thore d’autres durant ce «Super Tuesday» discographique, formule employĂ©e par le Village Voice. TruffĂ© d’avertissements prophĂ©tiques et d’imagerie apocalyptique, Love and Theft a plongĂ© la critique dans des abĂźmes de perplexitĂ© (que savait-il? le hasard suffit-il Ă  l’expliquer?).

Mais la palme du cocasse et de l’absurde, Ă  ce niveau de coĂŻncidence, revient Ă  la pochette de Party Music du duo The Coup, rappeurs anti-establishment. Sortie prĂ©vue le 11 septembre 2001. Sur la pochette, les deux MC font les malins sur fond de Twin Towers en flammes (l’un d’eux a le doigt sur le dĂ©tonateur). AllĂŽ Ben Laden? Le visuel refusĂ© par la maison de disques, c’est une pochette diffĂ©rente qui verra le jour. Reste que le groupe ne s’en est jamais vraiment remis, alors que son idĂ©e fumeuse s’expliquait aisĂ©ment par le caractĂšre emblĂ©matique des deux gratte-ciel d’affaires et par le prĂ©cĂ©dent de 1993 (une voiture piĂ©gĂ©e dans la tour Nord faisait six morts et un millier de blessĂ©s).

La musique nous guérit

Jean-Marie Pottier passe au crible de nombreux albums, tous domaines confondus, dĂ©taillant leur genĂšse et leur rĂ©ception, rappelant certains faits mĂ©connus ou oubliĂ©s. Par exemple la liste noire qui bannit un temps des ondes Ă©tasuniennes une sĂ©rie de titres aux paroles jugĂ©es inappropriĂ©es
 dont «Aeroplane» des Red Hot Chili Peppers ou «Jump» de Van Halen! Ou le tollĂ© suscitĂ© par la chanteuse des Dixie Chicks, stars de la country music, dĂ©clarant en 2003 qu’elle avait «honte de partager les mĂȘmes origines que George W. Bush». ConsĂ©quence dans le climat de patriotisme hystĂ©rique, une exclusion mĂ©diatique et des autodafĂ©s publics.

La fin de Ground Zero s’attache Ă  tirer un parallĂšle avec l’attaque du Bataclan, le «11 Septembre français.» Pour conclure que la musique «nous accompagne, nous guĂ©rit, nous sauve des pĂ©riodes de terreur». Un peu court pour l’analyse politique, mais trĂšs vrai pour tous ceux qui ont trouvĂ© dans «NYC» d’Interpol ou «Hallelujah» par Jeff Buckley des raisons d’espĂ©rer.

Retrouvez l’article sur le site du Courrier

Roderic Mounir
Le Courrier 9 septembre 2016

- La musique pour riposter

Le 11 septembre 2001, Lee Ranaldo, le guitariste du groupe Sonic Youth, s’est rĂ©veillĂ© avec l’idĂ©e d’aller se procurer le nouveau disque de son idole Bob Dylan, Love and Theft. En effet, le 31e disque de la lĂ©gende amĂ©ricaine arrivait dans les bacs des disquaires ce jour-lĂ . À 8 h 46, le vol 11 d’American Airlines frappe la tour nord du World Trade Center. À 9 h 03, le vol 175 de United Airlines frappe la tour sud. Puis, ce fut l’apocalypse Ă  Manhattan.

MalgrĂ© l’horreur, malgrĂ© les morts-vivants qui dĂ©ambulaient dans la ville couverts de poussiĂšre, Lee Ranaldo est entrĂ© chez un disquaire et a achetĂ© le disque de Dylan. « Le monde s’écroule, le monde est en suspens et tu achĂštes le nouveau disque de Dylan », lui a dit un ami scandalisĂ©. Lee Ranaldo est retournĂ© chez lui vers 14 h. Il a mis le disque dans le lecteur et l’a Ă©coutĂ©. ÉcoutĂ©. ÉcoutĂ©. ÉcoutĂ©.

Cette histoire et bien d’autres composent le livre Ground Zero, une histoire musicale du 11 Septembre de Jean-Marie Pottier. Le rĂ©dacteur en chef du magazine en ligne Slate.fr fait une brillante dĂ©monstration du rĂŽle de la musique lorsque survient un tel drame. La musique qui sert de pansement, la musique qui inspire, la musique qui tĂ©moigne, la musique qui a des forces prĂ©monitoires, tout est recensĂ© et racontĂ© avec un sens maniaque du dĂ©tail. La lecture de cet ouvrage est aussi passionnante que bouleversante.

