Unknown Pleasures - Nouvelle édition
Joy Division vu de l'intérieur
Passionnant pour tout fan de Joy Division qui se respecte, trĂšs Ă©clairant sur les dĂ©buts et lâhistoire de ce combo hyper influent et savoureusement parsemĂ© dâanecdotes bien salĂ©es et souvent drĂŽles, le trĂšs enlevĂ© livre signĂ© Peter Hook Unknown Pleasures, Joy Division vu de lâintĂ©rieur, se dĂ©vore dâune seule traiteâŠ
Pierre Andrieu â ConcertAndCo
Traduit de lâanglais par Suzy Borello
Ă la fin des annĂ©es 1970, inspirĂ©s par lâĂ©nergie du punk, et notamment des Sex Pistols, Peter Hook et son vieil ami dâĂ©cole Bernard Sumner, Ă qui se sont joints Ian Curtis, chanteur-compositeur et Stephen Morris Ă la batterie, ont dĂ©marrĂ© un groupe qui, 35 ans plus tard, continue dâinfluencer la musique pop. Avec quelques instruments rassemblĂ©s Ă la va-vite et un vieux van, voilĂ les quatre jeunes gars de Manchester et de Salford partis Ă©cumer les pubs et les clubs dâAngleterre. Le premier concert sous le nom de Joy Division est catastrophique : la nouvelle basse de Peter Hook est en rade, plus de la moitiĂ© du petit public de trente pĂ©quins est constituĂ©e dâamis de Peter, et une bagarre Ă©clate. Ce nâest pas grave, ils continuent et en 1980, ils sortent deux albums et sont sur le point de tourner en AmĂ©rique. Tout sâenchaĂźne. Joy Division a mĂ©tamorphosĂ© le visage de la musique. Parrains de la scĂšne alternative actuelle, les membres du groupe ont revitalisĂ© le rock Ă lâĂšre du post-punk, Ă©laborant un son nouveau, sombre, hypnotique et intense, qui influencera The Cure, Morrissey, Radiohead et de nombreux autres. Peter Hook fut au cĆur de ce son nouveau qui dĂ©finit et inspira une gĂ©nĂ©ration, marquĂ©e par la mĂ©lodieuse ligne de basse de « Love Will Tear Us Apart ». Dans le mĂȘme style brut et enlevĂ© de son prĂ©cĂ©dent ouvrage, LâHaçienda, la meilleure façon de couler un club, Peter Hook tĂ©moigne de lâhistoire intĂ©rieure de Joy Division. On plonge littĂ©ralement dans lâhistoire de ce groupe de lĂ©gende !
Revue de presse
- Unknown Pleasures Noé Gaillard Daily Books 18 février 2015
- Le mot et le reste : cinq ouvrages d'une rentrée musicale Adrien Sourdoreille 21 octobre 2014
- Unknown Pleasures Joy Division vu de lâintĂ©rieur â Peter Hook Claire Shut Up And Play the books
- Unknown Pleasures Pierre Andrieu ConcertAndCo.com 04 juillet 2013
- De New Order, Buzzcocks et David Guetta Jackie Berroyer Vibrations avril 2013
- Livres - Musiques François Gorin Télérama 24 avril 2013
- Unknown pleasures - Joy Division vu de l'intérieur Sophie Chambon Les derniÚres nouvelles du jazz Samedi 20 avril 2013
- Le livre de la semaine Patrick Beaumont La Gazette Nord-Pas de Calais 12 avril 2013
- Le livre sur Joy Division par l'ex-New Order Peter Hook arrive en France Maxence Grugier Fluctuat 17 janvier 2013
- Unknown Pleasures Thomas Baltes Guitar Part Mars 2013
- Interview - Basse, biĂšre & rock'n'roll BenoĂźt Carretier Tsugi mars 2013
- Carnet de souvenirs MĂ€x Lachaud ObskĂŒre Avril 2013
- Ice Age Emmanuel Dosda Poly.fr 22 mars 2013
- Rire Jaune avec Joy Division - Coup de coeur Philippe Richard Ouest France 25 février 2013
- Livres - Spécial Manchester Hervé Crespi Start Up Février 2013
- Livres et DVD Ali Tération Vice février 2013
- Interview de Peter Hook Basile Farkas Rock&Folk Mars 2013
- Moche Division Sophian Fanen Libération 15 février 2013
- Peter Hook: "Avec Joy Division, on se marrait beaucoup" Igor Hansen-Lov L'Express 2 février 2013
- Peter Hook : de Joy Division Ă lâHacienda, interview premiĂšre fois Ondine Benetier Les Inrockuptibles 1er fĂ©vrier 2013
- 3 questions à Peter Hook Stéphane Davet M le magazine du Monde 15 décembre 2012
Unknown Pleasures, Joy Division vu de lâintĂ©rieur est un ouvrage qui oscille entre le cru, le tragique et le drĂŽle. Certes, Manchester Ă la fin des annĂ©es 70 ne ressemble pas tout Ă fait Ă Miami, mais grĂące Ă la gouaille de son bassiste, qui fondera plus tard New Order, Joy Division dĂ©voile tous ses secrets sans chichis et nous offre une vĂ©ritable invitation au voyage au cĆur de cette Ă©poque si riche musicalement, qui fait encore rĂȘver bon nombre de colders.
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Les connaisseurs en matiĂšre de musique « populaire » de la pĂ©riode de la fin des annĂ©es 1970 ne seront pas surpris par le sous titre : Joy Division vu de lâintĂ©rieur. Bien sĂ»r, il y a ceux qui ont retenu que Peter Hook est un des fondateurs du groupe et les autres, ceux qui se contentent dâĂ©couter cette musique. Parfois sans mĂȘme savoir lâorigine du nom du groupe. Ceux qui sont dans ce cas peuvent se rassurer, Peter donne lâexplication.
En exergue une petite phrase donne le ton : « Ce livre contient la vĂ©ritĂ©, toute la vĂ©ritĂ©, rien que la vĂ©rité⊠enfin, dâaprĂšs mes souvenirs ! » et elle est signĂ©e Peter Hook. Au fil de la lecture, vous comprendrez vite pourquoi un Ă©diteur a pu dĂ©cider de faire traduire ce livre et de le publier. Dâune part, je le crois sans la moindre complaisance, ce qui est Ă©crit, racontĂ©, vise Ă expliquer, Ă faire comprendre et non Ă justifier des comportements particuliers (violence, alcool). Dâautre part, Peter Hook se raconte et raconte le groupe et les rapports entre ses membres. Surtout les rapports avec Ian Curtis â chanteur compositeur â dont le suicide mettra fin au groupe. ConsidĂ©rant sans doute que les lecteurs de son livre auront dans leur discothĂšque un ou deux LP ou CD â avez-vous remarquĂ© lâassez grand nombre dâappellations diffĂ©rentes pour ce qui est des vinyles en opposition au vulgaire CD ? Serait-ce une marque de noblesse ? â lâauteur nous propose ce que lâon appellera faute de mieux des grilles dâĂ©coute, des sous-titres, des dĂ©cryptages. Et ce pour deux albums : Unknown Pleasures et Closer en nous recommandant de lire en Ă©coutant.
En ce qui me concerne, et je ne pense pas ĂȘtre le seul, Ă la fin des annĂ©es 70 je nâĂ©coutais pas ce genre de musique, en revanche le faire aujourdâhui â avec le recul et lâĂąge venu â cela a son charme.
Alors bonne lecture-écoute.
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Contrairement aux idĂ©es reçues, Merci pour ce moment nâest pas le seul bouquin sorti en cette rentrĂ©e. La maison dâĂ©dition Le mot et le reste créée Ă Marseille en 1996 par Yves Jolivet est lâincontournable au regard des derniĂšres sorties et celles prĂ©vues Ă lâautomne. Voici une sĂ©lection de cinq ouvrages sur la musique pour sâen mettre plein la tĂȘte, sur la musique underground, Kraftwerk, les albums Ă©lectro, Sun Ra et Joy Division. Les fils dâactus, câest dĂ©jĂ le passĂ©. Le papier : le futur.
