Parution : 05/09/2019
ISBN : 9782361390587
210 pages (14,8 x 21,0cm)

Les Ardents

Dans une langue magnifique qui exalte les mystères de la nature, Nadine Ribault peint une société cruelle rongée par l’inquiétude et la peur de l’autre. Un conte médiéval incandescent.

Claire Julliard

À la fin du XIe siècle, dans les Flandres maritimes, Isentraud tient d’une main de fer le château de Gisphild et ses sujets. Poussé par cette dernière, son fils Arbogast ne voue plus, en raison de ses origines étrangères, que haine à sa jeune épouse Goda et la condamne à l’isolement. Insidieusement, le mal des Ardents, que rien ne semble pouvoir ralentir, envahit la région. D’une légende médiévale, Nadine Ribault fait un rêve enfiévré où la description de chaque sensation, chaque lieu, chaque sentiment invite à retrouver son écriture ciselée. Le lecteur plonge dans l’ardeur de l’histoire amoureuse qui, mêlée à celle des guerres, sur fond de siècle lointain, a tout à voir avec notre époque.

Revue de presse

- Arrache-cœur 682 Nikola Radio Campus // Paludes 911 4 octobre 2019
- Les Ardents Sylvie Lansade Encres vagabondes 21 octobre 2019
- Les Ardents Claire Julliard L'OBS 19 octobre 2019
- Des âmes en feu Sébastien Omont En attendant Nadeau 24 septembre 2019
- Les Ardents Marc Verlynde La Viduité 18 septembre 2019
- Entretien avec Nadine Ribault Simone Tremblay La livrophage 13 septembre 2019
- Les Ardents Simone Tremblay La livrophage 12 septembre 2019
- Les Ardents Caroline Un dernier livre avant la fin du monde 5 septembre 2019
- Les Ardents Mumu Mumu dans le Bocage 5 septembre 2019

- Arrache-cœur 682
L’équipe de Radio Campus vous parle de trois livres qui ont fait leur rentrée littéraire. Une émission à réécouter sur le site de la radio
Nikola
Radio Campus // Paludes 911 4 octobre 2019

- Les Ardents

Mal des Ardents : nom donné à la forme gangreneuse de l’ergotisme (intoxication par l’ergot de seigle prenant soit une forme convulsive, soit une forme gangreneuse) qui sévit sous forme d’épidémie du Xe au XIIe siècle. Appelé aussi Feu de Saint-Antoine.

Il est au Camposanto de Pise un magnifique Triomphe de la Mort, une fresque où de nobles jeunes gens à cheval, à pied, pendant une chasse, regardent tous dans la même direction : un tombeau ouvert et un squelette. Bien plus tardive que le récit de Nadine Ribault, qui se déroule au XIe siècle dans un lieu beaucoup moins méridional, les Flandres maritimes, cette fresque me hante à la lecture de ce conte cruel dont le style semble emporté par le rythme des sarabandes hallucinatoires qu’il met en scène la pour défier la mort.

– La fête orgiaque au château de Gisphild pour fêter le départ à la guerre.
« Une prodigieuse farandole de créatures à moitié nues, […] tohu-bohu de têtes décomposées, de joues enflammées, de peaux envermeillées, de tailles ondulantes, de flambeaux animés, de linges qui, dans la danse, volaient et de pupilles claires qui clignotaient dans l’océan du soir. »

– Le charivari du carnaval au milieu d’un hiver atroce comme un dernier sursaut de vie.
« Les musiciens jouaient des rythmes enragés. Les pieds glissaient. On déroulait des farandoles. […] Du noir charbonneux de ces nuits, surgissaient des colonies de figures blafardes ou rouges, rigolardes et essoufflées, des nains sataniques, des vieillards à la mine pierreuse, des visages de femmes engoncés dans l’insomnie, des goitreux, les pucelles presque sans vie, des mendiants dépenaillés, des garçons mal dégrossis, de graveleuses prostituées, des tâteurs de poules, des crève-la-faim décharnés, des miséreux convulsifs se traînant par terre à l’aide de plaques de bois liées à leurs membres gourds, des Ardents qui n’avaient plus de jambe, ou plus de bras, parfois les deux, des gueux et des gueuses entraînés, pour se chauffer un peu, en des danses endiablées […] tous et toutes comme surgis de lointaines catacombes du monde. »

