Parution : 24/05/2018
ISBN : 9782360545179
304 pages (14,8 X 21 cm)

Move On Up

La soul en 100 disques

Au-delà de l’habituelle opposition Stax/Motown, Nicolas Rogès propose une définition de la soul à travers un prisme bien plus large qui fait honneur à la richesse du genre.
Mêlant amour, douleur, militantisme et espoir – parfois au sein d’une même chanson – la soul échappe à tout cloisonnement. Après avoir replacé le genre dans le contexte socio-politique et musical dans lequel il s’est développé, Nicolas Rogès prend le parti de dresser en cent disques le parcours d’une musique sans frontières, reflet de l’Amérique des années cinquante jusqu’à nos jours, et de mettre en évidence les rapports qu’elle entretient avec la ségrégation, les migrations géographiques, la religion et l’argent. De Memphis à Detroit, et de Muscle Shoals à Chicago, elle a pris des formes différentes, mais sa base est restée identique : une recherche permanente de l’émotion. Aux côtés des voix d’Otis Redding, Aretha Franklin, James Brown ou Curtis Mayfield, des artistes plus méconnus comme Geater Davis, O.V. Wright, Sam Dees ou Bettye Swann écrivent l’histoire d’une musique libre, chantée par des hommes et des femmes plus grands que nature.

Revue de presse

- "Superstition", l'allégresse de Stevie Wonder Rebecca Manzoni France Inter // Pop & Co 12 octobre 2018
- Pour prendre conscience du talent d'Aretha Franklin, il faut écouter «One Step Ahead» Brice Miclet Slate 17 août 2018
- Aretha Franklin. « Respect », droits civiques… La reine de la soul était une artiste engagée Brice Miclet Ouest-France 16 août 2018
- La légende américaine de la chanson Aretha Franklin est morte à l'âge de 76 ans Brice Miclet France Info 16 août 2018
- Durant toute sa carrière, Aretha Franklin n'aura jamais renié ses racines Gospel Brice Miclet Konbini 18 août 2018
- La bibliothèque bleue - MOVE ON UP LA SOUL EN 100 DISQUES Frédéric Adrian Soul Bag numéro 231 Été 2018
- EASY RIDER N°1381 Olivier Valério PFM 99.9 // Easy Rider 10 juin
- Interview avec Nicolas Rogès France Bleu Isère 24 mai 2018
- Move on up A propos du livre de Nicolas Rogès sur la soul Pierrick Dujardin Silence is sexy 2 juin 2018

- "Superstition", l'allégresse de Stevie Wonder

Rebecca Manzoni décortique le tube de Stevie Wonder et en profite pour parler de l’anthologie de Nicolas Rogès.

“Dans un excellent livre intitulé Move On Up – La soul en 100 disques, Nicolas Rogès explique qu’en 1972, au moment où Stevie Wonder publie cette chanson, la musique soul est en plein désenchantement. L’assassinat de Martin Luther King en 1968 a floué les espoirs nés de la lutte pour les droits civiques et les thèmes du ghetto, de la drogue, du chômage qui enferment les Afro-américains envahissent les disques, signés Marvin Gaye ou Curtis Mayfield.”

C’est ICI que ça se passe, sur le site de France Inter

Rebecca Manzoni
France Inter // Pop & Co 12 octobre 2018

- Pour prendre conscience du talent d'Aretha Franklin, il faut écouter «One Step Ahead»

Depuis l’annonce de sa mort, les tubes de la chanteuse tournent en boucle. Superbes, certes, mais pas autant que «One Step Ahead», chanson qui résume parfaitement cette facette intimiste moins connue de la reine de la soul.

On pourra dire ce que l’on veut. Oui, Aretha Franklin savait ensorceler les foules, les faire danser. Oui, elle était une artiste militante, proche de Martin Luther King, à l’enterrement duquel elle a chanté en 1968. Oui, ses tubes Respect, Think, (You Make Me Feel Like A) Natural Woman ou encore Chain Of Fools sont ceux qui resteront avant tout dans les mémoires. De magnifiques titres, d’ailleurs. Mais peut-être qu’au-delà de tout cela, ou plutôt avant tout cela, ce qui reste le plus marquant chez la Reine de la soul, ce sont ses ballades, notamment celles de son début de carrière. Et parmi les nombreuses chansons de ce type qu’on trouve dans sa discographie, One Step Ahead reste très certainement la plus belle d’entre toutes.

