Parution : 24/08/2017
ISBN : 9782360543908
768 pages (14,8 x 21 cm)

Substance

New Order vu de l’intérieur

Le troisième tome très attendu de l’autobiographie de Peter Hook, membre fondateur et bassiste de Joy Division et New Order, est enfin disponible.
traduit de l’anglais par Suzy Borello
Deux albums plébiscités et une tournée américaine à venir, Joy Division allait exploser. Pourtant, à la veille de leur départ, Ian Curtis, chanteur et parolier du groupe, se suicide. Après cette tragédie, les membres restants retournent rapidement à la musique et forment New Order. Leur son unique mélangeant post-punk et nouvelles technologies ouvrit la porte à l’explosion de la dance music des années 1980 et fit d’eux l’une des formations les plus influentes de leur génération. Malgré son succès, le groupe a toujours balancé entre propositions visionnaires et inconstance, composant au quotidien avec les tensions internes. Comme pour ses précédents ouvrages, Peter Hook raconte sans langue-de-bois et sans pincettes toute l’historicité du groupe, entre anecdotes décadentes et détails techniques, – incluant les set-lists et l’itinéraire de chaque tournée – sans oublier les « instant geek » concernant chacun des instruments électroniques qui participèrent à forger leur son devenu iconique.

Revue de presse

- Interview - Rencontre avec Peter Hook, de l'ombre à la lumière Michka Assayas France Inter // Very Good Tri^ 22 novembre 2017
- Substance, Inside New Order, une rare histoire du groupe racontée par Peter Hook Loïc François Sourdoreille 25 octobre 2017
- Interview - Peter Hook parle de New Order David Caillon France 5 // Entrée libre 8 octobre 2017
- Entretien avec Peter Hook - Manchester United Alex Mimikaki Magic sept.-oct. 2017
- Le livre du mois Benoît Carretier Tsugi septembre 2017
- Substance Jean-Noël Bouet Dark Globe 14 septembre 2017
- Substance Thibaut Allemand Let's Motiv' septembre 2017
- Peter Hook - Substance Jean Thooris à découvrir absolument 30 août 2017

- Interview - Rencontre avec Peter Hook, de l'ombre à la lumière

Rencontre avec Peter Hook : de l’ombre à la lumière, la seconde vie de Joy Division

Peter Hook & the light était en concert à Paris au Trianon à Paris fin octobre, Michka Assayas en a profité pour rencontrer le bassiste de légende et le créateur de deux des groupes les plus influents de l’histoire de la musique contemporaine, Joy Division et New Order.

”(...)Outré de s’être vu exclu de la reformation du groupe en 2011, le bassiste Peter Hook, Hooky, de fomenter une sorte de coup d’État. Il a publié en 2012 un livre de mémoires, Unknown Pleasures, Inside Joy Division, publié en traduction française chez l’éditeur Le Mot et le reste, sous le titre Joy Division vu de l’intérieur. Il vient de publier le second tome, un pavé de 700 pages, Substance, New Order vu de l’intérieur, où il balance absolument tout sur ses camarades, ne s’épargnant pas lui-même, et c’est à la fois très drôle, féroce et parfois carrément assassin. Parallèlement, il a créé un groupe, The Light, avec lequel il a décidé de jouer et chanter lui-même tout le répertoire de Joy Division et New Order. Ce qu’il a fait lui-même au Trianon, à Paris, il y a près d’un mois. En marge de ce concert, dans une importante librairie du dix-huitième arrondissement, Peter Hook a signé aux admirateurs du groupe une soixantaine d’exemplaires des deux tomes de son autobiographie. Et, un peu fatigué après cet exercice, il m’a accordé une interview, renâclant un peu, parce qu’il était crevé et voulait préserver sa voix pour le concert. En plus, il relevait d’une longue pneumonie qu’il avait contractée durant une tournée en Australie. Ça a donné à notre entretien une certaine tension qui s’est révélée salubre. J’ai rappelé à Peter Hook que je l’avais rencontré en 1983 et qu’il n’avait pratiquement pas ouvert la bouche. Et que j’étais un peu surpris de le voir être devenu si prolixe.(...)”

