Parution : 16/03/2017
ISBN : 9782360542703
272 pages (14,8 x 21 cm)

New York State of Mind

Une anthologie du rap new-yorkais

Grandmaster Flash, Wu-Tang Clan, Nas, Notorious B.I.G., Mos Def, les Beastie Boys, Jay-Z, Action Bronson etc, tous les incontournables du rap new-yorkais.
De la fièvre des premières block parties du Bronx de la fin des années 1970 au succès mondial des rappeurs de la deuxième moitié des années 1990, la ville de New York s’est affirmée comme le berceau du hip-hop. Grâce à un bouillonnement créatif hors norme, le rap new-yorkais a généré une quantité impressionnante d’artistes (Wu-Tang Clan, Jay-Z, Grandmaster Flash, Beastie Boys, Nas, Public Enemy, Notorious B.I.G. etc) et d’albums incontournables passés à la postérité, témoins de la richesse créative qui a longtemps animé les ghettos du Queens, Brooklyn, Harlem et du Bronx. Cette musique incarne un style unique fait de fantasmes et de provocations, de réalisme social et d’engagement politique, sans tourner le dos au libéralisme américain. À travers cent albums, ce livre vous propose une rétrospective, des pères fondateurs aux rémanences actuelles en passant par les grands albums new-yorkais ayant révolutionné le rap.

Lire un extrait

Revue de presse

- « New York State Of Mind » : Quel rap pour la grosse pomme? Jean Rouzaud Nova Planet 25 avril 2017
- Le rap new-yorkais en 100 albums indie-guides.com 19 avril 2017

- « New York State Of Mind » : Quel rap pour la grosse pomme?

Une fois que l’on a compris que le rap new-yorkais, porté au départ par des Jamaïcains émigrés (comme Kool Herc) qui ont tenté (et réussi) de transplanter l’idée de leurs Sound Systems insulaires dans les faubourgs de New York, alors on peut assister à la floraison ininterrompue du genre.

Danseurs sur la tête et look de banlieue

Et comme, justement, le système jamaïcain est né par obligation, avec de petits sounds itinérants, nécessitant matériel, puis un DJ et un MC toaster, les premières Block Parties de NY refaisaient, à la belle saison, leur « harangue de rue », avec disques et Platines. Et ce fut le Hip Hop, « fresh » et juvénile, avec danseurs sur la tête et look de banlieue : 1977–1980.

On sortait du Funk, mais aussi du Disco et du Punk ! Ce mélange chaud, dansant et violent allait ajouter une couche de dureté et d’efficacité. Avec le Sample, exit les instruments chers et les cours de solfège. Le Collage allait régner.

À la tête du truc, NY

New York prit la tête du truc et des hordes de chanteurs, danseurs, breakeurs, allaient fondre sur ce système D, avec leurs codes locaux, persos, leur culture urbaine de quartiers, mais aussi une concurrence bientôt frénétique.

NY prend l’avantage au départ, à l’américaine, il faut produire sans cesse, beaucoup, et après les pionniers, ce fut des « concepts » ou style, comme Public Enemy, criard et politique, ou au contraire De La Soul, fantaisiste et souple.

L’épisode gangsta de la côte est, débouchant sur deux stars abattues (Biggie et Tupac), un point partout , affirme le boulet de violence propre aux bas quartiers où tout peut dégénérer avec ou sans raison.

Les Éditions Le Mot et Le Reste sortent 267 pages d’historique, avec 100 albums clés, dans la chronologie de cette histoire un peu folle, signé Pierre-Jean Cléraux, qui nous détaille le truc. Il ne manque pas un nom et à eux seuls, ils sonnent comme une nouvelle langue : celle du Rap, phonétique, slang, Cut-up…

Fantasme, élément du rap

Après les Dillinger et Al Capone jamaïcains, voici les Furious, Wu-Tang, Mobb Deep, selon votre degré de référence aux truands, Kung Fu ou tout simplement mégalo du moment. Car le fantasme est un élément du Rap, comme dans les contes de fées, et tous les délires vont y passer : de la violence à la puissance, puis de l’argent à la mode Bling, sans distinction, sexe compris.

