Parution : 09/06/2020
ISBN : 9782361392260
380 pages (14,8 x 21 cm)

Pas là pour plaire!

Portraits de rappeuses

Un panorama rétrospectif et prospectif passionnant.

Rodéric Mounir – Le Courrier

Prix de la Brasserie Barbès 2020
Cet ouvrage s’interroge sur la place des femmes dans le rap français, en s’intéressant aux différentes thématiques qui touchent leur condition et émancipation puis en donnant la parole aux actrices de la scène rap, par la mise en lumière de leurs œuvres et parcours. Il est question des pionnières – présentes dès la naissance du genre et invisibilisées au moment de son âge d’or –, des figures incontournables que sont Diam’s, Casey et Keny Arkana, qui représentent chacune une facette différente de la rappeuse, et des héritières, de plus en plus nombreuses, pour lesquelles l’urgence est dans la libération des femmes et se ressent aussi bien dans leurs textes que dans leur attitude. Dans la lignée de Sans fautes de frappe, l’auteure explique ici les spécificités langagières et musicales du rap, fait par des femmes, et démonte les clichés visant à l’extraire d’une culture musicale francophone, en dépit de son indéniable succès populaire.

Revue de presse

- Entretien - Dalida l’Orientale, femme tragique et reine disco Jean-Marc Pinson Ouest-France 28 septembre 2020
- Entretien avec Bettina Ghio Jeanne Lacaille Nova // L'Héroïne du Nova jour 2 octobre 2020
- Chronique livre Lola Rinse FM // Le Trou de la Tête rap édition 22 septembre 2020
- Interview Bettina Ghio x Éloïse Bouton de Madame Rap Radio libertaire // Remue-Méninges Féministe 15 septembre 2015
- Rap : un autre genre est possible Salomé Kiner Le Temps 7 août 2020
- Le chant des partisanes Stéphane Gobbo Le Temps 16 août 2020
- Interview de Bettina Ghio Salomé Kiner RTS // Pony Express juin 2020
- Pas là pour plaire! Mélodine Lascombes Citizen Jazz 12 juillet 2020
- Bonnes feuilles à lire la rédaction Contretemps 3 juillet 2020
- Les femmes & le rap Benjamin Valentie FrancoFans août - sept. 2020
- Interview de Bettina Ghio - Rebelles parmi les rebelles Rodéric Mounir Le Courrier 11 juin 2020
- Interview de Bettina Ghio Isabelle Kortian Cause Commune // Le monde en questions #37 6 juillet 2020
- Bettina Ghio "Pas là pour plaire !" | Release Nathalie Gardner Nova 29 mai 2020
- Pas là pour plaire! la rédaction main tenant 16 août 2020
- Envie de maintenant Bettina Ghio Colères du présent 1er mai

- Entretien - Dalida l’Orientale, femme tragique et reine disco

Dans un livre passionnant et très documenté, Barbara Lebrun, enseignante, situe le parcours
de Iolanda Gigliotti, dite Dalida, dans son contexte, historique, musical et idéologique.

En quoi peut-on parler de « mythe » au sujet de Dalida ?
Dans le sens contemporain, un mythe est une histoire consensuelle acceptée par la plupart des gens qui prend le sens de l’évidence à force d’être répétée. Dans le cas de Dalida, le mythe d’une femme tragique apparaît en 1967 avec sa tentative de suicide. Ce mythe prend de l’ampleur au fil des ans par ce qu’écrivent les biographes, ce que disent les documentaires, les hommages. Mais d’autres mythes existent à propos de cette chanteuse, construits par les médias et ses chansons, son identité musicale.

Par exemple ?
Par exemple, on parle souvent de Dalida comme « chanteuse ringarde », dès le début des années 1960. Cela a trait à son identité « exotique » qui passe vite de mode. À la télé, dans les années 1970, elle semble ringarde pour une partie des journalistes qui lui reprochent d’être âgée et de continuer à chanter, de s’accrocher aux modes par opportunisme.

Beaucoup l’ont critiquée de son vivant. Et elle est désormais culte…
Je ne crois pas que Dalida soit culte, mais elle a atteint, dans sa carrière posthume, une forme de notoriété monumentale (plutôt que commerciale) qui lui manquait de son vivant, produite par différents discours et par la circulation de ses chansons dans les bandes-son de films, sans moquerie, et son parcours touristique à Montmartre. Ou encore des reprises inattendues de Dalida par des artistes comme Dominique A, Alain Souchon, Izia Higelin.

