Visiting Jazz
Quand les jazzmen américains ouvrent leur porte
Un livre dangereux, câest-Ă -dire indispensable. Dangereux pour tous ceux, ils sont nombreux, quâon se repent dâavoir lus docilement jusquâĂ la derniĂšre page. Ici, câest lâinverse: on en veut presque Ă lâauteur dâavoir brusquement stoppĂ© ses investigations Ă la lettre Z, sous le prĂ©texte futile quâelle est la derniĂšre de lâalphabet.
Michel Barbey, Le Temps
Journaliste musical spĂ©cialisĂ© dans le jazz, Thierry PĂ©rĂ©marti anime depuis dix ans, une rubrique « At home with⊠» pour Jazzman. LâidĂ©e consiste Ă rencontrer Ă leur domicile dâimportants acteurs de lâhistoire du jazz. Visiting Jazz regroupe quelques dizaines de ces entrevues menĂ©es sur les cĂŽtes ouest et est des Ătats-Unis. Ă travers ces interviews et les photos qui les accompagnent, vous pourrez ainsi rencontrer sur le seuil de la porte, dans un canapĂ© ou en chaussettes, les grands noms du jazz : Gato Barbieri, Ray Ellis, Chico Hamilton, Freddie Hubbard, Pharoah Sanders, Lalo Schifrin, Michel Petrucciani, Joe ZawinulâŠ
Revue de presse
- Visiting Jazz Sophie Chambon Site Sefronia février 2010
- Visiting Jazz Thierry Giard Site Culture Jazz février 2010
- Interview de Thierry Pérémarti lechoixdeslibraires.com novembre 2009
- Visiting Jazz Xavier Prévost France Musique - Le bleu, la nuit... 2 janvier 2010
- Meilleur livre jazz de 2009 Laurent Sapir TSF Jazz
- Visiting Jazz jazzapart.free 8 janvier 2010
- Visiting Jazz La Frange
- Visiting Jazz Franck Bergerot Jazz magazine janvier 2010
- Dans l'intimité des jazzmen So jazz décembre 2009
- Visiting Jazz Jean-Marc Gelin Site les derniÚres nouvelles du Jazz décembre 2009
- Visiting Jazz Paul Maugendre Blog mystere jazz
- Visiting Jazz Franck Médioni France Musique / Jazzistique décembre 2009
- Visiting Jazz Alex Dutilh France Musique / Open jazz 4 décembre 09
- Visiting Jazz Jacques Chesnel citizenjazz.com novembre 2009
- Visiting Jazz Laurent Sapir TSF Jazz novembre 2009
Un livre dangereux, câest-Ă -dire indispensable. Dangereux pour tous ceux, ils sont nombreux, quâon se repent dâavoir lus docilement jusquâĂ la derniĂšre page. Ici, câest lâinverse: on en veut presque Ă lâauteur dâavoir brusquement stoppĂ© ses investigations Ă la lettre Z, sous le prĂ©texte futile quâelle est la derniĂšre de lâalphabet. Simple, gĂ©niale et, logiquement, reprise par dâautres, lâidĂ©e de Thierry PĂ©rĂ©marti consiste Ă surprendre les musiciens de jazz dans leur biotope, ce «chez soi» dont on les imagine souvent privĂ©s. Le rĂ©sultat est⊠simplement gĂ©nial. Dâabord parce quâil ÂrĂ©vĂšle lâenvers sĂ©dentaire de ces nomades par accident, et quâon trouve dans ces pages, confirmĂ©s ou dĂ©mentis par leur environnement familier, certains aspects de leur personnalitĂ© entrevus lors de leurs dĂ©placements. Il leur Ă©chappe aussi des confidences de jardin secret, plus difficiles Ă formuler entre deux avions que dans la quiĂ©tude dâun living-room. La vie de ces 78 portraits tient aussi Ă la concision de lâauteur, qui mĂȘle dans un intelligent Ă©quilibre Ă©lĂ©ments biographiques et paroles rapportĂ©es.