Réécouter l’émission de Michka Assayas sur le site de France Inter

Michka Assayas
France Inter // Very Good Tri^ 22 novembre 2017

- Substance, Inside New Order, une rare histoire du groupe racontée par Peter Hook

Avec la sortie de Substance : Inside New Order, Peter Hook, bassiste et membre fondateur de Joy Division/New Order, lève définitivement le voile sur le groupe qui, dans les années 1980, était réputé comme l’un des plus énigmatiques du monde de la pop. Entre anecdotes sex, drugs & rock’n’roll, aigreur non contenue d’un bassiste toujours en procès contre le reste du groupe, apogée artistique et sacrifices commerciaux, la bible de 728 pages est un essentiel pour décoder le groupe et son microcosme.

L’histoire de Factory Records, de leur club l’Haçienda et de leur rocambolesque « banqueroute », ont déjà nourri de nombreux livres. En fait, plus ou moins toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans Factory et l’époque « Madchester » ont déjà sorti un bouquin ou un film : pour exemples, l’excellent 24 Hour Party People de Michaël Winterbottom, autour du charismatique Tony Wilson ; et Control d’Anton Corbijn, centré sur l’histoire de Joy Division.

Après deux premiers livres consacrés à l’Haçienda chez les éditions Le mot et le reste dont on vous parlait lors de la rentrée littéraire et musicale 2014 (L’Haçienda, La meilleure façon de couler un club, 2012) et à Joy Division (Unknown pleasures, Joy division vu de l’intérieur, 2014), Peter Hook reprend donc le stylo-bile avec une bible de 728 pages. Par rapport aux autres livres sur New Order comme Chapter and Verse, l’autobiographie du chanteur Bernard Sumner, parue en 2014 (très distante et peu détaillée), Hook vise ici à coller le plus possible à une approche documentaliste et factuelle, même si, en guise de préambule, Peter Hook nous prévient que « Ce livre est toute la vérité, rien que la vérité…telle que je m’en rappelle. »

New Order 1980–1986 : le dernier groupe de rock’n’roll ?

Forcément, en ouvrant ce genre de bouquin, on s’attend toujours à des dizaines d’anecdotes sex, drugs & rock’n’roll. Hook les annonce presque sans filtre. Et on n’est pas déçus. New Order réussirait (presque) à faire passer les Rolling Stones, Black Sabbath et même Spinal Tap pour des petits joueurs. On n’entrera pas ici dans les détails mais si vous aimez les histoires de défonce, d’adultère et d’initiations à la vie, vous serez servis.

Mais ce ne sont pas les comportements de rockstar, entre perversion et innocence, de ses membres qui ont fait la légende du groupe. Ce qui relève de la mystique, c’est évidemment la qualité des œuvres et la quantité de production sortie dans ce modèle de société « communo-totalitaro-démocratique » inventé par Tony Wilson. Un idéal artistique (politique ?) nourri au punk qui a quand même permis, entre deux gueules de bois, d’engendrer les disques étalon de la pop de la fin du 20ème et début du 21ème siècle.

On peut se permettre de voir dans ce chaos hallucinatoire, le terreau fertile du génie créateur « Made in factory ». Entre 1980 et 1986, New Order confirme le sens du mot rock’n’roll : les musiciens conduisent eux-mêmes les vans lors des tournées, gèrent les équipements et notes d’hôtel , configurent le matériel (notamment les synthétiseurs) aussi bien en studio que sur la route. La petite équipe de roadies est logée à la même enseigne que les artistes et ces derniers ne gagnent rien. Ou presque. Tout cela dans un cadre que l’on pourrait qualifier, avec énormément de respect, de très peu professionnel.

Entre 1980 et 1986, dans ces conditions, New Order compose « Everything’s gone green », « Temptation », « Age of Consent », « Blue Monday », « The Perfect Kiss » et « Love Vigilantes ». En perpétuelle situation de stress, d’entropie et d’(auto)-destruction, confrontés à des imprévus qui feraient renoncer les plus téméraires, le groupe fonce tête baissée et la magie éclabousse sans discontinuer les productions issues de ce crash frontal entre « pub rock » et « dance music » pour geeks.

La fin de l’innocence

À partir de 1987, même si la gestion financière de Factory ne s’améliore pas (en fait la situation est déjà désespérée depuis de nombreuses années), les deals à l’international – notamment la signature chez Qwest, le label de Quincy Jones, aux USA – amènent le groupe dans la célèbre « zone de confort » pour popstars : limousine (individuelle!) jusqu’au stade pour les concerts, backstages orgiaques et after-parties démesurées sur la célèbre méga-tournée de 1989 aux USA.

