Parution : 23/04/2010
ISBN : 9782915378887
336 pages (14,8 x 21 cm)

26.00 €

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Albert Ayler

Témoignages sur un holy ghost

Médioni a réuni une pléiade de contributions et témoignages, par des musiciens, écrivains, chroniqueurs, photographes, musicologues, cinéastes… Impossible de citer toutes ces voix, au style et au ton contrastés, co-composant ainsi un requiem flamboyant, dont les stridences et dissonances entrent en résonance avec les investigations d’Ayler.
Fara C.- L’Humanité

Sous la direction de Franck Médioni

Le jazz abonde d’artistes maudits, mais Albert Ayler en est un exemple à l’état pur, vivant dans le rejet, l’ostracisme et le sarcasme permanent, qu’il ne fait rien pour abolir : violence du son amplifié par l’utilisation d’anches très dures et par un jeu très physique mobilisant toute la puissance du souffle et de la bouche, vibrato hypertrophié, paroxystique, héritage plus des transes des negro spirituals originels que du chant des «blues shouters ». Pas de complaisance dans ce discours, pas de recherche du joli, ni même de la beauté, sinon « convulsive ». La structure canonique de l’interprétation jazz est remplacé par une sorte de patchwork sonore truffé de citations, la bluette se résolvant en fanfare polyphonique, puis éclatant en stridences diverses.

Des contributions de Francis Marmande, Michel Le Bris, Robert Latxague, Daniel Caux, Gérard Rouy, Yves Buin, P-L. Renou, Philippe Robert, Jean-Pierre Moussaron, Jean-Louis Chautemps, Daniel Berger, Jacques Bisceglia, Christian Désagulier, Didier Levallet, François Tusques, Raphaël Imbert, Zéno Bianu, Yoyo Maeght, Franck Médioni.

Ainsi que des témoignages de Gary Peacok, Sonny Rollins, Sunny Murray, Alain Corneau, Bertrand Denzler, Bobby Few, Joëlle Léandre, Archie Shepp, David Murray, Aldo Romano, Michel Portal, François Jeanneau, David Liebman, Joe Lovano, David S. Ware, Charles Gayle, Oliver Lake, Daunik Lazro, Peter Brotzmann, Joe McPhee, Marc Ribot, Ronald Shannon Jackson, Noah Howard, Steve Lacy, Urs Leimgruber, François Corneloup, Sylvain Kassap, Louis Sclavis, Evan Parker, Cecil Taylor, Wayne Shorter.

Revue de presse

- Albert Ayler Mathias Kusnierz Citizen Jazz janvier 2011
- Albert Ayler Frédéric Bisson Les cahiers du jazz 2010
- Albert Ayler Fara C. L'Humanité 26 novembre 2010
- Albert Ayler, 40 ans après Laurent Sapir TSF Jazz 25 novembre 2010
- Albert Ayler: il y a quarante ans Jean Buzelin Site Culture Jazz septembre 2010
- Archie Shepp joue les airs d'Ayler Bruno Pfeiffer Libération.fr septembre 2010
- Albert Ayler Jacques Henric Art press septembre 2010
- Albert Ayler Bruno Pfeiffer Open mag juillet 2010
- Albert Ayler Franck Bergerot Jazzman juillet 2010
- Ici et Ayler Kalcha So jazz juin 2010
- Albert Ayler Xavier Prévost Le Bleu, la nuit... juin 2010
- Albert Ayler Paul Maugendre Blog mystere jazz juin 2010
- Albert Ayler Tsfjazz.com / Coup de projecteur 27 mai 2010
- Albert Ayler Laurent Sapir Blog de Laurent Sapir / TSF Jazz mai 2010
- Albert Ayler Guillaume Belhomme blog : Le son du grisli mai 2010
- Des Fleurs pour Albert Philippe Renaud Improjazz mai 2010

- Albert Ayler

Une chose est certaine une fois ce livre refermé : sa manière d’évoquer Albert Ayler est non seulement élégante, mais aussi pertinente.
Albert Ayler – Témoignages sur un Holy Ghost est en effet un recueil de courtes contributions (entre une ligne et plusieurs pages) réunies par Franck Médioni qui, chacune à sa manière, réfractent la figure d’Ayler.
Ici, c’est surtout la largeur des registres qui convainc : analyses musicologiques, textes plus libres, témoignages de musiciens qui ont connu Ayler ou joué avec lui dans diverses formations, ou encore de grands héritiers d’Ayler racontant comment ils l’ont découvert après sa mort, poèmes plus ou moins heureux, interventions d’écrivains et de journalistes… De fait, le livre fonctionne comme un kaléidoscope – hommage discographique, il se serait appelé Visions of Ayler. Chacun vient dire sa propre vérité sur Albert Ayler, et c’est ce parti pris de subjectivité, démultipliée par le nombre de contributions (plus de cent), qui rend cette lecture indispensable, qu’on aime Ayler, le free, le jazz, voire la musique libre tout court.