Il est en effet fascinant de voir comment les humains se tournent vers la musique quand ils traversent une Ă©preuve. Chacun l’utilise comme il peut, comme il veut.

Pour la chorĂ©graphe Twyla Tharp, c’est la musique de Bach qui est venue Ă  sa rescousse. Elle Ă©tait seule dans son studio de danse quand l’affreux concert de sirĂšnes s’est fait entendre le matin du 11 septembre. Les gros titres des tĂ©lĂ©s Ă©taient « WTC I/II abattus ». Or, l’acronyme de World Trade Center est aussi en anglais celui qui dĂ©signe Le clavier bien tempĂ©rĂ© de Bach (The Well-Tempered Clavier Volumes I/II). Elle avait le PrĂ©lude no 1 en do majeur dans son ordi. Elle l’a mis et s’est mise Ă  danser. Danser. Danser. Danser.

Certaines circonstances ont fait d’Ɠuvres musicales dĂ©jĂ  existantes des symboles de cet Ă©vĂ©nement. La chanson Enjoy the Silence de Depeche Mode est un bon exemple. Une vidĂ©o du quatuor britannique donne des frissons quand on la regarde aujourd’hui. Elle a Ă©tĂ© enregistrĂ©e en mars 1990 sur le toit de l’une des tours jumelles pour les besoins de l’émission Champs-ÉlysĂ©es animĂ©e par Michel Drucker. Aujourd’hui, quand les fans du groupe entendent cette chanson, ils pensent au terrible silence qui a rĂ©gnĂ© sur Manhattan aprĂšs l’effondrement des deux tours.

Nombreux sont les compositeurs qui ont créé des Ɠuvres inspirĂ©es de cet Ă©vĂ©nement. Steve Reich est l’un de ceux-lĂ . Le matin du 11 septembre, le compositeur, qui vit dans le Vermont, a reçu un appel de son fils qui habitait Ă  deux pas des tours. C’est lui qui a annoncĂ© Ă  son pĂšre l’effroyable catastrophe. Steve Reich a gardĂ© son fils au tĂ©lĂ©phone pendant six heures, le temps que le jeune homme puisse quitter la ville avec sa femme et son enfant. En 2011, Reich a voulu transposer ce qu’il avait vĂ©cu. L’Ɠuvre WTC 9/11, composĂ©e pour le Kronos Quartet, fait entendre la note fa d’un violon. Celui-ci imite le signal d’un tĂ©lĂ©phone lorsqu’il est en dĂ©rangement. Ce son que Steve Reich a tellement souhaitĂ© ne pas entendre lorsqu’il parlait Ă  son fils est aujourd’hui au cƓur de son Ɠuvre.

Mais le plus beau rĂŽle de la musique est sans doute celui d’outil de dĂ©fense ou de riposte qu’elle peut ĂȘtre lors d’un tel drame. Lors du massacre commis en 2011 Ă  Oslo par un fanatique d’extrĂȘme droite, le premier ministre norvĂ©gien Jens Stoltenberg avait dit : « Nous allons rĂ©pondre Ă  la terreur par plus de dĂ©mocratie, d’ouverture et de tolĂ©rance. »

Au lendemain de l’assassinat de John F. Kennedy, le musicien Leonard Bernstein avait eu recours Ă  la mĂȘme stratĂ©gie. « Telle sera notre rĂ©ponse Ă  la violence : jouer de la musique avec encore plus d’intensitĂ©, plus de beautĂ© et plus de dĂ©vouement qu’avant. »

Lire la chronique de Mario Girad sur le site de La Presse+

Mario Girard
La Presse+ 11 septembre 2016

- L'actualité vue par les livres

Le matin du 11 septembre 2001, Ă  9 h, deux avions percutaient le World Trade Center Ă  New York, tandis que deux autres s’écrasaient au Pentagone et en Pennsylvanie. Quinze ans aprĂšs, quelles sont les vĂ©ritables consĂ©quences de cet attentat sur nos vies et notre sociĂ©tĂ©? Nicolas Tittley prĂ©sente trois livres qui proposent des pistes de rĂ©ponses.

