Journal des canyons
Ce journal de marches dans des parcs amĂ©ricains sur les traces de lâĂ©crivain et Ă©cologiste Edward Abbey rĂ©ussit le petit prodige de nous emmener dans cette Ă©puisante promenade avec une aisance et une jubilation rares.
AgnĂšs LĂ©glise â ROCK&FOLK
Sur les traces de lâĂ©crivain et Ă©cologiste amĂ©ricain Edward Abbey, Arnaud Devillard chronique au jour le jour son pĂ©riple aux Ătats-Unis. Mais les paysages quâil dĂ©couvre ne sont pas exactement les espaces presque vierges des annĂ©es soixante⊠Entre les descriptions tragi-comiques du trajet le long de la route 66 au mythe terni depuis longtemps et ses errances sur les parkings immenses des grands parcs, Arnaud Devillard nous livre mille anecdotes sur Abbey, lâhistoire des Ătats-Unis, la musique et les films amĂ©ricains. Journal des canyons est un rĂ©cit de voyage plein dâhumour et dâautodĂ©rision, drĂŽle et rafraĂźchissant, qui prend Ă contre-pied les figures imposĂ©es du road movie et aborde la question de lâĂ©cologie avec le sourire.
Revue de presse
- Journal des canyons Miss Sunalee In Books popupmonster.wordpress.com 02 juin 2013
- Journal des canyons Keisha enlisantenvoyageant.blogspot.fr 03 mai 2013
- Journal des canyons VSD Mai 2012
- Journal des canyons Archibald Ploom Culture Chronique Mai 2012
- Journal des canyons AgnÚs Léglise Rock&Folk Mai 2012
- Journal des canyons Ămission Easy Rider PFM Radio 8 avril 2012
- Journal des canyons Lionel Bedin La Cause littéraire 8 avril 2012
Quel plaisir de lire le rĂ©cit du pĂ©riple de ce couple de français qui sillonne en voiture lâOuest AmĂ©ricain ! Surtout quand on a soi-mĂȘme effectuĂ© ce genre de voyage et quâon connaĂźt bien cette rĂ©gion du monde. On y retrouve exactement les impressions que lâon y a eues, les observations faites, les contigences du tourisme de masse (que lâon contribue Ă aggraverâŠ), comme si on avait Ă©crit soi-mĂȘme ce texte. Mais en plus, il y a lâhumour lĂ©ger de lâauteur, son sens de la dĂ©rision, son enthousiasme aussi et son amour de ce continent si vaste et si surprenant. Une lecture qui rappellera des souvenirs ou qui donnera fort envie de dĂ©couvrir toutes ces merveilles.
Journal des Canyons â Theoliane
Je suis tombĂ©e sur ce livre un peu par hasard: je cherchais Ă mieux connaĂźtre les Ă©ditions Le Mot et le Reste et au lieu dâacheter des livres concernant la musique comme je comptais le faire, jâai achetĂ© un rĂ©cit de voyage. Mais il y a des liens: Arnaud Devillard est journaliste musical et la musique nâest jamais loin dans son rĂ©cit. Câest lâĂ©tĂ©, il part avec sa femme pour un road trip aux Ătats-Unis. Les premiers jours servent dâacclimatation dans les canyons de New York, puis, câest le dĂ©part pour Las Vegas. De lĂ , le couple sillonnera les routes Ă travers les grands parcs nationaux de la rĂ©gion, sur les traces dâEdward Abbey, un Ă©crivain et Ă©cologiste amĂ©ricain des annĂ©es 60-70. Devillard est assez critique sur son environnement, drĂŽle parfois, tout en se rendant compte quâil participe au tourisme de masse quâil dĂ©nonce. Et la musique dans tout ça ? Elle sâimmisce dans les conversations avec sa femme pendant les longs trajets, souvent suite Ă des dĂ©saccords sur les goĂ»ts respectifs. Voici en tous cas un rĂ©cit de voyage dâun auteur français qui sort des conventions poĂ©tico-chiantes comme câest souvent le cas. Je recommande !
