Parution : 18/02/2021
ISBN : 9782361396824
120 pages (14,8 x 21 cm)

Le violon de Scarlet

Au fil de ces nouvelles, Ahmed Kalouaz allie sa plume délicate et son style imagé à son amour des découvertes, humaines et géographiques.
Avec cette vingtaine de nouvelles, le lecteur part à la rencontre du monde et des autres, à Sète, dans le Vercors, à la Pointe du Raz, en Aveyron et même à New York, à la recherche de Scarlet Rivera, la violoniste de Bob Dylan. Ahmed Kalouaz entremêle habilement autobiographie et romance, c’est ainsi qu’on découvre avec plaisir quelques expériences d’écrivain, lors d’ateliers auprès de collégiens 
ou au détour de résidences plus aventureuses, puis qu’on bascule doucement dans la vie d’un jeune prisonnier de retour à Ouessant ou aux côtés d’une femme qui fait le deuil de son père dans la maison familiale. Ahmed Kalouaz aime bourlinguer et nous transmet son envie, on ressort 
de ce recueil le cœur gonflé de ses rendez-vous manqués ou réussis, de ce que la vie peut nous apporter de tendre, d’apaisé ou de sombre.

Revue de presse

- Le Violon de Scarlet Tawfiq Belfadel Lecture Monde 24 février 2021

- Le Violon de Scarlet

Il s’agit du tout nouveau livre de l’écrivain Ahmed Kalouaz ; recueil de nouvelles intitulé Le violon de Scarlet.

Le recueil comprend une dizaine de courtes nouvelles. Les fictions racontées sont diverses : de ce passionné qui va à New York sur les traces de Scarlet Rivera et son violon, jusqu’à ce patient qui comble son séjour à l’hôpital par la musique, en passant par ce veilleur de livres qui installe des petites bibliothèques dans les rues, et ces nombreuses rencontres amoureuses…« Son violon (Scarlet) est une ligne plantée dans les veines, elle court de la paume des mains pour s’accrocher aux cimaises des yeux » (p10).

Alors, quels sont les points communs entre ces nouvelles ? Qu’est ce qui caractérise les mots de ce recueil ?

Le recueil peint des thèmes sensibles qui explorent la condition humaine dans sa profondeur. D’abord, il y a la mélancolie due à la solitude, à l’absence d’amis et de proches, au poids des souvenirs…Les personnages sont souvent isolés, même en compagnie des gens : solitude désirée. « Solitaires, nous le sommes souvent, avec nos singulières vies » (p106).

Ensuite, il y a les rencontres nées du hasard, du miracle. L’amour est omniprésent. Un voyageur rencontre une femme dans une gare ; un autre rencontre une touriste arnaquée par une agence de voyage ; des personnages rencontrent d’anciennes amantes…« La nostalgie, le destin, l’amour, celui qui a posé son front sur mon épaule un soir d’été » (p80).

Si les rencontres dissipent la mélancolie, la solitude reprend le dessus souvent. Par exemple, un homme rencontre son ancienne amante après des décennies mais passent la nuit chacun dans sa chambre. « (…) il était temps de regagner l’hôtel, pour m’offrir une soirée promise à la solitude » (p33).

Enfin, il y a la nature qui est une alternative, un refuge pour les personnages. Les fictions ont lieu, presque toutes, dans la campagne française, dans des villages à la belle nature avec comme éléments de décor : montagnes, champs, fermes, animaux, rivières…Parmi les lieux réels cités : Vosges, Ardèche, Annecy…La nature permet ainsi aux personnages de panser leur mélancolie, d’être en paix avec eux-mêmes, d’exister dans ce monde imprégné de solitude. «(…) ils se glissent entre le court goulet de roches, et pour avoir enfin vue sur le plateau, et juste en face, miracle de la journée lumineuse, le collier de la chaine des Alpes… » (p44).

L’écriture est poétique. Des phrases et des passages sont des poèmes en prose insérés dans les nouvelles. Certains personnages expriment leur passion pour la poésie en évoquant Aragon, Mallarmé et d’autres poètes. Cela embellit davantage le recueil et attire le lecteur par la beauté des mots ; ce qui compte c’est le comment dire et non quoi raconter. « Un amoureux du paysage et de la marche qui portait toutes les terres du monde sous ses semelles » (p24).

Les nouvelles ont un écho universel, bien qu’elles aient lieu pour la majorité en France. Les personnages sont souvent désignés par des mots génériques (homme, femme, infirmière…) ou des pronoms personnels.

L’auteur a glissé des éléments autobiographiques sans faire de l’autobiographie ; il vit en Villeneuve-lès-Avignon connue par sa belle nature (décor des nouvelles) ; enfant déjà, il a grandi au sud de l’Isère ; sa passion pour la poésie ; hommage au père ancien tirailleur et travailleur du bâtiment… « Mon père m’avait appris de belles choses à faire de mes mains, ce qu’il avait du connaitre pour pouvoir vivre décemment sur la Causse » (pp63–64)

Ce qui constitue le point faible des nouvelles est l’absence de chutes attirantes, le pilier du genre de la nouvelle. Elles se présentent comme des anecdotes, des textes écrits en un trait. L’auteur donne davantage d’importance aux mots pleins de poésie et moins d’intérêt à la construction. Cependant, ce petit point faible n’altère en rien la qualité et la beauté du livre.

Bref et sensible, écrit avec une belle poésie, ce recueil de nouvelles peint la condition humaine dans ce monde mutilé par la mélancolie. C’est aussi un grand hommage à la nature et à la poésie !

Une chronique à retrouver sur Lecture-Monde

Tawfiq Belfadel
Lecture Monde 24 février 2021
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