Parution : 22/08/2019
ISBN : 9782361390310
240 pages (11,0 x 17,6cm)

Le Désert - poche

Une traversée subtile au creux des “apparences de la nature”.

Laurent de Sutter – Focus Vif

Les étendues sablonneuses, les terres incultes, les sommets de porphyre peuvent paraître de piètres lieux de pèlerinage ; mais vous et moi, et celle que nous avons tous deux tant aimée, avons si souvent trouvé d’une grande beauté les marécages délaissés, les forêts hivernales, les coteaux arides ! Après tout, l’amour de la Nature est un goût acquis. On commence par admirer le paysage où coule l’Hudson pour finir par aimer la désolation du Sahara. On aurait bien du mal à expliquer pourquoi et comment s’est opéré le changement. On ne peut pas toujours disséquer un goût ou une passion. On ne peut pas épingler la Nature sur un tableau et dessiner la carte de ses beautés à coup d’équerre et de compas. On ne peut guère donner que ses impressions, rien de plus. Peut-être puis-je vous faire quelque peu le récit de ce que j’ai vu au cours de ces deux années de pérégrinations ; mais je ne serai jamais capable de vous exprimer la grandeur de ces montagnes ni la splendeur des couleurs qui enrobe les sables brûlants étalés à leurs pieds.
Professeur d’histoire de l’art à l’université Rutgers (New Jersey), John C. Van Dyke publie en 1901 Le Désert à la gloire des paysages colorés exceptionnels que, solitaire, il a longuement observés en Californie, en Arizona et au Mexique.

Revue de presse

- Réserve d'air et de mystère Jean Rouzaud Nova 10 septembre 2019
- Le Désert Laurent de Sutter Focus Vif 3 octobre 2019

- Réserve d'air et de mystère

Ce livre (réédité par Le Mot et le Reste) fut un best-seller en 1900, et n’a pas perdu de sa force basique. Il reste une merveille d’observation et de finesse. Du désert, il décrit tout : les vents, les minéraux, les plantes, les animaux, les eaux, les poussières, mais surtout l’AIR !

John C. Van Dyke était un avocat qui n’a jamais exercé ! Il a préféré étudier, faire des conférences sur l’Art en Amérique (ils en avaient besoin) et des voyages d’observation et de compréhension du monde.

Avocat… du diable

Sa patience et sa formation en Art en font un écrivain- médium. À force de parcourir ce désert, il finit par voir l’invisible. Paradoxe, il s’en fait aussi l’avocat… du diable ! Puisque ce lieu est bouillant est invivable.

Il s’agit du désert appelé aux U.S. « Mojave », entre Californie et Arizona, dans la cuvette derrière les montagnes rocheuses, qui « culmine » à 200 mètres SOUS le niveau de la mer… et qui fut une mer intérieure. Il s’étend sur des centaines de kilomètres du nord au sud, du grand bassin jusqu’au désert de Sonora.

Comme Mary Austin à la même époque (voir, chez le même éditeur, Le pays des petites pluies, autre merveille de délicatesse), John Charles Van Dyke est vraiment tombé sous le charme des ces mesas, vallées, canyons, arroyos… Admirant ces Nopals, Mesquites, cactus et herbacées, épineux, figuiers… aux fleurs et fruits minuscules.

Le désert comme miroir

L’univers lunaire du désert est une magie : le silence, les sables, vents, les changements de couleurs, de sol, de ciel, mirages de la réverbération que l’auteur décrit à la perfection : le désert est un miroir.

Il divise son livre, après une introduction détaillée, respectueuse, comme une vue d’ensemble, qu’il considère comme une « approche », en gros chapitres : le fond de la cuvette, la rivière du silence, lumière air, couleur, puis ciel et nuages, enfin illusions, avant de finir sur quelques plantes magiques… On est au-delà de la poésie.

