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Parution : 22/03/2012
ISBN : 9782360540433
272 pages (148 x 210)

18 €

Journal des canyons

Ce journal de marches dans des parcs amĂ©ricains sur les traces de l’écrivain et Ă©cologiste Edward Abbey rĂ©ussit le petit prodige de nous emmener dans cette Ă©puisante promenade avec une aisance et une jubilation rares.

AgnĂšs LĂ©glise – ROCK&FOLK

Sur les traces de l’écrivain et Ă©cologiste amĂ©ricain Edward Abbey, Arnaud Devillard chronique au jour le jour son pĂ©riple aux États-Unis. Mais les paysages qu’il dĂ©couvre ne sont pas exactement les espaces presque vierges des annĂ©es soixante
 Entre les descriptions tragi-comiques du trajet le long de la route 66 au mythe terni depuis longtemps et ses errances sur les parkings immenses des grands parcs, Arnaud Devillard nous livre mille anecdotes sur Abbey, l’histoire des États-Unis, la musique et les films amĂ©ricains. Journal des canyons est un rĂ©cit de voyage plein d’humour et d’autodĂ©rision, drĂŽle et rafraĂźchissant, qui prend Ă  contre-pied les figures imposĂ©es du road movie et aborde la question de l’écologie avec le sourire.

Revue de presse

- Journal des Canyons Théoliane blog 06 mars 2014
- Journal des canyons Miss Sunalee In Books popupmonster.wordpress.com 02 juin 2013
- Journal des canyons Keisha enlisantenvoyageant.blogspot.fr 03 mai 2013
- Journal des canyons VSD Mai 2012
- Journal des canyons Archibald Ploom Culture Chronique Mai 2012
- Journal des canyons AgnÚs Léglise Rock&Folk Mai 2012
- Journal des canyons Émission Easy Rider PFM Radio 8 avril 2012
- Journal des canyons Lionel Bedin La Cause littéraire 8 avril 2012

- Journal des Canyons

Quel plaisir de lire le rĂ©cit du pĂ©riple de ce couple de français qui sillonne en voiture l’Ouest AmĂ©ricain ! Surtout quand on a soi-mĂȘme effectuĂ© ce genre de voyage et qu’on connaĂźt bien cette rĂ©gion du monde. On y retrouve exactement les impressions que l’on y a eues, les observations faites, les contigences du tourisme de masse (que l’on contribue Ă  aggraver
), comme si on avait Ă©crit soi-mĂȘme ce texte. Mais en plus, il y a l’humour lĂ©ger de l’auteur, son sens de la dĂ©rision, son enthousiasme aussi et son amour de ce continent si vaste et si surprenant. Une lecture qui rappellera des souvenirs ou qui donnera fort envie de dĂ©couvrir toutes ces merveilles.

Journal des Canyons – Theoliane

Théoliane blog 06 mars 2014

- Journal des canyons

Je suis tombĂ©e sur ce livre un peu par hasard: je cherchais Ă  mieux connaĂźtre les Ă©ditions Le Mot et le Reste et au lieu d’acheter des livres concernant la musique comme je comptais le faire, j’ai achetĂ© un rĂ©cit de voyage. Mais il y a des liens: Arnaud Devillard est journaliste musical et la musique n’est jamais loin dans son rĂ©cit. C’est l’étĂ©, il part avec sa femme pour un road trip aux États-Unis. Les premiers jours servent d’acclimatation dans les canyons de New York, puis, c’est le dĂ©part pour Las Vegas. De lĂ , le couple sillonnera les routes Ă  travers les grands parcs nationaux de la rĂ©gion, sur les traces d’Edward Abbey, un Ă©crivain et Ă©cologiste amĂ©ricain des annĂ©es 60-70. Devillard est assez critique sur son environnement, drĂŽle parfois, tout en se rendant compte qu’il participe au tourisme de masse qu’il dĂ©nonce. Et la musique dans tout ça ? Elle s’immisce dans les conversations avec sa femme pendant les longs trajets, souvent suite Ă  des dĂ©saccords sur les goĂ»ts respectifs. Voici en tous cas un rĂ©cit de voyage d’un auteur français qui sort des conventions poĂ©tico-chiantes comme c’est souvent le cas. Je recommande !

