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Parution : 21/11/2019
ISBN : 9782361391041
152 pages (14,8 x 21 cm)

Dictionnaire de l'argot des typographes - nouvelle édition

augmentĂ© d’une histoire des typographes au XIXe siĂšcle et d’un choix de coquilles cĂ©lĂšbres

Le guide pour comprendre le travail, les codes et la langue de la confrérie des typographes. Cette référence se transmet précieusement et non sans malice.

SINGE, s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n’est plus guĂšre usitĂ© aujourd’hui et qui a Ă©tĂ© remplacĂ© par l’appellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables Ă  ceux du singe.

EugĂšne Boutmy Ă©tait typographe Ă  une Ă©poque oĂč cette activitĂ© nĂ©cessitait d’ĂȘtre un ouvrier savant, sachant Ă  la fois manier le plomb, manipuler les tournures de la langue et faire respirer un texte sur une page. Ce labeur a donnĂ© naissance Ă  une langue verte, un argot qui permettait «d’entrer en imprimerie». Cet ouvrage, en plus de nous prĂ©senter un lexique fleuri, souvent drĂŽle et trĂšs imagĂ©, rend hommage au labeur des typographes, dur et contraignant, renforçant leur conscience sociale et politique.

Revue de presse

- Mettre sous presse Jacques Munier France Culture // Le journal des idées 30 octobre 2020
- Dictionnaire de l'argot des typographes Bernard Delcord Lire est un plaisir 28 décembre 2019
- Ode aux typographes Marie Martinez L'avis textuel de Marie M. 19 décembre 2019
- Dictionnaire de l'argot des typographes Loïc Di Stefano Boojum, l'animal littéraire 10 décembre 2019

- Mettre sous presse

Jacques Munier s’empare du fameux dictionnaire d’EugĂšne Boutmy et vous parle du mĂ©tier des typographes.

L’imprimerie reste un maillon essentiel de la fabrication des journaux. Elle a donnĂ© lieu Ă  une vĂ©ritable culture ouvriĂšre d’excellence.

Simiesque, la mĂ©taphore dĂ©signe d’ailleurs les gestes et mouvements que fait le typographe en travaillant, c’est pourquoi, dans l’argot du mĂ©tier on l’appelle un « singe », peut-ĂȘtre aussi « parce que son occupation consiste Ă  reproduire l’Ɠuvre d’autrui ». Les Ă©ditions Le mot et le reste ont rééditĂ© l’ouvrage cĂ©lĂšbre d’EugĂšne Boutmy sur la parlure des ouvriers du livre, de la presse et de l’affiche, le Dictionnaire de l’argot des typographes, paru en 1883. Avant d’entrer dans ce lexique fleuri, il convient de distinguer les diffĂ©rents mĂ©tiers qui concourent Ă  l’impression d’un texte : le prote, le metteur en pages, le paquetier et le corrigeur.

Une chronique à réécouter sur France Culture

Jacques Munier
France Culture // Le journal des idées 30 octobre 2020

- Dictionnaire de l'argot des typographes

Auteur du Dictionnaire de l’argot des typographes – AugmentĂ© d’une histoire des typographes au XIXe siĂšcle et d’un choix de coquilles cĂ©lĂšbres, rééditĂ© Ă  Marseille aux Éditions Le mot et le reste, EugĂšne Boutmy, polygraphe et correcteur d’imprimerie français, collaborateur du Grand dictionnaire encyclopĂ©dique Larousse, nĂ© le 14 septembre 1828 Ă  SargĂ©-sur-Braye, Ă©tait typographe Ă  une Ă©poque oĂč cette activitĂ© nĂ©cessitait d’ĂȘtre un ouvrier savant, sachant Ă  la fois manier le plomb, manipuler les tournures de la langue et faire respirer un texte sur une page.

Ce labeur a donnĂ© naissance Ă  une langue verte, un argot qui permettait « d’entrer en imprimerie ».

Son ouvrage, en plus de nous présenter un lexique fleuri, souvent drÎle et trÚs imagé, rend hommage au labeur des typographes, dur et contraignant, renforçant leur conscience sociale et politique.

FlorilĂšge :

Nous ne fournissons ici que la traduction de quelques mots, sans les commentaires Ă©clairĂ©s de l’auteur sur leurs origines.

AMPHIBIE : Ouvrier typographe qui est en mĂȘme temps imprimeur ou correcteur.

