Parution : 20/04/2017
ISBN : 9782360542901
368 pages (14,8 x 21)

24.00 €

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Regarde ta jeunesse dans les yeux - nouvelle édition

Naissance du hip-hop français 1980-1990

Une tranche d’histoire musicale exhaustive intelligemment narrée, aussi passionnante que la nouvelle mouture du classique Can’t Stop Won’t Stop de Jeff Chang.
Benoît Carretier – Tsugi

préface de Dee Nasty
postface de Solo
Qui connaît l’histoire du premier français à avoir sorti un disque hip-hop en 1983 à Los Angeles aux côtés d’un certain Andre Young, futur Dr Dre ? Qui connaît l’histoire des premières soirées hebdomadaires hip-hop au début des années 1980 (Émeraude, Bataclan) ? Celle des premiers graffeurs qui rompent avec les pochoiristes ? Des premiers breakers s’entraînant sur un lino posé à même le trottoir ? Ce livre explore la naissance d’un mouvement qui était encore une contre-culture (absence d’argent, d’institutions et de médias) dans les années 1980, loin d’imaginer qu’il allait devenir une culture de masse. En parallèle des mouvements artistiques qui la composent, l’histoire du hip-hop français ne peut faire l’économie du récit de phénomènes sociaux ayant joué un rôle de premier plan (les derniers bidonvilles de Nanterre, la naissance de la banlieue etc.) Pour construire cet ouvrage, Vincent Piolet s’est basé sur les interviews d’une centaine de personnes, allant d’artistes reconnus (Kool Shen, Stomy Bugsy, Bando) à des acteurs anonymes mais respectés de l’underground (Style J, Saxo, Iron 2), ayant tous pavé un chemin favorable à l’explosion du hip-hop français qui n’aura lieu que dix ans plus tard.

Lire un extrait

Revue de presse

- Interview - Vincent Piolet Manu Baudez & Yann Cherruault international Hip-Hop 11 septembre 2016
- Regarde ta jeunesse dans les yeux Olivier Pernot Trax Juin 2015
- Entretien avec Vincent Piolet RTS // Histoire Vivante 7 décembre 2015
- Regarde ta jeunesse dans les yeux Sylvain Bertot fakeforreal.net 10 octobre 2015
- Sélection livres Aena Léo Longueur d'Ondes Été 2015
- L'amour à la plage Benoît Carretier Tsugi Été 2015
- Regarde ta jeunesse dans les yeux Florence Marek FrancoFans Juin-Juillet 2015
- Deux ouvrages fouillés célèbrent le hip-hop made in France Thomas Blondeau Les Inrockuptibles 13 mai 2015
- La Naissance du hip-hop français, selon Vincent Piolet Alain Pilot rfI // La bande passante 29 juillet 2015
- 10 lieux cultes du hip-hop parisien des années 80 Antoine Bosque The Backpackerz 18 juillet 2015
- Invité : Vincent Piolet Juan Massenya Mouv' // Radio Vinyle 21 juin 2015
- Retour aux sources Reverse Avril 2015
- Vincent Piolet : Entretien DirtNoze Foxy Lounge 08 juin 2015
- Old School New School ROYAL S Aligre FM // Old School New School 14 Mai 2015
- Spéciale pionniers US & français avec Vincent Piolet Olivier Cachin Le Mouv' // La sélection d'Olivier Cachin 15 Mai 2015
- L'éternelle jeunesse du hip-hop français Maxime Delcourt Slate.fr 10 Mai 2015
- Chronique du bouquin ultime sur le rap français Olivier Mukiandi Street Rules 4 Mai 2015
- « REGARDE TA JEUNESSE DANS LES YEUX » EST LE GUIDE ULTIME DU HIP-HOP FRANÇAIS DES ANNÉES 80 Rod Galcial Vice // Noisey 29 Avril 2015
- Jurassic rap Thibaut Allemand Let's Motiv 30 Avril 2015
- “Regarde ta jeunesse dans les yeux” : une plongée fascinante aux origines du rap français Thomas Blondeau Les Inrockuptibles 04/05/2015
- L'ouvrage qui retrace les débuts du hip-hop en France Olivier Mukiandi Street Rules 30 mars 2015
- Interview Vincent Piolet Writer Tonio Cultures urbaines 7 avril 2015
- Vincent Piolet en interview Benjamin Luis RTS // Couleur 3 // Plein le poste 17 avril 2015
- Interview avec Vincent Piolet Stéphane Fortems Le rap en France 15 avril 2015

- Interview - Vincent Piolet

L’histoire officielle du hip-hop français, telle que nous l’ont trop souvent raconté les “élites” du rap, se borne la plupart du temps à son aspect commercial, et fait remonter grossièrement sa naissance à la compilation Rapattitude sortie en 1990. C’est pourtant faire l’impasse sur tous ceux qui ont construit les bases durables d’un vaste mouvement qui a changé la vie d’une partie de la jeunesse, et qui ont œuvré dans l’ombre pendant une bonne dizaine d’année avant que n’émerge aux yeux de tous cette infime partie, uniquement musicale, de l’édifice. Vincent Piolet s’est attaché à rendre justice à ces pionniers oubliés dans son remarquable bouquin Regarde ta jeunesse dans les yeux, sorti en mars dernier, et qui donne la parole aux vrais combattants de cette révolution culturelle. Nous revenons avec lui sur ce travail important, première pierre à l’écriture de notre histoire par ceux qui l’ont vécue, et non par ceux qui en vivent.

Tu dis du hip-hop en France dans les années 80 qu’il s’agit d’une “contre-culture”. Penses-tu qu’aujourd’hui c’est devenu une “sous-culture” ?
VINCENT PIOLET : Disons que d’après la définition que je me suis moi-même créée, une “contreculture” c’est : pas d’argent, pas de média, pas d’institution. Donc pendant les années 80, on y est typiquement, que ce soit pour le rap, la danse ou le graff – mise à part la parenthèse enchantée de 1983–84, où on a ce “rap de cour de récréation” [dans le sillage de l’émission H.I.P.-H.O.P. animée par Sidney sur TF1 – NDLR], très marketté, avec un public ciblé très jeune. Mais ça redescend très vite, et dès 1985–86, c’est le trou noir. Donc on passe dans la contre-culture, jusqu’en 1990 où tout se rejoint  : l’argent, les médias, les institutions. C’est vrai pour le rap, avec la compil’ Rapattitude [sortie de 1990 chez Labelle Noire/ Virgin/EMI – NDLR] dans laquelle chaque major va finir par prendre son rappeur ; pour la danse, à laquelle la danse contemporaine va beaucoup s’intéresser ; pour le graff, qui est exposé au Palais de Chaillot, avec des graffeurs français exposés pour la première fois par Agnès b.… Les médias commencent à s’y intéresser, avec RapLine qui commence [diffusion de 1990 à 1993 sur M6 – NDLR], et des émissions comme Ciel Mon Mardi de Dechavanne qui en parlent – sous des angles pas forcément bienveillants, mais qui en parlent. Dans les séries télé, même : dans un épisode du Lyonnais [l’épisode “Taggers” en 1990 dans lequel on retrouve Squat et Solo d’Assassin, JoeyStarr, Marco Prince de FFF aux côtés de Guillaume Depardieu ou encore Rachid Taha ! – NDLR], tu as un crew de tagueurs, les Magic Killers, qui font peur à tout le monde… Et pour les institutions, c’est pareil : Jack Lang reprend le truc, l’Université Paris VIII donne des cours sur le rap… On passe alors à ce que j’appelle une “sous-culture”. Je ne dis pas du tout ça dans un sens péjoratif, mais dans le sens où, sans être un phénomène de masse, c’est quelque chose qui est reconnu et qui vit économiquement.

Dans ton livre, tu écris que le propre d’une contre-culture, c’est l’absence d’archives. C’est pour ça que ton bouquin est salutaire, parce que les seules personnes qui peuvent écrire cette histoire, ce sont les gens qui l’ont vécue. Cette histoire est hélas souvent parasitée par des historiens autoproclamés, officiels, qui en ont une vue très parcellaire, voire orientée…
V.P. : C’est déjà le constat qu’avaient fait ceux qui voulaient étudier les débuts du punk. Le propre d’une contre-culture, comme le punk à ses débuts, c’est qu’elle ne génère pas ses propres archives. Pour le hip-hop, on n’a quasiment rien, pas de flyers, très peu de photos. On n’a par exemple aucune photo de DJ Chabin au Bataclan, parce que le gérant ne voulait pas qu’on en prenne ! Pour la radio, pareil : le dépôt légal ça commence mi-1990, je crois, donc on n’a presque rien non plus, à part un tout petit peu de Radio 7. C’était une de mes grandes motivations, d’aller voir les gens. Uniquement. Recueillir leurs histoires, et le faire d’autant plus rapidement qu’une grande majorité a maintenant la cinquantaine, et que ça commence à faire loin… Si on ne récupère pas ces histoires, elles seront perdues à jamais. Ce ne serait pas si grave si ça n’avait été qu’une mode, mais le hip-hop en France est un pilier culturel, qu’on le veuille ou non. Au-delà des critères de qualité ou de style, ce que les gamins écoutent au collège, c’est du rap français. Même pas du rap américain. C’est inscrit dans notre culture, c’est un pilier, donc il faut en connaître les bases, et le seul moyen pour ça c’était d’aller voir les pionniers. J’ai rencontré entre 100 et 150 personnes. Un choix forcément un peu subjectif au départ, mais mon but a vraiment été de rencontrer les acteurs majeurs et reconnus – qui n’ont d’ailleurs pas forcément été connus par la suite –, tous ces gens qui n’avaient jamais raconté leur histoire. Les historiens ou les sociologues vont te faire des grandes théories, mais sans jamais se poser la question de qui étaient vraiment les mecs qui rappaient au terrain vague de La Chapelle à l’époque, et qui déchiraient tout… Ce n’étaient pas les NTM, ce n’était pas Assassin, c’étaient d’autres mecs dont on a complètement perdu la trace maintenant. C’est leur histoire à eux qui est intéressante. Comment sont-ils devenus des légendes ? Comment se sont mis en place les mythes sur lesquels la culture hip-hop en France s’est construite ? Il n’y a pas de culture sans mythes.

