Parution : 16/03/2017
ISBN : 9782360542703
272 pages (14,8 x 21 cm)

New York State of Mind

Une anthologie du rap new-yorkais

Grandmaster Flash, Wu-Tang Clan, Nas, Notorious B.I.G., Mos Def, les Beastie Boys, Jay-Z, Action Bronson etc, tous les incontournables du rap new-yorkais.
De la fièvre des premières block parties du Bronx de la fin des années 1970 au succès mondial des rappeurs de la deuxième moitié des années 1990, la ville de New York s’est affirmée comme le berceau du hip-hop. Grâce à un bouillonnement créatif hors norme, le rap new-yorkais a généré une quantité impressionnante d’artistes (Wu-Tang Clan, Jay-Z, Grandmaster Flash, Beastie Boys, Nas, Public Enemy, Notorious B.I.G. etc) et d’albums incontournables passés à la postérité, témoins de la richesse créative qui a longtemps animé les ghettos du Queens, Brooklyn, Harlem et du Bronx. Cette musique incarne un style unique fait de fantasmes et de provocations, de réalisme social et d’engagement politique, sans tourner le dos au libéralisme américain. À travers cent albums, ce livre vous propose une rétrospective, des pères fondateurs aux rémanences actuelles en passant par les grands albums new-yorkais ayant révolutionné le rap.

Lire un extrait

Revue de presse

- New York State Of Mind Muzul 90bpm.com 16 juin 2017
- Comment Pierre-Jean Cléraux a sélectionné les 100 meilleurs albums du rap new-yorkais ? Rémi The BackPackerz 29 mai 2017
- « New York State Of Mind » : Quel rap pour la grosse pomme? Jean Rouzaud Nova Planet 25 avril 2017
- Le rap new-yorkais en 100 albums indie-guides.com 19 avril 2017

- New York State Of Mind

C’est en position “Retour Vers Le Futur”, que Grand Wizzard Pidjéci s’est installé aux commandes de son insalubre métro gris défoncé de graffiti et parfumé à la pisse. Sa rame couinante, Peter-John Cle-Ri-O l’a fait rouler jusqu’au Bronx des années 70 pour patiemment la faire revenir en 2010 et quelques, quadrillant sur son passage les 5 boroughs, inspectant les cages d’escaliers des projects, soulevant la plus petite des grilles d’aération pour s’assurer qu’aucun MC ne s’y est planqué, prolongeant les rails jusqu’au ferry pour Staten Island.

100 albums qui ont marqué/fondé le rap New-Yorkais, voilà ce qu’a ramené P. Jean.

Cent albums venus de La Mecque, de là où tout est parti. Cent albums et pratiquement que des classiques. Brutaux, secs, politisés, funky, urbains, braillards, soul, sombres, glaçants, oppressants, hostiles, révolutionnaires mais surtout novateurs et indestructibles. Car quelle qu’est pu être la violence des attaques portées contre elle, l’école New-Yorkaise, même après avoir mis un genou à terre sous les coups de flingues du gangsta-rap, s’est toujours relevée, enfantant elle-même des sous-genres que Master P-Jay The Original s’est appliqué à décortiquer dans une longue et passionnante séquence d’introduction.

Pluie d’anecdotes à chaque page, et pas la peine de s’offusquer sur l’absence de telle ou telle référence : l’exercice est restrictif donc chacun aura matière à la ramener.
Mais, enfin, où sont les Lords Of The Underground ???!!!

Retrouvez cette chronique sur le site 90bpm

Muzul
90bpm.com 16 juin 2017

- Comment Pierre-Jean Cléraux a sélectionné les 100 meilleurs albums du rap new-yorkais ?

Rédacteur passionné sur plusieurs médias rap depuis la fin des années 90 (Rap2k.com, Neoboto.com, Ofive) Pierre-Jean Cléraux est également le fondateur du webzine Buggin.fr. Après avoir usé sa plume à chroniquer des dizaines de disques rap US sur des médias web, ce Rennais a voulu passer au papier en se lançant l’ambitieux défi de créer une anthologie du rap new yorkais. Très sensible à ce genre d’initiatives, la team TBPZ est partie à la rencontre de ce passionné du rap de la Grosse Pomme.

Bonjour Pierre-Jean, tout d’abord, peux tu nous retracer ton parcours ?