L’autre force de ce texte est qu’il réussit à réunir les contributions de tous (ou presque) ceux dont on espérait une parole sur Albert Ayler. A commencer par les grands Américains d’hier et d’aujourd’hui : Archie Shepp, qui signe la préface, mais aussi Roy Campbell, Dave Liebman, Sunny Murray, Wayne Shorter, Ken Vandermark, Sonny Rollins, Lee Konitz, Joachim Kühn, Oliver Lake, Peter Brötzmann, Steve Lacy, et j’en passe. Seuls manquent Eric Dolphy et John Coltrane, largement évoqués dans les témoignages de leurs pairs. On peut s’étonner – et regretter – qu’Anthony Braxton ne figure pas au sommaire de ce recueil, ou que certains écrits soient repris de publications anciennes – Jazz Magazine par exemple –, mais ce serait chercher la petite bête.
Certains témoignages de première importance n’émanent pas de musiciens : Bernard Stollman, fondateur du label ESP, est un des artisans qui ont contribué à faire connaître la beauté de la musique d’Ayler en son temps, quand rares étaient ceux qui parvenaient à la comprendre. L’ensemble est évidemment précieux parce qu’on y entend la voix de ceux qui ont côtoyé Ayler, parfois en aidant sa musique à naître (Gary Peacock, Henry Grimes). Mais on apprécie également l’interview faite par Daniel Caux à l’occasion des concerts de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence en juillet 1970, et deux autres textes du même auteur évoquant le mystère relatif de sa mort.
Bien sûr, le parti pris engendre quelques nécessaires baisses de régime, et toutes les contributions ne sont pas d’égale qualité. Pour le texte drôle et pertinent de Noël Akchoté, ou l’émouvant témoignage de Joe McPhee sur sa rencontre manquée avec Ayler, on trouve des choses moins bonnes : poèmes dispensables (Sylvain Kassap), visions molles (Jacques Réda), verbiage abscons (Guillaume Belhomme) ou parallèles intellectuellement peu rigoureux mais étrangement récurrents qui rapprochent Paul Celan, Mark Rothko et Ayler sous prétexte qu’ils se sont tous les trois suicidés en 1970…

A la fin, cette centaine de portraits singuliers finit par produire une image cohérente, celle d’un saxophoniste au vibrato énorme et au son d’une puissance inégalée, à la fois grand naïf et expérimentateur inlassable, peu conscient de son génie mais sûr de la vérité spirituelle qu’il avait à transmettre, engagé dans un art mystique autant que matérialiste, situé « loin de la beauté comme de la laideur » (François Jeanneau). Et, à la manière d’Ayler passant dans un même morceau par toutes les musiques possibles et toutes les étapes de l’histoire du jazz, traversant dans un même geste musical marches militaires, comptines, gospels, blues, musiques de vénerie pour aboutir à un son unique, en traversant cette mosaïque, Albert Ayler – Témoignages sur un Holy Ghost restitue une vision complète de l’artiste – à distance égale du mythe et de la réalité objective. Ceux qui voudront connaître la vie d’Ayler en auront un bon aperçu (avant de continuer, par exemple, avec Spirits Rejoice ! Albert Ayler und seine Botschaft de Peter Niklas Wilson, en allemand certes, mais qui fait autorité sur la question), ceux qui voudront rêver au mythe pourront s’en donner à cœur joie.

Citizen Jazz

Mathias Kusnierz
Citizen Jazz janvier 2011

- Albert Ayler

[...]