Il faut quand même préciser que tu n’es ni musicologue, ni historien, ni universitaire. Tu l’as fait par passion, parce que tu estimais que c’était nécessaire de le faire, et tu as écrit ce bouquin avant même d’avoir trouvé un éditeur !
V.P. : Dans les quelques livres que j’avais lus sur le rap français – il y en a peu, et encore moins sur le hip-hop dans son ensemble, puisque les disciplines sont souvent séparées –, à chaque fois on datait le début à la compil’ Rapattitude, en 1990. Alors que les quelques “pionniers” que je connaissais me racontaient des trucs qui remontaient bien plus avant. Je savais donc que je devais le faire, mais je ne savais pas si j’écrivais bien ! Je ne suis pas écrivain, je ne suis pas journaliste, donc je me suis testé. J’ai écrit un chapitre ou deux, et au bout d’un an et demi je les ai envoyés à quelques revues, Schnock notamment, qui a publié. C’est là que je me suis dit que j’étais capable d’écrire un bouquin et j’ai déroulé le livre, dans les 2 ans qui ont suivi. J’ai fait énormément de rencontres. Au début par des connaissances, des recommandations, untel qui connaît untel… Après il a fallu retrouver des gens qui avaient complètement disparu des radars, c’était limite une enquête policière, mais je me suis attelé à la tâche. Il y a aussi ceux qui sont devenus des stars, pour lesquels il a parfois fallu ruser, à cause des managers qui font mur… Pour atteindre Kool Shen par exemple, je me suis présenté comme journaliste de poker, et l’agent m’a laissé passer sans problème ! Quand je l’ai eu au téléphone, je lui ai tout de suite dit que je me foutais du poker – je connais à peine les règles – et que je voulais seulement parler des années 80. Il aurait pu me raccrocher au nez, mais on s’est parlé pendant plusieurs heures et il était très content de parler de cette période, qu’il n’avait quasiment jamais racontée. Il n’avait même pas lu la bio de Joey Starr ! Leurs versions de l’histoire sont différentes, ils n’ont pas les mêmes souvenirs. Classique  : une personne, une histoire… Dans l’ensemble, tous ceux que j’ai contactés étaient enthousiastes et, à quelques exceptions près, j’ai réussi à rencontrer qui je voulais, par réseau ou par ruse.

Mais de là à écrire un bouquin ! C’est quand même pas une démarche anodine, d’autant que tu n’étais pas “dans l’écriture”. J’imagine que tu as quand-même une sacrée obsession pour la culture hip-hop ?
V.P. : Ma passion pour le rap remonte à l’adolescence, de 1995 à 2005, en gros. Je l’ai un peu mise de côté en grandissant. Pour ce qui est de l’écriture, j’ai un peu copié le format de Can’t Stop Won’t Stop de Jeff Chang que j’avais beaucoup aimé : des chapitres courts, un récit qui intègre directement les témoignages, une parole directe. J’avais accroché au concept, alors je l’avais rangé dans un coin de ma tête. Quand j’ai eu l’idée du bouquin, ce qui m’intéressait le plus c’était le mythe du terrain vague. Je m’étais souvent posé la question de qui y était vraiment, parce qu’à en croire tous ceux qui prétendaient y être, ça donnait l’impression que les premières free-jams c’était Bercy ! Alors que certains n’avaient même pas 6 ans à l’époque ! Donc au début je voulais juste faire un bouquin sur le terrain vague. Mais un jour que je discutais avec DJ Chabin – c’était un peu “portes ouvertes” chez lui aux Olympiades [Paris XIIIe – NDLR] – je me suis rendu compte que lui-même n’y était pas. Pareil pour plein d’autres types, qui te parlent plutôt d’autres lieux : ils allaient au Globo, ou à Châtillon… D’autres encore te ramènent 5 ou 6 ans plus tôt : ils dansaient le jazz-rock au Bata, ils ont vu arriver les premiers rappeurs, et ils se sont mis au hip-hop. D’autres se sont retrouvés au terrain vague parce qu’on les avait virés de la salle Paco Rabanne… Donc ça n’avait pas de sens de parler uniquement du terrain vague. Il fallait raconter l’histoire d’une génération, celle de cette “contre-culture” dont je parlais tout à l’heure. Je ne savais pas dans quoi je m’embarquais mais j’ai écrit, sans maison d’édition mais persuadé que ça allait intéresser des gens. Ça n’a pas été si facile d’en trouver une mais le sujet plaît et va continuer à plaire. On commence à se poser des questions sur notre histoire. Comme aux États-Unis, avec 4 ou 5 ans de décalage.

Une des principales qualités de ton bouquin, mais qui l’expose aussi à la critique, c’est qu’il rend bien compte qu’il n’y a pas d’histoire officielle, qu’il n’y a pas une vérité, seulement des vérités. Tu présentes même des versions contradictoires côte-à-côte, comme une manière de dire que “la réalité” n’est que celle que tu as vécue.
V.P. : C’est ça. D’ailleurs l’éditeur voulait sous-titrer “La Naissance Du Hip-Hop Français”, et j’ai dû me battre pour que ce soit seulement écrit “Naissance Du Hip-Hop Français”. Il n’y a pas une naissance officielle. J’ai livré la version des gens que j’ai rencontrés, à d’autres curieux de contredire ou d’approfondir. Il y a sans doute des points sur lesquels je me suis trompé, d’autres que j’ai manqués et qui sont sans doute incontournables. J’ai fait un pavé mais ce n’est pas l’histoire officielle. Celui qui prétend la faire, il vaut mieux ne pas lire son livre ! À d’autres de raconter d’autres “naissances” pour que chacun se forge son avis, son propre ressenti.

Tu dis d’ailleurs dans ta conclusion que tu vois ce livre comme une base, un premier travail de défrichage, pour que d’autres puissent creuser.
V.P. : C’est ce que j’espère, et surtout pour la province. Parce que je me suis concentré sur Paris, la banlieue parisienne et Marseille – parce que c’est très particulier – mais pour le reste, c’est très anecdotique. Il y a des pionniers à Toulouse, à Strasbourg, à Lyon, Bordeaux, Lille… Et j’espère que d’autres vont prendre leur micro ou leur stylo pour aller voir tous ces pionniers qui ont la cinquantaine. Après on compilera, et ça fera une super encyclopédie !

Tu peux expliquer comment tu as construit le bouquin  ? Il est organisé de manière un peu étrange, qui n’est pas chronologique, mais pas non plus complètement thématique. On a une première partie qui est mi-chronologique, mi-thématique, et une seconde qui repose sur des portraits de personnes importantes.
V.P. : C’est vrai. Au début, je fais une toute petite partie sur le rap américain, pour replacer un peu le contexte. Puis j’avais tellement d’informations que ça a été plus compliqué à organiser. Déjà, à l’époque, tout le monde touchait à tout, faisait du graff, de la danse, du rap…

Plus ou moins bien [rires] ! Au début, on s’essayait à différents trucs, mais au bout d’un moment on se rendait compte qu’il valait mieux abandonner certaines disciplines, à moins d’avoir quelques déficiences mentales [rires] !
V.P. : C’est comme ce que dit Akhenaton : les rappeurs, ça a été d’abord des mauvais danseurs, ceux qui n’arrivaient plus à suivre le rythme. Et lui en est un bon exemple [rires] ! Mais oui, au début tout le monde dansait, puis s’est mis à taguer un peu, graffer puis rapper, quand le complexe vis-à-vis du rap américain et de la langue a disparu. Tout ça faisait beaucoup d’informations… Donc j’ai essayé de faire plusieurs chapitres courts, avec plusieurs petites histoires. Une trentaine ou une quarantaine de chapitres quasi indépendants, pour que le lecteur puisse piocher dedans. Des petites thématiques, mais en essayant de respecter une certaine cohérence chronologique, avec le Bataclan plutôt au début et le Deenastyle [l’émission culte de Dee Nasty sur Radio Nova – NDLR] plutôt vers la fin… Il y a forcément des petits retours en arrière, et si tu lis tout d’un trait, tu peux trouver certaines choses qui se répètent. D’ailleurs certaines personnes dont je parle m’ont appelé pour me dire : “J’ai lu ton livre, tu fais un chapitre sur moi, mais tu racontes pas tel ou tel événement super important, ce n’est pas normal !” Alors que je le raconte, mais vers la fin ! Le type avait juste lu son chapitre [rires] ! C’est simplement parce que j’ai utilisé des bouts de son histoire dans d’autres parties.

Mais même si cette organisation peut nous perdre parfois, ça renforce encore le côté humble de ton livre. Il y a plein de petites histoires, de petits épisodes qui se complètent, se répondent, ou même se contredisent. Toujours dans cette idée qu’il n’y a pas une histoire officielle.
V.P. : Tant mieux, c’était ça le but !

Passons à la couverture. Tu as utilisé une photo, tronquée, de Kool Shen, Solo et JoeyStarr, prise par Yoshi Omori…
V.P. : Oui. Elle avait déjà été publiée dans le livre Mouvement. On est au Globo, autour de 1987 . C’est le crew 93 NTM, ils n’ont pas encore commencé à rapper à l’époque. C’est encore l’armée mexicaine à l’époque, ils sont très nombreux [rires] ! Sur la photo initiale, il y a cinq personnes. Je voulais une photo de Yoshi, celle-là me plaisait, l’éditeur a pris les droits, mais quand j’ai demandé l’autorisation par courtoisie, il y en a un sur les cinq qui a dit non. On a donc été obligé de couper la photo en deux : on n’allait pas la jeter, elle était payée ! Comme c’est toujours les mêmes qui gagnent, c’est Kool Shen et JoeyStarr qui sont restés sur la partie exploitable ! Ça m’embêtait un peu au départ, je ne tenais pas à mettre NTM en couverture et qu’on croit que c’était pour vendre plus. Mais d’un autre côté, c’est intéressant parce que le titre, Regarde Ta Jeunesse Dans Les Yeux, c’est une phase de Kool Shen dans le morceau Le Monde De Demain. Sur la photo il a un air un peu menaçant, avec un regard très “Nique Ta Mère” ! Ça fait une petite mise en abîme.

Tu as choisi le titre après la photo ?
V.P. : Non, avant. Je l’ai choisi parce qu’on parle d’une génération de personnes qu’on a oubliée, et je trouvais ça joli de dire : “Regardons-les, pour une fois. Arrêtons-nous quelques secondes et regardons cette génération des années 80, ces gamins qui avaient entre 12 et 25 ans, que personne n’a jamais regardés.” Plein de bouquins avaient été faits sur d’autres mouvements, le punk, le rock… mais pas encore celui-là.

Et puis c’est aussi une génération qui a construit une grosse machine à fric !
V.P. : Elle a construit le hip-hop français ! D’abord de façon désintéressée, comme tout adolescent : ces gamins ont pris le rap américain dans les dents, et à cet âge-là tu t’amuses, tu ne réfléchis pas, tu veux juste être le meilleur. Que ce soit en rap, en graff, en danse…, tu veux impressionner ton pote, ton quartier, mais aussi tous ceux que tu n’aimes pas. C’était d’abord un hobby, un exutoire pour certains, quelque chose de très identitaire, quelque chose de très fort. Et ça s’est construit peu à peu à travers des mythes, des rites, des héros, des lieux, des codes… Sans le savoir, une culture s’est créée qui n’était pas qu’une pâle copie de la culture américaine comme certains l’ont cru, et c’est grâce à tous ces passionnés. J’explique donc comment cette génération a d’abord mis en place une vraie culture, qui ne deviendra une machine que dans les années 90, avec une économie qui se chiffre en dizaines de millions. Quand on arrive à l’apogée, L’École Du Micro d’Argent de IAM, ou juste avant que débarquent les graveurs de CD en 1999–2000, c’était gigantesque. Et depuis les années 2000, on est même passé à la culture de masse, avec Jay-Z dans le magazine Public, alors qu’au départ, tu n’entendais pas un seul morceau de rap sur Fun Radio. Donc on est quand même arrivé à quelque chose ! Et même s’il y a toujours une certaine incompréhension, elle diminue peu à peu, puisque ceux qui arrivent dans les médias aujourd’hui ont connu cette période.