A la base, j’ai commencé à écrire des chroniques sur l’ancienne mouture du site Rap2k.com, avant qu’il ne soit totalement refondu et qu’il ne devienne ce qu’il est aujourd’hui… C’était une plateforme assez riche et dynamique au début des années 2000, et extrêmement réactive. En parallèle j’ai aussi été bloggeur. Je recevais des albums chez moi. Je les chroniquais. Ensuite, j’ai été contacté pour participer à l’ouverture du site Neoboto.com en 2010. L’aventure a duré quelques années. Même si nous avions des divergences musicales au sein de la rédaction, nous avons réalisé beaucoup de contenus. Dans la foulée, j’ai participé à la rédaction des premiers numéros du magazine Ofive mag. Par la suite j’ai quitté Neoboto. J’ai alors co-fondé avec des amis de la rédaction le site Buggin.fr, qui est alimenté selon nos envies.

Quel a été l’élément déclencheur de ce livre ?

En premier lieu, je l’ai écrit par amour du rap, de l’écriture et de la recherche. D’autre part, j’ai un Master 2 de recherches en histoire des relations internationales. Pendant mes études, j’ai appris à prendre goût à la recherche de sources. Cet ouvrage sur le rap new-yorkais était dans un coin de ma tête depuis quelques temps. J’avais envie d’écrire sur cette musique, qui a été pour moi une grosse claque. Enfin, je ne trouvais pas de livre en français, qui parlait des albums que j’ai pu adorer comme ceux de Gang Starr, Pete Rock & CL Smooth, Smif-N-Wessun, Nas, Show & A.G. ou encore des Beatnuts. Il fallait aussi trouver un éditeur. Pour moi Le Mot et le Reste était une évidence. J’ai donc fait une proposition à son éditeur, Yves Jolivet. Nous en avons discuté. Finalement le projet a abouti.

“New York State Of Mind correspond parfaitement à l’esthétique new-yorkaise des 90’s, celle qui est passée à la postérité.”

Le titre du livre est une référence au morceau de Nas du même nom sur l’album de référence Illmatic. Cette chanson résume-t’elle l’histoire du rap de New York ?

Le titre est clairement une référence au morceau de Nas pour plusieurs raisons. La première est d’un point de vue musical. Le morceau correspond parfaitement à l’esthétique new-yorkaise des 90’s, celle qui est passée à la postérité. L’utilisation des deux samples de Joe Chambers et de Donald Byrd donne un côté cinématographique et une sorte de tension sublimée par l’écriture et le flow. La deuxième raison réside dans les lyrics du morceau. Nas raconte le New York des ghettos noirs des années 1990. La période, qui suit la « crack era ». Celle qui a laissé de profondes traces sur la jeune génération de cette période. Ce morceau contient aussi cette culture de la violence très présente avec les références au film Scarface. D’une certaine manière, ce morceau résume une partie de l’Histoire tout en faisant partie de l’Histoire.

Quels ont été tes critères pour le choix des albums de cette anthologie ?

Ils ont été doubles. A la fois l’impact historique, c’est-à-dire ce que l’album a de représentatif d’un groupe, d’une époque et d’un style. Et puis, j’assume un choix subjectif. La chance a fait que certains albums cumulaient les deux. Résumer le rap new-yorkais en 100 albums c’est se confronter à des choix difficiles. Mais c’est ce qui demeurait intéressant dans cette démarche. Certains choix n’étaient pas évidents. J’ai modifié un nombre incalculable de fois la sélection. Car j’avais envie d’en mettre cinquante de plus. Il a fallu recadrer, mettre des albums, qui pour moi étaient moins évidents. J’ai volontairement écarté certains opus comme le Get Rich or Die Tryin’ de 50 Cent au profit d’un album à mon sens mieux produit comme Beg 4 Mercy du G-Unit. Cet album est le reflet de l’impact d’un rappeur sur une période, mais aussi le symbole de l’emprise d’un groupe sur l’industrie.

D’autre part, Sylvain Bertot avait déjà publié chez le même éditeur deux ouvrages sur le rap, dans lequel de nombreux albums figuraient déjà. J’ai là aussi parfois essayé d’éviter les doublons, dans la mesure du possible. Mais comment parler du rap new-yorkais sans évoquer The Infamous de Mobb Deep ?