Médioni a fait le choix perspicace de multiplier les points de vue sur Albert Ayler, multiplier Albert Ayler lui-même en autant de témoignages fragmentaires comme des instantanés photographiques ou des vues monoculaires qui se croisent et se recoupent. Par sa forme polyphonique et rhapsodique, l’ouvrage semble rendre hommage à la musique d’Ayler : tout y est abrupt, brisé, épars, composé de morceaux inégaux comme un patchwork ou un manteau d’Arlequin ; les textes les plus hétérogènes sont brutalement juxtaposés, s’enchaînent sans transition, textes comiques et canularesques (François Tusques), poétiques (Zéno Bianu) ou tout simplement magnifiques (Jacques Réda, Yves Buin), joyaux littéraires du plus noble style de la critique du jazz. Dans cette suite, rhapsodique, des phrases reviennent de temps en temps comme des ritournelles entêtantes, par exemple la fameuse formule : « J’aimerais jouer quelque chose, comme le début de Ghosts, que les gens puissent fredonner… ».

[...]

Frédéric Bisson
Les cahiers du jazz 2010

- Albert Ayler

[...]

Quant au journaliste Franck Médioni, il convoque à la Fondation Cartier une vingtaine d’artistes (Shepp, Lubat, Réda, Portal, Léandre, etc.) en écho à son livre Albert Ayler, témoignages sur un Holy Ghost dédié au saxophoniste disparu tragiquement en 1970.

Archie Shepp, qui a signé la préface, explique comment, après avoir découvert le jeu d’Ayler, il a été « bouleversé par ce son énorme et ces sauts acrobatiques ». Médioni a réuni une pléiade de contributions et témoignages, par des musiciens, écrivains, chroniqueurs, photographes, musicologues, cinéastes… Impossible de citer toutes ces voix, au style et au ton contrastés, co-composant ainsi un requiem flamboyant, dont les stridences et dissonances entrent en résonance avec les investigations d’Ayler.
Saluons en particulier Francis Marmande, Yoyo Maeght (elle a onze ans en 1970, lors du concert du saxophoniste, aux Nuits de la Fondation Maeght), le regretté Daniel Caux (qui suscita la venue d’Ayler à la Fondation Maeght), Philippe Carles avec Jean-Louis Comolli, Amiri Baraka, Michel Le Bris, Sunny Murray, Jean-Louis Chautemps, Alain Corneau, Yves Buin, Robert Latxague, Richard Davis (« Albert Ayler fut certainement un géant dans sa musique, à la période de protestation des droits civiques. Il a fait trembler les chaînes du syndrome post-traumatique de l’esclavage »), ou encore Joëlle Léandre, trop rare femme conviée en ce livre. Ont aussi participé à cet hommage polyphonique les souffleurs Joe McPhee, Roy Campbell et le contrebassiste William Parker, qui ont gravé en 2008 à Pantin, avec le batteur Warren Smith, le fulgurant Tribute to Albert Ayler, Live at The Dynamo.
En 1967, Albert joua aux funérailles de Coltrane, selon les ultimes volontés de celui-ci.
En novembre 1970, il y a quarante ans, il se noya dans l’East River, à New York, à l’âge de trente-quatre ans.

Sa musique n’a cessé de défier les modes et codes, les grilles de l’académisme, les barbelés de la barbarie. Le cri de son saxophone hurle à la vie, à la mort, à la révolution. Entre transcendance du chaos, que le (dés)ordre dominant a cyniquement organisé, et transe libératrice, entre brutalité de ses éruptions soniques et lent embrasement lyrique, l’on entend la brûlure de l’amour.

Fara C.
L'Humanité 26 novembre 2010

- Albert Ayler, 40 ans après
TSF Jazz
Laurent Sapir
TSF Jazz 25 novembre 2010

- Albert Ayler: il y a quarante ans

[...]