[…]

Si vous ne deviez retenir qu’un titre de Dalida pour cerner le mythe…
Son mythe est pluriel pour moi, je choisis donc trois chansons : Besame mucho (version disco) pour danser, Dans la ville endormie (musique de Sheller), à redécouvrir comme chanson de solitude amoureuse et Come prima pour l’entendre à la fois en français et italien.

Découvrez toute l’interview sur Ouest-France.fr

Jean-Marc Pinson
Ouest-France 28 septembre 2020

- Entretien avec Bettina Ghio

L’Héroïne du Nova jour est enseignante et écrivaine. Elle s’appelle Bettina Ghio, elle publie Pas là pour plaire, portraits de rappeuses.

Au micro de Jeanne Lacaille, elle explique son ouvrage musical qui s’interroge sur la place et la fonction des femmes dans le rap français.

Un ouvrage dense, musical, extrêmement bien documenté.

Un entretien à réécouter sur le site de Nova

Jeanne Lacaille
Nova // L'Héroïne du Nova jour 2 octobre 2020

- Chronique livre

“Hyper fourni, hyper intéressant, hyper riche.”

À la 50e minute, le livre de Bettina est chroniqué est on en dit beaucoup de bien. On vous invite à réécouter toute l’émission passionnante ICI

Lola
Rinse FM // Le Trou de la Tête rap édition 22 septembre 2020

- Interview Bettina Ghio x Éloïse Bouton de Madame Rap

Quelle place pour les femmes dans le rap ?

Invitées :
• Bettina Ghio pour son livre « Pas là pour plaire ! – Portraits de rappeuses » aux Editions Le mot et le reste, 2020
• Eloïse Bouton, journaliste indépendante et autrice, fondatrice de Madame Rap, le premier média en France dédié aux femmes et aux LGBT+ dans le hip hop

Écoutez l’émission

Radio libertaire // Remue-Méninges Féministe 15 septembre 2015

- Rap : un autre genre est possible

Alors que l’industrie de la musique cherche encore les moyens d’améliorer la parité, les rappeuses ne se réduisent pas à lutter pour leur légitimité dans un milieu qui les maintient minoritaires. Un livre de portraits, «Pas là pour plaire!», fait honneur à leurs œuvres.

«Mon statut d’femme fait de moi une exclue mise de côté/pas cotée, y a qu’les mecs qui peuvent s’la raconter»: en 1999, la rappeuse Lady Laistee sortait For the Ladies, plaidoyer pour la parité dans le milieu du hip-hop. Vingt ans plus tard, Chilla, la native du pays de Gex, chante toujours le même refrain: «Il n’y a pas de place dans le game pour les femmes/Je retourne la donne et vous donne du glam, han!»

Aujourd’hui, dans l’espace francophone européen, 95% des albums de rap sont signés par des artistes masculins. Où sont les femmes? «Les rappeuses ont toujours été présentes. Simplement, elles n’ont pas le même statut de notoriété que les hommes. Ce problème d’invisibilité n’est pas l’exclusivité du rap, il existe à tous les niveaux de la société. Accuser le rap de misogynie, c’est une manière de minimiser la place et l’œuvre des rappeuses.»

Lisez la chronique intégrale sur Le Temps

Salomé Kiner
Le Temps 7 août 2020

- Le chant des partisanes

Dans le monde de la musique, l’invisibilité des femmes demeure un problème. Mais les choses peuvent – et doivent – changer.

Joan Baez pour les années 1960, Janis Joplin pour les sauvages seventies, Madonna la décennie suivante, puis Céline Dion, Rihanna et enfin Taylor Swift. A chaque décennie sa grande star féminine. A cette liste, on pourrait encore ajouter, de Patti Smith à PJ Harvey, des musiciennes qui ont écrit de belles pages du grand livre du rock alternatif. Mais, irrémédiablement, vient ensuite cette remarque : pourquoi l’industrie musicale compte-t-elle finalement aussi peu de femmes? Ou, plus prosaïquement : faut-il être un mec pour être une superstar traversant les âges?