Les Ă©lus? Des stars, des Ă©mergents, des obscurs, des gars quâon croyait locataires de lâautre monde depuis longtemps. Certains, plus pathĂ©tiques, drĂŽles ou Ă©corchĂ©s que la moyenne, nous collent Ă lâimaginaire: Gato Barbieri, icĂŽne dĂ©boulonnĂ©e, malade et apeurĂ©e; Jack Costanzo Ă©chouĂ© dans une maison Lego; Ray Ellis ruminant, la mĂ©moire Ă©carquillĂ©e, lâinsuccĂšs critique de Lady In Satin, avant-dernier album de Billie Holiday par lui confectionnĂ©; Jim Hall en ex-voisin de Jimi Hendrix, lui lâacoustique viscĂ©ral dĂ©connectĂ© des rĂ©alitĂ©s Ă©lectroniques. On y apprend, entre autres choses insoupçonnĂ©es, que les vaches sont sensibles au be-bop mais pas aux ballades (le scoop vient de Sheila Jordan); ou, plus sociologique, que le statut de musicien de studio faisait autrefois de vous le paria de la profession (Plas Johnson tĂ©moigne). Visiting Jazz, câest un peu le «tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les musiciens de jazz» et que les dictionnaires ne vous disent pas. Le respect rusĂ© de lâauteur pour ses interviewĂ©s stoppe net les dĂ©rives voyeuristes inhĂ©rentes au projet. Plus paparazzi que lui, on aimerait pour notre part plus de photos, plus de confidences, plus de tout: Ă quand le making of de ce brĂ©viaire qui oublie de se prendre au sĂ©rieux?
Un livre Ă©patant qui nous permet dâentrer dans lâintimitĂ© de jazzmen amĂ©ricains (un format identique pour chacun, deux pages et une photo). Câest au journaliste Thierry PĂ©rĂ©marti que lâon doit cette belle idĂ©e de proposer une sĂ©rie de rencontres au domicile mĂȘme des musiciens. Il nous fait ainsi partager un instantanĂ© de vie, dâautant quâil opĂšre seul avec un minimum de matĂ©riel, prenant lui-mĂȘme une âsnapshotâ pour illustrer son propos. Comme lâĂ©crit Alex Dutilh dans une prĂ©face sensible et juste, il sâagit âdâun vrai geste journalistique de âmĂ©diateurâ⊠oĂč le vrai lĂącher prise que nous recherchons tous dans la musique sâopĂšre dans la conversationâ. Lâessentiel de cette musique rĂ©side dans lâinstant et lâĂ©change immĂ©diat. Câest ce quâa parfaitement rĂ©ussi lâauteur de ce livre : un sens aiguisĂ© de la formule, une poĂ©sie de lâanecdotique se dĂ©gagent de ces entretiens enregistrĂ©s entre dĂ©cembre 1998 (le premier âat homisĂ©â fut Milt Jackson) et mai 2009 (le dernier Jack Costanzo)* qui constituĂšrent par ailleurs lâessentiel dâune rubrique tenue dans le journal Jazzman.
Sur dix ans, le journaliste-enquĂȘteur a ainsi approchĂ© au plus prĂšs des jazzmen, quâils soient musiciens culte (Roy Haynes, Wayne Shorter, Horace Silver, Lalo Schiffrin, Pharoah SandersâŠ), ou âseconds couteauxâ, voire inconnus du grand public. VoilĂ donc lâhistoire du jazz amĂ©ricain et de ses acteurs, en un condensĂ© Ă©mouvant, lâexpression multiforme dâune âcommunautĂ©â des plus attachantes. Thierry PĂ©rĂ©marti obtient avec cette âcarte blancheâ un rĂ©sultat Ă©tonnant, dĂ©gagĂ© des contraintes de lâactualitĂ© et de la promotion, de la recherche de scoops : câest un travail dâĂ©criture, plus prĂšs du portrait littĂ©raire que des clichĂ©s de lâanalyse critique. La musique que nous aimons est au centre de ces vies, modestes souvent. On sâattache trĂšs vite Ă ces âshort storiesâ que lâon lit dâun trait, Ă ces pages que lâon dĂ©couvre avec plaisir, Ă©motion souvent, nostalgie toujours. VoilĂ un coup gagnant, une formule juste qui tente quelque chose dâautre : si on avait songĂ© ou espĂ©rĂ© pareille dĂ©marche, Thierry PĂ©rĂ©marti lâa rĂ©ussie. Merci Ă lui et Ă la maison dâĂ©dition marseillaise Le Mot et le Reste pour cet ouvrage que nous recommandons vivement Ă ceux qui aiment vraiment le jazz.