Le calme avant la tempête

Ici, pas de rugissement, peu de gospel, pas d’arrangement mirobolant. C’est la simplicité qui prime. Mais attention, avec Aretha Franklin, la simplicité n’est déjà plus à la portée des autres chanteuses. Elle joue dans une autre catégorie, celle des Diana Ross, des Etta James ou des Nina Simone. Celles qui savent allier technique vocale et émotion à la perfection. One Step Ahead, écrite par Eddie Snyder et Charles Singleton, n’est pas accessible au commun des mortels, alors que la chanteuse ne force même pas. C’est ça, une grande interprète.

Lorsqu’Aretha Franklin sort ce single en 1966, cela fait dix ans qu’elle est signée par la maison de disques Columbia. L’année suivante, elle passera chez Atlantic, et sortira son album phare, I Never Loved A Man The Way I Love You, sur lequel figure, entre autres, l’hymne féministe Respect. «Le passage d’Aretha Franklin de Columbia vers Atlantic, donc de New York jusqu’aux studios sudistes du Muscle Shoals, c’est le symbole d’un changement dans la soul, explique Nicolas Rogès, auteur du livre Move On Up, La soul en 100 disques (Le Mot et le Reste, 2018). Les producteurs, notamment Jerry Wexler à Atlantic, se sont dit qu’il y avait une nouvelle forme de soul qui se développait dans le Sud, plus brute, plus proche de ce que les Noirs américains voulaient écouter. C’était l’époque de Martin Luther King, de Malcom X etc. La côté ballade d’Aretha Franklin se situe plutôt avant, du côté de sa carrière chez Columbia.»

La palette d’émotions

Justement, avant, c’est One Step Ahead. Il y a une émotion dingue dans ce morceau. Une simplicité qui, lorsqu’elle est alliée à une composition bien sentie, provoque immédiatement un potentiel tube. Pourtant, la chanson commence fort, avec des orchestrations de cordes lancinantes, basse, batterie, deux guitares, et ce qui semble être un Rhodes Fender bien planqué. À l’époque, Aretha Franklin a 24 ans, et dès qu’elle prend la parole, qu’elle entonne le premier couplet, cette dualité si particulière retentit. Les deux premiers mots, «I’m only», sonnent presque enfantins. Mais dès qu’elle dit «one step», la grande fille est lâchée. Celle qui a eu son premier enfant à l’âge de 13 ans, qui démarre sa carrière dans la foulée, qui aura un second fils à l’âge de 14 ans, celle dont le père, star du gospel, a aussi su manier la dualité entre païen et sacré, entre bigotisme et furie profane. Ces deux mots, c’est la chanteuse de ballades qui est en train d’exploser.

Très vite, elle redevient sensuelle en chantant «ahead of heartbreak» (face au chagrin d’amour), puis malicieuse sur «one step ahead of misery» (une longueur d’avance sur le malheur). Ensuite, elle laisse sa voix éclater un peu plus: «one step is all I have to take backwards» (un pas, c’est tout ce que je dois faire, en arrière). Et redevient lancinante: «to be the same old fool for you I used to be» (pour être la même idiote que j’ai été pour toi). Elle n’a pas prononcé quatre phrases que la palette d’émotions est déjà plus large que celle de n’importe quelle bimbo tentant de rentabiliser sa voix correcte.

S’il y a un instrument qui se détache de ce titre, c’est la guitare. Sur les couplets, elle effectue ce que l’on appelle des cocottes, c’est-à-dire de petites notes étouffées, entre rythmique et mélodie. Elle donne à One Step Ahead un groove léger, une couleur discrète. Une technique très utilisée par les guitaristes soul de l’époque (sur consigne des producteurs, bien évidemment), particulièrement efficace lorsqu’elle est mobilisée avec des orchestrations de cordes massives et omniprésentes. Ces cocottes symbolisent la séparation entre l’orchestre et le groupe guitare-basse-batterie, de manière à ce que les cordes ne soient plus considérées que comme un seul instrument, au même titre que les autres.