Pardonnez-moi, j’ai un peu l’air de “raconter ma vie” au moment où l’on célèbre, certes très modestement, les quarante ans de la disparition d’Albert Ayler. Mais certains participants du recueil de témoignages réunis soigneusement par Franck Médioni ne font pas autre chose, et ce sont souvent les plus intéressants. À commencer par Archie Shepp dans sa préface et les contributions indispensables et documents historiques du regretté Daniel Caux (qui avait suscité les concerts de Saint-Paul-de-Vence). Suivent Alain Corneau (autre regretté), puis Michel Le Bris, Yves Buin, Jacques Bisceglia, etc. S’ajoutent des commentaires et souvenirs de musiciens proches : Bobby Few, Gary Peacock, Sunny Murray, Alan Silva, Didier Levallet… d’autres sont plus convenus, certains moins admiratifs — c’est très bien. Figurent également des réflexions, critiques et analyses de François Billard, Philippe Carles et Jean-Louis Comolli (1967), Jacques Réda, Pascal Dusapin, Martin Sarrazac… Je les cite plus ou moins dans l’ordre. Il est vrai que l’intérêt faiblit un peu lorsque qu’apparaissent les ”écrivains”, dont certains, en fait de “témoignages”, semblent plutôt profiter du prétexte pour pondre leur petit pâté, textes “poétiques” malheureusement souvent désincarnés en regard de la musique d’Ayler, lequel mettait l’Esprit dans la matière. Au total plus d’une centaine de contributions auxquelles manquent, pour ma part, celle de Marc-Édouard Nabe, auteur, il y a plus de vingt ans, du magnifique petit livre La Marseillaise (Le Dilettante), et le petit texte de Guy Villerd qui accompagne son superbe disque « Ayler Quartet » (ARFI 031), réalisé il y a dix ans (pour le 30e anniversaire).

Culture Jazz

Jean Buzelin
Site Culture Jazz septembre 2010

- Archie Shepp joue les airs d'Ayler

Ivry-sur-Seine. J’attends dans le salon de la maison d’Archie Shepp, encerclé de statues africaines. Au-dessus du piano, une photo de Duke Ellington. La menace de pluie assombrit le ciel. La pièce est pourtant claire comme une cascade, grâce à quatre immenses fenêtres. A l’étage, le saxophoniste répète. Le ténor expose le thème de Straight No Chaser, de Thelonius Monk, puis développe. Il enchaîne avec la ballade Tenderly. Le son massif, déchiré, rauque, vibrant, parfois velouté, unique, inchangé, longe des quartiers entiers de mon cœur. Les plus grandes voix du jazz habitent son style : Monk, Ellington, Charles Mingus, Charlie Parker, Cecil Taylor, et mon soliste favori de l’âge classique: Ben Webster. C’est dire si je grésille sur mes guibolles.

Je m’interroge; comment la rubrique “Ça va Jazzer” a-t-elle pu vivre deux ans sans rendre hommage à ce géant? Un problème dans les priorités, c’est sûr. Car l’échalas qui apparaît en pantalon noir et chemise bleue marine, tout sourire, qui me salue en français, humble comme un apprenti, est une personnalité de premier ordre dans le Gotha artistique mondial. Je témoigne à ce seigneur mon admiration. Il sourit. Archie Shepp, par le jeu, par les connaissances, par la puissance d’analyse, incarne et illustre l’histoire du Jazz. J’ai souhaité évoquer avec lui la mémoire du saxophoniste Albert Ayler, suicidé à New York il y a quarante ans. En effet, le critique Franck Médioni a collecté des témoignages passionnés dans un ouvrage qui vient de paraître. Un cri ininterrompu dont lui, Archie, a rédigé la préface. Nous sommes restés deux heures ensemble. Je reviendrai plus tard sur ses propos richissimes, sans doute à l’occasion de la sortie du duo avec Joachim Kühn au printemps. Comble de politesse, mon hôte s’exprimera dans notre langue pendant deux heures.

La suite

Bruno Pfeiffer
Libération.fr septembre 2010

- Albert Ayler

C’était vers le début des années 1980, j’assistais à Paris à un spectacle de la chorégraphe Karole Armitage. Le décor était du peintre américain David Salle. Connaissant et appréciant le travail de l’un et l’autre, je m’apprêtais a revivre pendant deux heures un plaisir esthétique attendu. Attendu, mais ce qui ne le fut pas, pour moi en tout cas, ce fut la musique accompagnant cette chorégraphie. Quelle musique
Sortie de nulle part. Du jazz, manifestement, mais tellement inouï! Effet immédiat sur le corps, comme une électrocution. Tremblements, chair de poule, comme j’en ai peu connu devant un spectacle d’art, ma première entrée dans Venise, peut être, la decouverte de Lascaux, mon premier face à face avec des tableaux de Barnett Newman… Un coup d’oeil sur le programme : « Musique d’Albert Ayler «. Albert Ayler venait d’entrer dans ma vie, comme on dit. Et il n’allait pas tarder d’entrer dans un de mes romans, Walkman, publie en 1988 chez Grasset. Dès le lendemain du spectacle, je me suis précipité chez un disquaire acheter tous les disques disponibles d’Albert Ayler, les publications qui lui étaient consacrées, dont les écrits du regretté Daniel Caux, qui fit beaucoup pour la connaissance du musicien en France (on lui doit le fameux concert à la Fondation Maeght de Saint Paul de Vence en juillet 1970).

