The Doors
Ship of Fools
Rares sont les groupes Ă la mesure de The Doors, ayant marquĂ© dâune telle empreinte lâhistoire et la mythologie du rock en six ans dâexistence et moins de dix albums. Il y a le personnage de Jim Morrison bien sĂ»r, ses frasques autodestructrices et sa mort tragique qui ont fixĂ© le canon de la rock star. DerriĂšre cela, il y a le parcours successoral de quatre amis brillants, intimement liĂ©s, se considĂ©rant en Ă©gaux. Lâenvergure du chanteur a longtemps occultĂ© le rĂŽle de ses trois partenaires, Ray Manzarek, Robby Krieger et John Densmore. Ils sont pourtant complĂ©mentaires par la crĂ©ativitĂ©, contribuant tous Ă la richesse du son des Doors par la diversitĂ© de leurs influences personnelles. Rockânâroll, blues, jazz, cabaret, musiques latines et classiques se mĂȘlent dans des compositions singuliĂšres dâune force exceptionnelle comme « Light My Fire », « Moonlight Drive » ou « Riders On The Storm » et subliment les paroles de Morrison et Krieger. Cet ouvrage se propose de dĂ©couvrir lâhistoire des Doors Ă travers lâanalyse chronologique de leur discographie.
Revue de presse
- The Doors Clément Bondu Le Monde Diplomatique mai 2017
- Interview Steven Jezo-Vannier - The Doors François Girodineau Silence Is Sexy 11 avril 2017
- Le livre Ă lire Thierry Boillot L'Alsace 3 avril 2017
- Lus récemment Cédric Bru Les Obsédés Textuels 1 mars 2017
- The Doors Paule Martigny Blog des arts 20 février 2017
Quel plaisir de reprendre la citation dâOscar Wilde, en exergue de ce livre : âVivre, câest ce quâil y a de plus rare au monde. La plupart des hommes existent, voilĂ tout.â Rien nâa changĂ© depuis 1891 , date Ă laquelle, cette merveilleuse formule fut publiĂ©e dans un texte intitulĂ© : LâAme humaine sous le rĂ©gime socialiste. Lâauteur, Steven ]ezo-Vannier est un passionnĂ© de contre-culture et de lâunivers rock. Ce livre est le dixiĂšme quâil publie aux Ă©ditions Le mot et le reste. Il est bien entendu question du mĂ©tĂ©ore que fut lâincoercible Jim Morrison, toujours idolĂątrĂ© au cimetiĂšre du PĂšre Lachaise. Ă Paris. Ă son propos, Steven ]ezo-Vannier Ă©crit : âSes excĂšs lui permettent dâextĂ©rioriser ses angoisses et de se rassurer. Ils offrent des temps de dĂ©compression par lesquels, Jim cherche Ă Ă©loigner les astreintes imposĂ©es par le statut de rock star, lâimage de Sex Symbol et les exigences du public, autant dâĂ©lĂ©ments dont il est paradoxalement tributaire. Aux prises avec lui-mĂȘme, ]im conforte sa lĂ©gende et assoit par lĂ mĂȘme lâimage et la notoriĂ©tĂ© dont il redoute lâemprise. Il devient une attraction, aux yeux du public, ses fantaisies sont plus attendues que sa musique. Il sâenferme inconsciemment dans le personnage qui devait le tenir Ă distance des barreaux de la cĂ©lĂ©britĂ©.â Tout savoir Ă propos des premiĂšres chansons, de la formation des Doors, de la signature chez Elektra, de la conquĂȘte de New York et de San Francisco, du succĂšs et de la mĂ©tamorphose, des jours Ă©tranges [strange days]. des politiciens Ă©rotiques, de la dĂ©gradation des rapports, de lâincident de Miami, de Morrison HĂŽtel, des procĂšs, de lâExil Ă la mort, des voies en solo, de la bataille de lâhĂ©ritage, etc.
