🔍
Parution : 19/01/2017
ISBN : 9782360542314
480 pages (14,8 x 21 cm)

The Doors

Ship of Fools

Rares sont les groupes Ă  la mesure de The Doors, ayant marquĂ© d’une telle empreinte l’histoire et la mythologie du rock en six ans d’existence et moins de dix albums. Il y a le personnage de Jim Morrison bien sĂ»r, ses frasques autodestructrices et sa mort tragique qui ont fixĂ© le canon de la rock star. DerriĂšre cela, il y a le parcours successoral de quatre amis brillants, intimement liĂ©s, se considĂ©rant en Ă©gaux. L’envergure du chanteur a longtemps occultĂ© le rĂŽle de ses trois partenaires, Ray Manzarek, Robby Krieger et John Densmore. Ils sont pourtant complĂ©mentaires par la crĂ©ativitĂ©, contribuant tous Ă  la richesse du son des Doors par la diversitĂ© de leurs influences personnelles. Rock’n’roll, blues, jazz, cabaret, musiques latines et classiques se mĂȘlent dans des compositions singuliĂšres d’une force exceptionnelle comme « Light My Fire », « Moonlight Drive » ou « Riders On The Storm » et subliment les paroles de Morrison et Krieger. Cet ouvrage se propose de dĂ©couvrir l’histoire des Doors Ă  travers l’analyse chronologique de leur discographie.

• Lire un extrait

Revue de presse

- Chronique The Doors Alain Vollerin Mémoire des arts mai-juin 2017
- The Doors Clément Bondu Le Monde Diplomatique mai 2017
- Interview Steven Jezo-Vannier - The Doors François Girodineau Silence Is Sexy 11 avril 2017
- Le livre Ă  lire Thierry Boillot L'Alsace 3 avril 2017
- Lus récemment Cédric Bru Les Obsédés Textuels 1 mars 2017
- The Doors Paule Martigny Blog des arts 20 février 2017

- Chronique The Doors

Quel plaisir de reprendre la citation d’Oscar Wilde, en exergue de ce livre : “Vivre, c’est ce qu’il y a de plus rare au monde. La plupart des hommes existent, voilĂ  tout.” Rien n’a changĂ© depuis 1891 , date Ă  laquelle, cette merveilleuse formule fut publiĂ©e dans un texte intitulĂ© : L’Ame humaine sous le rĂ©gime socialiste. L’auteur, Steven ]ezo-Vannier est un passionnĂ© de contre-culture et de l’univers rock. Ce livre est le dixiĂšme qu’il publie aux Ă©ditions Le mot et le reste. Il est bien entendu question du mĂ©tĂ©ore que fut l’incoercible Jim Morrison, toujours idolĂątrĂ© au cimetiĂšre du PĂšre Lachaise. Ă  Paris. À son propos, Steven ]ezo-Vannier Ă©crit : “Ses excĂšs lui permettent d’extĂ©rioriser ses angoisses et de se rassurer. Ils offrent des temps de dĂ©compression par lesquels, Jim cherche Ă  Ă©loigner les astreintes imposĂ©es par le statut de rock star, l’image de Sex Symbol et les exigences du public, autant d’élĂ©ments dont il est paradoxalement tributaire. Aux prises avec lui-mĂȘme, ]im conforte sa lĂ©gende et assoit par lĂ  mĂȘme l’image et la notoriĂ©tĂ© dont il redoute l’emprise. Il devient une attraction, aux yeux du public, ses fantaisies sont plus attendues que sa musique. Il s’enferme inconsciemment dans le personnage qui devait le tenir Ă  distance des barreaux de la cĂ©lĂ©britĂ©.” Tout savoir Ă  propos des premiĂšres chansons, de la formation des Doors, de la signature chez Elektra, de la conquĂȘte de New York et de San Francisco, du succĂšs et de la mĂ©tamorphose, des jours Ă©tranges [strange days]. des politiciens Ă©rotiques, de la dĂ©gradation des rapports, de l’incident de Miami, de Morrison HĂŽtel, des procĂšs, de l’Exil Ă  la mort, des voies en solo, de la bataille de l’hĂ©ritage, etc.