C’est dire s’il faut se réjouir de la parution de cet ensemble de textes critiques (et de témoignages) consacrés à ce grand maudit du jazz, noyé dans l’East River a l’âge de trente quatre ans. Nous devons ce bel hommage un ouvrage de trois cents pages réunissant les contributions de musiciens, d’écrivains, de journalistes à Franck Medioni. Lisez, et puis réécoutez ces chefs d’œuvre que sont Holy Ghost, Spirits, Our prayer, Bells

Jacques Henric
Art press septembre 2010

- Albert Ayler
Le saxophoniste Albert Ayler revient à la mode. John Coltrane a voulu que ce soit lui qui joue « Truth is Marching in » à son enterrement. Rejeté dans les années 60, mort à 34 ans, en 1970, quelques mois après les concerts historiques de la Fondation Maeght, Ayler vibre encore. Une des rares incarnations d’artiste maudit et une réputation à la mesure de son originalité. Le jeu stupéfie à chaque note sursaturée de son saxo à vif. Écorchées, brutales, incandescentes, les notes se promènent avec une vélocité ahurissante, du grave à l’aigu. Et quel son! Témoignages et contributions ramènent au tangible cet esprit aventureux, annonceur des paroxysmes et des tremblements.
Bruno Pfeiffer
Open mag juillet 2010

- Albert Ayler
Comment nommer l’innommable? Avec Albert Ayler, c’est le pari que propose Franck Médioni à ses gracieux contributeurs. Plus que dans de précédents recueils, on y parle à la première personne. Moi et Ayler, non sans éviter le kitsch de l’extase, tantôt dans une veine poétique assez nunuche, tantôt dans la prose du tout venant journalistique (”le cri, le cri, le cri”, comme on pourrait redire de Connie Kay à longueur de pages ”discret mais efficace”... mais sous croyez que c’est facile de décrire l’innommable ?!) Reste que, le plus souvent, le sujet Ayler impose une tenue dont Daniel Caux montre la voie, en tête des témoins directs, captivants chacun à leur façon (Yoyo Maeght, Alain Corneau, Daniel Berger, Bobby Few, Michel Lebris, Bernard Stollman, Jacques Bisceglia, Annette et Gary Peacock, Sunny Murray, etc.). À l’opposé des avocats les plus inspirés (Alexandre Pierrepont, Philippe Carles et Jean Louis Comolli, Philippe Robert, Bertrand Denzler… Il y a aussi ceux qui doutent, ne serait-ce que le temps d’un soupçon (Jacques Réda, dont la lecture s’enchaîne assez bien avec celle de Pascal Dusapin, Didier Levallet, Philippe Gumplowicz) et ce ne sont pas les moins émouvants.
Franck Bergerot
Jazzman juillet 2010

- Ici et Ayler
La personnalité et l’œuvre d’Albert Ayler sont probablement trop complexes pour être appréhendées par un seul homme. C’est la conclusion à laquelle a dû aboutir le journaliste Franck Médioni qui a préféré diriger une analyse plurielle du saxophoniste plutôt que de partir au front en solitaire. Grand bien lui en a pris puisque ce livre apporte un éclairage absolument passionnant sur l’influence d’Ayler sur tout un pan de la musique moderne. Journalistes, écrivains, hommes de radio, producteurs, musiciens, écrivains et cinéastes se succèdent ainsi pour compléter ce portrait fouillé de l’auteur de «Love Cry». Et s’il a longtemps été l’archétype de l’artiste maudit, incompris de ses contemporains, une simple anecdote résume la résonance de son jeu radical sur les plus visionnaires : sur son lit de mort, John Coltrane demandera à ce qu’Ayler joue à ses obsèques. Albert Ayler, c’était donc l’équation divine d’un son, une énergie et d’une définition toute personnelle du swing. Ou, comme le formule Archie Shepp dans sa préface, «A = MC2».
Kalcha
So jazz juin 2010

- Albert Ayler
Le Bleu, la nuit…
Xavier Prévost
Le Bleu, la nuit... juin 2010

- Albert Ayler

Fin novembre 1970 disparaissait Albert Ayler à l’âge de 44 ans, son corps était retrouvé flottant dans l’East River. Comme ces musiciens morts trop tôt, trop jeunes, tragiquement, ce saxophoniste novateur devenait une icône, un emblème auprès de nombreux amateurs (et professionnels) de ce genre musical. Le Jazz devenait orphelin.

