Parution : 09/06/2020
ISBN : 9782361393090
220 pages (14,8 x 21 cm)

19.00 €

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Sans terre

Sans terre, aux éditions Le mot et le reste, aborde avec finesse la question du militantisme écologique ou plus largement celui du militantisme politque, jusqu’où il est possible d’aller pour défendre une cause.

Gilbert Chevalier – France Info

L’Île d’Orléans est un bout de terre fertile, baigné des eaux du Saint-Laurent, qui fait face à Québec. Alors que sur une des rives, l’activiste écologiste Gabrielle Rochefort manifeste parmi de virulents militants contre la compagnie pétrolière Cliffline Energy, des flammes ravagent son chalet. Celle qui a déjà été condamnée pour ses idées ne peut y voir une coïncidence. Lorsqu’on retrouve, proche de l’incendie, le cadavre de Linares, un Guatémaltèque employé de la ferme où travaille Gabrielle, les soupçons se portent plutôt vers le contremaître, ouvertement raciste et dont le goût pour la violence n’est un secret pour personne. L’activiste, elle, soutient que la mort du jeune immigré n’est qu’un dégât collatéral dans un vaste complot qui impliquerait les hautes instances du gouvernement. Dans l’ombre de l’enquête officielle, celui qu’on surnomme « Chef », retraité de la police nationale, dévoreur de polars échoué sur un voilier et ancien amant de Rochefort, cherche à voir clair dans les eaux troubles du fleuve.

Revue de presse

- Sans terre Flore Delain En lisant, en écrivant 29 juin 2020
- Polard d'été Gilbert Chevalier France Info 7 juillet 2020

- Sans terre

Marie-Ève Sévigny est journaliste et directrice de la Promenade des Ecrivains. Elle vit au Québec. Sans terre est son premier polar.

A la rencontre d’une femme solaire, un petit bout de femme d’une énergie et d’une vitalité peu communes. D’aucuns diraient qu’elle est criminelle, que c’est une terroriste même, et qu’elle a bien mérité son séjour en prison. Tout ça parce qu’elle a décidé d’aller déverser des oiseaux englués de pétrole devant la belle et riche demeure du ministre de l’Ecologie et des Ressources naturelles. Bon, elle y a mis le feu, c’est vrai, mais le ministre l’avait bien cherché puisqu’il n’a rien fait ni pour prévenir la marée noire, ni pour punir les coupables. La vérité, c’est que la compagnie pétrolière fait la pluie, le beau temps et tout le reste dans ce gouvernement, et que Gabrielle Rochefort n’est pas du genre à accepter avec fatalisme ce contre quoi elle peut se battre.

Femme caucasienne, écrirais-je si je rédigeais encore des rapports de police, même si le vaste Caucase n’avait pas grand-chose à voir avec ce petit bout de femme de cinq pieds juste, aussi costaude qu’un vélo d’enfant, et pourtant capable de vous botter le derrière à vous envoyer sur la lune.
Une emmerdeuse.
Un front de bœuf, une tête de cochon, qui vous émoustille jusqu’à ce que cela vous pourrisse l’existence – pour moi, c’est arrivé plus tard que tôt et, encore aujourd’hui, je n’arrive pas à savoir si j’en éprouve du soulagement ou des regrets.

Voilà le genre de femme dont est tombé amoureux le Chef, retraité de la police de l’île d’Orléans, petite terre située face à Québec au bord du Saint Laurent, qui vit le plus souvent sur son bateau avec sa chienne Karla – sa femme est trop occupée à vivre pleinement sa sexualité pour qu’il trouve confortable de partager sa demeure avec elle -, grand lecteur des romans policiers que lui conseille son libraire, son « thérapeute », comme il l’appelle. Il a même eu une liaison avec Gabrielle, mais ce n’est pas une femme qu’on garde, il le sait bien, et il se contente désormais d’être un ami proche et attentif.

[…]

Or, une nuit, la petite maison dans laquelle vit Gabrielle – heureusement absente – est incendiée, et on retrouve peu de temps après le corps de Linares, un employé guatémaltèque de l’exploitation, son amant occasionnel.