*Costanzo est Ă juste titre un pionnier, le monsieur qui a popularisĂ© et mis Ă la mode les bongos dans la culture amĂ©ricaineâŠLe seul survivant du Nat King Cole and his Trioâ
Un ouvrage important. Une pierre de plus dans la grande histoire du jazz qui se bĂątit aussi par lâĂ©crit.
1) Qui ĂȘtes-vous ?
Un journaliste franco-amĂ©ricain dans le monde du jazz, passionnĂ© autant par la musique que par les musiciens. Un chroniqueur qui sâest dĂ©tournĂ© de la critique pour sâinventer portraitiste de jazz, friand de rencontres, de rendez-vous et de tĂȘte Ă tĂȘte ; qui a passĂ© de trĂšs nombreuses annĂ©es Ă poser des questions, Ă Ă©couter des rĂ©ponses, Ă ne rien dire aussi quand il nây a rien Ă dire.
2) Quel est le thĂšme central de votre livre ?
LâintimitĂ© de ces hommes et de ces femmes «jazzmen» qui savaient pour la plupart que la notoriĂ©tĂ© leur Ă©chapperait et jusquâĂ la reconnaissance mĂȘme par le public au sens large ; qui vivent une vie artistique Ă haut risque, qui ont fait des choix, et des concessions, avec dĂ©termination et rigueur, en se trompant, en recommençant lâouvrage, en triomphant aussi. Il y est question de courage, de doutes, dâorgueil, dâabnĂ©gation, de libertĂ©, et câest en allant chez eux, en leur rendant visite quâils rĂ©vĂšlent ce quâils sont.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de votre livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Il y a des notes quâon ne trouve pas» ou «et maintenant que vas-tu foutre de tout ce baratin ?»
4) Si votre livre était une musique, quelle serait-elle ?
Mais justement mon livre est fait de 78 musiques trĂšs personnelles et authentiques, dont je ne suis ni le compositeur, ni lâarrangeur, encore moins le producteur, mais uniquement lâinterprĂšte.
5) Quâaimeriez-vous partager avec vos lecteurs en prioritĂ© ?
LâĂ©paisseur de ces personnages⊠leur singularité⊠leur caractĂšre rĂ©vĂ©lĂ© au quotidien.
France Musique â Le bleu, la nuitâŠ
Thierry PĂ©rĂ©marti a animĂ© pendant dix ans, la rubrique » At home with⊠» pour Jazzman, parcourant dâest en ouest les Etats-Unis pour rencontrer les grands noms du jazz. Ce livre est un regroupement de ces passionnantes entrevues menĂ©es au domicile des plus grands artistes de cette musique, ainsi que des photos prises dans lâintimitĂ© de Gato Barbieri, Ray Ellis, Chico Hamilton, Freddie Hubbard, Michel Petrucciani, Pharoah Sanders, Lalo Schifrin, Joe Zawinul⊠A lire en Ă©coutant leurs disques, pour les dĂ©couvrir sous un nouveau jour.
(âŠ) Surpris dans leur intimitĂ©, ils Ă©voquaient avec dâautant plus de facilitĂ© leur passĂ© ou leur activitĂ© prĂ©sente quâils Ă©taient entourĂ©s de ces souvenirs concrets qui meublent et dĂ©corent un intĂ©rieur dâartiste ou des objets non moins concrets de leur travaux en cours (partitions, instruments). Ils dĂ©voilaient bonheurs, fiertĂ©s, colĂšres et frustrations ainsi que leurs penchants intimes, leurs petits travers, leurs manies quotidiennes et hobbies.
Soit 78 portraits âAt Homeâ avec des artistes dans leur grande majoritĂ© installĂ©s en Californie oĂč rĂ©sidait lâauteur jusquâĂ lâĂ©tĂ© dernier, et qui sont dĂ©sormais rassemblĂ©s dans un seul et mĂȘme ouvrage.
LâidĂ©e Ă©tait toute simple, encore fallait-il la rĂ©ussir : pendant une dizaine dâannĂ©es, Thierry PĂ©rĂ©marti, correspondant amĂ©ricain de la revue Jazzman a animĂ© la rubrique âAt home withâŠâ.
Aujourdâhui, ces entrevues Ă domicile avec des musiciens cĂ©lĂšbres et moins cĂ©lĂšbres sont regroupĂ©s dans Visiting jazz â quand les jazzmen amĂ©ricains ouvrent leur porte.