Peter Hook estime que c’est à partir de ce moment que la démocratie « made in New Order » s’effondre et que l’équilibre magique qui leur permettait de produire des disques pointus, radicaux et d’une sincérité rare, devient difficile à atteindre. Les problèmes égotiques entre Hook et Sumner prennent le dessus sur la fraternité, Rob Gretton (le manager historique du groupe) touche le fond de son addiction à la cocaïne et les intervenants externes (des producteurs comme John Robie et Stephen Hague) semblent être voués, toujours selon Hook, à mettre en péril l’équilibre fragile du son dance-rock du groupe.

Même si la formation semble trouver une dernière période de magie créative et d’insouciance lors du long isolement à Ibiza pour l’enregistrement de Technique (leur cinquième album studio sorti en 1989), les conflits dans la cabine de production sont toujours au premier plan. En effet, la scission du groupe en trois factions (Bernard Sumner dans le rôle du chanteur-dictateur-diva / Hook, la victime qui peut parfois placer une ligne de basse dans le mix final / Stephen Morris et Gillian Gilbert, toujours dépeints comme une entité sans relief et sans volonté propre par Hook) est actée pour l’enregistrement de Republic (sixième album sorti en 1993 – avertissement : cette vidéo contient un court plan contenant David Hasselhof ).

Ce mode de fonctionnement perdurera jusqu’à la « séparation » (ou au départ de Peter Hook, selon les versions) du groupe en 2007.

Des voleurs d’amour et de haine

Si, ces dernière années, la presse fait plus échos du conflit juridique opposant Hook au reste du groupe que de leurs productions actuelles respectives (comme l’excellent Music Complete, dernier album du groupe sorti en 2015 chez Mute) ou des tournées best-of « Peter Hook & the light », New Order reste, à l’échelle de l’histoire du rock, l’une des plus belles « success-stories » artistiques de la musique indépendante et leur histoire est ici pour la première fois racontée de façon terre-à-terre, sans précaution quelconque.

C’est bien sûr la force de ce genre de témoignage « vu de l ‘intérieur » mais c’est aussi ce qui, malheureusement, rend le livre un peu dérangeant car il manque parfois à son auteur le minimum de distance nécessaire dans la description des relations interpersonnelles du groupe et de leur entourage.
Le livre reste un indispensable pour les fans de Joy Division/New Order ainsi que pour les passionnés de la scène de Manchester des 80’s tant celui-ci permet enfin de toucher à la réalité de cette incroyable et bancale aventure. Pour les autres, le livre s’avérera être une lecture distrayante mais assez vite pénible à cause de sa longueur et de la rancœur, trop peu contenue, de son auteur.

Lire la chronique sur le site de Sourdoreille

Loïc François
Sourdoreille 25 octobre 2017

- Interview - Peter Hook parle de New Order

La vague new wave n’a pas fini de déferler sur le paysage culturel du moment. Orchestral Manoeuvres in the Dark, interprète du célèbre titre « Enola Gay », sort un nouvel album et Peter Hook, bassiste du groupe cold wave Joy Division, vient d’écrire un livre racontant New Order de l’intérieur. Retour sur la bande originale des années 80 qui a permis d’intégrer machines et synthés dans la musique rock.

Voir le reportage

David Caillon
France 5 // Entrée libre 8 octobre 2017

- Entretien avec Peter Hook - Manchester United

Dans son troisième ouvrage, Substance, New Order vu de l’intérieur, Peter Hook se livre sans détour et se souvient du groupe qu’il a quitté en 2007. Touché au cœur par ses anciens compagnons de route, il défend sa vie et son œuvre, de joy Division à Peter Hook & The Light, sans peur d’écorner la légende au nom de cet humour vache typique du nord de l’Angleterre. Aminci et sobre, amical et sensible, le bassiste donne sa vision d’une histoire sans fin et dézingue au passage ses anciens camarades de jeu.

Que t’évoque la chanson Dom’t Look Back in Anger d’Oasis ?
C’est devenu le cri de ralliement de Manchester après l’attentat du 22 mai 2017, même si les paroles ne me touchent pas personnellement. Oasis a joué son tout premier concert en ouverture de mon ancienne formation Revenge (ndlr. il s’agissait en réalité du premier concert d’Oasis avec Noel Gallagher) et nous nous sommes beaucoup croisés ces vingt-cinq dernières années. Lors d’une audition pour devenir leur bassiste, Pottsy (ndlr. David Potts, fidèle membre de Revenge, Monaco et désormais de Peter Hook & The Light) a voulu changer les accords de Wonderwall, ce qui définit bien son tempérament et ce pourquoi je l’aime tant !

