Dictionnaire de l'argot des typographes - nouvelle édition
augmentĂ© dâune histoire des typographes au XIXe siĂšcle et dâun choix de coquilles cĂ©lĂšbres
Le guide pour comprendre le travail, les codes et la langue de la confrérie des typographes. Cette référence se transmet précieusement et non sans malice.
SINGE, s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui nâest plus guĂšre usitĂ© aujourdâhui et qui a Ă©tĂ© remplacĂ© par lâappellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables Ă ceux du singe.
EugĂšne Boutmy Ă©tait typographe Ă une Ă©poque oĂč cette activitĂ© nĂ©cessitait dâĂȘtre un ouvrier savant, sachant Ă la fois manier le plomb, manipuler les tournures de la langue et faire respirer un texte sur une page. Ce labeur a donnĂ© naissance Ă une langue verte, un argot qui permettait «dâentrer en imprimerie». Cet ouvrage, en plus de nous prĂ©senter un lexique fleuri, souvent drĂŽle et trĂšs imagĂ©, rend hommage au labeur des typographes, dur et contraignant, renforçant leur conscience sociale et politique.
Revue de presse
- Dictionnaire de l'argot des typographes Bernard Delcord Lire est un plaisir 28 décembre 2019
- Ode aux typographes Marie Martinez L'avis textuel de Marie M. 19 décembre 2019
- Dictionnaire de l'argot des typographes Loïc Di Stefano Boojum, l'animal littéraire 10 décembre 2019
Jacques Munier sâempare du fameux dictionnaire dâEugĂšne Boutmy et vous parle du mĂ©tier des typographes.
Lâimprimerie reste un maillon essentiel de la fabrication des journaux. Elle a donnĂ© lieu Ă une vĂ©ritable culture ouvriĂšre dâexcellence.
Simiesque, la mĂ©taphore dĂ©signe dâailleurs les gestes et mouvements que fait le typographe en travaillant, câest pourquoi, dans lâargot du mĂ©tier on lâappelle un « singe », peut-ĂȘtre aussi « parce que son occupation consiste Ă reproduire lâĆuvre dâautrui ». Les Ă©ditions Le mot et le reste ont rééditĂ© lâouvrage cĂ©lĂšbre dâEugĂšne Boutmy sur la parlure des ouvriers du livre, de la presse et de lâaffiche, le Dictionnaire de lâargot des typographes, paru en 1883. Avant dâentrer dans ce lexique fleuri, il convient de distinguer les diffĂ©rents mĂ©tiers qui concourent Ă lâimpression dâun texte : le prote, le metteur en pages, le paquetier et le corrigeur.
Une chronique à réécouter sur France Culture
Auteur du Dictionnaire de lâargot des typographes â AugmentĂ© dâune histoire des typographes au XIXe siĂšcle et dâun choix de coquilles cĂ©lĂšbres, rééditĂ© Ă Marseille aux Ăditions Le mot et le reste, EugĂšne Boutmy, polygraphe et correcteur dâimprimerie français, collaborateur du Grand dictionnaire encyclopĂ©dique Larousse, nĂ© le 14 septembre 1828 Ă SargĂ©-sur-Braye, Ă©tait typographe Ă une Ă©poque oĂč cette activitĂ© nĂ©cessitait dâĂȘtre un ouvrier savant, sachant Ă la fois manier le plomb, manipuler les tournures de la langue et faire respirer un texte sur une page.
Ce labeur a donnĂ© naissance Ă une langue verte, un argot qui permettait « dâentrer en imprimerie ».
Son ouvrage, en plus de nous présenter un lexique fleuri, souvent drÎle et trÚs imagé, rend hommage au labeur des typographes, dur et contraignant, renforçant leur conscience sociale et politique.
FlorilĂšge :
Nous ne fournissons ici que la traduction de quelques mots, sans les commentaires Ă©clairĂ©s de lâauteur sur leurs origines.
AMPHIBIE : Ouvrier typographe qui est en mĂȘme temps imprimeur ou correcteur.
BOURDON : Omission dâun mot, dâun membre de phrase ou dâune phrase.
CANARDIER : Compositeur dâun journal.
