🔍
Parution : 18/04/2013
ISBN : 9782360540860
336 pages (148 x 210)

20 €

Grizzly Park

Une lecture rafraĂźchissante, dĂ©paysante et qui devrait rappeler de bons souvenirs aux chanceux qui ont voyagĂ© comme l’auteur dans l’Ouest des Etats-Unis. Un livre qui ne vous fera plus voir le gentil nounours de la sĂ©rie « Bonne nuit les enfants » de la mĂȘme façon.

Philippe Degouy – L’Echo

Grizzly Park retrace le voyage d’Arnaud Devillard et sa compagne, de Denver dans le Colorado à Glacier National Park, au nord du Montana, sous la frontiùre­ ­canadienne.
Sur fond de bearanoia, du rock en guise de bande-son, cette ­odyssĂ©e amĂ©ricaine nous plonge dans l’ouest des cow-boys, des ­trappeurs, des parcs nationaux des Rocheuses, des mountain men et des Sioux. Des Interstates interminables dans les grandes plaines oĂč galopent les antilopes aux villes quasi dĂ©sertes de Laramie, Billings et Butte, Arnaud Devillard porte un regard dĂ©calĂ© mĂȘlĂ© d’authentique excitation sur son pĂ©riple amĂ©ricain, avec Rick Bass, Doug Peacock et un bear spray (souvent) Ă  portĂ©e de main.
Au fil des visites et des randonnĂ©es dans les parcs nationaux du Colorado, du Wyoming et du Montana, ils dĂ©couvrent une faune incroyable, omniprĂ©sente : Ă©lans, bisons, marmottes, chĂšvres des montagnes, coyotes, wapitis, balbuzards pĂȘcheurs, grues, Ă©cureuils terrestres, antilopes. Mais ce qui occupe leurs pensĂ©es, leitmotiv entĂȘtant, c’est l’ours. Entrevu, entendu, aperçu, Ă©tudiĂ©, recherchĂ© ou soigneusement Ă©vitĂ©, le grizzly, fil rouge du rĂ©cit, nourrit une paranoĂŻa grandissante, jusqu’à l’obsession.

Revue de presse

- Le jour oĂč je me suis retrouvĂ© nez Ă  nez avec un grizzly Anouchka Crocqfer Mint Magazine 15 dĂ©cembre 2020
- Grizzly Park R. M. Sciences et Avenir Mai 2013
- Grizzly Park Déborah Pham Blast Août 2013
- Grizzly Park, l'homme qui a vu l'ours et connu la peur Philippe Degouy L'Echo 31 juillet 2013
- Be bear aware Baudouin de Menten Buvette des Alpages 11 juin 2013
- Peu importe qu'il se montre ; il nous domine déjà. Nathalie Chez Mark et Marcel 23 septembre 2013

- Le jour oĂč je me suis retrouvĂ© nez Ă  nez avec un grizzly

Dans son ouvrage Grizzly Park, le journaliste et Ă©crivain français Arnaud Devillard livrait le rĂ©cit haletant de son road-trip dans l’Ouest AmĂ©ricain, terre du grizzly. Quelques annĂ©es plus tard, c’est dans nos pages qu’il revient sur sa rencontre inattendue avec l’hĂŽte de ces bois.
Passeport, check. Billets d’avion, check. RĂ©servation de la voiture de location, check. Embarquement immĂ©diat pour Denver, dans le Colorado. Le voyage sera long, plus de quinze heures de vol. L’Ouest AmĂ©ricain se mĂ©rite. «Avec ma compagne nous avions prĂ©vu notre road trip sur trente jours en empaquetant le strict nĂ©cessaire», se remĂ©more Arnaud Devillard. Tente, matelas gonflable, duvet, lampes torches, voilĂ  nos deux promeneurs parĂ©s pour l’aventure. Leur pĂ©riple sera marquĂ© par les Ă©tapes incontournables de tout globe-trotteur souhaitant vivre le grand frisson. À deux, ils s’enfoncent progressivement dans la nature des parcs nationaux. Grand Teton, Yellowstone, glacier


