Parution : 23/08/2018
ISBN : 9782360545186
208 pages (148x210)

Terres fauves

Dans le sillage de Denali, Patrice Gain s’approprie avec brio les codes de la littérature américaine des grands espaces et entraîne le lecteur dans une lutte pour la survie dont peu sortiront indemnes.
David McCae, écrivain new-yorkais en mal d’inspiration et citadin convaincu doit quitter Brooklyn pour l’Alaska dans le but de terminer les mémoires du gouverneur Kearny. Le politicien visant la réélection, il envoie son prête-plume étoffer l’ouvrage d’un chapitre élogieux : le célèbre et très apprécié alpiniste Dick Carlson, ami de longue date, aurait de belles choses à raconter sur lui et leurs aventures. Direction Valdez pour David, direction le froid, les étendues blanches, les paysages sauvages et un territoire qui l’est tout autant. Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, l’alpiniste n’en est pas moins disert et David en apprend beaucoup. Trop. Devenu gênant, la violence des hommes, et celle d’une nature qui a préservé tous ses droits, va s’abattre sur lui et l’obligera à combattre ses démons pour survivre lors de cette course effrénée qui l’amènera du Canada à Portland.

Revue de presse

- Terres fauves Dealer de lignes 24 août 2018
- Terres fauves Nathalie Glorion - Les Passions de Chinouk 23 août 2018
- Terres fauves Patrick Beguinel Litzic.com 3 septembre 2018

- Terres fauves

Après avoir découvert l’année passée Denali, un fabuleux roman noir (retrouvez ma chronique ici), j’étais impatiente de retrouver cette plume qui m’avait tant charmée et envoûtée. Une petite appréhension m’accompagne, comme toujours à la lecture d’un nouveau roman d’un auteur que j’affectionne mais dès les premières pages la magie opère et elle s’envole. Je retrouve le style et la plume singulière de l’auteur que j’avais tant appréciés. Une fois encore, le bonheur est au rendez-vous.

Fan de littérature américaine, je retrouve tout ce que j’aime chez ce Frenchy qui s’approprie avec brio les codes du roman noir nature writing.

L’auteur dépeint à merveille ce territoire aussi magnifique que malveillant, et nous offre la possibilité de découvrir une intrigue surprenante en accompagnant David dans son combat empli de souffrances, pour survivre et échapper à toute cette violence à laquelle il se retrouve confronté, malgré lui.

Un récit immersif où la peur et l’angoisse ne nous quitte jamais.

Patrice Gain a l’art et la manière pour instaurer un climat terrifiant, pour rendre ses personnages attachants et nous offrir une histoire poignante dans un décor grandiose qui réserve des rencontres surprenantes, le tout sublimé par une écriture soignée, ciselée à la perfection.

Un livre dédié aux lecteurs amoureux du noir et des grands espaces, qui ne seront pas contre un voyage livresque aux nombreuses qualités.

Coup de foudre de cette rentrée littéraire. Un roman qui rejoint ceux que l’on oublie pas.

Retrouvez la chronique sur Dealer de lignes

Dealer de lignes 24 août 2018

- Terres fauves

Note : 10/10

Premières phrases
Je n’aime pas les carrefours. Ces routes qui se croisent et se ressemblent tant. Leur antagonisme m’oppresse. Je préfère les longues lignes droites. J’aime quand le temps passe sans faire de vague. Les pires sont ceux qui orchestrent la circulation des campagnes à coup de pancartes rouillées et de destinations hasardeuses. Celui qui se dessinait dans la lueur blanche des phares de ma voiture était un modèle du genre : criblés de balles, les panneaux étaient illisibles et n’apportaient aucune indication probante si ce n’est sur l’état de désœuvrement des populations locales.

Pourquoi ce livre?
Patrice Gain est l’auteur du sublime Denali et du succulent La Naufragée du lac des dents blanches. Alors quand celui-ci, il y a plusieurs mois, m’a laissé entendre que son prochain roman se déroulerait en Alaska, vous imaginez bien que j’avais hâte de le lire ! Et il est enfin là. Je suis d’ailleurs très reconnaissante envers la maison d’édition Le mot et le reste, car j’ai eu l’honneur d’être la toute première lectrice de Terres fauves.