L’effet 11 septembre : 15 ans aprĂšs, de la Chaire Raoul-Dandurand en Ă©tudes stratĂ©giques et diplomatiques, Septentrion, 2016
Ground Zero : une histoire musicale du 11 Septembre, de Jean-Marie Pottier, Le mot et le reste, 2016
Le 11 septembre et nous, d’AndrĂ© Duchesne, BorĂ©al, 2006

Réécouter la chronique de Nicolas Tittley sur le site de Radio-Canada

Nicolas Tittley
Radio Canada // Plus on est de fous, plus on lit! 5 septembre 2016

- La bande-son du 11 Septembre

Comment chanter l’horreur? Quelle rĂ©ponse musicale apporter aux attentats? Autant de questions pertinentes posĂ©es par Jean-Marie Pottier dans son nouveau livre, Ground Zero. L’essai explore avec intelligence et sensibilitĂ© la maniĂšre dont les musiciens ont vĂ©cu la destruction des Twin Towers de New York le 11 septembre 2001. Cette date promettait cependant d’ĂȘtre un grand moment pour la musique amĂ©ricaine. Ce jour-lĂ  sortait l’excellent album de Bob Dylan, Love and Theft, ainsi que le dĂ©sormais classique The Blueprint de Jay-Z. En France, Noir DĂ©sir rĂ©vĂ©lait le mĂȘme jour Des visages, des figures. L’album abritait une chanson Ă©trangement prĂ©monitoire, “Le Grand incendie”. Si les ventes de disques se sont effondrĂ©es dans les boutiques new-yorkaises la semaine suivant les attentats, le besoin de consolation du public a vite repris le dessus. Pourtant, nombre d’absurditĂ©s ont fleuri. Des morceaux furent interdits de diffusion sur les ondes radio et les chaĂźnes de tĂ©lĂ©. Dix ans aprĂšs la premiĂšre guerre du Golfe, Imagine de John Lennon se retrouvait ainsi privĂ© d’antenne sur une liste Ă©tablie par le groupe de mĂ©dias Clear Channel. Ce qui vaudra ce commentaire cinglant de sa veuve, Yoko Ono : “J’espĂšre qu’il s’agit d’une faute de frappe.” Cette censure n’empĂȘchera pas Neil Young de l’interprĂ©ter en direct lors de l’America Tribute to Heroes du 21 septembre 2001. “Nous avons essayĂ© de la faire comme John Lennon”, affirmera-t-il. Le mois suivant, Paul McCartney organisera Ă  son tour un Ă©vĂ©nement baptisĂ© “Concert for New York City” au Madison Square Garden.

Play-list impeccable

L’ouvrage recense par ailleurs les disques influencĂ©s par cette Ă©vĂ©nement, de Songs for the Deaf (2002) de Queens of the Stone Age, Ă  l’album signĂ© Emmylou Harris et Mark Knopfler, All the Roadrunning, en 2006. Sans oublier Bruce Springsteen. InterpellĂ© par un de ses fans, le hĂ©raut de l’AmĂ©rique composer The Rising en hommage aux victimes. RĂ©sidents new-yorkais, David Bowie et Sonic Youth seront inspirĂ©s Ă  leur tour.
Assorti d’un play-list impeccable Ă  Ă©couter pour en accompagner la lecture, le livre se termine par la tragĂ©die du Bataclan du 13 novembre dernier avec l’éviction du concert Ă©poustouflant donnĂ© en ses murs par Jeff Buckley, immortel interprĂšte de “Hallelujah”, en fĂ©vrier 1995.

Olivier Nuc
Le Figaro 9 septembre 2016

- Interview - 11 Septembre. Une histoire musicale d’aprùs le chaos

Dans Ground Zero, le journaliste Jean-Marie Pottier retrace une histoire musicale du 11 Septembre. Ou comment la musique a tĂ©moignĂ©, rĂ©confortĂ©, voire mĂȘme prĂ©dit les Ă©vĂ©nements.

OĂč Ă©tiez-vous le 11 septembre ? Chacun se rappelle ce qu’il faisait ce jour-lĂ , quand deux avions sont venus percuter les tours jumelles du World Trade Center. « Pour toute une gĂ©nĂ©ration, c’est l’équivalent du oĂč Ă©tiez-vous quand Kennedy a Ă©tĂ© assassinĂ© Ă  Dallas ? », relĂšve Jean-Marie Pottier. Le journaliste, rĂ©dacteur en chef de Slate.fr, s’est penchĂ© sur cet Ă©vĂ©nement historique par un biais particulier : la musique.

La musique comme tĂ©moignage, la musique comme rĂ©confort, la musique comme prophĂ©tie, la musique face Ă  l’horreur. Son rĂ©cit trouve un Ă©cho d’autant plus fort aprĂšs les attentats en France, le 13 novembre, qui avaient notamment frappĂ© directement le monde de la musique, au Bataclan.