CHIERDANS LE CASSETINAUXAPOSTROPHES : Quitter le métier de typographe.
CHOUFLIC : Mauvais ouvrier.
IL NâY EN A PAS ! RĂ©ponse invariable du chef du matĂ©riel.
LEVERLESPETITSCLOUS : Composer.
PETIT-QUĂ : Le point-virgule.
PROTE : Chef dâune imprimerie.
SINGE : Ouvrier typographe.
Coquilles :
Dans un Ăvangile en latin, on imprima : « Quid vides festucam in culo fratris tui et trabem in culo tuo non vides ? » pour « Quid vides festucam in oculo fratris tui et trabem in oculo tuo non vides ? » (Pourquoi vois-tu le fĂ©tu de paille dans lâĆil de ton frĂšre et ne vois-tu pas le faisceau dans ton Ćil ?)
Avec in culo, (« dans le cul ») pour in oculo (dans lâĆil »), cela change toutâŠ
Dans un poÚme destiné à une dulcinée, on put lire :
Jâaime Ă te voir, ĂŽ jeune fille,
Détachant ta noire mantille
De tes épaules de catin.
(Pour satin, bien entenduâŠ)
Ailleurs, on se gaussa de :
« La vertu doit avoir des cornes » pour : « La vertu doit avoir des bornes ».
« On ne lui connaßt pas de maßtresse ; il est toujours soul » pour : « On ne lui connaßt pas de maßtresse, il est toujours seul ».
« Ces excellents produits sortent des urines de M. Lorilleux » pour : « Ces excellents produits sortent des usines de M. Lorilleux ».
Médications chrétiennes pour : Méditations chrétiennes.
Ăneries :
Dyslexique :
« La pĂȘche au chocolat » pour « la pĂȘche au cachalot ».
Myopes :
« Lâarchipel de 600 kilos » pour « lâarchipel de Cook ».
« Les Anglais sont divisés en « toupies et en vaches » pour « en tories et en whighs ».
Indeed !
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Les Ă©diteurs, secrĂ©taires de rĂ©daction, imprimeurs, auteurs et autres passionnĂ©s de lettres vont apprĂ©cier ce Dictionnaire de lâargot des typographes, augmentĂ© dâune histoire des typographes au XIXe siĂšcle et dâun choix de coquilles cĂ©lĂšbres, dâEugĂšne Boutmy.
Lâouvrage nous invite dans lâunivers insolite de ce mĂ©tier vieux comme lâimprimerie, son histoire â riche en faits et fugues alcoolisĂ©es â et surtout sa langue pittoresque et imagĂ©e.
OĂč lâon dĂ©couvre que ce jargon haut en couleurs est peuplĂ© dâanimaux : si lâon sait ce quâest un canard, on connaĂźt moins les chiens, les singes, les chĂšvres, les loups-phoques, les hannetons (quand ce ne sont pas des araignĂ©es dans la coloquinte)âŠ
Les coquilles â la hantise du correcteur et du typographe â dont lâĂ©tymologie est inconnue (lâauteur nous propose sa version) font lâobjet dâun chapitre entier tant il y a dâanecdotes malencontreuses Ă raconter.
Enfin, pour terminer le bestiaire, un florilĂšge dâĂąneries que des typographes ou gens de lettres dignes de ce nom nâauraient pas dĂ» laisser passer.
Si la modernisation de lâimprimerie a fait disparaĂźtre ce mĂ©tier, son histoire et son langage revivent grĂące Ă cet ouvrage.
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Le Dictionnaire de lâargot des typographes dâEugĂšne Boutmy est un classique Ă plus dâun titre. Le mĂ©tier de typographe, aujourdâhui disparu, donnait ses lettres de noblesse Ă lâĂ©dition. Et EugĂšne Boutmy Ă©tait lâun dâeux, maniant les plombs des cassetins comme personne, mais surtout connaissant parfaitement lâargot de son mĂ©tier. Car une confrĂ©rie des typographes sâĂ©tait Ă©tablie, et on nây entrait pas sans montrer quâon en Ă©tait ! Il nây a plus â ou presque ! citons lâadmirable travail du maĂźtre typographe Christian Laucou â dâimprimeur au plomb aujourdâhui. Lâinformatique est venu lisser cet art et, par le fait, isoler les professionnels. LâĂ©cran a remplacĂ© la grande salle et le langage propre a disparu.