Direction le sud ouest des Etats-Unis, en compagnie dâArnaud Devillard et de sa compagne CĂ©cile. Nourri de rock-folk (dâoĂč des passages marrants sur son Ă©coute au volant) et de DĂ©sert solitaire dâun certain Abbey, Arnaud Devillard va donc dĂ©couvrir sans trop dâĂ©tonnement que quarante ans aprĂšs, les craintes dâAbbey Ă©taient bien fondĂ©es. Place au touriste roi. Visitor centers, parkings, shop gifts, chemins goudronnĂ©s et balisĂ©s, plateformes dâobservation, hĂŽtels, restaurants, agences de voyages, sâagglutinent tout prĂšs (mais vraiment tout prĂšs) du moindre site grandiose (les sites grandioses sont lĂ©gion dans le coin).
âEdward Abbey raconte son affolement quand il apprend que le Bureau des routes publiques projette de tracer une route goudronnĂ©e dans le parc des Arches. Il pouvait retenir son souffle, ce nâĂ©tait quâun gentil dĂ©but.â
Tout est fait pour que le touriste soit pris en main et fasse le moins dâefforts possible. Et business is business, par exemple un million de visiteurs au parc national des Arches. En 2008. Quand Abbey y Ă©tait ranger, en 1956, pas de route goudronnĂ©e, voitures interdites, 30 000 visiteurs sac au dos.
Lâauteur est parfaitement conscient que lui aussi est un touriste qui suit les mĂȘmes sentiers balisĂ©s (comment faire autrement si on veut dĂ©couvrir le coin?) et parfois ressent du malaise, en particulier en visitant des villages indiens.
Cependant, quels coins fabuleux! Durant ma lecture jâavais les images plein la tĂȘte. MĂȘme si depuis 1995, date dâun voyage par lĂ -bas, cela a dĂ» changer, et pas en sâamĂ©liorant.
Un couple sâaventure Ă la recherche des derniers grands espaces amĂ©ricains. Un carnet de voyage drĂŽle, instructif et Ă©mouvant, tirĂ© du choc Ă©prouvĂ© devant la majestĂ© des sites et du dĂ©sastre face au tourisme de masse. En filigrane, un constat terrible sur les ravages de notre civilisation.
Vous arrive-t-il de temps Ă autre, alors que vous ĂȘtes en train de lire un roman, le journal dâun Ă©crivain ou un essai, de vous dire : â Jâaurais aimĂ© Ă©crire ce livre !â Câest une impression subjective et souvent fugace mais bien rĂ©elle. Tout lecteur a dans un coin de sa tĂȘte ce livre certes hypothĂ©tique mais qui correspondrait Ă son imaginaire, sa crĂ©ativitĂ© et ses convictions. Cette impression je lâai eue derniĂšrement en dĂ©vorant â câest le terme adĂ©quat â LE JOURNALDESCANYONS dâArnaud DEVILLARD. VoilĂ un ouvrage qui est en vĂ©ritĂ© bien plus quâun journal car il en dit assez peu sur le diariste lui-mĂȘme sinon quelques repĂšres autobiographiques mais rĂ©vĂšle beaucoup plus sur un pĂ©riple qui va lâamener avec sa compagne Ă visiter quelques grands parcs nationaux aux Etats-Unis. DEVILLARD ne part pas comme un vulgaire touriste dĂ©cidĂ© Ă rapporter les meilleurs clichĂ©s dâun voyage aux Etats-Unis afin dâexĂ©cuter ses amis dĂšs son retour lors de sĂ©ances de rĂ©troprojections qui finiront par en faire ses pires ennemis. Non, ses motivations sont au fond plus nobles puisquâil sâagit de revenir quarante ans plus tard sur les traces de lâĂ©crivain Ă©cologiste Edward ABBEY, auteur de DESERTSOLITAIRE et du GANG DE LA CLEF A MOLETTE. Pas nâimporte qui en vĂ©ritĂ© car Edward ABBEY a Ă©tĂ© un militant convaincu de la cause Ă©cologiste et plus prĂ©cisĂ©ment de la dĂ©fense des zones naturelles que la crĂ©ation des parcs nationaux Ă©tait censĂ©e protĂ©ger.