Né le 13 juillet 1936 à Cleveland (Ohio), d’une père chanteur et musicien jouant aussi bien du saxophone que du violon, et d’une mère aux inclinations artistiques qui n’allèrent jamais bien loin, le jeune Albert plongea très tôt dans le chaudron musical. A l’âge de trois ans, là où les bambins s’endorment en écoutant des berceuses, il regardait derrière le poste de radio familial si son interprète préféré, Lionel Hampton, ne s’y cachait pas. A quatre ans il tapait sur un petit tabouret, accompagnant Benny Goodman. A sept ans, son père enthousiaste lui interdit d’aller jouer au football avec ses petits copains afin de pouvoir s’initier à la musique et toute la jeunesse et l’adolescence du jeune Albert sera vouée à se perfectionner. C’est ce que déclarait Albert Ayler dans un entretien réalisé par Jacqueline et Daniel Caux à Saint Paul de Vence le 27 juillet 1970, soit quelques semaines avant sa disparition, et qui fut publié dans L’Art vivant en février 1971.

Je ne vais pas m’étendre plus longtemps sur les débuts d’Albert Ayler et sur cet entretien, vous laissant le plaisir de les découvrir, et penchons-nous plutôt sur le contenu principal de cet ouvrage magistral : les témoignages de ceux qui ont côtoyés, connus, joués avec ce saxophoniste qui a dérangé l’harmonie et la partition bien réglée des musiques de jazz, explorant de nouveaux chemins, de nouvelles voies (voix ?) non pas pour imposer son empreinte mais pour explorer toutes les possibilités de la musique dont il était devenu sinon un porte-parole au moins un porte-son, un innovateur dont s’inspirèrent quelques instrumentistes parfois décriés dans leurs recherches tel John Coltrane. Et les critiques de l’époque (s’exprimant souvent de façon négative) oubliaient que même en musique classique, symphonique ou de chambre, une nouveauté détrônait une institution et que c’était cela qui faisait avancer le plaisir d’écouter des sonorités, des compositions, des arrangements nouveaux. Les dents grinçaient et quelques années plus tard, ces nouveautés étaient entrées dans les mœurs et ce qui était considéré auparavant comme des références devenait ringard. Mais cela n’est pas l’apanage de la musique et l’on pourrait en élargissant le sujet citer la peinture, la sculpture et tout autre forme d’art. Parmi les contributions et les témoignages rendus à Albert Ayler, figurent ceux de nombreux artistes, musiciens, littérateurs, chroniqueurs, musicologues, photographes et autres. Certains noms nous sont familiers, d’autres moins, et la table en fin de volume permet de savoir qui fait quoi. Et au détour des pages on peut lire les participations de Louis Sclavis, Jacques Bisceglia, Albert ayler Sonny Rollins, Francis Marmande, Aldo Romano, Franck Médioni, Michel Portal, Michel Lebris, Joe Lovano, Steve Lacy, Philippe Buin, Joëlle Léandre, Lee Konitz, Jacques Réda, pour n’en citer que quelques uns parmi la centaine de contributeurs.
Que ces appréciations tiennent en deux lignes (Sonny Rollins, Richard Davis, Oliver Lake) ou sur plusieurs pages (Francis Marmande), sous forme d’hommages, de coups de colère, de longs poèmes (Christain Tarting, Zeno Bianu, Sylvain Kassap, Bernard Chambaz et quelques autres…), des explications de texte et de musique (Alexandre Pierrepont, Philippe Carles et Jean-Louis Comolli), des dialogues (Daniel et Flavien Berger) sans oublier l’indispensable et riche iconographie. La musique est emblème de protestation, de liberté, parfois de joie de vivre, parfois de mal être et si je devais mettre en exergue un de ces textes ce serait sans conteste celui de Richard Davis : « Albert Ayler fut certainement un géant dans sa musique au moment de la période de protestations des droits civiques. Ainsi, il a fait trembler les chaines du syndrome post-traumatique de l’esclavage ». Et au lieu de lire, j’allais écrire bêtement, de la page 1 jusqu’à la fin, je vous propose de prendre la table, c’est-à-dire le sommaire, et après avoir dégusté la préface d’Archie Shepp et la note d’intention de Franck Médioni, de vous laisser aller en découvrant ces textes par ordre alphabétique d’entrée des acteurs de cet ouvrage : de Noël Akchoté, guitariste, jusqu’à Jason Weiss, écrivain, ce qui vous obligera à effectuer une petite gymnastique, j’en conviens, mais vous donnera la sensation de jouer votre propre partition.

