Parution : 06/09/2018
ISBN : 9782360548101
208 pages (148x210)

Un court instant de grâce

André Bucher dit l’éveil et la fierté à défendre sa terre, dans un récit somptueux de maîtrise et de poésie… C’est beau… Intensément beau!

Mathieu Lartaud – Decitre Grenoble

Avec la complicité des saisons et des éléments qui ne comptent pas se plier aux règles que les hommes croient leur imposer, Émilie s’occupe tant bien que mal d’une terre qui se mérite, dernière gardienne des lieux depuis la mort de son mari et le départ de son fils. Ce quotidien solitaire bascule avec le retour providentiel de son amour d’enfance, Victor, et l’arrivée d’entrepreneurs bien décidés à décimer la forêt environnante pour nourrir un gargantuesque projet de centrale à biomasse ironiquement loué comme écologique. S’ensuivra une lutte, un réveil de la vallée et de ses protagonistes qui se pensaient endormis, entre intérêts politiques, prises de conscience, paresse intellectuelle et résistances acharnées. Chacune et chacun jouera son rôle et donnera au récit sa force, à l’image de l’indomptable montagne de Palle qui domine les lieux et tire sa beauté de ses contrastes.

Revue de presse

André Bucher, écrivain entre terre et ciel, raconte le combat écologique d’une femme montagne Benoît Pupier Reporterre 24 octobre 2018
L’écrivain et paysan André Bucher était dernièrement de passage à la librairie Le Millefeuille La rédaction Le Journal du Centre 27 octobre 2018
- Le batailleur du bois Sans Transition octobre 2018
- Un court instant de grâce Nathalie Glorion - Les passions de Chinouk 16 octobre 2018
- Interview - Balade dans la Drôme en compagnie de l'écrivain et paysan écolo André Bucher Denis Cheissoux France Inter // CO2 mon amour Samedi 13 octobre
- Les coups de cœur des libraires et les bibliothécaires La rédaction La Dépêche 15 octobre 2018
- Un court instant de grâce Patrick Beguinel Litzic.com 9 octobre 2018
- Un court instant de grâce Yvon Bouëtté Eireann Yvon 17 juillet 2018

André Bucher, écrivain entre terre et ciel, raconte le combat écologique d’une femme montagne

Dans « Un court instant de grâce », l’écrivain-planteur d’arbres André Bucher livre le récit d’une vallée aux prises avec la voracité dévoreuse d’une centrale à biomasse. De ce conflit naît une communauté, emmenée par Émilie, qui a « toujours vécu d’air, d’eau, de silence et de vent ».

Benoit Pupier est un ami d’André Bucher. « Déclaration d’intérêts : j’ai été nourri aux légumes bio du jardin cet été lors de mon passage à la ferme de Grignon dans la vallée du Jabron.» _Benoit Pupier a réalisé un documentaire sur le travail d’André Bucher et publié une conversation avec lui dans La revue critique de Fixxtion contemporaine.

André Bucher, écrivain des grands espaces et de la nature sauvage, géologue des sentiments, citoyen engagé du développement durable et de l’imaginaire, décrivait, à l’automne 2009 dans Vivre au Jabron, son geste de planteur d’arbre :
Je vis sur le versant sud, dans le haut de la vallée, sur une terre qui comprend 200 hectares de surface totale, dont 30 hectares défrichés et cultivables. Le reste est en landes, puis il faut compter 87 hectares de bois existants dont, principalement, des chênes, hêtres, sorbiers, frênes et érables. Seulement, il y avait pas mal d’endroits très érodés et des parcelles de forêt trop clairsemées, d’où l’idée de reboiser. La motivation première étant de pérenniser cet endroit en luttant aussi contre l’érosion, afin de constituer « un château d’eau » et d’absorber le CO2.

À partir de 1985, nous (quatre personnes) avons planté 20.000 arbres en deux ans. (…) Nous avons pu ainsi acheter les plants, ouvrir une piste (utilisée dans le cadre de la lutte contre les incendies) et financer la construction d’une retenue collinaire. Nous avons dû négocier avec la DDA [direction départementale de l’agriculture], maître d’œuvre, dont la politique en matière de boisement consistait à planter séparément des carrés de pins noirs, de mélèzes ou de cèdres et donc prônant l’exploitation à court terme, en privilégiant les résineux plutôt que les feuillus. Pour nous, les arbres s’apparentent à la société, plus elle est métissée plus elle se régénère.