C’est ce que tendrait en tout cas à prouver la liste des artistes intronisés au fameux Rock and Roll Hall of Fame. Sur plus de 230 noms, le pourcentage de filles se monte à un petit 12%. L’univers du rap et des musiques urbaines, plus connu pour son sexisme que ses appels à l’égalité, est aujourd’hui confronté au même problème. «Dans l’espace francophone européen, 95% des albums de rap sont signés par des artistes masculins», écrivait la semaine dernière une collègue à l’occasion de la sortie d’un livre essentiel : Pas là pour plaire! Portraits de rappeuses.

Son autrice, Bettina Ghio, y relève que « ce problème d’invisibilité n’est pas l’exclusivité du rap, il existe à tous les niveaux de la société. Accuser le rap de misogynie, c’est une manière de minimiser la place et l’œuvre des rappeuses. » Que faire, dès lors, pour inverser la tendance? Plusieurs initiatives ont ces dernières années vu le jour, de même que les paroles se libèrent. Faut-il imposer des quotas? Ce n’est certainement pas la meilleure des solutions. Mieux vaut se montrer proactif.

[…]

Lisez la chronique entière sur le site du Temps

Stéphane Gobbo
Le Temps 16 août 2020

- Interview de Bettina Ghio

Salomé Kiner a interviewé Bettina Ghio pour la RTS. L’occasion d’aborder, en cinq épisodes de 15 minutes, son nouveau livre consacré au femmes dans le rap francophone.

épisode #1

épisode #2

épisode #3

épisode #4

épisode #5

Salomé Kiner
RTS // Pony Express juin 2020

- Pas là pour plaire!

En finissant, il y a quelques semaines, Rap ta France de José-Louis Bocquet et Philippe Pierre-Adolphe, une question me revenait inlassablement : « où sont les femmes ? ».
Trop souvent oubliées, mises de côté et invisibilisées, les rappeuses ne sont que trop peu intégrées dans les ouvrages qui traitent du rap ou de la musique en général : beaucoup soulignent l’absence des femmes. Pourtant, présentes, les femmes le sont, et depuis l’arrivée du rap en France.
C’est à la suite de ce constat que Bettina Ghio décide d’écrire un livre en mettant en valeur non pas l’absence mais la présence des femmes dans le rap.

[…]

Bettina Ghio parle également de toutes celles qui – à défaut d’être sur scène – ont participé et participent toujours à l’ancrage, à l’évolution et au partage de cette musique et de la culture hip hop, à l’instar des photographes, des productrices ou des directrices artistiques.

Je souligne aussi que la majorité des scientifiques, journalistes, essayistes, philosophes ou musicologues cités dans cet ouvrage sont des femmes : Mona Chollet, Elsa Dorlin, Patricia Hill Collins ou Sylvia Federici pour ne citer qu’elles.
Ce travail de recherche très poussé n’exige nullement d’être accoutumé à l’écriture universitaire ou d’être un érudit de la raposhère francophone car il accompagne le lecteur dans la découverte d’une musique, d’un milieu, de ses codes et de ses interprètes. Ce livre brise certaines idées reçues pouvant encore aujourd’hui donner à cette musique la réputation d’être misogyne.
Dans la lignée du travail d’Angela Davis dans Blues et Féminisme, Bettina Ghio montre des musiciennes qui pour beaucoup vont à l’encontre des exigences commerciales et déconstruisent les comportements genrés et sexués.
Ce sont des femmes, des rappeuses et elles ne sont pas là pour plaire !

La chronique intégrale est en ligne

Mélodine Lascombes
Citizen Jazz 12 juillet 2020

- Bonnes feuilles à lire

La revue Contretemps vous propose de découvrir des bonnes feuilles du nouvel essai de Bettina Ghio consacré à la place des femmes dans le rap français.

Des extraits inédits à lire sur le site de Contretemps

la rédaction
Contretemps 3 juillet 2020

- Les femmes & le rap

Pas là pour plaire! C’est le titre de l’ouvrage que vient de faire paraître Bettina Ghio chez Le Mot
et le Reste. Ce livre s’interroge sur la place des femmes dans le rap français, en s’intéressant aux différentes thématiques qui touchent leur condition et émancipation puis en donnant la parole aux actrices de la scène rap, comme Casey, Keny Arkana ou même Diam’s. L’auteure y explique aussi par
exemple les spécificités langagières et musicales du rap, fait par des femmes. Passionnant.