« Les paysages alternant chaĂźnes montagneuses qui jaillissent des plaines, grandes vallĂ©es et collines pelĂ©es Ă©taient saisissants de beautĂ©. En empruntant une route Ă  flanc de montagne dans le Montana, j’ai eu comme une impression de dĂ©jĂ -vu. Ce lac, cette Ăźle au milieu, nous Ă©tions sur Going-to-the-Sun-road oĂč a Ă©tĂ© tournĂ©e la scĂšne d’ouverture du film Shining de Kubrick. Grand amateur de cinĂ©ma, j’étais comme un fou». En direction du nord, la tension monte dans la voiture. Un premier panneau leur signale la prĂ©sence d’ours, «Be bear aware».
[
]

Celui qu’ils redoutent le plus, c’est le grizzly. Si son empreinte Ă©voque celle d’un pied humain comme l’écrivait Arnaud dans son livre, le parallĂšle s’arrĂȘte ici. Tous le savent, si vous en croisez un, il y a peu de chance que vous ayez le temps de retomber sur vos pattes. [
]

Dans le doute, ils finissent par acquĂ©rir leur arme de survie qui deviendra leur troisiĂšme compagnon de route. Au fil des jours, l’atmosphĂšre devient vite pesante. [
]

Lorsque le soleil achĂšve sa course dans le ciel, l’agitation laisse place Ă  la torpeur crĂ©pusculaire. Seul l’écho des hurlements de coyotes dans les rocheuses vient rompre de temps Ă  autre le silence assourdissant des nuits noires — comme pour leur rappeler que le danger n’est jamais bien loin. La bearanoia (nĂ©ologisme nĂ© de la contraction entre les mots anglais bear et paranoia dans son livre, ndlr ) ne les quitte pas, tout comme ce vif souvenir du crissement de feuilles mortes sous les pas d’un animal non identifiĂ© rodant autour de leur tente. [
]

L’article est Ă  retrouver en intĂ©gralitĂ© sur Mint Magazine

Anouchka Crocqfer
Mint Magazine 15 décembre 2020

- Grizzly Park

Les carnets de randonnĂ©e minutieux, inspirĂ©s et drĂŽlissimes d’un de nos collaborateurs, amoureux des grands parcs amĂ©ricains, entre paysages grandioses et Ă©mois intĂ©rieurs. Et une critique rĂ©ussie de nos drĂŽles de moeurs de touristes et «managers» d’espaces naturels, pimentĂ©e par la peur des ours qui rĂŽdent.

R. M.
Sciences et Avenir Mai 2013

- Grizzly Park

Si ce dont vous avez besoin sous cette chaleur Ă©crasante est une bouffĂ©e d’air frais, on vous recommande Grizzly Park.

Arnaud Devillard nous trimballe du Colorado au nord du Montana en nous racontant son pĂ©riple, ses surprises et ses craintes sur fond de bearanoia et de rock’n’roll. L’impression d’y ĂȘtre, les diffĂ©rences culturelles, le cĂŽtĂ© trĂšs vert et rafraĂźchissant du pĂ©riple nous donne envie de faire notre valise comme ça, sur un coup de tĂȘte.

Extrait.

«En reprenant la route, je ressens partout la torpeur crĂ©pusculaire qui s’est emparĂ©e du parc. Mais c’est une fausse impression. Ce n’est pas la torpeur, simplement la sauvagerie telle qu’elle devrait ĂȘtre qui reprend plus ou moins ses droits, impose son rythme aprĂšs avoir cĂ©dĂ© Ă  celui des hommes durant la journĂ©e. Les bruits du soir et de la nuit seront les siens. Les mouvements seront les siens, et ne se contenteront plus de suivre sagement la chaĂźne des Tetons comme on longe un mur. Les ours pourront errer sur les parkings qui, en fait, n’existeront plus. Cette heure-lĂ , ce plus beau moment de la journĂ©e, et c’est pour cela qu’il l’est, est aussi celui qui nous signifie que nous ne sommes pas de ce monde.»