Ce nouvel ouvrage sur les Doors, qui Ă©vite de succomber Ă la mystification glamour souvent symptomatique du genre, a de surcroĂźt lâavantage de prĂ©senter avec exhaustivitĂ© lâĂ©chappĂ©e sauvage du groupe : depuis la rencontre de Jim Morrison et Ray Manzarek, Ă©tudiants en cinĂ©ma Ă lâuniversitĂ© de Los Angeles, jusquâau parcours mĂ©connu des trois survivants aprĂšs le dĂ©part du chanteur pour Paris, oĂč il mourra, en passant par les premiers concerts turbulents, les tournĂ©es, la gloire, les procĂšs et la chute. Lâauteur accorde une bonne part Ă la genĂšse des compositions et aux enregistrements des albums studio et live, en les replaçant dans le contexte musical et sociĂ©tal de lâĂ©poque. La «nef des fous » dessine ainsi en filigrane une histoire oĂč les monstres de JĂ©rĂŽme Bosch se mĂȘlent aux rĂ©volutions psychĂ©dĂ©liques et contestataires de 1968, dans un appel rĂ©pĂ©tĂ© Ă la libertĂ© et au rockânâroll, nous incitant Ă faire nĂŽtre la priĂšre du poĂšte Ă la voix hypnotique, aux visions hĂ©ritiĂšres de William Blake et dâArthur Rimbaud : «Entre dans le rĂȘve brĂ»lant/Viens avec nous/Tout a Ă©clatĂ© et danse.»
Vous pouvez lire lâarticle en ligne sur le site du Monde Diplomatique
Steven Jezo-Vannier fait certainement partie des Ă©crivains les plus prolifiques sur le rock. Historien spĂ©cialisĂ© sur la musique psychĂ©dĂ©lique et la contre-culture amĂ©ricaine, câest avec plaisir quâon le retrouve, un an aprĂšs notre interview autour de son livre sur les Byrds, pour discuter cette fois-ci des Doors. Une maniĂšre de creuser le sillon du rock californien. Mythique compagnon de la grappe durant notre adolescence, le groupe menĂ© par Jim Morrison nous apparaĂźt ici sans faux-semblant, loin des clichĂ©s vĂ©hiculĂ©s pendant longtemps par ses prĂ©cĂ©dentes biographies.
Vous publiez cet ouvrage consĂ©quent sur les Doors un an aprĂšs votre prĂ©cĂ©dent sur les Byrds. Comment faites-vous pour ĂȘtre aussi productif ?
Je consacre la majeure partie de mon temps Ă lâĂ©criture et je mây applique avec beaucoup de rigueur et dâautodiscipline. Ceci dit, je nâai pas Ă me forcer, jây prends un immense plaisir !
Vous utilisez souvent la matiĂšre de la biographie âPersonne ne sortira dâici vivantâ de Jerry Hopkins et Daniel Sugerman, qui est assez controversĂ©e en ce quâelle mĂȘle la lĂ©gende Ă lâhistoire rĂ©elle du groupe, et en ce quâelle tend Ă vouer un culte Ă Jim Morrison. Quel Ă©tait votre postulat de dĂ©part, comparĂ© Ă cet ouvrage devenu une rĂ©fĂ©rence sur le sujet ?
Pour ma part, je me suis contentĂ© des faits et de leurs effets, en analysant les causes, les enchaĂźnements et les consĂ©quences. Sans nier lâexistence du mythe, je me suis interdit de cĂ©der Ă la tentation de la mythification et dâintĂ©grer ce qui tient plus des fantasmes que de la rĂ©alitĂ©, quelle quâen soit la source. La bio de Hopkins et Sugerman a lâavantage dâavoir Ă©tĂ© la premiĂšre consacrĂ©e aux Doors et dâavoir Ă©tĂ© Ă©crite sous la plume de tĂ©moins directs ; elle offre donc une matiĂšre brute, notamment quelques dialogues savoureux. Cependant, elle doit ĂȘtre traitĂ©e avec prĂ©caution, car comme vous le dites, elle est dominĂ©e par la subjectivitĂ© et parsemĂ©e de reconstructions postĂ©rieures, composĂ©es dans lâintention de faire entrer lâhistoire dans la lĂ©gende. Je me suis donc permis dây prendre uniquement ce qui pouvait ĂȘtre confirmĂ© par dâautres tĂ©moins. Le croisement des sources et lâobjectivitĂ© sont les impĂ©ratifs de tout travail dâhistorien. Mon idĂ©e nâĂ©tait pas dâĂ©crire un panĂ©gyrique Ă Jim Morrison, mais bien une monographie complĂšte et synthĂ©tique sur lâhistoire du groupe, centrĂ©e sur sa production artistique.