Peter Hook câĂ©tait dĂ©jĂ pliĂ© Ă lâexercice de lâĂ©criture en narrant ses (mĂ©s)aventures rock dans LâHaçienda, la meilleure façon de couler un club. Il a de nouveau troquĂ© sa basse (et ses platines depuis 2010) contre la plume pour raconter sa vision des faits sur le groupe de cold wave quâil a créé, bouleversant la musique durant la fin des annĂ©es 70 , notamment Ă lâĂ©tĂ© 1979 avec un album icĂŽne de la scĂšne underground: Unknow pleasures. ParsemĂ©es dâanecdotes dignes du mythe Joy Division, le crĂ©ateur de New Order fait un devoir de mĂ©moire Ă Ian Curtis et au reste de la bande racontant leur histoire commune, celle de jeunes anglais de Manchester partis de trois fois rien et crĂ©ant un univers sombre et incisif qui aura influencĂ© des gĂ©nĂ©rations dâartistes. Dans un ton plus drĂŽle et lĂ©ger que le biopic Control du gĂ©nie photographique Anton Corbijn et, et dans les coulisses du groupe, ce tĂ©moignage ravira les fans engendrĂ©s durant trois dĂ©cennies.
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Unknown Pleasures Joy Division vu de lâintĂ©rieur, câest le tĂ©moignage dâun insider. Joy Division, groupe mancunien mythique des annĂ©es post-punk, racontĂ© Ă travers les yeux de son bassiste Peter Hook, depuis passĂ© par New Order et Ă prĂ©sent leader de Peter Hook and The Light.
De la rencontre du groupe au grĂ© des premiers concerts des Sex Pistols Ă leur premier enregistrement foireux, de Warsaw Ă Joy Division, Peter Hook raconte avec honnĂȘtetĂ© et humilitĂ© son vĂ©cu au sein du lĂ©gendaire instigateur de la new wave. AprĂšs le livre de Deborah Curtis, Ian Curtis et Joy Division, Histoire dâune vie, on touche enfin du doigt la fulgurance et lâimpact du groupe de lâintĂ©rieur. « Hookie » nous livre Ă la fois une mĂ©moire intacte et un recul nĂ©cessaire sur lâune des pĂ©riodes musicales les plus passionnantes que lâAngleterre ait connue ; de la difficultĂ© de trouver leurs premiĂšres dates et dâacheter du matĂ©riel dĂ©cent avec leur moyens (trĂšs) limitĂ©s, Ă leurs premiers concerts sans spectateurs, en passant par les critiques sur leur nom rappelant les temps les plus sombres de notre histoire. Cependant, comme tout ouvrage sâattaquant au champ de la biographie, lâhistoire quâil raconte (autant que celle de Debbie Curtis dâailleurs), doit ĂȘtre accueillie avec prĂ©caution. Car si les tĂ©moignages les plus vivaces et passionnants viennent toujours des protagonistes du rĂ©cit, ils sont aussi les moins objectifs.
Par ailleurs, Unknown Pleasures est aussi lâoccasion de dĂ©couvrir une constellation dense de groupes parfois oubliĂ©s de la scĂšne de Manchester au sein de laquelle Joy Division gravitait : Buzzcocks, Slaughter and the Dogs, The Damned, Magazine, et bien dâautres. On comprend Ă©galement les influences des diffĂ©rents membres du groupe, de David Bowie Ă Kraftwerk en passant par Iggy Pop et les New York Dolls.
Unknown Pleasure â Shut up and Play the book
Passionnant pour tout fan de Joy Division qui se respecte, trĂšs Ă©clairant sur les dĂ©buts et lâhistoire de ce combo hyper influent et savoureusement parsemĂ© dâanecdotes bien salĂ©es et souvent drĂŽles, le trĂšs enlevĂ© livre signĂ© Peter Hook Unknown Pleasures, Joy Division vu de lâintĂ©rieur, se dĂ©vore dâune seule traite⊠Lâauteur, qui a son franc parler et peut se targuer dâavoir un caractĂšre bien trempĂ©, raconte la genĂšse de Joy Division, les plans galĂšres, les rencontres importantes, les engueulades mĂ©morables, lâĂ©criture des morceaux et les concerts affligeants de mĂ©diocritĂ© ou devenus cultes⊠Venant du bas de lâĂ©chelle sociale et nâayant pas eu une jeunesse facile, le cultissime bassiste mancunien, plutĂŽt brut de dĂ©coffrage, ne sâembarrasse pas de figures de style ou de dĂ©tours⊠Il va Ă lâessentiel, narre les choses en ayant le souci de dire la vĂ©ritĂ© (Ian Curtis Ă©tait un jeune homme plutĂŽt normal, quand il avait bu il savait faire le con comme tout apprenti rock star⊠), appelle un chat un chat et taille dans le vif. Ses rapports conflictuels avec son ancien ami Bernard Sumner, guitariste et claviĂ©riste de son Ă©tat, son statut de bassiste/roadie/conducteur de van la nuit et de travailleur le jour mais aussi les blagues ultra lourdingues que se faisaient les musiciens entre eux, tout est Ă©voquĂ© sans fard, permettant de replacer les choses dans leur contexte. De maniĂšre plutĂŽt touchante, le gars Peter avoue parfois nâĂȘtre pas sĂ»r Ă 100% de tout ce quâil Ă©crit (la faute au temps qui passe, Ă la drogue et Ă lâalcool), mais son bouquin â traduit en français par Suzy Borello â fourmille de dĂ©tails croustillants, ce qui permet dâen savoir vraiment plus sur la maniĂšre dont les titres de Joy Division ont Ă©tĂ© créés, enregistrĂ©s, produits et distribuĂ©s de maniĂšre totalement do it yourself. On apprend en particulier que les compositions partaient quasiment toutes dâune ligne de basse mĂ©lodique jouĂ©e dans les aigus, que lâapport de Curtis Ă©tait prĂ©pondĂ©rant pour transformer un morceau de prime abord assez banal en potentiel tube, que le gĂ©nial producteur Martin Hannett bidouillait tout un tas de trucs essentiels dans le dos des musiciens et que les qualitĂ©s de guitariste de Barney et celles du batteur Stephen Morris ont permis de concevoir des chefs-dâoeuvre intemporels. Les influences du groupe (Sex Pistols, Clash, Buzzcocks, Velvet Underground, Bowie, Stooges, Doors⊠) et la maniĂšre dont elles ont marquĂ© les premiers morceaux de Warsaw et la suite sont, bien Ă©videmment, abordĂ©es⊠Hooky parle aussi de choses trĂšs personnelles Ă propos de son sentiment de culpabilitĂ© aprĂšs le suicide de Ian C., sans omettre de faire allusion Ă ce qui pourrait expliquer ce geste funeste : les tournĂ©es incessantes, les histoires de cĆur et lâĂ©pilepsie du regrettĂ© leader. *Il faut donc lire Unknown Pleasures, Joy Division vu de lâintĂ©rieur si lâon veut en savoir (beaucoup) plus sur un groupe dont presque tous les titres â mis en boite il y a plus de 30 ans mais sonnant terriblement actuels â donnent des frissons Ă chaque nouvelle Ă©coute⊠*
Il avait dĂ©jĂ Ă©crit un livre sur Haçienda, le fameux club de Manchester. Il vient dâen Ă©crire un autre sur Joy Division et il en Ă©crira un, si ce nâest dĂ©jĂ fait, sur New Order. âNew Orderâ. Il se plaint que les journalistes les aient fatiguĂ©s avec la sempiternelle question sur le nom et lâesthĂ©tique du premier groupe. Le rapport avec la chose nazie. Il dit dans le livre quâaprĂšs le suicide de Ian Curtis, leur chanteur, finit ce genre de conneries, on doit continuer et pas refaire les mĂȘmes erreurs. Et voilĂ quâils appellent leur groupe Ordre Nouveau. En fait, ça leur a plutĂŽt rĂ©ussi. Peter Hook câest le type qui fait le bilan et quâil sâaperçoit quâil a Ă©tĂ© con mais quâil ne lâa pas Ă©tĂ© complĂštement, et quâil a Ă©tĂ© crĂ©atif. Ses basses un peu enfantines oĂč il joue souvent sur les aigus ont donnĂ© un ton et guidĂ© les mĂ©lodies de la plupart des chansons. Dans certains morceaux, lĂ oĂč lâon croirait entendre une guitare en arriĂšre-plan, câest en fait la basse six cordes quâil venait dâacheter sur les conseils de Bernard. Il explique tout ça dans son livre, et câest un tĂ©moignage trĂšs intĂ©ressant pour ceux qui sâintĂ©ressent Ă tout ça. Est-ce que câest trĂšs intĂ©ressant pour ceux qui sâen foutent ? Jâirais dâune litote. Moi, je ne mâen fous pas. Je mâintĂ©resse Ă la musique et Ă son histoire, et dans lâhistoire trĂ©pidante et populaire, ces gens de Manchester ont comptĂ©. Ils ont apportĂ© quelque chose qui participe Ă lâĂ©volution. Certains artistes font leur truc et leur truc ne fait pas de petits, mais ceux-lĂ ont ouvert des portes. En mĂȘme temps, il reconnaĂźt quâil a mis assez longtemps Ă comprendre lâapport du producteur Martin Hannett. Il aurait aimĂ©, Ă lâĂ©poque, un son plus dur.