Le premier album de ta sélection est l’album The Message de Grand Master Flash and The Furious Five. Pourtant, dans la première partie du livre, tu cites les précurseurs du rap new-yorkais comme Sugar Hill Gang, Kurtis Blow et même Gil Scott Heron ou The Last Poets. Pourquoi ne pas les avoir mis dans ta sélection ?

Pour moi, savoir avec quel album j’allais commencer cette sélection a été une véritable torture. J’ai volontairement écarté le premier Sugar Hill Gang. Car l’album repose essentiellement sur Rapper’s Delight. Pour Kurtis Blow, Sylvain Bertot avait déjà chroniqué le premier album. Je me suis alors dit que The Message de Grandmaster Flash & The Furious Five pouvait parfaitement inaugurer cette sélection. Dans la mesure, où il intègre une certaine conscience sociale et un groupe emblématique qui s’est rodé au terrain. En ce qui concerne Gil Scott ou les Last Poets, beaucoup les considèrent à juste titre comme des sources d’inspiration. Mais on ne peut pas les considérer comme des rappeurs. Ils ont néanmoins joué un rôle fondamental dans la prise de conscience sociale au sein de la communauté afro-américaine.

“Method Man se moquait des types cherchant à rassembler l’argot utilisé dans le rap. Il disait que chaque coin de New York avait son propre argot. Il était inutile de référencer ces langages, tant tout allait vite en terme de néologisme.”

Tu cites à de nombreuses reprises les différents quartiers de New York, déterminants dans le développement du rap comme le Bronx ou le Queensbridge… Cette diversité artistique liée à ces différents quartiers a-t-elle joué en faveur du rap new yorkais ?

Oui tout à fait, cette spécificité est essentielle dans la construction du rap new-yorkais. Le rap new-yorkais s’est polarisé géographiquement autour d’arrondissements précis. Le Bronx en particulier qui l’a vu naître, même si une autre théorie circule sur sa naissance à Brooklyn. Ce qui est intéressant avec cette polarisation est que chaque coin de New York avait une identité marquée. Le Bronx comme berceau historique défendu par le Boogie Down à la fin des 80’s avec un mélange de gangsta et de prise de conscience sociale. Le Queens autour du Juice Crew chapeauté par Marley Marl, qui s’est élargi géographiquement par la suite. Long Island a bousculé les codes avec Public Enemy, Rakim, EPMD. Certains rappeurs sont les héritiers de ce “slow flow” de Long Island comme Roc Marciano. Il faut citer Staten Island avec le Wu, mais aussi plusieurs quartiers de Brooklyn.

Après ma sélection ne s’est pas seulement limitée à NYC. J’ai étendu la recherche à l’ensemble de l’Etat de New York. De cette manière, on retrouve des artistes comme Grand Puba, DMX, les Doppelgangaz. Les quartiers ont leur propre identité, leur slang. Chacun possède une véritable richesse. Je me rappelle d’une interview de Method Man, qui se moquait des types cherchant à rassembler l’argot utilisé dans le rap. Il disait que chaque coin de New York avait son propre argot. Il était inutile de référencer ces langages, tant tout allait vite en terme de néologisme.

Rakim, Guru et RZA en solo ou avec leurs groupes respectifs sont les rares artistes à avoir plusieurs albums cités dans ta sélection. Ce fait est-il du à leur rôle prépondérant dans l’histoire du rap new-yorkais ?

Rôle prépondérant ou pas, la symbolique rentre également en jeu. En solo ils ont continué à développer leur art, mais dans une certaine limite. Car, par exemple, j’aime peu les solos de RZA. En revanche son boulot sur la B.O. (import Japonais) de Ghost Dog est fabuleux. Il a su ainsi déplacer l’esprit du Wu vers le 7ème art. Pour Rakim, durant toute la première moitié des 90’s qui se situe avant son 18th Letter, la majorité pensait qu’il était dépassé. Mais son album se révèle superbe. Par contre, j’ai moins d’affinité avec The Master. En ce qui concerne Guru, je considère le premier volume de Jazzmatazz comme un concept extrêmement intéressant. Car il va au bout de son concept. Cet album ne ressemble en rien à un opus de Gang Starr.