Benjamin Valentie
FrancoFans août - sept. 2020

- Interview de Bettina Ghio - Rebelles parmi les rebelles

Un livre analyse les spécificités du rap fait par des femmes. Le parcours des pionnières francophones est complété par un repérage de la relève, dont la Suissesse KT Gorique, qui sort son nouvel album.

Quelle place pour les rappeuses en France et plus largement dans l’espace francophone? Sexisme, amalgames, genre, représentations du corps féminin, condition et sexualité féminine, émancipation, récupérations : autant de thématiques abordées par Bettina Ghio dans Pas là pour plaire! Un livre qui paraît aux éditions Le Mot et le Reste, à la suite d’un précédent ouvrage de l’autrice consacré aux textes
du rap (Sans fautes de frappe, 2016). Docteure en littérature et civilisation françaises, enseignante au lycée, Bettina Ghio part d’un constat : les rappeuses déjouent les attentes de genre, tant vocalement en se démarquant de l’utilisation mélodieuse de la voix, que par l’usage d’un verbe haut voire violent, ou encore en adoptant des tenues non genrées (le survêt’, les baggies, la casquette). Scindé en trois volets, Pas là pour plaire! revient sur le parcours des pionnières avant de brosser le portrait de trois incontournables aux trajectoires contrastées (Diam’s, Keny Arkana, Casey). Le livre dresse aussi la liste des héritières dans toute leur diversité – on y trouve quelques Suissesses comme La Gale ou KT Gorique. Un panorama rétrospectif et prospectif passionnant.
Entretien.

Découvrez l’interview donnée par Bettina au Courrier sur leur site

Rodéric Mounir
Le Courrier 11 juin 2020

- Interview de Bettina Ghio

Bettina Ghio est l’invitée d’Isabelle Kortian sur le plateau du Monde en questions à l’occasion de la parution de son livre Pas là pour plaire!. Plus d’un heure d’émission, en musique, pour revenir sur la place des femmes dans le rap français.

Écoutez l’émission sur Cause Commune

Isabelle Kortian
Cause Commune // Le monde en questions #37 6 juillet 2020

- Bettina Ghio "Pas là pour plaire !" | Release

Quatre ans après la sortie de son essai Sans fautes de frappe. Rap et littérature qui a su décrédibiliser les clichés les plus tenaces au regard de la culture littéraire des rappeurs, Bettina Ghio, docteure en littérature et civilisation françaises a récemment publié Pas là pour plaire ! de nouveau chez Le Mot et le le reste.

Cet ouvrage s’interroge sur la place des femmes dans le rap français, en s’intéressant aux différentes thématiques qui touchent leur condition et émancipation puis en donnant la parole aux actrices de la scène rap, par la mise en lumière de leurs œuvres et parcours. Il est question des pionnières – présentes dès la naissance du genre et invisibilisées au moment de son âge d’or –, des figures incontournables que sont Diam’s, Casey et Keny Arkana, qui représentent chacune une facette différente de la rappeuse, et des héritières, de plus en plus nombreuses, pour lesquelles l’urgence est dans la libération des femmes et se ressent aussi bien dans leurs textes que dans leur attitude. Dans la lignée de Sans fautes de frappe, l’auteure explique ici les spécificités langagières et musicales du rap, fait par des femmes, et démonte les clichés visant à l’extraire d’une culture musicale francophone, en dépit de son succès populaire.

La news sur le site de Nova

Nathalie Gardner
Nova 29 mai 2020

- Pas là pour plaire!

Des femmes, il y en a dès le début du rap français, n’en déplaise aux labels qui préfèrent soutenir les hommes ou garder les femmes dans les rôles de danseuses ou de faire-valoir. On connaît Sydney, l’animateur de l’émission H.I.P.H.O.P., mais c’est Marie-France Brière qui produit l’émission, et Laurence Touitou, future directrice d’un label rap, et Sophie Bramly, photographe, qui travaillent à l’émission (et qu’on ne voit pas à l’écran). Ce livre, Pas là pour plaire, montre que les femmes, dans le rap, ne sont pas plus mal traitées que dans le reste de la société : le rap n’est pas hors sol.

[…]

Bettina Ghio documente des premières années à nos jours une histoire très intéressante et hors des potins d’usage. Son livre est fait en trois parties principales : Les pionnières, les incontournables – Diam’s, Keny Arkana, Casey -, les héritières. Si vous le lisez, vous écouterez le rap, ses rythmes et ses textes, comme jamais auparavant.

