Parution : 15/03/2018
ISBN : 9782360545100
304 pages (14,8 x 21 cm)

22.00 €

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Saravah

C’est où l’horizon? 1967-1977

Aventure humaine et romantique, utopiste et désordonnée plus que commerciale, le label Saravah a façonné un son d’une grande qualité qui n’a rien perdu de son éclat.
Nées en 1966 de la complicité de Pierre Barouh, Francis Lai et Claude Lelouch, les éditions Saravah deviennent dès 1968, via leur label et studio installés à Montmartre dans le passage des Abbesses, un véritable vivier d’expérimentations et de rencontres : celles de Jacques Higelin et Areski, Brigitte Fontaine et l’Art Ensemble Of Chicago, ou encore celle du brésilien Naná Vasconcelos avec le gabonais Pierre Akendengué et le guitariste folk Jack Treese… Benjamin Barouh, né en 1970, a contemplé l’intense activité et les mutations du studio des Abbesses. Pour combler les lacunes, éclairer les zones d’ombre, il a interrogé les artistes, musiciens, techniciens et collaborateurs qui l’ont connu et animé. Les témoignages collectés, dont ceux de Francis Lai, Claude Lelouch, Areski Belkacem, David McNeil alimentent cette histoire et le portrait central de Pierre Barouh, producteur, poète, cinéaste et visionnaire discret, dont le témoignage manquant en raison de sa disparition récente est comblé par ces textes inédits.

Revue de presse

- Interview Benjamin Barouh Mathias Milliard Tous pour la musique 17 avril 2018
- Interview avec Benjamin Barouh, Areski Belkacem et Dominique Cravic Laurent Sapir & Sébastien Vidal TSF Jazz // Les lundis du duc 26 mars 2017
- Saravah, c’est où l’horizon ? 1967-1977 Laurent Sapir TSF Jazz mars 2018
- Saravah 1967-77 C’est où l’horizon ? Norbert Gabriel Le blog du doigt dans l'oeil - Magazine culturel 13 mars 2018

- Interview Benjamin Barouh

Sous l’impulsion de Pierre Barouh, le label Saravah a marqué la production musicale indépendante française au tournant des années 60 et 70. Son fils Benjamin, à l’occasion de la publication du livre Saravah, C’est où l’horizon? 1967–1977, revient pour nous sur l’épopée Saravah et son catalogue riche de secrets.

Ceux qui ont moins de 40 ans ne connaissent probablement pas Saravah. Pouvez-vous leur présenter ce qu’était Saravah durant la décennie 1967 – 1977 ?

Saravah est d’abord une société d’édition musicale créée par trois amis – Francis Lai, Claude Lelouch et Pierre Barouh – à l’occasion de la sortie de la bande-son du film Un homme et une femme. Ce succès a généré beaucoup de droits et, sous l’impulsion de mon père Pierre Barouh, la maison d’édition est également devenue label un an après la sortie du film. Il avait envie de créer un label original et novateur qui aiderait les artistes à se développer, et c’est ainsi que Saravah a produit Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem et s’est aventuré dans les musiques du monde en favorisant le recherche et l’ouverture musicale.
La grande particularité du label était son studio, le Studio des Abbesses à Paris, où les méthodes d’enregistrement ont beaucoup évolué à la fin des années 60. Les artistes pouvaient y passer énormément de temps pour tester des mélanges de genres musicaux et ainsi créer des disques.

Quand on parle de Saravah, on évoque souvent un esprit de création, d’aventure et de famille…

Oui, c’est tout à fait ça. La manne financière qui venait du film Un homme et une femme a permis de sortir des disques en ayant les moyens de les produire, et il faut aussi dire qu’à cette époque la vie coûtait moins cher. À la fin des années 60, la France ne connaissait pas encore le chômage et la crise. C’était plus facile de payer les gens, de fabriquer les disques, donc nous n’hésitions pas à fabriquer des stocks et à prendre des risques.
Ce qu’il y a de grandiose dans cette aventure est la qualité des artistes que mon père a rencontrés. Il faut comprendre que Pierre Barouh était lui-même artiste, il avait roulé sa bosse avec des musiciens et cherchait à mélanger sa poésie avec des sonorités jazz ou brésiliennes, notamment avec la bossa nova dont il avait rencontré la scène à la fin des années 50. Il avait les oreilles grandes ouvertes et lorsqu’il rencontre Brigitte Fontaine, c’est le coup de foudre. Brigitte Fontaine va ensuite amener Jacques Higelin qui est un autre monument de la création musicale qui dépasse les frontières entre jazz, poésie et rock. Ensuite, Areski Belkacem va apporter la touche de musiques du monde avec ses percussions et ses sons kabyles, Pierre Akendengué avec la transe gabonaise, Jack Treese avec sa guitare folk, etc. Cela a lancé le principe de brassage musical propre à Saravah.