En prĂ©ambule de son livre, Jean-Marie Pottier a repris une citation de Leonard Bernstein aprĂšs l’assassinat de Kennedy : « Telle sera notre rĂ©ponse Ă  la violence : jouer de la musique avec encore plus d’intensitĂ©, plus de beautĂ© et plus de dĂ©vouement qu’auparavant. » Une profession de foi qui reste plus que jamais actuelle.

Pourquoi écrire cette histoire musicale du 11 Septembre ?

C’est une idĂ©e lointaine. J’avais Ă©crit, il y a cinq ans, une chronologie de cette journĂ©e Ă  travers des morceaux en lien avec cet Ă©vĂ©nement. PlutĂŽt orientĂ©e rock. Et puis j’ai dĂ©couvert, entre-temps, un clip de Depeche Mode, tournĂ© en 1990 pour l’émision Champs-ÉlysĂ©es. On voit le groupe anglais y interprĂ©ter Enjoy the Silence au sommet de la tour sud du World Trade Center. C’était fascinant de les voir jouer cette chanson dans ce lieu historique qui n’existe plus. La chanson change totalement de sens.

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11-Septembre. Une histoire musicale d’aprùs le chaos
États-Unis – ModifiĂ© le 09/09/2016 Ă  17:50 | PubliĂ© le 09/09/2016 Ă  16:31
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Le 11-Septembre semble avoir Ă©tĂ© prĂ©dit par certains artistes, comme Bob Dylan et Notorious BIG. D’autres l’ont chantĂ© pour panser les plaies, comme Bruce Springsteen. Le 11-Septembre semble avoir Ă©tĂ© prĂ©dit par certains artistes, comme Bob Dylan et Notorious BIG. D’autres l’ont chantĂ© pour panser les plaies, comme Bruce Springsteen. | Reuters/JĂ©rĂŽme Fouquet
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Philippe MATHÉ.

Dans Ground Zero, le journaliste Jean-Marie Pottier retrace une histoire musicale du 11-Septembre. Ou comment la musique a tĂ©moignĂ©, rĂ©confortĂ©, voire mĂȘme prĂ©dit les Ă©vĂ©nements.

OĂč Ă©tiez-vous le 11 septembre ? Chacun se rappelle ce qu’il faisait ce jour-lĂ , quand deux avions sont venus percuter les tours jumelles du World Trade Center. « Pour toute une gĂ©nĂ©ration, c’est l’équivalent du oĂč Ă©tiez-vous quand Kennedy a Ă©tĂ© assassinĂ© Ă  Dallas ? », relĂšve Jean-Marie Pottier. Le journaliste, rĂ©dacteur en chef de Slate.fr, s’est penchĂ© sur cet Ă©vĂ©nement historique par un biais particulier : la musique.

La musique comme tĂ©moignage, la musique comme rĂ©confort, la musique comme prophĂ©tie, la musique face Ă  l’horreur. Son rĂ©cit trouve un Ă©cho d’autant plus fort aprĂšs les attentats en France, le 13 novembre, qui avaient notamment frappĂ© directement le monde de la musique, au Bataclan.

En prĂ©ambule de son livre, Jean-Marie Pottier a repris une citation de Leonard Bernstein aprĂšs l’assassinat de Kennedy : « Telle sera notre rĂ©ponse Ă  la violence : jouer de la musique avec encore plus d’intensitĂ©, plus de beautĂ© et plus de dĂ©vouement qu’auparavant. » Une profession de foi qui reste plus que jamais actuelle.

Pourquoi écrire cette histoire musicale du 11 septembre ?

C’est une idĂ©e lointaine. J’avais Ă©crit, il y a cinq ans, une chronologie de cette journĂ©e Ă  travers des morceaux en lien avec cet Ă©vĂ©nement. PlutĂŽt orientĂ©e rock. Et puis j’ai dĂ©couvert, entre-temps, un clip de Depeche Mode, tournĂ© en 1990 pour l’émision Champs-ÉlysĂ©es. On voit le groupe anglais y interprĂ©ter Enjoy the Silence au sommet de la tour sud du World Trade Center. C’était fascinant de les voir jouer cette chanson dans ce lieu historique qui n’existe plus. La chanson change totalement de sens.