Voilà comment une génération hippy, habillée rétro, cheveux longs et cool attitude, va voir ses contradicteurs, vêtus de sportswear sur-taillé, cheveux rasés et un flingue en tête, prendre sa place au hit-parade, en 10 ans. L’inverse absolu !

C’est ce qui explique qu’une génération de jeunes blancs en rupture va se prendre d’intérêt pour des voyous blacks qui en rajoutent dans l’affreux : un amour tordu (comme leurs grands-parents dans les années trente avec les gangsters). Nique ta mère. Les rappeurs pillent le système à la Robin des bois ?

NY dur, LA entortillé

Plus fou, après la montée des années 80 et l’establishment Rap des 90, partagé en deux styles : N.Y.plus dur et cassant L.A. entortillé de Moog Gangsta, voici venir le Sud méprisé et bouseux (Atlanta ?), qui sera la déchirure de demain, si les grands frères lui laissent une chance ?

Cette planète ghetto, qui a trouvé son rythme et quelques paroliers doués, des poètes inspirés et des producteurs éclairés, tous pris dans un corset R n B de base, a su intégrer des cas uniques (Eminem, Rakim…), quelques filles condamnées à l’auto-caricature (Foxy Brown, Lil Kim…) et des capitalistes grand teint (50 Cent, Jay-Z…)

À force de fusions, d’influences, de travail et de lissage, le Rap prend le chemin d’une Pop Black, starisée à l’extrême, exactement comme dans les années 60, quand la Soul se maria au Rock et au Jerk.

Jean Rouzaud
Nova Planet 25 avril 2017

- Le rap new-yorkais en 100 albums

De la fièvre des premières blocks parties du Bronx à la fin des années 70 au succès mondial des rappeurs de la deuxième moitié des années 90, Pierre-Jean Cléraux retrace l’histoire du rap à New York, berceau du hip-hop. Interview de l’auteur de “New York State Of Mind” et sélection choisie de morceaux d’anthologie.

Grandmaster Flash, Afrika Bambaataa, Run DMC, Wu-Tang Clan, Jay-Z, Public Enemy, A Tribe Called Quest, Action Bronson, Beastie Boys : Pierre-Jean Cléraux remonte le fil de l’histoire du rap new-yorkais en 100 albums emblématiques dans son ouvrage New York State Of Mind – Une anthologie du rap new-yorkais, qui vient de paraître chez l’éditeur Le Mot et le Reste.

Blogueur et historien de formation, Pierre-Jean Cléraux est passionné par la musique sous toutes ses formes et plus particulièrement de rap depuis la fin des années 90. Il revient avec nous sur les raisons qui l’ont conduites à écrire cet ouvrage et plonge dans l’histoire du rap new-yorkais. Une interview à lire en musique en découvrant sa sélection musicale à la fin de cet article.

POURQUOI AVOIR ÉCRIT UN OUVRAGE SUR LE RAP NEW-YORKAIS ?

Tout simplement parce que c’est le style de rap que j’aime le plus et que j’ai le plus écouté. C’est via le rap new-yorkais que j’ai découvert le rap avec des groupes comme Public Enemy, le Wu-Tang Clan, De La Soul. Au départ, mon idée était d’écrire sur le rap new-yorkais des années 90 car c’est celui-là qui m’a bercé, mais Yves (NDLR : Yves Jolivet, le fondateur et directeur des éditions Le Mot et le Reste) voulait élargir la période. Nous avons donc convenu de partir sur quelque chose de plus synthétique sur l’histoire du rap new-yorkais à travers des albums importants, aussi bien pour leurs qualités artistiques que pour leur impact historique. C’est vraiment passionnant et incroyablement diversifié. Aux éditions Le Mot et Le Reste, ce sujet n’avait pas encore été évoqué en détails, c’est ce que je leur ai proposé de faire.