Un livre remarquable qui a dû demander de longues heures, que dis-je, de semaines et même de mois, afin de réussir cette compilation, mais aussi d’abnégation et d’amour.

Blog mystere jazz

Paul Maugendre
Blog mystere jazz juin 2010

- Albert Ayler
Tsfjazz
Tsfjazz.com / Coup de projecteur 27 mai 2010

- Albert Ayler

Et si on rendait Albert Ayler au jazz ? Le recueil de témoignages que viennent de publier les éditions Le Mot et le Reste sous la direction du journaliste, écrivain et producteur de radio Franck Médioni, marque à vrai dire une rupture salutaire par rapport à tout ce qui s’est écrit dernièrement au sujet du saxophoniste le plus irrécupérable des temps modernes. Il n’est plus question, désormais, de fictionnariser l’auteur de “Spirits” en le transformant en on ne sait quel martyr de LA cause… Sa seule cause, à Ayler, c’est SA musique, SON intégrité, SON cri… Le reste, comme le suggère si bien l’éphémère patron de Jazz Hot, l’écrivain Michel Le Bris, c’est de la politique ou du roman, ce qui est parfois la même chose… De quoi renvoyer au bercail tous les sous-Ellroy de préfecture qui ont complaisamment brodé depuis 40 ans sur le noyé de l’East River !

Fausses pistes, du même coup, que la préface d’Archie Shepp et l’ultime texte signé Amira Baraka, alias Leroy Jones… Entre ces deux icônes de la contestation dont on ne saurait par ailleurs mettre en doute la légitimité dans ce type d’ouvrage (et puis c’est tellement touchant, Archie Shepp qui dit “M. Ayler” au lieu de “Albert Ayler“…), Franck Médioni a réuni des témoignages qui sont peut-être plus de l’ordre de l’affectif, comme si la sensibilité d’Ayler primait sur ses engagements supposés. Le cinéaste Alain Corneau, par exemple, qui a fréquenté Albert Ayler lorsqu’il faisait son service militaire à Orléans. Pour Corneau, le dynamiteur de “Summertime“est un naïf, comme le Douanier Rousseau… Jean-Louis Chautemps, lui, a connu, à peu près à la même époque, un Albert sage comme un ange et pas encore du genre, comme ce sera le cas plus tard, à “chercher chicane aux démons en invitant, coûte que coûte, les sorcières à la maraude“… Peut-être qu’avant la rage, il y a des larmes chez Ayler… Francis Marmande, qui jazzifie dans “Le Monde“, rappelle comment Albert Ayler ne voulait pas croire à la mort de John Coltrane… On lui demande de jouer “Cry Lover” à l’enterrement de “Brother John“… Il répond qu’il ne pourra jamais jouer en pleurant…

C’est dit ou suggéré tout au long de ces témoignages : il y a de l’enfance (de l’art), de l’innocence perdue, une quête inassouvie des origines ou d’un embryon de note bleue dans les stridences “ayleriennes”... “Avec Ayler, la musique des Nègres, des clowns et des enfants, c’est trois en un. Le jazz recolle au train d’une modernité en passe de subir un vieillissement accéléré” (Philippe Gumplowicz); “Ayler est ailleurs. Dans une zone de l’indicible où les fondamentaux de la musique noire américaine se trouvent sommés d’exprimer leur essence, en dehors de tout artifice esthétique” (Didier Levallet); “On le voit déborder de toutes parts: plus loin que Parker, jusqu’aux polyphonies de la Nouvelle-Orléans; plus loin, jusqu’au blues; plus loin, jusqu’aux spirituals; plus loin encore, jusqu’aux fanfares et folklores immémoriaux, battant le rappel de tous les fantômes du jazz (…) pour relier ce qui fut pure invention à ce qui ne peut être qu’absolue conquête” (Philippe Carles etJean-Louis Comolli dans “Jazz Magazine” de 1967)… On peut évidemment en mourir, d’être à ce point incompris… Pleyel crève de haine en l’an 66. Coup de froid sur le Free… “Pauvre Albert, écrit Sonny Rollins, ” ‘Ils’ n’ont jamais été prêts pour lui- ‘ ils’ ne le sont toujours pas”…