Le livre est truffĂ© dâanecdotes et de rĂ©flexions sur la musique. Les deux principaux albums sont dĂ©taillĂ©s titre par titre par ce musicien qui avoue ne pas avoir dâoreille et qui a Ă©tĂ© le plus heureux des hommes quand il a vu arriver les accordeurs Ă©lectroniques : fini de se faire humilier sur scĂšne par Bernard Sumner, le guitariste, qui lui accordait sa basse en se foutant de sa gueule.
Ă leurs dĂ©buts, avant dâembaucher Ian Curtis, ils cherchaient un chanteur, ils en ont essayĂ© plusieurs, mais le problĂšme, câest quâils Ă©taient tous mauvais. Câest un problĂšme, en effet. Mais il rectifie : en fait, ils nâĂ©taient pas mauvais comme il fallait. Les Buzzcocks avant eux avaient Ă©tĂ© les petits coqs (cocks) de Manchester, ils ont tournĂ© ensemble. CâĂ©tait les Buzzcocks qui avaient le profil arty et Ă©taient les petits voyous des quartiers.
Ce cĂŽtĂ© arty lâagaçait quand il a pris de lâampleur chez Curtis. Ce qui semble le plus fou Ă Hooky, câest quâil parlait mĂȘme dâouvrir une librairie avec son amoureuse belge, qui a Ă©tĂ© au cĆur du drame puisque Ian Curtis Ă©tait mariĂ© et que cet Ă©cartĂšlement sâajoutait Ă sa maladie.
Il Ă©tait Ă©pileptique. Au fond, Curtis Ă©tait simplement un type curieux de toutes choses, avec la fibre artistique, et qui ne voulait pas sâen tenir, bien quâil nâait pas Ă©tĂ© le dernier, au comportement dâados attardĂ©s : fauches, farces et attrapesâŠ
Notre auteur dit que câest beaucoup plus tard quâil a compris les paroles des chansons de Ian Curtis. Avant ça, il nây avait pas prĂȘtĂ© attention. Tout comme les autres membres du groupe, il avait assez Ă faire avec la musique. Et câest assez fou de le voir dĂ©clarer dans un magazine quâil rĂȘve dâun remix de âBlue Mondayâ par devinez qui ! Carl Craig ? Non, David Guetta. Au fond, je ne suis pas trĂšs au courant : peut-ĂȘtre que Guetta a fait des progrĂšs, comme un Jean-Michel Jarre qui serait devenu une sorte dâEno.
Jâai signĂ© tout de mĂȘme la pĂ©tition âNon aux 400 000 euros de subvention pour le concert de David Guetta Ă Marseilleâ. Probablement en vain. La vieille crapule qui dirige la ville nâa rien Ă faire de nos prĂ©occupations artistiques et de la justice sociale.
Jâai lu le livre de Peter Hook et je nâai pas lu celui de la bonne femme crapule â Ă caution quasi-queer â qui a piĂ©gĂ© le cochon. Ce dernier nâayant pas rĂ©ussi Ă faire interdire le livre, il sâen est vendu plus de 20 000 en quinze jours. ForcĂ©ment. Lorsquâon voit la moitiĂ© de la couverture de Voici avec un bandeau, câest foutu, ça veut dire que câĂ©tait dans un numĂ©ro prĂ©cĂ©dent quâil y avait la photo sensationnelle de la star qui nâest pas plus sexy que votre cousine finalement aux vues de ces photos-vĂ©ritĂ©s. Quand on voit ça disais-je, on sait quâon a ratĂ© le numĂ©ro dâavant. Tandis quâavec le livre de la bonne femme crapule, le bandeau indique que câest dedans, le croustillant, et pas dans le bouquin dâavant. La une du livre est une pub. Attention, atteinte Ă la vie privĂ©e, ça câest bon. Mais on ne vous dira pas de qui il sâagit, pour peu que vous soyez passĂ© Ă cĂŽtĂ©, vous vous prĂ©cipiteriez.
On a perdu Alvin Lee, Donald Byrd et on va perdre Wilko Johnson. Son fils lâa forcĂ© Ă consulter aprĂšs quâil ait pissĂ© du sang. Les mĂ©decins lui ont dit quâil avait un gros truc pas opĂ©rable. De plus, il refuse la chimio. Il sâest trouvĂ© Ă©trangement calme en apprenant la nouvelle alors que son fils sâest effondrĂ©. Wilko, qui est dĂ©pressif depuis lâĂąge de dix ans, vit ses derniers moments en trouvant enfin la vie merveilleuse. On ne sait jamais Ă lâavance comment on va rĂ©agir devant certains Ă©vĂ©nements.
Ăcrits new wave. Les MĂ©moires anecdotiques du bassiste de Joy Division et les meilleures chroniques dâun critique rock Ă la fibre dâĂ©crivain.
Par une coĂŻncidence plus que par la volontĂ© de leur Ă©diteur commun, In a Lonely Place, recueil dâĂ©crits rock de Michka Assayas, voisine chez les libraires avec Unknown Pleasures, second volume de MĂ©moires signĂ© Peter Hook. Celui-ci fut le bassiste de New Order et avant cela de Joy Division, dont il continue aujourdâhui dâentretenir la lĂ©gende â ou de lâexploiter sans vergogne, selon les sources. Ă qui cherche un revers plus trivial au mythe parfois encombrant, Hook fournit son content dâanecdotes.
Le livre dâAssayas porte un titre empruntĂ© lui aussi Ă Joy Division. Son entrĂ©e en rock critique a suivi la fin de ce groupe, aprĂšs le suicide du chanteur, Ian Curtis. CâĂ©tait en 1980, annĂ©e new wave. Ă Belfast dĂ©butait U2, sous le regard dâun jeune journaliste alors loin dâimaginer quâil serait plus tard le biographe de Bono. Lâattachement Ă ces deux totems, ici lyrique, lĂ romantique, rĂ©sume assez bien la dualitĂ© du critique : enthousiasme et regret, ombre et clartĂ©. Mais aussi lâĂ©criture de Michka Assayas est marquĂ©e dĂšs lâorigine par un doute essentiel : parler du rock lui est vital, et pourtant cela ne va pas de soi. Au creux de ce balancement, qui certains jours se mue en sentiment dâimposture, peu naĂźtre un Ă©crivain. Dans ses essais ou ses romans sâest dĂ©veloppĂ©e une fibre proprement littĂ©raire. Mais lâexhumation de chroniques passĂ©es ne nous jettera pas forcĂ©ment sur les disques Ă©coquĂ©s pour vĂ©rifier que lâavis du moment âtient encore la routeâ, on a ici la preuve quâen rapportant le plus fidĂšlement possible ses obsessions musicales, le critique (rock ou non) peut lui-mĂȘme faire vibrer son lecteur. En cela, il en remontre Ă plus dâun auteur de fiction.
Ă la fin des annĂ©es soixante dix, Peter Hook (Hooky) est lâun des membres fondateurs de Joy Division avec Bernard Summer, Ian Curtis et Stephen Morris. AprĂšs son prĂ©cĂ©dent ouvrage, dĂ©jĂ publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste, lâHacienda, la meilleure façon de couler un club, il raconte, dans le mĂȘme style simple, direct, alerte (impeccablement traduit par Suzy Borello),lâhistoire trop courte du groupe qui allait rĂ©volutionner le visage de la musique, en revitalisant le rock Ă lâĂšre du post punk, Ă©laborant un son nouveau, sombre, hallucinĂ©, hypnotique et si intensĂ©ment juste quâil dĂ©terminera lâengagement de groupes comme The Cure, Echo & the Bunnymen, Wire et Radiohead.