Ce journal est en vĂ©ritĂ© celui dâun voyage qui dĂ©marra le 15 juillet 2008 et sâacheva le 15 aoĂ»t de la mĂȘme annĂ©e. Quelques jours Ă New York qui nous valent quelques pages passionnantes : â La premiĂšre chose quâont fait les Hollandais en sâinstallant sur Manhattan a Ă©tĂ© de creuser un canal et de monter des façades flamandes. Mais le meilleur exemple de cette philosophie reste le fameux plan Ă damier de New York. Lorsque le responsable du cadastre Simeon DE WITT lâimagine en 1811, la ville nâoccupe que la pointe de Manhattan. La âgrilleâ est donc pensĂ©e pour une ville qui nâexiste pas encoreâŠâ
AprĂšs avoir quittĂ© New York, atterrissage Ă Las Vegas qui nous vaut quelques descriptions pleines dâhumour. Sâensuivront trois semaines de traversĂ©e de lâArizona, lâUtah ou le Colorado en voiture ou Ă crapahuter dans des espaces sublimes sous un cagnard de tous les diables au point de connaĂźtre des moments de sĂ©vĂšre dĂ©sydratation. DEVILLARD aime les grands espaces amĂ©ricains et il respecte profondĂ©ment lâoeuvre dâABBEY. Il nâest pas le seul car les ouvrages dâABBEY marquĂšrent toute une gĂ©nĂ©ration de lecteurs. Pour lâanecdote, ABBEY trouva moyen aprĂšs sa mort de se faire enterrer par ses amis dans un endroit connu dâeux seuls, en plein coeur dâune nature quâil vĂ©nĂ©rait.
Tout au long de ces trente jours de plongĂ©e au coeur de lâAmĂ©rique dâABBEY, lâauteur dĂ©couvre que les pires craintes de ce dernier se sont rĂ©alisĂ©es, les parcs nationaux restent des lieux dâexception ou la nature grandiose semble contempler son oeuvre mais dĂ©sormais des autoroutes amĂšnent chaque annĂ©e des millions de touristes qui se rĂ©pandent chaque jour comme des insectes Ă deux pattes parmi les plus beaux panoramas du monde. Le gigantisme nâest plus seulement celui de la nature mais aussi celui des infrastructures humaines dont le but est Ă©videmment de ramasser des royalties.
DEVILLARD et sa compagne prennent tout de mĂȘme du plaisir car les lieux et la mythologie amĂ©ricaines fonctionnent, mais ils peuvent Ă©prouver parfois des sentiments contradictoires: âEn dĂźnant au Hogan Restaurant, juste Ă cĂŽtĂ© de lâhĂŽtel, nous nous dĂ©couvrons lâun et lâautre une difficultĂ© Ă gĂ©rer une vague sensation de gĂȘne Ă faire les touristes dans une rĂ©serve. Monument Valley fait soudain figure de cache-sexe Ă un climat latent de soumission et de dĂ©possession. Wounded Knee et Kit Carson sont peut-ĂȘtre loin, rien Ă faire, quelque chose ne passe pas.â On lâa compris lâauteur nâest pas un touriste bĂ©at, il sâinterroge sur le systĂšme hyper consummĂ©riste que les AmĂ©ricains ont mis en place dans ces zones quâABBEY imaginait plutĂŽt comme des sanctuaires.