Comment l’histoire s’est-elle finie ?

Mon père n’était pas un homme d’affaires et était lancé dans une série d’enregistrements. De semaine en semaine, on fabriquait des disques à tour de bras, sauf qu’entre 1970 et 1974, l’économie avait changé, la crise pétrolière était arrivé et cela coûtait beaucoup plus cher de produire un disque. Il s’est retrouvé complètement débordé et sa passion a pris le dessus sur la réalité. Au final, cela a implosé.
Il y a eu également des clashes dans l’équipe fondatrice, notamment entre mon père et Fernand Boruso. Or ils étaient très complémentaires, l’un faisait les rencontres artistiques et l’autre la logistique, la distribution, l’image… C’est d’ailleurs après son départ que mon père s’est retrouvé seul et a embauché ma mère et sa sœur pour fonctionner en entreprise familiale.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

J’ai travaillé pendant 15 ans avec mon père pour Saravah et, chaque décennie, nous fêtions l’anniversaire. Là, j’avais ce projet en tête pour les 50 ans de Saravah. Au départ, je devais le faire ce projet avec mon père, mais il est décédé et ce livre a pris une dimension vitale pour moi. J’ai voulu lui rendre hommage, creuser son œuvre et sa philosophie. J’ai essayé de comprendre comment cet homme, enfant juif réfugié dans le bocage vendéen, rescapé de la 2de guerre mondiale, a réussi à trouver les ressources pour créer des chansons et une maison de disques qui était une communauté avec un projet social et humain très fort.

Le livre est construit à partir d’entretiens. Comment ces rencontres se sont-elles déroulées ?

Je suis parti d’une des dernières discussions que j’ai eues avec mon père. En lui annonçant que je voulais écrire ce livre, il m’a dit « Il faut que tu parles du son Saravah ». Ce sont ceux qui faisaient ce son dans le studio qui peuvent en parler le mieux, donc il a fallu mener l’enquête et retrouver les ingénieurs du son, les assistants, les directrices de production, les musiciens – car il y avait une section rythmique chez Saravah qui accompagnait les différents chanteurs. Retrouver ce petit monde n’a pas été facile. Le premier que j’ai interrogé est Areski Belkacem et j’étais très heureux de le revoir car je l’aime énormément et il a été très important dans le « son Saravah » justement. Lui m’a mis en contact avec la première directrice de production, dont j’ai appris au passage qu’elle vivait avec nous et était ma nounou quand j’étais enfant. Avec difficulté, j’ai aussi réussi à contacter Christian Gence et c’est lui qui m’a mis en contact avec Fernand Boruso qui a pu me dérouler tout le début de l’histoire Saravah avant qu’il ne se fâche avec mon père.
Je m’en suis tenu à la chronique du studio pour ne pas me perdre et, finalement, grâce à ces gens, j’ai reconstruit ma propre histoire lorsque j’étais enfant avec eux.

Lisez la suite de l’interview sur TPLMusique

Mathias Milliard
Tous pour la musique 17 avril 2018

- Interview avec Benjamin Barouh, Areski Belkacem et Dominique Cravic

En direct du Duc des Lombards, l’équipe des Lundis du duc accueille Benjamin Barouh, Areski Belkacem et Dominique Cravic pour parler du livre, de Saravah et de Pierre Barouh. Une belle rencontre qui donne envie de réécouter le catalogue de la maison et de se balader dans les anecdotes et les souvenirs de Benjamin Barouh.

Réécoutez l’émission sur le site de TSF Jazz

Laurent Sapir & Sébastien Vidal
TSF Jazz // Les lundis du duc 26 mars 2017

- Saravah, c’est où l’horizon ? 1967-1977

Il avait le goût du lâcher-prise, du pas de côté et des « choses penchées », comme l’écrit si bien Benjamin Barouh au sujet de son troubadour de père auquel il consacre un ouvrage gorgé de légendes et d’humilité.