C’est le cas de nombreuses chansons Ă©voquĂ©es dans votre livre. Il y a celles inspirĂ©es par le 11 Septembre mais aussi celles qui semblent annoncer la catastrophe


Le 11 Septembre a modifiĂ© totalement la façon dont l’auditeur Ă©coute un disque. Par exemple, Love and Theft de Bob Dylan, sorti prĂ©cisĂ©ment le 11 Septembre. Le songwriting de Dylan a toujours Ă©tĂ© trĂšs mystĂ©rieux. Et lĂ , certaines chansons entraient tellement en rĂ©sonnance avec les Ă©vĂ©nements que certains se sont demandĂ©s, par boutade, quand est-ce que Dylan avait su ce qui allait arriver
 On peut se poser la mĂȘme question avec Leonard Cohen qui avait Ă©crit, dĂšs 1988, First We Take Manhattan. Mais toute son Ɠuvre est imprĂ©gnĂ©e d’images bibliques, de scĂšnes de catastrophe. Quand il a appris l’attentat, il Ă©tait en Inde. Ça l’a effrayĂ© mais pas surpris tant on Ă©tait dans le monde qu’il dĂ©crivait depuis longtemps.

Il y a des exemples troublants, comme cette pochette imaginĂ©e avant le 11 Septembre par le duo de rap The Coup oĂč l’on voit un avion s’encastrer dans le World Trade Center !

Mais les gratte-ciel ont toujours Ă©tĂ© une source d’inspiration pour la pop culture ! Depuis King Kong en passant par La Tour infernale. Des thĂ©ories totalement farfelues ont mĂȘme circulĂ© autour de la pochette de Breakfast in America de Supertramp : certains y ont dĂ©celĂ© des indices annonçant le 11 Septembre. Il y a aussi ces paroles du rappeur Notorious B.I.G Ă©crite en 1994 : « Time to get paid, blow up like the Word Trade » (c’est l’heure de la paye, de s’exploser comme le World Trade). Au jeu des rĂ©fĂ©rences, on peut toujours trouvĂ© quelque chose. Il y a quelques annĂ©es, un Ă©pisode des Simpson imaginait bien un prĂ©sident Trump
 Et puis, il ne faut pas oublier que le World Trade Center avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© la cible d’un attentat Ă  la voiture piĂ©gĂ©e dĂšs 1993.

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Lisez l’interview de Jean-Marie Pottier en intĂ©gralitĂ© sur le site de Ouest-France

Philippe Mathé
Ouest-France 9 septembre 2016

- Interview : 11 septembre 2001 : 15 ans plus tard

SĂ©curitĂ© publique, politique, culture, religion
 DĂšs les premiĂšres heures suivant les attentats du 11 Septembre, les observateurs savaient que ces aspects de la vie en sociĂ©tĂ© seraient bouleversĂ©s. L’histoire leur a donnĂ© raison. Les chercheurs Charles-Philippe David et Solange Lefebvre, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du CongrĂšs maghrĂ©bin du QuĂ©bec Lamine Foura, le journaliste Jean-Marie Pottier et le pompier Michel Amesse expliquent Ă  Catherine Perrin comment le monde se ressent encore des effets de cette tragĂ©die.

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Une corde sensible pour les musiciens
Jean-Marie Pottier, qui dĂ©crit l’influence de la tragĂ©die sur la musique dans le livre Ground Zero : une histoire musicale du 11 Septembre, raconte que le chanteur Bruce Springsteen a consacrĂ© un album entier aux Ă©vĂ©nements. « On avait quasiment l’impression qu’il assurait un service public Ă  l’époque. Des gens venaient le voir pour lui dire : “On a besoin de toi, il faut que tu composes quelque chose, il faut que tu parles pour nous!” Donc, il a sorti un album qui s’appelle The Rising. Il y a une chanson sur quelqu’un qui a perdu son Ă©poux dans le World Trade Center, il y a une chanson sur quelqu’un qui a survĂ©cu et qui se demande comment vivre, il y a une chanson sur quelqu’un qui connaissait les pompiers qui sont montĂ©s au feu
 Toutes ces dimensions rassemblĂ©es en un seul disque. »

Écouter cette Ă©mission sur le site de Radio Canada

Catherine Perrin
Radio Canada // Médium Large 8 septembre 2016

Interview - Comment le 11 Septembre a influencé l'industrie musicale?