Alain Vollerin
Mémoire des arts mai-juin 2017

- The Doors

Ce nouvel ouvrage sur les Doors, qui Ă©vite de succomber Ă  la mystification glamour souvent symptomatique du genre, a de surcroĂźt l’avantage de prĂ©senter avec exhaustivitĂ© l’échappĂ©e sauvage du groupe : depuis la rencontre de Jim Morrison et Ray Manzarek, Ă©tudiants en cinĂ©ma Ă  l’universitĂ© de Los Angeles, jusqu’au parcours mĂ©connu des trois survivants aprĂšs le dĂ©part du chanteur pour Paris, oĂč il mourra, en passant par les premiers concerts turbulents, les tournĂ©es, la gloire, les procĂšs et la chute. L’auteur accorde une bonne part Ă  la genĂšse des compositions et aux enregistrements des albums studio et live, en les replaçant dans le contexte musical et sociĂ©tal de l’époque. La «nef des fous » dessine ainsi en filigrane une histoire oĂč les monstres de JĂ©rĂŽme Bosch se mĂȘlent aux rĂ©volutions psychĂ©dĂ©liques et contestataires de 1968, dans un appel rĂ©pĂ©tĂ© Ă  la libertĂ© et au rock’n’roll, nous incitant Ă  faire nĂŽtre la priĂšre du poĂšte Ă  la voix hypnotique, aux visions hĂ©ritiĂšres de William Blake et d’Arthur Rimbaud : «Entre dans le rĂȘve brĂ»lant/Viens avec nous/Tout a Ă©clatĂ© et danse.»

Vous pouvez lire l’article en ligne sur le site du Monde Diplomatique

Clément Bondu
Le Monde Diplomatique mai 2017

- Interview Steven Jezo-Vannier - The Doors

Steven Jezo-Vannier fait certainement partie des Ă©crivains les plus prolifiques sur le rock. Historien spĂ©cialisĂ© sur la musique psychĂ©dĂ©lique et la contre-culture amĂ©ricaine, c’est avec plaisir qu’on le retrouve, un an aprĂšs notre interview autour de son livre sur les Byrds, pour discuter cette fois-ci des Doors. Une maniĂšre de creuser le sillon du rock californien. Mythique compagnon de la grappe durant notre adolescence, le groupe menĂ© par Jim Morrison nous apparaĂźt ici sans faux-semblant, loin des clichĂ©s vĂ©hiculĂ©s pendant longtemps par ses prĂ©cĂ©dentes biographies.

Vous publiez cet ouvrage consĂ©quent sur les Doors un an aprĂšs votre prĂ©cĂ©dent sur les Byrds. Comment faites-vous pour ĂȘtre aussi productif ?

Je consacre la majeure partie de mon temps Ă  l’écriture et je m’y applique avec beaucoup de rigueur et d’autodiscipline. Ceci dit, je n’ai pas Ă  me forcer, j’y prends un immense plaisir !

Vous utilisez souvent la matiĂšre de la biographie “Personne ne sortira d’ici vivant” de Jerry Hopkins et Daniel Sugerman, qui est assez controversĂ©e en ce qu’elle mĂȘle la lĂ©gende Ă  l’histoire rĂ©elle du groupe, et en ce qu’elle tend Ă  vouer un culte Ă  Jim Morrison. Quel Ă©tait votre postulat de dĂ©part, comparĂ© Ă  cet ouvrage devenu une rĂ©fĂ©rence sur le sujet ?

Pour ma part, je me suis contentĂ© des faits et de leurs effets, en analysant les causes, les enchaĂźnements et les consĂ©quences. Sans nier l’existence du mythe, je me suis interdit de cĂ©der Ă  la tentation de la mythification et d’intĂ©grer ce qui tient plus des fantasmes que de la rĂ©alitĂ©, quelle qu’en soit la source. La bio de Hopkins et Sugerman a l’avantage d’avoir Ă©tĂ© la premiĂšre consacrĂ©e aux Doors et d’avoir Ă©tĂ© Ă©crite sous la plume de tĂ©moins directs ; elle offre donc une matiĂšre brute, notamment quelques dialogues savoureux. Cependant, elle doit ĂȘtre traitĂ©e avec prĂ©caution, car comme vous le dites, elle est dominĂ©e par la subjectivitĂ© et parsemĂ©e de reconstructions postĂ©rieures, composĂ©es dans l’intention de faire entrer l’histoire dans la lĂ©gende. Je me suis donc permis d’y prendre uniquement ce qui pouvait ĂȘtre confirmĂ© par d’autres tĂ©moins. Le croisement des sources et l’objectivitĂ© sont les impĂ©ratifs de tout travail d’historien. Mon idĂ©e n’était pas d’écrire un panĂ©gyrique Ă  Jim Morrison, mais bien une monographie complĂšte et synthĂ©tique sur l’histoire du groupe, centrĂ©e sur sa production artistique.