Lisez la chronique intégrale sur main tenant

la rédaction
main tenant 16 août 2020

- Envie de maintenant

Initialement invitée à participer aux excellentes Colères du Présent, Bettina Ghio a finalement écrit ce texte, sur proposition des équipes du festival, pour enrichir leur édition 2020 qui serait inévitablement numérique.

La consigne était d’écrire sur le monde d’après, mais j’ai plutôt envie d’écrire sur le monde de maintenant. Sur ce monde qui s’est retrouvé soudainement suspendu, mis de côté, entre parenthèses. Au début du confinement, la boule au ventre, on avait tous et toutes plus ou moins la sensation d’être des protagonistes d’un roman d’anticipation, d’un film de catastrophe ou de contagion. Ce qu’on croyait jusqu’ici être de la fiction, de l’impossible, est devenu réel. Dès le début, j’ai pensé à l’alerte lancée par la jeunesse ces deux dernières années sur la question environnementale et le désastre qui arrivait. Mais j’avoue que ce futur inquiétant me semblait alors abstrait et incertain, et surtout un peu plus lointain. Bien que nos gouvernants n’aient jamais pris au sérieux ces revendications – et avec une condescendante attitude anti-jeune et misogyne notamment à l’égard de Greta Thunberg – on a compris que ce futur est maintenant et qu’il est arrivé comme ça. On expérimente la forme que prendra dorénavant la vie face à des catastrophes climatiques et des dérèglements environnementaux, dont les épidémies font tristement partie. L’isolement des populations et le confinement, tout comme les gestes barrière, seront sûrement des méthodes qu’on devra intégrer dans nos vies.

Mais les jours passant, ce scénario improbable, plus que de nous confronter au futur dans le présent, nous a mis devant la vraie vie, face au monde réel, celui qu’on a construit et qu’on a laissé construire. Car la fiction, ce ne sont pas toujours les auteurs qui la produisent, comme dit l’écrivain espagnol Javier Cercas, mais la réalité même. C’est pour cela qu’il est encore trop tôt pour moi de spéculer sur le monde d’après, sur ce que ce traumatisme va faire de nous. J’ai besoin de maintenir encore plus longtemps le pied levé de la pédale d’embrayage du rythme de la vie quotidienne, pour réfléchir au monde qu’on a et qui nous a mis dans une situation pareille.

Je ne vais pas vous mentir, plusieurs aspects du confinement se présentent pour moi comme la vie idéale. Je réalise la pénibilité des transports en commun. Le temps qu’on passe là-dedans, entassé.es, souvent harcelées, poussé.es… Je suis heureuse de ne plus devoir les prendre tous les jours, de ne pas être obligée de me lever deux heures plus tôt que le début de mes cours. Du temps que je gagne pour moi chaque matin, plus celui du soir. Je me plais à travailler chez moi, dans le calme, loin du brouhaha du lycée. C’est mon côté solitaire, anti-social : dans mon bureau avec mes livres, une tasse de thé à côté de mon ordinateur. Je comprends aussi que je ne passais pas assez de temps avec mon fils. Le temps était médiocre, partagé entre la fatigue de la fin de journée, les mails à répondre, l’inquiétude des choses à faire pour le lendemain, le bain à donner, le repas à préparer, le sac à dos à laisser prêt. Les minutes restantes, étaient alors pour lui. Mais je ne l’ai jamais vu aussi heureux, épanoui, calme, rassuré de se sentir aimé que lors de ce confinement. Comme son père, je passe une bonne partie de la journée avec lui. C’est du temps de qualité, du temps rien que pour lui, rien que pour nous. Il est enchanté de se poser avec ses jouets et ses livres dans sa chambre ou de jouer sur le balcon ensoleillé, que maman et papa fassent avec lui les activités proposées par la maîtresse sur la plateforme de l’école. Tu préfères l’école ou être avec maman et papa ? – « La maison », me répond-il chaque jour.

On dirait que le confinement est fait pour moi, ou plutôt que je suis faite pour… Je peux écrire davantage, jardiner, lire, cuisiner, faire du rangement, de l’activité physique, prendre de nouvelles des proches, renouer avec des ancien.nes ami.es. Tout cela est évidement possible parce que nous partageons les tâches familiales avec mon conjoint et que s’occuper d’un seul enfant n’est finalement pas si pénible que ça… J’ai enfin du temps pour moi ! Je me rends compte combien j’en manquais dans la vie d’avant. Et je le retrouve paradoxalement dans la contrainte d’être enfermée et isolée, qui apporte évidemment aussi une part d’angoisse, pour soi et pour les autres.

