Parution : 21/11/2006
ISBN : 9782915378337
550 pages (21 x 14,8 cm.)

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Histoire du Drapeau rouge

Le drapeau des masses populaires

Contrairement, donc, à ce que croyait pressentir Maurice Dommanget, le drapeau rouge ne s’est pas vraiment répandu au niveau des emblèmes nationaux. Ce qui n’avait, d’ailleurs, jamais été sa vocation ni la réponse à l’aspiration profonde des masses qui le brandissaient.
Car, avec la vocation au socialisme, il avait toujours incarné celle de l’internationalisme, de la fraternité du genre humain par-dessus toutes les frontières. Et avait ainsi évoqué la vision, certes utopique, de la libération de l’humanité entière, non seulement par son affranchissement économique et social, mais, aussi, par la disparition de sa division en nations opposées. Le caractère fondamentalement international du drapeau rouge était toujours allé de pair avec son message social.

Or l’histoire, à partir de 1917, avait, en fait, suscité une certaine ambiguïté entre une incontestable révolution sociale ayant mis fin à un régime capitaliste, comme à une guerre, et la construction d’un nouvel État, dans un seul pays. Tandis que dans les autres le capitalisme n’était pas sensiblement ébranlé et la guerre continuait encore une bonne année. À partir de ce moment, le drapeau rouge, tout en restant celui du socialisme universel, devenait, aussi, celui d’un État dit la République Soviétique Fédérative de Russie et de son armée dite « Rouge ».

Ambiguïté qui, au long des décennies, devint de plus en plus équivoque dans la mesure où ce nouveau régime « rouge » donnait naissance à un totalitarisme policier profitant à une nouvelle classe dirigeante, la bureaucratie d’État, comme, par la suite, à un impérialisme visant à dominer les pays voisins.

Ce qui ne prit fin qu’en 1989, quand cet État s’effondra et abandonna le drapeau rouge. Drapeau rouge qui redevint à nouveau un simple emblème idéologique commun uniquement à des mouvements populaires, et plus du tout à certaines institutions étatiques et militaires.

Ce qui fait qu’aujourd’hui il reste partout, aux yeux des masses populaires, le symbole de la lutte des travailleurs, et l’emblème de tous les mouvements qui militent pour le socialisme ou le communisme, comme pour le syndicalisme et l’internationalisme. Car c’était bien-là la place universelle que lui reconnaissait Dommanget : représenter la volonté de libération et d’unité du genre humain. (Postface de Roland Breton)

[...]

Parmi les milliers d’enseignes et d’oriflammes multicolores en usage jusqu’à la Révolution, il est incontestable que six siècles durant, le drapeau rouge prévalut. Il suffit de rappeler que le drapeau des Gaulois était rouge, que l’oriflamme de Saint-Denis autour duquel se sont groupées tant de générations était rouge, que le drapeau de Charlemagne était rouge à ornements d’or, l’oriflamme de Philippe le Bel rouge à franges vertes, celui de Jean le Bon rouge à ornements d’or, que la bannière française pendant la guerre de Cent ans était rouge à croix blanche…
Le drapeau rouge pourrait donc revendiquer comme étendard national un titre plus ancien et pour le moins aussi fondé que le drapeau tricolore. Mais il ne s’agit point ici du drapeau rouge de l’ancienne France pas plus, du reste, que des drapeaux rouges devenus avec des signes distinctifs, les emblèmes de différents peuples. Le présent livre est consacré uniquement au drapeau rouge du prolétariat et de la subversion sociale.
Ce drapeau apparaît au premier rang dans presque toutes les tentatives, les épreuves et les batailles du peuple-ouvrier. Faire l’histoire ou plutôt esquisser l’histoire du drapeau rouge équivaut donc à retracer partiellement l’histoire du prolétariat. Mais c’est la retracer sous un angle particulier, car le fait d’arborer le drapeau rouge est un trait révélateur d’une certaine maturité sociale, d’un certain degré de conscience sociale, d’un sûr instinct révolutionnaire ou parfois, plus simplement, d’un esprit de révolte élémentaire.
En même temps faire l’histoire du drapeau rouge c’est, en quelque sorte, concrétiser l’histoire prolétarienne et socialiste, car c’est prendre dans cette histoire un objet réel présentant, par rapport à d’autres traductions de l’action ouvrière, l’avantage d’être mesurable et tangible, ce qui évite de gros risques d’erreur. C’est, en outre, entrer dans le domaine du symbolisme prolétarien et révolutionnaire qui mérite attention et étude au même titre que la symbolique religieuse ou nationale. (Introduction, Maurice Dommanget)

postface de Roland Breton
Selon Maurice Dommanget, l’histoire prolétarienne s’articule autour d’un diptyque, dont une première partie est développée dans l’_Histoire du Premier Mai_, ouvrage que nous avons réédité récemment. Dans l’Histoire du drapeau rouge, il analyse la symbolique de ce drapeau qui fut au départ, l’inverse d’un emblème séditieux : « Au début de la Révolution française, il était le drapeau de l’ordre porté à sa plus haute puissance puisque l’on ne le sortait que pour sauvegarder le pouvoir établi ». Ses recherches lui ont permis de nous donner à lire les évolutions de « cet étendard, non seulement de la subversion sociale mais de l’internationalisme ouvrier », qu’il a étudié jusqu’à la guerre de 1939–1945.
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