Morrison a laissĂ© lâimage du sex-symbol alcoolique et droguĂ©, ultra romantique, alors quâen fait câĂ©tait Ă la base un homme trĂšs cultivĂ©, mais aussi calculateur avec les foules et attentif au contrĂŽle de son image. Il Ă©tait trĂšs fort en marketing, pour un poĂšte. Est-ce que cela ne pourrait pas altĂ©rer la sincĂ©ritĂ© de ses propos ?
Le poĂšte et le publicitaire ont ceci de commun quâils connaissent la force des mots ! Morrison a su lâexploiter autant dans son Ă©criture que dans son rapport au public et aux mĂ©dias. Mais, il Ă©tait avant tout oppressĂ© par ses propres contradictions. Son rapport Ă lui-mĂȘme a totalement changĂ© au fil de la brĂšve carriĂšre des Doors. En rĂ©sumant, on peut dire quâil a dâabord mis sa maĂźtrise de lâimage et des mots au service de son succĂšs, pour faire connaĂźtre son art et sa poĂ©sie ; puis, il a Ă©tĂ© pris Ă son propre piĂšge, car son image de sex-symbol super-star du rock a occultĂ© et desservi sa poĂ©sie, quâil considĂ©rait comme sa seule production digne de sa postĂ©ritĂ©. Comprenant lâerreur commise, il a cherchĂ© Ă dĂ©truire le chanteur pour laisser une place entiĂšre au poĂšte, mais lĂ encore, il faut croire que sa maĂźtrise nâĂ©tait pas totale, car lâintention sâest retournĂ©e contre lui, au point dâĂȘtre contre-productive. Lâautodestruction a servi sa lĂ©gende et confirmĂ© son statut de rock star (au point dâen dĂ©finir le canon !) au dĂ©triment de son rĂŽle de poĂšte (dans la peau duquel, on notera quâil se comportait avec une rigueur et une tenue toute autre). Ă ce raccourci, il faudrait ajouter les influences de son instinct border-line, de sa fascination pour les mondes de lâivresse et de lâinconnu, de ses blessures dâenfance, de sa relation tumultueuse avec Pamela Courson et ses autres conquĂȘtes, de lâimage tutĂ©laire des poĂštes maudits⊠Un seul mot peut rĂ©sumer Morrison : complexitĂ©.
à partir de Soft Parade, on se rend davantage compte du rÎle primordial de Krieger dans les compositions et les succÚs commerciaux des Doors. Morrison le vit mal. Est-ce cela aussi qui renforce sa conviction de devoir mettre un terme à ses frasques et à son personnage aussi électrique que pathétique de Jimbo ?
Ă bien y regarder, Morrison a cĂ©dĂ© Ă ses dĂ©mons de maniĂšre croissante, mais on peut dĂ©celer leur influence nĂ©faste dĂšs le premier album et la rencontre avec le succĂšs. Cette rĂ©ussite commerciale est avant tout le fruit de « Light My Fire », le grand hit des Doors que rĂ©clamaient les fans Ă chaque concert, or cette chanson est la premiĂšre Ă©crite par Krieger⊠ce que Morrison vivait effectivement assez mal. Sâajoutant aux autres, ce mal-ĂȘtre est allĂ© crescendo lorsque le producteur et la maison de disques ont choisi de mettre de cĂŽtĂ© sa poĂ©sie (Jim voulait enregistrer des lectures sur les disques du groupe) et de confier les faces-A des singles aux crĂ©ations de Krieger, plus prometteuses commercialement. Il faut se rappeler quâaux racines du groupe, Morrison se voyait en parolier uniquement, un poĂšte dont un groupe mettrait les mots en musique ! Câest le claviĂ©riste Ray Manzarek, son premier complice, qui lâa poussĂ© Ă chanter. Lors des premiers concerts, Jim nâosait mĂȘme pas faire face au public ! Il a ensuite construit son personnage pour devenir le frontman des Doors et le chanteur Ă©blouissant quâil a Ă©tĂ©, mais je pense quâil Ă©tait davantage soucieux des textes quâil Ă©crivait, dâoĂč leur qualitĂ© constante malgrĂ© le dĂ©clin de lâhomme et du chanteur. La concurrence de Krieger a effectivement participĂ© Ă la volontĂ© de Morrison de foutre en lâair le groupe pour pouvoir se recentrer sur sa poĂ©sie.