Miss Sunalee In Books
popupmonster.wordpress.com 02 juin 2013

- Journal des canyons

Direction le sud ouest des Etats-Unis, en compagnie d’Arnaud Devillard et de sa compagne CĂ©cile. Nourri de rock-folk (d’oĂč des passages marrants sur son Ă©coute au volant) et de DĂ©sert solitaire d’un certain Abbey, Arnaud Devillard va donc dĂ©couvrir sans trop d’étonnement que quarante ans aprĂšs, les craintes d’Abbey Ă©taient bien fondĂ©es. Place au touriste roi. Visitor centers, parkings, shop gifts, chemins goudronnĂ©s et balisĂ©s, plateformes d’observation, hĂŽtels, restaurants, agences de voyages, s’agglutinent tout prĂšs (mais vraiment tout prĂšs) du moindre site grandiose (les sites grandioses sont lĂ©gion dans le coin).

“Edward Abbey raconte son affolement quand il apprend que le Bureau des routes publiques projette de tracer une route goudronnĂ©e dans le parc des Arches. Il pouvait retenir son souffle, ce n’était qu’un gentil dĂ©but.”

Tout est fait pour que le touriste soit pris en main et fasse le moins d’efforts possible. Et business is business, par exemple un million de visiteurs au parc national des Arches. En 2008. Quand Abbey y Ă©tait ranger, en 1956, pas de route goudronnĂ©e, voitures interdites, 30 000 visiteurs sac au dos.

L’auteur est parfaitement conscient que lui aussi est un touriste qui suit les mĂȘmes sentiers balisĂ©s (comment faire autrement si on veut dĂ©couvrir le coin?) et parfois ressent du malaise, en particulier en visitant des villages indiens.

Cependant, quels coins fabuleux! Durant ma lecture j’avais les images plein la tĂȘte. MĂȘme si depuis 1995, date d’un voyage par lĂ -bas, cela a dĂ» changer, et pas en s’amĂ©liorant.

Keisha
enlisantenvoyageant.blogspot.fr 03 mai 2013

- Journal des canyons

Un couple s’aventure Ă  la recherche des derniers grands espaces amĂ©ricains. Un carnet de voyage drĂŽle, instructif et Ă©mouvant, tirĂ© du choc Ă©prouvĂ© devant la majestĂ© des sites et du dĂ©sastre face au tourisme de masse. En filigrane, un constat terrible sur les ravages de notre civilisation.

VSD Mai 2012

- Journal des canyons

Vous arrive-t-il de temps Ă  autre, alors que vous ĂȘtes en train de lire un roman, le journal d’un Ă©crivain ou un essai, de vous dire : “ J’aurais aimĂ© Ă©crire ce livre !” C’est une impression subjective et souvent fugace mais bien rĂ©elle. Tout lecteur a dans un coin de sa tĂȘte ce livre certes hypothĂ©tique mais qui correspondrait Ă  son imaginaire, sa crĂ©ativitĂ© et ses convictions. Cette impression je l’ai eue derniĂšrement en dĂ©vorant – c’est le terme adĂ©quat – LE JOURNALDESCANYONS d’Arnaud DEVILLARD. VoilĂ  un ouvrage qui est en vĂ©ritĂ© bien plus qu’un journal car il en dit assez peu sur le diariste lui-mĂȘme sinon quelques repĂšres autobiographiques mais rĂ©vĂšle beaucoup plus sur un pĂ©riple qui va l’amener avec sa compagne Ă  visiter quelques grands parcs nationaux aux Etats-Unis. DEVILLARD ne part pas comme un vulgaire touriste dĂ©cidĂ© Ă  rapporter les meilleurs clichĂ©s d’un voyage aux Etats-Unis afin d’exĂ©cuter ses amis dĂšs son retour lors de sĂ©ances de rĂ©troprojections qui finiront par en faire ses pires ennemis. Non, ses motivations sont au fond plus nobles puisqu’il s’agit de revenir quarante ans plus tard sur les traces de l’écrivain Ă©cologiste Edward ABBEY, auteur de DESERTSOLITAIRE et du GANG DE LA CLEF A MOLETTE. Pas n’importe qui en vĂ©ritĂ© car Edward ABBEY a Ă©tĂ© un militant convaincu de la cause Ă©cologiste et plus prĂ©cisĂ©ment de la dĂ©fense des zones naturelles que la crĂ©ation des parcs nationaux Ă©tait censĂ©e protĂ©ger.