« Telle sera notre rĂ©ponse Ă  la violence : jouer de la musique avec encore plus d’intensitĂ©, plus de beautĂ© et plus de dĂ©vouement qu’auparavant. » Cette phrase du compositeur amĂ©ricain Leonard Bernstein, prononcĂ©e juste aprĂšs l’assassinat de J.F Kennedy en 1963, est posĂ©e en prĂ©ambule de Ground Zero, une histoire musicale du 11 Septembre, le dernier livre de Jean-Marie Pottier aux Ă©ditions Le mot et le reste. Pour l’actuel rĂ©dacteur en chef de Slate.fr, l’idĂ©e est claire : il s’agit de comprendre comment le 11 septembre 2001 a pu influencer l’industrie musicale, de mesurer l’impact de la musique lorsque surgit un drame national, d’analyser en quoi ces attentats ont pu inspirer les musiciens et inciter les auditeurs Ă  Ă©couter diffĂ©remment des morceaux parfois vieux de plusieurs dĂ©cennies.

Presque un an aprĂšs les fusillades de novembre 2015, et quelques semaines aprĂšs les attentats de Nice, Jean-Marie Pottier en est d’ailleurs convaincu : suite Ă  des Ă©vĂšnements aussi dramatiques, que l’on soit mĂ©lomane ou non, fan de Radiohead ou de Steve Reich, on attends forcĂ©ment des musiciens qu’ils « nous incitent au partage, Ă  l’unitĂ© et Ă  la fĂȘte ».

Noisey : L’idĂ©e du bouquin est nĂ©e suite Ă  un de tes articles publiĂ©s sur Slate en 2010. Pourquoi ? Parce que tu pensais qu’il y avait matiĂšre Ă  creuser davantage ou parce que le 11 septembre 2001 est, selon toi, l’évĂ©nement le plus marquant du 21Ăšme siĂšcle ?
Jean-Marie Pottier : Si tu veux, il y a trois explications. La premiĂšre, c’est effectivement ce papier publiĂ© en 2010 qui Ă©tait une façon pour moi de mĂȘler la pop culture Ă  l’histoire, mais aussi de rebondir sur le bouquin de Chuck Klosterman oĂč il dit que Kid A de Radiohead est la bande-son du 11 septembre. La seconde, ce sont les recherches effectuĂ©es dans le cadre de mon prĂ©cĂ©dent bouquin (Indie-Pop) autour de « Enjoy The Silence » de Depeche Mode. À force de fouiller sur le net, je suis tombĂ© sur une vidĂ©o de ce morceau tournĂ©e dans le cadre de l’émission Champs-ElysĂ©es de Michel Drucker au sommet du World Trade Center, et je me suis dis qu’il y avait indĂ©niablement quelque chose Ă  creuser, qu’il devait certainement avoir de nombreuses rĂ©fĂ©rences Ă  ce monument dans la musique, contemporaine ou autre. La troisiĂšme explication, enfin, c’est tout simplement le fait que l’on « fĂȘte » le quinziĂšme anniversaire de cet attentat en 2016, et que je considĂšre que c’est un nombre d’annĂ©es assez consĂ©quent pour prendre du recul et l’analyser en profondeur.

À propos des disques publiĂ©s le 11 septembre, tu dis qu’ils sont comme des « vestiges instantanĂ©s ». Qu’est-ce que tu veux dire par lĂ  ?
Cette expression, je l’ai utilisĂ©e parce que j’avais en tĂȘte ces animaux qui, aprĂšs une Ă©ruption volcanique, se fondent dans la lave. Pour les albums publiĂ©s le 11 septembre, c’est pareil. Ils arrivent comme ça, l’air de rien, mais on ne peut plus les sĂ©parer de l’évĂ©nement. Ils en font partie. Selon moi, c’est trĂšs compliquĂ© de chroniquer l’album de Bob Dylan sorti ce jour-lĂ  (Love and Theft) sans prendre en compte l’impact des attentats. Il arrive dans un contexte trĂšs fort et Dylan y fait d’ailleurs rĂ©fĂ©rence quand sa tournĂ©e suivante passe par New York. Comme Jay-Z avec The Blueprint qui, lui, se sert de l’évĂšnement pour s’affirmer plus fort que Ben Laden.

Tu parles de la pochette de Breakfast In America de Supertramp en disant que « le verre de jus d’orange que l’actrice Kate Murtagh brandit Ă  la place de la torche de « Lady Liberty », pile dans l’axe des fausses Twin Towers, ressemble aux boules de feu qui ont traversĂ© les tours ». Franchement, c’est de la surinterprĂ©tation lĂ , non ?
Oui, bien sĂ»r ! Lorsque j’évoque Supertramp, je dis d’ailleurs que ceux qui analysent ainsi la pochette sont un peu les numĂ©rologues du 11 septembre. Plusieurs thĂ©ories prĂ©tendent Ă©galement que, si on inverse la pochette, le U et le P de Supertramp semblent dessiner les chiffres « 9/11 »  Il faut bien comprendre que si on cherche, on arrivera toujours Ă  trouver des signes prĂ©monitoires ou autre. Ce qui est assez fou finalement dans cette histoire, c’est que Supertramp a une image auprĂšs du grand public qui ne colle pas du tout avec ce qu’il s’est passĂ© ce jour-lĂ , contrairement Ă  un mec comme Leonard Cohen dont le « First We Take Manhattan », qui a aussi Ă©tĂ© vu comme prophĂ©tique, rĂ©sonne fortement avec l’évĂ©nement.