Le concert de Miami en mars 1969 est un tournant pour le groupe, mĂȘme si cela a commencĂ© par lâaffaire de la publicitĂ© pour Buick. Nâest-ce pas Ă©galement le rĂ©sultat pitoyable de lâalcoolisme de Morrison ?
Le dĂ©sastre de Miami qui a menĂ© Ă lâinculpation de Morrison (accusĂ© de sâĂȘtre exhibĂ© sur scĂšne) et Ă la fin du groupe est davantage une consĂ©quence quâune cause Ă mon avis, tout comme lâalcoolisme et le comportement destructeur de Jim. Tout ceci rĂ©sulte de lâeffort de Morrison pour briser sa carriĂšre, le groupe et lui-mĂȘme par la mĂȘme occasion. On lâa dit, les premiĂšres traces de cette entreprise funeste sont observables dĂšs les dĂ©buts commerciaux du groupe, mais lâaccĂ©lĂ©ration du processus est effectivement trĂšs nette Ă la suite de lâaffaire Buick. Sans le consentement de Morrison, Krieger, Manzarek et Densmore vendent « Light My Fire » Ă Buick qui souhaite lâutiliser dans une publicitĂ© dĂ©diĂ©e Ă sa nouvelle voiture. Morrison y voit une double trahison, Ă lâĂ©gard de lâunitĂ© du groupe et de leur art. Lâautre « tournant » a lieu lorsque Morrison se dĂ©couvre pour la premiĂšre fois Ă travers les yeux du public lors du montage de son film rĂ©aliste sur la vie des Doors en tournĂ©e, Feast Of Friends. Lui qui se croyait ĂȘtre le marionnettiste des foules prend soudainement conscience quâil est en rĂ©alitĂ© leur marionnette⊠Une situation quâil trouve insupportable.
A posteriori, il paraĂźt difficile de ne pas Ă©tablir de rapprochement entre le destin de Jim Morrison et celui de Kurt Cobain ou dâAmy Winehouse, qui supportaient mal eux aussi le rĂŽle dans lequel ils se sont retrouvĂ©s piĂ©gĂ©s. Quelles autres stars du rock pourraient lui ressembler aujourdâhui, Ă moins que le temps de lâego ne soit achevĂ© dĂ©sormais, dans le rock ?