On se souvient avec un petit pincement au cĆur de ces pages que signait Thierry PĂ©rĂ©marti dans feu le mensuel Jazzman. Deux petites pages oĂč, pendant plus de 10 ans le journaliste qui vit Outre Atlantique nous racontait ses visites auprĂšs des jazzmen amĂ©ricains. Des interviews faites lĂ oĂč toute interview digne de ce nom devrait se dĂ©rouler, dans lâintimitĂ© de leur appartement, dans leur salon, leur jardin ou leur bureau, au plus prĂšs de leur quotidien. Câest que Thierry PĂ©rĂ©marti nâa pas son pareil pour briser vite la glace et approcher une certaine forme de complicitĂ© avec son sujet. Quelques minutes au plus prĂšs du cĆur de ces anciennes gloires passĂ©es et pour quelques-unes (rares), encore actives de lâhistoire du jazz. Je me souviens encore, non sans Ă©motion de ma lecture de cette rencontre avec Freddie Hubbard parue quelques jours avant la mort du trompettiste (Rencontre mise Ă nue oĂč le trompettiste nous dĂ©voilait sa volontĂ© farouche de revenir sur scĂšne). Allant de la cĂŽte ouest Ă la cĂŽte Est, ces deux pĂŽles essentiels, le journaliste est aller puiser dans le whoâs who dâun jazz captĂ© au travers de moments Ă©mouvants parce quâemprunts de simplicitĂ©. Ces moments oĂč lâinterviewer et lâinterviewĂ© se laissent aller Ă une discussion sans but, sans objet, dans le flottement dâun souvenir suscitĂ© par Thierry PĂ©rĂ©marti que lâon sent en amour total de ses sujets, de ceux qui ont tant dâheures de gloire Ă leu actif quâils en incarnent le jazz . Henry Grimes, ce rescapĂ© qui, pour le coup a repris du service aprĂšs des annĂ©es dâerrance, en tĂ©moigne. Câest alors un dĂ©filĂ© des hĂ©ros du jazz : 77 musiciens captĂ©s ainsi entre 1999 et 2009 qui pour certains ont disparu depuis (Zawinul, Hubbard, Anita OâDayâŠ.), dâautres restant encore trĂšs prĂ©sents aujourdâhui ( Erskine, Shorter, Frisell âŠ.). Et toujours quel que soit leur statut, ils livrent Ă leur nouvel « ami » français bien autre chose que ce que lâon a lâhabitude de lire dans les interviews un peu « conventionnelles », des moments de souvenirs intimes.
Pourtant si au hasard des pages actu du mensuel on se trouvait happĂ©s par ces rencontres hors du temps et chaque fois dĂ©calĂ©es par rapport Ă la frĂ©nĂ©sie boulimique de lâactu du jazz, lâalignement dans un ouvrage unique de ces brĂšves interviews de ces musiciens pour beaucoup Ă la retraite, donne lâimpression dâun jazz sĂ©pia tout droit sorti de la rĂ©sidence de Bleuets version limite sĂ©nile du jazz Ă lâheure du thĂ© et des petits gĂąteaux dans le salon juste avant la promenade de 17h. Câest le revers de la mĂ©daille de ces hĂ©ros fatiguĂ©s dont on avait oubliĂ© que malgrĂ© leur habit de lumiĂšre il sâagissait aussi dâhommes et de femmes qui tondent leur pelouse, jouent avec leur chien et font la cuisine. Moyenne dâĂąge Ă tout casser 75 piges.
Mais lâon passe outre cette vision un pue passĂ©iste du jazz. Car lâĂ©criture magnifique et dĂ©licate de Thierry PĂ©rĂ©marti suffit Ă nous Ă©mouvoir, Ă nous Ă©merveiller avec les yeux de gosses qui rencontreraient pour de vrai leurs hĂ©ros en chair et en os. Et nous sommes un peu dans lâĂ©merveillement de ceux qui dĂ©couvrent ainsi la profonde humanitĂ© de ceux quâils ont tant idolĂątrĂ©.
Lâouvrage est prĂ©cĂ©dĂ© dâune trĂšs belle prĂ©face dâAlex Dutilh qui fut durant toutes ces annĂ©es le RĂ©dacteur en Chef de Jazzman et qui laissa Ă PĂ©rĂ©marti cette belle libertĂ©. Cette audace du dĂ©calage.