Il posait aussi les bonnes questions. « C’est où l’horizon ? », par exemple. C’était tout lui. Quand d’autres se mettaient des frontières, Pierre Barouh, âme conductrice du label et des studios Saravah, questionnait les horizons jusqu’à y entrecroiser des figures aussi mythiques que Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, Naná Vasconcelos ou encore Barney Wilen. On se souvient aussi de ces sessions de piano réunissant René Urtreger, Georges Arvanitas ou encore Michel Graillier.

Plutôt large, l’horizon. Aux fameuses soirées Saravah du quartier Mouffetard qui décentrait le label de son QG des Abbesses, il y avait place pour le free jazz, pour l’accordéon, pour l’orgue de barbarie… « Il y avait surtout place pour le temps », rajoutait Pierre Barouh, nous ramenant au slogan des débuts emprunté à Salvador Dali : « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire », alors qu’en fait Saravah n’a jamais cessé d’explorer.

Benjamin Barouh restitue avec bonheur cette épopée peut-être plus proche de l’esprit de 68 que les grandes envolées révolutionnaires de l’époque. Il donne notamment la parole aux petites mains de Saravah. Autre temps fort de l’ouvrage, le témoignage de Fernand Boruso, l’associé grimé en Tonton Flingueur avec lequel le climat va virer à l’aigre et qui peut enfin donner, ici, sa version des faits. Les confidences de Dominique Barouh, l’ancienne compagne, retiennent également l’attention. Surtout lorsqu’elle évoque Pierre Goldman, le guérillero-braqueur hébergé à un moment par le couple et qui n’hésitera pas à trimballer en cachette un flingue et un chargeur de munitions sur la route du Montreux Jazz Festival.

Manquent à l’appel Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, si bien entourée par l’Art Ensemble of Chicago dans Comme à la radio, mais pas le compagnon de cette dernière, Areski Belkacem, pilier des années Saravah. Claude Lelouch, en revanche, est bien au rendez-vous. Compère de la première heure après l’avoir enrôlé dans la bande-son de Un Homme et une femme aux côtés de Francis Lai, il résume superbement ce qu’était Pierre Barouh en observant qu’avec lui, « il n’y avait pas de service après-vente. Une fois qu’il avait allumé une fusée, il allait en allumer une autre. Il se foutait de savoir si elle arrivait ou pas. Il adorait allumer des fusées ».

C’était donc cela, Saravah, ce feu d’artifice d’exigence et de dolce vita, cet interstice sublime entre fadaises yé-yé et grands auteurs type Brassens ou Ferré, ce don inouï pour propager, partager, faire éclore les talents enfouis. « Ce n’est que de l’eau, camarade », chantait Pierre Barouh dans cette sublime version de Àgua de Beber que l’on découvre dans l’album ça va, ça vient … Jusqu’à nous réserver, le 28 décembre 2016, la plus triste des saudades.

À lire sur : http://www.tsfjazz.com/sapir-tsfblog/?p=16516

Laurent Sapir
TSF Jazz mars 2018

- Saravah 1967-77 C’est où l’horizon ?

On pourrait dire que nous avons tous en nous quelque chose de Saravah quand on se passionne pour la scène vivante du spectacle et de la chanson. Quand elle est un court-métrage de 3 ou 4 mn qui raconte le monde ouvert à la fenêtre, quand elle raconte la vie, les rencontres d’un funambule de l’utopie, baladin éternel sur tous les chemins buissonniers qui n’ont jamais été concernés par la dictature du code barre… Quand on a le goût des choses penchées, la quête permanente de la beauté fragile des musiques portées par les vents oiseleurs de la Vendée à Rio de Janeiro, de Montmartre à Shibuya (Tokyo) … Quand on fait sa vie comme une rivière qui atteint toujours son océan en méandres nonchalants pour mieux goûter l’instant présent et les charmes du hasard.