Ce n’est pas pour ça qu’ils sont mieux intentionnés !
V.P. : Non, mais ils n’ont pas le même regard quand même. Ils n’y voient plus seulement du “boum boum” qui n’a rien à voir avec la musique. Les premières chroniques parues dans le mensuel Rock&Folk étaient carrément racistes ! “Musique de nègre”, etc. Et ça ne dérangeait pas.

*Homophobes, en prime : on disait que c’était de la musique pour homosexuels, ce qui sous leur plume était insultant ! Il faut dire qu’à l’époque, l’homosexualité était encore un délit au regard de la Loi, ça n’a été dépénalisé qu’en 1981 ou 1982, ce qui bien-sûr n’excuse rien. Pour en revenir à la construction du livre, tu places aussi des petits “focus” sur des événements sociaux, comme toile de fond à ce que tu racontes. Pourquoi ce choix ? *
V.P. : Comme je l’ai déjà dit, je ne suis ni sociologue, ni historien, donc je n’allais pas pondre des grandes théories reliant rap et société comme le font certains. Mais j’ai quand même mis quelques “flashs” pour rappeler la vie politique et sociale de l’époque. Une ou deux pages à chaque fois, pas plus, pour qu’un gamin de 20 ans qui prendrait le bouquin puisse avoir une idée de ce qu’étaient les années 80 en France. La gauche au pouvoir, la droite qui revient, les émeutes de Vénissieux, les premiers charters, les manifs Devacquet… Essayer de décrire un peu l’atmosphère, la vie des quartiers, la banlieue qui change : ce ne sont plus des loulous avec une banane et un perfecto qui boivent de la Valstar [bière en bouteilles consignées, aujourd’hui disparue – NDLR]. On passe à des enfants d’immigrés qui s’habillent plutôt en Adidas, en K-Way, qui n’écoutent plus la musique de leurs grands frères. Il y a un changement radical en quelques années. Je parle aussi de l’apparition des ZEP [Zones d’Éducation Prioritaires – NDLR], de la Marche pour l’Égalité très vite récupérée par SOS Racisme [satellite du Parti Socialiste – NDLR], de l’émergence des radios libres… Comme des petits rappels pour mieux comprendre ce qui s’est passé. Je ne dis pas trop de bêtises je crois, je ne m’enfonce pas dans de grandes théories. Et puis les gens te parlent de tout ça, de toute façon. Ils te parlent des skins nazis, par exemple, dont Paris a été nettoyée par certains à l’époque…

C’est une autre histoire sur laquelle les gens se bagarrent celle-là ! Qui a vraiment nettoyé les rues de Paris des fachos ? Il n’y a pas d’histoire officielle de ça non plus !
V.P. : C’est vrai. Mais dans mon bouquin je ne parle pas trop des “bandes”, d’ailleurs, de skins ou autres. Je fais bien la distinction avec les crews, comme le font ceux qui ont vécu cette période. Les crews de graffeurs ou de danseurs qui étaient là pour vivre le hip-hop n’avaient rien à voir avec des bandes comme les Panthers, par exemple, qui étaient là pour se taper contre les skins nazis. Beaucoup ont fait des amalgames. C’est comme ça que tu te retrouves avec le quotidien France Soir qui publie la carte des gangs en France et qui parle des Little MC’s ou des NTM comme de gangs, ou des Zulus comme d’un groupe paramilitaire ! Et même les bandes c’est pas encore des gangs ! On n’est pas aux États-Unis, ce n’est pas du tout la même chose ! Moi je me suis limité aux gens qui aimaient le hip-hop. Les Requins Vicieux, au départ, c’étaient des danseurs. C’est pour ça que je parle d’eux, de leurs débuts. Après, ça ne me regarde plus, je ne connais pas et je ne cherche pas à connaître… Mais les débuts, avec MC Jean Gab’1 notamment qui m’en parle, ça m’intéresse. Pour lui, la danse c’était super important ! Alors certes, ils tapaient quelques baskets, quelques manteaux, ils allaient se taper dehors… Il y avait de la violence, au terrain vague ça se tapait régulièrement, il y avait de la dépouille… Le mec qui se pointait avec un appareil photo en se croyant au zoo, il allait repartir en slip ! Si tu ne connaissais pas, il valait mieux se faire tout petit, il y avait quand-même certains codes. La violence était présente, c’est vrai, mais ce n’était pas l’élément moteur.

C’était une culture de mecs de quartiers, normal ! Et puis il y avait un phénomène d’envie. Celui qui habitait loin de Paname, qui n’avait pas accès aux boutiques ou aux voyages à New York, ça pouvait arriver qu’il ait envie de se servir…
V.P. : Tu pouvais trouver de la sape chez Dan de Ticaret, qui importait, mais ça coûtait un certain prix, quoi… Une name plate [boucle de ceinture composable dans laquelle on mettait son nom en grosses lettres – NDLR], ce n’était pas donné !

Un autre truc passionnant du bouquin, c’est que ça rappelle un malentendu  : en fait, le rap en France est d’abord arrivé par le spectacle. Dès 1984, il passe à la télé, avec Sidney et les boîtes de prod’ derrière, sur la bande FM avec Radio 7… Ça crée une grosse mode du “smurf” dans les cours de récréation, et puis c’est très vite enterré. Début 1985, c’est fini.
V.P. : Vis-à-vis des médias, il y a eu trois phases. D’abord, tu as le “New York City Rap Tour” organisé en 1982 par Bernard Zekri et Massadian, un OVNI auquel personne ne comprend rien. Zekri était parti très tôt à New York, et avait fait connaissance avec le hip-hop, un peu par hasard. Il est devenu très vite ami avec Bambaataa, avec des graffeurs comme Futura 2000, avec Rammelzee, avec le Rocksteady Crew, plein de gens qui vivaient dans le Bronx et qui descendaient à Manhattan, au Roxy’s… Il a décidé, en reprenant une idée de Massadian qui n’avait pas marché un peu plus tôt, de faire la première tournée internationale de hip-hop. Il ramène le Bronx en France ! Il le ramènera même ensuite en Angleterre. Déjà que personne ne comprenait le hip-hop à Manhattan, à part quelques “branchés”, alors imagine à Paris ! La tournée est même passée par Belfort, par Mulhouse ! Sur scène, on se retrouve avec Grand Mixer DST et Bambaataa qui scratchent, des mecs qui rappent, d’autres qui font des graffs dans le fond, d’autres de la danse, des filles qui font du double dutch [des figures en rythme entre deux cordes à sauter – NDLR]… Tout ça arrive en pleine tête de ceux qui faisaient du roller ou du jazz rock, ils ne comprennent rien ! À Londres pas plus d’ailleurs…

Tu dis, en reprenant ce qu’on avait dit du premier album du Velvet Underground, que si même mille personnes ont assisté à cette tournée, ces 1000 personnes ont fondé un groupe après.
V.P. : Oui. Ceux qui étaient à cette tournée ont vraiment pris une grosse claque. Ils n’ont pas bien su ce que c’était, mais c’est resté gravé en eux : “C’est pour moi !” Ceux qui ont vécu ces moments-là – ou ceux qui l’ont vu à la télé parce que la tournée avait été retransmise dans Megahertz [émission télé de 1982 à 1984 sur TF1, animée par Alain Maneval qui participera également activement à une des deux dates françaises de la tournée, le 27 novembre 82 à l’Hippodrome de la Porte de Pantin – NDLR] – se sont mis dedans, ils se sont attachés au délire… C’est à partir de ce moment-là que toute une partie de la jeunesse va quitter la musique des grands. Les petits frères prennent le hip-hop pour eux, ils ne le lâchent plus. Ils vont au Bata, ça devient des puristes, des activistes… Ceux-là, quand ils voient arriver l’émission H.I.P.-H.O.P. en 1984, ils y voient un truc pour les gamins, ils connaissent déjà ça depuis un bout de temps. Médiatiquement, il y a donc un petit trou entre le “New York City Rap Tour” et Sidney. Deux piges. Cinq disques étaient sortis au moment de la tournée, mais ils n’avaient pas du tout marché en France. Pourtant “Change The Beat” [de Fab 5 Freddy, sorti en 1981 sur le label français Celluloid – NDLR] – un des cinq – avait cartonné aux États-Unis et en Angleterre.

Et c’est peut-être le disque le plus scratché de l’histoire !
V.P. : Oui, avec ce fameux “Fresh” de Fab 5 Freddy, un cut spécial pour les scratcheurs ! Sur la face B, avec la femme de Bernard Zekri, Beside, qui rappe ! Ce “Fresh” va être repris après par GrandMixer DXT pour Herbie Hancock [sur le single “Rockit” produit par Bill Laswell, paru en 1983 chez Columbia – NDLR]. Mais après ce disque, on a un creux, jusqu’à 1984 et l’arrivée à la télé de H.I.P.H.O.P. Ça fait un carton, ça devient la grande mode, tous les gamins dansent le smurf dans la cour de l’école. Sur le mode bon enfant : le Club Dorothée, Annie Cordy, William Lémergie dansent le smurf ! C’est une mode, comme les scoubidous, les mains collantes, les autocollants Panini. Ça dure un an, puis les médias jettent tout. C’était fini ! C’est sans doute tant mieux que ce soit mort comme ça. Une culture ne pouvait pas prendre pour racines Annie Cordy ou même l’émission de Sidney. Il fallait un liant plus fort, qu’on va trouver chez les premiers danseurs du Bata, à la salle Paco Rabanne où les premiers groupes se constituent, au terrain vague. Les premiers graffeurs arrivent dans Paris, d’abord aux quais de Seine, puis sur les palissades du Louvre, celles de Beaubourg, et enfin au terrain vague. Paco Rabanne avait gentiment mis à disposition sa salle à des gamins qui voulaient s’entraîner à la danse ! Il allait jusqu’à leur payer à bouffer. Il faisait ça de manière complètement désintéressée. Beaucoup de l’époque lui sont reconnaissants, et si quelqu’un comme Jean Gab’1 te dit que c’était un bon gars, on a tendance à le croire, il se gênerait pas pour dire le contraire ! Un type vraiment généreux. Donc toute cette sauce prend peu à peu, qui se retrouvera au terrain vague, avec la boutique Ticaret de Dan juste à côté, on s’échange des disques, on parle des nouveautés… Les disciplines sont indissociables à ce moment-là : tu as un pote qui danse, un qui graffe, un autre qui rappe… On se regroupe par affinités, et par talent aussi… On commence à s’intéresser à la Zulu Nation. Mais il y a aussi juste des potes qui zonent, parce que c’est d’abord un truc générationnel, identitaire. Ça se construit hors des médias, pour finir par arriver au Globo, à l’émission Deenastyle, à un embryon de ce que sera l’explosion de 1989–1990.