Ce journal est en vĂ©ritĂ© celui d’un voyage qui dĂ©marra le 15 juillet 2008 et s’acheva le 15 aoĂ»t de la mĂȘme annĂ©e. Quelques jours Ă  New York qui nous valent quelques pages passionnantes : “ La premiĂšre chose qu’ont fait les Hollandais en s’installant sur Manhattan a Ă©tĂ© de creuser un canal et de monter des façades flamandes. Mais le meilleur exemple de cette philosophie reste le fameux plan Ă  damier de New York. Lorsque le responsable du cadastre Simeon DE WITT l’imagine en 1811, la ville n’occupe que la pointe de Manhattan. La “grille” est donc pensĂ©e pour une ville qui n’existe pas encore
”

AprĂšs avoir quittĂ© New York, atterrissage Ă  Las Vegas qui nous vaut quelques descriptions pleines d’humour. S’ensuivront trois semaines de traversĂ©e de l’Arizona, l’Utah ou le Colorado en voiture ou Ă  crapahuter dans des espaces sublimes sous un cagnard de tous les diables au point de connaĂźtre des moments de sĂ©vĂšre dĂ©sydratation. DEVILLARD aime les grands espaces amĂ©ricains et il respecte profondĂ©ment l’oeuvre d’ABBEY. Il n’est pas le seul car les ouvrages d’ABBEY marquĂšrent toute une gĂ©nĂ©ration de lecteurs. Pour l’anecdote, ABBEY trouva moyen aprĂšs sa mort de se faire enterrer par ses amis dans un endroit connu d’eux seuls, en plein coeur d’une nature qu’il vĂ©nĂ©rait.

Tout au long de ces trente jours de plongĂ©e au coeur de l’AmĂ©rique d’ABBEY, l’auteur dĂ©couvre que les pires craintes de ce dernier se sont rĂ©alisĂ©es, les parcs nationaux restent des lieux d’exception ou la nature grandiose semble contempler son oeuvre mais dĂ©sormais des autoroutes amĂšnent chaque annĂ©e des millions de touristes qui se rĂ©pandent chaque jour comme des insectes Ă  deux pattes parmi les plus beaux panoramas du monde. Le gigantisme n’est plus seulement celui de la nature mais aussi celui des infrastructures humaines dont le but est Ă©videmment de ramasser des royalties.

DEVILLARD et sa compagne prennent tout de mĂȘme du plaisir car les lieux et la mythologie amĂ©ricaines fonctionnent, mais ils peuvent Ă©prouver parfois des sentiments contradictoires: “En dĂźnant au Hogan Restaurant, juste Ă  cĂŽtĂ© de l’hĂŽtel, nous nous dĂ©couvrons l’un et l’autre une difficultĂ© Ă  gĂ©rer une vague sensation de gĂȘne Ă  faire les touristes dans une rĂ©serve. Monument Valley fait soudain figure de cache-sexe Ă  un climat latent de soumission et de dĂ©possession. Wounded Knee et Kit Carson sont peut-ĂȘtre loin, rien Ă  faire, quelque chose ne passe pas.” On l’a compris l’auteur n’est pas un touriste bĂ©at, il s’interroge sur le systĂšme hyper consummĂ©riste que les AmĂ©ricains ont mis en place dans ces zones qu’ABBEY imaginait plutĂŽt comme des sanctuaires.