Or, en me surprenant dans ce type des pensées, je réalise à quel point le confinement est un privilège.

Je bénéficie de l’insouciance économique de quelqu’un dont l’emploi est quasiment garanti. Mon salaire est bien au-dessus du SMIC et sera sur mon compte à la fin du mois. Même si je n’ai pas réussi à faire mon quota horaire via le télé-enseignement, surtout parce que je garde mon fils une partie de la journée, mon crédit et mon pouvoir d’achat n’auront pas à en souffrir. Cette aisance financière me permet de profiter au mieux de mes journées confinées. J’ai un appart spacieux avec un grand balcon pour une petite famille de trois. Dans ce quartier calme, mon fils peut sortir une fois par jour avec sa trottinette. Mais j’ai surtout la chance d’être confinée. De ne pas faire partie de « l’armée de l’ombre de cette guerre sanitaire » qui doit continuer d’aller travailler, de se lever tôt, de prendre les transports pour que le confinement soit possible pour des gens comme moi. Pour que des gens comme moi ne tombent pas malade. Pour que des gens comme moi n’encourent pas le risque d’un refus de soins par manque de lits à l’hôpital. Pour que des gens comme moi soient soigné.es s’ils ont des symptômes. Pour que des gens comme moi ne contaminent pas d’autres gens comme moi, si jamais on tombe malade ou qu’on est des porteurs sains du virus.

Je ne fais pas partie de celles et ceux qui assurent dans l’invisibilité toute sorte de tâches. J’aurais plutôt pu faire partie des gens qui se font livrer des produits frais et bio sur le pas de leurs portes, qui ne manquent de rien lors du confinement, qui font des apéros virtuels tous les soirs. D’autres travaillent pour que des gens comme moi soient en sécurité lorsqu’ils vont faire les courses. Qu’ils marchent dans des rues propres, que leurs poubelles ne soient pas entassées devant chez eux. Je suis heureusement « col blanc » et non pas « col bleu ». Je peux rester chez moi pour télé-travailler alors que les autres doivent continuer de produire. Je suis à l’abri chez moi, alors que les autres sont la chair à canon avec peu de protections salariales comme du matériel de base face à la contagion.

Je ne fais pas partie non plus de toutes celles et ceux pour qui le confinement est une situation pénible, voire infernale. Jusqu’ici ma connexion internet marche au top pour télé-travailler. J’ai mon propre ordinateur, un autre de secours au cas où. Ma chef d’établissement a tenu compte de la pénibilité de la situation et a proposé des tâches et des échéances réalistes malgré les consignes du Ministre. Je n’ai pas mon fils dans les pattes quand je travaille, mon conjoint s’en occupe. (Jusqu’ici la date du 11 mai n’avait pas encore été prononcée. Mais, malgré tous mes privilèges, je risque de basculer en nouvelle chair à canon pour sauver les privilèges des gens encore plus privilégiés que moi, parce que ça existe).

Lors de ce confinement, je n’arrête pas de repasser en boucle les textes de rappeuses dans lesquels je me suis plongée ces deux dernières années pour écrire l’ouvrage qui se retrouve aussi en quarantaine. Les vies qu’ils évoquent doivent vivre ce confinement bien différemment des gens comme moi. De surcroît, je pense à ces ados dont le test grossesse est positif. Les petits amis ne répondant plus au téléphone, la situation facilitant l’évitement d’un enfant conçu à deux. Les peurs, les inconnus, la solitude, le rejet et l’incompréhension des parents, le besoin de fuguer, le manque de l’étreinte d’une copine et l’accès à l’IVG possiblement entravé dans cette période. Je pense aussi à ces cris dans les chambres à coucher, à ces coups derrière les portes, à ces enfants qui les entendent, à ces bleus qui n’ont pas besoin de maquillage en période de confinement. Je pense aux nanas qui approchent la quarantaine et portent un poids supplémentaire, parce que l’horloge biologique continue de tourner pendant le confinement. Je pense à ces mamans qui sont seules, à celles qui ont un homme mais qui font quand-même tout à la maison. A celles pour qui le fait d’être toute la journée chez elles n’est pas nouveau, mais qui sont maintenant enfermées avec quelqu’un qu’elles souhaiteraient voir dehors. A cette femme qui vient d’accoucher et qui fait un baby blues, mais qu’on n’a gardé qu’un jour à la maternité, les hôpitaux débordés. Aux mamans qui n’ont envie de rien faire et qu’on culpabilise si elles ne s’occupent pas comme il faut des enfants. A ces mamans qui ont la boule au ventre parce que leurs garçons sortent faire une course et qu’ils ont oublié leur attestation.