AprĂšs la mort de Brian Jones, Hendrix et Janis Joplin, Morrison disait Ă qui voulait lâentendre quâil Ă©tait le suivant sur la liste, comme sâil le dĂ©sirait â ce quâon retrouvera chez Cobain. Dans son Ćuvre comme dans sa vie, Morrison flirtait en permanence avec lâAutre-monde et la mort. Cette pulsion est un trait rĂ©current dans le monde du rock, tout comme lâamour et la confrontation Ă lâautoritĂ©. On parle souvent de la relation dâEros et Thanatos qui imprĂšgne cette musique (ses chansons, son dĂ©cor et la vie des artistes) ; la rĂ©fĂ©rence psychanalytique me paraĂźt justifiĂ©e puisque ces forces dominent lâadolescence, Ăąge de transition dont le rock a justement Ă©tĂ© le mode dâexpression des annĂ©es 1950 Ă 190 (peut-ĂȘtre que le rock nâa plus de tel hĂ©ros parce quâil tend Ă se dĂ©connecter de la jeunesse ?). Comme Cobain, Hendrix et dâautres, Morrison incarne lâadolescence Ă©ternelle, figĂ©e par une mort prĂ©maturĂ©e. Mais ce profil sâobserve aussi chez les poĂštes maudits que Jim admirait, eux aussi en prise directe avec les Ă©nergies fougueuses de lâadolescence. Au-delĂ , on retrouve lâarchĂ©type en littĂ©rature, en peinture, au cinĂ©ma. Finalement, il faudrait interroger la psychologie des arts dans leur ensemble et lâattrait des Ăąmes Ă©corchĂ©es pour lâexpression artistique. Quant au mal-ĂȘtre qui rĂ©sulte du « piĂšge », il questionne le lien Ă©troit, mais souvent paradoxal entre le souhait artistique et la volontĂ© commerciale. Art musical, le rock est aussi une industrie lucrative qui essore ses champions.
Votre ouvrage donne parfois lâimpression quâaprĂšs la fin des Doors, les membres survivants ont longtemps ressenti le besoin de sâaffranchir de lâinfluence quâa eu sur eux Jim Morrison⊠Ătait-ce vraiment le cas ? Peut-on survivre, finalement, Ă un ego aussi fort ?
Contradiction lĂ encore : il apparaĂźt bien que les survivants ont cherchĂ© Ă dĂ©passer les Doors, emprunter dâautres pistes, se renouveler, sâaffirmer en solitaire, fuyant lâombre envahissante de Jim. Ils ont effectivement ressenti le besoin dâexister par eux-mĂȘmes, de capter lâattention et la reconnaissance du public, dâattirer la lumiĂšre des projecteurs accaparĂ©e jusque-lĂ par Morrison. Mais, au fond, aucun nâa franchement pu sâĂ©loigner de lâĆuvre commune, ils sont revenus aux Doors Ă plusieurs reprises et ont entretenu lâhĂ©ritage du groupe tout en cherchant Ă sâinscrire dans sa continuitĂ© en solo⊠Plus que lâintĂ©rĂȘt commercial, il faut y voir la preuve quâils Ă©taient tous les membres Ă part entiĂšre et essentielle des Doors, contribuant autant que Jim Ă son existence artistique, il leur Ă©tait impossible de sâen dĂ©tacher totalement. Câest sans doute pourquoi tout effort dans ce sens nâa pas Ă©tĂ© couronnĂ© de succĂšs. Il a fallu des dĂ©cennies Ă Krieger et Manzarek pour comprendre quâil leur Ă©tait impossible dâentrer en concurrence avec leur passĂ©.
Vous décrivez avec une grande précision de nombreux concerts dans votre ouvrage. Avez-vous eu accÚs aux bandes ? Je pense notamment à ceux joués aprÚs le dernier album du groupe, du vivant de Morrison, et qui semblaient parfois sublimes ?
Internet est fantastique pour ça, la toile fourmille dâinformations prĂ©cieuses, glanĂ©es par des fans, qui permettent de reconstituer des chronologies trĂšs prĂ©cises, avec les lieux et les dates des concerts, les affiches, les setlists, le dĂ©roulement des shows auxquels ils ont assistĂ©, etc. Ces Ă©lĂ©ments sont capitaux pour le croisement et la confirmation des sources. Surtout, internet propose de nombreux bootlegs qui permettent, Ă qui prend le temps de chercher, dâentendre de nombreux enregistrements jamais sortis dans le commerce. Pour ma part, je mets un point dâhonneur Ă ne dĂ©tailler un concert que si jâai pu lâĂ©couter moi-mĂȘme, ne serait-ce que partiellement. Dans le cas contraire, je me contente des informations contextuelles ou dâune citation, si elle me semble pertinente. Puisque vous Ă©voquez les enregistrements immĂ©diatement rĂ©alisĂ©s aprĂšs le dĂ©part de Morrison pour Paris, il faut dire quâil y a de belles piĂšces. Le trio ne subissait plus les frasques de son chanteur et pouvait se recentrer sur la crĂ©ativitĂ© du jeu instrumental.