Tu fais souvent référence au rap de la West Coast dans l’ouvrage. Certains artistes californiens se sont inspirés des tendances new-yorkaises pour développer leur style. Es-tu de cet avis ?

Oui effectivement, au niveau des sonorités ce constat est assez flagrant. Même Ice Cube s’est frotté aux productions du Bomb Squad, tant leurs productions étaient absolument monumentales. Elles correspondaient à un ton, qui collait à un propos. Je pense aussi à un type comme The Alchemist, originaire de Bevery Hills, qui a été nourri au rap new-yorkais. Il a fini par intégrer le giron de Mobb Deep grâce à Infamous Mobb. L’impact de New York a été gigantesque.

“Le titre de King Of New York est un pur titre médiatique basé notamment sur les ventes d’albums et la renommée.”

Né dans les Block Parties des années 70, la culture du beef est une constante majeure du rap new yorkais. A-t-elle aidée à construire la légende de New York et celle de son titre tant convoité de King of New York ?

La culture du beef est à mon avis une culture dérivée de celle des gangs. Elle a été transposée sur le plan du duel verbal. Le beef avec le temps a pris une ampleur médiatique à partir du milieu des années 1990. Cette popularité lui a donné son importance aux yeux du public. Même si ce n’est qu’une posture. De fait, s’est créé un titre de “King Of New York”, qui est un pur titre médiatique basé notamment sur les ventes d’albums et la renommée. Ce titre a contribué à créer des tensions entre rappeurs. Néanmoins il a aussi agrémenté la légende de New York, capitale du rap et de l’argent. C’est aussi une ville, dont l’architecture est liée au concept de verticalité avec une base et un sommet. Le sommet étant occupé par ceux, qui ont le mieux réussi. Ces élus se rapprochent ainsi du pouvoir, d’où le titre de King Of New York. J’essaie vraiment d’éviter le plus possible ce concept. Il représente réellement l’état d’esprit dans lequel un artiste peut se situer à New York, quand un rappeur atteint un tel niveau dans le game.

Tu évoques aussi le style Mafioso Rap amorcé par des artistes comme Kool G Rap, puis développé plus tard par Notorious Big et Jay Z. Ce style a-t-il dénaturé l’état d’esprit puriste du rap new yorkais ? Etait-il une réponse au Gangsta Rap de Los Angeles ?

Je ne pense pas que cette tendance ait dénaturé le rap. Au contraire elle fait partie intégrante de ce qu’on peut appeler le purisme dans le rap. Un album comme Only Built 4 Cuban Linx de Raekwon est adulé par les puristes. Je pense que c’est une évolution, peut-être une réaction au Gangsta Rap de L.A. et de la Bay Area. Mais déjà à l’époque, New York opposait au Gangsta Rap de la West Coast une alternative plus positive, ironique et plus identitaire comme ont pu le faire les Native Tongues et même Public Enemy. C’est la même énergie, qui part d’un même constat, mais qui s’exprime différemment. Avec le Mafioso Rap, le rap new-yorkais a réussi à trouver une ambiance plus cinématographique, moins basée sur l’image du mac et plus sur celle du gangster et du player. Il y a un côté très mobster italien agrémenté d’une identité très proche du ghetto.

Certains artistes new-yorkais ont essayé de lancer de nouvelles tendances dans les 90’s comme l’Horrorcore avec Gravediggaz ou Flatlinerz. Néanmoins ces styles n’ont pas su perdurer. New York n’est il pas prisonnière de ses propres codes ?

Il est clair que l’Horrorcore à New York n’a pas perduré. D’ailleurs les Flatlinerz ont été considérés comme des opportunistes à l’époque. Car Redrum était en fait le neveu de Russell Simmons, qui a signé le groupe chez Def Jam. Les deux albums sont sortis la même année à quelques mois d’intervalle. Le terme horrorcore a été popularisé à New York. On trouve déjà chez les Geto Boys les jalons de ce style.

Le rap new yorkais peut être considéré comme prisonnier de ses propres codes dans la mesure où son esthétique est devenue académique au final. Face à l’arrivée du Sud au début des années 2000, une partie de la scène new yorkaise est devenue de plus en plus perméable et opportuniste.

“Le rap new-yorkais a vu son style conservé dans du formol au fil du temps. Il est parfois devenu caricatural. Notamment chez les anciens, qui avaient du mal à tourner la page.”

