White Light / White Heat - Nouvelle édition
Le Velvet Underground au jour le jour
Plusieurs livres ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© publiĂ©s sur le Velvet Underground. Mais peu sont allĂ©s aussi loin dans le dĂ©tail et les anecdotes que lâouvrage de Richie Unterberger.
Maxime Lachaud, ObskĂŒre Magazine
traduction de Marie-Anne Lucas
Le Velvet Underground est un des plus grands groupes de lâhistoire du rock. Cette formation de lĂ©gende, dont lâaura mythique empĂȘche parfois de bien la connaĂźtre, est nĂ©e de la rencontre de personnalitĂ©s fortes et disparates : Lou Reed, John Cale, Nico⊠Sans parler dâAndy Warhol qui produisit le groupe et dessina cette pochette devenue une image -icĂŽne du XXe s. : la fameuse banane, Peel Slowly and SeeâŠ! Sâil connut peu de succĂšs commercial du temps de son existence, le Velvet a durablement influencĂ© la scĂšne artistique et musicale, donnant une empreinte fondatrice aux courants punk, new-wave et no wave qui ont suivi.
White Light / White Heat, du nom de leur album sans doute le plus exigeant, ou le Velvet Underground au jour le jour, est lâouvrage le plus complet et le plus documentĂ© paru Ă ce jour sur le groupe. Depuis la prĂ©histoire du groupe jusquâĂ lâexplosion en 1973 puis les quelques rares retrouvailles (une tournĂ©e europĂ©enne en 1993), tout y figure de maniĂšre encyclopĂ©dique : les concerts, les enregistrements, les changements de casting et de management, les interviewsâŠ
Revue de presse
- Pas V.U. pas pris. Une sélection de livres indispensables sur le Velvet Undergound Silence is sexy 2 avril 2016
- Tout savoir sur le Velvet Underground Philippe Richard Ouest-France 31 mar 2016
- Lâunivers du Velvet Underground Ă la Philarmonie de Paris Pauline Leduc Livreshebdo.fr 29 mars 2016
- Notre sĂ©lection de livres rock pour les fĂȘtes Philippe Richard Ouest-France 22 dĂ©cembre 2015
- L'almanach V.U. François-Xavier Béague Let's Motiv mai 2012
- White Light / White Heat JérÎme Provençal Les Inrockuptibles 2 mai 2012
- Interview de Richie Unterberger MĂ€x Lachaud ObskĂŒre Magazine mars/avril 2012
- White Light / White Heat MĂ€x Lachaud ObskĂŒre Magazine mars/avril 2012
Tout le monde le sait : Le Velvet Underground a 50 ans. Pour cet anniversaire, CULTUROPOING sâassocie aux Ă©ditions LE MOT ET LE RESTE qui Ă©ditent deux ouvrages essentiels pour saisir lâimportance dâun mythe qui rĂ©sonne encore et qui nâest pas prĂšs de sâĂ©teindre.
En avril 1966, Lou Reed, John Cale, Sterling Morrisson et Moe Tucker, accompagnĂ©s du mannequin Nico, sâenferment dans le studio de Scepter Records de New-York pour accoucher, sous le sceau dâun pacte faustien, dâun album devenu mythique.
Cinquante ans plus tard, malgrĂ© une aura sulfureuse mĂątinĂ©e dâhĂ©roĂŻne, le syndrome du « vieux beau » menace cette piĂšce maĂźtresse du rock contemporain au risque de sĂ©culariser la subversion qui lâanime et de standardiser la crĂ©ation qui lâhabite. Pourtant, lâalbum Ă la banane rĂ©siste : il hante encore nos platines comme au premier jour et accompagne inlassablement les fins de soirĂ©es Ă©thyliques. Objet sĂ©duisant et mystĂ©rieux, il Ă©largit toujours davantage son influence et convertit toujours plus dâadorateurs.
Dâune intensitĂ© qui semble inĂ©puisable, lâexpĂ©rience velvetienne reste une expĂ©rience intime et trĂšs intĂ©rieure, quelque chose Ă la fois dâĂ©vident et dâessentiel pour chaque auditeur dont la vivacitĂ© ne pourra nous ĂȘtre volĂ©e par les musĂ©es et la pipolisation.