Tout au long du pĂ©riple du couple le lecteur dĂ©couvre des lieux dâanthologie comme le âJohn Ford Pointâ, belvĂ©dĂšre naturel dominant Monument Valley oĂč le cinĂ©aste tourna âLa ChevauchĂ©e fantastiqueâ fin 1938 dans un parc dĂ©sormais gĂ©rĂ© par les Indiens Navajos. Le Grand Canyon Ă©videmment et son âSkywalkâ, plate-forme dâobservation transparente pour offrir une vue Ă la verticale sur lâabĂźme et la Colorado River donnant lâimpression de marcher au dessus du vide. Les Navajos â ont construit le âSkywalkâ pour trente et un millions de dollars. Ce nâest quâune Ă©tape. Ils comptent bĂątir tout autour un complexe du genre du Grand Canyon VillageâŠâ
DEVILLARD Ă©graine les play list des radios locales quâils Ă©coutent dans leurs voitures : Rolling Stones, Deep Purple, Eagles, Neil Young, Led Zep, Boston, Clapton, Creedence, U2, Mötley CrĂŒe, Deff Leppard ⊠Pas un artiste noir. Mais faut-il sâen Ă©tonner dans cette rĂ©gion des Etats-Unis ? Finalement les clichĂ©s ont la vie dure
Quelques petits coups de griffe au passages vis-Ă -vis des touristes français quâon aimerait ne pas avoir Ă rencontrer, mais comme les parcs nationaux nord-amĂ©ricains font penser Ă la tour Eiffel aux heures de pointe, le touriste français finit inexorablement par se diluer dans le flot ininterrompu des nationalitĂ©s. DEVILLARD se perd dans les parkings bondĂ©s des lieux touristiques malgrĂ© leurs tailles titanesques, cherche un peu dâombre, apprĂ©cie la climatisation aprĂšs sâĂȘtre fait passer au lance-flamme dâune journĂ©e de marche, mange avec appĂ©tit lââAndoulie Sausage Pastaâ et rĂȘve dâun autre monde, celui dâEdward ABBEY dâavant les annĂ©es 70. Au passage il nous gratifie dâanecdotes savoureuses pleines dâautodĂ©rision et complĂšte habilement notre culture littĂ©raire et musicale. Je ne lâĂ©cris pas souvent mais ce JOURNALDESCANYONS est un grand livre, Ă©rudit, intelligent et pas prĂ©tentieux pour deux sous !
Je vous laisse, il faut que je me procure rapido lâintĂ©grale dâEdward ABBEY !
Voyage ĂŽ combien plus vaste gĂ©ographiquement pour un bouquin aux beaucoup plus modestes ambitions, ce journal de marches dans des parcs amĂ©ricains sur les traces de lâĂ©crivain et Ă©cologiste Edward Abbey rĂ©ussit le petit prodige de nous emmener dans cette Ă©puisante promenade avec une aisance et une jubilation rares. Lâauteur, Arnaud Devillard, Français nourri dit-il de westerns, de road-movies et de guitares blues, marche ici dans les pas dâAbbey, cet excentrique et magnifique emmerdeur activiste qui prĂ©disait dans les annĂ©es 70 les hordes de visiteurs Ă lâassaut dâune nature de moins en moins vierge que nous connaissons aujourdâhui et dont les derniers mots âno commentâ Ă lâissue dâune vie agitĂ©e et contestatrice rĂ©sument bien lâhumour et le non-conformisme rĂ©jouissant de cet âeternally cranky sonofabitchâ que ses amis escamotĂšrent aprĂšs sa mort (comme Gram Parsons, cet autre allumĂ©) et enterrĂšrent clandestinement avec un pack de biĂšres, quelque part dans la Cabeza Prieta, en Arizona, face Ă ces paysages pour la prĂ©servation desquels il se battait farouchement.