Lien vers l’article

Déborah Pham
Blast Août 2013

- Grizzly Park, l'homme qui a vu l'ours et connu la peur

AprĂšs « Journal des canyons » (dĂ©jĂ  chroniquĂ© dans ce blog) publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, le journaliste Arnaud Devillard remet le couvert pour un nouveau pĂ©riple dans l’Ouest amĂ©ricain. Sur la terre des cow-boys, d’accord, mais surtout en plein cƓur du pays des ours.
« Grizzly Park », publiĂ© au sein du mĂȘme Ă©diteur, retrace ce voyage parti de Denver dans le Colorado et poursuivi vers le nord, le Wyoming, le Montana et le Dakota. Avec Denver, Butte, Laramie, Missoula ou Custer
 comme autant d’étapes traversĂ©es. Une chevauchĂ©e fantastique menĂ©e dans des paysages Ă  couper le souffle, comme au Yellowstone, mais quelque peu gĂąchĂ©e par la peur permanente de croiser l’hĂŽte de ces bois : le Grizzly, vĂ©ritable tueur sur pattes qu’il est prĂ©fĂ©rable de ne jamais croiser sur son chemin de randonnĂ©e. Une « bearanoia » qui sert de fil rouge Ă  ce rĂ©cit de voyage. Osons la comparaison. Avec cet ouvrage hilarant, savoureux avec son ton dĂ©calĂ©, on tombe dans l’humour Ă  la Jacques Tati. Parfois naĂŻf, toujours drĂŽle. Arnaud Devillard forme avec sa compagne CĂ©cile un joli duo d’EuropĂ©ens perdus au cƓur de la civilisation amĂ©ricaine. Dans le rĂŽle de Candide, l’auteur dresse un portrait au vitriol des touristes qui cherchent l’aventure mais avec le confort Ă  portĂ©e de main. Comme avec ces parcs nationaux amĂ©nagĂ©s, avec toilettes, restaurant et belles routes asphaltĂ©es pour que le touriste obĂšse puisse photographier le dĂ©cor sans devoir sortir de la voiture. La voiture, ce phĂ©nomĂšne typiquement amĂ©ricain et raillĂ© par l’auteur.

Le journalisme de qualité nécessite des investissements importants. Si vous souhaitez partager un article, nous vous invitons à utiliser le lien ci-dessous au lieu de la fonction couper/coller: http://blogs.lecho.be/lupourvous/2013/07/grizzly-park-lhomme-qui-a-vu-lours-et-connu-la-peur.html#ixzz2aj4anDFf
Vous trouverez plus d’information sur les droits d’auteur et la propriĂ©tĂ© intellectuelle dans nos mentions lĂ©gales (http://bit.ly/12WeQem). Pour une utilisation collective ou commerciale, veuillez consulter Copiepresse (http://bit.ly/rkh5I2)
Force est de constater que l’auteur a le talent pour croquer les petits (et gros) travers de la civilisation amĂ©ricaine et les comportements parfois Ă©tranges des vacanciers. En s’incluant dans le lot. Il faut lire son chapitre, d’une drĂŽlerie autobiographique, dĂ©diĂ© Ă  la comparaison entre le camping made in USA et celui des EuropĂ©ens qui s’installent dans les terrains amĂ©nagĂ©s avec le strict minimum, presque nus, avec un pauvre sandwich et un bidon d’eau chaude extrait du coffre de la petite voiture de location. Celle qui fait presque hurler de rire les campeurs amĂ©ricains qui dĂ©barquent habituellement « Ă  bord de mastodontes Ă  l’allure de bunker de loisir. Camping ou pas, ils ne voient pas pourquoi ils se priveraient d’une once de leur confort quotidien. »
Les AmĂ©ricains aiment le fonctionnel. Surtout lors de leurs dĂ©placements. Pour eux, la route sert Ă  se rendre d’un point A Ă  un point B. « Seul compte le but, s’arrĂȘter ne sert Ă  rien. Pas besoin d’une autoroute comme chez ces guignols d’EuropĂ©ens incapables de rouler dix kilomĂštres sans avoir besoin d’un restoroute. Ce n’est pas la route, le mode de vie des AmĂ©ricains, mais la voiture. »

MoquĂ©s aussi, ces dĂ©cors de rĂȘve envahis par ces cars de Japonais dont le nombre a presque remplacĂ© celui des bisons en libertĂ©. Et que dire de ces touristes en short et chaussettes blanches capables de braver le danger d’un animal sauvage pour ramener « la » photo qui Ă©patera les collĂšgues. Sous la plume d’Arnaud Devillard, les traits jaillissent et atteignent leur but : nous faire rire. Tandis que plane encore et toujours la menace de l’ours, qui oblige Ă  tout planquer dans le coffre, histoire de ne pas lui donner envie de mettre Ă  sac un camping. Ce fameux grizzly, vu de loin par l’auteur, et qui lui donne l’occasion de rĂ©flĂ©chir. PrĂ©sentĂ© comme un danger pour les touristes, il pose le mĂȘme problĂšme que celui engendrĂ© par les requins. Qui reprĂ©sente la menace la plus sĂ©rieuse ? L’animal sauvage ou l’homme qui rogne sur son espace vital ? Poser la question c’est y rĂ©pondre.