Morrison a laissĂ© l’image du sex-symbol alcoolique et droguĂ©, ultra romantique, alors qu’en fait c’était Ă  la base un homme trĂšs cultivĂ©, mais aussi calculateur avec les foules et attentif au contrĂŽle de son image. Il Ă©tait trĂšs fort en marketing, pour un poĂšte. Est-ce que cela ne pourrait pas altĂ©rer la sincĂ©ritĂ© de ses propos ?

Le poĂšte et le publicitaire ont ceci de commun qu’ils connaissent la force des mots ! Morrison a su l’exploiter autant dans son Ă©criture que dans son rapport au public et aux mĂ©dias. Mais, il Ă©tait avant tout oppressĂ© par ses propres contradictions. Son rapport Ă  lui-mĂȘme a totalement changĂ© au fil de la brĂšve carriĂšre des Doors. En rĂ©sumant, on peut dire qu’il a d’abord mis sa maĂźtrise de l’image et des mots au service de son succĂšs, pour faire connaĂźtre son art et sa poĂ©sie ; puis, il a Ă©tĂ© pris Ă  son propre piĂšge, car son image de sex-symbol super-star du rock a occultĂ© et desservi sa poĂ©sie, qu’il considĂ©rait comme sa seule production digne de sa postĂ©ritĂ©. Comprenant l’erreur commise, il a cherchĂ© Ă  dĂ©truire le chanteur pour laisser une place entiĂšre au poĂšte, mais lĂ  encore, il faut croire que sa maĂźtrise n’était pas totale, car l’intention s’est retournĂ©e contre lui, au point d’ĂȘtre contre-productive. L’autodestruction a servi sa lĂ©gende et confirmĂ© son statut de rock star (au point d’en dĂ©finir le canon !) au dĂ©triment de son rĂŽle de poĂšte (dans la peau duquel, on notera qu’il se comportait avec une rigueur et une tenue toute autre). À ce raccourci, il faudrait ajouter les influences de son instinct border-line, de sa fascination pour les mondes de l’ivresse et de l’inconnu, de ses blessures d’enfance, de sa relation tumultueuse avec Pamela Courson et ses autres conquĂȘtes, de l’image tutĂ©laire des poĂštes maudits
 Un seul mot peut rĂ©sumer Morrison : complexitĂ©.

À partir de Soft Parade, on se rend davantage compte du rĂŽle primordial de Krieger dans les compositions et les succĂšs commerciaux des Doors. Morrison le vit mal. Est-ce cela aussi qui renforce sa conviction de devoir mettre un terme Ă  ses frasques et Ă  son personnage aussi Ă©lectrique que pathĂ©tique de Jimbo ?

À bien y regarder, Morrison a cĂ©dĂ© Ă  ses dĂ©mons de maniĂšre croissante, mais on peut dĂ©celer leur influence nĂ©faste dĂšs le premier album et la rencontre avec le succĂšs. Cette rĂ©ussite commerciale est avant tout le fruit de « Light My Fire », le grand hit des Doors que rĂ©clamaient les fans Ă  chaque concert, or cette chanson est la premiĂšre Ă©crite par Krieger
 ce que Morrison vivait effectivement assez mal. S’ajoutant aux autres, ce mal-ĂȘtre est allĂ© crescendo lorsque le producteur et la maison de disques ont choisi de mettre de cĂŽtĂ© sa poĂ©sie (Jim voulait enregistrer des lectures sur les disques du groupe) et de confier les faces-A des singles aux crĂ©ations de Krieger, plus prometteuses commercialement. Il faut se rappeler qu’aux racines du groupe, Morrison se voyait en parolier uniquement, un poĂšte dont un groupe mettrait les mots en musique ! C’est le claviĂ©riste Ray Manzarek, son premier complice, qui l’a poussĂ© Ă  chanter. Lors des premiers concerts, Jim n’osait mĂȘme pas faire face au public ! Il a ensuite construit son personnage pour devenir le frontman des Doors et le chanteur Ă©blouissant qu’il a Ă©tĂ©, mais je pense qu’il Ă©tait davantage soucieux des textes qu’il Ă©crivait, d’oĂč leur qualitĂ© constante malgrĂ© le dĂ©clin de l’homme et du chanteur. La concurrence de Krieger a effectivement participĂ© Ă  la volontĂ© de Morrison de foutre en l’air le groupe pour pouvoir se recentrer sur sa poĂ©sie.