Il y avait quand même des émissions de radio, mais sur des petites stations, et peu en dehors de Paris.
V.P. : Oui, il y avait même plein d’émissions, et pas seulement sur Radio 7 malgré ce qu’on croit. C’était encore l’époque des disques “import”, donc ça permettait à ceux qui ne pouvaient pas les acheter de découvrir tout ça. C’est là où l’histoire du rap français telle qu’elle est racontée dans les livres ne va pas. Il ne faut pas confondre la pratique commerciale du rap avec la pratique culturelle. Ce sont deux choses différentes, qui n’évoluent pas en parallèle. Pendant 10 ans, bien avant l’explosion commerciale, tu as des gens qui sont très impliqués, qui prennent la culture très à cœur.

Tu dis dans le livre que ces dix années ont permis au hip-hop de “naître à nouveau”. Comme s’il avait existé avant même de penser à naître. La fin brutale de l’émission H.I.P.-H.O.P. lui a permis de se construire vraiment en tant que contre-culture.
V.P. : Oui. Il fallait que le hip-hop en chie pour que ça marche, pour que ça prenne parmi les jeunes. Dans toute culture naissante, il faut qu’il y ait des gens – et ce n’est pas forcément ceux qui seront connus après – qui mangent des cailloux. Il faut qu’il y ait au départ des activistes purs et durs qui ne lâchent pas le morceau. Des gens qui ne pensent qu’à ça, de façon désintéressée. Un mec comme Dee Nasty, il était partout : émissions de radio, concours de scratch… Au début il a même graffé, il a rappé. Il fallait tous ces mecs qui ne fassent ça que par passion. Et quand tu l’as, cette passion, elle se communique naturellement. Les types qui allaient au terrain vague et qui voyaient Dee Nasty mixer, ça les rendait fous. Quand ils entendaient rapper Jhony Go et Destroy Man, pareil ! Un gamin comme Stomy, à 13 piges, ça l’a grave impressionné ! Cette passion s’est transmise, elle est devenue virale. Ça a été salutaire que le smurf meurt, pour que tous les vrais passionnés vivent ça entre eux, construisent les fondements de leur culture et la transmettent. Après, bien-sûr, comme pour toute autre contre-culture, le phénomène commercial va reprendre tout ce qui a été créé. Chez ceux qui ont mangé les cailloux, certains n’auront rien, d’autres un peu, d’autres quelques miettes, et d’autres, parfois, le pactole… Mais de toute façon il fallait en passer par là, sinon ça n’aurait été qu’une mode vite oubliée.

Sidney a un peu une image de bouffon aujourd’hui, le symbole du dévoiement du hip-hop dès les origines, mais on oublie qu’il a été auparavant un vrai activiste hip-hop. C’est un de ceux qui a monté les premières émissions de funk, qui dès 1980–1981 a donné à “L’Émeraude” des soirées funk mémorables…
V.P. : Oui, il y passe les premiers disques de hip-hop, il passe du funk, du jazz-rock – jamais de disco. C’est “double face” : avec l’émission télé, il se laisse un peu dépasser, comme un type qui gagne au Loto. Mais très tôt c’est un activiste. Très tôt il rencontre Bambaataa, il fait son émission sur Radio 7 [à partir de 1981 – NDLR], c’est un puriste qui adore les disques, un vrai “vinyl addict”, c’est un musicien qui a un groupe de funk… Toute une génération ne se rappelle de lui que dans H.I.P.H.O.P., cabotinant avec ses bracelets de force : “Hé les frères ! Hé les sœurs !”, d’où cette image de bouffon. Mais il ne l’a eu qu’après coup en réalité, parce que sur le moment, tous les gamins qui regardaient l’émission ne bougeaient pas une oreille, ils adoraient. Ceux qui étaient plus vieux se moquaient gentiment, mais ils étaient quand même bien contents de voir GrandMixer DXT, Herbie Hancock ou Bambaataa, donc ils regardaient aussi. Avec la mode smurf, il a fini par être invité dans toutes les émissions, et il a tout accepté par enthousiasme, sans forcément calculer qu’on allait se foutre de lui : “Allez Sidney, fais-nous un peu de smurf, fais-nous un petit Yo !”. Genre bête de cirque. Tous les gamins pour qui ça comptait, ils se sont mis à le détester. Il ne pouvait pas mettre un pied au terrain vague, il se serait fait lyncher direct. Parce que c’était des adolescents, à cet âge, tout est sérieux, tu n’as pas de recul, tu ne fais pas de compromission. À partir de là, c’est devenu le traître. Le temps a passé maintenant, on le revoit, c’est un très bon DJ, on a dépassé tout ça, on se rappelle de lui à “l’Émeraude”. L’image change, il ne faut pas retenir que ses cabotinages, il faut aller plus loin.

C’est aussi le premier présentateur noir à la télé, ce n’est pas rien ! Et c’est la première émission hip-hop au monde ! Et puis tous ces gosses qui vont lui cracher dessus après, ils avaient 11 ou 12 ans à l’époque de l’émission, il a déclenché des vocations. Stomy, Sheek…
V.P. : Stomy lui a même écrit une lettre pour participer à l’émission ! Ils sont plein comme ça ! C’est sûr qu’au début du Ministère Ä.M.E.R., si tu posais la question à Stomy, il aurait sans doute répondu que c’était un blaireau. Mais à l’époque, Sidney c’était son héros. Il rêvait d’y aller et d’avoir un autographe. Les quelques livres qui vont te parler du hip-hop avant 1990 ne parlent que de l’épisode H.I.P.-H.O.P., alors que ce n’est qu’une goutte d’eau. Même pour Sidney, qui a d’ailleurs adoré le bouquin [rires] ! Il a beaucoup de recul. Il avait été mis en pleine lumière, il n’a pas pu trop regarder ce qui se passait autour, donc il a découvert plein de parcours qu’il ne connaissait pas et qui l’intéressent beaucoup.

*Très vite, le Hip-hop a été présenté comme la musique du ghetto. Dès 1985, en France, ça devient synonyme de bandes, de violence. Mais en fait, en France comme aux États-Unis, le hip-hop est aussi né d’un mélange avec une certaine branchitude, une certaine bourgeoisie, dans les clubs. À New York le Roxy’s, à Paris le Globo. Avec les figures d’Agnès b., de Paco Rabanne…
V.P. : Tout à fait. Que le hip-hop en France vienne de banlieue, c’est un mythe. Ça se vivait à Paris au départ. Les banlieusards qui voulaient le connaître devaient venir à Paris. Ça se vivait dans des clubs, dans des MJC, dans des radios… Et oui, très vite les branchés ont accroché. Radio Nova et le mensuel Actuel se sont mis dessus, dès la tournée de 1982. Le Globo, en 1987–88, les soirées à Bobino où on retrouve plein de gens de la mode… Donc il y a toute cette “branchitude” qui se mélange, comme aux États-Unis quand Debbie Harry [du groupe Blondie – NDLR] s’intéresse au hip-hop, va voir des block parties dans le Bronx, l’intègre dans sa musique, puis la naissance du Roxy’s… Il fallait qu’il y ait cette connexion, sinon c’était condamné à mourir ou à rester invisible. Ça c’est passé de la même manière aux USA et en France : les branchés s’en sont mêlés, on a “commercialisé” le hip-hop, ça l’a rendu économiquement et commercialement intéressant.

Dans le regain qui démarre en 1986, il y a aussi le fait que c’est le moment de l’envol “musical” du hip-hop aux USA : de plus en plus de disques nous parviennent, des albums assez incroyables, qui donnent en France du carburant pour se repassionner pour l’aspect musical de la culture, pour ne plus se contenter d’écouter des artistes français qui ne parlaient qu’à ceux qui étaient vraiment dans le truc. Jhony Go et Destroy Man, si tu n’étais pas à fond dedans, tu trouvais ça naze ! Si on avait eu que ça, on serait retourné au Funk ou au Reggae – les sound systems étaient très puissants à l’époque. Mais il y a tous ces disques qui débarquent en bacs et qui donnent envie d’entendre des paroles en français avec la même qualité musicale.
V.P. : Solo [ex-Assassin – NDLR] disait lui-même qu’il s’était mis à rapper pour que Jhony Go et Destroy Man se taisent [rires]  ! Les plus jeunes veulent toujours tuer les plus âgés… Ils trouvaient ça nul : “Quoi, c’est ça rapper ? Moi je vais écrire des vrais textes.” Et quand on voit arriver Eric B & Rakim ou Big Daddy Kane, en terme de flows, ce n’est plus du tout pareil. On est loin de RunD.M.C., ce flow “en résonance” où ils braillent tous les deux en même temps, ce que faisaient un peu Jhony Go et Destroy Man. Là, plus rien à voir : c’est technique, et il y a plein de petits français qui vont essayer de reconstruire leur langue pour avoir ce flow, qui vont se mettre à bosser l’improvisation, l’ego trip, qui vont vouloir impressionner. Tout se construit dans la compétition, avec toujours un œil sur les États-Unis. Les disques se démocratisent, on se fait circuler des cassettes vidéo avec les premiers magnétoscopes, on se refile des clips de MTV… Ça amène des gens à essayer de faire progresser le rap français, qui en avait bien besoin. C’était parti de très bas ! Dans le graff, c’était moins le cas, très tôt on avait eu des graffeurs aussi forts, voire plus forts, qu’à New York. Mais dans le rap, le complexe était bien là. Ça rappait même en anglais au début, ou en yaourt ! Puis en français, mais ce n’était pas terrible… La maturation a quand même été difficile.

Comment se passe la réception de ton livre  ? Il y a forcément plein de gens fâchés de ne pas être cités… Parce que tu cites beaucoup de gens, beaucoup d’histoires, mais il en manque évidemment plein !
V.P. : Bizarrement, j’ai eu plus de problème avec des gens qui sont cités dans le bouquin qu’avec ceux qui n’y sont pas [rires] ! Certains pensaient sans doute que j’allais parler d’eux davantage. Mais vu le nombre de personnes que j’ai vues, le but n’était pas de toutes les citer, le but était de comprendre cette histoire. Donc elles nourrissent le récit, mais sans apparaître nommément. C’était clair dès le début. Mais sinon je n’ai pas eu tant de plaintes ! Un ou deux crews de graffeurs sont venus me voir pour me reprocher de pas être dedans, parce qu’ils estimaient être là depuis le départ. En réalité, au “départ”, il n’y avait que trois quatre crews. Pour eux, le départ c’est la fin des années 80… mais à cette époque, il y avait déjà des centaines de crews ! Je me suis attelé à ceux qui graffaient dès 1982–84… Il y a aussi plein de gens qui ne sont pas dedans mais qui sont contents qu’on raconte cette histoire. C’est un bouquin qu’ils peuvent faire lire à leurs gamins, et c’est comme une sorte de madeleine de Proust. Ils sont contents que ce soit écrit, qu’il reste au moins une trace.