Comment te sens-tu désormais?
Ma vie actuelle me convient très bien : je suis heureux en mariage et voyage à travers le monde, je suis très chanceux. Il est très facile pour une rockstar de faire n’importe quoi et de s’en foutre. Peut-être est-ce lan Curtis qui prend soin de moi ! Le seul nuage à mon horizon demeure le procès en cours avec New Order ; ce qu’ils m’ont fait en 2011 est totalement immérité. Je crois en mon combat et jamais n’abandonnerai, même si je ne peux pas parler tant que justice ne sera pas rendue. Je suis certain que si la vérité éclatait, la majeure partie de nos fans seraient très énervés.

Pourquoi as-tu décidé d’écrire tes mémoires ?
L’idée de L’Haçienda, la meilleure façon de couler un club (2012) est venue naturellement alors que je participais à la triple compilation The Haçienda Classics (2006). J’avais énormément d’anecdotes à partager, et il m’a fallu trois années pour rédiger le livre. li y a peu d’ouvrages au sujet des clubs, et j’ai tenté de relater honnêtement et en profondeur ce qui s’y est passé. Son succès a été retentissant, du coup, pourquoi ne pas faire de même avec Joy Division ! Il m’a fallu deux ans pour écrire Unknown Pleasures, ]oy Division vu de l’intérieur (2014), qui ne traite que de nos trois ans d’existence et un peu de mon adolescence. Je ne voulais rien écrire sur New Order car nos problèmes sont trop importants pour être dévoilés, et que je ne voulais pas détruire le mythe avec ces querelles d’idiots. Mais après le split de 2007 et la lamentable reformation sans moi en 2011, qu’ils aillent se faire voir! Ces six dernières années ont détruit toute l’estime que je pouvais porter au groupe. Je pensais que cela me prendrait à peine un an, mais là aussi j’en ai mis trois… Tristement, aucun de mes ouvrages ne se termine sur une note positive, donc si je devais en sortir un quatrième, j’aimerais raconter le procès, à la fois frustrant, fascinant et technique. Ce serait sûrement un autre bon livre, mais je ne pense pas que les fans l’apprécieraient.

Bernard Sumner a écrit un livre, Stephen Morris et Gillian Gilbert vont faire de même. Du chanteur au batteur en passant par celle qui joue des claviers, à chacun sa vérité sur New Order ?
J’ai hâte de lire ce que va raconter Gillian. Chapter and Verse – New Order, ]oy Division and Me (ndlr. non traduit), la biographie de Bernard, est très pauvre : il résume New Order à une centaine de pages et passe le reste du bouquin à expliquer quel pauvre type je suis. C’est flatteur pour moi, mais les fans n’apprennent rien. Son pamphlet est aussi amer que sa personnalité finalement. Il ne parle pas de lui, ni de sa façon de composer, ni comment nous fonctionnons. Les gens en attendaient plus de lui, et ce qu’il a fait en définitive, c’est “How Not to Do a Book” (ndlr. en référence au titre original de The Haçienda, How Not to Run a Club).

MÉMOIRE ET RANCŒURS
Malgré vos disputes, tu essaies de retenir les aspects positifs du travail de tes anciens complices ?
Nous nous sommes très mal séparés, sans amour. Nous aurions pu en rester là et vivre séparément plutôt que de chercher à détruire l’autre, avec tous ces avocats. Au vernissage de l’exposition True Faith, toute l’équipe juridique qui essaye de m’écraser depuis six ans me tapait dans le dos en me demandant hypocritement comment j’allais. J’ai posté sur Instagram cette photographie de moi devant le tableau d’Henri Fantin-Latour, qui illustre la pochette de Power, Corruption & Lies (1983), en la commentant d’un laconique “Surréaliste”. J’avais l’impression d’être au réveillon de Noël avec mon ex-femme et tous ses proches qui te regardent du coin de l’œil. C’était vraiment bizarre.

Tu te décris comme un archiviste et un lecteur assidu, à l’opposé de ton image habituelle.
Avec notre manager Rob Gretton, nous trouvions les titres des morceaux et même les mentions sur les sillons des vinyles. La création est un processus très complexe et ennuyeux, donc quand tu quittes le studio, tu deviens complètement différent. Tu alternes calme et frénésie, tout en perpétuant le mythe du rock’n’ roll. Aujourd’hui tout le monde peut trouver de la drogue et même les mecs de Guns’N’Roses sont sobres! Les notices techniques du livre prouvent que nous n’étions pas que des drogués incorrigibles, mais aussi de véritables innovateurs qui ont travaillé dur. Barney et Steve ont été des pionniers de la technologie, très difficile à dompter en 1981 ou 1982, et New Order a inventé un tout nouveau genre. Désormais chacun peut télécharger un logiciel pour composer de la musique, mais pas écrire une chanson, alors qu’à l’époque il fallait savoir lier les deux et construire l’ensemble. Nous étions aussi de sacrés accrocs à la drogue, mais nous avons réussi, personne ne peut le contredire. j’ai voulu relater précisément la fantastique écriture de True Faith. Le lecteur peut zapper ce passage et s’en tenir aux choses peu reluisantes, mais je voulais que cela apparaisse.