Rappelons que le mot punk Ă©tait dĂ©jĂ employĂ© dĂšs le milieu des annĂ©es soixante pour des groupes amateurs jouant un rock primaire aux Usa. Le mot rĂ©apparaĂźt et se dĂ©mocratise avec les SEXPISTOLSâŠle sexe comme Ă©loge de la transgression rockâŠUn groupe adulĂ© par les gothiques dont les deux albums sortis entre juillet 79 et juin 80, Unknow pleasures et Closer forment un testament aussi monochrome que leur pochette.
Quatre garçons pas vraiment dans le vent, des prolĂ©taires qui avaient une certaine vision artistique, sans en avoir toujours les moyens techniques. Fantasque, jovial, le bassiste de Joy Division, Peter Hook raconte ses souvenirs sans trop enjoliver, avouant ses turpitudes avec une bonhomie confondante et beaucoup dâhumour. On sâamuse Ă©normĂ©ment dans les premiers chapitres qui racontent lâenfance. Et puis il y a ce noir et blanc des souvenirs de ce groupe composĂ© de sales gosses, de ces lads du nord de lâAngleterre, des Mancs toujours prĂȘts Ă en dĂ©coudre avec les cockneys ou ceux de Chelsea. Ils passent leur temps Ă se faire de sales blagues, Ă boire, Ă dĂ©conner⊠«Du vin, des femmes et des chansons». Ils vivent encore chez leurs parents, Ă lâexception du chanteur Ian Curtis, mariĂ© et bientĂŽt pĂšre de deux enfants. Ils mĂšnent une vie trĂšs dure, travaillent le jour et faisant leur gig le soir, conduisant, rangeant et dĂ©plaçant leur matos, ne touchant que des sommes dĂ©risoires, les conditions des concert Ă©tant trĂšs diffĂ©rents de celles dâaujourdâhui. Aucun confort et souvent le froid glacial. Des instruments rassemblĂ©s Ă la-va-vite, bricolĂ©s et un van pourri que conduit Hook en ronchonnant, car il doit en plus, payer lâentretien et les rĂ©parations. Aucune solidaritĂ© dans la bande!
le groupe se laissa manoeuvrer et manager par le producteur fou Martin Hannett, remodelant Ă sa guise les enregistrement de ces gamins qui ne comprenaient rien Ă ce qui se passait. Leur seul plaisir Ă©tait de jouer, dâen dĂ©coudre sur scĂšne, de se laisser aller Ă lâalchimie de cette formation, relĂ©guant par exemple, dans Unknow Pleasures, les guitares au fond du mix pour mieux capter les Ă©chos hantĂ©s, la voix sĂ©pulcrale dâIan Curtis. La vie du groupe et de son chanteur devient une Ă©trange balade, avec comme dĂ©cor, une ville qui se dĂ©lite sous les coups du thatchĂ©risme, tout en donnant naissance Ă son rĂ©solument nouveau, imprĂ©gnĂ© dâune sourde rĂ©volte, une rĂ©signation hurlĂ©e.
Le suicide dâIan Curtis marque la fin du groupe. Curtis ne fait mĂȘme pas partie du club des 27, puisque mort Ă 24 ans! MinĂ© par son divorce, ses crises dâĂ©pilepsie de plus en plus sĂ©rieuses â elles augmentent avec le succĂšs e le rythme infernal des concert â il convulse sur scĂšne. Il finira par se pendre au matin dans la cuisine de son petit appartement de Macclesfield, prĂšs de Manchester, juste avant le dĂ©part pour une tournĂ©e aux USA.
Peter Hook le rĂ©pĂšte souvent et on ne peut que tenter dâimaginer comme lui, ce qui aurait pu ĂȘtre. On sent bien toute la peine du bassiste et son remords actuel de nâavoir rien compris Ă la dĂ©tresse morale, physique du chanteur et dâavoir laissĂ© faire. Un soir par exemple, il retrouve le chanteur inconscient, dans les toilettes, blessĂ©. Une fois ses esprits retrouvĂ©s, Curtis fera quand mĂȘme sont concert. Ă sa mort, ses camarades, sâils ont continuĂ© et créé NEWORDER dans le prolongement de JOYDIVISION, nâont pas voulu ni pu remplacer le lead singer. Et câest tout Ă leur honneurâŠ
Le trĂšs beau film Control dâAnton Corbijn rĂ©alisĂ© en 2007 avec Sam Riley (lui mĂȘme rocker) dans le rĂŽle dâIan Curtis traduit cette vie en circuit fermĂ©, qui trĂšs vite, saisi dâune accĂ©lĂ©ration folle, conduit Ă une impasse. Fatale. Peter Hook y fait souvent rĂ©fĂ©rence, soulignant juste quelques diffĂ©rences. Il corrige ainsi quelque peu lâimage dâIan Curtis, protĂ©iforme et camĂ©lĂ©on, Ă©pris absolu, trĂšs «arty» mais aussi semblable aux autres membres du groupe, dans certaines frasques ou dĂ©lires trĂšs imbibĂ©s. « Il y avait le projet et nous on Ă©tait ses outils pour le mettre en Ćuvre ». Pas vraiment de tiraillement entre sensibilitĂ©s musicales distinctes. Du moins sur scĂšne. « La plupart des batteurs se contentent de taper comme des sourds. Steve, lui jouait de la batterie. Cela se voyait quâil avait Ă©tĂ© dans un trio jazz, parce quâon aurait dit quâil avait fusionnĂ© le ressenti et la subtilitĂ© du jazz avec la puissance et lâĂ©nergie du rock et du punk». Car curieusement, en dehors des concerts, chacun retrouve ses petites mesquineries, son Ă©goĂŻsme.
Les Ă©ditions marseillaises Le mot et le reste ont fait un excellent travail, avec une mise en page astucieuse, des chronologies intercalĂ©es, les titres de chapitres qui reprennent quelques formules choc. Un graphisme intriguant de lignes diffractĂ©es. Une lecture plus que plaisante, puisquâon prend le livre et on ne le lĂąche plus. On retient lâexcellente suggestion que nous propose Peter Hook dâĂ©couter chaque album piste par piste, en suivant son dĂ©cryptage. Dâintelligentes «liner notes » aprĂšs coup. Des titres qui sautent Ă la gorge dont la liste montre lâambiance dĂ©lĂ©tĂšre de ce groupe qui pĂątit au dĂ©but, de leur nom tirĂ© de lâhistoire nazie. Et pourtant, il nây eut jamais aucun engagement ou fascination envers les nazis.
EnlevĂ©, percutant et instructif, voilĂ un tĂ©moignage sur une Ă©poque pas si lointaine et pourtant dĂ©jĂ rĂ©volue, un portrait Ă lâacide dâune certaine Angleterre que lâon retrouve dans les films de Mike Leigh ou Ken Loach, une balade nocturne et froide. Ce groupe mĂ©tĂ©orite a marquĂ© une page de lâhistoire du rock. Câest aussi un peu de notre histoire personnelle et la nostalgie fait le reste.
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Dans le mĂȘme style brut et enlevĂ© que son prĂ©cĂ©dent ouvrage, LâHaçienda, Peter Hook tĂ©moigne de lâhistoire intĂ©rieure de Joy Division. Un groupe nĂ© Ă la fin des annĂ©es soixante-dix lorsque Peter Hook et son vieil ami dâĂ©cole Bernard Sumner, se sont joints Ă Ian Curtis, chanteur-compsiteur et Stephen Morris Ă la batterie. Avec quelques instruments et un vieux van, les quatre jeunes gars de Manchester et de Salford sont partis Ă©cumer les pubs et les clubs dâAngleterre avant de sortir en 1980 deux albums â dont lâinusable hit âLove Will Tear Us Apartââ qui vont entrer dans lâhistoire du rock. Parrains de la scĂšne alternative actuelle, les membres du groupe ont revitlisĂ©â le rock Ă lâĂšre du post-punk, Ă©laborant un son nouveau, sombre, hypnotique et intense, qui influencera The Cure, Radiohead et de nombreux autres artiste. Un livre indispensable pour les aficionados de ce groupe mĂ©tĂ©orite.