« On ne devient pas un groupe comme le Velvet Underground sans sâadresser Ă toutes les dimensions de lâexistence »
Richard Unterberger, « White light, white heat : le Velvet Undergroud au jour le jour » (Ăditions Le mot et le reste, Réédition mars 2016).
« Sâadresser Ă toutes les dimensions de lâexistence » : il y a peut-ĂȘtre lĂ une clĂ© pour mieux comprendre lâĂ©ternelle jeunesse dâune expĂ©rience qui semble faire peau neuve Ă chaque audition, encore aujourdâhui et sĂ»rement demain. Embrasser lâexistence toute entiĂšre, câest en visiter les moindre recoins et secrets, sonder ce qui lâanime en profondeur et qui parfois la dĂ©passe. Câest oublier le fait, mettre de cĂŽtĂ© la petite histoire et les anecdotes pour sâapprocher dâidĂ©es essentielles et fondatrices, oser sâemparer de concepts Ă lâinĂ©luctable omniprĂ©sence : câest cĂŽtoyer la vie comme la mort, explorer les tensions multiples entre moi et le monde. Des idĂ©es universelles qui soulĂšvent autant de questions essentielles dont lâauditeur est Ă la fois le centre et lâenjeu. A travers ses multiples formes, la littĂ©rature est dĂ©jĂ habitĂ©e par cette agitation mĂ©taphysique et sait mettre en jeu lâessentiel dâune vie. PrivilĂšge de lâĂąge : le rock, lui, est encore bien jeune et il nâest, en 1966, quâun adolescent naĂŻf et insouciant qui dĂ©couvre son corps et sa sexualitĂ©. Sâil a dĂ©jĂ connu ses premiers flirts et quelques belles Ă©rections, câest en compagnie du Velvet Underground que le rock visitera les arcanes complexes de lâexistence humaine, Ă la rencontre de quelque chose qui vient de loin, quelque chose de primitif et de profond qui la prĂ©cĂšde et lui survivra, quelque chose dâarchaĂŻque qui sommeille, en nous, dans le monde et au-delĂ .
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Alors que la Philharmonie de Paris sâapprĂȘte Ă ouvrir ses portes Ă une exposition monumentale autour de lâun des groupes les plus influents de lâhistoire du rock (indĂ©), entre le 30 mars et le 21 aoĂ»t 2016 (informations ici), Silence is sexy vous propose une courte sĂ©lection de publications majeures sur le Velvet, Ă dĂ©couvrir en librairie ou Ă chiner chez le brocanteur. De quoi permettre Ă ceux qui auront la chance dây aller de faire de sĂ©rieuses rĂ©visions avant de sâextasier comme des enfants gĂątĂ©s devant lâĂ©dition originale de lâalbum Ă la banane dâAndy Warhol, et Ă ceux qui seront recalĂ©s par manque de places ou parce quâils habitent loin de se consoler avec de beaux livres. Trois publications diffĂ©rentes mais qui se complĂštent.
White Light White Heat, Richie Unterberger (Le Mot et le Reste, 2012, réédition 2015, 461 p.) Les Ă©ditions marseillaises ont eu la trĂšs bonne idĂ©e de rééditer rĂ©cemment la somme dĂ©jĂ publiĂ©e en 2009 (2012 pour la premiĂšre Ă©dition française) par le journaliste amĂ©ricain spĂ©cialisĂ© dans les sixties. Le terme de âsommeâ nâest pas anodin, puisque lâauteur sâest employĂ© Ă retracer de maniĂšre rigoureuse et ultra prĂ©cise lâhistoire du Velvet, de ses dĂ©buts (voire un peu avant) jusquâĂ sa lente disparition. Grand format illustrĂ© de superbes photos, lâouvrage fourmille de dĂ©tails, Ă©grainĂ©s au fils dâun rĂ©cit passionnant qui nâest autrement rythmĂ© que par les mois, les semaines et parfois mĂȘme les jours qui ont forgĂ© le mythe. A la lecture de ce livre, on sait tout de la maniĂšre dont les disques ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s, dont les membres sont devenus amis puis ennemis, et pourquoi le couple Nico-Reed nâa pas tenu⊠Un trĂšs bel objet, avec du fond en plus !
