Parution : 09/06/2020
ISBN : 9782361392260
380 pages (14,8 x 21 cm)

Pas là pour plaire!

Portraits de rappeuses

Un panorama rétrospectif et prospectif passionnant.

Rodéric Mounir – Le Courrier

Cet ouvrage s’interroge sur la place des femmes dans le rap français, en s’intéressant aux différentes thématiques qui touchent leur condition et émancipation puis en donnant la parole aux actrices de la scène rap, par la mise en lumière de leurs œuvres et parcours. Il est question des pionnières – présentes dès la naissance du genre et invisibilisées au moment de son âge d’or –, des figures incontournables que sont Diam’s, Casey et Keny Arkana, qui représentent chacune une facette différente de la rappeuse, et des héritières, de plus en plus nombreuses, pour lesquelles l’urgence est dans la libération des femmes et se ressent aussi bien dans leurs textes que dans leur attitude. Dans la lignée de Sans fautes de frappe, l’auteure explique ici les spécificités langagières et musicales du rap, fait par des femmes, et démonte les clichés visant à l’extraire d’une culture musicale francophone, en dépit de son indéniable succès populaire.

Revue de presse

- Bonnes feuilles à lire la rédaction Contretemps 3 juillet 2020
- Interview de Bettina Ghio Isabelle Kortian Cause Commune // Le monde en questions #37 6 juillet 2020
- Interview de Bettina Ghio - Rebelles parmi les rebelles Rodéric Mounir Le Courrier 11 juin 2020
- Bettina Ghio "Pas là pour plaire !" | Release Nathalie Gardner Nova 29 mai 2020
- Interview de Bettina Ghio Salomé Kiner RTS // Pony Express juin 2020
- Envie de maintenant Bettina Ghio Colères du présent 1er mai

- Bonnes feuilles à lire

La revue Contretemps vous propose de découvrir des bonnes feuilles du nouvel essai de Bettina Ghio consacré à la place des femmes dans le rap français.

Des extraits inédits à lire sur le site de Contretemps

la rédaction
Contretemps 3 juillet 2020

- Interview de Bettina Ghio

Bettina Ghio est l’invitée d’Isabelle Kortian sur le plateau du Monde en questions à l’occasion de la parution de son livre Pas là pour plaire!. Plus d’un heure d’émission, en musique, pour revenir sur la place des femmes dans le rap français.

Écoutez l’émission sur Cause Commune

Isabelle Kortian
Cause Commune // Le monde en questions #37 6 juillet 2020

- Interview de Bettina Ghio - Rebelles parmi les rebelles

Un livre analyse les spécificités du rap fait par des femmes. Le parcours des pionnières francophones est complété par un repérage de la relève, dont la Suissesse KT Gorique, qui sort son nouvel album.

Quelle place pour les rappeuses en France et plus largement dans l’espace francophone? Sexisme, amalgames, genre, représentations du corps féminin, condition et sexualité féminine, émancipation, récupérations : autant de thématiques abordées par Bettina Ghio dans Pas là pour plaire! Un livre qui paraît aux éditions Le Mot et le Reste, à la suite d’un précédent ouvrage de l’autrice consacré aux textes
du rap (Sans fautes de frappe, 2016). Docteure en littérature et civilisation françaises, enseignante au lycée, Bettina Ghio part d’un constat : les rappeuses déjouent les attentes de genre, tant vocalement en se démarquant de l’utilisation mélodieuse de la voix, que par l’usage d’un verbe haut voire violent, ou encore en adoptant des tenues non genrées (le survêt’, les baggies, la casquette). Scindé en trois volets, Pas là pour plaire! revient sur le parcours des pionnières avant de brosser le portrait de trois incontournables aux trajectoires contrastées (Diam’s, Keny Arkana, Casey). Le livre dresse aussi la liste des héritières dans toute leur diversité – on y trouve quelques Suissesses comme La Gale ou KT Gorique. Un panorama rétrospectif et prospectif passionnant.
Entretien.

Découvrez l’interview donnée par Bettina au Courrier sur leur site

Rodéric Mounir
Le Courrier 11 juin 2020

- Bettina Ghio "Pas là pour plaire !" | Release

Quatre ans après la sortie de son essai Sans fautes de frappe. Rap et littérature qui a su décrédibiliser les clichés les plus tenaces au regard de la culture littéraire des rappeurs, Bettina Ghio, docteure en littérature et civilisation françaises a récemment publié Pas là pour plaire ! de nouveau chez Le Mot et le le reste.