Unknown Pleasures, le livre que lâancien bassiste de New Order, Peter Hook, a consacrĂ© Ă lâhistoire de Joy Division vu de lâintĂ©rieur â comme lâindique son sous-titre â dĂ©barque enfin en France traduit par les dĂ©cidĂ©ment trĂšs actives Ă©ditions Le Mot et le Reste.
En aoĂ»t dernier, lâex-New Order Peter Hook voyait son livre LâHaçienda, la meilleure façon de couler un club enfin traduit dans nos contrĂ©es. Ce pavĂ© de presque 400 pages racontait la saga autodestructrice et hĂ©doniste dâun des plus grands clubs dâEurope (et du label qui permit son Ă©vĂ©nement, Factory Records), de sa crĂ©ation en tant que FAC51, Ă son apogĂ©e sous le nom de Haçienda, et enfin sa chute.
DĂ©crivant avec cynisme et luciditĂ© (ainsi quâune bonne dose de colĂšre et dâhumour noir) les erreurs de gestion catastrophiques, les petites magouilles et sombres malversations dâun lieu culte du monde de la nuit des eighties et nineties, lâombrageux Peter Hook faisait ainsi son entrĂ©e dans le petit milieu enviĂ© des biographes et des historiens de lâhistoire de la musique populaire.
Une position qui ne semble pas exagĂ©rĂ©e, ni usurpĂ©e. En effet, dĂšs 2010, le britannique Ă grande gueule se lance dans une tournĂ©e hommage controversĂ©e dans laquelle il reprend intĂ©gralement Unknown Pleasures. Fort de son succĂšs, celui qui fut dĂšs lâorigine derriĂšre la basse de ce groupe phare des annĂ©es quatre-vingt et qui continua sa carriĂšre au mĂȘme poste avec New Order, sort Unknown Pleasures : Inside Joy Division initialement paru en Angleterre chez Simon & Schuster en septembre 2012.
On le sait, cela fait longtemps que les relations du musicien avec les autres membres fondateur de ce groupe qui, pour beaucoup, changea radicalement la face de la musique, ne sont plus au beau fixe. Aujourdâhui propriĂ©taire dâun club, le FAC 251 â The Factory â, Hook est Ă©galement label manager, DJ et producteur. Ce personnage fort en gueule mais attachant se bat pour faire revivre, depuis prĂšs de cinq ans, les grandes annĂ©es de la musique anglaise : lâĂ©poque new wave et des annĂ©es quatre-vingt.
Avec son style sans concession, Peter Hook Ă©voque une Ă©poque et une ambiance particuliĂšre. Un moment de lâhistoire de la musique plein de fractures et de pertes, mais aussi de dĂ©couvertes et dâaudace. Une exception Ă vrai dire, qui ne reviendra plus, et que lâintĂ©ressĂ© dĂ©crit trĂšs bien dans Unknown Pleasures, Joy Division vu de lâintĂ©rieur. Le livre sâavĂšre ĂȘtre un tĂ©moignage de ses annĂ©es noires, mĂ©tĂ©oriques et fulgurantes â pas plus de deux ans â durant lesquelles quatre Anglais injectĂšrent dans la musique de leur temps une intensitĂ© encore inĂ©galĂ©e, tout en rĂ©inventant une nouvelle fois le rock, en crĂ©ant le post-punk et en donnant un sens Ă la vie de toute une gĂ©nĂ©ration.
Avec un ton lĂ©ger et une certaine gouaille, Peter Hook, bassiste de Joy Division, revient sur lâhistoire du groupe qui, en deux albums, a lancĂ© la cold wave et sâest constituĂ© une lĂ©gende. On dĂ©couvre avec plaisir leur dĂ©couverte du raz-de-marĂ©e des Sex Pistols : â On Ă©tait lĂ , clouĂ©s sur place, complĂštement sidĂ©rĂ©s. La premiĂšre pensĂ©e que jâai eue, câest Moi aussi je peux faire ça. Je veux vraiment faire ça bordel ! â Hook y revient Ă©videmment sur la polĂ©mique concernant les penchants nazis du quatuor et sur tous les moments clĂ©s de la vie du groupe, avec un ton inhabituel dans ce genre de bio (trĂšs revanchard, sur le mode â je suis le bassiste, mais je suis important â faisant largement comprendre quâil a Ă©tĂ© un peu laissĂ© de cĂŽtĂ© par ses collĂšgues), mais plein dâautodĂ©rision. On peut lire notamment quelques mauvaises critiques parues sur le groupe Ă lâĂ©poque, assez salĂ©es. Enfin, lâouvrage se clĂŽt sur une profonde Ă©motion, et le suicide de Ian Curtis. Hook sây ouvre comme jamais, dans un tĂ©moignage particuliĂšrement touchant. Un excellent complĂ©ment aux (bonnes) fictions que sont les films 24 Hours Party People et Control.
Il a Ă©crit les plus belles lignes de basse du rock indĂ© anglais et jouĂ© dans deux groupes fondamentaux de la fin du XXe siĂšcle. Ă 57 ans, Peter Hook, aujourdâhui fĂąchĂ© avec New Order, nâa de cesse de revisiter son passĂ©. Pour mieux liquider lâhĂ©ritage? Il sâexplique.
Peter Hook, ou lâhomme que les fans de New Order aiment dĂ©tester. Grande gueule, spĂ©cialiste des dĂ©clarations Ă lâemporte-piĂšce et des pieds dans le plat, il ne dĂ©colĂšre pas contre ses anciens complices, quâil a assignĂ©s en justice et ne peut sâempĂȘcher de passer mĂ©thodiquement Ă la sulfateuse Ă la premiĂšre occasion.. Quand eux se reforment sans le convier, lui replonge dans son passĂ© et sâĂ©rige en ambassadeur du Manchester des annĂ©es quatre-vingt; multipliant les projets. AccusĂ© pas certains de profaner la mĂ©moire de Ian Curtis et dâexploiter sans vergogne le catalogue du groupe le plus influent de la ville, il se dĂ©fend de vivre dans le passĂ©, prĂ©fĂ©rant parler dâhommage. AprĂšs deux ans employĂ©s Ă jouer les albums de Joy Division en concert, il publie Unknown Pleasures, sa version de la vie du quator, rĂ©cit intime du quotidien finalement banal de quatre gamins qui allaient entrer dans lâhistoire : basse, biĂšre et rockânâroll dans lâAngleterre grise de la fin des annĂ©es soixante-dix secouĂ©e par les derniers soubresauts du punk.
Tsugi : Comment tâest venue lâidĂ©e dâĂ©crire sur ton passĂ©?
Peter Hook : Au moment de la compilation des 30 ans de LâHaçienda, un ami qui rĂ©digeait les notes de pochettes mâa suggĂ©rĂ© de rĂ©diger mes souvenirs, vu que je connaissais lâhistoire chaotique du club dans ses moindres dĂ©tails. LâidĂ©e a fait son chemin et je suis parti en quĂȘte dâun Ă©diteur, ce qui fut ardu. Chacun voulait un livre couvrant toute ma carriĂšre : Factory, Joy Division, New Order, LâHaçienda⊠alors que de mon cĂŽtĂ© jâestimais avoir assez de matiĂšre pour quatre livres. Simon & Schuster mâa donnĂ© ma chance, une petite avance et, contre toute attente, LâHaçienda sâest bien vendu. Ce qui mâa donnĂ© les munitions pour rĂ©diger lâhistoire de Joy Division. Jâavais lu trop de livres,encore et toujours la mĂȘme histoire traitĂ©e de façon rĂ©vĂ©rencielle, jâai pensĂ© quâil Ă©tait temps de raconter ma vision de lâhistoire du groupe. Unknown Pleasures a Ă©tĂ© encore plus facile Ă Ă©crire, car jâavais vĂ©cu tout ça de lâintĂ©rieur.
[âŠ]
Unknown Pleasures nâocculte rien de lâhistoire interne du groupe, allant jusquâĂ prĂ©senter un Ian Curtis souriant. Tu nâavais pas peur dâĂ©corner la lĂ©gende?