Une suite ?
V.P. : Avec la même exigence ce serait très difficile ! Entre 1990 et 2000 ? Je devrais faire 1500 pages [rires] ! Donc non, pas de suite prévue. Ou peut-être sur un petit sujet précis. Dans les années 90, déjà, les disciplines se sont séparées. Il faudrait donc faire trois ou quatre bouquins ! Il faudrait, de la même manière, aller rencontrer les gens, se borner à une courte période, à un seul groupe, un seul posse, ou un label d’autoproduction, ou certains graffeurs marquants, les premiers spectacles d’un crew de danseurs… Pour l’instant, je n’ai pas vu ce genre de livres. Dans les acteurs qui l’ont vécu, personne ou presque n’a écrit. C’était quoi les débuts du Ministère de 1990 à 1995 ? Et Time Bomb ? C’est mythique dans les années 90, mais c’était qui en vrai, dans le détail ? Il y a un bouquin à faire…

Et la préface de Dee Nasty ? C’est l’adoubement du Grandmaster [rires] ?
VP : Je l’avais rencontré très tôt pour le bouquin, bien avant de lui parler de préface. Il n’en avait jamais fait. Dee Nasty, s’il trouve ton truc merdique, il te le dira ! C’est quelqu’un de très franc. Donc j’avais un peu peur quand j’ai fini par lui faire lire. Il m’a juste suggéré quelques trucs, mais pour m’aider, et il a fini par me dire qu’il adorait le bouquin ! Il m’a même dit que c’était le meilleur livre de hip-hop qu’il ait jamais lu [rires] ! Je voulais mettre la phrase en couv’, ou faire une affiche format ciné avec [rires] !

Retrouvez l’interview sur le site de iHH

Manu Baudez & Yann Cherruault
international Hip-Hop 11 septembre 2016

- Regarde ta jeunesse dans les yeux
Vincent Piolet retrace l’histoire du hip-hop en France avant son explosion commerciale dans les années 1990. Durant la décennie précéder te, le hip-hop s’est déployé dans l’underground, infiltrant les radios et les cours d’école (le smurf). L’auteur raconte cette histoire en train de s’écrire, via les bribes de souvenirs des pionniers du micro ou de la bombe de peinture.
Olivier Pernot
Trax Juin 2015

- Entretien avec Vincent Piolet

Rencontre avec Vincent Piolet autour de son ouvrage “Regarde ta jeunesse dans les yeux. Naissance du hip-hop français 1980–1990” paru en 2015 aux éditions Le mot qui reste.

L’interview en écoute sur le site de la RTS

RTS // Histoire Vivante 7 décembre 2015

- Regarde ta jeunesse dans les yeux

France, 1984 : grâce à l’émission H.I.P. H.O.P. de l’animateur Sidney, diffusée sur TF1, la culture hip-hop se déverse dans tous les foyers de l’hexagone, elle inonde les cours d’école, elle est un phénomène médiatique. Et puis soudain, plus rien. Tout cela redevient invisible au citoyen moyen. Elle ne réapparaitrait aux yeux du grand public que quelques années plus tard, aux alentours de 1990, mais sous un prisme médiatique plus anxiogène : celui des grafs, et de la virulence de rappeurs vindicatifs associés étroitement au monde menaçant des cités. Mais que s’était-il donc passé entretemps ? Comment, après le faux départ du début de la décennie 80, une scène hip-hop spécifique avait-elle pris corps en France, qui triompherait plus tard, musicalement et commercialement, au beau milieu des années 90 ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, vue l’importance durable prise par le rap dans le paysage musical français, cette histoire n’avait jamais été racontée dans le détail. Vincent Piolet est donc celui qui aura comblé ce manque, au terme d’une enquête de passionné menée pendant plus de trois ans. Le cœur des musiques actuelles battant souvent en d’autres lieux, les ouvrages qui leur sont consacrés en France s’alimentent souvent, pour l’essentiel, auprès de sources écrites anglo-saxonnes. Pas cette fois, cependant. L’auteur a profité de la proximité de son sujet pour se livrer à une vraie étude de terrain, à un véritable travail de recherche. Il s’est bien sûr référé à la presse de l’époque, mais il a aussi interviewé de très nombreux acteurs des débuts du hip-hop en France, qu’ils aient été rappeurs, grapheurs, DJs, danseurs, hommes et femmes de radio ou de télévision, critiques, ou promoteurs. C’est d’ailleurs l’un de ces pionniers, l’un des plus prestigieux, Dee Nasty qui ouvre “Regarde ta Jeunesse dans tes Yeux” (des mots issus du “Monde de Demain”, de NTM, lesquels figurent en couverture), avec sa préface.

Vincent Piolet nous apporte donc des éclaircissements sur ce qu’il s’est passé. Il explique ce qu’il se tramait, en souterrain, entre les divers moments où le hip-hop français a su se rendre visible auprès du grand public. Il explique comment se sont tissées les relations entre des jeunes des cités, les branchés navigant entre la France et New-York, et l’industrie de la musique, qui ont été propices à son émergence. Il insiste sur ses traits propres, sur ses spécificités, soulignant, à travers cette histoire, que le hip-hop français n’a pas été qu’un duplicata de son modèle américain. Il nous parle de ses mythes fondateurs, notamment ce terrain vague de la Chapelle, ce creuset où la scène parisienne reprendrait tout à zéro, où elle réinventerait à sa sauce, dix ans après New-York, le principe des block parties.

Le livre est très documenté. Il regorge de témoignages, certains contradictoires, l’histoire du rap français étant aussi celle de multiples vindictes et embrouilles (dans le doute, Vincent Piolet laisse les diverses parties livrer leurs versions contraires). Il fourmille d’anecdotes croustillantes, qui en rendent la lecture très agréable, quand bien même le rap français ne serait qu’une préoccupation lointaine pour le lecteur. Il nous parle de temps oubliés, quand des célébrités improbables s’intéressaient au hip-hop, soit pour en être les protecteurs, comme les stylistes Paco Rabanne et Agnès B., soit carrément pour s’y essayer, comme Annie Cordy. Il rappelle le rôle que certains Français globe-trotters ont eu dans le rap américain, nous parlant d’Alex Jordanov, qui a accompagné Ice-T bien avant que ce dernier ne soit une star, ou de Sophie Bramly, à l’origine de l’émission Yo! MTV Raps. Il revient aussi sur le regard de la presse rock d’alors, citant les articles de critiques aussi reconnus que Philippe Manœuvre et Michka Assayas, dont les diagnostics sur le rap, à côté de la plaque, sont rétrospectivement assez cocasses.

Vincent Piolet nous envoie une telle volée de faits, que ça en est parfois la limite du livre. Il lui manque quelquefois un peu de perspective, un brin de recul, une réflexion sur les spécificités réelles du rap français, sur les raisons de son succès ; une thèse en somme. Seule la conclusion, très bonne, nous apporte cette vision de synthèse sur la dizaine d’années d’histoire du rap que l’auteur nous conte. Le reste de l’ouvrage, lui, est très factuel. De plus, au lieu de suivre une certaine logique narrative, chronologique ou thématique, le livre est découpé en micro-chapitres, presque des articles de presse, s’intéressant parfois à tel ou tel personnage du hip-hop, ou à un thème, ou à un phénomène social, sans grande liaison de l’un à l’autre. On nous parle à un endroit d’un acteur du hip-hop, qui ne sera présenté en détail que plus tard. Ou bien, alors qu’on semble avancer dans le temps, on revient soudainement en arrière, pour traiter d’un sujet qu’on avait oublié.

[…]

Découvrez l’intégralité de cette chronique sur le site de Fake for Real

Sylvain Bertot
fakeforreal.net 10 octobre 2015

- Sélection livres

Au départ, l’auteur voulait écrire sur le terrain vague de La Chapelle, dans le 19e arrondissement de Paris. Puis il s’est rendu compte que parler de ce lieu n’avait de sens que s’il racontait, d’abord, l’histoire de la génération qui a vu naître le hip-hop français, dans les années 1980. C’est donc cette dernière qu’il s’est attaché à raconter, après trois ans d’enquête et des dizaines d’entretiens avec des figures du milieu de l’époque, reconnues ou anonymes (Kool Shen, Stomy Bugsy, Style J…). Qu’était le hip-hop des débuts, avant d’être aspiré par la culture de masse dans les années 2000 ? Une contre-culture sans argent, sans médias, sans institutions, mais intimement liée aux banlieues, à l’actualité sociale (émeutes de 1981 aux Minguettes, marche contre le racisme de 1986…) et au graff, tout se nourrissant d’une fascination pour les États-Unis. Cerise sur le gâteau, l’ouvrage s’ouvre sur une savoureuse préface de Dee Nasty.

Découvrez la sélection sur le site de Longueur d’Ondes

Aena Léo
Longueur d'Ondes Été 2015

- L'amour à la plage

JURASSIC RAP

Bonne année pour les archivistes du beat et de la rime. Côté français, Regarde ta jeunesse dans les yeux de Vincent Piolet plonge dans la décennie 80, celle de la naissance du hip-hop français. Extrêmement fouillé, le récit d’une culture qui s’impose peu à peu, à coups de dans, de tags, de battles, de rejet par le milieu rock, de médiatisation avec l’émission de Sydney H.I.P-H.O.P., dont l’arrêt en 1985 transforme le hip-hop hexagonal en contre-culture fertile… Une tranche d’histoire musicale exhaustive intelligemment narrée, aussi passionnante que la nouvelle mouture du classique Can’t Stop Won’t Stop de Jeff Chang.

Benoît Carretier
Tsugi Été 2015

- Regarde ta jeunesse dans les yeux
Pavé assez impressionnant au prime abord, ce livre nous embarque dans la gestation du mouvement hip-hop dix ans avant la sortie en France de la compile de référence Rapattitude dans laquelle on retrouve des noms que nous connaissons tous : NTM, IAM, MC Solaar ou autre Tonton David. Nous retrouvons à côté de ces acteurs célèbres, des artistes plus underground qui, pire certains, n’ont pas fait carrière. L’auteur évoque aussi le Dj Dee Nasty et Lionel D, rappeur, qui animèrent tous deux une émission pionnière sur les ondes de Nova. Le livre fourmille d’anecdotes, l’auteur a recueilli moult témoignages, et on apprend avec étonnement comment tous les “frenchies” se sont livrés à un voyage initiatique aux États-Unis, qui pour créer un label, qui pour revenir aux sources du mouvement. Il s’agit là d’un livre brillant et passionnant, on regrettera cependant le manque d’iconographie mais, au fond, qu’importe on se délecte et on apprend beaucoup sur cette période méconnue.
Florence Marek
FrancoFans Juin-Juillet 2015

- Deux ouvrages fouillés célèbrent le hip-hop made in France
Saisir le global ou préférer le détail : c’est la question que pose la parution simultanée de deux ouvrages consacrés au rap français. Le premier, de Mehdi Maizi, journaliste du site abcdrduson.com, surplombe l’histoire du rap français à travers cent chroniques de disques ; le second, œuvre curieuse de Vincent Piolet, spécialiste de la géopolitique financière, passe au crible l’apparition du rap en France durant la décennie 1980. Si la liste des productions retenues par Mehdi semble évidente, l’intérêt de son texte est qu’il relève pour chaque album les lignes qu’il a fait bouger – flow, langage, texte ou production –, inscrivant chacun dans une évolution globale. Vincent Piolet, lui ne se concentre que sur les années 80, passant cette période – qui n’a jamais été analysée sérieusement – au crible d’une documentation fouillée, sa principale force étant de donner la parole à des acteurs dont l’histoire n’a pas retenu le nom, mais qui ont vécu la même chose que les MC ou danseurs devenus célèbres par la suite (coucou JoeyStarr !) Deux salles, deux ambiances et une foule d’anecdotes sidérantes.
Thomas Blondeau
Les Inrockuptibles 13 mai 2015

- La Naissance du hip-hop français, selon Vincent Piolet

Qui connaît l’histoire du premier Français à avoir sorti un disque hip-hop en 1983 à Los Angeles aux côtés d’un certain Andre Young, futur Dr Dre ? Qui connaît l’histoire des premières soirées hebdomadaires hip-hop au début des années 1980 ? Celle des premiers graffeurs qui rompent avec les pochoiristes ? Des premiers breakers s’entraînant sur un lino posé à même le trottoir ? Le livre de Vincent Piolet explore la naissance d’un mouvement qui était encore une contre-culture, loin d’imaginer qu’il allait devenir une culture de masse.