Pouvez-vous nous en dire davantage sur le ou les projets de biopics avortĂ©s sur les Doors, mais voulus par Manzarek dans les annĂ©es 1980, et qui semblent avoir finalement dĂ©bouchĂ© sur le film dâOliver Stone ?
TrĂšs tĂŽt, dĂšs la fin des annĂ©es 1970, Manzarek a militĂ© Ă Hollywood pour faire produire un biopic consacrĂ© aux Doors. Fan de cinĂ©ma depuis longtemps â rappelons que Morrison et lui sâĂ©taient rencontrĂ©s dans les cours de cinĂ©ma de lâuniversitĂ© de Los Angeles â Manzarek avait lâintention dâĂ©crire et peut-ĂȘtre mĂȘme de rĂ©aliser lui-mĂȘme le film. Cependant, Ă ce que je sache, il nâavait aucun scĂ©nario concret ; donc, on ne peut pas rĂ©ellement parler de projet avortĂ©. Toujours est-il que lorsque lâidĂ©e de Manzarek a trouvĂ© du rĂ©pondant dans le milieu cinĂ©matographique et auprĂšs des dĂ©tenteurs des droits dâadaptation, les producteurs nâont pas optĂ© pour Manzarek, lui prĂ©fĂ©rant Oliver Stone. Le film mis en route, Manzarek, comme les autres survivants, ont obtenu un rĂŽle de conseiller technique. Trop critique et sans doute trop en dĂ©saccord avec Oliver Stone, Manzarek a vite Ă©tĂ© mis hors jeu, ce quâil nâa guĂšre apprĂ©ciĂ©. Ă la sortie du film en 1991, il ne sâest pas retenu pour critiquer le rĂ©sultat, condamnant une image fantasmĂ©e de Jim et du groupe. Ses coups visaient le scĂ©nario, lâatmosphĂšre mortifĂšre du film et le choix des acteurs. En rĂ©ponse, il rĂ©alisera son propre documentaire sur lâhistoire du groupe, The Soft Parade, quâil a prĂ©sentĂ© comme une vision authentique des Doors. Si Manzarek a peut-ĂȘtre Ă©tĂ© un peu sĂ©vĂšre avec le film dâOliver Stone, qui a tout de mĂȘme relancĂ© les ventes de leurs albums et confirmĂ© leur postĂ©ritĂ©, il faut reconnaĂźtre que le film livre une interprĂ©tation dĂ©formĂ©e de la vie du groupe et de Jim. Il a modelĂ© la lĂ©gende du groupe au point que Jimbo, lâavatar ivrogne de Morrison, a remplacĂ© dans la mĂ©moire collective le poĂšte James Douglas Morrison, enfermant un peu plus Jim dans les mĂąchoires de son piĂšge.
Retrouvez lâinterview sur Silence Is Sexy
Pour percer le mystĂšre du groupe de Jim Morrison, Steven Jezo-Vannier nous offre la clĂ©. Son analyse de la discographie des Doors sâavĂšre minutieuse, consolidĂ©e par moult tĂ©moignages avisĂ©s, de la tragĂ©die initiale, jusquâĂ la disparition de Manzarek.