L’amour addictif et immuable

One Step Ahead, c’est aussi une structure. Nous ne sommes pas ici dans un classique couplet-couplet-refrain-couplet-refrain-couplet-refrain-refrain, ou A/A/B/A/B/A/B/B. Il y a deux couplets, puis un pont, puis un couplet. La chanson est courte, mais surtout, ce choix permet une chose primordiale: faire en sorte que ce pont soit un instant unique, qu’il raconte quelque chose qui relève de l’instant présent.

Quand Aretha Franklin chante «Your warm breath on my shoulder / Keeps reminding me / That it’s too soon to forget you / It’s too late to be free, can’t you see » (Ton souffle chaud sur mon épaule / Ne cesse de me rapeler / Qu’il est trop tôt pour t’oublier / Il est trop tard pour être libre, ne le vois-tu pas), elle se souvient d’un sentiment précis, qui la fait enfin sortir de sa retenue romantique.

Mais dès les derniers mots de ce fameux pont, elle redescend, accompagnée des cordes, pour lancer le dernier couplet. Comme si elle avait retrouvé ses esprits après s’être égarée dans des souvenirs sensuels et douloureux. À la fin du morceau, elle chante «cause one step ahead is a step too far away from you» (car un pas de plus et je serai trop loin de toi) . Elle le répète, en boucle, comme si ce constat d’amour addictif était immuable, allait la suivre toute sa vie, même en dehors de ses disques. C’est fort.

[…]

L’intégralité de l’article est disponible sur Slate

Brice Miclet
Slate 17 août 2018

- Aretha Franklin. « Respect », droits civiques… La reine de la soul était une artiste engagée

Décédée à l’âge de 76 ans, Aretha Franklin a, très tôt dans sa carrière, imposé un discours engagé à sa discographie. Avec notamment le titre Respect, considéré comme son plus grand tube, elle s’est faite tantôt féministe, voix de la lutte pour les droits civiques, ou proche de Martin Luther King.

Il n’y avait qu’une seule reine de la soul. Aretha Franklin s’est éteinte à l’âge de 76 ans des suites d’un cancer du pancréas contre lequel elle se battait depuis 2010. À son actif, une ribambelle de tubes tels que I Say A Little Prayer, Think, (You Make Me Feel Like A) Natural Woman… Mais une de ses chansons a encore plus marqué à jamais l’histoire de la musique américaine : Respect.

Une chanteuse avant-gardiste

C’est le titre qui l’a révélée au grand public. Sorti en 1967 sur son album I Never Loved A Man The Way I Love You, c’est un hymne féministe très avant-gardiste. Pourtant, ce que le public ignore bien souvent, c’est qu’il s’agit d’une reprise d’une chanson d’Otis Redding datant de 1965.

« La version d’Otis Redding, c’était presque une chanson machiste, explique Nicolas Rogès, auteur de Move On Up, La soul en 100 disques (Le Mot et le Reste, 2018). Le fait qu’Aretha Franklin reprenne ce thème-là était assez osé pour l’époque. Déjà, il était rare que les chanteuses de soul aient autant de succès que celui qu’elle a connu avec I Never Loved A Man. Et c’était d’autant plus rare qu’elle prenne position en disant : “Je suis une femme forte, je m’impose, je tape des poings sur la table, et je demande aussi le respect quand je rentre à la maison”. Ça a fait basculer sa carrière vers des hauteurs incroyables. »

On dit bien souvent que la soul music a commencé à devenir militante après 1970, sous l’impulsion de chanteurs tels que Marvin Gaye ou Curtis Mayfield. Mais les choses sont un peu plus complexes. Aretha Franklin en est la preuve.