À ce propos, tu cites Kool Keith, qui pensait que “Le rap à New York était bien trop rétrograde pour évoluer dans le temps”. Pourquoi affirme t il cela ?

Cette citation résume en partie le personnage. Il est très provocateur quand il affirme cela. Il se place ainsi au dessus de la mêlée. De cette manière, il affirme son côté excentrique, notamment après avoir sorti des albums totalement à contre-courant. Je pense à Dr Octagonecologyst et Black Elvis Lost In Space. D’un certain point de vue, il existe une part de vérité dans ce qu’il dit. Le rap new-yorkais a vu son style conservé dans du formol au fil du temps. Il est parfois devenu caricatural. Notamment chez les anciens, qui avaient du mal à tourner la page.

La fin des années 2000 et le début de cette décennie ont été marqués par la percée de sonorités issues d’autres régions américaines. New York a-t-il subi plus ces influences que su renouveler sa propre musique ?

C’est difficile à dire. Mais il est clair que le Sud est devenu le nouvel Eldorado. A défaut d’être pourvoyeur d’un nouveau style de rap, New York s’est emparé de l’engouement pour le rap sudiste en 1999 sur « Big Pimpin » de Jay-Z avec les UGK. C’est malin de la part de Jay-Z, tout comme le fait de récupérer Scarface sur Def Jam en 2002 pour créer la succursale Def Jam South. Depuis avec la Trap, le son s’est lissé à New York et dans le monde entier. Un type comme A$ap Rocky, qui a été nourri à la Three 6 Mafia dès son plus jeune âge, s’est mis à la page. L’association entre El-P et Killer Mike avec Run The Jewels reste un bon exemple d’hybridation entre sons traditionnels et d’autres sonnant plus South, le tout avec un engagement politique. Il reste encore le versant très traditionnel avec Roc Marciano, qui sème un revival très épuré, ciselé et plein de métaphores.

Aujourd’hui New York revient sur le devant de la scène grâce notamment à l’arrivée des artistes de la Best Coast comme Joey Bada$$, Flatbush Zombies ou The Underachievers. N’est ce pas la redécouverte du style boom-bap par une nouvelle génération ?

Oui en partie. Tous ne versent pas entièrement dans le boom-bap. Par exemple, les Underachievers ont un univers assez éclectique, qui emprunte autant au sud qu’au style new-yorkais, un mélange de tradition agrémenté de psychédélisme. je trouve ce mélange intéressant.

Action Bronson conserve ce côté boom-bap aussi. Il possède un côté Gargantua et Biz Markie, plus une recherche de samples différents apportés par des types comme Alchemist, Oh No ou Party Supplies. Avec New York c’est « chasse le naturel, il revient toujours au galop ». Le boom-bap fait partie de l’ADN du rap new-yorkais. Tout comme on observe un retour des grands collectifs de rappeurs.

Quel avenir vois tu pour le rap à New York ?

Même si je trouve que son identité est moins marquée qu’avant, je pense qu’il y aura toujours des artistes pour se revendiquer de cette ville, de son passé et de sa légende.

Retrouvez cette interview en intégralité ainsi que la playlist de Pierre-Jean Cléraux sur le site de The BackPackerz

Rémi
The BackPackerz 29 mai 2017

- « New York State Of Mind » : Quel rap pour la grosse pomme?

Une fois que l’on a compris que le rap new-yorkais, porté au départ par des Jamaïcains émigrés (comme Kool Herc) qui ont tenté (et réussi) de transplanter l’idée de leurs Sound Systems insulaires dans les faubourgs de New York, alors on peut assister à la floraison ininterrompue du genre.

Danseurs sur la tête et look de banlieue

Et comme, justement, le système jamaïcain est né par obligation, avec de petits sounds itinérants, nécessitant matériel, puis un DJ et un MC toaster, les premières Block Parties de NY refaisaient, à la belle saison, leur « harangue de rue », avec disques et Platines. Et ce fut le Hip Hop, « fresh » et juvénile, avec danseurs sur la tête et look de banlieue : 1977–1980.

On sortait du Funk, mais aussi du Disco et du Punk ! Ce mélange chaud, dansant et violent allait ajouter une couche de dureté et d’efficacité. Avec le Sample, exit les instruments chers et les cours de solfège. Le Collage allait régner.