– La fête grotesquement hideuse des malades atteints du mal des Ardents où, torturés par d’atroces souffrances, ils semblent possédés du démon.
« Les yeux pleins de fièvre se troublaient et les voix s’en allaient et les membres cassaient brusquement comme des pieds de chaises. Une épouvantable odeur se répandait, levant le cœur de quiconque était là. Les corps étaient rouges, couverts d’ulcères. Le feu leur brûlait les entrailles. Sitôt le tronc atteint, c’en était presque assurément fini. Rongés par le mal, à bout de force, ils agonisaient et rendaient l’âme. D’autres fois, il fallait lier les malades en transe à leurs lits pour qu’ils n’allassent pas se jeter nus dans les eaux fraîches des marais où ils pourraient enfin, réclamaient-ils à cor et à cri, éteindre cet insupportable feu. »

Sur cette contrée règne par la terreur Isentraud, qui prend plaisir à assister à des séances de tortures et qu’on imagine à la semblance de la Reine dans Blanche-Neige. L’histoire ici commence où le conte finit. Le fils d’Isentraud, Ribogast, ramène sa jeune épousée chez sa mère. Aussitôt celle-ci hait l’étrangère et voit en elle la fin de son règne.
« Quand l’étrangère était apparue au château […] pour se retrouver face à Isentraud, ses sourcils, ses longs cheveux noirs et sa peau pâle dénonçant ses origines romaines, le sang d’Isentraud n’avait fait qu’un tour. »

[…]

Est-ce la rébellion qui couve dans le hameau de Gisphild, et le ralliement possible de ce même Bruny qui désapprouve l’attitude d’Argobast auprès de sa jeune épouse qu’il laisse dépérir dans une ferme à en dehors du château ?
On ne sait. Mais le mal est dans le fruit (dans le grain en l’occurrence). Il règne en maître absolu au château sous les espèces d’Isentraud et se propage dans toute la contrée, tel le feu de l’enfer.

Nadine Ribault nous entraîne dans une fable ? Un conte ? En tout cas dans un texte poétique, brûlant.

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Sylvie Lansade
Encres vagabondes 21 octobre 2019

- Les Ardents
Au XIesiècle, Isentraud, la terrible châtelaine de Gisphild, fait régner sa loi dans le domaine des Flandres. Lorsque son fils Arbogast lui présente sa jeune femme, l’étrangère Goda, sa colère se déchaîne. Elle sépare les époux, isole sa bru, l’emprisonne dans une ferme. La recluse devient une curiosité pour les gens du cru. Seule son amie Abrielle la réconforte, l’incite à fuir. À cette époque, telle une punition, le mal des Ardents s’insinue alentour. Dans une langue magnifique qui exalte les mystères de la nature, Nadine Ribault peint une société cruelle rongée par l’inquiétude et la peur de l’autre. Un conte médiéval incandescent.
Claire Julliard
L'OBS 19 octobre 2019

- Des âmes en feu

Les ardents est un roman flamboyant. Nadine Ribault y décrit dans des phrases intenses les tourments et les désirs de trois femmes fortes. Dans la Flandre du XIe siècle, aux points de rencontre entre terre, mer et ciel, leur affrontement vaut pour toute une population atteinte d’un mal qui brûle de l’intérieur les corps et les âmes et les brise comme du bois sec.

Le château de Gisphild n’est qu’une tour de bois posée sur sa motte féodale. Soumis aux vents marins, au sel et au gel, il pourrit sur place, comme tout ce qui vit aux alentours, et ne continue à se dresser que par la volonté de sa châtelaine. Aussi sombre et âpre que le pays, dotée d’un fils, Arbogast, rude guerroyeur, mais lunatique, sujet à des fureurs de sauvage et à d’« étranges absences », renfermée dans sa place forte qu’elle arpente, Isentraud ne vit que pour son fief et son pouvoir, pour ce domaine qu’elle scrute de ses remparts et qu’elle maintient en dépit de tout et de tous, par la peur.