Son père, le révérend Franklin, était pasteur mais aussi une grande star du gospel – grâce à cette généalogie, elle enregistre ses premières chansons dès ses 14 ans.
« Le gospel était un monde assez fermé, confidentiel, continue Nicolas Rogès. Il était le premier à avoir des super costumes, des super bagnoles, de superbes filles… La communauté gospel l’a d’ailleurs beaucoup critiqué pour cela. Aretha Franklin est née dans cet univers qui ne faisait pas la distinction entre la musique profane incarnée par le rhythm and blues, et la musique gospel plus religieuse. Son père était proche de Martin Luther King, ça l’a aussi beaucoup marquée. »

Toucher le public blanc en restant militante

Si Respect est une chanson qui laisse transpirer la détermination d’Aretha Franklin, ça n’est pas tout à fait le cas de l’album I Never Loved A Man The Way I Love You, encore très largement dominé par les chansons d’amour.
Ça n’est que quelque temps plus tard qu’elle se mettra à interpréter des titres militants tels que Spanish Harlem, Border Song ou encore Chain Of Fools, qui est une chanson frontale dans la lutte contre la guerre du Vietnam. « J’aime dire que même si les chanteurs de soul ne sont pas toujours très engagés, leur symbole, ce qu’ils représentent est déjà quelque chose d’énorme », ajoute Nicolas Rogès.

Dès 1968, Aretha Franklin fait hommage à l’amitié de son père en chantant lors de l’enterrement de Martin Luther King. Elle se rapproche progressivement des thèmes afrocentristes, comme a pu le faire Nina Simone avant elle. Mais son véritable tour de force, c’est de réussir, dans le même temps, à conquérir massivement le public blanc.
Nicolas Rogès le confirme : « Il faut savoir que lorsqu’un album se vendait à des millions d’exemplaires, comme ce fut le cas pour I Nover Loved A Man The Way I Love You, par exemple, c’est qu’il touchait le public blanc. Elle a réussi à toucher les deux publics, elle l’a fait plus que n’importe quel autre artiste à cette époque. »

Le comédien Dick Gregory aura cette phrase : « Vous entendiez Aretha trois ou quatre fois par heure. On n’entendait Martin Luther King que dans les informations. » Preuve de l’impact que pouvait avoir cet artiste sur un public noir de plus en plus consommateur de musique, et de plus en plus investi dans la lutte pour les droits civiques. Par son aura et sa notoriété, elle a contribué à l’émancipation de sa communauté. Rares sont les artistes pouvant en dire autant.

Lisez l’article sur le site de Ouest-France

Brice Miclet
Ouest-France 16 août 2018

- La légende américaine de la chanson Aretha Franklin est morte à l'âge de 76 ans

La “reine de la soul” s’est éteinte. Aretha Franklin est morte jeudi 16 août dans la matinée, dans sa maison de Detroit (Michigan, Etats-Unis), a annoncé son agent à Associated Press (en anglais). La chanteuse américaine, “gravement malade”, était âgée de 76 ans. L’interprète de Think et Respect souffrait d’un cancer du pancréas depuis 2010. Elle avait annoncé la fin de sa carrière en 2017.

“Nous ne pouvons pas trouver les mots pour exprimer notre douleur, ont réagi ses proches dans un communiqué. Nous avons perdu notre matriarche et le pilier de notre famille.” De nombreux fans et célébrités avaient adressé des messages de soutien à la chanteuse, après l’annonce de la détérioration de son état de santé. “Nous avons ressenti votre amour pour Aretha et nous sommes réconfortés par l’idée que son œuvre va perdurer.”

Une autodidacte du piano

La carrière d’Aretha Franklin a marqué l’histoire de la musique. “Lady soul”, comme elle était surnommée, a vendu 75 millions de disques, obtenu 18 Grammy Awards (pour 44 nominations) et accumulé 25 disques d’or. Autrice-compositrice et pianiste, née en 1942 à Memphis (Tennessee), elle incarnait aussi bien la soul music du sud des Etats-Unis que le gospel, le funk, le rhythm & blues et le jazz.

Enfant, elle apprend seule le piano et chante dans l’église de son père, pasteur et militant des droits civiques. A l’âge de 14 ans, elle signe chez Columbia Records, mais ne connaît véritablement la gloire qu’avec son premier album pour Atlantic en 1967, I Never Loved a Man (The Way I Love You). “Si une chanson parle de quelque chose que j’ai vécu ou qui aurait pu m’arriver, c’est bien, racontait la chanteuse au magazine Time en 1968. Mais si elle m’est étrangère, je ne pourrai rien lui prêter. Parce que c’est ça la soul, juste vivre et réussir à se débrouiller.”