Tout au long du pĂ©riple du couple le lecteur dĂ©couvre des lieux d’anthologie comme le “John Ford Point”, belvĂ©dĂšre naturel dominant Monument Valley oĂč le cinĂ©aste tourna “La ChevauchĂ©e fantastique” fin 1938 dans un parc dĂ©sormais gĂ©rĂ© par les Indiens Navajos. Le Grand Canyon Ă©videmment et son “Skywalk”, plate-forme d’observation transparente pour offrir une vue Ă  la verticale sur l’abĂźme et la Colorado River donnant l’impression de marcher au dessus du vide. Les Navajos “ ont construit le “Skywalk” pour trente et un millions de dollars. Ce n’est qu’une Ă©tape. Ils comptent bĂątir tout autour un complexe du genre du Grand Canyon Village
”

DEVILLARD Ă©graine les play list des radios locales qu’ils Ă©coutent dans leurs voitures : Rolling Stones, Deep Purple, Eagles, Neil Young, Led Zep, Boston, Clapton, Creedence, U2, Mötley CrĂŒe, Deff Leppard 
 Pas un artiste noir. Mais faut-il s’en Ă©tonner dans cette rĂ©gion des Etats-Unis ? Finalement les clichĂ©s ont la vie dure

Quelques petits coups de griffe au passages vis-Ă -vis des touristes français qu’on aimerait ne pas avoir Ă  rencontrer, mais comme les parcs nationaux nord-amĂ©ricains font penser Ă  la tour Eiffel aux heures de pointe, le touriste français finit inexorablement par se diluer dans le flot ininterrompu des nationalitĂ©s. DEVILLARD se perd dans les parkings bondĂ©s des lieux touristiques malgrĂ© leurs tailles titanesques, cherche un peu d’ombre, apprĂ©cie la climatisation aprĂšs s’ĂȘtre fait passer au lance-flamme d’une journĂ©e de marche, mange avec appĂ©tit l’”Andoulie Sausage Pasta” et rĂȘve d’un autre monde, celui d’Edward ABBEY d’avant les annĂ©es 70. Au passage il nous gratifie d’anecdotes savoureuses pleines d’autodĂ©rision et complĂšte habilement notre culture littĂ©raire et musicale. Je ne l’écris pas souvent mais ce JOURNALDESCANYONS est un grand livre, Ă©rudit, intelligent et pas prĂ©tentieux pour deux sous !

Je vous laisse, il faut que je me procure rapido l’intĂ©grale d’Edward ABBEY !

Culture Chronique

Archibald Ploom
Culture Chronique Mai 2012

- Journal des canyons

Voyage ĂŽ combien plus vaste gĂ©ographiquement pour un bouquin aux beaucoup plus modestes ambitions, ce journal de marches dans des parcs amĂ©ricains sur les traces de l’écrivain et Ă©cologiste Edward Abbey rĂ©ussit le petit prodige de nous emmener dans cette Ă©puisante promenade avec une aisance et une jubilation rares. L’auteur, Arnaud Devillard, Français nourri dit-il de westerns, de road-movies et de guitares blues, marche ici dans les pas d’Abbey, cet excentrique et magnifique emmerdeur activiste qui prĂ©disait dans les annĂ©es 70 les hordes de visiteurs Ă  l’assaut d’une nature de moins en moins vierge que nous connaissons aujourd’hui et dont les derniers mots “no comment” Ă  l’issue d’une vie agitĂ©e et contestatrice rĂ©sument bien l’humour et le non-conformisme rĂ©jouissant de cet “eternally cranky sonofabitch” que ses amis escamotĂšrent aprĂšs sa mort (comme Gram Parsons, cet autre allumĂ©) et enterrĂšrent clandestinement avec un pack de biĂšres, quelque part dans la Cabeza Prieta, en Arizona, face Ă  ces paysages pour la prĂ©servation desquels il se battait farouchement.
Mais cet Ă©patant livre ne se rĂ©sume pas Ă  cette nostalgique ballade. De motels Ă  touristes en guĂ©rites Ă  rangers, Devillard et sa belle arpentent littĂ©ralement les sentiers les plus poussiĂ©reux de ces vĂ©ritables monuments amĂ©ricains que sont les parcs naturels et le rĂ©cit — haletant, il fait trĂšs chaud et ça grimpe sec — de ces incursions en territoire indien ou dans des cafĂ©tĂ©rias bondĂ©es se lit avec dĂ©lectation et un sentiment d’évasion unique. “Sweet Home Alabama” partout, Cimino, les fantĂŽmes des Mescaleros disparues Ă  Bosque Redondo, Townes Van Zandt, John Wayne ou Cash reprenant Dylan marcheront avec le lecteur dans cette athlĂ©tique ballade savante et Ă©colo totalement dĂ©paysante que l’érudition discrĂšte, l’humour et la tendre attention de l’auteur Ă  la nature magnifique et Ă  ses habitants originaux rendent tout Ă  fait captivante.