Par conséquent, nous voulions mélanger les espèces, qui ainsi se stimuleraient et s’autoprotégeraient. Cela impliquait également de modifier les pratiques en sous-solant seulement et d’éviter de décaper la faible couche d’humus à la surface du sol. Surtout, nous ne voulions pas déboiser le couvert existant sous prétexte de reboisement. Nous avons eu finalement gain de cause et ce projet fait désormais figure de jurisprudence pour les futurs plans ou programmes de reboisement.
(…) Dans ces endroits très pierreux, nous avons souvent creusé des trous à la barre à mine et planté à la pioche à 40×50 cm, comme pour les fruitiers. Ensuite, pendant deux ans, il a fallu les biner. Désormais, il faut élaguer (pour les résineux) toutes les branches basses afin que le fût pousse bien droit et, dans un an ou deux, pratiquer une première éclaircie. Enfin, chaque année, je continue de planter de nouvelles espèces, je fais des essais en introduisant des aulnes, cormiers, noisetiers, châtaigniers et noyers, pour la diversité et pour garder la forme. »

André Bucher habite la ferme de Grignon, à 1.100 mètres, face à la montagne de Lure, dans la vallée du Jabron (Alpes-de-Haute-Provence). C’est un ami. Son nouveau roman, Un court instant de grâce, aux éditions Le mot et le reste, vient de paraître.

Émilie, personnage-montagne, « femme de soleil et de vent »

La montagne empiétait sur l’horizon, sa masse inerte accaparait le paysage. Une entité dure mais également fragile, avec la forêt pour territoire, que l’on ne saurait dompter et modeler à sa guise. On s’interrogeait sur son devenir. Que penser de ce pays ? »
Dans un premier chapitre saisissant, ouvert au vent, à l’immobilité minérale de la montagne de Palle, double de fiction du lieu existant à la frontière de la Drôme et des Alpes-de-Haute-Provence, André Bucher dresse le portrait — c’est un chant — d’un territoire perdu. L’usage du pronom indéfini (« On s’en remettait […] » ; « On éprouvait […] » ; « On se consolait […] ») fait entendre une complainte. De ce peuple des montagnes ne resterait que la voix. Ce monde-là retourne-t-il au tombeau ? Une vie fragile semble subsister : « (…) sur le flanc côté sud, on remarquait une grange récemment construite (…). »

Émilie, personnage-montagne, « elle était grande et forte », habite ce pays. La soixantaine, elle a « toujours vécu d’air, d’eau, de silence et de vent ». Confrontée aux éléments, en ces hautes solitudes, elle converse avec Édouard, son mari, l’absent. Le feu l’a emporté. Le cri des cauchemars, le souffle de la nuit et le brame du cerf habitent les songes d’Émilie. Des territoires de l’enfance surgit un premier amour, Victor, « son courant d’air ». C’est un ménage à trois. Le fils, Serge, est parti dans le nord de la France. Dans cette géologie des sentiments, l’écrivain avance pas à pas (feutrés), par touches précises et imagées, pour dessiner les hésitations («_ Victor, le cœur en roue libre, cafouillait_ »), la violence intérieure, les fuites et les retours, la sensualité maladroite. Une résurgence des sentiments. La résurgence est en géographie la réapparition à l’air libre, sous forme de grosse source, d’une nappe d’eau ou d’une rivière souterraine. Chez André Bucher, sur le plateau à 1.460 mètres, l’eau remonte par capillarité. Les bergers autrefois y avaient maçonné un puits pour avoir un point d’eau sur les estives.