Cet ouvrage s’interroge sur la place des femmes dans le rap français, en s’intéressant aux différentes thématiques qui touchent leur condition et émancipation puis en donnant la parole aux actrices de la scène rap, par la mise en lumière de leurs œuvres et parcours. Il est question des pionnières – présentes dès la naissance du genre et invisibilisées au moment de son âge d’or –, des figures incontournables que sont Diam’s, Casey et Keny Arkana, qui représentent chacune une facette différente de la rappeuse, et des héritières, de plus en plus nombreuses, pour lesquelles l’urgence est dans la libération des femmes et se ressent aussi bien dans leurs textes que dans leur attitude. Dans la lignée de Sans fautes de frappe, l’auteure explique ici les spécificités langagières et musicales du rap, fait par des femmes, et démonte les clichés visant à l’extraire d’une culture musicale francophone, en dépit de son succès populaire.

La news sur le site de Nova

Nathalie Gardner
Nova 29 mai 2020

- Interview de Bettina Ghio

Salomé Kiner a interviewé Bettina Ghio pour la RTS. L’occasion d’aborder, en cinq épisodes de 15 minutes, son nouveau livre consacré au femmes dans le rap francophone.

épisode #1

épisode #2

épisode #3

épisode #4

épisode #5

Salomé Kiner
RTS // Pony Express juin 2020

- Envie de maintenant

Initialement invitée à participer aux excellentes Colères du Présent, Bettina Ghio a finalement écrit ce texte, sur proposition des équipes du festival, pour enrichir leur édition 2020 qui serait inévitablement numérique.

La consigne était d’écrire sur le monde d’après, mais j’ai plutôt envie d’écrire sur le monde de maintenant. Sur ce monde qui s’est retrouvé soudainement suspendu, mis de côté, entre parenthèses. Au début du confinement, la boule au ventre, on avait tous et toutes plus ou moins la sensation d’être des protagonistes d’un roman d’anticipation, d’un film de catastrophe ou de contagion. Ce qu’on croyait jusqu’ici être de la fiction, de l’impossible, est devenu réel. Dès le début, j’ai pensé à l’alerte lancée par la jeunesse ces deux dernières années sur la question environnementale et le désastre qui arrivait. Mais j’avoue que ce futur inquiétant me semblait alors abstrait et incertain, et surtout un peu plus lointain. Bien que nos gouvernants n’aient jamais pris au sérieux ces revendications – et avec une condescendante attitude anti-jeune et misogyne notamment à l’égard de Greta Thunberg – on a compris que ce futur est maintenant et qu’il est arrivé comme ça. On expérimente la forme que prendra dorénavant la vie face à des catastrophes climatiques et des dérèglements environnementaux, dont les épidémies font tristement partie. L’isolement des populations et le confinement, tout comme les gestes barrière, seront sûrement des méthodes qu’on devra intégrer dans nos vies.

Mais les jours passant, ce scénario improbable, plus que de nous confronter au futur dans le présent, nous a mis devant la vraie vie, face au monde réel, celui qu’on a construit et qu’on a laissé construire. Car la fiction, ce ne sont pas toujours les auteurs qui la produisent, comme dit l’écrivain espagnol Javier Cercas, mais la réalité même. C’est pour cela qu’il est encore trop tôt pour moi de spéculer sur le monde d’après, sur ce que ce traumatisme va faire de nous. J’ai besoin de maintenir encore plus longtemps le pied levé de la pédale d’embrayage du rythme de la vie quotidienne, pour réfléchir au monde qu’on a et qui nous a mis dans une situation pareille.

Je ne vais pas vous mentir, plusieurs aspects du confinement se présentent pour moi comme la vie idéale. Je réalise la pénibilité des transports en commun. Le temps qu’on passe là-dedans, entassé.es, souvent harcelées, poussé.es… Je suis heureuse de ne plus devoir les prendre tous les jours, de ne pas être obligée de me lever deux heures plus tôt que le début de mes cours. Du temps que je gagne pour moi chaque matin, plus celui du soir. Je me plais à travailler chez moi, dans le calme, loin du brouhaha du lycée. C’est mon côté solitaire, anti-social : dans mon bureau avec mes livres, une tasse de thé à côté de mon ordinateur. Je comprends aussi que je ne passais pas assez de temps avec mon fils. Le temps était médiocre, partagé entre la fatigue de la fin de journée, les mails à répondre, l’inquiétude des choses à faire pour le lendemain, le bain à donner, le repas à préparer, le sac à dos à laisser prêt. Les minutes restantes, étaient alors pour lui. Mais je ne l’ai jamais vu aussi heureux, épanoui, calme, rassuré de se sentir aimé que lors de ce confinement. Comme son père, je passe une bonne partie de la journée avec lui. C’est du temps de qualité, du temps rien que pour lui, rien que pour nous. Il est enchanté de se poser avec ses jouets et ses livres dans sa chambre ou de jouer sur le balcon ensoleillé, que maman et papa fassent avec lui les activités proposées par la maîtresse sur la plateforme de l’école. Tu préfères l’école ou être avec maman et papa ? – « La maison », me répond-il chaque jour.