Un voyage ponctuĂ© de morceaux de pur pop-rock. Comme autant de repĂšres familiers dans cet Ouest sauvage. Entre Stephen Stills, Townes Van Zandt, The Band, Neil Young, John Denver ou Frank Zappa. Au vu de la passion de l’auteur pour la biĂšre locale, il manque cependant le tube de Toby Keith Ă  la discographie : « I love this bar ».
Un pĂ©riple « musico-touristique » qui se veut aussi un bel hommage Ă  un pĂšre disparu et qui avait donnĂ© le virus du camping Ă  ce fils parti sur ses traces, mais plus lointaines. « Je ne suis jamais parti que pour pouvoir lui raconter comment c’était. Une maniĂšre de lui montrer ce qu’il avait fait de moi, ce qu’il m’avait appris. »

Sans hĂ©siter, nous classons « Glizzy Park » dans notre sĂ©lection estivale. Une lecture rafraĂźchissante, dĂ©paysante et qui devrait rappeler de bons souvenirs aux chanceux qui ont voyagĂ© comme l’auteur dans l’Ouest des Etats-Unis. Un livre qui ne vous fera plus voir le gentil nounours de la sĂ©rie « Bonne nuit les enfants » de la mĂȘme façon. Car comme le prĂ©cise le park ranger Norris, « l’ours est fort, l’ours est rapide, l’ours est mortel, il est chez lui dans les montagnes. » Avec sa peur panique de le croiser sur un sentier de randonnĂ©e et si bien racontĂ©e au fil des pages, Arnaud Devillard rĂ©ussirait presque Ă  donner les foies aux touristes europĂ©ens qui ont rĂ©servĂ© un sĂ©jour dans l’Ouest pour cet Ă©tĂ©. Ayez confiance, « il suffit de l’effrayer en se montrant impressionnant face Ă  lui». Le premier conseil (inutile) que l’on vous donnera dans le pays des ours. « N’avons-nous pas laissĂ© la politique du ‘be bear aware’ (attention aux ours) nous gĂącher la vie en vacances? » se demande l’auteur, en guise de conclusion. Bon voyage quand mĂȘme. Philippe Degouy « Grizzly Park », par Arnaud Devillard. Éditions le Mot et le Reste, 304 pages, 20 euros.

Lien vers le site

Philippe Degouy
L'Echo 31 juillet 2013

- Be bear aware

Critique

J’ai pris beaucoup de plaisir Ă  lire ce livre oĂč de randonnĂ©e en camping, de visitor center en navette, de brasserie locale en pizzeria, de highway en parking, on suit le pĂ©riple de ces français ahuris par ces touristes amĂ©ricains qui ne descendent mĂȘme pas de voiture oĂč qui se ruent Ă  chaque apparition d’une bĂȘte sauvage. L’avertissement “Be Bear Aware” revient comme un leit-motiv dans ce pays oĂč l’on signale qu’il ne faut pas mettre les animaux domestiques dans le four Ă  micro-ondes. Est-ce simplement une prĂ©caution d’avocat ou la peur de la rencontre qui sommeille en chacun de nous ?

Le bear spray dans la poche, on partage leur quĂȘte de la rencontre, eux qui sont convaincus qu’ils passent sans cesse Ă  cĂŽtĂ© de l’occasion : manque de chance ou de mĂ©rite? C’est aussi l’occasion de tester votre connaissance des classiques de musique amĂ©ricaine tellement l’auteur nous fait partager les ambiances musicales de chaque endroit public ou il met les pieds.

Je jette un regard nouveau sur ma bear jam* dans les PyrĂ©nĂ©es en 2011 aprĂšs avoir lu les rĂ©cits de celles de ce grands parcs nationaux oĂč je n’ai jamais mis les pieds.