« Elle veut croire que les corbeaux, les poissons, le héron, les cervidés veillent tour à tour sur elle. Que leurs ailes et nageoires, leurs becs et leurs bois d’ordinaire dévolus à l’air, la forêt, le ciel et la rivière, la protègent. La lune complice confirme, elle salue puis lui sourit tandis que les étoiles envahissent le firmament, semblables à des oies de neige. »

Un petit monde partage la peine d’Émilie. Un bestiaire habite toujours les livres d’André Bucher. Dans Le Cabaret des oiseaux, Tristan a deux compagnons de mélancolie : « Je n’avais pas encore appris-apprivoisé le merle et sa corneille. » La Vallée seule (qui ressort en poche) est une parabole autour de la figure d’un vieux cerf confronté à son ombre dans un royaume intermédiaire, entre terre et ciel. Bruissements des vies fragiles et silencieuses. Hypersensibilité de l’animal. « (…) comme une onde qui s’élève, il s’engouffra par le couloir de la déverse, là où elle n’était pas encore prise, puis il ressentit l’eau rouler, un faisceau de nerfs irriguant la terre tels des fils conducteurs liés entre ses jambes. » La vie à la ferme, donc, rythme les jours. Émilie, « farouche et forte comme un ours », a deux vaches laitières, des poules et des lapins, prépare le plan d’assolement, organise les labours et « l’emblavement de quelques parcelles en orge de printemps ». Émilie a le souci de la diversité : orge, sorgho, maïs, blé, méteil… Les travaux des champs et le cosmos s’unissent. Terre et ciel ne sont pas des univers séparés. « La nuit, parmi le ciel labouré, la lune agrenait son semis d’étoiles filantes, qui germaient en luisant l’une après l’autre, avant de chavirer et de s’abîmer dans l’immensité. » Victor aide, élague, conduit les engins — il cherche sa place aussi. Émilie affourage « les cornadis ». Le récit est une ronde. Les personnages sont « arrimés au mouvement des saisons ».

« On ne pouvait décemment, bûcherons et bergers réunis, se contenter de prélever. Encore fallait-il se soucier de réparer »

La deuxième ligne de force du récit est un combat écologique. Une entreprise veut faire main basse sur la forêt pour alimenter une centrale à biomasse. Coupes blanches au programme. Il faut l’accord d’Émilie pour un droit de passage et pour pouvoir accéder aux forêts privées. Elle refuse. André Bucher aurait pu écrire une tragi-comédie avec sabordage au programme. Mais il a déjà écrit son Gang de la clé à molette. C’est Pays à vendre. La baston y était un mode d’expression. L’écriture dansait un rock and roll déjanté tendance libertaire. Un court instant de grâce raconte le réveil d’une vallée, secouée par le geste de résistance d’Émilie, « farouche et têtue ». C’est un récit au tempo lent, comme si le lieu — la montagne — imposait son rythme aux personnages et que l’on ne pouvait pas aller plus vite que la musique. Les habitants se confrontent les uns aux autres. Chacun réévalue sa position. « Chacun tâtonnait, le plus souvent suivant les opportunités ou ses propres insuffisances. » Le conflit crée la communauté. Émilie déplace la question du droit à celle du sens. « La montagne n’est pas une scène de théâtre (…). Chacun doit faire sa part là où il est. » Prendre soin du lieu où l’on vit. Cette histoire pose la question de la gestion des biens communs, des forêts. Peut-on déléguer au privé ? Peut-on faire confiance à l’État (l’ONF) ? Faut-il créer des groupements forestiers citoyens ?

Il y a des militants « déguisés en sapin », Plantier, ingénieur à l’ONF et Ernest, le maire et entrepreneur forestier. Un « perroquet teigneux » se moque du maire « daltonien ». Julien, le garde forestier, cherche le compromis et veut contrôler la gestion « propre » de la coupe. « (…) il était interdit d’incendier les rémanents car ils brûlaient ainsi les insectes et les fourmis et entraînaient l’exode des mammifères. » Cela empêche aussi les repousses. Vincent et Clémence, les bergers, sont liés (poings liés ?) par une convention avec la commune et l’ONF. Annie Leroux, une militante, veut fédérer les luttes. Sa relation sentimentale avec Julien n’est pas sans frictions. Rachel, la chargée de mission de la centrale, navigue entre lobbying régional et admiration secrète pour Émilie. Elle pose la question du développement du territoire : « Que choisissons-nous à la fin ? Une réserve d’Indiens, un site Natura 2000 sanctuarisé, voire un parc d’attractions avec débardage à l’ancienne (…) ou une alternative énergétique visant à conserver et même créer des emplois ? » Émilie défend une gestion durable des forêts, des éclaircies régulières, la plantation dans le couvert existant, la pratique de la futaie jardinée. Elle refuse la monoculture et le remplacement des feuillus par des épineux à croissance rapide. Elle alerte : les coupes franches, « la forêt épluchée jusqu’au col », vont provoquer le lessivage des sols, un phénomène de battance. Qu’adviendra-t-il en cas de violents orages ? Plus il y a de matière organique dans un sol, plus il est stable. « On était en zone sensible. On ne pouvait décemment, bûcherons et bergers réunis, se contenter de prélever. Encore fallait-il se soucier de réparer. »
L’écrivain à pattes d’ours ne se prive pas pour dégommer deux, trois bricoles (deux, trois chasseurs ! Mais pas seulement…). C’est dire la réalité avec humour, malice de la phrase, pour suggérer qu’il suffirait d’un rien de bon sens pour qu’un équilibre s’établisse.