Tu avais tout noté?
Notre discographie et la liste de nos concerts m’ont servi de prompteur pour me remémorer tous ces souvenirs: “Ah oui la fois où je suis tombé de scène, cela me revient, j’étais tellement saoul!” Histoire de rappeler combien nous étions radicaux et en avance, comment l’on procédait pour écrire un morceau et le jouer sur scène. Notre graphiste Peter Saville a une théorie fantastique selon laquelle dès lors que les musiciens se professionnalisent, ils n’arrivent plus à composer et perdent toute magie. C’est quand tu ne sais pas comment faire que tu écris la meilleure musique. Ceci se vérifie avec New Order, devenu adulte et prévisible : Music Complete (2015) est un bon album, mais ce n’est pas génial.

Ta période favorite dure peu de temps, entre 1981 et 1984.
La situation était alors égalitaire. Aucun d’entre nous n’était responsable, ni plus connu que les autres. Nous étions ensemble. Dès que Bernard a été identifié comme le chef et que nous avons eu du succès, tout a changé.

D’après toi, les chanteurs seraient tous cinglés…
Mais c’est la vérité! Je ne rentre pas complètement dans cette caricature en tant que bassiste, même si je peux chanter et diriger un groupe. Je ne sais pas être vraiment un égoïste, égocentrique et narcissique, comme le sont la majorité des chanteurs. j’ai compris que c’était leur mécanisme de défense. Le pire a été l’enregistrement de Waiting for the Siren’s Call (2005), avec tous ces producteurs, beaucoup moins bons que nous-mêmes. C’était une perte de temps et d’argent, mais Bernard ne voulait rien entendre, préférant se battre avec d’autres plutôt qu’avec moi : encore un compliment ! ll est centré sur lui-même, c’est son mode de survie. S’il avait été à bord du Titanic, il aurait porté une robe et n’aurait pas hésité à te piétiner pour pouvoir s’enfuir sur un canoë de secours. New Order ne l’a jamais intéressé, sauf peut-être au tout début. Seule sa propre personne le préoccupe, et il l’écrit d’ailleurs noir sur blanc dans sa biographie.

UN GROUPE DÉSUNI
Tu as déjà vécu la scène de ton éviction, lorsque tu vois les trois autres débuter un concert sans toi à Washington en 1983.
Tu peux y lire ce qui allait se passer, mais ils étaient beaucoup moins bons sans moi ! (Rires.) J’étais en retard et il fallait commencer, sinon nous aurions dû payer une amende. La mythologie du rock’n’roll n’aime pas les gentils garçons. Les gens adorent Liam Gallagher car c’est un trou du cul, et aussi Noel parce que c’est un connard. Il y a aussi ce concert à Reading en 1989 où je me rends compte que chacun n’entend que sa partie dans les retours et pas les autres : cela m’a brisé le coeur. On n’a jamais fait de bon concert à Paris dans notre première mouture. Mais dans la deuxième avec Phil Cunningham et sans Gillian, il y en a eu plusieurs de pas mal. Peut-être en parlera-t-elle dans son ouvrage. (Ironique.)

Tu es très dure avec Gillian dans Substance.
C’est étrange car il subsiste une méprise dans son influence : elle n’a presque jamais rien écrit ! Là aussi me corrigera-t-elle sans doute, mais je maintiens. Stephen était déjà très inspiré avant que Gillian ne nous rejoigne. Quand ils se reforment en 2011, tout ce qu’ils ont dit sur moi était très dur également, ils m’ont vraiment manqué de respect. Ce n’était pas la peine, à mon avis, de me planter le couteau encore plus profondément dans le dos. Ils ont été horribles avec moi, j’ai réagi en publiant mon opinion, un prêté pour un rendu comme on dit ici.