Mais cet Ă©patant livre ne se rĂ©sume pas Ă cette nostalgique ballade. De motels Ă touristes en guĂ©rites Ă rangers, Devillard et sa belle arpentent littĂ©ralement les sentiers les plus poussiĂ©reux de ces vĂ©ritables monuments amĂ©ricains que sont les parcs naturels et le rĂ©cit â haletant, il fait trĂšs chaud et ça grimpe sec â de ces incursions en territoire indien ou dans des cafĂ©tĂ©rias bondĂ©es se lit avec dĂ©lectation et un sentiment dâĂ©vasion unique. âSweet Home Alabamaâ partout, Cimino, les fantĂŽmes des Mescaleros disparues Ă Bosque Redondo, Townes Van Zandt, John Wayne ou Cash reprenant Dylan marcheront avec le lecteur dans cette athlĂ©tique ballade savante et Ă©colo totalement dĂ©paysante que lâĂ©rudition discrĂšte, lâhumour et la tendre attention de lâauteur Ă la nature magnifique et Ă ses habitants originaux rendent tout Ă fait captivante.
Un autre livre, dâun Ă©diteur quâon aime beaucoup dans Easy Rider, Le Mot et Le Reste, Ă©diteur marseillais qui sort cette fois-ci Journal des Canyons dâArnaud Devillard, dans la collection âAttitudesâ.
Ăa raconte lâhistoire dâun mec, donc, Arnaud Devillard, et de sa nana, qui dĂ©cident de partir lâĂ©tĂ© 2008 sur la route des canyons aux Ătats-Unis, parce quâils sont trĂšs fans dâun bouquin qui a Ă©tĂ© Ă©crit une quarantaine dâannĂ©es plus tĂŽt par Edward Abbey, DĂ©sert Solitaire. Edward Abbey Ă©tait tombĂ© complĂštement amoureux de tout cet Ouest amĂ©ricain fantasmĂ©, mais il en avait dĂ©jĂ dĂ©crit les problĂšmes touristiques, ça commençait dĂ©jĂ Ă se dĂ©naturer Ă cette Ă©poque-lĂ .
Ils dĂ©cident de refaire la mĂȘme route pour se rendre compte que bien sĂ»r, aujourdâhui, câest encore pire. Câest assez rigolo, la description du Grand Canyon avec ses centaines dâhĂŽtels, ses quatre millions de visiteurs par an, Las Vegas qui apparait comme la Sin City, la ville du pĂ©chĂ©, et qui nâest autre aujourdâhui quâune ville avec des touristes en tongs et bermudas, une sorte de Disneyland pour adultes.
Le livre est trĂšs influencĂ© musicalement, il cite Gram Parsons, Steppenwolf, Frank Zappa aussi, enfin tous les gens de cette Ă©poque. Câest un trĂšs bon road-movie, je le conseille vraiment parce que ça se lit extrĂȘmement bien, trĂšs vite, et que câest trĂšs bien fait.
Câest en 2008 quâArnaud Devillard â et CĂ©cile â partent en touristes dans les fantastiques paysages dĂ©sertiques des Ătats-Unis, dans les pas dâEdward Abbey (1927-1989), personnage emblĂ©matique et contestataire, le plus cĂ©lĂšbre des Ă©crivains Ă©cologistes de lâOuest amĂ©ricain, auteur notamment en 1968 de DĂ©sert solitaire. Le Journal des canyons est le rĂ©cit de ce voyage : Arnaud Devillard nous raconte simplement, au jour le jour, comment ça sâest passĂ©. Un rĂ©cit assez marrant, mais qui finit pas donner un sentiment un peu tragique, par (me) mettre mal Ă lâaise : quâest-ce que câest que ce cauchemar ? Comment pouvons-nous nous faire piĂ©ger ainsi ? Comment faire ? Comment ne pas avoir envie dâaller voir ce qui est prĂ©sentĂ© â et qui est sans doute rĂ©ellement â comme des merveilles de la nature ? Le problĂšme câest que tout le monde dĂ©tient la mĂȘme information, part avec le mĂȘme besoin plus ou moins créé, le mĂȘme guide, le mĂȘme crĂ©neau dans le temps. Et quâĂ lâautre bout les vautours attendent de pied ferme la masse â la manne â des touristes. Et que ça devient un enfer.