La fiction est facétieuse et croise la réalité : voir le documentaire Le Temps des forêts et les enquêtes de Reporterre sur le Groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan (Lucienne Haese, sœur de combat d’Émilie) ou sur la filière d’approvisionnement de la centrale à biomasse de Gardanne (« L’ONF encourage la biomasse industrielle au détriment des forêts et du climat »). « Toute ressemblance avec des personnes, organismes, groupes industriels existant ou ayant existé serait purement fortuite », précise l’éditeur du roman. Jeu littéraire. Les oiseaux protestent devant la chute des arbres.

« Seul un grand corbeau — toujours le même — sentinelle raide et vigilante sur sa branche, les défiait, désapprobateur, dans une transe immobile. Ses yeux injectés de colère insinuaient toute une litanie de reproches. »

Une caresse météorologique des sentiments

Les éléments naturels s’animent, « (…) une branche qui dépassait, l’air d’une main tendue », les frontières s’effacent : « Elle visualisa son mari dans le corps du corvidé qui protestait. » Émilie et Victor dansent un slow rock sur Sweet Virginia, des Rolling Stones. Serge tombe dans l’eau en voulant attraper une truite arc-en-ciel. Il chemine, vers un geste de réconciliation avec sa mère.
C’est un pays où ciel et montagne sont emmêlés, où faune et flore, dans la phrase, se lient d’amitié : « Entre chien et loup, des fleurs sauvages ocre et fauve bondissaient à l’improviste (…). » ; « fourrure ondulante des cèdres »… Il y a des lièvres et des tortues, une « effraie à face blanche », un « quatuor de geais bleus », « des poissons mélancoliques », un monticule de roche, des mésanges noires, des martinets, des bergeronnettes. Il y a toujours un héron. « Une conscience de veille ou le gardien des lieux », suggère André Bucher dans À l’écart. Dans la tristesse bondit parfois un souvenir burlesque, une tentation onirique. L’écrivain travaille par alliance de plusieurs perceptions sensorielles et par glissements du sens, il lance dans l’espace des petites fusées surréalistes. « La lune aux allures de cygne au cou rentré, surprise en train de couver, se dépêchait, elle godillait sur l’étang. » Il déconstruit l’anthropocentrisme. La description concrète d’une première neige devient un mouvement d’introspection : « (…) la neige parcimonieuse et lente se livrait avec réticence. Bientôt la vallée, soudée à la montagne, n’émettrait qu’un gémissement souterrain, une douleur jugulée. » L’âme d’Édouard se glisse dans « le vol anarchique » des engoulevents. Une description sur l’intelligence magnétique des oiseaux dialogue avec les interrogations spirituelles de Victor, bricolage de croyances amérindiennes et de mécanique quantique. La description de la nature affecte littéralement les personnages. Le retour des souvenirs est comparé au retour des oiseaux migrateurs. La description psychologique n’est pas celle d’un moi autocentré. Les émotions sont perturbées, accompagnées, agrandies par l’extérieur. « Il éprouvait du respect et de la reconnaissance envers cette montagne. » La nature n’est pas bienveillante ou idéalisée. Elle est rude, sauvage, violente, magnifique, sensuelle. « Dans la nature, la force et la faiblesse s’apparentent à la lumière et l’ombre. Elles se nourrissent l’une de l’autre. »
Un court instant de grâce est un combat (écologique) sans chaos, une caresse météorologique des sentiments, un magnifique portrait de femme, Émilie. C’est une ronde pour redevenir « jeune et fière », une année partagée, un refus d’abandonner l’enfance. L’équilibre est fragile. Les sens sont en éveil. Il s’agit de rester lucide, de provoquer douceur et beauté.