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Lire l’intĂ©gralitĂ© de l’interview sur le site de Noisey

Maxime Delcourt
Noisey 7 septembre 2016

Les tours s'écroulÚrent et le silence se fit. Puis la musique revint.

À l’occasion de la parution du livre Ground Zero – Une histoire musicale du 11 Septembre et Ă  l’approche du 15Ăšme anniversaire des attentats, Pop & Co se pose une question. Comment les attentats perpĂ©trĂ©s aux États-Unis le 11 septembre 2001 ont-ils changĂ© la musique ?

Pouvoir cathartique, censure, autocensure, concerts commĂ©moratifs, participation Ă  la construction du mythe du hĂ©ros, refuge patriotique voire nationaliste ou, Ă  l’inverse, Ă©mergence d’une voix dissonante et rĂ©surgence des combats pour les droits civiques
 les attaques terroristes de 2001 ont eu des consĂ©quences multiples sur le monde de la musique, la crĂ©ation et l’industrie musicales.

Le livre de Jean-Marie Pottier, Ground Zero – Une histoire musicale du 11 Septembre est publiĂ© aux Ă©ditions Le mot et le reste.

Réécouter l’émission de Rebecca Manzoni sur le site de France Inter

Rebecca Manzoni
France Inter // Pop & Co 5 septembre 2016

- Le Grand Angle - Interview de Jean-Marie Pottier

Xavier Lambrechts invite Jean-Marie Pottier Ă  parler de son dernier ouvrage pour “Le Grand Angle” de son Ă©mission.

Une interview Ă  revoir sur le site de TV5Monde

Xavier Lambrechts
TV5Monde // 64' Le monde en français 27 août 2016

- Ground Zero: face à la terreur, la musique a un “pouvoir de consolation universel”

Comment la musique est-elle affectĂ©e par la violence ? A partir de l’exemple de 11 Septembre mais aussi de la tuerie du Bataclan, Jean-Marie Pottier, rĂ©dacteur en chef de Slate.fr, analyse les rĂ©actions des musiciens face aux attentats et comment ils transforment leurs crĂ©ations.
Avant mĂȘme que le livre ne dĂ©marre, cette citation du compositeur amĂ©ricain Leonard Bernstein, aprĂšs l’assassinat de J.F Kennedy en 1963, donne le la : “Telle sera notre rĂ©ponse Ă  la violence : jouer de la musique avec encore plus d’intensitĂ©, plus de beautĂ© et plus de dĂ©vouement qu’auparavant.”

Jean-Marie Pottier, rĂ©dacteur en chef Ă  Slate.fr, a dessinĂ© dans son ouvrage Ground Zero un historique des inspirations et hommages des artistes au moment d’attaques terroristes, ainsi que le rĂŽle qu’ils ont jouĂ© auprĂšs d’un public en souffrance. Le livre – sorte de version longue d’un article publiĂ© sur Slate en 2010 – s’ouvre sur l’histoire de Josh Homme. L’auteur rapporte que le chanteur du groupe Queens of the Stone Age, en Californie le 11 septembre 2001, avait conseillĂ© Ă  sa mĂšre de visiter le World Trade Center : “En voyant les images Ă  la tĂ©lĂ©, je me suis agenouillĂ© et j’ai vomi, confie-t-il Ă  Rock & Folk. Je pensais avoir envoyĂ© ma mĂšre Ă  la mort. Heureusement, elle n’était pas lĂ  ce matin-là”.

Le 13 novembre, alors que son autre groupe Eagles of Death Metal se produit sur la scĂšne du Bataclan sans lui, Josh Homme reçoit un SMS de Dan Auerbach, lui-mĂȘme en concert Ă  Paris, lui demandant s’il va bien. La tuerie qui a fait 97 morts vient d’avoir lieu, et le chanteur Ă©tait encore une fois intimement liĂ© Ă  l’évĂ©nement sans y ĂȘtre.