ROCK&FOLK

AgnÚs Léglise
Rock&Folk Mai 2012

- Journal des canyons

Un autre livre, d’un Ă©diteur qu’on aime beaucoup dans Easy Rider, Le Mot et Le Reste, Ă©diteur marseillais qui sort cette fois-ci Journal des Canyons d’Arnaud Devillard, dans la collection “Attitudes”.
Ça raconte l’histoire d’un mec, donc, Arnaud Devillard, et de sa nana, qui dĂ©cident de partir l’étĂ© 2008 sur la route des canyons aux États-Unis, parce qu’ils sont trĂšs fans d’un bouquin qui a Ă©tĂ© Ă©crit une quarantaine d’annĂ©es plus tĂŽt par Edward Abbey, DĂ©sert Solitaire. Edward Abbey Ă©tait tombĂ© complĂštement amoureux de tout cet Ouest amĂ©ricain fantasmĂ©, mais il en avait dĂ©jĂ  dĂ©crit les problĂšmes touristiques, ça commençait dĂ©jĂ  Ă  se dĂ©naturer Ă  cette Ă©poque-lĂ .
Ils dĂ©cident de refaire la mĂȘme route pour se rendre compte que bien sĂ»r, aujourd’hui, c’est encore pire. C’est assez rigolo, la description du Grand Canyon avec ses centaines d’hĂŽtels, ses quatre millions de visiteurs par an, Las Vegas qui apparait comme la Sin City, la ville du pĂ©chĂ©, et qui n’est autre aujourd’hui qu’une ville avec des touristes en tongs et bermudas, une sorte de Disneyland pour adultes.
Le livre est trĂšs influencĂ© musicalement, il cite Gram Parsons, Steppenwolf, Frank Zappa aussi, enfin tous les gens de cette Ă©poque. C’est un trĂšs bon road-movie, je le conseille vraiment parce que ça se lit extrĂȘmement bien, trĂšs vite, et que c’est trĂšs bien fait.

Radio PFM

Émission Easy Rider
PFM Radio 8 avril 2012

- Journal des canyons

C’est en 2008 qu’Arnaud Devillard – et CĂ©cile – partent en touristes dans les fantastiques paysages dĂ©sertiques des États-Unis, dans les pas d’Edward Abbey (1927-1989), personnage emblĂ©matique et contestataire, le plus cĂ©lĂšbre des Ă©crivains Ă©cologistes de l’Ouest amĂ©ricain, auteur notamment en 1968 de DĂ©sert solitaire. Le Journal des canyons est le rĂ©cit de ce voyage : Arnaud Devillard nous raconte simplement, au jour le jour, comment ça s’est passĂ©. Un rĂ©cit assez marrant, mais qui finit pas donner un sentiment un peu tragique, par (me) mettre mal Ă  l’aise : qu’est-ce que c’est que ce cauchemar ? Comment pouvons-nous nous faire piĂ©ger ainsi ? Comment faire ? Comment ne pas avoir envie d’aller voir ce qui est prĂ©sentĂ© – et qui est sans doute rĂ©ellement – comme des merveilles de la nature ? Le problĂšme c’est que tout le monde dĂ©tient la mĂȘme information, part avec le mĂȘme besoin plus ou moins créé, le mĂȘme guide, le mĂȘme crĂ©neau dans le temps. Et qu’à l’autre bout les vautours attendent de pied ferme la masse – la manne – des touristes. Et que ça devient un enfer.