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Tout est dit dans le titre. Tous les faits et gestes marquants du groupe et de ses membres, agencĂ©s de façon chronologique. Ăvidemment un must pour les fans. Mais le nĂ©ophyte ne commencera pas par ce sommet dâĂ©rudition velvetienne.
Niveau de fan requis : 5/5
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Plusieurs livres accompagnent le 50Ăšme anniversaire du cĂ©lĂšbre âalbum Ă la bananeâ, qui suscite, au MusĂ©e de la Musique du 30 mars au 21 aoĂ»t, une exposition âimmersiveâ retraçant le parcours du mythique groupe de rock amĂ©ricain, The Velvet Underground.
âComment un groupe boudĂ© par le succĂšs durant sa brĂšve existence (1965-1970) sâest il progressivement rĂ©vĂ©lĂ© jusquâĂ devenir la lĂ©gende rock par excellence ?â Câest Ă cette question que se propose de rĂ©pondre lâexposition âThe Velvet Underground â New York Extravaganzaâ qui sâouvre mercredi 30 mars, et jusquâau 21 aoĂ»t, Ă la Philharmonie de Paris. Pour ce faire, le MusĂ©e de la Musique propose aux visiteurs un parcours en six Ă©tapes, autant chronologique que thĂ©matique, permettant dâapprĂ©hender lâunivers dâun groupe mais aussi dâune Ă©poque. Une exposition immersive tant elle sâappuie sur de multiples supports : photos, musique, films, Ćuvres dâartistes contemporains, archives tĂ©lĂ©visuelles, etc.
Pour accompagner cet Ă©vĂ©nement et pousser plus loin lâimmersion, plusieurs livres permettent aux fans comme aux nĂ©ophytes dâapprĂ©hender les multiples facettes du groupe. Le trĂšs beau catalogue de lâexposition est une coĂ©dition La DĂ©couverte-Dominique CarrĂ©-Philharmonie de Paris, signĂ©e par ses deux commissaires, Christian Fevret et Carole Mirabello. En librairie depuis le 24 mars, il sera suivi dâune version album disponible le 14 avril.
Chez Actes Sud, avec The Velvet underground, Philippe Azoury et Joseph Ghosn, signent une histoire du groupe qui se mĂȘle Ă celle du New York des annĂ©es 60, parue le 26 mars. Câest sur la personnalitĂ© dâune de ses figures emblĂ©matique que se concentre Philippe Margotin dans Lou Reed et le Velvet underground, un beau livre richement illustrĂ© prĂ©vu le 20 mai chez Chronique.
Deux ouvrages ont par ailleurs Ă©tĂ© consacrĂ©s au groupe par les Ă©ditions Le Mot et le reste : la réédition, en novembre 2015, de White light, white heat : le Velvet Underground au jour le jour de Richie Unterberger, biographie parue initialement en 2012 mais Ă©puisĂ©e depuis lors ; et Nico : femme fatale, en librairie depuis le 19 fĂ©vrier, un portrait de la chanteuse du Velvet Underground que lâauteur, Serge FĂ©ray, a plusieurs fois rencontrĂ© avant sa mort.
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Des pochettes de disques, des guitares, des groupes cultes, des mouvements explorés en détail et une pincée de sable du désert.
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La fille dans le groupe
Lâhistoire du groupe culte amĂ©ricain Sonic Youth vu par la bassiste Kim Gordon. MĂȘme si ce livre respire lâamertume de sa sĂ©paration dâavec le chanteur-guitariste Thurston Moore et la colĂšre dâune femme trompĂ©e, câest un excellent tĂ©moignage de premiĂšre main sur lâunderground new-yorkais des annĂ©es 1980 et 1990.