À la tête du truc, NY

New York prit la tête du truc et des hordes de chanteurs, danseurs, breakeurs, allaient fondre sur ce système D, avec leurs codes locaux, persos, leur culture urbaine de quartiers, mais aussi une concurrence bientôt frénétique.

NY prend l’avantage au départ, à l’américaine, il faut produire sans cesse, beaucoup, et après les pionniers, ce fut des « concepts » ou style, comme Public Enemy, criard et politique, ou au contraire De La Soul, fantaisiste et souple.

L’épisode gangsta de la côte est, débouchant sur deux stars abattues (Biggie et Tupac), un point partout , affirme le boulet de violence propre aux bas quartiers où tout peut dégénérer avec ou sans raison.

Les Éditions Le Mot et Le Reste sortent 267 pages d’historique, avec 100 albums clés, dans la chronologie de cette histoire un peu folle, signé Pierre-Jean Cléraux, qui nous détaille le truc. Il ne manque pas un nom et à eux seuls, ils sonnent comme une nouvelle langue : celle du Rap, phonétique, slang, Cut-up…

Fantasme, élément du rap

Après les Dillinger et Al Capone jamaïcains, voici les Furious, Wu-Tang, Mobb Deep, selon votre degré de référence aux truands, Kung Fu ou tout simplement mégalo du moment. Car le fantasme est un élément du Rap, comme dans les contes de fées, et tous les délires vont y passer : de la violence à la puissance, puis de l’argent à la mode Bling, sans distinction, sexe compris.

Voilà comment une génération hippy, habillée rétro, cheveux longs et cool attitude, va voir ses contradicteurs, vêtus de sportswear sur-taillé, cheveux rasés et un flingue en tête, prendre sa place au hit-parade, en 10 ans. L’inverse absolu !

C’est ce qui explique qu’une génération de jeunes blancs en rupture va se prendre d’intérêt pour des voyous blacks qui en rajoutent dans l’affreux : un amour tordu (comme leurs grands-parents dans les années trente avec les gangsters). Nique ta mère. Les rappeurs pillent le système à la Robin des bois ?

NY dur, LA entortillé

Plus fou, après la montée des années 80 et l’establishment Rap des 90, partagé en deux styles : N.Y.plus dur et cassant L.A. entortillé de Moog Gangsta, voici venir le Sud méprisé et bouseux (Atlanta ?), qui sera la déchirure de demain, si les grands frères lui laissent une chance ?

Cette planète ghetto, qui a trouvé son rythme et quelques paroliers doués, des poètes inspirés et des producteurs éclairés, tous pris dans un corset R n B de base, a su intégrer des cas uniques (Eminem, Rakim…), quelques filles condamnées à l’auto-caricature (Foxy Brown, Lil Kim…) et des capitalistes grand teint (50 Cent, Jay-Z…)

À force de fusions, d’influences, de travail et de lissage, le Rap prend le chemin d’une Pop Black, starisée à l’extrême, exactement comme dans les années 60, quand la Soul se maria au Rock et au Jerk.

Jean Rouzaud
Nova Planet 25 avril 2017

- Le rap new-yorkais en 100 albums

De la fièvre des premières blocks parties du Bronx à la fin des années 70 au succès mondial des rappeurs de la deuxième moitié des années 90, Pierre-Jean Cléraux retrace l’histoire du rap à New York, berceau du hip-hop. Interview de l’auteur de “New York State Of Mind” et sélection choisie de morceaux d’anthologie.

Grandmaster Flash, Afrika Bambaataa, Run DMC, Wu-Tang Clan, Jay-Z, Public Enemy, A Tribe Called Quest, Action Bronson, Beastie Boys : Pierre-Jean Cléraux remonte le fil de l’histoire du rap new-yorkais en 100 albums emblématiques dans son ouvrage New York State Of Mind – Une anthologie du rap new-yorkais, qui vient de paraître chez l’éditeur Le Mot et le Reste.

Blogueur et historien de formation, Pierre-Jean Cléraux est passionné par la musique sous toutes ses formes et plus particulièrement de rap depuis la fin des années 90. Il revient avec nous sur les raisons qui l’ont conduites à écrire cet ouvrage et plonge dans l’histoire du rap new-yorkais. Une interview à lire en musique en découvrant sa sélection musicale à la fin de cet article.