AprĂšs une escale Ă  New York et, dĂ©jĂ , un rappel de quelques Ă©garements dans lesquels notre sociĂ©tĂ© semble se complaire, puis un passage obligĂ© Ă  Las Vegas, pire encore, lĂ  oĂč « mĂȘme l’illusion est une illusion », nos deux touristes prennent la route dans un « dĂ©sert de poussiĂšre gris-rose » et arrivent en Arizona, le pays du « dĂ©sert intuitif et sans peine. Rentable aussi. » Edward Abbey disait que « les parcs nationaux n’ont pas besoin de routes de macadam, de complexes hĂŽteliers, de gaz d’échappement, d’embouteillages et de bateaux de plaisance Ă  moteur. » C’est exactement ce que les touristes trouvent en arrivant dans l’Ouest des États-Unis. Quarante ans aprĂšs DĂ©sert solitaire « les parcs nationaux sont devenus des parc d’attractions, des centres commerciaux, l’argent gouverne tout et tout le monde. » Le Parc national de Zion, l’Arizona, Le Lake Powell, les Canyonlands et la Colorado river, Moab et les Arches, les vestiges anasazis de la Mesa Verde, Petrified Forest, Monument valley – dont la visite, Ă©pique, est l’un des morceaux de bravoure de ce rĂ©cit
 Certainement des endroits magnifiques, assurĂ©ment une nature exceptionnelle, mais il faut bien le dire : « la seule aberration, ici, c’est notre prĂ©sence. » Surtout celle de milliers de personnes au mĂȘme moment.

Une fois quittĂ© le motel, avalĂ©s les kilomĂštres sur la Highway – Utah, Colorado –, garĂ© le gros 4×4 de location – il n’y a pas de petites voitures aux USA ? – et parcourus, sous un soleil accablant, les premiers hectomĂštres des sentiers balisĂ©s – parfois goudronnĂ©s – il faut reconnaĂźtre que les paysages sont grandioses – et qu’en un sens il est normal qu’ils soient accessibles. Ces « mondes inconnus, qui ne sont pas Ă  notre Ă©chelle », cet « ocĂ©an de grĂšs rouge et rose », cette « brutalitĂ© statique », ces « points de vue sur la plus dĂ©mente des sauvageries », sont courants ici oĂč « tout est trop grand, trop fruste, rien ne correspond plus Ă  des souvenirs de grand ou petit Ă©cran. »

Ce rĂ©cit de voyage d’une virĂ©e aux US est une vive dĂ©nonciation – sur un mode trĂšs humoristique et avec beaucoup de dĂ©rision – du tourisme de masse, de son organisation et de sa rĂ©cupĂ©ration. On y parle aussi d’écologie, de musique – de country music – de cinĂ©ma (Kevin Costner), de littĂ©rature « voyageuse » (Hillerman, Isabella Bird, John Muir
) et de l’histoire de ces « terres indiennes » des Hopis, des Anasazis, des Navajos. Bref : d’une grande partie de ce qui fait la « culture » amĂ©ricaine. Alors, y aller ou pas ? Peut-ĂȘtre la littĂ©rature suffit-elle


Les premiĂšres lignes : « Moab, Utah. Nous arrivons du nord-ouest par la State Highway 191. L’entrĂ©e du Arches National Park, un pont sur la Colorado River et la route devient Main Street. De part et d’autres, une enfilade ininterrompue d’agences de location de VTT, moto-cross, quad, des organisateurs de balades Ă  dos de mule, en bus, en jeep, en raft. Des restaurants, des motels. Des magasins d’accessoires de randonnĂ©e. Des bars, des hĂŽtels. Et lĂ , une librairie indĂ©pendante, Back of Beyond books, nom empruntĂ© Ă  une raison sociale fictive que l’on trouve dans les pages d’un livre de Edward Abbey. »

ecrivains-voyageurs

Lionel Bedin
La Cause littéraire 8 avril 2012