Il y a des années où on a envie de ne rien faire… Parce qu’on a envie d’être totalement disponible à l’imprévu, à l’inconnu, à la découverte, parce qu’on a envie de répondre à la question « C’est où l’horizon ? » sans être trop téléguidé par une boussole autoritaire… Et parce qu’on a peut-être envie de découvrir plusieurs horizons de couleurs et de goûts différents.

A travers ce préambule nourri du pollen Saravah il y a quelques pistes sur le voyage de la mémoire que vient de faire Benjamin Barouh dans l’histoire du plus ancien label de chanson français en activité ; les dix années de funambulisme permanent qui ont construit la légende de cette utopie réalisée. Si on ne connait pas bien Saravah, ce livre est la base indispensable pour comprendre comment ce miracle a pu exister… Fluctuat toujours, mergitur jamais. Si on connait bien Saravah, on va y trouver de quoi affiner et compléter les portraits des différents acteurs connus ou moins connus qui ont construit ce label.

Benjamin Barouh est un excellent conteur d’un part, et d’autre part dans son travail de collecteur, il a rencontré et mis en perspective, tous les témoins, chacun apportant un éclairage personnel, et argumenté sur ces dix ans de genèse… Tout est nuancé par l’ensemble, sans parti pris tranché et réducteur. Regards intimes ou distanciés, critiques ou amoureux, subjectifs ou objectifs, s’il y avait des zones d’ombre – avec le temps, parfois tout s’en va de travers – elles se révèlent, comme sur un vieux négatif photo qu’on n’aurait pas exploité à fond, et le tableau se complète, s’enrichit.

Emouvant, et drôle, parfois une phrase situe bien les rapports à la chanson, ainsi le point de vue sur les yé-yés est explicite quand Dominique Barouh voyait dans l’idole des jeunes une sorte de lombric… Passionnant quand David Mc Neil raconte que John Mc Neil a parcouru l’Ecosse pendant 20 ans pour collecter toutes les mélodies écossaises, qu’il jouait à la guitare sur 3 accords, et qui ont façonné la musique américaine au début du XX ème siècle.
Il y a tous les acteurs de Saravah des Abbesses, et aussi l’autre point de rencontre, les lundis de la Mouff », Mouffetard futur lieu de résidence parisienne de la famille Barouh. Il y a tout pour comprendre Saravah , ce qui l’a constitué, ce qui continue et se prolonge aujourd’hui.
C’est une grande fresque bigarrée, une leçon de créativité tout azimut, un bréviaire de liberté, qu’on pourrait sous-titrer : « Mode d’emploi de la réalisation d’une utopie à l’usage des jeunes générations qui ne savent pas qu’il y a d’autres chemins que les autoroutes formatées au code barre. »

Ou en bref, « Histoire d’un caravansérail musico-cosmopolite », une soirée Saravah c’est une rencontre avec des musiciens, des chanteurs, des cinéastes, des graphistes, des comédiens, des auteurs de toutes origines cherchant à communiquer avec tous… et dans la boutique Saravah, il y avait aussi les confitures aux prunes de mamie (Sarah, la maman de Pierre) …

Dans les grands témoins rencontrés, Francis Lai, Claude Lelouch, Dominique Barouh, Areski Belkacem, David Mc Neil, Raphael Caussimon, Aram Sédéfian, Jean Querlier, Christian Gence, Jacqueline Cauet, Gilles Sallé, Claudine Cormerais, Jean Michel Humeau, Gérard Delassus, Philippe Beaupoil, Christophe Rambault de Barathon, et Fernand Boruso, dont on a le point de vue pour la première fois sur les fluctuations financières de Saravah.

Ces quelques lignes et anecdotes ne résument pas cet excellent livre de 300 pages, (Editions Le Mot et le reste) qui sera en librairie le 15 Mars, mais qu’on trouve néanmoins depuis hier lundi chez les grands distributeurs parisiens, Gibert entre autres… C’est juste pour donner envie…

C’est le complément indispensable aux Rivières souterraines, pour les plus anciens, et avec la compilation 50 ans de Saravah, c’est l’entrée en Saravah pour les plus jeunes. Avec la mémoire du vent…

Pour qu’un souvenir ami
garde dans son tamis
Le bleu de nos nostalgies
Pour que la mémoire du vent
Retienne nos chansons, amis recommençons..

A lire sur: https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2018/03/13/saravah-1967–77-cest-ou-lhorizon/

Norbert Gabriel
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