L’autorité d’Isentraud va s’éprouver à l’aune de deux autres femmes, dont la puissance, d’apparence moindre, prend davantage de détours pour se manifester. Goda vient du Sud, du comté de Boulogne, plus civilisé. « Romaine », douce et charitable aux malheureux, digne quelles que soient les avanies que lui fait subir Isentraud, résistant par son silence, Goda correspond aux valeurs chrétiennes et seigneuriales de la dame idéale. Car Arbogast, d’un voyage « au milieu des collines du Boulonnais, qui tant différaient, charmeuses, enjôleuses et souriantes, de son propre pays des Flandres maritimes », a ramené cette jeune épouse, avec ce « qu’elle lovait en son sein de beauté, d’intelligence, d’éclat, de patience, d’affabilité, de rareté ». Instantanément, la maîtresse de Gisphid la hait et détourne d’elle son faible fils. Recluse, affamée, Goda montre les vertus d’une sainte et gagne ainsi les cœurs, accomplissant ce qu’Isentraud redoutait : saper son pouvoir.

[…]

À mesure que l’hiver gèle Gisphis, les Ardents se multiplient dans les bois : « La famine répandit son venin. Les gens mangèrent n’importe quoi ». Malgré les soins d’Abrielle, infirmière dressée de toute sa liberté contre la maladie, « tout allait de travers et tout à reculons », le Mal s’étend, les douleurs augmentent. Dans ce pays pluvieux, humide, spongieux, le feu invisible dévore les corps et les âmes : « Ainsi, la matière à présent s’en allait, la chair même du domaine, sa consistance, sa matière chaude et concrète ». La châtelaine autoritaire retranchée dans sa forteresse a conduit son peuple au malheur, La dame charitable et exemplaire ne l’a pas sauvé. Seule la sauvageonne indocile apporte un réconfort. À la fin, au sortir de l’adolescence, restent Abrielle et Inis, la fille des bois et l’imparfait chevrier. La vie.

Il est difficile de dire tous les bonheurs d’écriture des Ardents, toutes les images qui condensent la pensée et les émotions, les représentent dans leurs hésitations, et dans leur jaillissement : quand, après mille précautions, on brûle ses vaisseaux. Ces personnages songeurs, perdus en eux-mêmes, irrésolus ou colériques, consumés de l’intérieur, nous ressemblent par leurs questionnements. Et tant mieux, parce qu’ils sont magnifiques.

Lisez toute la chronique de Sébastien Omont en ligne

Sébastien Omont
En attendant Nadeau 24 septembre 2019

- Les Ardents

Un lyrisme incandescent pour saisir, en des phrases sinueuses et imagées, la luxuriance d’une magie où l’inextricable enjoint à l’inexplicable, où la poésie dessine une pratique de la ferveur et de l’ardeur. Dans un style habité et fiévreux, Nadine Ribault capture le lecteur dans un conte du Moyen-Âge, dans une période de sombres enchantements, de maladies malignes, de passions destructrices. Les ardents ou la brûlure de l’existence.

Un temps d’acclimatation est sans doute nécessaire pour entrer dans ce roman, pour s’adapter au rythme de la prose poétique de l’autrice. J’avoue n’avoir, jusqu’à ce livre, jamais entendu parler de Nadine Ribault. Fort dommageable tant elle invente dans Les ardents un rapport sensuel, réfléchi, comme condensé, à une langue d’une très grande élégance, d’une immense force pour saisir les enchantements de la nature et d’une grande ferveur pour dire les brûlures du désir. Chaque phrase offre une grande densité, chute, contraction, voire contradiction en miment et en minent la période. Au prix parfois d’une certaine opacité. Temps de s’approprier cette langue dont au début on se demande où elle va. Peut-être d’ailleurs seulement par un parasitage culturel. La précision géographique, au sens de l’invention d’une topographie particulière, m’a d’emblée fait penser à Julien Gracq dont je n’ai jamais vraiment entendu l’œuvre. Chez Gracq, je vois l’inquiétude descriptive, la panique face à la nature, elle me touche fort rarement. Je reste extérieur à ces descriptions trop élaborées, à cette écriture qui un peu trop sait la beauté qu’elle met en jeu. Cette référence prétentieuse m’a d’abord empêché d’appréhender Les ardents. Peut-être aussi parce qu’il faut se laisser porter par la prose, ne pas vouloir la surplomber, la lire pour comme moi à toute force vouloir en dire quelque chose. Il faut laisser la magie opérer pour pénétrer ce conte médiévale – soudain me vient la tentation de le qualifier ses échos d’un romantisme frénétique comme on disait pour les précurseur du roman gothique. Durant tous les premiers chapitres on ne sait donc où nous mène Les ardents. Sans doute parce qu’il faut penser la progression de son intrigue en terme de suite de tableaux, de poème en prose tant il est difficile de ne pas penser à Aloysius Bertrand et son médiévale Gaspard de la nuit aux origines du genre.