Le Velvet jour aprĂšs jour
Le Velvet Underground est lâun des groupes les plus influents de lâhistoire du rock, mĂȘme sâil ne connut quâun succĂšs modeste lors de ses annĂ©es dâactivitĂ©. LâĂ©diteur marseillais Le mot et le reste réédite lâouvrage de Ritchie Unterberger qui documente, jour aprĂšs jour, lâhistoire de cette formation lĂ©gendaire. Ă signaler que le Velvet Underground sera au cĆur de lâactualitĂ© en 2016, avec lâouverture dâune grande exposition Ă la Philharmonie de Paris, en mars.
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Indie ou psyché ?
Câest lâune des spĂ©cialitĂ©s de lâĂ©diteur Le mot et le reste : faire dĂ©couvrir un style musical Ă travers une large sĂ©lection de disques commentĂ©s, certains fameux, dâautres obscurs. On conseille le trĂšs bon Indie pop de Jean-Marie Pottier, explorant la musique british, et le plus pointu Rock psychĂ©dĂ©lique de David Rassent, qui explore ce genre protĂ©iforme, depuis ses dĂ©buts en 1966, jusquâĂ ses formes les plus rĂ©centes.
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A peine cinq annĂ©es dâexistence, quarante de rayonnement, et combien de commentaires ? Encore plus souvent citĂ© quâĂ©coutĂ©, le Velvet Underground doit beaucoup Ă la critique rock, intarissable sur ce sĂ©isme musical. Avec Richie Unterberger, la fascination atteint le stade pathologique.
Lâincroyable postĂ©ritĂ© Ă©ditoriale du groupe trouve souvent un public dans lâĂ©vocation de son environnement esthĂ©tique, social, voire mondain (le N_Y des 60s, Warhol et la Factory). Ici, ne privilĂ©giant aucun angle, le critique se fait mĂ©morialiste et retrace pour les inconditionnels ce qui fut aussi, prosaĂŻquement, un quotidien. Des annĂ©es de formation Ă la gloire relative (66-70), et de lâamĂšre dissolution Ă nos jours, aucun dĂ©tail nâest Ă©pargnĂ© : le travail dâUnterberger rassemble la totalitĂ© des informations disponibles â glanĂ©es par ses propres soins, ou Ă©parpillĂ©es dans les ouvrages de ses devanciers. Jusquâau dernier compte-rendu du moindre concertâŠ
Une austĂšre chronologie ?
La lecture en est dâautant plus instructive : de cette succession dâinterviews, de coupures de presses, dâanecdotes, le lecteur tire sa propre comprĂ©hension du genre dâĂ©quilibre instable qui fait et dĂ©fait toues les grandes formations rock. Et saisit quâen marge des Ă©tincelles du couple Lou Reed â John Cale, par exemple, le discret Morrison entretenait la radicalitĂ© du groupe avec une foi de vestale (tandis que Nico pratiquait la manipulation Ă un niveau olympique). Ă lâheure des come-backs, des tribute bands et des concerts reconstituĂ©s, cette somme dĂ©finitive rejoue dans lâordre tous les Ă©pisodes de ce mythe new-yorkais. Mais nâessayez pas de le refaire Ă la maison. Et pour lâhygiĂšne de vie, prĂ©fĂ©rez quand mĂȘme la mĂ©thode Servan-Schreiber.
Un beau livre maniaque sur le plus grand groupe de rock de lâhistoire.
Que dâencre a coulĂ© depuis la sortie en mars 1967 sur le label Verve du premier album, Ă la trĂšs stylĂ©e pochette bananĂ©e, dâun jeune groupe new-yorkais gravitant dans la galaxie Warhol. Quarante-cinq ans aprĂšs, lâĂ©toile Velvet Underground brille toujours au firmament du rock.
De cette incandescence persistante tĂ©moigne notamment lâabondance de publications consacrĂ©es Ă Lou Reed et sa bande. Ă lâinitiative de lâexcellente maison marseillaise Le Mot et le Reste vient de sâajouter, traduit en français, un volume de choix (et de poids) avec le White Light/White Heat â Le Velvet Underground au jour le jour de Richie Unterberger. Retraçant la trajectoire du groupe avec force dĂ©tails et citations, ce livre constitue une vĂ©ritable somme Ă lâusage des nĂ©ophytes comme des auditeurs plus avertis. Presque aussi large quâun album et Ă©pais quâun dictionnaire, il se prĂȘte sans doute davantage Ă la consultation quâĂ la lecture dans la continuitĂ©.