POURQUOI AVOIR ÉCRIT UN OUVRAGE SUR LE RAP NEW-YORKAIS ?

Tout simplement parce que c’est le style de rap que j’aime le plus et que j’ai le plus écouté. C’est via le rap new-yorkais que j’ai découvert le rap avec des groupes comme Public Enemy, le Wu-Tang Clan, De La Soul. Au départ, mon idée était d’écrire sur le rap new-yorkais des années 90 car c’est celui-là qui m’a bercé, mais Yves (NDLR : Yves Jolivet, le fondateur et directeur des éditions Le Mot et le Reste) voulait élargir la période. Nous avons donc convenu de partir sur quelque chose de plus synthétique sur l’histoire du rap new-yorkais à travers des albums importants, aussi bien pour leurs qualités artistiques que pour leur impact historique. C’est vraiment passionnant et incroyablement diversifié. Aux éditions Le Mot et Le Reste, ce sujet n’avait pas encore été évoqué en détails, c’est ce que je leur ai proposé de faire.

QUELLE IMPORTANCE A LA SCÈNE NEW-YORKAISE DANS L’HISTOIRE DU RAP ?

Son importance est capitale. D’un point de vue historique tout d’abord parce que le rap est né à New-York et plus précisément dans le Bronx. C’est là que tout a commencé. Donc, par essence, le rap est new-yorkais.

C’est justement ce rap qui a influencé les autres scènes aux Etats-Unis mais aussi en Europe, notamment en France. C’est la scène rap new-yorkaise qui a véhiculé toute l’imagerie hip-hop avec le break, le graff et son métro défoncé. C’est aussi elle qui a fourni les premiers contingents de rappeurs célèbres comme Run DMC, les Beastie Boys, LL Cool J, Public Enemy et puis les grandes stars du rap comme Notorious B.I.G., Jay-Z, Nas avec un mélange des genres entre rappeur et entrepreneur comme Puff Daddy, 50 Cent pour ne citer que les exemples les plus connus. Cette double casquette de MC et d’homme d’affaires n’est pas forcément propre à New York mais, dans une ville qui symbolise la puissance de l’argent, l’évocation est d’autant plus forte. Ce n’est pas pour rien que New York est surnommé La Mecque du hip-hop.

TON OUVRAGE EXPLORE CHRONOLOGIQUEMENT L’HISTOIRE DU RAP NEW-YORKAIS EN 100 ALBUMS. COMMENT LE RAP NEW-YORKAIS A-T-IL ÉVOLUÉ AU FIL DES ANNÉES ? QU’EST-CE QUI LE DISTINGUE, LE REND CARACTÉRISTIQUE ?

A New York dans les années 70, le mouvement hip-hop et en particulier le rap a permis de passer de la culture de la violence à une nouvelle forme de culture, beaucoup plus positive et créative mais qui a su conserver l’état d’esprit de rivalité issu de la culture des gangs. C’est exactement ce qu’a fait Afrika Bambaataa avec la Zulu Nation. Détourner la violence vers quelque chose de plus sain. Ceci n’a bien sûr pas anéanti la violence dans les quartiers pauvres du Bronx ou de Harlem, mais un mouvement a pris forme avec ses codes issus de la rue et ses propres références.

De manière très schématique, si on grossit le trait, le rap new-yorkais a beaucoup évolué dans le temps. Les années 80 et 90 ont été une période extrêmement faste pour le rap à New York. C’est là qu’il s’est construit puis affirmé en tant qu’art et industrie mais aussi en tant que vecteur d’un discours politique basé sur les valeurs pro-noires.

A partir de la fin des années 90, le rap parvient à sa maturité commerciale ce qui entraîne aussi beaucoup de dérives musicales. L’époque est à la réussite, favorise le matérialisme à l’écran, ce qui pousse la vague indé à se développer. Les années 2000, malgré les succès de Jay-Z et du G-Unit, le rap new-yorkais doit faire fasse aux influences venues du Sud des Etats-Unis et qui, malgré quelques résistances, a littéralement gagné la ville et presque lissé le son aujourd’hui.