Marc Verlynde
La Viduité 18 septembre 2019

- Entretien avec Nadine Ribault

S.T. – Nadine Ribault, je vous remercie infiniment d’avoir accepté cet échange avec moi et d’y consacrer un peu de votre temps. Votre roman est mon premier gros coup de cœur de cette rentrée de septembre. De prime abord, j’ai été tentée par l’époque, le XIème siècle, et le lieu, les Flandres Maritimes, et par le titre, Les Ardents, que je trouve riche et beau, propre à éveiller l’imagination, évocateur. Si on comprend, en le lisant, qu’il s’agit concrètement des malades de l’ergotisme, on saisit très bien aussi que « l’ardeur » n’atteint pas seulement les gens qui souffrent de cette terrible maladie, mais tous les personnages qui, à Gisphild, luttent pour leur liberté. C’est un livre de passions brûlantes, que ce soit la passion du pouvoir, celle de l’amour et de l’amitié, celle de la vie, et celle de la révolte, et enfin celle de la résistance.

N.R. – Il s’agissait pour moi d’écrire un roman qui se passe au Moyen Âge parce que c’est une époque qui m’a fascinée et me fascine encore. Il a existé, à Wierre-Effroi, un village près de Boulogne-sur-Mer, une femme qui fut choisie par un seigneur des Flandres Maritimes, emmenée dans cette région austère et sauvage, haïe par la mère de son époux pour ses origines manifestement romaines et martyrisée. À Gistel, en Belgique, le catholicisme, afin de s’implanter plus solidement, a récupéré l’histoire païenne, comme en de nombreux lieux à cette époque-là, a fait de Godeleine une sainte et continue de lui rendre un culte. J’ai commencé l’écriture de ce roman il y a quinze ans et je l’ai repris et repris encore. Le Moyen âge auquel je prétends n’est peut-être pas historiquement juste, mais pour autant il n’est pas « exotique » car je me suis alimentée de nombreux ouvrages historiques. C’est le Moyen Âge des formules lapidaires et poétiques, cruel et sanguinaire. Époque de légendes, de chevalerie, de magie, de merveilleux, de sorcellerie, un destin s’y révèle, désespéré. Un héros y est aux prises avec les gigantesques notions d’honneur, de courage, de liberté et de défense des opprimés. L’amour y est un instrument de résistance. L’amour ardent est toujours un instrument de résistance. S’accompagnant d’un refus radical du monde tel qu’il est, le feu brûlant auquel parviennent certaines amours les conduit à un acte vertigineux. La révolte, c’est un détour à prendre. Il faut sortir du cercle tracé. Pénétrer la forêt. J’avais en moi, en écrivant Les Ardents, ces univers dont je me nourris depuis longtemps : celui des premiers romantiques allemands, celui des préraphaélites, celui du théâtre nô japonais, celui de l’Anthologie de l’amour sublime de Benjamin Perret. C’est ainsi que je mène un voyage imaginaire et que je m’évade d’un monde industriel que je ne supporte pas et dont les absolus penseurs que sont George Orwell, Élisée Reclus, Aimé Césaire, William Morris, Jaime Semprun, René Riesel, Theodor Kaczynski ont déjà critiqué les méfaits sur le paysage, la raison humaine, l’imaginaire, l’amour, la libre pensée. Arthur Rimbaud dénonçait, en 1871, le Siècle d’enfer qui ornait de poteaux télégraphiques les omoplates magnifiques du poète. Dans Les Ardents, la cruelle maîtresse de Gisphild, Isentraud, fait couper les arbres, assécher les marais, ouvrir des chemins praticables comme elle fait trancher les pieds et les mains des prisonniers. Son goût du pouvoir est une perversion, une divagation, un délire narcissique.