On dirait que le confinement est fait pour moi, ou plutôt que je suis faite pour… Je peux écrire davantage, jardiner, lire, cuisiner, faire du rangement, de l’activité physique, prendre de nouvelles des proches, renouer avec des ancien.nes ami.es. Tout cela est évidement possible parce que nous partageons les tâches familiales avec mon conjoint et que s’occuper d’un seul enfant n’est finalement pas si pénible que ça… J’ai enfin du temps pour moi ! Je me rends compte combien j’en manquais dans la vie d’avant. Et je le retrouve paradoxalement dans la contrainte d’être enfermée et isolée, qui apporte évidemment aussi une part d’angoisse, pour soi et pour les autres.

Or, en me surprenant dans ce type des pensées, je réalise à quel point le confinement est un privilège.

Je bénéficie de l’insouciance économique de quelqu’un dont l’emploi est quasiment garanti. Mon salaire est bien au-dessus du SMIC et sera sur mon compte à la fin du mois. Même si je n’ai pas réussi à faire mon quota horaire via le télé-enseignement, surtout parce que je garde mon fils une partie de la journée, mon crédit et mon pouvoir d’achat n’auront pas à en souffrir. Cette aisance financière me permet de profiter au mieux de mes journées confinées. J’ai un appart spacieux avec un grand balcon pour une petite famille de trois. Dans ce quartier calme, mon fils peut sortir une fois par jour avec sa trottinette. Mais j’ai surtout la chance d’être confinée. De ne pas faire partie de « l’armée de l’ombre de cette guerre sanitaire » qui doit continuer d’aller travailler, de se lever tôt, de prendre les transports pour que le confinement soit possible pour des gens comme moi. Pour que des gens comme moi ne tombent pas malade. Pour que des gens comme moi n’encourent pas le risque d’un refus de soins par manque de lits à l’hôpital. Pour que des gens comme moi soient soigné.es s’ils ont des symptômes. Pour que des gens comme moi ne contaminent pas d’autres gens comme moi, si jamais on tombe malade ou qu’on est des porteurs sains du virus.

Je ne fais pas partie de celles et ceux qui assurent dans l’invisibilité toute sorte de tâches. J’aurais plutôt pu faire partie des gens qui se font livrer des produits frais et bio sur le pas de leurs portes, qui ne manquent de rien lors du confinement, qui font des apéros virtuels tous les soirs. D’autres travaillent pour que des gens comme moi soient en sécurité lorsqu’ils vont faire les courses. Qu’ils marchent dans des rues propres, que leurs poubelles ne soient pas entassées devant chez eux. Je suis heureusement « col blanc » et non pas « col bleu ». Je peux rester chez moi pour télé-travailler alors que les autres doivent continuer de produire. Je suis à l’abri chez moi, alors que les autres sont la chair à canon avec peu de protections salariales comme du matériel de base face à la contagion.

Je ne fais pas partie non plus de toutes celles et ceux pour qui le confinement est une situation pénible, voire infernale. Jusqu’ici ma connexion internet marche au top pour télé-travailler. J’ai mon propre ordinateur, un autre de secours au cas où. Ma chef d’établissement a tenu compte de la pénibilité de la situation et a proposé des tâches et des échéances réalistes malgré les consignes du Ministre. Je n’ai pas mon fils dans les pattes quand je travaille, mon conjoint s’en occupe. (Jusqu’ici la date du 11 mai n’avait pas encore été prononcée. Mais, malgré tous mes privilèges, je risque de basculer en nouvelle chair à canon pour sauver les privilèges des gens encore plus privilégiés que moi, parce que ça existe).