La scène new-yorkaise est aussi importante de part son style. Dans les années 90, le rap new-yorkais est arrivé avec quelque chose de mûr, notamment grâce à la culture du sample et grâce ou à cause des moyens techniques mis à disposition (sampleurs, boîtes à rythmes, etc.). C’est aussi la grande époque des studios d’enregistrement. Le son venu de New York possède alors une couleur, une texture volontairement poisseuse que l’on recherche absolument et qui est l’exact opposé du son gangsta venu de la côte Ouest.

Il y a aussi toute une école de la rime et du flow symbolisée par des rappeurs du cru comme Rakim, Kool G Rap, Big Daddy Kane, KRS One, O.C., Nas, Biggie, Jay-Z, Big L, Big Pun. Le rap new yorkais possède son propre panthéon de lyricistes légendaires. Et puis, il y a cette diversité absolument géniale. Si on creuse bien il n’y a pas un rap new-yorkais mais une multitude de styles : Public Enemy n’est pas le X-Clan, Mobb Deep n’est pas le D.I.T.C., le Boogie Down n’est pas le Juice Crew. Même encore aujourd’hui, il y a ceux qui ne cachent pas leur influences sudistes (A$AP Rocky, The Underarchievers) et ceux qui restent fidèles à un son plus traditionnel (Roc Marciano, Joey Badass). Actuellement, l’identité rap new-yorkaise est totalement éclatée, presque noyée dans le lissage qu’a imposé le son du Sud devenu une norme.

QUAND EST POUR TOI « L’ÂGE D’OR » DU RAP NEW-YORKAIS ?

Question difficile ! Il y a eu beaucoup d’interprétations de ce fameux Golden Age. Certains, comme le journaliste Paul Edwards, le situent entre 1986 et 1994, voire 1996. D’autres le font commencer à partir de 1992 et le font terminer en 1998. Pour ma part, un âge d’or correspond à une période donnée où tous les marqueurs sont arrivés à leur plus haut niveau de maturité et finissent par converger, c’est-à-dire entre 1993 et 1996 voire 1997. Entre ces dates, le rap new-yorkais a vécu une révolution musicale et commerciale avec l’arrivée du Wu-Tang Clan qui a reconfiguré l’approche du rap et de son business et c’est une période qui voit arriver aussi les têtes de gondole comme Biggie, Jay-Z, Nas. Tout le monde doit donc se mettre à niveau d’un point de vue artistique. C’est la grande époque des studios avec le travail de grands ingénieurs du son. L’industrie se met aussi en place, les clips tournent en boucle à la télévision, les publicitaires s’emparent de l’image des rappeurs pour vendre, on commercialise des produits dérivés, etc. A cette époque, le rap new-yorkais possède un style très identifiable, à tel point que l’on parlera de rap East Coast par opposition à la West Coast. Certains groupes, même à l’Ouest, se réclament de cette influence comme Souls Of Mischief, The Nonce, Freestyle Fellowship, The Pharcyde…

AUJOURD’HUI, DANS LES ANNÉES 2010, AS-TU L’IMPRESSION QUE LE RAP NEW-YORKAIS A TOUJOURS UNE PLACE AUSSI CENTRALE QU’AUX DÉBUTS DU RAP ?

Aujourd’hui, avec l’éclatement des scènes aux Etats-Unis, notamment à cause de l’influence sudiste qui est dominante depuis presque quinze ans, le développement de la musique sur internet qui a délocalisé le rap de son terrain originel, le rap new-yorkais peine à trouver sa place. Il a clairement été déclassé par rapport aux années 80–90. C’est en partie dû au fait qu’il a pendant longtemps reposé sur ses acquis. Les vétérans des années 90 ont voulu conserver cette aura en surfant sur le succès de leurs classiques, mais les nouvelles générations vont très vite et s’adaptent rapidement. Pour survivre, le rap new-yorkais peut se réinventer tout en restant fidèle à sa tradition. C’est le cas des Action Bronson, Joey Badass, Roc Marciano, WestSide Gunn… ou en multipliant les projets collaboratifs qui associent un artiste new-yorkais à un artiste d’une autre scène, comme El-P et Killer Mike dans le cadre de leur duo Run The Jewels. Mais le rap new-yorkais reste pour tout amateur de rap qui se respecte comme une référence, un phare dans la nuit. Il est au rap ce que la Bourgogne est au vin.

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indie-guides.com 19 avril 2017
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