S.T. – Le cœur du roman, c’est l’hiver et il m’a semblé que cet hiver était un peu comme une extinction, la fin de quelque chose, une « remise à plat », un temps de régénération, un temps dans lequel surviennent des mutations. Vous avez choisi une fin qui, telle une apocalypse (page 205 de « Un chagrin immense » à « finirent dans les tourbières »), nous dévoile Abrielle étendue, une fleur à la main, songeant à son amour, Bruny, une fin douce amère, mais finalement ouverte. Parlez-moi du choix de cette fin et de ce que ce livre contient de si contemporain dans cette notion de résistance.

N.R. – C’est ce dont parle Eugène Delacroix dans son Journal : »L’homme domine la Nature et en est dominé. Il est le seul qui non seulement lui résiste mais en surmonte les lois, et qui étende son empire par sa volonté et son activité /…/. Tout ce qu’il édifie est éphémère comme lui : le temps renverse les édifices /…/ et jusqu’au nom des nations. Où est Carthage, où est Ninive ? »

Où est Gisphild ? Plusieurs personnes m’ont effectivement dit que la fin du roman leur semblait « ouverte », mais si c’est une « apocalypse », elle ne peut être suivie que d’un enténèbrement définitif. Cependant, un lecteur trouve librement son chemin dans un livre. À mes yeux, la destruction, à la fin des Ardents, est voulue, provoquée, manipulée, dans un désir fou d’éviter la « contamination », par Abrielle, la Grande Amoureuse, la Magicienne. Elle donne à son amour la direction : détruire le tyran, en ne se refusant aucun des moyens qui permettront d’arriver à cette fin, en n’évitant aucune des conséquences tragiques que cela pourra entraîner ; car détruire le tyran, c’est prendre le risque de se détruire dans la lutte. Résister, hier comme aujourd’hui, c’est passer à l’action, ou bien l’on reste dans la chansonnette de l’indignation, la crétinerie de la résilience, la théorie intellectualiste, le doux espoir (dont Kafka disait qu’il était partout sauf pour nous) et l’impossible changement. L’hiver, au cœur des Ardents, craquant de gel et de froid enneigé, figure le tournant : la limite est dépassée. On bascule dans le froid polaire qui efface les contours, annule les formes, engloutit les mouvements et pétrifie la vie. Il y a toujours un point de non-retour, un moment où l’être humain ne peut plus accepter ce qu’on lui fait endurer, ne peut plus supporter les frontières, les dominations, l’esclavagisme,les discriminations et les interdictions qui, s’accompagnant des usuelles, mais toujours plus extrêmes conditions de répression qu’impose le capitalisme, limitent intolérablement sa liberté. Et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. On ne peut dénoncer Donald Trump et Vladimir Poutine sans ouvrir les yeux sur la montée des fascismes qui survient en Europe. C’est cette même graine pourrie, dont l’ergotisme est un symbole, qui fermente, dans les corps et les esprits des Ardents. Le cœur et l’âme alors, uniques espaces de résistance où puisse se replier l’être avant l’attaque, fomentent la révolte et réinventent l’amour. Pas de pêche plus miraculeuse que celle qui consiste à anéantir l’action des êtres du néant qui allient une main de crime glacial à un gant tortionnaire.

J’ai été une lectrice des romans noirs, dont Annie Le Brun a précisément défini les contours philosophiques. Les Ardents, ce n’est pas un roman noir, quelle que soit toute l’admiration que je porte au Melmoth ou l’homme errant de Charles Robert à Maturin. Les Ardents, c’est un roman blanc. La blancheur de l’illumination fulgurante qui survient quand l’être n’accepte plus qu’on le soumette. C’est un roman anti-nihiliste. Quelle que soit la détresse qu’il crie, c’est un roman positif, non pas optimiste, mais positif. Le positif de la vie, du jeu, de la joie, de la lutte et du merveilleux. Il passe par les lèvres d’Inis le chevrier qui dédie son temps à la découverte de ce qu’il ne voit pas ; par les lèvres d’Abrielle qui déclare avoir connu le plus bel amour qui se pouvait concevoir ; par l’émerveillement du chevalier, Bruny, à la découverte d’une femme unique qui lui ouvre les portes sur cette salle du trésor qu’est l’amour ardent ; par les lèvres de Goda qui nourrit la vie et abhorre la mort.