Les tubes s’enchaînent : Baby I Love You, (You Make Me Feel) Like a Natural Woman, Chain of Fools et surtout Respect, adoubée cinquième meilleure chanson de tous les temps par le magazine Rolling Stone. Respect est devenu l’un des hymnes des mouvements pour l’égalité des Noirs et des femmes dans les années 1960. Ce tube composé par Otis Redding lui offrira en 1967 ses deux premiers Grammy Awards. “Elle a complètement réinterprété et réarrangé cette chanson à sa sauce en le transformant en hymne féministe”, explique Nicolas Rogès, auteur du livre Move On Up : la soul en 100 disques.

Proche de Martin Luther King

Dans les années 1960, Aretha Franklin s’engage dans le mouvement des droits civiques. “C’était un symbole pour la communauté noire américaine, poursuit Nicolas Rogès. Elle était très proche de Martin Luther King, elle a même chanté à son enterrement [en 1968]. Elle incarnait la dimension de la soul qui n’était pas uniquement une musique mais aussi un symbole pour la communauté afro-américaine.”

Elle enchaîne les albums à succès comme Jump to it en 1982 ou Get it Right en 1983. Mais sa vie personnelle est plus difficile. “J’ai appris beaucoup de choses à la dure”, confiera-t-elle. Sa mère, qui avait quitté le foyer quatre ans plus tôt, meurt lorsqu’elle a 10 ans, et elle-même accouche de son premier fils à l’âge de 13 ans. Ses deux mariages sont des échecs et elle connaît des problèmes d’alcoolisme. Son père, victime des balles d’un cambrioleur en 1979, tombe dans le coma et meurt plusieurs années plus tard.

En 2005, elle reçoit du président George W. Bush la médaille de la Liberté, la plus haute distinction américaine pour un civil. Elle chante pour l’investiture de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis, impériale sous un chapeau gris, lors d’une cérémonie chargée d’émotion, en janvier 2009.

“Une influence majeure sur des générations”

”À la manière de Ray Charles ou de Sam Cooke, qui faisaient partie de ses idoles, elle a emmené la soul dans une autre dimension à partir de la fin des années 60”, a estimé sur franceinfo Nicolas Teurnier, rédacteur en chef de Soul Bag. Il évoque notamment “une influence majeure sur des générations d’artistes qui s’en réclament encore aujourd’hui”. “Elle a vraiment marqué à jamais l’histoire de la musique au sens large. Ce n’est pas la peine de la limiter à l’étiquette soul, ça dépasse largement toutes les étiquettes”, a-t-il commenté.

L’artiste, à qui un cancer avait été diagnostiqué en 2010, recevait depuis plus d’une semaine des soins palliatifs à son domicile de Detroit. Les détails concernant l’organisation de ses obsèques seront communiqués dans les prochains jours.

Lire l’article sur le site de France Info

Brice Miclet
France Info 16 août 2018

- Durant toute sa carrière, Aretha Franklin n'aura jamais renié ses racines Gospel

Elle peut avoir chanté des ballades soul, des sons disco et embrassé les sonorités nu-jack, Aretha Franklin a su rester fidèle à ses racines gospel. Un fil d’Ariane qui lui permettait de retrouver son public peu importe les tendances et peu importent ses errements musicaux.

Que retenir d’Aretha Franklin en priorité ? Ses tubes tels que “Respect” ou “Think” ? Son engagement pour les causes afro-centristes ? Ses ballades envoûtantes ? Peut-être que tout cela se résume en une chose : sa voix. C’est elle qui porte toute sa personne, qui est reconnaissable entre mille, qui donne à la discographie de la chanteuse décédée jeudi à l’âge de 76 ans une cohérence, une constance. Qu’elle officie sur de la soul type Motown ou plus sudiste, sur du disco ou sur des morceaux tirant sur le r’n’b plus nu-jack, sa voix n’a pas changé. C’est le fil rouge de sa carrière, ce qui la rattachera toujours à ses racines, même sur des albums très produits comme ceux qu’elle a pu sortir durant les années 1990–2000. La voix d’Aretha Franklin est un repère, et ce qui la définit le mieux se résume en un mot : gospel.