Je pense aussi aux HLM étroits, insalubres, aux cités dortoir sans confort ni loisirs. A tout ce béton, à ces horizons gris et aux textes de rap qui les décrivent, les racontent, les fictionnalisent. Je pense aux gamins et aux gamines qui traînent, aux chômeurs et chômeuses qui tournent en rond. A toutes ces journées interminables à la cité lorsque l’ennui rode et qu’on est jeune, pauvre et sans travail. Je pense à ce désir d’en partir, de quitter pour de bon ces lieux qui dévorent la jeunesse. Comment seront ces journées-là quand on est confiné.e ? Par quoi est remplacée la rue, ce lieu de soulagement qui permet d’échanger et partager les peines, les doutes, de rire, de prendre tout simplement de l’air et de créer de la culture aux pieds de tours. Ceux et celles qui ne rêvent que d’une autre vie, sont plus que jamais fixé.es dans celle qu’ils et elles ont…

Ce confinement me fait plus que jamais penser aux banlieues, à tous les quartiers populaires, au 93 en particulier, « laboratoire de la France », comme dit la rappeuse Casey. Sa grande richesse cosmopolite favorise « un laboratoire linguistique » et culturel, mais il est en même temps « le pire cauchemar » de l’État, toujours en conflit avec les immigré.es. Lorsque je vois passer les hélicoptères, je sais que ce n’est pas pour surveiller des gens comme moi, je suis une bonne élève du confinement. Ils rappellent à l’ordre une population qui est le mauvais exemple du confinement, celle « qui serait toujours prompte à se soustraire à la règle commune ». Celle qui ne sait pas rester à dix dans 30m2. Celle incapable de télétravailler et de télé-étudier avec un seul ordinateur à la maison, au mieux… Celle qui, parfois sans papiers, ne bénéficie d’aucune protection officielle et doit ruser pour gagner sa vie. Celle apeurée des contrôles policiers. Celle qui si jamais elle tombe malade, c’est forcément sa faute, parce qu’elle n’a pas respecté le confinement, indisciplinée qu’elle est.

J’aurais pu être de ceux et de celles qui s’indignent de ces comportements. Lire révoltée la presse qui signale le nombre record d’amendes en Seine Saint Denis face à l’indiscipline des banlieusard.e.s et soutenir la litanie sans fin d’articles qui s’apitoient sur la difficulté des Parisiens à rester chez eux. La « créature ratée » de Casey refait surface une nouvelle fois. C’est celle qui a toujours tort, elle est le « mal incarné », « l’ennemie des valeurs ». Elle est toujours une « menace », la honte de la République. Aujourd’hui les services de réanimation de ces « territoires perdus », comme ceux de la Seine Saint Denis, sont les plus saturés. Cela serait « une preuve infaillible du manquement des habitants de ce département emblématique du « problème des banlieues » aux règles élémentaires du vivre-ensemble en temps de pandémie ». C’est sûrement la faute de ces populations. Avec cette attitude irresponsable, ils mettent la vie de gens comme moi en danger… Comme si le gros des troupes qui sont « en première ligne pour faire tourner un pays mis à l’arrêt par le coronavirus » n’habitent pas ces quartiers populaires…

Je veux encore profiter de ce monde arrêté qui rend transparente la vraie vie. Il me plaît autant qu’il me terrorise. C’est le monde de maintenant qui me laisse me surprendre et me surprend éveillée. Car je peux encore rêver à la fin des injustices et des inégalités, à la fin du patriarcat, à la fin du néolibéralisme. Je peux encore croire qu’après ce qu’on vit, un capitalisme renforcé, autoritaire, ne surviendra pas. Le monde de maintenant me permet encore de croire que c’est possible que le monde d’après ne ressemble plus à la vie d’avant.

Bettina Ghio

Bettina Ghio
Colères du présent 1er mai
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