Nadine, je vous remercie du temps passé à cet échange durant lequel nous avons croisé nos voix et nos perceptions sur ce texte qui restera ancré dans ma mémoire, une lecture intense. Cette conversation fut pour moi très enrichissante tant sur votre livre qu’humainement. Merci encore !

Lisez cet entretien sur La Livrophage

Simone Tremblay
La livrophage 13 septembre 2019

- Les Ardents

Magnifique, parfaite amorce pour ce roman qui m’a vraiment fait voyager dans le temps et dans ces Flandres maritimes que je ne connais pas. Plein d’une poésie tout à la fois délicate et cruelle, voici l’histoire d’Isentraud en son château de Gisphild à la fin du XIème siècle, dans les Flandres maritimes. Elle mène d’une poigne de fer sans pitié son domaine, ses sujets et la vie de son fils Arbogast.

Ce livre se démarque beaucoup de ce que je lis depuis un bon moment. Et ça a été un incroyable plaisir que cette écriture comme de la dentelle, riche et fluide en même temps et si fine dans son propos. Sous forme de conte ou de fable, Nadine Ribault, nous dépeignant à sa manière que je trouve unique le monde d’hier, démontre avec force que rien ne change réellement. Que les relations humaines sont immuables, que le genre humain est ainsi fait, plein de forces contraires.

[…]

L’auteure maîtrise à la perfection l’art de placer le lecteur, la lectrice, dans ce décor, on le voit, on sent le froid ou la brise, on perçoit les lumières, et on perçoit aussi le danger, la menace; c’est de la magie pure !

[…]

Grande histoire dans laquelle l’amour, l’amitié sont mis à l’épreuve, mais parviennent à résister sur la base chancelante de temps sombres et violents. Grands portraits de femmes puissantes, l’une en cruauté et goût de la toute puissance et du pouvoir, les deux autres en persévérance, patience, obstination, pleines de compassion et de tendresse…Goda et Abrielle, la brune et la blonde, amies envers et contre tout, ces deux femmes arrivent à mener un combat qu’on sait, hélas, en partie perdu d’avance, mais apportent aux ardents qu’elles soignent un réconfort bienveillant et obstiné. Elles sont les figures qui illuminent cette histoire, comme Inis, mais lui est plutôt commentateur qu’acteur, il apparaît par moments, comme une ponctuation.

Dans une ambiance décrivant en même temps la décadence, la pourriture et la profonde humanité de Goda et Abrielle, porteuses d’amour, et de générosité, résistantes, ce roman est construit parfaitement en une boucle qui se referme en beauté, sur des pages sublimes.

[…]

Mon article est je le sais incomplet, imparfait pour ce roman si beau. Je n’ai certes pas le talent de Nadine Ribault, mais en tous cas, j’espère vous amener à lire ce livre. Quoi qu’il en soit, c’est un gros coup de cœur pour cette rentrée. L’écriture est d’une beauté et d’une précision qui font de ce livre une lecture envoûtante, pleine de personnalité et extrêmement riche en sujets de réflexions sur notre monde. J’espère que les quelques extraits que je partage vous porteront vers ce roman si fort, si beau et pertinent.

L’article complet est à découvrir en ligne, accompagné d’un entretien avec l’auteure

Simone Tremblay
La livrophage 12 septembre 2019

- Les Ardents

Vivant en retrait prés de la Mer du Nord, Nadine Ribault a écrit des essais, des romans mais aussi des recueils de poèmes. Elle crée également des collages qui sont souvent exposés en France et Japon, dans lesquels on retrouve une sensibilité évoquant celle de son écriture. En effet, la nature et les figures féminines sont prédominantes et l’ensemble est organique, vibrant et sombre.
Son dernier livre, intitulé Les Ardents, est un conte moyenâgeux où l’amour et le déchirement forment une toile de fond et où les personnages évoluent au coeur de paysages balayés par des vents salés.