« Dehors elle fit quelques pas, le ciel était cafi d’étoiles lointaines, la nuit pleine de l’odeur du regain et de la senteur acidulée des pommes. »

Retrouvez la chronique du livre sur reporterre.net

Benoît Pupier
Reporterre 24 octobre 2018

L’écrivain et paysan André Bucher était dernièrement de passage à la librairie Le Millefeuille

Redescendu de ses Alpes de Haute-Provence où il réside, André Bucher était à la rencontre des lecteurs nivernais à la librairie Le Millefeuille. Une entrevue avec d’autres ruraux pour lesquels les problématiques du monde paysan sont les mêmes.

Venu parler littérature, André Bucher n’a pu occulter d’aborder le problème des centrales à biomasse qui cherchent à s’implanter un peu partout en France. C’est d’ailleurs le sujet de son dernier roman, Un court instant de grâce. Militant pour une “vraie” agriculture biologique, celle qu’il pratique depuis les années 1970, pas celle qui enchérit l’économie et nourrit les “bobos” comme il le précise, cet écrivain paysan, comme il se définit lui-même, place la nature au cœur de ses ouvrages. Cette nature qu’il décrit singulière pour mieux en transcender l’universalité, nature sauvage des plantes et des animaux, nature humaine qu’il dépeint sans l’enjoliver ni la dramatiser.

Les trois extraits lus par la comédienne Amélie Prévost, lors de la soirée, commençaient tous par un drame. « Tous les êtres sont abîmés par des deuils violents », une façon peut-être pour l’auteur de dire que la nature est, elle aussi, sujette aux débordements des hommes. Tout dans ses livres est émotion, justesse des sentiments, des comportements, et fait ressortir la complexité, l’ambivalence de l’humanité. Un regard sur notre monde, sur ce que nous en avons fait, sur ce que les politiques cherchent à en faire en oubliant souvent l’essentiel : la nature est belle.

L’auteur, imprégné de panthéisme amérindien, de bouddhisme, sans en retenir le culte aux divinités, nous transporte dans notre monde avec un regard attendrissant sur cet environnement que nous ne maîtrisons pas. « On vit sur une planète à crédit. »

Lire l’article sur le site Le Journal du Centre

La rédaction
Le Journal du Centre 27 octobre 2018

- Le batailleur du bois
Émilie vit sur les pentes de la montagne de Palle. Depuis la mort de son compagnon, elle cultive seule ses terres, avec force et détermination. Son existence est bousculée par un projet de centrale à biomasse qui menace la forêt. Mais aussi par Victor, ami (amour?) d’enfance, qui revient vers elle, sans crier gare… Avec ce neuvième roman, André Bucher fait référence à la controversée centrale électrique de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. Loin des images d’Épinal, l’auteur décrit, avec réalisme et sensibilité, le combat, les joies et les peines de celles et ceux qui vivent au quotidien une certaine ruralité. De la résistance à la complaisance, il donne à voir le petit théâtre de la vie d’une vallée, confrontée aux impacts de ce que d’aucuns qualifient de “grand projet inutile”. Le tout sous le regard d’une nature imposante, qui semble n’en penser pas moins…
Sans Transition octobre 2018

- Un court instant de grâce

Note : 9.5/10

Premières phrases
La dénomination de cette montagne était sujette à bien des interprétations. L’on dénommait ainsi le site et suivant que l’on écrivait Pâle avec un accent circonflexe ou Palle en doublant la consonne, la montagne en question changeait de tonalité, elle variait dans sa signification. On s’en remettait alors à la couleur, son teint hâve, sa lumière un rien souffreteuse. Le mot « palle » évoquait à l’origine un linge tendu sur un vase sacré. Une sorte de calice, détenu dans ses plis secrets et ensuite dressé en son sommet sur un autel, que venaient bénir les prêtres suivis de lent cortège des habitants de la vallée.

Pourquoi ce livre ?
Je suis tombée amoureuse de l’écriture et du style d’André Bucher avec son sublimissime titre Déneiger le ciel. Comme je souhaite lire tous les livres de l’auteur, il était évident que je me jetterais sur son dernier roman Un court instant de grâce sorti pour la rentée littéraire 2018. Vous noterez qu’André nous offre toujours des titres magnifiques.