Fille d’une star du gospel
Le gospel, c’est la base musicale d’Aretha Franklin. Elle fait partie de ces artistes soul qui ont tout appris de cette musique, comme Curtis Mayfield ou Donny Hathaway. D’autres, comme Minnie Riperton ou Diana Ross, en proviennent, mais ont perdu cette filiation (ça n’est pas un jugement de valeur). Ceux qui sont de la catégorie d’Aretha Franklin sont restés extrêmement attachés au gospel, y reviendront à de nombreuses reprises durant leur carrière. Il faut dire que la Reine de la Soul a baigné dedans, et pas qu’un peu.

Son père, le révérend Franklin, n’était pas n’importe qui :

“C’était une superstar du gospel, raconte Nicolas Rogès, auteur du livre Move On Up, La soul en 100 disques (Le Mot et le Reste, 2018). Il était du genre à aimer les belles voitures, les belles femmes, les beaux costumes… Cela pouvait être assez mal vu dans le milieu, puisque c’est une musique religieuse. Il était de ceux qui transgressaient, qui transformaient la musique sacrée en musique profane. Aretha Franklin a grandi là-dedans, casser les codes et les conventions ne lui faisait pas peur.”

Le passage déterminant de Columbia à Atlantic

Les dix premières années de sa carrière, passées chez la maison de disques Columbia, sont celles qui la verront embrasser les ballades soul et les chansons parfois plus radiophoniques, plus dans les clous. Avec de superbes réussites, d’ailleurs. Mais c’est passant chez Atlantic que le gospel fait son grand retour dans sa discographie. Lorsque les arrangements sont plus massifs, les chœurs plus grandiloquents, il transpire. Car en quittant Atlantic, elle part enregistrer dans les mythiques studios de Muscle Shoals, en Alabama. Difficile de faire plus gospel comme destination.

“Le truc avec cette chanteuse, c’est qu’elle a une putain de voix, ajoute Nicolas Rogès. Tu peux la mettre sur des arrangements soul, disco ou nu-jack, elle reste là, point. Elle a un timbre très gospel, ça ne part pas. Dans n’importe lequel de ses albums, on a l’impression d’entendre un peu de gospel, c’est obligatoire. Al Green, c’était un peu la même chose. Les chanteurs de soul sudiste se distinguaient certes par des arrangements différents de ceux de la Motown de Detroit, mais aussi par leurs voix plus rauques, plus brutes. Ça donne des frissons, c’est assez peu descriptible. C’est aussi ça la soul.”

[…]

Lisez l’intégralité de l’hommage à Aretha Franklin sur Konbini

Brice Miclet
Konbini 18 août 2018

- La bibliothèque bleue - MOVE ON UP LA SOUL EN 100 DISQUES

Ludique et pédagogique, l’exercice de la “discothèque idéale”, auquel se prête régulièrement Soul Bag, est très populaire en ce moment. Après Olivier Cachin, Christian Eudeline et quelques autres, c’est au tour de Nicolas Rogès de présenter sa sélection.
Après une synthèse stimulante de l’histoire du genre – dont il exclut, sans trop le justifier, le disco et le funk –, chacun des albums choisis fait l’objet d’une présentation en deux pages, reprenant la pochett de l’album mais sans détails discographiques (pas même l’identité du producteur, pourtant un des éléments cruciaux de l’histoire de la soul), dans laquelle l’auteur situe chaque disque tant au regard de la carrière de l’artiste que du contexte socio-politique. Le choix de centrer le projet sur les albums a évidemment un impact sur la représentativité de la sélection, en limitant la place des scènes ayant privilégié le format 45-tours, comme celle de La Nouvelle-Orléans, mais le résultat, tout en reflétant évidemment les goûts personnels de l’auteur – visiblement peu sensible, par exemple, au son soul des années 1980, à peine esquissé – est convaincant, mêlant les classiques évidents et obscurités relatives bien choisies (Sam Dees, Larry Saunders, Doris Duke…). La limite quantitative impose bien sûr quelques impasses – Ben E. King ou Percy Sledge sont renvoyés aux disques “également conseillés” en bas de page – mais a le mérite d’ouvrir le débat, et l’ensemble s’avère cohérent. L’inclusion d’inédits posthumes et de compilations tardives à leur date de publication a pour effet de rompre de façon un peu artificielle la chronologie, mais le tout se lit avec plaisir, aussi bien dans la continuité qu’en picorant au fil de l’inspiration, et donne envie de se replonger dans les enregistrements évoqués.