Comme il le prĂ©cise avec gratitude, Steven Jezo-Vannier en est Ă son dixiĂšme livre en six ans publiĂ©s par Le Mot et le Reste. De Contre-Cultures Ă Respect en passant par les Byrds ou Grateful Dead, ce biographe atypique (lire interview) et gourmand ressuscite avec pertinence et passion la musique amĂ©ricaine des annĂ©es 60 et 70. Il nous livre ici un Ă©pais document sur celui qui reste le groupe le plus emblĂ©matique et le plus Ă©nigmatique parmi les groupes phare de cette Ă©poque. FidĂšle Ă la ligne Ă©ditoriale de lâĂ©diteur, SJV retrace lâhistoire du groupe en suivant lâordre de sa discographie en dĂ©taillant chaque chapitre de celle-ci. Il Ă©crit âLe groupe a façonnĂ© une Ćuvre singuliĂšre qui va au-delĂ du son, en y associant la poĂ©sie, le théùtre et le cinĂ©ma. Instinctive et primale, la musique des Doors est tantĂŽt flamboyante, tantĂŽt sinistre (âŠ) mais elle est toujours gĂ©nĂ©ratrice dâatmosphĂšres et dâintenses sensationsâ. Ce projet musical nĂ© sur la plage de Venice au mitan des sixties et restĂ© sans Ă©gal fera des Doors un groupe Ă part entre hautes ambitions artistiques et blues dur et sĂ©culaire. Les Doors aujourdâhui, bien sĂ»r, sont systĂ©matiquement associĂ©s Ă Jim Morrison le Dr Jekyll et Mr Hyde du rock. Par lui vint le succĂšs, le scandale et finalement le chaos (sĂ©paration, reformations douteuses, procĂšsâŠ). SJZ, montre un chanteur dĂ©pressif, provocateur, suicidaire et destructeur. A la lecture de lâouvrage, on dĂ©couvre comment au fil des albums et en dĂ©pit du talent unique de son charismatique frontman, les Doors se sont construit non pas avec Jim Morrison mais bien contre Jim Morrison. Cet homme â malade et dĂ©pendant â inspira trĂšs vite de la crainte Ă ses partenaires qui durent faire contre mauvaise fortune bon cĆur. Ship of Fools ne nous apprend rien de nouveau mais Ă lâavantage dâĂȘtre un parfait rĂ©capitulatif de la vie et lâĆuvre dâun groupe sans autre pareil.
Lire la chronique du livre sur le site des Obsédés Textuels
Quel plaisir de reprendre la citation dâOscar Wilde, en exergue de ce livre : « Vivre, câest ce quâil y a de plus rare au monde. La plupart des hommes existent, voilĂ tout. » Rien nâa changĂ© depuis 1891, date Ă laquelle, cette merveilleuse formule fut publiĂ©e dans un texte intitulĂ© : LâĂme humaine sous le rĂ©gime socialiste. Lâauteur, Steven Jezo-Vannier est un passionnĂ© de contre-culture et de lâunivers rock. Ce livre est le diziĂšme quâil publie aux Ă©ditions Le mot et le reste. Il est bien entendu question du mĂ©tĂ©ore que fut lâincoercible Jim Morrison, toujours idolĂątrĂ© au cimetiĂšre du PĂšre Lachaise, Ă Paris. Ă son propos, Steven Jezo-Vannier Ă©crit : « Ses excĂšs lui permettent dâextĂ©rioriser ses angoisses et de se rassurer. Ils offrent des temps de dĂ©compression par lesquels, Jim cherche Ă Ă©loigner les astreintes imposĂ©es par le statut de rock star, lâimage de Sex Symbol et les exigences du public, autant dâĂ©lĂ©ments dont il est paradoxalement tributaire. Aux prises avec lui-mĂȘme, Jim conforte sa lĂ©gende et assoit par lĂ mĂȘme lâimage et la notoriĂ©tĂ© dont il redoute lâemprise. Il devient une attraction, aux yeux du public, ses fantaisies sont plus attendues que sa musique. Il sâenferme inconsciemment dans le personnage qui devait le tenir Ă distance des barreaux de la cĂ©lĂ©britĂ©. » Tout savoir Ă propos des premiĂšres chansons, de la formation des Doors, de la signature chez Elektra, de la conquĂȘte de New York et de San Francisco, du succĂšs et de la mĂ©tamorphose, des jours Ă©tranges (strange days), des politiciens Ă©rotiques, de la dĂ©gradation des rapports, de lâincident de Miami, de Morrison HĂŽtel, des procĂšs, de lâExil Ă la mort, des voies en solo, de la bataille de lâhĂ©ritage, etc. Contient une discographie sĂ©lective. La meilleure idĂ©e de cadeau du moment !
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