Le concert de Miami en mars 1969 est un tournant pour le groupe, mĂȘme si cela a commencĂ© par l’affaire de la publicitĂ© pour Buick. N’est-ce pas Ă©galement le rĂ©sultat pitoyable de l’alcoolisme de Morrison ?

Le dĂ©sastre de Miami qui a menĂ© Ă  l’inculpation de Morrison (accusĂ© de s’ĂȘtre exhibĂ© sur scĂšne) et Ă  la fin du groupe est davantage une consĂ©quence qu’une cause Ă  mon avis, tout comme l’alcoolisme et le comportement destructeur de Jim. Tout ceci rĂ©sulte de l’effort de Morrison pour briser sa carriĂšre, le groupe et lui-mĂȘme par la mĂȘme occasion. On l’a dit, les premiĂšres traces de cette entreprise funeste sont observables dĂšs les dĂ©buts commerciaux du groupe, mais l’accĂ©lĂ©ration du processus est effectivement trĂšs nette Ă  la suite de l’affaire Buick. Sans le consentement de Morrison, Krieger, Manzarek et Densmore vendent « Light My Fire » Ă  Buick qui souhaite l’utiliser dans une publicitĂ© dĂ©diĂ©e Ă  sa nouvelle voiture. Morrison y voit une double trahison, Ă  l’égard de l’unitĂ© du groupe et de leur art. L’autre « tournant » a lieu lorsque Morrison se dĂ©couvre pour la premiĂšre fois Ă  travers les yeux du public lors du montage de son film rĂ©aliste sur la vie des Doors en tournĂ©e, Feast Of Friends. Lui qui se croyait ĂȘtre le marionnettiste des foules prend soudainement conscience qu’il est en rĂ©alitĂ© leur marionnette
 Une situation qu’il trouve insupportable.

A posteriori, il paraĂźt difficile de ne pas Ă©tablir de rapprochement entre le destin de Jim Morrison et celui de Kurt Cobain ou d’Amy Winehouse, qui supportaient mal eux aussi le rĂŽle dans lequel ils se sont retrouvĂ©s piĂ©gĂ©s. Quelles autres stars du rock pourraient lui ressembler aujourd’hui, Ă  moins que le temps de l’ego ne soit achevĂ© dĂ©sormais, dans le rock ?

AprĂšs la mort de Brian Jones, Hendrix et Janis Joplin, Morrison disait Ă  qui voulait l’entendre qu’il Ă©tait le suivant sur la liste, comme s’il le dĂ©sirait – ce qu’on retrouvera chez Cobain. Dans son Ɠuvre comme dans sa vie, Morrison flirtait en permanence avec l’Autre-monde et la mort. Cette pulsion est un trait rĂ©current dans le monde du rock, tout comme l’amour et la confrontation Ă  l’autoritĂ©. On parle souvent de la relation d’Eros et Thanatos qui imprĂšgne cette musique (ses chansons, son dĂ©cor et la vie des artistes) ; la rĂ©fĂ©rence psychanalytique me paraĂźt justifiĂ©e puisque ces forces dominent l’adolescence, Ăąge de transition dont le rock a justement Ă©tĂ© le mode d’expression des annĂ©es 1950 Ă  190 (peut-ĂȘtre que le rock n’a plus de tel hĂ©ros parce qu’il tend Ă  se dĂ©connecter de la jeunesse ?). Comme Cobain, Hendrix et d’autres, Morrison incarne l’adolescence Ă©ternelle, figĂ©e par une mort prĂ©maturĂ©e. Mais ce profil s’observe aussi chez les poĂštes maudits que Jim admirait, eux aussi en prise directe avec les Ă©nergies fougueuses de l’adolescence. Au-delĂ , on retrouve l’archĂ©type en littĂ©rature, en peinture, au cinĂ©ma. Finalement, il faudrait interroger la psychologie des arts dans leur ensemble et l’attrait des Ăąmes Ă©corchĂ©es pour l’expression artistique. Quant au mal-ĂȘtre qui rĂ©sulte du « piĂšge », il questionne le lien Ă©troit, mais souvent paradoxal entre le souhait artistique et la volontĂ© commerciale. Art musical, le rock est aussi une industrie lucrative qui essore ses champions.