Extraits choisis

“Au premier abord, la dĂ©marche de prĂ©vention un brin obsessionnelle peut prĂȘter Ă  sourire. Elle reflĂšte pourtant un phĂ©nomĂšne auquel l’homme n’est pas coutumier: il a trouvĂ© plus fort et plus effrayant que lui. Le plus troublant Ă©tant notre proximitĂ© avec cet animal. Comme nous, l’ours est omnivore, comme nous, certains se tiennent debout, comme nous, il a su s’adapter Ă  tous les terrains, comme nous, il peut tuer n’importe quoi. L’empreinte d’une patte arriĂšre d’ours Ă©voque sans peine un pied humain. Nous sommes contraints de nous adapter Ă  sa prĂ©sence, non l’inverse. Comprenez bien: il ne s’agit pas d’une situation oĂč, parce qu’un vague drame aurait eu lieu il y a trente ans, toute une sĂ©rie de mesures outranciĂšres aurait Ă©tĂ© mises en place par des autoritĂ©s qui en auraient elles-mĂȘmes oubliĂ© les raisons. Dans le bear country, l’ours reprĂ©sente une donnĂ©e Ă  prendre en compte en permanence, partout le monde, dans la plupart des aspects de la vie quotidienne. Les Ă©tats comme les parcs nationaux disposent d’une administration dĂ©diĂ©e – le Bear Management Service. C’est sans doute pourquoi, Ă  peine arrivĂ© sur ce continent, l’homme blanc avait optĂ© pour la « gestion » la plus radicale qui soit: l’extermination. RĂ©guliĂšrement le sujet revient sur le tapis – « Ne pourrait-on pas , tuer tous ces grizzlys? J’ai encore eu deux moutons tuĂ©s et j’en ai marre de ramasser mes poubelles Ă©ventrĂ©es. » J’ai rĂ©cemment entendu un biologiste expliquer que les huit cents Ă  un millier de grizzlys recensĂ©s dans la zone du Grand Yellowstone Ă©taient le maximum que cet Ă©cosystĂšme pouvait supporter. Je n’ai jamais entendu personne indiquer le nombre maximum de ranchs, de tĂȘtes de bĂ©tail et de pavillons individuels que la rĂ©gion pouvait supporter. “(p. 59-60)

“Le terrain est sec et peu encombrĂ©, les branchages sont plantĂ©s haut pour courir aprĂšs la lumiĂšre, clarifiant une vue entre les troncs. IdĂ©al pour repĂ©rer l’ours de loin – une idĂ©e qui nous trotte dans la tĂȘte, comme une musique de fond. La marche est plus Ă©prouvante que les prĂ©cĂ©dentes, trop, en tout cas, pour que nous puissions enchaĂźner les sujets de conversation prĂ©textes Ă  un brouhaha dissuasif. Je comprends mieux Rick Bass quand il explique qu’il ne marche pas aprĂšs l’ours mais avec l’ours. MĂȘme invisible, mĂȘme sans indice quelconque de sa prĂ©sence, il est lĂ  parce qu’il nous mobilise, monopolise notre esprit, nous rappelle Ă  chaque instant que nous sommes sur son terrain. Peu importe qu’il se montre; il nous domine dĂ©jĂ . Au point que nous sursautons Ă  la vue du serpent.“ (p. 97)

“Avant la colonisation, le grizzly Ă©tait partout, occupant notamment les plaines et les abords des riviĂšres. Puis, traquĂ© et dĂ©cimĂ© par l’homme blanc, il s’est repliĂ© dans les montagnes; depuis, l’homme croit qu’il s’agit de son habitat naturel. En 1975, le grizzly Ă©tait placĂ© sur la liste des espĂšces menacĂ©es dans l’écosystĂšme du Grand Yellowstone – comprenant les parcs de Yellowstone et Grand Teton et plusieurs rĂ©serves naturelles environnantes. Ă  cette Ă©poque, Ă  force de pression humaine, d’accidents sur les routes et les voies ferrĂ©es, de canardages par les chasseurs et les Ă©leveurs, on ne comptait plus lue cent trente-six spĂ©cimens famĂ©liques. Trente-deux ans plus tard, grĂące Ă  cette politique de prĂ©servation, ils Ă©taient six cents. L’administration Bush a un temps rayĂ© le grizzly de la liste des espĂšces menacĂ©es, mais Ă  force de protestation et de lobbying les environnementalistes, l’animal a retrouvĂ© la liste en 2009. Aujourd’hui, il en coĂ»te deux mille dollars d’abattre un grizzly, Ă  moins de prouver que vous Ă©tiez en danger.“ (p. 157)