Vincent Piolet est l’invité de Alain Pilot pour sa Bande passante. Un entretien à réécouter ICI

Alain Pilot
rfI // La bande passante 29 juillet 2015

- 10 lieux cultes du hip-hop parisien des années 80

« Regarde ta jeunesse dans les yeux, toi qui commande en haut lieu » rappe NTM dans « Le Monde de Demain » en 1990. C’est à cette jeunesse de la décennie 80 – plus particulièrement celle qui a vécu l’arrivée du Hip Hop en France – que l’auteur Vincent Piolet s’est intéressé pour son livre Regarde ta jeunesse dans les yeux – Naissance du hip-hop français 1980–1990, paru en mars dernier aux éditions Le mot et le reste.

Comme le rappelle Dee Nasty dans la préface du bouquin, raconter la naissance du hip-hop en France n’est pas chose facile car il existe très peu d’archives sonores, encore moins visuelles… Seuls les témoignages de ceux qui ont été acteurs de cette éclosion culturelle peuvent nous rappeler le chemin parcouru depuis les premières heures du hip-hop à Paris. C’est la raison pour laquelle, Vincent Piolet, trentenaire, fan de rap ayant grandi en région parisienne, a choisi de consacrer trois années entière de sa vie à interroger ces activistes qui, à travers leurs petites histoires, ont permis de reconstituer la grande histoire du hip-hop français.

The BackPackerz ayant également pour mission ce devoir de mémoire pour la culture hip-hop (nous avions d’ailleurs déjà consacré un mini-dossier sur les débuts du hip-hop en France), il était tout à fait naturel pour nous de partir à la rencontre de l’homme à l’origine de cette initiative. C’est donc dans un des innombrables Starbucks de la capitale que nous avons retrouvé Vincent Piolet pour un passionnant échange dont découle cette interview un peu particulière au cours de laquelle l’auteur de Regarde ta jeunesse dans les yeux a sélectionné pour nous 10 lieux cultes du hip-hop Parisien des années 80.

[...]

RETROUVEZ L’INTÉGRALITÉ DU TOP 10 SUR LE SITE DE THE BACKPACKERZ

Antoine Bosque
The Backpackerz 18 juillet 2015

- Invité : Vincent Piolet

Juan Massenya accueille Vincent Piolet pendant une heure pour la deuxième partie de son émission Radio Vinyle. Une heure pour en apprendre plus sur son ouvrage, sur ses recherches, sur l’écriture et le hip-hop à travers sa sélection de vinyles.

RÉÉCOUTER L’ÉMISSION SUR LE SITE DU MOUV

Juan Massenya
Mouv' // Radio Vinyle 21 juin 2015

- Retour aux sources
Quand on est fan, on essaie toujours d’en savoir plus sur sa passion. Vincent Piolet, l’auteur du livre Regarde ta jeunesse dans les yeux, qui est par ailleurs un grand amateur de basket, a décidé d’explorer les origines du hHip Hop français comme jamais auparavant. De 1980 à 1990, soit la période sans doute la plus “pure” de cette culture dans l’Hexagone, puisqu’encore quasiment uniquement motivée par la passion brute, c’est là que les bases ont été jetées. Du premier morceau de rap réalisé par un Français (Super AJ en 1983 avec… Ice T !) à la première vague d’albums sortis sur des majors (NTM, IAM, etc…) et à l’explosion de cette culture dans les médias, Vincent synthétise et rapporte dix années d’histoire d’une importance déterminant mais jusqu’ici méconnu. Un “instant classic” incontournable !
Reverse Avril 2015

- Vincent Piolet : Entretien

La genèse du mouvement hip-hop en France a été, curieusement, peu documentée. Vincent Piolet s’est penché sur la question, et, après un long travail d’enquête et d’entretiens, nous livre chez l’éditeur Le Mot et le reste, un ouvrage essentiel pour qui s’intéresse de près ou de loin à la question.

Avec son titre tiré d’un des morceaux les plus cultes des débuts du rap français, Regarde ta jeunesse dans les yeux, sous-titré Naissance du hip-hop français 1980–1990, est extrêmement complet. Tellement complet que, parfois, cela pourrait presque en être un défaut — le seul. Mais, riche en anecdotes et rebondissement, le tout reste passionnant et se lit avec autant d’avidité qu’un bon roman.

CONSULTER L’ARTICLE SUR FOXY LOUNGE

DirtNoze
Foxy Lounge 08 juin 2015

- Old School New School

L’auteur du livre Regarde ta jeunesse dans les yeux Vincent Piolet était l’invité de Royal S dans Old School New School pour revenir sur les 10 premières années du Hip Hop français. 1980–1990.

RÉÉCOUTER L’ÉMISSION

ROYAL S
Aligre FM // Old School New School 14 Mai 2015

- Spéciale pionniers US & français avec Vincent Piolet

Une heure en compagnie de l’auteur du livre Regarde Ta Jeunesse Dans Les Yeux qui retrace toute la genèse de la première génération du rap en France avec ses héros inconnus et ses pères fondateurs.
Préfacée par le Parrain des DJs français, Dee Nasty, cette somme de 360 pages écrite par Vincent Piolet s’impose comme une référence, avec une centaine d’interviews et de multiples anecdotes. Une émission qui revient sur ces histoires qui font les légendes tout en écoutant les classiques des origines signés des artistes français et américains. Old school, true school : le come back de la jeunesse des 80s.

ÉCOUTEZ L’ÉMISSION D’OLIVIER CACHIN SUR LE SITE DU MOUV

Olivier Cachin
Le Mouv' // La sélection d'Olivier Cachin 15 Mai 2015

- L'éternelle jeunesse du hip-hop français

Ces dernières semaines, deux publications des éditions Le Mot et le Reste, Rap français, une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi et Regarde ta jeunesse dans les yeux: naissance du hip-hop français 1980–1990 de Vincent Piolet, sont venues rappeler l’importance de la compilation Rapattitude dans le paysage hip-hop hexagonal. On y apprend notamment que la pochette a été réalisée par Jean-Baptiste Mondino, que l’instrumental «Funk A Size» de Dee Nasty était destinée à servir de support aux breakers de l’époque et que tous les groupes présents (NTM, Assassin, Tonton David…) ont été signés dans la foulée sur une maison de disques. Le rap français était né? Pas tout à fait.
Chercher à expliquer la naissance du hip-hop en France, c’est revenir immanquablement au début des années 1980, comme en témoigne Vincent Piolet, qui a conçu son livre comme une enquête policière, allant à la rencontre de tous ceux qui ont fait le hip-hop en France dans les eighties.

Cependant, et c’est ce que s’emploie aujourd’hui à démontrer Rap français, une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi, on aurait tort de s’en tenir à une vision nostalgique. D’Odezenne à La Gale (pour le rap), de Levalet à Rero (pour le graff), la culture hip-hop est toujours aussi foisonnante aujourd’hui. Mieux, elle reprend même clairement son indépendance depuis quelques années et la démocratisation d’outils tels que Facebook, Twitter ou YouTube.

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Maxime Delcourt
Slate.fr 10 Mai 2015

- Chronique du bouquin ultime sur le rap français

Il y a quelques semaines, nous vous avions parlé de la sortie de l’ouvrage Regarde ta jeunesse dans les yeux de Vincent Piolet, publié aux éditions Le Mot et Le Reste. Comme son titre l’indique, le sujet du livre porte sur le hip-hop étant donné qu’il s’agit tout simplement d’une référence au morceau d’NTM, Le monde de demain.

On avait évoqué sa parution sans en connaître le contenu. Depuis, on a eu le grand plaisir de lire Regarde ta jeunesse dans les yeux et le livre mérite tout bonnement qu’on en parle davantage et que l’on s’y attarde. Il est question de plaisir à sa lecture car dés que l’on débute, on a qu’une seule envie : le finir. Vincent Piolet prétend que Regarde ta jeunesse dans les yeux est le fruit de trois ans de travail et on veut bien le croire.

L’ouvrage a été écrit de façon méticuleuse avec précision et un réel travail de documentation. De plus, avec son style simple, direct et facile à lire, on sent derrière la plume, la passion de l’auteur pour le Hip Hop dans sa manière de le retranscrire et d’en raconter l’histoire.

Le plaisir se retrouve dans le fait qu’il réalise un va et vient entre les différentes disciplines et aucune n’est mise au ban. Elles sont traitées de la même façon.

Regarde ta jeunesse dans les yeux est également un crochet du droit en pleine face des haters qui font légion dans le Hip Hop français étant donné que les sources et les références sont citées.

On a lu bien des livres sur le double H et on peut dire que celui-ci fera école et qu’il se retrouvera dans bon nombre de bibliothèques municipales. La réussite de l’ouvrage réside aussi dans le fait qu’il nous rend nostalgique et que l’on a qu’un désir : revivre les block partys de La Chapelle avec Dee Nasty aux commandes ou danser au cours d’une soirée Roger Boite Funk au Globo.

Le Hip Hop français a une magnifique histoire qui méritait d’être raconté de la plus belle des façons. Regarde ta jeunesse dans les yeux est à ranger sur ses étagères aux côtés de Paris sous les bombes d’ NTM, de L’école du micro d’argent d’ IAM ou de Prose Combat de Solaar.

Le Hip Hop US dispose d’un ouvrage de référence sur son histoire : Can’t Stop, Won’t Stop de Jeff Chang. Bien que je n’aime pas les comparaisons, je pense que le Hip Hop en France a trouvé son équivalent avec ce livre qui tombe à point nommer à cette époque où l’héritage et l’esprit Hip Hop se perdent. En un mot : INDISPENSABLE.

A noter que Vincent Piolet ainsi que Mehdi Maizi, l’auteur de Rap Français, une exploration en 100 albums seront en séance dédicace ce mardi à la librairie L’Arbre à Lettres Mouffetard.