Attention, toutefois : dĂšs quâon lâouvre, on nâa plus du tout envie de le refermerâŠ
Plusieurs livres ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© publiĂ©s sur le Velvet Underground. Mais peu sont allĂ©s aussi loin dans le dĂ©tail et les anecdotes que lâouvrage de Richie Unterberger, paru aux Etats-Unis il y a trois ans et qui bĂ©nĂ©ficie dâune traduction française Ă©ditĂ©e par Le Mot et le Reste. Ce critique musical, spĂ©cialiste des annĂ©es soixante, a mis toute sa passion pour explorer chronologiquement et jour aprĂšs jour lâĂ©volution de ce groupe devenu culte, ainsi que les projets parallĂšles de ses membres durant les annĂ©es dâacitivitĂ© de cette entitĂ© singuliĂšre qui a su insuffler â du moins dans ses deux premiers albums â un esprit dâavant-garde dont on ressent encore lâimpact sur des formations actuelles. Les drones de violons de John Cale et les incantations de glace de Nico nâont, il est certain, pas laissĂ© de marbre de nombreux artistes que vous pouvez lire dans les pages dâObskĂŒre.
ObskĂŒre : Quels furent tes sentiments la premiĂšre fois que tu as entendu la musique du Velvet ?
Richie Unterberger : Je fus dâabord trĂšs surpris. Ils Ă©taient rĂ©putĂ©s ĂȘtre si radicaux que quand jâai Ă©coutĂ© leur premier album, celui avec la banane, je ne mâattendais pas Ă une chanson aussi belle et mĂ©lodique que âSunday Morningâ. Bien sĂ»r il y avait aussi les titres plus agressifs et bruyants : âIâm waiting for the manâ, âVenus in fursâ, âAll tomorrowâs partiesâ. Mais il y avait aussi ces trĂšs belles ballades, âFemme fataleâ et âIâll be your mirrorâ. Donc ils mâont surtout semblĂ© bien plus variĂ©s que lâimage que je mâen Ă©tais faite. CâĂ©tait fou toutes les idĂ©es quâil y avait dans ce mĂȘme album â lâĂ©quilibre entre les jolies chansons, la noirceur proto-goth et les titres avant-gardistes, mais aussi la façon dont les morceaux touchaient Ă des Ă©motions humaines comme lâamour, le sexe, les drogues et la quĂȘte incessante pour un sens plus profond Ă lâexistence. Ils nâont pas fait dâautres albums studio avec le mĂȘme Ă©quilibre et la mĂȘme richesse, bien quâils aient embrassĂ© un spectre trĂšs large dâexpressions textuelles et musicales.
On est surpris de voir que les deux premiers albums, qui ont Ă©tĂ© les plus influents, ont Ă©tĂ© trĂšs mal reçus, alors que les deux suivants ont suscitĂ© des rĂ©actions trĂšs enthousiastes alors quâils sont moins marquants. Bizarrement, le premier album des Stooges, produit par Cale, sera bien plus acceptable pour la critique de lâĂ©poque. White Light / White Heat, lâalbum Ă la banane, tout comme The Marble Index et Desert Shore de Nico, Ă©taient jugĂ©s comme ennuyeux et morbides.
Je pense que la rĂ©action critique aux deux premiers albums du Velvet et aux disques de Nico Ă©tait plus perplexe que vraiment nĂ©gative. CâĂ©tait si inhabituel par rapport au rock de lâĂ©poque. Ils ne savaient tout simplement pas quoi en penser. Les troisiĂšme et quatriĂšme album du Velvet ont Ă©tĂ© mieux accueillis car ils Ă©taient aussi bien plus accessibles. Lâalbum The Velvet Underground de 1969 Ă©tait constituĂ© essentiellement de jolies chansons et Loaded en 1970 sâapparentait plus Ă du rock conventionnel. Il faut se rappeler que câĂ©tait le dĂ©but de la critique rock, et quand les premiers disques du Velvet sont sortis, il y avait trĂšs peu de journalistes expĂ©rimentĂ©s, en particulier aux Etats-Unis.