BOURDON : Omission d’un mot, d’un membre de phrase ou d’une phrase.

CANARDIER : Compositeur d’un journal.

CHIERDANS LE CASSETINAUXAPOSTROPHES : Quitter le métier de typographe.

CHOUFLIC : Mauvais ouvrier.

IL N’Y EN A PAS ! RĂ©ponse invariable du chef du matĂ©riel.

LEVERLESPETITSCLOUS : Composer.

PETIT-QUÉ : Le point-virgule.

PROTE : Chef d’une imprimerie.

SINGE : Ouvrier typographe.

Coquilles :

Dans un Évangile en latin, on imprima : « Quid vides festucam in culo fratris tui et trabem in culo tuo non vides ? » pour « Quid vides festucam in oculo fratris tui et trabem in oculo tuo non vides ? » (Pourquoi vois-tu le fĂ©tu de paille dans l’Ɠil de ton frĂšre et ne vois-tu pas le faisceau dans ton Ɠil ?)

Avec in culo, (« dans le cul ») pour in oculo (dans l’Ɠil »), cela change tout


Dans un poÚme destiné à une dulcinée, on put lire :

J’aime à te voir, î jeune fille,

Détachant ta noire mantille

De tes épaules de catin.

(Pour satin, bien entendu
)

Ailleurs, on se gaussa de :

« La vertu doit avoir des cornes » pour : « La vertu doit avoir des bornes ».

« On ne lui connaßt pas de maßtresse ; il est toujours soul » pour : « On ne lui connaßt pas de maßtresse, il est toujours seul ».

« Ces excellents produits sortent des urines de M. Lorilleux » pour : « Ces excellents produits sortent des usines de M. Lorilleux ».

Médications chrétiennes pour : Méditations chrétiennes.

Âneries :

Dyslexique :

« La pĂȘche au chocolat » pour « la pĂȘche au cachalot ».

Myopes :

« L’archipel de 600 kilos » pour « l’archipel de Cook ».

« Les Anglais sont divisés en « toupies et en vaches » pour « en tories et en whighs ».

Indeed !

Lisez également cette chronique sur Satiricon.be

Bernard Delcord
Lire est un plaisir 28 décembre 2019

- Ode aux typographes

Les Ă©diteurs, secrĂ©taires de rĂ©daction, imprimeurs, auteurs et autres passionnĂ©s de lettres vont apprĂ©cier ce Dictionnaire de l’argot des typographes, augmentĂ© d’une histoire des typographes au XIXe siĂšcle et d’un choix de coquilles cĂ©lĂšbres, d’EugĂšne Boutmy.
L’ouvrage nous invite dans l’univers insolite de ce mĂ©tier vieux comme l’imprimerie, son histoire — riche en faits et fugues alcoolisĂ©es — et surtout sa langue pittoresque et imagĂ©e.
OĂč l’on dĂ©couvre que ce jargon haut en couleurs est peuplĂ© d’animaux : si l’on sait ce qu’est un canard, on connaĂźt moins les chiens, les singes, les chĂšvres, les loups-phoques, les hannetons (quand ce ne sont pas des araignĂ©es dans la coloquinte)

Les coquilles — la hantise du correcteur et du typographe — dont l’étymologie est inconnue (l’auteur nous propose sa version) font l’objet d’un chapitre entier tant il y a d’anecdotes malencontreuses Ă  raconter.
Enfin, pour terminer le bestiaire, un florilĂšge d’ñneries que des typographes ou gens de lettres dignes de ce nom n’auraient pas dĂ» laisser passer.
Si la modernisation de l’imprimerie a fait disparaĂźtre ce mĂ©tier, son histoire et son langage revivent grĂące Ă  cet ouvrage.

Retrouvez la chronique en ligne

Marie Martinez
L'avis textuel de Marie M. 19 décembre 2019

- Dictionnaire de l'argot des typographes

Le Dictionnaire de l’argot des typographes d’EugĂšne Boutmy est un classique Ă  plus d’un titre. Le mĂ©tier de typographe, aujourd’hui disparu, donnait ses lettres de noblesse Ă  l’édition. Et EugĂšne Boutmy Ă©tait l’un d’eux, maniant les plombs des cassetins comme personne, mais surtout connaissant parfaitement l’argot de son mĂ©tier. Car une confrĂ©rie des typographes s’était Ă©tablie, et on n’y entrait pas sans montrer qu’on en Ă©tait ! Il n’y a plus — ou presque ! citons l’admirable travail du maĂźtre typographe Christian Laucou — d’imprimeur au plomb aujourd’hui. L’informatique est venu lisser cet art et, par le fait, isoler les professionnels. L’écran a remplacĂ© la grande salle et le langage propre a disparu.