Tu ne te rappelles aucune scène de joie à quatre ?
Elles n’ont jamais eu lieu. Nous vivions de façon séparée : Bernard avec sa cour, Stephen et Gillian tous les deux, et moi avec l’équipe technique, de 1985 jusqu’à la séparation de 1990, le fossé se creusant progressivement. La reformation pour Republic (1993) a été totalement différente, nous avions besoin d’argent et nous n’étions plus les mêmes. À la disparition de lan Curtis, nous sommes restés longtemps à trois, et on a composé Movement (1981) comme ça, de manière très proche. Peut-être Gillian décrira-t-elle le contraire ! Cette chimie particulière qui nous a permis d’écrire de la musique géniale a duré quatre ou cinq ans, mais c’est la même qui détruit la plupart des relations. C’est vraiment triste mais c’est ce qui s’est passé.

Peut-être parce que lan Curtis assumait le rôle de leader dans joy Divison?
lan était un chef démocratique, parfait dans ce rôle-là car il faisait en sorte que chacun participe et en soit content. C’était mon supporter principal. Mais aussi celui de Barney ou de Steve. Je reste persuadé que lorsqu’il s’est pendu sa dernière pensée a été pour Joy Division qu’il adorait plus que tout au monde. J’ai sans doute mis du temps à réaliser cette absence intellectuelle et sentimentale. Nous pouvions écrire de la très bonne musique, mais il nous manquait quelque chose. Et ce n’est pas faire injure à Gillian que d’affirmer qu’elle n’a jamais pu compenser la perte de lan Curtis.

Tu parles beaucoup d’argent et de l’anticonformisme de Rob Gretton, mais n’est-ce pas ce qui vous a permis de développer cette place singulière?
(Il est très embêté.) C’était un manager très vieux jeu, pensant tout le temps qu’il avait raison et que nous étions des idiots. Il avait deux poches pour l’argent : une pour lui et une pour nous, et il ne se trompait jamais ! Mais personne n’aurait pu planter deux aussi fantastiques groupes, car nous durerons toujours. Nous gagnons toujours beaucoup d’argent aujourd’hui parce que Barney, Steve, même Gillian finalement et moi avons travaillé pour que cela continue, personne d’autre. La seule chose que Deborah Curtis (ndlr. la veuve d’lan Curtis) a fait pour Joy Division, c’est tuer le chanteur ! Je plaisante. Avec le temps, c’est un vrai plaisir de constater les marques indélébiles qu’ont laissé Love Will Tear Us Apart ou Blue Monday, même si le fracas actuel m’empêche de me détendre ou de me retirer.

Alex Mimikaki
Magic sept.-oct. 2017

- Le livre du mois
Chose promise, chose due. Après l’hilarant L’Haçienda : La meilleur façon de couler un club, sur la calamiteuse gestion du club culte de Manchester des années 80/90 et Unknown Pleasures, récit intime de ses années de formation au sein du quatuor légendaire, Peter Hook s’attaque à la troisième partie de son autobiographie. Peut-être la plus délicate pour lui, puisqu’elle couvre les années New Order, qui ont fait de lui une star (fauchée), l’ont rendu alcoolique toxicomane et l’ont poussé à se brouiller avec ses anciens comparses (à séjour, ils s’affrontent toujours devant les tribunaux. Passionnant, Substance, New Order vu de l’intérieur est un livre particulier à plus d’un titre. Peter Hook se livre sans retenue ni recul, relate les coucheries avec les groupies, la consommation extravagante d’alcool et de produits stupéfiants, les tensions entre le chanteur Barney Sumner et lui, qui vont se transformer en haine réciproque, etc, tout en listant de manière maniaque chaque concert et chaque disque publié. Sans compter les instants geeks où le bassiste se fait professeur de technologie appliquée à la musique. Un livre instructif sur une période folle de la scène indé britannique, même si Hook aurait pu éviter d’insulter son meilleur ami toutes les deux pages.
Benoît Carretier
Tsugi septembre 2017

- Substance

«Ce livre contient la vérité, toute la vérité, rien que la vérité...enfin, d’après mes souvenirs!» Peter Hook, Substance (Avant-propos)