AprĂšs une escale Ă New York et, dĂ©jĂ , un rappel de quelques Ă©garements dans lesquels notre sociĂ©tĂ© semble se complaire, puis un passage obligĂ© Ă Las Vegas, pire encore, lĂ oĂč « mĂȘme lâillusion est une illusion », nos deux touristes prennent la route dans un « dĂ©sert de poussiĂšre gris-rose » et arrivent en Arizona, le pays du « dĂ©sert intuitif et sans peine. Rentable aussi. » Edward Abbey disait que « les parcs nationaux nâont pas besoin de routes de macadam, de complexes hĂŽteliers, de gaz dâĂ©chappement, dâembouteillages et de bateaux de plaisance Ă moteur. » Câest exactement ce que les touristes trouvent en arrivant dans lâOuest des Ătats-Unis. Quarante ans aprĂšs DĂ©sert solitaire « les parcs nationaux sont devenus des parc dâattractions, des centres commerciaux, lâargent gouverne tout et tout le monde. » Le Parc national de Zion, lâArizona, Le Lake Powell, les Canyonlands et la Colorado river, Moab et les Arches, les vestiges anasazis de la Mesa Verde, Petrified Forest, Monument valley â dont la visite, Ă©pique, est lâun des morceaux de bravoure de ce rĂ©cit⊠Certainement des endroits magnifiques, assurĂ©ment une nature exceptionnelle, mais il faut bien le dire : « la seule aberration, ici, câest notre prĂ©sence. » Surtout celle de milliers de personnes au mĂȘme moment.
Une fois quittĂ© le motel, avalĂ©s les kilomĂštres sur la Highway â Utah, Colorado â, garĂ© le gros 4Ă4 de location â il nây a pas de petites voitures aux USA ? â et parcourus, sous un soleil accablant, les premiers hectomĂštres des sentiers balisĂ©s â parfois goudronnĂ©s â il faut reconnaĂźtre que les paysages sont grandioses â et quâen un sens il est normal quâils soient accessibles. Ces « mondes inconnus, qui ne sont pas Ă notre Ă©chelle », cet « ocĂ©an de grĂšs rouge et rose », cette « brutalitĂ© statique », ces « points de vue sur la plus dĂ©mente des sauvageries », sont courants ici oĂč « tout est trop grand, trop fruste, rien ne correspond plus Ă des souvenirs de grand ou petit Ă©cran. »
Ce rĂ©cit de voyage dâune virĂ©e aux US est une vive dĂ©nonciation â sur un mode trĂšs humoristique et avec beaucoup de dĂ©rision â du tourisme de masse, de son organisation et de sa rĂ©cupĂ©ration. On y parle aussi dâĂ©cologie, de musique â de country music â de cinĂ©ma (Kevin Costner), de littĂ©rature « voyageuse » (Hillerman, Isabella Bird, John MuirâŠ) et de lâhistoire de ces « terres indiennes » des Hopis, des Anasazis, des Navajos. Bref : dâune grande partie de ce qui fait la « culture » amĂ©ricaine. Alors, y aller ou pas ? Peut-ĂȘtre la littĂ©rature suffit-elleâŠ
Les premiĂšres lignes : « Moab, Utah. Nous arrivons du nord-ouest par la State Highway 191. LâentrĂ©e du Arches National Park, un pont sur la Colorado River et la route devient Main Street. De part et dâautres, une enfilade ininterrompue dâagences de location de VTT, moto-cross, quad, des organisateurs de balades Ă dos de mule, en bus, en jeep, en raft. Des restaurants, des motels. Des magasins dâaccessoires de randonnĂ©e. Des bars, des hĂŽtels. Et lĂ , une librairie indĂ©pendante, Back of Beyond books, nom empruntĂ© Ă une raison sociale fictive que lâon trouve dans les pages dâun livre de Edward Abbey. »