Mon avis sur Un court instant de grâce de André Bucher
Dans Un court instant de grâce, nous allons faire la connaissance d’Émilie, qui vit dans sa ferme familiale sur la montagne de Palle. Émilie a 60 ans et elle habite ici depuis toujours. Depuis 3 ans, suite à un grave accident qui a coûté la vie à son mari, elle est seule au milieu de la forêt. Son fils est parti dans le Nord pour exercer son métier de garagiste. Cherchant un peu à développer son activité, elle va devoir faire appel à une aide extérieure pour labourer et moissonner ses récoltes. C’est à Victor, son amour d’enfance, qu’elle va demander de l’aide.
Pendant ce temps, non loin de là une ancienne centrale à charbon va être reconvertie en centrale à biomasse. Une centrale biomasse produit de l’électricité grâce à la vapeur d’eau dégagée par la combustion de matières végétales ou animales. Ici, c’est le bois qui va en grande partie servir de combustible. Les élus locaux et certains propriétaires terriens veulent couper la forêt. Émilie refuse et va se battre pour tenter de faire avorter ce projet catastrophique pour l’environnement et sauvegarder sa montagne.

J’ai commencé la lecture cet été, mais je l’ai vite mise en pause, car avec les grandes chaleurs, je n’arrivais pas à m’imprégner de l’histoire. Pour moi, un livre d’André Bucher se déguste en mode cocooning : ambiance cosy, chocolat chaud et plaid obligatoire. Il faut dire que les saisons et spécialement l’hiver sont assez présentes dans les histoires de l’auteur et moi, je suis dans l’impossibilité d’apprécier une lecture qui se déroule en hiver en pleine chaleur. J’aime être en accord saisonnal avec mes lectures, sinon je ne me projette pas.
Je l’ai donc ressortie cette semaine, et quel bonheur de me plonger dans ce récit. D’autant plus qu’il traite d’un sujet qui parle particulièrement à l’amoureuse des forêts que je suis.

Le livre commence avec un magnifique premier chapitre où André nous présente la montagne de Palle, où se déroule l’histoire. Avec des mots magnifiques et un style poétique, André Bucher pose le décor.
L’auteur précise que la montagne du livre est fictive même si près de chez lui, dans la vallée du Jabron, une montagne de Palle existe vraiment.

Puis André nous présente Émilie, la protagoniste féminine. Un sacré bout de femme, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds sans pour autant être « rustre ».
Un personnage qui m’a beaucoup parlé, pour ses idées écologiques, mais aussi pour son caractère. Elle se débrouille seule et se bat pour ses idées.

Ce livre parle d’un sujet d’actualité (la déforestation et les centrales biomasse), et j’ai trouvé que l’auteur avait traité le sujet d’une manière très intelligente. Avec seulement 200 pages, l’auteur a réussi à bien ficeler son histoire.

J’ai retrouvé dans ce livre la beauté et la délicatesse des mots que j’aime tant chez l’auteur. André parle des sentiments humains et de la nature comme personne.
La relation entre Victor et Émilie est décrite tout en délicatesse. Cela fait du bien de lire de telles histoires d’amour. Les descriptions de la forêt et de la montagne sont juste sublimes.

J’ai passé une magnifique après-midi en compagnie d’_Un court instant de grâce_. Un roman (et un auteur) que je vous conseille très fortement. Un livre qui parlera à tous les amoureux de la nature.

Rendez-vous sur Les Passions de Chinouk pour lire cette chronique et les autres

Nathalie Glorion
- Les passions de Chinouk 16 octobre 2018

- Interview - Balade dans la Drôme en compagnie de l'écrivain et paysan écolo André Bucher

Défense de sa terre et de ses arbres… Ce sont les mots d’ordre de nouvel opus d’André Bucher

Au menu

Une balade dans la Drôme, à Montfroc, sur les terres d’André Bucher, écrivain et paysan écolo.
Denis Cheissoux est allé le rencontrer chez lui à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage joliment intitulé Un court instant de grâce (publié chez Le mot et le reste). La montagne de Lure et la montagne de Palle ne sont pas loin, et déjà se dessine une résistance pour préserver les arbres et les forêts environnants. Pionnier de l’agriculture bio en France, André Bucher nous conte son refus de déboiser pour replanter des pins.