Lâargot dâun temps passĂ©
Si les termes de casse, de coquille ou de justification sont entrĂ©s dans le langage de tout infographiste metteur en page, dâautres ont disparu. Soit parce que lâobjet lui-mĂȘme nâest pas utilisĂ© (comme un cassetin), soit par absence dâusage, « modernitĂ© », « ProgrĂšs »âŠ
Avant lâinformatisation des procĂ©dures, la typographie Ă©tait un travail manuel. Il fallait ĂȘtre habile et savant, un artisanat dâun caste supĂ©rieure. Et pour se distinguer, rien de mieux quâun langage propre. Si lâargot, Ă la base, est la langue inventĂ©e par les Apaches (voyous et truands du dĂ©but du XXe siĂšcle) pour discuter Ă lâabri des oreilles policiĂšres, certaines professions ont créé le leur propre, comme le louchĂ©bem des bouchers et bien sĂ»r lâargot des typo !
AugmentĂ© dâune histoire des typographes au XIXe siĂšcle et dâun choix de coquilles cĂ©lĂšbres
Le trĂšs beau tĂ©moignage dâEugĂšne Boutmy dans son Dictionnaire de lâargot des typographes est aussi complet que possible.
Dâabord, il y a un long historique de la profession. Câest un texte important parce quâil donne ses lettres de noblesse Ă un artisanat dâart. Boutmy commence par faire lâhistorique de la profession, et lâensemble des fonctions, ainsi que leurs Ă©volutions avec le dĂ©veloppement des techniques et des industries. Il liste en outre les diffĂ©rents mĂ©tiers qui complĂštent les tĂąches quotidiennes des typographes. Attention, ne pas confondre avec lâimprimeur, câest un point sur lequel Boutmy insiste fort, mĂȘme si leur dĂ©veloppement est conjoint.
Ne sont pas typographes tous les ouvriers employĂ©s dans une imprimerie : celui seul qui lĂšve la lettre, celui qui met en pages, qui impose, qui exĂ©cute les corrections, en un mot qui manipule le caractĂšre, est un typographe ; les autres sont les imprimeurs ou pressiers, les conducteurs de machines, les margeurs, les receveurs, les clicheurs, etc. Le correcteur lui-mĂȘme nâest typographe que sâil sait composer, et cela est si vrai que la SociĂ©tĂ© typographique ne lâadmet dans son sein que comme compositeur, et non en qualitĂ© de correcteur.
Ensuite, il y a le dictionnaire en lui-mĂȘme. On y trouve des expressions imagĂ©es (avoir une araignĂ©es dans le coloquinte = avoir le cerveau fĂȘlĂ© ; chier dans le cassetins aux apostrophes = quitter le mĂ©tier de typographe). Des verbes sonnant dont lâusage pourrait ĂȘtre remis au goĂ»t du jour avec bonheur (gourgousser = se rĂ©pandre en jĂ©rĂ©miades ; piauler = mentir). Des expressions passĂ©es dans le langage commun (kif-kif, casser sa pipe, chercher la petite bĂȘte). Les typo aiment bien aussi tirer la pelote dâun mot, comme Ă partir de sarrasin (ouvrier « compositeur qui ne fait pas partie de la sociĂ©tĂ© typographique. Cette expression vient sans doute de ce que les Sarrasins sont des infidĂšles ») ils forment sarrasinage, sarrasinerâŠ
Enfin, deux petites pĂ©pites. « Coquilles cĂ©lĂšbres ou curieuses » rappelle un peu les Perle de la littĂ©rature de Dominique Jacob. Mais câest un peu moins drĂŽle parce quâun peu moins Ă©norme. Et « Ăneries » qui veut montrer les vraies fautes nĂ©es de lâignorance, mais qui est, malheureusement, un peu datĂ©.
Le Dictionnaire de lâargot des typographes prendra place Ă portĂ©e de main de tous ceux qui sâintĂ©ressent au beau mĂ©tier que fut celui des typographes. Mais aussi Ă la typographie au sens large.
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