Pour Gabrielle, c’est on ne peut plus clair : on a décidé de lui faire suffisamment peur pour qu’elle cesse ses activités, mais c’est mal la connaître, bien sûr, puisqu’elle est, au contraire, plus déterminée que jamais. Quant au meurtre de Carlos Linares, il s’agit sans doute d’un règlement de compte avec le contremaître employé par Marie-Louise sur la ferme, un sale type raciste, sadique, violent qui avait déjà frappé Linares avec une pelle peu de temps avant.

Une enquête est diligentée, à laquelle Chef se mêle, pas vraiment officiellement, pas tout à fait officieusement non plus, avec les intérêts de Gabrielle à coeur, bien sûr, mais surtout avec un esprit lucide et aiguisé, un goût pour la vérité et un regard terriblement humain posé sur ceux qui l’entourent.

[…]

C’est lui, à mon sens, le personnage principal de ce récit, cet homme épris de littérature et de solitude dont l’ironie est censée contrebalancer sa sensibilité extrême. Être amoureux ne l’empêche pas de voir Gabrielle, ses failles et ses faiblesses, sa générosité pour autrui et son égoïsme cruel. Tout est soumis à son dessein de militante, c’est sa raison d’être, tout est subordonné à sa lutte, aussi généreuse et altruiste qu’elle soit, au service de laquelle absolument tous les moyens sont bons. Toujours pleine d’énergie, courageuse, bravant tous les dangers, ricanant au nez du pouvoir, animée d’une juste colère, Gabrielle ne peut pas se permettre le luxe de l’amour, et Chef le sait bien.

Le roman parle aussi d’écologie et de la corruption qui touche les plus hauts dirigeants du Québec pour qui le profit vaut bien qu’on vende la nature à l’encan. Peu importe la destruction de notre environnement, après eux le Déluge, tout ce qui fait obstacle à s’en fourrer plein les poches est à écraser, définitivement si possible. Il en faut bien, des gens de la trempe de Gabrielle, pour dire non.

[…]

Très noir et très actuel, ce roman est aussi nourri de personnages complexes et attachants comme Violette Fortuné, une policière maligne et déterminée, Marie-Louise Plante, maternelle et dévouée envers ses employés et cependant patronne exigeante et Eduardo, employé saisonnier qui s’esquinte la santé la moitié de l’année, comme tous les autres employés, pour nourrir sa famille laissée au pays. Et malgré tout, chacun espère être réembauché l’année suivante et fait taire ses souffrances et ses plaintes.

Mondialisation de la misère qui s’entretient à coups d’emplois mal payés et harassants.

– Si on est si bien traités ici, pourquoi personne de ta race n’accepte plus de faire notre travail ?

On est laissé avec un sentiment d’injustice et de colère face au monde tel qu’il est fort bien décrit par Marie-Ève Sévigny où la nature et les hommes ne sont que des ressources à exploiter dont on cherche à tirer le maximum de profits.

Lisez la chronique complète sur le blog de Flore Delain

Flore Delain
En lisant, en écrivant 29 juin 2020

- Polard d'été

C’est la Québécoise Marie-Eve Sévigny qui a choisi le classique de la guitare du trio Al Di Meola, John Mc Laughlin et Paco de Lucia pour accompagner la lecture de son roman. Il s’agit de Manha De Carnaval.

Sans Terre a tous les ingrédients du polar classique avec une héroine troublante, des morts, une enquête des policiers et un contexte où les conflits sont nombreux.

[…]

Marie-Eve Sévigny nous permet de découvrir un contexte étonnant où cette île d’Orléans devient un enjeu pour une grande compagnie qui veut y installer un terminal pétrolier. Le roman nous parle aussi de corruption du milieu politique et du sort réservé aux travailleurs mexicains qui viennent travailler dans les fermes de cette île encore très agricole, avec de nombreuses cultures maraichères.

[…]

Même si Sans terre est beaucoup plus intimiste, resserré autour des quelques personnages forts imaginés par Marie-Eve Sévigny, son roman est écologique, voire politique. Sans terre, aux éditions Le mot et le Reste, aborde avec finesse la question du militantisme écologique ou plus largement celui du militantisme politque, jusqu’où il est possible d’aller pour défendre une cause.

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Gilbert Chevalier
France Info 7 juillet 2020
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