A la fin des annĂ©es soixante, des critiques comme Lester Bangs et Lenny Kaye commençaient Ă ĂȘtre publiĂ©s et ils avaient aimĂ© les premiers albums du Velvet et avaient Ă prĂ©sent lâopportunitĂ© de parler intelligemment des deux suivants. Câest aussi vrai pour le premier album des Stooges, qui aurait sĂ»rement reçu des critiques trĂšs mauvaises ou aurait Ă©tĂ© ignorĂ© sâil Ă©tait sorti un an ou deux plus tĂŽt.
Câest quand John Cale quitte le groupe que leur son devient plus acceptable. Penses-tu que lâaspect intransigeant venait avant tout de lui ?
Il a été dit que Reed aurait viré Cale en partie car ses idées devenaient trop bizarres et que Reed voulait suivre une direction rock plus traditionnelle.
Quel est ton titre préféré du Velvet ?
La version live de âWhite Light / White Heatâ sur lâalbum 1969 Live. Elle est bien supĂ©rieure et plus longue que celle qui apparait sur leur second album. LâĂ©quilibre parfait entre le rock blanc et le bruit blanc.
Le Velvet Underground a Ă©tĂ© avant tout la rencontre entre des personnes que rien ne destinait Ă se connaĂźtre. Quels points communs entre Lou Reed, rockeur new-yorkais de Brooklyn Ă qui les parents avaient fait subir des Ă©lectrochocs pour ses prĂ©sumĂ©es dĂ©viances sexuelles, John Cale, esthĂšte gallois passionnĂ© par lâavant-garde, ou Nico, mannequin allemand Ă la beautĂ© mĂ©lancolique ? Et que dire dâAndy Warhol, artiste excentrique et controversĂ©, sans qui le premier album du groupe nâaurait sĂ»rement jamais vu le jour ? Câest pour le moins un destin atypique que les leurs, et Richie Unterberger a dĂ©cidĂ© de suivre lâĂ©volution de chaque membre sĂ©parĂ©ment, au jour le jour, au sein du Velvet mais aussi dans ses projets personnels. Selon lui, la force du groupe est celle dâavoir abordĂ© des sujets quâaucun autre musicien de rock nâavait traitĂ©s auparavant, tout en y mettant beaucoup dâhonnĂȘtetĂ© et dâhumanitĂ©. Il se distingue ainsi des historiens de la musique qui en ont fait les stĂ©rĂ©otypes dâun groupe inaccessible servant de contrepoint Ă la mode hippie et la culture peace & love. Il analyse Ă©galement en dĂ©tail chaque morceau, ainsi que toutes les versions alternatives publiĂ©es sur de nombreux live ou bootlegs. Mais il ne sâarrĂȘte pas au Velvet et se penche aussi sur tous les enregistrements que John Cale a produits dans les annĂ©es soixante, notamment le premier album des Stooges et bien Ă©videmment les albums de Nico, The Marble Index et Desert Shore, premiĂšres Ćuvres vĂ©ritablement gothiques de lâhistoire du rock. Il sâintĂ©resse aussi aux expĂ©rimentations de John Cale en compagnie de compositeurs contemporains et minimalistes comme Terry Riley, La Monte Young ou Tony Conrad. Cette alternance entre Ă©vĂšnements factuels et apprĂ©ciations personnelles rend la lecture de cet ouvrage particuliĂšrement agrĂ©able, et on ressort avec dĂ©lectation nos albums dâĂ©poque qui en sont la bande-son idĂ©ale. Riche en anecdotes, lâouvrage tente dâĂ©claircir certains mythes autour du groupe, tout en Ă©gratignant parfois les personnages (la mythomanie de Nico). MĂȘme les fans les plus assidus devraient y apprendre des choses.
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