Mon avis sur Terres Fauves de Patrice Gain

Davis McCae est un écrivain new-yorkais, un citadin pur et dur. Ne lui parlez pas de nature, cela lui file des boutons. Et pourtant, son éditeur va l’envoyer en Alaska pour ajouter un nouveau chapitre au livre sur le gouverneur Kearny qu’il est en train d’écrire (à la demande de celui-ci, qui espère que l’ouvrage contribuera à sa réélection). Lors de ce voyage, il doit interviewer Dick Carslon, un célèbre alpiniste et ami du gouverneur. Tous deux ont effectué l’ascension du plus haut sommet des États-Unis.
David part donc à Valdez rencontrer Dick, et tout ce que je peux vous dire, c’est que son séjour ne va pas se dérouler comme il l’avait prévu, ni même imaginé dans son pire cauchemar.

P19 « L’Alaska est le dernier endroit après l’enfer où j’avais envie de mettre les pieds et de surcroît je détestais prendre l’avion »
Je ne vous raconte pas mon état d’excitation à l’idée d’enfin pouvoir vous parler de Terres Fauves, car je peux enfin vous dire que cette lecture a été un immense coup de cœur !

Il y a bien longtemps qu’il ne m’était pas arrivé de prendre autant un personnage de roman en affection.
J’ai eu pitié de David pendant les 200 pages du livre. Je n’arrêtais pas de me dire : le pauvre… (Promis, je me soigne).

P46 « il y avait là toute la quintessence de ce qui m’angoissait ; le genre d’endroit où le voisin le plus proche est le Bon Dieu »
Pendant la première partie du roman, qu’est-ce que j’ai pu envier le personnage ! Fairbanks, Whitehorse, Valdez ! Que des endroits qui me font rêver. Je lui disais : mais arrête de râler contre cette magnifique nature sauvage et ses paysages à couper le souffle, profite. Puis au milieu du livre, l’histoire bascule et là tu te dis, mais WTF ! Une scène terrible et hallucinante — que j’ai relue 2 fois pour être sûre de ce que je venais de lire — m’a fait me demander pourquoi l’auteur s’acharnait autant sur ce pauvre David.

P57 » Les deux hydravions ont glissé sur les eaux calmes de la baie avant de prendre lentement de l’altitude. Quelques minutes après ils avaient disparu. Je me suis assis sur le ponton et j’ai attendu. Une angoisse sourde me serrait déjà le ventre. Je calculais mentalement le temps nécessaire pour faire l’aller-retour à Valdez et décharger le matériel. Je me disais que dans une petite heure l’hélicoptère serait de retour […] Quand le soleil est passé derrière les sommets et que les eaux de la baie sont devenues noires, j’ai compris que personne ne reviendrait me chercher “
P92 « Mon dernier espoir était de me réveiller »
L’écriture de Patrice Gain est terriblement addictive et immersive. Il vous sera impossible de lâcher cette histoire avant la fin. La description des paysages va vous projeter à des milliers de kilomètres, un aller simple pour Valdez sans bouger de chez vous (et cela vaut mieux, croyez-moi).

Je ne sais pas pourquoi, mais dès la première phrase, l’auteur m’a embarquée avec lui : « Je n’aime pas les carrefours ». Cette phrase m’a hypnotisée. Un état de fait qui a perduré pendant 200 pages, car tout le reste de l’histoire n’a été qu’explosion de sentiments. 200 pages où rien n’est en trop, 200 pages de pur bonheur littéraire.

Je suis vraiment passée par toutes sortes d’émotions lors de ma lecture. J’ai été surprise, stupéfaite, choquée, horrifiée mais j’ai aussi ri et été émue dans les dernières pages de l’ouvrage.

J’ai ri car l’aversion qu’a le personnage pour la nature est décrite avec humour. C’est un délice de le voir « subir » ces immensités sauvages.

On retrouve dans Terres fauves deux thèmes déjà présents dans son précédent roman : celui de l’alpinisme (une des passions de l’auteur), mais aussi l’image du père.

J’ai adoré les petites références ici et là à Steinbeck (un auteur que j’aime énormément) et particulièrement à son roman culte Des souris et des hommes. Patrice a même donné vie à son Lennie à lui.