“ Selon lui (NDLB: Doug Peacock), l’animal est indiscutablement toujours en danger, victime de la pression du dĂ©veloppement humain sur son habitat. Le pire Ă©tant, toujours selon lui, la prolifĂ©ration des rĂ©sidences secondaires, qui prennent de la place pour rien car occupĂ©es quelques mois de l’annĂ©e seulement, bĂąties par des gens qui ne savent pas oĂč mettre leur argent et achĂštent un terrain comme une case du Monopoly. Au XIXe siĂšcle, dans le Montana, les Indiens subissaient l’invasion des Blancs; aujourd’hui, les Blancs du Montana subissent l’invasion des Blancs qui n’en ont rien Ă  foutre du Montana.“ (p 215)

“Pendant cinquante ans, elle (NDLB: L’administration des parcs nationaux) a tout fait pour prĂ©venir les incendies. Du coup, les forĂȘts s’appauvrissaient, mouraient sur pied et emmagasinaient de quoi nourrir de futurs incendies bien plus dĂ©vastateurs que ce qu’ils auraient Ă©tĂ© s’ils s’étaient dĂ©clenchĂ©s d’eux-mĂȘmes plus tĂŽt. On y gagne toujours Ă  laisser la nature agir comme elle veut quand elle le veut, elle se dĂ©brouille mieux sans nous. Mais on ne veut pas comprendre, parce que c’est un peu vexant, ou parce qu’il faut sauver quelques lotissements, Ă  la lisiĂšre des flammes, que l’on aurait pas dĂ» construire. (p. 290)“

(*) A traffic jam caused by tourists stopping to look at bears near the road; – a phenomenon once common in Yellowstone Park.

Lien vers le Blog

Baudouin de Menten
Buvette des Alpages 11 juin 2013

- Peu importe qu'il se montre ; il nous domine déjà.

En 2011 je lisais Rick Bass et dĂ©couvrait sa quĂȘte des traces des derniers grizzlys du Montana. J’en avais fait une lecture Ă©merveillĂ©e, dĂ©couvrant un autre monde.
En 2012 je lisais Doug Peacock, personnage apparaissant chez Bass, ancien du ViĂȘt-nam, incapable de rĂ©insertion, devenu spĂ©cialiste des grizzlys, se battant pour leur protection, en dĂ©saccord avec les directions des parcs nationaux.
Devillard est un peu comme moi : journaliste français ayant lu Bass et Peacock. Mais en plus, fascinĂ© par les grands espaces amĂ©ricains. Avec sa copine, ils partent un mois pour randonner dans les grands parcs nationaux, sur les terres du grizzlys. On a affaire ici Ă  quelqu’un de tout Ă  fait normal : il aimerait voir un ours, ce doit ĂȘtre fascinant, il est terrifiĂ© de rencontrer un ours et de se faire tuer, il respecte les consignes de sĂ©curitĂ© des rangers mais photographie bisons et marmottes
 Et s’il campe, le soir c’est biĂšre et pizza. C’est donc une version tout Ă  fait accessible du mythe du grizzly. Devillard commente le mode de vie amĂ©ricain, les voitures, les musiques, les touristes, les rangers, l’histoire de la rĂ©gion, avec humour et sympathie. C’est Ă©crit sans aucune prĂ©tention mais cela donne envie d’aller faire un tour lĂ -bas. Le livre a aussi le mĂ©rite de mettre le citoyen ordinaire en face de ses contradictions face Ă  la nature sauvage et j’ai donc passĂ© un trĂšs agrĂ©able moment.

Extrait

“ Nous avons Ă  peine commencĂ© d’avancer sous les pins que deux biches jaillissent devant nous. Silhouettes fines et gracieuses, elles fendent les taillis pour disparaĂźtre derriĂšre des branchages entremĂȘlĂ©s en contrebas. Je suis toujours surpris par la capacitĂ© de ces animaux d’allure si fragile Ă  pĂ©nĂ©trer l’épaisseur des sous-bois. Leur pas rapide et pressĂ© semble traduire une frayeur permanente risquant de causer Ă  tout moment un faux mouvement. Ce n’est bien sĂ»r jamais le cas. “

Lien vers le blog de Chez Mark et Marcel

Nathalie
Chez Mark et Marcel 23 septembre 2013