Réécouter l’émission en podcast sur la page de CO2 mon amour

Denis Cheissoux
France Inter // CO2 mon amour Samedi 13 octobre

- Les coups de cœur des libraires et les bibliothécaires

La cinquième édition de la rentrée littéraire d’automne s’est déroulée à la Mémo. Près de 600 romans sont attendus cette année, le choix ne sera pas aisé. Qui, mieux que les libraires de la Femme Renard, du Bateau Livre et les bibliothécaires de la Mémo, pour nous guider dans ce dédale ? Une centaine de lecteurs avertis ont participé à cette soirée, impatients de découvrir les coups de cœur de cette cuvée littéraire automnale. En tout, 28 ouvrages très divers ont été mis en avant dont Un court instant de grâce d’André Bucher.

Lire l’article sur le site de La Dépêche

La rédaction
La Dépêche 15 octobre 2018

- Un court instant de grâce

Qui n’aime pas quand, lors de la coupe de France de football, le petit Poucet gagne contre l’ogre de 1ére division ? Qui n’aime pas quand l’opprimé se révolte et renverse un état ? Nous avons tous une certaines propension à défendre la veuve et l’orphelin, mais dans la réalité, les événements et leur conclusion ne donnent pas toujours gain de cause au plus faible des deux. Dans Un court instant de Grâce d’ André Bucher (aux Éditions Le mot et le reste), nous suivons le combat d’un petit village contre l’implantation d’une centrale à biomasse.

Émilie vit seule dans sa ferme, sur les contreforts de la montagne de Palle. Elle y est seule depuis la mort de son mari et voit d’un mauvais œil l’ONF implanter une centrale à biomasse à proximité. Cette usine incinère le bois des forêts pour produire de l’énergie, sans se soucier du fait qu’elle détruise l’écosystème. Entre écologistes fervents et industriels convaincus, la guerre est déclarée. Pourtant Émilie, elle, ne veut simplement pas que sa terre soit détruite en vertu du profit et d’une écologie bafouée.

Bon, ne vous attendez pas à un combat de zadistes contre les forces de l’ordre ou autres incidents guerriers, mais plus à un roman d’amour, de celui qu’un homme ou une femme, en l’occurrence, éprouve pour sa terre, le lieu où il a vécu toute sa vie, qu’il a apprise à dompter et à respecter.

Ce roman est très particulier dans sa forme car il est très poétique, possède une rythme lent, comme implanté dans la terre où vit l’héroïne, une terre qui vit au rythme des saisons, et haletant quant à la finalité de cette implantation subie (et de l’histoire d’amour entre Émilie et son amour de jeunesse retrouvé également).

Nous sentons sous la plume d’André Bucher une énorme tendresse pour ces lieux, loin de tout, où les gens vivent de peu de choses. En usant de ce ton poétique, il tisse une ode à la nature, à sa beauté, à ce qu’elle donne à l’homme et qu’il semble bien aveugle à voir ou à accepter. Il décrit aussi les relations entre les hommes, cupides ou bien totalement désintéressé, visant leurs intérêts personnels ou le bien de la communauté. Tout y est décrit avec finesse, sans pathos, avec une acuité moqueuse ou empathique. L’humour y est subtilement disséminé, apportant un léger relâchement dans tout le sérieux que vivent les différents protagonistes du roman.

Mais il vous faut absolument vous donner un exemple du ton utilisé par André Bucher pour que vous compreniez quelle est la poésie qui émane de ces presque 200 pages, car ainsi il vous sera plus facile de comprendre le style de cet auteur délicat :

« Un rire de neige masquait le chagrin hivernal des chênes toujours en délicatesse d’un futur feuillage.

Elle pensait à un drap couleur crème, tombé du ciel en plein sommeil. Qui donc rendre responsable de ce prodige ? Tout ce blanc lui filait le tournis. Un coloris délicat qui étouffait les taches d’encre de la mélancolie ? »

Au final, nous obtenons un roman romantique, bien campé sur une réalité concrète mais totalement originale dans son approche du sujet. Nous en ressortons comme d’un rêve, légèrement euphorique, abreuvé par ses descriptions flamboyantes et son charme léger comme une bulle de champagne.

Un court instant de grâce est un livre à conseiller aux amoureux de la vie, tout simplement.