QUELLE IMPORTANCE A LA SCÈNE NEW-YORKAISE DANS L’HISTOIRE DU RAP ?

Son importance est capitale. D’un point de vue historique tout d’abord parce que le rap est né à New-York et plus précisément dans le Bronx. C’est là que tout a commencé. Donc, par essence, le rap est new-yorkais.

C’est justement ce rap qui a influencé les autres scènes aux Etats-Unis mais aussi en Europe, notamment en France. C’est la scène rap new-yorkaise qui a véhiculé toute l’imagerie hip-hop avec le break, le graff et son métro défoncé. C’est aussi elle qui a fourni les premiers contingents de rappeurs célèbres comme Run DMC, les Beastie Boys, LL Cool J, Public Enemy et puis les grandes stars du rap comme Notorious B.I.G., Jay-Z, Nas avec un mélange des genres entre rappeur et entrepreneur comme Puff Daddy, 50 Cent pour ne citer que les exemples les plus connus. Cette double casquette de MC et d’homme d’affaires n’est pas forcément propre à New York mais, dans une ville qui symbolise la puissance de l’argent, l’évocation est d’autant plus forte. Ce n’est pas pour rien que New York est surnommé La Mecque du hip-hop.

TON OUVRAGE EXPLORE CHRONOLOGIQUEMENT L’HISTOIRE DU RAP NEW-YORKAIS EN 100 ALBUMS. COMMENT LE RAP NEW-YORKAIS A-T-IL ÉVOLUÉ AU FIL DES ANNÉES ? QU’EST-CE QUI LE DISTINGUE, LE REND CARACTÉRISTIQUE ?

A New York dans les années 70, le mouvement hip-hop et en particulier le rap a permis de passer de la culture de la violence à une nouvelle forme de culture, beaucoup plus positive et créative mais qui a su conserver l’état d’esprit de rivalité issu de la culture des gangs. C’est exactement ce qu’a fait Afrika Bambaataa avec la Zulu Nation. Détourner la violence vers quelque chose de plus sain. Ceci n’a bien sûr pas anéanti la violence dans les quartiers pauvres du Bronx ou de Harlem, mais un mouvement a pris forme avec ses codes issus de la rue et ses propres références.

De manière très schématique, si on grossit le trait, le rap new-yorkais a beaucoup évolué dans le temps. Les années 80 et 90 ont été une période extrêmement faste pour le rap à New York. C’est là qu’il s’est construit puis affirmé en tant qu’art et industrie mais aussi en tant que vecteur d’un discours politique basé sur les valeurs pro-noires.

A partir de la fin des années 90, le rap parvient à sa maturité commerciale ce qui entraîne aussi beaucoup de dérives musicales. L’époque est à la réussite, favorise le matérialisme à l’écran, ce qui pousse la vague indé à se développer. Les années 2000, malgré les succès de Jay-Z et du G-Unit, le rap new-yorkais doit faire fasse aux influences venues du Sud des Etats-Unis et qui, malgré quelques résistances, a littéralement gagné la ville et presque lissé le son aujourd’hui.

La scène new-yorkaise est aussi importante de part son style. Dans les années 90, le rap new-yorkais est arrivé avec quelque chose de mûr, notamment grâce à la culture du sample et grâce ou à cause des moyens techniques mis à disposition (sampleurs, boîtes à rythmes, etc.). C’est aussi la grande époque des studios d’enregistrement. Le son venu de New York possède alors une couleur, une texture volontairement poisseuse que l’on recherche absolument et qui est l’exact opposé du son gangsta venu de la côte Ouest.