Ce nâest pas en convoquant dans un cafĂ© ou dans un studio de tĂ©lĂ©vision ou de radio, endroits dĂ©nuĂ©s dâintimitĂ© et de repaires, un artiste, peintre, Ă©crivain, musicien que celui-ci peut le mieux sâexprimer, se confier, se rĂ©vĂ©ler, se dĂ©voiler. Lâauteur de cet ouvrage a prĂ©fĂ©rĂ© se rendre dans lâintimitĂ© mĂȘme de ceux quâil dĂ©sirait interviewer. Les langues se dĂ©lient mieux et les visages se prĂȘtent plus facilement Ă lâobjectif. Ainsi William Claxton, photographe lui-mĂȘme, a acceptĂ© de se faire prendre le portrait, ou encore Anita OâDay, qui selon son agent nâacceptera jamais de poser devant lâobjectif. Sauf que non seulement elle a bien voulu poser mais de plus en compagnie de lâauteur. Anita OâDay qui depuis nous a quittĂ©, lâentretien ayant eu lieu le 28 novembre 2000. Elle disparaissait le 23 novembre 2006. Des entretiens humoristiques, dĂ©voilant la face cachĂ©e des instrumentistes ou des interprĂštes, poignant Ă©galement, Ă©mouvant parfois. Ainsi Michel Pettrucciani dont lâentretien Ă©tait programmĂ© pour le 7 janvier 1999, et dont la premiĂšre rencontre eut lieu le 31 dĂ©cembre 1998 pour une sĂ©ance photographique. Il dĂ©cĂ©dait peu aprĂšs, le 6 janvier 1999, alors que la veille, sur son lit dâhĂŽpital, il avait choisi le clichĂ© devant figurer sur cet ouvrage. Plus anecdotiques, les entretiens accordĂ©s par Pete Christlieb, dans son garage, en train de rĂ©parer des dragsters, engins quâil ne conduit plus, ses fils ayant pris la relĂšve. Ou encore Roy Haines, qui dĂ©laissant sa batterie, se met au piano et dĂ©sirant imiter Thelonius Monk « fait » du Cecil Taylor. Ou encore John Heard, qui abandonne sa contrebasse en 1988 pour passer Ă autre chose, se consacrant Ă la peinture et la sculpture. Mais en 1992, il repique au truc, Ă son grand Ă©tonnement. Horace Silver qui vit presque en ermite, non pas parce quâil nâa pas dâamis, mais par besoin de solitude, pratiquant un rĂ©gime presque exclusivement vĂ©gĂ©tarien, relevant de maladie cardiaque, annulant ses tournĂ©es, mais toujours habitĂ© de nombreux projets. Et puis tant dâautres de Gato BarbiĂ©ri jusquâĂ Joe Zawinul, en passant par Kenny Burell, Lou Donaldson et ses clubs de golf, Henri Grimes, que tout le monde pensait mort depuis des dĂ©cennies et qui a Ă©tĂ© retrouvĂ© par hasard au bout dâune longue enquĂȘte par un assistant social fĂ©ru de jazz, et qui depuis a entamĂ© une renaissance musicale, Jim Hall et son chien, et combien dâautres photographiĂ©s dans leur jardin, en short, ou dans le salon habillĂ© comme sâils allaient sortir en concert, ou Ă©pluchant des champignons comme Chico Hamilton, se pavanant devant leur voiture, et le plus souvent photographiĂ©s en compagnie de leurs instruments, lâobjet indispensable de leur profession et de leur passion. Sans oublier Buddy Collette, Ray Ellis, Milt Jackson, Al Jarreau, Pharoah Sanders, Lalo Schiffrin, et combien dâautres qui ne sont pas forcĂ©ment connus du grand public. En tout prĂšs de 80 entretiens, et autant de photos, qui relĂšvent de la bonne franquette. Des restitutions dâentretiens plutĂŽt, car il nâagissait pas de reproduire une conversation, un dialogue, mais dâinsĂ©rer quelques Ă©changes dans un rĂ©cit vivant, empreint souvent de sensibilitĂ©, de regrets parfois, de projections sur lâavenir souvent. Et ces entretiens, qui sont datĂ©s, se dĂ©roulent de 1998 jusquâĂ 2009 et ont fait lâobjet de publications dans Jazzman, une revue aujourdâhui disparue par sa fusion avec Jazz Magazine. Un ouvrage qui se lit en grappillant au hasard de lâinspiration, avec une certaine nostalgie pour certaines de ces pages.