Absolument pas. Ă la diffĂ©rence de tout le monde, je lâai cĂŽtoyĂ© tous les jours. Je lâai connu dĂ©tendu, riant comme tout un chacun. Ce nâest pas lâaspect le plus connu de sa personnalitĂ©, mais quand tu Ă©cris lâhistoire de ton point de vue, tu sors forcĂ©ment des clichĂ©s vĂ©hiculĂ©s sur le groupe. On sâest beaucoup amusĂ©s, on a adorĂ© tout ce quâon a fait au sein de Joy Division. En dehors du groupe, nous Ă©tions normaux, et je voulais faire connaĂźtre cette facette, qui est toujours occultĂ©e dans les biographies. Je voulais portraiturer les histoires extraordinaires de notre vie quotidienne, une vie qui est vĂ©cue par tous les groupes du monde je pense.
INTERVIEWCOMPLĂTEDANS LE NUMĂRO DU MOIS DE MARS.
Peter Hook sait Ă©crire, il nous lâa dĂ©jĂ prouvĂ© avec son livre consacrĂ© Ă lâHaçienda. Il revient ici sur lâhistoire de son premier groupe, mais avec une vision trĂšs personnelle (la âvĂ©ritĂ© telle quâil sâen souvientâ, selon ses propres termes), bien loin du mythe et de lâaura tragique liĂ©e Ă la musique, lâesthĂ©tique des pochettes et au suicide de Ian Curtis. Comme un vrai raconteur dâhistoires, il enchaĂźne des anecdotes qui pourront souvent sembler triviales (baston, filles, scatologieâŠ), mais qui contribuent Ă donner un portrait trĂšs humain de ces quatre jeunes qui avaient dĂ©cidĂ© de se lancer dans lâaventure rockânâroll aprĂšs avoir vu un concert des Sex Pistols. Nous suivons donc chronologiquement le parcours fulgurant de ces bons vivants plutĂŽt rustres, qui avaient la rĂ©putation dâattirer les embrouilles , sans parler de leur imagerie jugĂ©e ânazieâ. On dĂ©couvre par exemple que Joy Division a failli sâappeler Boys In Bondage ou The Slaves Of Venus, que Bernard Sumner (qui dĂ©teste quâon lâappelle âBarneyâ) mangeait rĂ©guliĂšrement dans sa baignoire alors que Curtis avait des problĂšmes dâhĂ©morroĂŻdes. On en apprend aussi sur les sales blagues quâils faisaient aux Buzzcocks et sur leurs relations avec dâautres groupes comme Throbbing Gristles que Ian adorait, mais aussi Section 25, A Certain Ratio, Echo & The Bunnymen, The Cure, Killing Joke, U2 ou OMD (qui lâont initiĂ© Ă la cocaĂŻne !). Tout cela peut sembler futile par rapport Ă lâimportance de la musique, mais le style de Hook, drĂŽle ou Ă©mouvant, toujours percutant, fait tout passer. Il se rĂ©vĂšle bien plus fin que le dĂ©linquant quâil devait ĂȘtre Ă lâĂ©poque, condamnĂ© aux tĂąches dâhomme de main, comme ranger le matĂ©riel et conduire le van. La genĂšse des albums Unknown Pleasures et Closer est, cela dit, passĂ©e au peigne fin et câest un vrai rĂ©gal de lire comment le groupe travaillait avec le producteur Martin Hannett et de se rendre compte que Curtis Ă©tait le ciment qui a permis de forger leur son, souder leurs personnalitĂ©s et les amener trĂšs vite lĂ oĂč ils sont arrivĂ©s. Le personnage-camĂ©lĂ©on quâa Ă©tĂ© Curtis nâen reste que plus fascinant. La culpabilitĂ© dâaprĂšs-coup de Hook nâest pas feinte car les autres membres avaient toujours refusĂ© de voir ses problĂšmes de santĂ© ou de vouloir comprendre les messages laissĂ©s dans ses textes. Toutes ces petites histoire sont comme des impressions que laisserait un aĂźnĂ© qui a vĂ©cu des choses formidables. Il va plutĂŽt sâarrĂȘter sur le sac de couchage du guitariste, son incapacitĂ© Ă accorder sa basse, les dĂ©boires liĂ©s au pressage de leur premier disque ou les boĂźtes de conserve emplis dâurine de leur local de rĂ©pĂ©tition, mais il nâen pas moins le sentiment que quelque chose dâimportant se passait, que les survivants mettraient des annĂ©es Ă comprendre.
Au long des 380 pages dâUnknown Pleasures, Peter Hook, bassiste de Joy Division, raconte le cĂ©lĂšbre groupe de Manchester âde lâintĂ©rieurâ. Toute la vĂ©ritĂ© (enfin⊠dâaprĂšs ses souvenirs) sur une bande quâil nâhĂ©site pas Ă dĂ©mystifier.
La lĂ©gende se construit peu Ă peu, de concert en enregistrement, dâerreur en erreur. Fin des annĂ©es 1970, aprĂšs sâĂȘtre appelĂ© Warsaw, le groupe opta pour Joy Division, Ă©cartant Boys of Bondage et The Slaves of Venus. Dans des clubs miteux, Ian Curtis, fan de Kraftwerk et dâIggy Pop (il Ă©coutera The Idiot en boucle avant de se donner la mort), et les autres se produisent devant une petite poignĂ©e de spectateurs, les videurs nâhĂ©sitant pas Ă jeter les musiciens dehors en cas dâembrouille. Leur premier live se termina en bagarre gĂ©nĂ©rale : les crĂąnes sâentrechoquĂšrent sur fond dâExercice one jouĂ© Ă lâaide dâune basse dĂ©fectueuse. Cahot et cacophonie dans une Angleterre du Nord glaciale en noir et blanc, oĂč « les hommes se biturent et cognent leurs bonnes femmes ».
Ne balancez pas ce bouquin Ă la poubelle, prĂ©vient Hooky. Il nous dĂ©crit sans maniĂšres une bande de « petits voleurs issus de la classe ouvriĂšre », brisant volontiers lâimage arty de Joy Division. Un ramassis de branleurs Ă la provocâ douteuse, de farceurs hardcore (les blagues faites aux Buzzcocks), de petites frappes qui tournent Ă lâalcool et lâadrĂ©naline, de « moches » se contentant dâafficher un air mĂ©prisant afin de ne passer pour des crĂ©tins⊠Peter Hook tire le portrait dâun groupe qui pouvait « se payer le luxe dâĂȘtre imbuvable », car produisant « de la super musique ».
Si le bassiste prĂ©tend que Joy Division doit son succĂšs Ă des successions de hasards, il sait aussi que son groupe a Ă©crit des morceaux fondamentaux, immortels, et fait des lives « gĂ©niaux ». Tout ça valait le coup, malgrĂ© les problĂšmes de fric, les insultes, les crachats⊠ou les frĂ©quentes crises Ă©pileptiques de Curtis, pris de terribles convulsions au milieu dâĂ©clats de verre. Si câĂ©tait Ă refaire, Hook ne changerait rien⊠« Enfin, jâempĂȘcherais Ian de se pendre. »
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Un chanteur Ă©pileptique suicidĂ© Ă 23 ans, Ă lâaube du succĂšs, Ian Curtis. Une musique au romantisme noir, qui rĂ©sonne aussi fort aujourdâhui quâen 1980. Joy Division est le plus culte des groupes cultes.
Avec une franchise acide et une bonne dose dâautodĂ©rision, Peter Hook, bassiste de Joy Division puis de New Order, dĂ©mystifie en partie lâimage intellectuelle et torturĂ©e de la bande. Son livre sâintitule Unknown Pleasures, du nom de lâalbum sorti en 1979.
Oui, Ian Curtis, le chanteur et compositeur du groupe, nâĂ©tait pas le dernier Ă faire des blagues potaches. Non, le groupe nâĂ©coutait pas vraiment ses paroles. Oui, tous ont sous-estimĂ© son profond mal-ĂȘtre. Oui, Peter Hook en met plein la tĂȘte Ă Bernard Sumner, guitariste de Joy Division et futur chanteur de New Order, son frĂšre ennemi depuis toujours.
Avec le mĂȘme humour typique de Manchester, Peter Hook avait dĂ©jĂ racontĂ© lâhistoire de LâHaçienda, la mythique discothĂšque qui a longtemps pompĂ© tout lâargent gagnĂ© par New Order, pourtant devenu star de la scĂšne internationale. On attend avec une gourmandise coupable le prochain bouquin, justement consacrĂ© au groupe quâil a quittĂ© en 2006.