Des chansons prophétiques

Quelle influence ces Ă©vĂ©nements dramatiques ont-ils pu avoir sur l’industrie du disque? De quelle maniĂšre ont-ils inspirĂ© les artistes et comment les textes et mĂ©lodies ont-elles Ă©tĂ© reçues par le public ? Telles sont les questions auxquelles Jean-Marie Pottier tente de rĂ©pondre. Les albums sortis juste aprĂšs le 11 Septembre, comme Songs For The Deaf des Queens of the Stone Age, ont une rĂ©sonance particuliĂšre:

“La plupart de ces chansons, douze sur quatorze, ont Ă©tĂ© Ă©crites avant, mĂȘme si elles prennent certainement une nouvelle signification”, explique Josh Homme.

De maniĂšre presque inconsciente alors, les mots ont une portĂ©e tout autre: “Vous voyez presque des choses dans les paroles que vous avez Ă©crites que vous n’aviez pas vues auparavant, comme si, aprĂšs qu’elles ont Ă©tĂ© Ă©crites, vous dĂ©couvriez ce dont elles parlent.”

Lors du 13 novembre et de l’attaque du Bataclan, c’est bien le Paris festif qui est pris d’assaut, la musique Ă©tant le symbole d’une libertĂ© Ă  anĂ©antir. Finalement, cette mĂȘme musique visĂ©e par les terroristes devient de maniĂšre irrĂ©pressible le salut des survivants, explique l’auteur. On attend des artistes qu’ils livrent leurs mĂ©lodies et leurs mots pour extĂ©rioriser la peine, et revendiquer encore plus fort la libertĂ©. Mais Jean-Marie Pottier rappelle aussi l’importance du silence post-attentat. AprĂšs le 11 Septembre, la musique s’est d’abord tue avant de devenir un refuge: “Impossible d’en Ă©couter, impossible aussi d’en produire”, Ă©crit-il.

Un silence ayant pour consĂ©quence une chute dans l’industrie du disque: “Dans l’ensemble du pays, les ventes de musique baissent de 5% la semaine du 11 septembre, et de plus de 16% dans la ville de New York mĂȘme.” Pourtant, certains artistes ont vu leurs ventes s’envoler. Le 11 septembre 2001 est aussi le jour de la sortie du 31e album de Bob Dylan, Love and Theft. Les fans, pressĂ©s d’acquĂ©rir le nouvel opus de leur idole, ont alors assistĂ©s, mĂ©dusĂ©s et assourdis, Ă  la catastrophe.

Accueilli Ă  chaudes larmes, l’album se hisse Ă  la cinquiĂšme place des charts et confĂšre Ă  Bob Dylan une aura quasi-prophĂ©tique, rappelle Jean-Marie Pottier. Autre sortie ce jour-lĂ : The Blueprint de Jay-Z, qui s’écoulera Ă  420 000 exemplaires en sept jours aux États-Unis. BouleversĂ©s, d’autres musiciens trouvent dans leur art une catharsis indispensable.

“ThĂ©rapie musicale”

Ainsi, deux jours aprĂšs les attentats de 2001, Lou Reed compose Fire Music qui figure sur l’album The Raven: “Tout ce que j’ai ressenti est dans ce morceau de musique. Ce que je veux vraiment et sincĂšrement dire, c’est que je ne peux le rĂ©sumer en mots, c’est ce Ă  quoi sert la musique.”

Un morceau organique Ă©crit en rĂ©action immĂ©diate, comme une pulsion. Au sujet de Bruce Springsteen et de son Into The Fire composĂ© aussi aprĂšs les attentats, Jean-Marie Pottier parle de “thĂ©rapie musicale”:

“Le ciel Ă©tait en train de s’écrouler et dĂ©goulinait de sang /Je t’ai entendu m’appeler quand tu as disparu dans la poussiĂšre /Montant les escaliers dans le feu”.

En 240 pages, l’ouvrage de Jean-Marie Pottier est une vĂ©ritable ode Ă  la musique, quelle qu’elle soit, d’oĂč qu’elle vienne. Il relie les Ă©poques et les attaques entre elles, tendant Ă  prouver que de tout temps l’horreur a existĂ©, mais que la musique a toujours tenu un rĂŽle de revendication face Ă  la violence. Et de rappeler – si c’était nĂ©cessaire – qu’à l’instar du titre Hallelujah de Jeff Buckley souvent diffusĂ© et partagĂ© post-attentats, elle a un “pouvoir de consolation universel.”

Consultez l’article directement sur le site des Inrocks

Thiphaine Lévy-Frébault
Les Inrockuptibles 24 juillet 2016