L’argot d’un temps passĂ©

Si les termes de casse, de coquille ou de justification sont entrĂ©s dans le langage de tout infographiste metteur en page, d’autres ont disparu. Soit parce que l’objet lui-mĂȘme n’est pas utilisĂ© (comme un cassetin), soit par absence d’usage, « modernitĂ© », « ProgrĂšs » 

Avant l’informatisation des procĂ©dures, la typographie Ă©tait un travail manuel. Il fallait ĂȘtre habile et savant, un artisanat d’un caste supĂ©rieure. Et pour se distinguer, rien de mieux qu’un langage propre. Si l’argot, Ă  la base, est la langue inventĂ©e par les Apaches (voyous et truands du dĂ©but du XXe siĂšcle) pour discuter Ă  l’abri des oreilles policiĂšres, certaines professions ont créé le leur propre, comme le louchĂ©bem des bouchers et bien sĂ»r l’argot des typo !

AugmentĂ© d’une histoire des typographes au XIXe siĂšcle et d’un choix de coquilles cĂ©lĂšbres

Le trĂšs beau tĂ©moignage d’EugĂšne Boutmy dans son Dictionnaire de l’argot des typographes est aussi complet que possible.

D’abord, il y a un long historique de la profession. C’est un texte important parce qu’il donne ses lettres de noblesse Ă  un artisanat d’art. Boutmy commence par faire l’historique de la profession, et l’ensemble des fonctions, ainsi que leurs Ă©volutions avec le dĂ©veloppement des techniques et des industries. Il liste en outre les diffĂ©rents mĂ©tiers qui complĂštent les tĂąches quotidiennes des typographes. Attention, ne pas confondre avec l’imprimeur, c’est un point sur lequel Boutmy insiste fort, mĂȘme si leur dĂ©veloppement est conjoint.

Ne sont pas typographes tous les ouvriers employĂ©s dans une imprimerie : celui seul qui lĂšve la lettre, celui qui met en pages, qui impose, qui exĂ©cute les corrections, en un mot qui manipule le caractĂšre, est un typographe ; les autres sont les imprimeurs ou pressiers, les conducteurs de machines, les margeurs, les receveurs, les clicheurs, etc. Le correcteur lui-mĂȘme n’est typographe que s’il sait composer, et cela est si vrai que la SociĂ©tĂ© typographique ne l’admet dans son sein que comme compositeur, et non en qualitĂ© de correcteur.

Ensuite, il y a le dictionnaire en lui-mĂȘme. On y trouve des expressions imagĂ©es (avoir une araignĂ©es dans le coloquinte = avoir le cerveau fĂȘlĂ© ; chier dans le cassetins aux apostrophes = quitter le mĂ©tier de typographe). Des verbes sonnant dont l’usage pourrait ĂȘtre remis au goĂ»t du jour avec bonheur (gourgousser = se rĂ©pandre en jĂ©rĂ©miades ; piauler = mentir). Des expressions passĂ©es dans le langage commun (kif-kif, casser sa pipe, chercher la petite bĂȘte). Les typo aiment bien aussi tirer la pelote d’un mot, comme Ă  partir de sarrasin (ouvrier « compositeur qui ne fait pas partie de la sociĂ©tĂ© typographique. Cette expression vient sans doute de ce que les Sarrasins sont des infidĂšles ») ils forment sarrasinage, sarrasiner


Enfin, deux petites pĂ©pites. « Coquilles cĂ©lĂšbres ou curieuses » rappelle un peu les Perle de la littĂ©rature de Dominique Jacob. Mais c’est un peu moins drĂŽle parce qu’un peu moins Ă©norme. Et « Âneries » qui veut montrer les vraies fautes nĂ©es de l’ignorance, mais qui est, malheureusement, un peu datĂ©.

Le Dictionnaire de l’argot des typographes prendra place Ă  portĂ©e de main de tous ceux qui s’intĂ©ressent au beau mĂ©tier que fut celui des typographes. Mais aussi Ă  la typographie au sens large.

“Lisez la chronique en ligne”:

LoĂŻc Di Stefano
Boojum, l'animal littéraire 10 décembre 2019