Frédéric Adrian
Soul Bag numéro 231 Été 2018

- EASY RIDER N°1381
Pour écouter l’émission radio Easy Rider autour du livre de la semaine MOVE ON UP – La soul en 100 disques cliquez ici
Olivier Valério
PFM 99.9 // Easy Rider 10 juin

- Interview avec Nicolas Rogès

Nicolas Rogès invité de France Bleu Isère pour la chronique Mieux vaut Star que jamais !

Pour (ré)écouter l’interview CLIQUEZ ICI

France Bleu Isère 24 mai 2018

- Move on up A propos du livre de Nicolas Rogès sur la soul

Bien qu’elle soit populaire et incontournable encore aujourd’hui, rares sont ceux qui sont capables de fournir une définition précise de la soul. Paradoxe surprenant. Partant de cet écueil, Nicolas Rogès, rédacteur entre autres pour Soul Bag, mène dans son premier livre une étude passionnante sur cette musique passée dans les moeurs, de ses évolutions et de sa place au sein de l’Amérique qui l’a vu naître. Publié aux éditions Le Mot et le Reste, cet ouvrage témoigne à la fois d’un excellent travail de recherche et d’une passion que l’auteur souhaite, et parvient, à partager.

La première partie constitue une introduction sur ce style en apparence indéfinissable car fondamentalement crossover. Bien que la soul telle qu’on l’entend soit indissociable de son héritage blues, gospel et même doo-wop, l’auteur voit cette musique comme fortement empreinte de rhythm & blues. Il la considère même comme une étiquette permettant à la musique noire des années 1960 de se détacher du rock et de s’affirmer au sein du paysage culturel de l’époque.

La soul est de fait une sous-branche du rythm & blues tournée davantage vers le gospel, et dont le caractère populaire, la richesse d’instrumentation et l’importance du chant en constituent l’attrait. Toutefois, Rogès y décèle également une véritable manière de vivre, un moyen de revendication et d’ascension sociale pour un peuple noir confronté à la ségrégation raciale. L’auteur revient sur les étapes charnières du genre, telles que sa promotion et sa définition sonore, grâce aux labels Atlantic, Motown, Stax ou encore Philadelphia International ; le rôle de certains acteurs et artistes clés dans sa popularisation ; l’importance majeure de cette musique dans les tensions raciales de l’époque ou encore son influence dans l’évolution de musiques actuelles comme le hip-hop.

Les habitués de l’éditeur marseillais retrouveront dans la seconde partie une sélection laissant place à une centaine d’albums jugés incontournables, tant pour leur popularité que pour leur impact dans l’histoire de la soul. James Brown côtoie des artistes plus méconnus à l’instar de John Robinson, le tout agrémenté d’anecdotes et d’éléments chronologiques permettant de contenter néophytes et initiés. L’auteur y déploie sa belle plume de chroniqueur pour rendre compte de la puissance d’opus parfois oubliés, toujours estimés.

Move on Up retrace donc l’évolution d’une musique en lien direct avec son contexte. La soul et ses acteurs ont connu une histoire exceptionnelle : entre attitude provocante et influence gospel, volonté d’être accepté par le public blanc et fierté d’être noir, appât du gain et quête d’une musique sublime, les contradictions sont nombreuses. Toutefois, ce qui pourrait n’être qu’une étude universitaire sans saveur laisse toujours place aux artistes et à leurs œuvres. Après tout, et comme l’affirme Rogès, la Soul reste et restera l’une des expressions les plus profondes du cœur. Bien qu’il soit difficile d’en retranscrire la richesse sur papier, cet ouvrage constitue une entrée en matière approfondie et pour le moins intéressante de ce courant musical majeur du XXème siècle.

Pour accéder à l’article sur le site Silence is sexy cliquez ICI

Pierrick Dujardin
Silence is sexy 2 juin 2018
Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Mentions légales