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Olivier Mukiandi
Street Rules 4 Mai 2015

- « REGARDE TA JEUNESSE DANS LES YEUX » EST LE GUIDE ULTIME DU HIP-HOP FRANÇAIS DES ANNÉES 80

Quel rôle a tenu la feuille d’infos The Zulu’s Letter dans le Mouvement ? Quel impact a eu l’ouverture (animée par Huggy les bons tuyaux de la série Starsky & Hutch) du McDonald’s aux Olympiades, Paris 13ème, en 1980 ? Que pensait la presse rock de l’arrivée du rap au début des 80’s ? Comment la marque Troop a-t-elle débarqué en France ? D’où vient la brouille entre le Suprême NTM et IAM ? Comment Akhénaton s’est retrouvé sur ce morceau ? Les MICE étaient-elles les premières rappeuses françaises ? Où est née l’émission Yo! MTV Rap ? Pourquoi Public Enemy a failli ne jamais jouer en France ? Annie Cordy savait-t-elle vraiment smurfer ?

Une fois pour toutes, un livre vous fournira toutes ces réponses : il s’appelle Regarde ta jeunesse dans les yeux et est signé Vincent Piolet. 3 ans d’interviews et de recherches compilés en 368 pages (sans photos) où se bousculent tous ceux qui ont fait le hip-hop en France entre 1980 et 1990, connus ou inconnus, soit de ses balbutiements à New York (rapportés en France par quelques journalistes branchés) jusqu’à son accession au mainstream dans la foulée de la première compilation du genre : Rapattitude. Pendant ces dix années a existé une contre-culture hip-hop digne de ce nom dans l’hexagone, peuplée d’histoires aussi incroyables que décisives. On a évoqué quelques grandes lignes de cette aventure avec l’auteur.

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CONSULTER L’INTERVIEW INTÉGRALE SUR LE SITE DE NOISEY

Rod Galcial
Vice // Noisey 29 Avril 2015

- Jurassic rap

Vous connaissez tous l’histoire du hip-hop français : la compilation Rapattitude, l’émergence de NTM, leur rivaux IAM. Sans oublier MC Solaar, Assassin et les grands noms d’aujourd’hui – de Casey à Booba. Mais connaissez-vous sa préhistoire ? Une décennie, de 1980 à 1990, où s’activèrent des centaines de rappeurs, graffeurs, danseurs, DJs… C’est le témoignage de ces pionniers que Vincent Piolet, 35 ans, a recueilli. Sans nostalgie aucune, mais avec le pari (accompli) de raconter leur histoire, celle d’un art en perpétuel mouvement.

Quel fut le point de départ de cet ouvrage ?

Il existe beaucoup d’écrits consacrés au hip-hop en France. Mais ils prennent pour point de départ 1990, avec la sortie de la compilation Rapattitude, où nourrissent des thèses sociologiques négligeant la rencontre des principaux acteurs. Or, je voulais raconter l’histoire de la décennie précédente, quand le hiphop était encore une contre-culture, portée par des graffeurs, DJs, rappeurs, qui créaient sans argent, sans institution, sans média, même s’il y a eu la parenthèse Sidney avec l’émission H.I.P. H.O.P..

Une parenthèse importante…

Oui. C’est un OVNI, la première émission consacrée au hip-hop au monde. Et en France, la première présentée par un Noir. À l’époque, en 1984, la mode du smurf avait touché les écoles et les collèges. Fin connaisseur du hip-hop américain, Sidney a propagé le mouvement en France : il a invité Afrika Bambaataa, organisé des compétitions de danse ou de scratch à une heure de grande écoute. Mais à la fin de l’année, TF1 a décidé que le hip-hop, c’était fini, et qu’il fallait passer à autre chose. Ils se sont trompés.

Vous revenez aussi beaucoup sur les lieux, parmi lesquels le terrain vague de La Chapelle…

C’est un endroit très important. À partir de 1986, les amateurs de hiphop se retrouvent là pour danser, écouter de la musique ou graffer. Ce terrain vague fut décisif pour la musique, grâce aux free jams organisées par Dee Nasty. Et pour le graff : c’était une galerie à ciel ouvert. On venait de l’Europe entière pour admirer les fresques des BBC, de Mode 2. Les Français étaient les seuls Européens à rivaliser avec les Américains.

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Thibaut Allemand
Let's Motiv 30 Avril 2015

- “Regarde ta jeunesse dans les yeux” : une plongée fascinante aux origines du rap français

Avec Regarde ta jeunesse dans les yeux, Vincent Piolet documente la naissance du rap français durant la décennie 1980 en donnant la parole à ses acteurs, connus ou méconnus. D’une poignée de Français aux commandes premiers disques d’Afrika Bambaataa aux secrets du terrain vague de la Chapelle en passant par une pluie d’anecdotes fascinantes, l’auteur offre le témoignage foisonnant d’une époque rarement documentée. Entretien.
On connaît quelques rappeurs qui ont débuté dans les années 1980 (NTM, IAM…), mais cette époque peu documentée fait globalement l’objet d’un oubli. Pourquoi ?

Vincent Piolet – D’abord parce qu’elle n’a pas été documentée par les acteurs eux-mêmes, et qu’il est difficile de les retrouver pour en parler. Pour les archives, il est possible d’aller à l’INA – quoique le dépôt légal des radios ne date que de 1992 et qu’il manque donc beaucoup de matériel –, mais pour les personnes, il faut fouiller. Il y a ensuite, du côté institutionnel, une forme de mépris pour la culture hip-hop qui consiste à considérer que c’est une musique de jeunes, une sous-musique et que ce n’est pas si important que cela. Il s’agit bien entendu d’une méprise, mais je pense que les choses sont en train de bouger en raison du succès durable du rap. Nous arrivons à une époque où, en raison de la maturité artistique du mouvement et de sa diffusion de masse auprès du public, il est nécessaire de se demander d’où vient cette musique et comment elle s’est implantée en France.

En recherchant ces informations, il faut cependant éviter de confondre la pratique commerciale du rap qui, globalement, a démarré avec la sortie de Rappatitude (première compilation de rap français parue en 1991 – ndlr), et le rap en tant que culture, qui existe depuis plus longtemps. Rapattitude n’est que le résultat de 10 années de gestation pendant lesquelles cette culture s’est implantée, développée, inventée. S’il y avait très peu de disques de rap français dans les années 1980, il y avait des gens qui rappaient, qui tagguaient et partageaient cette culture. C’est ce que j’ai cherché à documenter et il est vrai que personne ne le fait. Je pense d’ailleurs que si cette musique fonctionne aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle possède, au-delà de son destin commercial, de vraies racines culturelles.

Vous soulignez le caractère parisien de la culture rap au début des années 1980. Comment s’est-elle enracinée en banlieue ?

Les banlieusards étaient déjà dans le hip-hop, mais à cette époque, la banlieue était un désert culturel. Pour pouvoir se retrouver autour d’un phénomène culturel naissant, il fallait un centre géographique, une sorte de point de ralliement. Ca a été Paris parce que c’est là qu’il y avait des clubs comme l’Emeraude, le terrain vague de La Chapelle ou la salle de danse de Paco Rabanne, et c’est aussi là qu’il y avait les disquaires, qu’on pouvait avoir accès aux nouveautés venues des Etats-Unis. De la même manière, si tu voulais voir les derniers graffitis, il fallait aller sur place. C’était une époque où il n’y avait pas de médias, pas d’internet, où il était impossible de pratiquer une culture hors du lieu où elle se créait, et les banlieusards faisaient donc cet effort de se déplacer physiquement.

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CONSULTER L’INTEGRALITÉ DE L’INTERVIEW SUR LE SITE DES INROCKS

Thomas Blondeau
Les Inrockuptibles 04/05/2015

- L'ouvrage qui retrace les débuts du hip-hop en France

Regarde ta jeunesse dans les yeux ! Pour tout amateur de rap qui se respecte, ces quelques mots font écho au couplet de Kool Shen d’NTM et au titre de 1991, “Le monde de demain” extrait de l’album Authentik du crew du 93.

Regarde ta jeunesse dans les yeux : Naissance du Hip-Hop Français (1980–1990) est aussi le nom d’un ouvrage signé Vincent Piolet et qui vient de paraître chez l’excellente maison d’édition Le Mot et Le Reste (les bouquins de Sylvain Bertot, c’est eux aussi !). Comme son sous-titre le sous-entend, le livre est le fruit d’un travail de trois ans pendant lesquels son auteur s’est penché sur les origines et les balbutiements du hip-hop en France considéré à l’époque comme une mode qui ne durerait pas trois mois.

Trente ans plus tard, Regarde ta jeunesse dans les yeux sous la forme d’un essai documentaire revient sur la naissance du mouvement à travers l’interview d’une centaine de ses acteurs tels que Kool Shen, Stomy Bugsy ou Bando pour les plus connus et d’autres comme Style J, Saxo ou Iron 2 restés dans l’underground.

Regarde ta jeunesse dans les yeux est un livre à mettre à côté de Mouvement : du Terrain Vague au Dance Floor 1984–89 de Yoshi Omori, Jay One et Marc Boudet dans sa bibliothèque. La cerise sur le gâteau, le livre bénéficie d’une préface signée Dee Nasty himself :

« Aucun d’entre nous n’aurait pu imaginer que des livres seraient écrits pour relater nos parcours et nos « exploits », plus ou moins fidèlement. La naissance du hip-hop français dans les années 1980, c’est une histoire effectivement oubliée par le public, une histoire méconnue par les plus jeunes alors quoi de plus normal que de donner la parole aux acteurs afin qu’ils évoquent l’Histoire depuis le commencement, comme ils l’ont vécue.»

Article en lecture sur Street-Rules

Olivier Mukiandi
Street Rules 30 mars 2015

- Interview Vincent Piolet

Peux-tu te présenter ?
VINCENT PIOLET : Je suis de la région parisienne. J’étais trop jeune pour connaitre la naissance du hip-hop français, le sujet du livre, soit la période 1980–1990. J’y apporte donc un regard extérieur avec un peu de recul.
Par contre, la décennie 90 – certains l’appellent l’âge d’or du hip-hop français – je l’ai bien connue, et j’ai ensuite observé l’évolution de cette culture dans les années 2000.
Je ne suis pas journaliste, j’ai donc utilisé quelques “interstices” de mon temps libre pour mener cette enquête de trois ans.

Quel est le sujet du livre ?
V.P : Après avoir passé plus de trois ans à enquêter, rencontré une centaine de personnes, j’ai écrit le premier essai documentaire sur la naissance du hip-hop français (1980–1990), sachant qu’il existe très peu, voire aucune, documentation sur le sujet. Il s’agit de la période où le hip-hop français est une contre-culture, c’est-à-dire sans médias, sans argent, sans aide des institutions.
Bien entendu, je ne prétends aucunement au fait d’avoir réalisé l’impossible récit exhaustif, j’espère que d’autres ouvrages se pencheront aussi sur l’histoire de ces pionniers.