Cela reste un mystĂšre non Ă©clairci depuis au moins 40 ans : pourquoi, en plus de sâhonorer de deux clubs de foot lĂ©gendaires, la ville de Manchester donne naissance aux groupes pop les plus influents et novateurs de toute lâAngleterre (et donc du monde en terme de vision pop)?
[âŠ] En revanche, que les fans, les sympathisants ou simples dĂ©couvreurs, se ruent sur Unknown Pleasures, enfin une biographie de Joy Division signĂ©e par lâun des membres survivants du groupe. Peter Hook, excellent raconteur, nous embarque dans un Manchester glacĂ© des annĂ©es 70-80 oĂč le mythe âgothiqueâ de Joy Division est revu est corrigĂ©. Câest plutĂŽt un Ă©tonnant rĂ©cit, drĂŽle mais aussi tragique et cru, dâune Angleterre du Nord version Thatcher qui fait tout pour oublier lâaustĂ©ritĂ©, une pĂ©riode qui possĂšde son hĂ©ros Ă©nigmatique : Ian Curtis, sans doute lâun des plus grands auteurs et performeurs de son Ă©poque, chanteur suicidĂ© Ă 23 ans aprĂšs deux albums (Unknown Pleasures et Closer) toujours aussi inĂ©puisables et envoĂ»tants quâau moment de leur parution⊠en 1979 et 1980.
Quand je pense Ă ce quâest devenu Joy Division pour 90 % des gens, Ă savoir un groupe presque gothique,ultra torturĂ© et glorifiĂ© dans un film absolument pompeux en noir et blanc, je me dis que ce bouquin est un don du ciel. Comment ne pas comprendre que ce groupe est juste constituĂ© de quatre types moyens du nord de lâAngleterre qui jouent une musique souvent gĂ©niale ? HonnĂȘtement, quand je repense Ă ce navet quâest Control, ça me rĂ©jouit de savoir que Peter Hook adore le poulet-frites et de connaĂźtre plein dâautres anecdotes aussi inutiles que marrantes. Un peu comme si votre oncle ou un autre membre de votre famille avait jouĂ© dans deux groupes considĂ©rĂ©s comme hyper importants par Ă peu prĂšs tout le monde et vous racontait son histoire en se gaussant de dĂ©tails absolument sans intĂ©rĂȘt mais qui selon lui sont lâessence mĂȘme du truc ; et qui le sont vraiment, en derniĂšre analyse. De toute façon, il nây a rien de pire que ces bouquins qui tentent dâintellectualiser la pop, de relier plein de trucs qui nâont strictement rien Ă voir ensemble, et de fait, ce tĂ©moignage de Peter Hook ressemble davantage, et câest tant mieux, Ă une discussion entre deux pintes quâĂ un essai sur lâinfluence de la littĂ©rature russe sur le postpunk anglais. Le contraire mâaurait carrĂ©ment dĂ©primĂ©, alors que lĂ , je me suis bien marrĂ©, signe incontestable quâil sâagit dâun chouette livre.
Le bassiste de Joy Division et New Order publie en deux volumes ses souvenirs : lâhistoire de son mythique premier groupe et la truculent aventure de la Haçienda.
Cet hiver, les jeunes gens torturĂ©s qui cherchent quel livre emporter sur la plage (de Knokke-le-Zoute) savent dĂ©jĂ ce quâil faut acheter : les mĂ©moires de Peter Hook. Le bassiste mancunien a actuellement deux livres sur les Ă©tals. Le premier, Unknown Pleasures, Joy Division vu de lâintĂ©rieur narre la courte mais trĂšs intense trajectoire du groupe que lâhomme a fondĂ© en 1976 en compagnie de Bernard Sumner, Stephen Morris et Ian Curtis. Hooky trouve le ton parfait (bien retranscrit par la traduction) pour parler dâun groupe systĂ©matiquement Ă©voquĂ© depuis 33 ans. par le prisme du suicide de son chanteur en mai 1980. LâĂ©vĂ©nement est Ă©lĂ©gamment racontĂ©, tout comme la progression incroyable du groupe en deux petites annĂ©es, des dĂ©buts sous influence Buzzcoks aux sombres morceaux synthĂ©tiques de Closer. Mais Hooky nâoublie pas dâĂ©voquer Ă©galement que Joy Division, aussi, fut une histoire punk candide, riche en blagues potaches (pintes,galĂšres,hĂ©morroĂŻdes). Avec son franc-parler prolo typiquement mancunien, Hook rend lâhistoire de Joy Division plus vivante que jamais.
Lâautre tome, LâHaçienda, la meilleure façon de couler un club narre lâĂ©popĂ©e chaotique dâun club fondĂ© en 1982 par lâĂ©curie Factory : Tony Wilson, le Andy Warhol local et Rob Gretton, le manager de Joy Division puis New Order. Gouffre financier gĂ©rĂ© nâimporte comment, la Haçienda (avec une cĂ©dille, oui mais ces gens prenaient beaucoup de drogues) a pourtant Ă©tĂ© un carrefour culturel dĂ©mentiel. Tous les groupes de lâĂ©poque, de Manchester et dâailleurs, y vĂ©curent un pan de leur histoire. [âŠ]
Bien entendu un troisiĂšme tome reste Ă Ă©crire, celui des annĂ©es New Order. Il a quittĂ© le groupe voici 7 ans, aprĂšs 25 annĂ©es de succĂšs gigantesque. Il joue aujourdâhui sous son nom, du Joy Division et du New Order, et est en lourde bisbille avec Bernard Sumner, quâil nâappelle plus Barney. Le hasard et la neige font quâon rencontre ce hĂ©ros du post-punk un 21 janvier, soit, selon on ne sait quelle Ă©tude scientifique, la journĂ©e la plus dĂ©primante de lâannĂ©e. Les Anglais appellent cela le blue monday. Oui, comme le mĂ©ga-tube de New Order en 1983. En gabardine et cheveux grisonnants, Peter Hook a des allures de Philippe Noiret lad. Un gentilhomme qui rigole toutes les deux phrases et narre ici un peu de son incroyable vie.
R&F Votre livre est trĂšs surprenant, vous balancez sans ĂȘtre aigre pour autant, vous ĂȘtes trĂšs prĂ©cisâŠ
Peter Hook : Tout est parti en Ă©crivant des notes de pochette de la compilation Haçienda. Mon ami qui les retranscrivait mâa fait rĂ©aliser que jâavais suffisamment dâhistoires en stock pour en faire un livre⊠Le truc intĂ©ressant quand jâai voulu mây mettre câest que lâĂ©diteur mâa proposĂ© Ă©normĂ©ment de sous⊠pour un seul livre. Jâai trouvĂ© quâil serait ridicule de tout compactĂ©, Joy Division, New Order et la Haçienda, en un seul volume. Ăa ne tiendrait pas. Jâai donc commencĂ© par lâhistoire de la Haçienda parce que cet endroit a Ă©tĂ© le carrefour de temps de choses. Câest un livre Ă propos dâune boĂźte de nuit. Il nây en a pas tant que ça. Joy Division câest lâhistoire dâun groupe qui dure que six mois mais dont lâinfluence se fait encore sentir trente ans aprĂšs. Je voulais aussi rectifier quelques trucs, jâai lu tellement de conneries sur Joy Division. [âŠ]
R&F : Vous ne parlez pas tellement de votre enfance en JamaĂŻqueâŠ
Peter Hook : Je ne me souvenais de trĂšs peu de choses sur mes annĂ©es dâenfance. Jâen savais plus sur mes groupes. Le truc magnifique, câest que Joy Division nâa pas eu le temps de tomber dans les travers habituels du groupe qui sâengueule. Tous les groupes y arrivent et du coup notre histoire est restĂ©e trĂšs pure. Ce que Ian a fait a mis un nuage par-dessus tout ça. Le fait que nous nâavions pas dâargent Ă lâĂ©poque a Ă©galement fait que lâhistoire est trĂšs simple. Nous nâĂ©tions pas payĂ©s et nous aimions ça, voilĂ pourquoi câest restĂ© pur. En revanche, je peux vous dire que le livre sur New Order sera rempli de saloperies.
R&F : Vous vous y ĂȘtes mis?