Retrouvez la chronique du livre sur Litzic.com

Patrick Beguinel
Litzic.com 9 octobre 2018

- Un court instant de grâce

Note : 4, 5 / 5.

Instant tellement rare…
Neuvième roman de cet auteur dont j’ai lu, il y a longtemps « Déneiger le ciel » qui concourait à l’époque pour le prix « Cezam ».
Nous sommes dans la France profonde, loin des villes et des lieux touristiques. La France des oubliés qui se dépeuple et qui meure à petit feu. Il y a une montagne parfois nommée « Pâle » parfois « Palle ». Cette montagne boisée va devenir le sujet d’affrontement entre les rares habitants de ce hameau perché difficile d’accès.
Nous sommes en décembre 2015. Émilie est une femme du pays, elle vit seule depuis le décès d’Edouard, son époux, mort accidentellement. Leur fils Serge est parti voir ailleurs depuis 2009, loin dans le Nord. Il n’avait pas la vocation pour cette vie rude qui l’attendait en restant au pays. Le travail est rare, les hivers longs et froids, les femmes à marier encore plus rares que le travail. Seule solution pour la jeunesse, l’exil.
Mais la situation pourrait changer, la forêt intéresse des hommes d’affaires. La création d’une centrale à biomasse est envisagée. Pour cela il faut du bois, beaucoup de bois. Petit à petit les arbres plusieurs fois centenaires seront abattus et la forêt rasée. La résistance s’organise, Émilie en devient le symbole, elle est aidée en cela par Victor, son tout premier amour… ils avaient dix ans tous les deux. Dans le village deux clans s’affrontent, parfois au sein de la même famille. Le maire est ouvertement pour, ses arguments sont toujours et partout pareils, la création de postes, du travail à venir etc…etc… sauf que souvent les gens embauchés ne sont pas de la région ! Il pense aussi à sa réélection !
Les réunions publiques sont houleuses et les incidents se multiplient. Émilie est projetée à terre et blessée. Une jeune femme venant de la ville et prête à tout est dépêchée sur place. Elle use de son charme mais sans grand résultat. Serge revient pour tenter de convaincre sa mère de ne pas s’opposer à ce projet.
Émilie et Victor, aidés de quelques voisins, résistent malgré les menaces et intimidations…
Émilie, un personnage féminin lumineux. Humaniste et pleine de bonté mais opiniâtre pour défendre sa forêt et son monde. Une grande dame, un des plus beaux portraits de femme toute simple, une découverte au cours de mes dernières lectures. Beaucoup d’autres personnages dans cette fable moderne… quel monde laisserons-nous à nos enfants et petits-enfants ?
Une très belle écriture que j’ai beaucoup appréciée, les descriptions de la nature sont particulièrement réussies. Un roman écologiste que je recommande. Le pot de terre contre le pot de fer. Parfois la détermination de certains fait reculer le massacre de la nature qui, lui est uniquement dicté par le profit à court terme.

Extraits :
– « Les pâtures du vent », plaisantaient les rares bergers qui venaient là, sur le penchant, estiver leurs troupeaux.
– Il fallait aussi compter avec un autre genre de paroissiens, les corbeaux. Des raconteurs d’histoires souvent tristes, quelquefois drôles.
– Émilie n’aspirait plus qu’à se métamorphoser en ourse, enfouie dans le poudrin, avant de sombrer dans un grand tourbillon onirique.
– À cet instant précis, elle se sentait seule, vraiment seule et désemparée. À ne pouvoir se répéter que des histoires sans paroles de peur que les mots de se gèlent.
– Il accédait à un autre continent, à la fois déroutant et familier.
– Ce qui la dérangeait, chez eux, provenait du fait qu’ils n’étaient pas vraiment des militants.
– Il n’avait donc d’autre solution que de la convaincre en lui faisant miroiter son propre intérêt.
– Il paraît que dans le subconscient d’un chasseur existe un écologiste qui prend des somnifères…
– Il avait découvert la poésie sur les bancs de l’école mais comme de nombreux jeunes, il s’en était détourné durant l’adolescence, avant de se mettre sur le tard à la lecture et d’apprécier les œuvres de Dylan Thomas, John Milton, Walt Whitman, William Butler Yates et e.e.cummings, pour ne citer qu’eux.

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Yvon Bouëtté
Eireann Yvon 17 juillet 2018
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