Bassiste de Joy Division puis de New Order, Peter Hook – 61 ans et toujours actif – n’en finit pas de revisiter son passé. Que ce soit au sein de Peter Hook and the Light avec lequel il interprète avec dévotion l’ensemble du répertoire des deux groupes, ou en nous racontant une histoire faite de magnifiques résiliences, “Hooky” reste fidèle à ce qui l’a construit et paraît, à ce jour, en être la mémoire vivante. Personnalité la plus affable des mythiques formations mancuniennes, il en est à sa troisième publication sur ce qui aura animé le cœur de son existence. Soit écrire et jouer une des musiques les plus étonnantes et novatrices qui fût durant deux décennies au moins – ce qui est un exploit et le signe d’un indéniable tempérament créatif.
Après L’Haçienda, la meilleure façon de couler un club, suivi du très réussi Unknown Pleasures, Joy Division vu de l’intérieur, Peter Hook s’est logiquement attaché à l’envol et à l’apogée puis au déclin (selon lui) de New Order qui naquit, contraint et forcé, au printemps de 1980 sur les cendres de Joy Division. Autant dire une somme! En termes de durée presque la moitié d’une vie – ceci pris pour échelle. Le bassiste “Hooky” ne s’est en effet séparé du reste du groupe qu’en Février 2007, considérant l’affaire close, alors que ses anciens partenaires – avec lesquels il reste en différend juridique – ont décidé de continuer ensemble, ne prisant guère l’annonce qu’il fit il y a dix ans de la fin de New Order, dont il demeure à jamais pilier fondateur et exilé volontaire.

À quoi peut-on s’attendre à la lecture de cet épais volume de plus de sept cent pages? Une revanche, l’exploitation d’un passé glorieux – on n’y croit pas – ou la narration objective de ce qui fût la réalité de quatre musiciens et de leur entourage? Suivant un ordre chronologique Substance relate dans le détail ce qui constitua le quotidien comme les grands moments de New Order, de son management et des personnalités liées à cette entreprise artistique et souvent rocambolesque, où les personnages s’agitent, présentés à quelques épisodes comme d’incontrôlables larrons en foire. Sur deux corpus essentiels “Movement” et “Brotherhood” – titres de deux albums hautement symboliques – le texte se déroule selon un système de composition alternant souvenirs, chronologies d’enregistrements, événements et concerts, listings détaillés et chroniqués des albums et singles. Par le ton employé on retrouve la verve et l’humour so British, parfois grinçant, auxquels les deux précédents livres nous ont habitués. Le style est parlé, direct qui privilégie l’action. La maison d’édition française confiait que la traduction du texte fût un exercice délicat, pour une retranscription en un français conservant au plus près l’esprit de l’auteur iconoclaste. Quoiqu’il en soit, —Substance_ se lit à tout instant – si ce n’est n’importe où –, compte-tenu de l’épaisseur de l’objet! On sourit et rit volontiers aux situations, bien que l’on croule à certains chapitres sous des détails pas absolument utiles, auxquels on aurait préféré un commentaire plus analytique de l’œuvre. Il se dégage ainsi un contraste entre l’image extérieure austère et taiseuse que donna New Order, et la description qui en est faite ici. Interviewé par le NME, Peter Hook répondait, évoquant le livre de Bernard Sumner (guitariste et chanteur de New Order): « Barney a écrit l’histoire de New Order en quarante pages ». C’est évidemment un format un peu court pour sa propre vision des choses.
Viking assagi mais pas encore à la retraite, Peter Hook est en plus d’un bassiste unique, une personnalité attachante, à la franchise imparable et au grand cœur sans doute. Inextricablement lié à son histoire avec Joy Division et New Order, il tourne sans cesse autour et revient sur son passé avec une clairvoyance singulière: « La lucidité peut-être aveuglante » (Substance, Brotherhood, p 698). Avec plus ou moins de nostalgie selon ceux qu’il évoque – Bernard Sumner en prenant largement pour son grade tout au long des chapitres – il n’oublie personne et pense probablement que chaque petite chose compte… Substance est un livre pour fans, bien sûr, écho d’une aventure humaine agitée, qui n’échappe pas à des poncifs qui collent aux travers débridés d’un univers Rock and Roll parfois caricatural. En ce domaine notre homme ne s’est guère épargné. Le lecteur se dira peut-être qu’il aurait pu nous en éviter quelques uns.

Publié aux éditions Le Mot Et Le Reste. 08/2017. Peter Hook a récemment déclaré qu’il envisageait l’écriture d’un prochain livre dont le sujet serait l’histoire de la musique de Manchester. Il sera à La Maison De La Poésie, Paris V, le lundi 18/09 à 19h. Lecture et entretien.