Lors de ce confinement, je n’arrête pas de repasser en boucle les textes de rappeuses dans lesquels je me suis plongée ces deux dernières années pour écrire l’ouvrage qui se retrouve aussi en quarantaine. Les vies qu’ils évoquent doivent vivre ce confinement bien différemment des gens comme moi. De surcroît, je pense à ces ados dont le test grossesse est positif. Les petits amis ne répondant plus au téléphone, la situation facilitant l’évitement d’un enfant conçu à deux. Les peurs, les inconnus, la solitude, le rejet et l’incompréhension des parents, le besoin de fuguer, le manque de l’étreinte d’une copine et l’accès à l’IVG possiblement entravé dans cette période. Je pense aussi à ces cris dans les chambres à coucher, à ces coups derrière les portes, à ces enfants qui les entendent, à ces bleus qui n’ont pas besoin de maquillage en période de confinement. Je pense aux nanas qui approchent la quarantaine et portent un poids supplémentaire, parce que l’horloge biologique continue de tourner pendant le confinement. Je pense à ces mamans qui sont seules, à celles qui ont un homme mais qui font quand-même tout à la maison. A celles pour qui le fait d’être toute la journée chez elles n’est pas nouveau, mais qui sont maintenant enfermées avec quelqu’un qu’elles souhaiteraient voir dehors. A cette femme qui vient d’accoucher et qui fait un baby blues, mais qu’on n’a gardé qu’un jour à la maternité, les hôpitaux débordés. Aux mamans qui n’ont envie de rien faire et qu’on culpabilise si elles ne s’occupent pas comme il faut des enfants. A ces mamans qui ont la boule au ventre parce que leurs garçons sortent faire une course et qu’ils ont oublié leur attestation.

Je pense aussi aux HLM étroits, insalubres, aux cités dortoir sans confort ni loisirs. A tout ce béton, à ces horizons gris et aux textes de rap qui les décrivent, les racontent, les fictionnalisent. Je pense aux gamins et aux gamines qui traînent, aux chômeurs et chômeuses qui tournent en rond. A toutes ces journées interminables à la cité lorsque l’ennui rode et qu’on est jeune, pauvre et sans travail. Je pense à ce désir d’en partir, de quitter pour de bon ces lieux qui dévorent la jeunesse. Comment seront ces journées-là quand on est confiné.e ? Par quoi est remplacée la rue, ce lieu de soulagement qui permet d’échanger et partager les peines, les doutes, de rire, de prendre tout simplement de l’air et de créer de la culture aux pieds de tours. Ceux et celles qui ne rêvent que d’une autre vie, sont plus que jamais fixé.es dans celle qu’ils et elles ont…

Ce confinement me fait plus que jamais penser aux banlieues, à tous les quartiers populaires, au 93 en particulier, « laboratoire de la France », comme dit la rappeuse Casey. Sa grande richesse cosmopolite favorise « un laboratoire linguistique » et culturel, mais il est en même temps « le pire cauchemar » de l’État, toujours en conflit avec les immigré.es. Lorsque je vois passer les hélicoptères, je sais que ce n’est pas pour surveiller des gens comme moi, je suis une bonne élève du confinement. Ils rappellent à l’ordre une population qui est le mauvais exemple du confinement, celle « qui serait toujours prompte à se soustraire à la règle commune ». Celle qui ne sait pas rester à dix dans 30m2. Celle incapable de télétravailler et de télé-étudier avec un seul ordinateur à la maison, au mieux… Celle qui, parfois sans papiers, ne bénéficie d’aucune protection officielle et doit ruser pour gagner sa vie. Celle apeurée des contrôles policiers. Celle qui si jamais elle tombe malade, c’est forcément sa faute, parce qu’elle n’a pas respecté le confinement, indisciplinée qu’elle est.

J’aurais pu être de ceux et de celles qui s’indignent de ces comportements. Lire révoltée la presse qui signale le nombre record d’amendes en Seine Saint Denis face à l’indiscipline des banlieusard.e.s et soutenir la litanie sans fin d’articles qui s’apitoient sur la difficulté des Parisiens à rester chez eux. La « créature ratée » de Casey refait surface une nouvelle fois. C’est celle qui a toujours tort, elle est le « mal incarné », « l’ennemie des valeurs ». Elle est toujours une « menace », la honte de la République. Aujourd’hui les services de réanimation de ces « territoires perdus », comme ceux de la Seine Saint Denis, sont les plus saturés. Cela serait « une preuve infaillible du manquement des habitants de ce département emblématique du « problème des banlieues » aux règles élémentaires du vivre-ensemble en temps de pandémie ». C’est sûrement la faute de ces populations. Avec cette attitude irresponsable, ils mettent la vie de gens comme moi en danger… Comme si le gros des troupes qui sont « en première ligne pour faire tourner un pays mis à l’arrêt par le coronavirus » n’habitent pas ces quartiers populaires…

Je veux encore profiter de ce monde arrêté qui rend transparente la vraie vie. Il me plaît autant qu’il me terrorise. C’est le monde de maintenant qui me laisse me surprendre et me surprend éveillée. Car je peux encore rêver à la fin des injustices et des inégalités, à la fin du patriarcat, à la fin du néolibéralisme. Je peux encore croire qu’après ce qu’on vit, un capitalisme renforcé, autoritaire, ne surviendra pas. Le monde de maintenant me permet encore de croire que c’est possible que le monde d’après ne ressemble plus à la vie d’avant.

Bettina Ghio

Bettina Ghio
Colères du présent 1er mai
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