Parution : 20/09/2005
ISBN : 9782915378214
128 pages (21 x 14,8 cm)

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Dictionnaire de l’argot des typographes

« Un caractère commun à la grande majorité des typographes, c’est l’amour du progrès et des idées nouvelles. En tout et partout le compositeur est pour le progrès. "Il a été, dit M. Jules Ladimir, de toutes les religions nouvelles qui ont essayé de reconquérir notre foi lasse de tout même de sa pauvre sœur, l’espérance. On l’a vu successivement saint-simonien, fouriériste, châteliste, etc.". On doit se souvenir que ce sont des typographes qui ont commencé la révolution de 1830. Leurs successeurs appartiennent presque tous à l’opinion républicaine, et la nuance des journaux auxquels ils sont employés ne déteint que très peu sur eux.

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BOURREUR DE LIGNES, s. m. Ouvrier qui compose particulièrement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. Un bon bourreur de lignes est celui qui compose habituellement et vite la ligne courante. Dire d’un ouvrier qu’il n’est qu’un bourreur de lignes, c’est dire qu’il n’est propre qu’à ce genre de besogne, qu’il ne pourrait faire ni titres, ni tableaux, ni d’autres travaux exigeant une parfaite connaissance du métier.
BOUTEILLE À L’ENCRE, s. f. Nom que l’on donne à l’imprimerie en général, à cause de la difficulté que présente la vérification des comptes, lorsque les corrections d’auteur sont nombreuses.
CHIER DANS LE CASSETIN AUX APOSTROPHES, v. Cette phrase grossière et malséante peut se traduire en langage honnête par : « Quitter le métier de typographe. »
IL PLEUT ! v. Exclamation par laquelle un compositeur avertit ses camarades de l’irruption intempestive dans la galerie du prote, du patron ou d’un étranger. Dans quelques maisons, Il pleut ! est remplacé par Vingt-deux ! Pourquoi vingt-deux ? On a jamais pu le savoir.

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On donne au nom de coquille, en terme d’imprimerie, à l’omission, à l’addition, à l’interversion ou à la substitution, dans les ouvrages imprimés, d’un ou de plusieurs caractères typographiques. Ces erreurs, qui proviennent soit de la faute du manuscrit, soit de l’ouvrier typographe, soit d’un oubli dans la correction, sont très difficiles à éviter. Les auteurs eux-mêmes, en revoyant leurs épreuves, plus préoccupés du sens que des signes matériels, laisse subsister souvent des coquilles grossières et très regrettables. Les ouvrages un peu longs où il ne s’en trouve aucune sont sans doute très rares.

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Un journal des tribunaux a imprimé :
« Les juges, trouvant la faute légère, n’ont condamné le pauvre diable qu’à huit jours d’empoisonnement. »
Cela fait rêver. À quelle peine l’eût-on condamné, si la faute avait été grave ? »

Revue de presse
« Le correcteur est un pêcheur (souvent pécheur). Que ce soit sur le papier ou sur la toile d’araignée du Web, le (la) correcteur (trice) s’applique à traquer la coquille - "fléau de la typographie", déplora un poète anonyme -, autrement dit la lettre mise à la place d’une autre. Tout n’est pas triste, tant s’en faut, dans ces incidents de parcours. Eugène Boutmy, auteur de L’Argot des typographes (1883), donnait ce savoureux exemple, pêché dans une annonce des Petites Affiches :
"Belle femme à vendre ou à louer, très productive si on la cultive bien".
Sois donc ferme, et tais-toi ! »


Les correcteurs du Monde
augmenté d’une histoire des typographes au XIXe siècle et d’un choix de coquilles célèbres
Eugène Boutmy était typographe à une époque ou cette activité nécessitait d’être ouvrier et savant, sachant manier le plomb récupéré dans la casse et dans le même temps manipuler les tournures de la langue, ainsi que faire respirer le texte sur la page. Ce labeur a généré une langue verte, un argot qui permettait « d’entrer en imprimerie ».
Certes ce lexique peut nous sembler lointain à l’heure où des logiciels donnent à croire que la maîtrise de la mise en page est réduite à peu de chose.
Paradoxalement, la complexité de ce langage nous ramène à une autre complexité concomitante : celle de la mise en page, qui pose toujours les mêmes problèmes soulevés au travers de ce dictionnaire. Faire une belle page n’est pas si simple sans quelques règles
Mais surtout, cet ouvrage souligne que le labeur des typographes, dur et contraignant, ne les a pas empêchés d’avoir une conscience sociale qui se développe encore chez les ouvriers du livre.
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