Peter Hook : Je ne voulais pas au dĂ©part. Le groupe a une histoire assez normale, et la partie intĂ©ressante de New Order sâest beaucoup passĂ©e Ă la Haçienda et chez Factory. Autrement, dans son comportement, New Order Ă©tait un groupe de rockânâroll normal, comme Mötley CrĂŒe! Je crois que ça choquerait certains fans de lire ça mais, sous nos airs intelligents et arty, nous Ă©tions de vrais bĂątards. Pour le livre, quand je mây suis mis, jâai racontĂ© ma version, je dis ce dont je me souviens, il pourra y avoir des versions diffĂ©rentes. Je nâai demandĂ© Ă personne son tĂ©moignage. Sur Joy Division, Bernard, Steve et moi pourront vous raconter une histoire trĂšs diffĂ©rente⊠Mais ils nâauront quâĂ Ă©crire leur bouquin sâils veulent corriger. [âŠ]
R&F : Comment le Peter Hook qui passe ses Ă©tĂ©s Ă gober des ecstas Ă Ibiza sâest-il transformĂ© en Ă©crivain capable dâĂ©crire des livres de 400 pages?
Peter Hook : Il y a eu deux Ă©tapes. Les enfants, dâabord. On ne peut pas faire le con quand on a des enfants. DeuxiĂšme chose : je suis alcoolique. Je ne peux plus boire, et je nâai pas bu depuis huit ans et demi. Je suis Ă©galement un cocaĂŻnomane repenti. Avant dâaller en dĂ©sintox, je pensais que tout tournait autour de la drogue et de la bibine, jâai vu ça comme la fin de ma vie. En fait, câĂ©tait le dĂ©but de la vraie vie. Plus de gueule de bois, plus de galĂšres Ă chercher les dealers. On nâest plus une Ă©pave. On peut prendre des dĂ©cisions claires et rĂ©flĂ©chies pour sa vie et les assumer. Jâai regrettĂ© un peu la folie de la nuit, mais jamais les matins. Ăa, câĂ©tait la partie horrible.
R&F : Deux biopics parlent de votre vie, lequel avez-vous préféré? 24 Hour Party People ou Control?
Peter Hook : Les deux sont si diffĂ©rents⊠Avec 24 HourâŠ, Michael Winterbottom, a retranscrit lâaspect remuant, bordĂ©lique. Il a vu les choses du cĂŽtĂ© marrant. Et il faut bien avouer que ça mâa un peu vexĂ© sur le moment. Mais câĂ©tait son point de vue et il est trĂšs rĂ©ussi. Anton Corbijn a fait lâinverse. Il parle dâun truc trĂšs sĂ©rieux et trĂšs important pour lui. Il aime Joy Division au plus profond. Nous avons eu quelques dĂ©saccords, tant ce film Ă©tait important Ă ses yeux. Mais tout de mĂȘme, il a hypothĂ©quĂ© sa maison pour le financer. Ce sont deux super films, qui sont complĂ©mentaires. Il faut Ă©galement voir le documentaire de Grant Gee (Joy Division). Et mes livres comblent les trous de lâhistoire!
Trente-deux ans aprÚs le suicide du chanteur Ian Curtis, le bassiste de Joy Division puis de New Order exploite allÚgrement le passé.
[âŠ] De passage Ă Paris pour parler de Unkwnown Pleasures, son rĂ©cit de la courte histoire du groupe le plus influent de Manchester, le bassiste grande gueule enchaĂźne les interviews comme un guide touristique rodĂ©.
[âŠ] Depuis 1980, New Order a conquis le monde en laissant sagement Joy Division dans un tiroir de lâhistoire. Puis le groupe sâest sĂ©parĂ©, reformĂ©, dĂ©chiré⊠Peter Hook et Bernard Sumner, le guitariste des deux groupes, se sont âinexorablement Ă©loignĂ©sâ.
[âŠ] âJâavais dĂ©jĂ vu Led Zeppelin quelques semaines plus tĂŽt et câĂ©tait gĂ©nial. Mais lĂ , les Sex Pistols Ă©taient teeeeeellement mauvais quâon sâest dit quâon pouvait le faire nous aussi! JâĂ©tais jeune, mes hormones bouillonnaient⊠à cet Ăąge-lĂ , on cherche une façon de se satisfaire. Pour certains, câest le sexe, moi câĂ©tait la musique.â Joy Division ne durera que deux ans, interrompu dans son envol par le suicide de son chanteur, plombĂ© par une Ă©pilepsie mal soignĂ©e et une vie sentimentale compliquĂ©e. Aujourdâhui, dans son livre comme en interview, Peter Hook dit se sentir â_coupable certains jours. Mais on Ă©tait si jeunes, si affamĂ©s⊠MĂȘme Ian [Curtis]. Surtout Ian! Jamais il ne nous a dit âon arrĂȘte les gars, jâen peux plus. Laissez-moi souffler.â Alors on a continuĂ© en fermant les yeux.â JusquâĂ sa sortie de route.
âJe me sens bien aujourdâhui, dit Hook avec un regard appuyĂ©. Je vote et je rends Ă Manchester ce quâelle mâa donnĂ© en faisant bosser une vingtaine de personnes sur mes tournĂ©es et dans mon clubâ, la Factory 251. âJâai arrĂȘtĂ© lâalcool et la drogue il y a huit ans et demi, pendant lâenregistrement du dernier album de New Order. Jâavais touchĂ© le fond Ă lâĂ©poque, jâai vraiment failli mourir. Jamais je nâaurais pensĂ© jouer encore ma musique Ă mon Ăąge, donc je profite.â Et dâajouter : âJâai mĂȘme perdu 20 kilos de graisse inutile⊠Et vous savez quoi? Câest ce salopard de Bernard qui les a rĂ©cupĂ©rĂ©s!â
Lien vers le portrait sur next.liberation.fr : http://next.liberation.fr/musique/2013/02/14/peter-hook-moche-division_881873
Lâancien bassiste de Joy Division et New Order sort Unknown Pleasures, Joy Division vu de lâintĂ©rieur, un ouvrage oĂč il prend le pouls dâune Ă©poque et raconte son Joy Division. Il confie Ă LâExpress sa vision du groupe, de lâimage quâil renvoie et du rock dâaujourdâhui⊠Interview fleuve. Voire Mississippi.
LIRE LâINTĂGRALITĂ DE LâINTERVIEW
Ă lâoccasion de la sortie de son second livre, Unknown Pleasures: Inside Joy Division, Peter Hook raconte, avec la gouaille quâon lui connaĂźt, ses souvenirs et anecdotes sur Manchester, Joy Division, Ian Curtis, lâHacienda, Tony Wilson et 24 Hour Party People dans une interview âPremiĂšre foisâ.
Sa basse a sculptĂ© le son de Joy Division, groupe mythique des annĂ©es 1970 auquel il a appartenu. Quarante ans plus tard, lâAnglais reprend avec succĂšs ce rĂ©pertoire rock.
Quâest-ce qui vous a poussĂ© Ă rejouer lâintĂ©grale des albums de Joy Division ?
AprĂšs la mort du chanteur Ian Curtis, en 1980, nous avons choisi de ne plus jouer les morceaux de Joy Division, et de former un nouveau groupe, New Order. Au moment de cĂ©lĂ©brer le 30e anniversaire de la mort de Ian, jâai dĂ©cidĂ© de lui rendre hommage en interprĂ©tant lâintĂ©grale de Unknown Pleasures, notre premier album. Ce devait ĂȘtre un concert unique, mais je tourne depuis deux ans avec ce concept, Ă©largi Ă tout le rĂ©pertoire de Joy Division.
Pourquoi son influence reste-t-elle si forte aujourdâhui ?
GrĂące Ă la puissance de lâunivers poĂ©tique de Ian Curtis, Ă la production de Martin Hannett qui a donnĂ© aux disques une dimension intemporelle. GrĂące aussi au mythe qui sâest dĂ©veloppĂ©, Ă lâaura que possĂ©daient notre label, Factory, et notre club, lâHaçienda. Et tout simplement parce que ces chansons sont fantastiques.
Vous ĂȘtes-vous fĂąchĂ© avec vos anciens complices de New Order ?
AprĂšs mon dĂ©part du groupe, en 2006, ils ont continuĂ© sans moi et mâont critiquĂ© violemment pour avoir entrepris ce projet. Depuis, nous sommes en guerre, mais cela ne mâempĂȘchera pas de reprendre bientĂŽt, un Ă un, les albums de New Order.