Il nous explique la formation du lieu : la poussée géologique, la mer qui s’est retirée, puis le mécanisme des vents, l’érosion fantastique sur les matériaux très divers, les coulées de pluies et de boues… Tout est scruté, décrit, nourri d’exemples…

L’écriture plutôt que la peinture
Van Dyke sait que ce qu’il voit change sans cesse et n’est pas reproductible en peinture (et depuis la photo s’y casse les dents), car tout y est plein de brumes, reflets, tremblements de chaleur, passages de sables puis d’ombres, enfin des couchers de soleil flamboyants, aux tons surnaturels, fabriqués par des phénomènes superposés de couches d’air différentes, d’influences multiples d’atmosphères…

Amer aussi, et en avance sur son temps, Van Dyke énumère les États d’Amérique qui ont été « raclés » pour le pétrole, le bois, les métaux, et s’inquiète de projets qui veulent amener l’eau dans le désert… Déjà l’« extractivisme » est à l’œuvre, laissant des paysages détruits.

Il détaille géologie, plantes, animaux, climat… avec ferveur et respect, mais il se passionne surtout pour l’Air ! Il considère les déserts comme des réserves d’air ! Les couches basses y sont colorées, filtrées, comme des lentilles, des objectifs, de véritables prismes qui ne cessent d’influencer formes et couleurs, au point de nous faire perdre la notion de distance, de forme, tout est biseauté par l’air chargé de particules !

C’est un voyage à la gloire du mystère, de la magie de lieux qui ne se dévoilent que par endroits, à certaines heures ou saisons, pour un enchantement inconnu à l’époque : le désert n’était rien (il précise que même les peintres de paysages n’y allaient jamais !)

On doit à cet homme d’avoir lancé (avec d’autres) le réenchantement du monde, non pas à la mode New Age, planante, mais à la manière dure, sur le terrain, scrutant et notant chaque chose avec la précision d’un explorateur passionné, patient et très attentif.

Son regard d’artiste cultivé, mélange de nuances et de force radicale, nous offre un texte incomparable, à la gloire de lieux désolés et vierges qu’il a contribué à glorifier, à expliquer surtout, à suivre jusqu’au bout des territoires et des saisons, sans aucune emphase ni complaisance.

La chronique, en images, de Jean Rouzaud est sur le site de Nova

Jean Rouzaud
Nova 10 septembre 2019

- Le Désert
C’était un curieux personnage, ce John C. Van Dyke. Historien de l’art américain qui conspuait le culte de l’argent mais entretenait des relations étroites avec le milliardaire du fer Andrew Carnegie, voyageur cosmopolite soucieux des beautés les plus fragiles du monde mais refusant tout autre moyen de transport qu’un wagon Pullman, il incarnait à merveille les contradictions du savant et du penseur de la fin du XIXe siècle. Bien qu’il ait compté parmi les grands vulgarisateurs de la culture visuelle de son temps, à laquelle il avait consacré d’innombrables livres destinés à élever le niveau de connaissance (qu’il jugeait déplorable) du grand public, cela ne l’a pas empêché de se livrer à des échappées inattendues vers des lieux moins confinés que les musées ou les salles de conférences. Parmi ces lieux, celui qui lui a valu le plus de gloire est celui qui a donné son titre à l’ouvrage que les éditions Le Mot et le Reste republient aujourd’hui : Le Désert. Ni livre de voyage, ni traité scientifique, il s’agit d’*une traversée subtile au creux des “apparences de la nature”*, c’est-à-dire de la manière dont un désert se donne à celui qui l’observe, le contemple, l’admire. Au fil d’une douzaine de chapitres qui constituent autant de miniatures à l’écriture travaillée et à l’acuité songeuse, Van Dyke, jouant le phénoménologue sauvage avant même que le mot ait existé, évoque les rivières, les cieux, les animaux, les plantes, les reliefs, les horizons qui s’offrent à celui (ou celle -mais c’était une autre époque) qui se piquerait d’aller y voir. Aux États-Unis, ce petit livre fit l’effet d’une révélation: soudain, les territoires qui constituaient le coeur aveugle de la jeune nation se révélaient dans toute leur splendeur, toute leur complexité. Les lecteurs de l’époque y virent un miroir où se mirer. Près d’un siècle plus tard, Jean Baudrillard, dans son portrait de l’Amérique, lui donnait encore raison: qui veut comprendre les États-Unis doit comprendre le désert.
Laurent de Sutter
Focus Vif 3 octobre 2019
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