Quel est le message que tu veux que les gens retiennent une fois le livre lu ?
V.P : Qu’écoutent les plus jeunes aujourd’hui ? Black M, Soprano, Alonzo, Booba, Maître Gims, Orelsan etc. Bref, du rap français devenu de la quasi variété, mais les institutions culturelles françaises peinent à donner une pleine reconnaissance au hip-hop français en tant que culture. À un moment, on peut se poser la question légitime : mais d’où tout cela vient-il ? Cette culture est-elle devenue assez mature pour enfin poser un regard historique, comme cela a été le cas pour le jazz, le rock etc ?
Je pense que l’on en est arrivé à ce stade – tout au moins à ces prémices – et lorsque l’on revient aux origines, on découvre une multitude d’histoires incroyables. Il faut savoir que le hip-hop français s’est construit grâce à une multitude d’anonymes passionnés qui se sont retrouvés autour d’un intérêt commun. Leurs récits – souvent oubliés – permettent de mieux comprendre comment le hip-hop français est devenu incontournable. Il ne faut pas oublier qu’il était à deux doigts de mourir dans les années 80, mais quelques pionniers l’ont sauvé…

Comment t’es venue l’idée de ce livre ?
V.P : Je voulais écrire uniquement sur le terrain vague de la Chapelle – véritable mythe dont je fais beaucoup référence dans le livre d’ailleurs – et lors de rencontres, je me suis aperçu que l’histoire du terrain n’avait pas de sens sans raconter l’histoire de cette génération qui a vécu le hip-hop pendant la décennie 1980. L’histoire était d’autant plus intéressante qu’elle n’avait quasiment jamais été racontée.

Pourquoi ce titre ”REGARDE TA JEUNESSE DANS LES YEUX” (issu de la chanson “Le Monde de demain” de NTM) ?
V.P : Le titre – les paroles de Kool Shen dans “Le Monde de demain” – symbolisent dans ce livre une vision toute subjective. Cette jeunesse dont Kool Shen parle est peut-être la sienne, pendant les années 80, celle qui a vu la mutation de la banlieue, l’arrivée du chômage de masse, le retour des inégalités croissantes, la violence qui s’exprime toujours plus jeune, les fils d’immigrés ignorés par la société. Cette jeunesse que l’on n’a pas regardée, que l’on a préférée oublier, n’a pas pour autant sombrer dans le misérabilisme. Insouciante comme on peut l’être à l’adolescence, elle s’est accaparée le hip-hop américain et l’a transformé en culture française par un long processus.

Pourquoi axer ton livre sur cette période ?
V.P : Les années 80 du hip-hop français sont particulièrement intéressantes à étudier dans le sens où elles sont celles d’une époque qui répond à la définition même d’une contre-culture. Plus tard, dans les années 90, il passera au stade de sous-culture avant de devenir une composante pleine de la culture de masse à partir des années 2000. Toutes les cultures passent par des phases de maturité différente. Personne ne s’était penché sur la naissance, certainement la période la plus difficile à raconter… Moi qui connaissait l’âge d’or fin 1990, j’ai découvert un tout autre monde…

Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?
V.P : Retrouver les acteurs concernés ! Il a fallu parfois mener de vrais enquêtes, même si les réseaux existent toujours entre ceux de cette génération qui ont gardé des liens très forts.
La difficulté lorsque l’on veut raconter l’histoire d’une contre-culture est que celle-ci par définition ne génère pas sa propre documentation. L’écrivain n’a alors que peu de matériel pour avancer, la rencontre des différents protagonistes devient alors essentielle. Ce sont leurs histoires, leurs récits de vie, qui redonnent vie à une histoire oubliée de tous. Le but n’était surtout pas d’écrire un essai sociologique, mais bien d’aller voir les intéressés.

Qu’est ce que tu en retires de ce projet ?
V.P : Un grand respect pour ces pionniers dont la juste valeur, soit l’apport à la culture française, est encore largement ignorée par les institutions ou les médias.

Une préface signé Dee Nasty… Qu’est ce que l’on ressent ?
V.P : Dee Nasty est un peu le fil rouge dans le livre, son histoire avec le hip-hop commence aux États-Unis fin 1970 et courre pendant les décennies suivantes jusqu’à 2015 avec un nouvel album prévu ! Je pense que c’est la personne la plus représentative, un vrai passionné, qui a réussi à allier le talent – l’un des meilleurs DJ – avec les initiatives (radios pirates, free jams au terrain vague, Deenastyle, etc.) pour faire vivre le Mouvement. Si l’on devait commencer un Hall of Fame, il serait certainement le premier invité !
Il a lu mon livre et m’a dit – même si cela peut paraître orgueilleux de ma part – “c’est le meilleur livre sur le hip hop que j’ai jamais lu”. Il a accepté d’écrire la préface – pas une préface écrite par l’auteur en sous main pour se lancer des fleurs – il a écrit lui-même un texte très personnel où il se remémore ces années, un texte très bien écrit.

Quel est le retour des personnes qui l’ont déjà lu ?
V.P : Une poignée de personnes a lu le livre et le retour est bon. Je suis conscient d’avoir certainement oublié tel graffeur ou tel danseur incontournable, j’espère qu’ils ne m’en tiendront pas rigueur.

Où va être édité le livre et quand surtout ?
V.P : Le livre est sorti le 20 mars 2015 aux éditions Le Mot et Le Reste, en vivant en librairies, en virtuel en ligne sur les sites marchands.

Est ce que cela t’a donné l’envie d’écrire d’autres livres sur le même thème ?
V.P : Ce livre a commencé avec une idée, des rencontres, comme celle décisive de DJ Chabin par exemple. Tout dépendra donc des rencontres futurEs… Je n’ai pas encore décidé de comment utiliser les “interstices” de mon temps libre… Si j’aime beaucoup le hip-hop, de nombreuses autres choses m’intéressent, il y a tellement d’histoires à raconter…

Comment vois-tu la scène hip-hop aujourd’hui ?
V.P : Très bien! Il y en a pour tous les goûts, preuve de sa pleine intégration. Il existe du hip hop qui porte aussi bien un message de contestation qu’un message festif. Même si c’est un peu caricatural, on a un spectre allant de Lucio Bukowski avec une esthétique forte, une idéologie prônant une indépendance totale à Booba dont le but est clairement affiché, faire de l’argent, peu importe les compromis artistiques. L’un n’est pas mieux que l’autre, ou plus hip-hop. Le public est tellement large que l’offre est diverse. Chacun y trouve son compte et cette diversité va plutôt dans le bon sens. Il faudrait juste que toutes ces voix puissent être entendues, l’une à côté de l’autre, et non malheureusement l’une au détriment de l’autre.

Quelque chose à rajouter?
V.P : Si vous voulez connaitre le récit inédit du premier français à avoir fait un disque hip-hop, lisez le livre ! C’est une histoire complètement ubuesque d’un passionné français parti à LA, qui fait le DJ en 1983 pour Ice T, avec dans le package corruption, drogue et Dr Dre (Andre Young à l’époque en 1983), le tout finissant en taule !

RETROUVEZ L’INTÉGRALITÉ DE L’INTERVIEW SUR CULTURES-URBAINES.FR

Writer Tonio
Cultures urbaines 7 avril 2015

- Vincent Piolet en interview

Dynamike a rencontré Vincent Piolet, auteur d’un ouvrage sur la naissance du hip-hop français, et on termine la découverte de notre album de la semaine, “Sound & Color” d’Alabama Shakes.

Le livre “Regarde ta jeunesse dans les yeux. Naissance du hip-hop français 1980–1990” explore l’histoire du mouvement à partir d’interviews d’artistes reconnus (Kool Shen, Stomy Bugsy, Bando) et d’acteurs anonymes ayant contribué à l’explosion du hip-hop en France. Dynamike a rencontré Vincent Piolet, l’auteur de ce bel ouvrage.

ÉCOUTEZ L’ÉMISSION SUR RTS.CH

Benjamin Luis
RTS // Couleur 3 // Plein le poste 17 avril 2015

- Interview avec Vincent Piolet

“Rencontrer les gens, c’était le cœur du livre.”

On a tendance à souvent dater la naissance du hip-hop français au début des années 1990 puisque c’est le début des succès commerciaux pour certains rappeurs. Mais avant ça, il y a toute une décennie de fermentation de cette culture venue tout droit des États-Unis. C’est cette montée en puissance que Vincent Piolet raconte dans son excellent ouvrage Regarde ta jeunesse dans les yeux, Naissance du hip-hop français 1980–1990. Nous l’avons rencontré pour en discuter.

Comment es-tu venu au hip-hop ?

Je suis parisien et – information importante – je n’ai pas connu la période 1980–1990 du hip-hop français, le sujet du livre, car j’étais beaucoup trop jeune. J’ai connu la culture hip-hop à l’école, très jeune, à partir de 1990, période qui correspond à la fin de mon livre, avec le disque Rapattitude. À l’époque soit tu écoutais du rap ou du grunge voire du hard rock.

Quel est le cursus qui t’amène à écrire sur ce sujet ?

Je ne suis pas journaliste, je ne vis pas de l’écriture. J’ai écrit le livre sur mon temps libre à côté de mon travail. Je n’avais donc pas d’impératif ou d’intérêt, j’ai pris le temps.

Qu’est ce qui t’a donné l’idée d’écrire ce livre ?

Plusieurs éléments : d’abord, personne ne s’était plongé dans cette décennie 80, la naissance du hip-hop français, et j’ai compris par la suite la raison. Il n’y a aucun support, aucun matériau, c’était donc un livre qui a demandé beaucoup de travail car il fallait aller recueillir les récits auprès des acteurs, les « pionniers ». Bref, un sujet inédit. Ensuite, je voulais écrire un livre sur le mythe du terrain vague de la Chapelle, ce qui explique d’ailleurs que celui-ci occupe à juste titre une place importante dans le livre. Mais je me suis rendu compte que le récit du terrain vague n’avait pas de sens sans élargir le cadre, soit raconter l’histoire d’une génération de gamins et d’ados qui ont construit pendant une décennie le hip-hop français qui allait exploser dans les années 1990 jusqu’à être présent partout aujourd’hui. Enfin, des rencontres ont été des déclencheurs, comme celle de DJ Chabin avec ses récits incroyables sur les années Bataclan.

As-tu une fascination pour les années 80 ?

Je n’ai pas de fascination pour les années 1980 en général. Je suis plutôt fasciné par l’émulation et la force artistique qu’avaient les pionniers pour donner naissance à la culture hip-hop française. Il n’y avait rien à gagner, aucune reconnaissance des médias ou des institutions. Et pourtant ils vivaient hip-hop jour et nuit. Danse, graff, tag, rap, c’était non-stop.

Comment as-tu décidé qui tu allais interviewer ?

J’ai décidé de rencontrer les acteurs majeurs de cette époque. Cela pouvait concerner autant certains qui ont réussi commercialement par la suite, très peu nombreux, que les autres. Ces derniers étaient très importants, car les récits étaient inédits et c’est là que tu apprends vraiment des choses, des mythes tombent ou d’autres apparaissent.

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DÉCOUVRIR L’INTERVIEW DANS SON INTÉGRALITÉ

Stéphane Fortems
Le rap en France 15 avril 2015
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