Le regretté Daniel Caux a résumé, mieux que tout autre et enquête à l’appui, la triste fin d’Albert Ayler… Il n’a pas été assassiné… Ce “n’était” qu’un suicide, aussi cafardeux qu’un début d’années 70… l’aliénation familiale, la rupture du contrat avec le label Impulse, l’impression d’être à nouveau plus rien, à New York, après avoir connu les vivats de St Paul de Vence à la Fondation Maeght… A-t-il été rattrapé avant l’heure, Albert Ayler, par cette angoisse des fantômes qui ont souvent erré dans son vibrato halluciné et que sa force spirituelle ne parvenait plus à dissiper ? Un Holy Ghost est-il forcément condamné au spectral? “ Il a sauté dans la rivière en pensant qu’il allait voler“, préfère penser le saxophoniste Peter Brötzmann… On peut conclure autrement, c’est vrai, que sur un clapotis mortifère… S’il devait filmer la fin d’Albert, le réalisateur Flavien Berger ( fils d’un autre enragé de l’époque, Daniel Berger) zoomerait sur “les reflets du cuivre et des gouttes de sueur sur la peau d’ Ayler, son souffle brûlant comme un dragon, dans un monde aux couleurs froides. Son souffle rendrait silencieux le vacarme de la musique qui mourrait, disparaitrait, il n’y aurait plus que le souffle“… Un souffle toujours aussi puissant et poignant, 40 ans après…

Blog

Laurent Sapir
Blog de Laurent Sapir / TSF Jazz mai 2010

- Albert Ayler

Albert « No Name » Ayler.
La présence d’Albert Ayler, résumée en un cri et dans l’absence à suivre : le manque, bientôt, puis l’impression du fantôme tapi derrière ; la perte, ensuite, que l’on imagine irréversible : celle de « Ghosts » et d’« Angels », bataillon de figures troubles rangées sous une même bannière : « No Name » ; le vide, enfin, qu’il est inévitable de combler avant la prochaine plainte haute à dire sa vérité. En guise de subterfuge, la mélodie rassurante ne tient jamais longtemps : « What a Wonderful World » capable de faire croire à qui voudrait l’entendre que l’évidence est sous ses yeux quand il n’est rien de moins accessible, justement, que l’évidence. La mélodie légère, toujours ça de gâchée : George Russell et Don Cherry interprétant « You Are My Sunshine » à Coblence avec pertes et fracas, parce qu’il n’est pas possible de mentir plus longtemps en chanson. L’heure, d’être à la vérité, aussi noire soit-elle ? Des cris, encore, mais de plus en plus timides, avant d’en revenir aux illusions de coutume ; simplement parce qu’il sera toujours possible de faire croire en chanson. Rassurant comme les précédents et comme devront l’être les prochains, un autre jour se lève : non pas sur le cri attendu – « No Name » affranchi qui faisait déjà redouter l’absence à suivre –, mais au son de facilités capables de rassembler, faisant le tronc commun d’une association vertueuse qui, paissant et paressant, préférera toujours la célébration du gouffre à d’accablantes preuves de vérité. Or, en douce, la prochaine plainte approche déjà, qui saura se souvenir.

Guillaume Belhomme
blog : Le son du grisli mai 2010

- Des Fleurs pour Albert

Quelques semaines avant la quarantième anniversaire de sa mort survenue en novembre 1970, paraît un livre collectif en hommage à Albert Ayler sous la direction de Franck Médioni, collaborateur d’Improjazz: Albert Ayler, témoignages sur un holy ghost.

Plus de cent participations à ce livre polyphonique à la (dé)mesure du saxophoniste ténor que fut Albert Ayler (1936–1970).

Philippe Renaud
Improjazz mai 2010
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