Lire la chronique sur darkglobe.fr

Jean-Noël Bouet
Dark Globe 14 septembre 2017

- Substance

Suite des mémoires de Peter Hook. On connaissait le bassiste génial, on découvrait le chroniqueur sardonique des années new wave. Le premier volume de son autobiographie, consacrée à Joy Division, nous a valu plus d’un fou-rire. Le deuxième, qui contait par le menu les déboires de l’Haçienda, dévoilait un envers du décor bien plus taré que ce que l’on aurait pu imaginer. Ce troisième volume s’attaque au gros morceau : New Order. La verve est toujours là, les piques envers Bernard Sumner également. Hooky a le chic pour mêler considérations musicales passionnantes et anecdotes ahurissantes. Indispensable, en attendant le recueil de souvenirs de tous ses DJ-sets, hum, légendaires ?

La chronique est en lecture sur le site de Let’s Motiv

Thibaut Allemand
Let's Motiv' septembre 2017

- Peter Hook - Substance
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Enfin traduit en Français (un an après sa sortie) chez Le Mot Et Le Reste, Substance (New Order vu de l’intérieur) reprend l’histoire là où Peter Hook l’avait laissée lors des dernières pages d’Unknown Pleasures : Ian Curtis décédé, quel avenir pour Barney, Peter et les deux autres ? On s’imaginait un bouquin gorgé de came, de cul, de rancunes et de billets verts. On en a un : sur 800 pages, Hooky décrit minutieusement la lente dégénérescence (principalement humaine) de New Order.

Dans un style purement rock’n’roll, mais non sans une touchante lucidité, Peter Hook insiste beaucoup sur son mode de vie destroy avant, pendant et après les concerts de NO. Entre les filles d’un soir, les beuveries cataclysmiques, la coke en pagaille, les premiers ecstasy et les chambres d’hôtel décimées, aucun cliché n’est évité. Sauf que Hooky, implicitement lors de la première partie du livre, n’y ajoute aucun glamour et semble annoncer une chute inéluctable vers la pire des déchéances physiques et morales. Drôle, morbide, un peu triste.

Plus intéressants, mais tout aussi glauques, les passages racontant la confection de chaque album de NO. Guère tendre envers Steven et Gillian (lui, qui fonctionne dans le sens du vent ; elle, qui n’a jamais servi à rien), Hooky, dans une très étrange relation amour / haine, dézingue royalement son comparse Barney (mais on s’y attendait). Frontman par la force des choses, Sumner, de l’innocence Movement jusqu’au monstre Republic, va se transformer en une diva capricieuse, despotique, égocentrique et prête à tout afin de « virer la basse ». Apothéose d’un lent pourrissement relationnel, l’enregistrement de Republic (que Hooky décrit, à raison, comme « un album d’Electronic plutôt que de New Order ») au cours duquel Barney fout à la poubelle les maquettes de ses trois compagnons pour tout reprendre en solo. En même temps, Hook ne cesse d’écrire à quel point Sumner est un grand guitariste et un sacré compositeur. Pas drôle, assez morbide, très triste.

Paradoxe du livre : plus NO devient commercialement gigantesque, plus ses membres font chambre à part. Car pendant que Barney vire au gros connard, que Steven et Gillian deviennent inexistants, Hooky s’enfonce bien profond dans la dope et l’alcoolisme jusqu’au fameux point de non-retour (dépendance physique, désintox). La réussite de chaque album (jusqu’à Technique) s’apparente ainsi à un miracle ! Et relance le principal argument concernant New Order : quatre individus opposés qui, par une étrange et inexplicable alchimie, produisirent l’une des plus belles musiques jamais entendues.

Dans une écriture fluide (même si l’on conseille la version originale), Peter Hook n’épargne personne et surtout pas lui-même : grande gueule alcoolisée, époux martyrisé, petite frappe dopée à la poudre, musicien délaissé (« ce morceau n’a pas besoin de basse » est un leitmotiv que se reçoit continuellement Peter en pleine face – devinez par qui ?)… Absolument pas drôle, souvent morbide, triste pour les fans de NO.

Difficile à dire où se situe ici la part de souvenirs et d’exagérations. Totalement bituré à longueur de pages, Peter y donne sa vision, sa version personnelle de l’histoire. Et avec autant de coke et de vinasse dans le cerveau, il est certes permit de se demander si Hooky n’est pas souvent en proie à des crises de parano ou bien aux descentes du junk. Sauf que la sincérité de l’écriture semble indiquer que rien, hormis ce bouquin forcément anthologique, ne pourra dorénavant saisir la véritable story New Order.

"*Lire l’article en ligne *":http://www.adecouvrirabsolument.com/spip.php?article7083
Jean Thooris
à découvrir absolument 30 août 2017
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