Avec Denali, l’auteur avait mis la barre haute en s’appropriant les codes de la littérature américaine des grands espaces. Avec Terres fauves, il entraîne le lecteur dans une lutte pour la survie dont peu sortiront indemnes.

Un livre drôle, terrible et émouvant. Un livre que vous devez absolument lire, Parole de Chinouk !

Par contre, voilà quelques petites recommandations avant d’entamer votre lecture de Terres Fauves: prévoyez quelques heures où vous ne serez plus disponible pour personne. Débranchez votre téléphone, faites-vous un bon thé/café/chocolat chaud et profitez du voyage !

Retrouvez le billet de Chinouk sur son blog

Nathalie Glorion
- Les Passions de Chinouk 23 août 2018

- Terres fauves

David McCae est envoyé par son agent en Alaska, pour y rencontrer Dick Carlson, alpiniste chevronné, premier alpiniste Américain à avoir gravi un sommet de plus de 8000 mètres, et ami de longue date du gouverneur Kearny dont David doit rédiger les mémoires. Sur place, il découvre un homme qui lui est tout de suite antipathique.

Lors d’une interview fortement alcoolisée, l’alpiniste se laisse aller à la confidence… fortuite. David réalise qu’il possède une véritable « bombe » et devient de ce fait fortement gênant. Commence dès lors son calvaire, sur une terre sauvage, où les fauves ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Grand roman d’aventures, dans tous les bons sens du terme, Terres fauves (aux Éditions Le mot et le reste) de Patrice Gain nous transporte en des lieux inhospitaliers, rudes, magnifiques également. La nature y est sauvage, dans tous les sens du terme, les hommes qui l’habitent ne le sont pas moins.

L’auteur place dans cet univers de glaces, de lacs et de forêts, un écrivain qui vient de se faire larguer par sa compagne, écrivain plus ou moins en berne qui ne sait pas trop quel sens donner à sa vie. Nègre, il va se retrouver, bien malgré lui, à Valdez, village isolé d’Alaska, pour y rencontrer des hommes sans scrupules, des ours et des loups, la nature, et surtout lui-même.

Les phrases de Patrice Gain, au début du roman, sont hachées, presque pronominales. Elles retransmettent parfaitement l’état de désespérance de son personnage, hagard, perdu. Par la suite, elles s’étirent, elles entrent dans une forme de contemplation, parfois horrifique tant elle est brutale, pour retransmettre au mieux ce que ressent son personnage face à l’univers qui, contre son gré, devient le sien.

Elles transmettent la peur, le besoin irrépressible de survivre, nous placent dans le contexte en nous interrogeant sur ce que nous ferions en pareilles circonstances. Elles nous caressent également, déroulent devant nos yeux comme un plan-séquence au cinéma, où les péripéties arrivent sans que les voyions venir, avec ce caractère inexorable, parfois terriblement cruel et injuste, lié au monde sauvage.

Le roman est plus que crédible. Nous nous posons la question de savoir si de tels événements sont justes imaginaires ou tirés de faits divers. Dans les deux cas, Patrice Gain possède le talent pour nous faire croire que tout cela est réel, ce qui instaure en nous un sentiment entre le malaise et la fascination, d’autant plus que la psychologie de David McCae est fouillée. Si ce dernier nous paraît légèrement agaçant au début, à se morfondre sur lui-même, au fur et à mesure de l’histoire il s’étoffe pour devenir une sorte de héros malgré lui. Humain, il se bat pour voir le matin suivant, se réveille d’une léthargie dont nous connaîtrons le fin mot quelques pages avant la fin.

Vous l’aurez compris, un souffle épique parcours ce roman de bout en bout, un souffle authentique inspiré du parcours professionnel de l’auteur (spécialiste de la montagne et ingénieur en environnement), qui restent ancrés en nous durant de longs jours. Ce roman n’a de cesse de nous revenir en tête, comme un souvenir enfoui en nous.

Ne restent dès lors que deux sentiments à ressurgir régulièrement, inspirés par la beauté de la nature et son indicible cruauté : l’émerveillement et le respect.

Magnifiques Terres fauves…

Retrouvez la chronique sur Litzic.com

Patrick Beguinel
Litzic.com 3 septembre 2018
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