De Roy Haynes, Wayne Shorter et Horace Silver en 1999 Ă Pete Christlieb et John Hassell en 2009, lâauteur a rencontrĂ© chez eux (cf les « At Home » parus dans la revue Jazzman) 78 musiciens dont la plupart acteurs de lâhistoire du jazz.
Ces entretiens accompagnĂ©s de photos sont consacrĂ©s soit Ă des personnages ayant pour diverses raisons plus ou moins abandonnĂ© (et regrettĂ©) leurs activitĂ©s, soit Ă des musiciens toujours en forme et en mouvement, soit encore Ă des disparus. Beaucoup de souvenirs, dâanecdotes et de considĂ©rations sur le jazz et leur carriĂšre font de ce livre une mine de renseignements dont on se dĂ©lectera si on nâa pas encore eu lâoccasion de les Ă©couter.
Je nâai pas voulu introduire ici de distinctions ou dâapprĂ©ciations personnelles â ce qui ne mâempĂȘche pas, bien sĂ»r, des prĂ©fĂ©rences ; question de goĂ»ts et dâaffinitĂ©s⊠tout comme vous.
Il a Ă©tĂ© la plume amĂ©ricaine de Jazzman avec, au programme, des dizaines dâentrevue dans lâenvironnement intime des dieux, des demi-dieux ou alors des simples troubadours du jazz, âcette kyrielle dâillustres anonymes, Ă©crit-il, dont on ne sait que faire, sans trop savoir pourquoi la notoriĂ©tĂ© les a dĂ©jouĂ©s â. Thierry PĂ©rĂ©marti a su ainsi crĂ©er un rendez-vous singulier avec les lecteurs de la revue, et en mĂȘme temps, trĂšs curieusement, le simple fait de regrouper ses articles dans un livre joliment intitulĂ© Visiting Jazz donne un tout autre Ă©clairage Ă son travail.
Gato Barbieri reçoit en kimono, mais il a besoin dâĂȘtre allongĂ© au lit pour se confier⊠Anita OâDay est prĂȘte Ă bavarder Ă condition quâon lui apporte une boĂźte de chocolats. Câest entre deux paniers de basket que Marcus Miller, complĂštement en nage, accepte le micro-cravate⊠Lâinterview âĂ domicile â nâa pas forcĂ©ment lieu entre quatre murs⊠Une partie de pĂȘche, un terrain de golf, une virĂ©e en Cadillac, un rendez-vous au parc, assis sur lâherbe⊠Dis moi oĂč tu reçois, je te dirai qui tu es⊠Et quand ça se passe Ă la maison, mĂȘme si on vous accueille en chaussettes ou en pyjama, le tĂȘte-Ă -tĂȘte nâa vraiment rien de pantouflardâŠ
Surtout lorsquâon est, parfois, un peu en bout de course⊠Il y a ceux que Thierry PĂ©rĂ©marti croyait morts et qui sont toujours en vie, et puis aussi ceux qui ne sont pas trĂšs bien portants, qui ont dĂ©cidĂ© de ne plus se cacher, qui disent lâamertume, la sueur, la prĂ©caritĂ©, la bagarre quotidienne pour vivre de son instrument, quitte Ă se faire oublier en jouant les obscurs sidemen dans les grands studios, comme ce fut le cas pour de nombreux musiciens de la West Coast⊠Ceux lĂ nâont mĂȘme pas le coeur Ă entretenir les vieux mythes du jazz cool âdoux et blanc â, comme le murmure Teddy Edwards qui, lui, Ă©tait fougueux et noirâŠ
Lâouvrage Ă©videmment doit beaucoup aux qualitĂ©s dâĂ©criture de Thierry PĂ©rĂ©marti⊠Son art du portrait tient parfois en quelques mots: Bobbie Hutcherson, Ă©crit-il, âvient des annĂ©es Blue Note, des sixties version Martin Luther King et des ghettos qui brĂ»lent â⊠De Sheila Jordan il souligne que âson amour du jazz est indestructible. IrrĂ©vocable. Grandiose. Intact comme le rĂȘve de cette adolescente quâelle fut et qui, de club en club, courait aprĂšs Charlie Parkerâ⊠Quand la plume est ce point concise et passionnĂ©e, et quand elle est au chevet de ce quâil y a de plus authentique chez les jazzmen et jazzwomen de lâautre rive de lâAtlantique, on devine alors que ce Visiting jazz de Thierry PĂ©rĂ©marti va bien au-delĂ de la simple visite de courtoisie.