Dans son château rongé par les hivers et le climat des Flandres maritimes, Isentraud règne sur les environs en instaurant une puissante atmosphère de terreur. Aussi sèche et tordue que les tours qu’elle hante de ses pas, elle prend plaisir à la torture et ne se soucie que très peu du sort des paysans rampants aux portes de son antre.
Autour des remparts de Gisphild se dresse une épaisse et sombre forêt où Arbogast, fils d’Isentraud, et son meilleur ami Bruny aiment chasser.

[…]

Au fil des saisons, les personnages de Nadine Ribault s’aiment et se déchirent, chacun dévoré par ses propres convictions, son orgueil. Ainsi, Les Ardents puise son nom dans le mal qui ronge physiquement les sujets appauvris de Gisphild, mais aussi les élans de haine, d’amour, de rancoeur ou de survie qui calcinent les protagonistes eux-même.

[…]

En redonnant vie à cette époque lointaine de la fin du XI ème siècle, Nadine Ribault recrée une atmosphère particulière aux paysages et personnages mouvants. La nature et l’organique dominent, chaque sensation ou lieu est décrit avec le plus grand soin, apportant une atmosphère palpable à ce roman.
La détresse est partout qu’elle soit due à la famine, l’épidémie, l’abandon ou la solitude: Les Ardents est aussi bien emprunt de la chaleur brûlante que de la morsure du froid d’une époque où toute vie ne tenait qu’à un fil.

L’intégralité de la chronique est disponible en ligne

Caroline
Un dernier livre avant la fin du monde 5 septembre 2019

- Les Ardents

Fin du XIème siècle, dans la région des Flandres maritimes, une femme à la poigne de fer, règne sur le château de Gisphild. Isentraud est son nom : elle n’hésite pas à employer tous les moyens, torture et mise à mort comprises, pour que son domaine garde sa splendeur. Mais ce qu’elle veut surtout c’est régner en maîtresse absolue de son domaine…..

Même son fils Arbogast plie sous ses injonctions : il est contraint d’enfermer et d’affamer sa jeune femme, Goda, pour répondre aux attentes de sa mère qui se veut être seule femme influente dans le royaume. Autour d’eux gravitent Sire Bruni, l’ami d’Arbogast, vaillant chevalier qui va s’éprendre d’Abrielle, une jeune femme savante en plantes et connaissances de la nature. Mais Goda est bonne et va s’attirer, par ses bontés, la sympathie du peuple et cela Isentraud ne peut le supporter.

Confrontation entre le pouvoir de la bonté et celui de la peur, Isentraud n’aura de cesse d’éliminer sa rivale, celle-ci ayant trouvé en Abrielle une amie et alliée. Chacun aura des choix à faire, mais la révolte gronde car plane également dans le pays un autre mal, celui des Ardents, rongeant âmes et corps, emportant les plus faibles.

A la manière d’une légende moyenâgeuse, Nadine Ribault nous conte une histoire d’amour, d’amitié, de pouvoir et de guerre où les êtres comme les corps s’enflamment, se détruisent et se mêlent à la nature omniprésente tout au long du récit.

Avec une écriture très poétique, riche en détails, l’auteure évoque et mêle ce qui ronge un pays et les âmes humaines. Les phrases sont parfois longues, énumérant un à un les éléments qui peuplent les alentours, c’est parfois déroutant, parfois sidérant de poésie mais elles « collent » parfaitement au récit m’évoquant parfois les chansons de gestes colportées de village en village par les troubadours.

[…]

Il m’a fallu un peu de temps pour accepter l’univers, le rythme des mots, peu habituée à ce style d’écriture et de récit mais j’y ai pris plaisir. Je n’ai eu ensuite aucun mal à m’immerger dans ce terrible pays où vous êtes face à des menaces de toutes sortes mais où la nature et les éléments jouent un rôle important.

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Mumu
Mumu dans le Bocage 5 septembre 2019
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