Il y a aussi toute une école de la rime et du flow symbolisée par des rappeurs du cru comme Rakim, Kool G Rap, Big Daddy Kane, KRS One, O.C., Nas, Biggie, Jay-Z, Big L, Big Pun. Le rap new yorkais possède son propre panthéon de lyricistes légendaires. Et puis, il y a cette diversité absolument géniale. Si on creuse bien il n’y a pas un rap new-yorkais mais une multitude de styles : Public Enemy n’est pas le X-Clan, Mobb Deep n’est pas le D.I.T.C., le Boogie Down n’est pas le Juice Crew. Même encore aujourd’hui, il y a ceux qui ne cachent pas leur influences sudistes (A$AP Rocky, The Underarchievers) et ceux qui restent fidèles à un son plus traditionnel (Roc Marciano, Joey Badass). Actuellement, l’identité rap new-yorkaise est totalement éclatée, presque noyée dans le lissage qu’a imposé le son du Sud devenu une norme.

QUAND EST POUR TOI « L’ÂGE D’OR » DU RAP NEW-YORKAIS ?

Question difficile ! Il y a eu beaucoup d’interprétations de ce fameux Golden Age. Certains, comme le journaliste Paul Edwards, le situent entre 1986 et 1994, voire 1996. D’autres le font commencer à partir de 1992 et le font terminer en 1998. Pour ma part, un âge d’or correspond à une période donnée où tous les marqueurs sont arrivés à leur plus haut niveau de maturité et finissent par converger, c’est-à-dire entre 1993 et 1996 voire 1997. Entre ces dates, le rap new-yorkais a vécu une révolution musicale et commerciale avec l’arrivée du Wu-Tang Clan qui a reconfiguré l’approche du rap et de son business et c’est une période qui voit arriver aussi les têtes de gondole comme Biggie, Jay-Z, Nas. Tout le monde doit donc se mettre à niveau d’un point de vue artistique. C’est la grande époque des studios avec le travail de grands ingénieurs du son. L’industrie se met aussi en place, les clips tournent en boucle à la télévision, les publicitaires s’emparent de l’image des rappeurs pour vendre, on commercialise des produits dérivés, etc. A cette époque, le rap new-yorkais possède un style très identifiable, à tel point que l’on parlera de rap East Coast par opposition à la West Coast. Certains groupes, même à l’Ouest, se réclament de cette influence comme Souls Of Mischief, The Nonce, Freestyle Fellowship, The Pharcyde…

AUJOURD’HUI, DANS LES ANNÉES 2010, AS-TU L’IMPRESSION QUE LE RAP NEW-YORKAIS A TOUJOURS UNE PLACE AUSSI CENTRALE QU’AUX DÉBUTS DU RAP ?

Aujourd’hui, avec l’éclatement des scènes aux Etats-Unis, notamment à cause de l’influence sudiste qui est dominante depuis presque quinze ans, le développement de la musique sur internet qui a délocalisé le rap de son terrain originel, le rap new-yorkais peine à trouver sa place. Il a clairement été déclassé par rapport aux années 80–90. C’est en partie dû au fait qu’il a pendant longtemps reposé sur ses acquis. Les vétérans des années 90 ont voulu conserver cette aura en surfant sur le succès de leurs classiques, mais les nouvelles générations vont très vite et s’adaptent rapidement. Pour survivre, le rap new-yorkais peut se réinventer tout en restant fidèle à sa tradition. C’est le cas des Action Bronson, Joey Badass, Roc Marciano, WestSide Gunn… ou en multipliant les projets collaboratifs qui associent un artiste new-yorkais à un artiste d’une autre scène, comme El-P et Killer Mike dans le cadre de leur duo Run The Jewels. Mais le rap new-yorkais reste pour tout amateur de rap qui se respecte comme une référence, un phare dans la nuit. Il est au rap ce que la Bourgogne est au vin.

Retrouvez l’article dans son intégralité ainsi que la playlist de Indie Guides ici

indie-guides.com 19 avril 2017
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