Votre ouvrage donne parfois l’impression qu’aprùs la fin des Doors, les membres survivants ont longtemps ressenti le besoin de s’affranchir de l’influence qu’a eu sur eux Jim Morrison
 Était-ce vraiment le cas ? Peut-on survivre, finalement, à un ego aussi fort ?

Contradiction lĂ  encore : il apparaĂźt bien que les survivants ont cherchĂ© Ă  dĂ©passer les Doors, emprunter d’autres pistes, se renouveler, s’affirmer en solitaire, fuyant l’ombre envahissante de Jim. Ils ont effectivement ressenti le besoin d’exister par eux-mĂȘmes, de capter l’attention et la reconnaissance du public, d’attirer la lumiĂšre des projecteurs accaparĂ©e jusque-lĂ  par Morrison. Mais, au fond, aucun n’a franchement pu s’éloigner de l’Ɠuvre commune, ils sont revenus aux Doors Ă  plusieurs reprises et ont entretenu l’hĂ©ritage du groupe tout en cherchant Ă  s’inscrire dans sa continuitĂ© en solo
 Plus que l’intĂ©rĂȘt commercial, il faut y voir la preuve qu’ils Ă©taient tous les membres Ă  part entiĂšre et essentielle des Doors, contribuant autant que Jim Ă  son existence artistique, il leur Ă©tait impossible de s’en dĂ©tacher totalement. C’est sans doute pourquoi tout effort dans ce sens n’a pas Ă©tĂ© couronnĂ© de succĂšs. Il a fallu des dĂ©cennies Ă  Krieger et Manzarek pour comprendre qu’il leur Ă©tait impossible d’entrer en concurrence avec leur passĂ©.

Vous décrivez avec une grande précision de nombreux concerts dans votre ouvrage. Avez-vous eu accÚs aux bandes ? Je pense notamment à ceux joués aprÚs le dernier album du groupe, du vivant de Morrison, et qui semblaient parfois sublimes ?

Internet est fantastique pour ça, la toile fourmille d’informations prĂ©cieuses, glanĂ©es par des fans, qui permettent de reconstituer des chronologies trĂšs prĂ©cises, avec les lieux et les dates des concerts, les affiches, les setlists, le dĂ©roulement des shows auxquels ils ont assistĂ©, etc. Ces Ă©lĂ©ments sont capitaux pour le croisement et la confirmation des sources. Surtout, internet propose de nombreux bootlegs qui permettent, Ă  qui prend le temps de chercher, d’entendre de nombreux enregistrements jamais sortis dans le commerce. Pour ma part, je mets un point d’honneur Ă  ne dĂ©tailler un concert que si j’ai pu l’écouter moi-mĂȘme, ne serait-ce que partiellement. Dans le cas contraire, je me contente des informations contextuelles ou d’une citation, si elle me semble pertinente. Puisque vous Ă©voquez les enregistrements immĂ©diatement rĂ©alisĂ©s aprĂšs le dĂ©part de Morrison pour Paris, il faut dire qu’il y a de belles piĂšces. Le trio ne subissait plus les frasques de son chanteur et pouvait se recentrer sur la crĂ©ativitĂ© du jeu instrumental.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur le ou les projets de biopics avortĂ©s sur les Doors, mais voulus par Manzarek dans les annĂ©es 1980, et qui semblent avoir finalement dĂ©bouchĂ© sur le film d’Oliver Stone ?

TrĂšs tĂŽt, dĂšs la fin des annĂ©es 1970, Manzarek a militĂ© Ă  Hollywood pour faire produire un biopic consacrĂ© aux Doors. Fan de cinĂ©ma depuis longtemps – rappelons que Morrison et lui s’étaient rencontrĂ©s dans les cours de cinĂ©ma de l’universitĂ© de Los Angeles – Manzarek avait l’intention d’écrire et peut-ĂȘtre mĂȘme de rĂ©aliser lui-mĂȘme le film. Cependant, Ă  ce que je sache, il n’avait aucun scĂ©nario concret ; donc, on ne peut pas rĂ©ellement parler de projet avortĂ©. Toujours est-il que lorsque l’idĂ©e de Manzarek a trouvĂ© du rĂ©pondant dans le milieu cinĂ©matographique et auprĂšs des dĂ©tenteurs des droits d’adaptation, les producteurs n’ont pas optĂ© pour Manzarek, lui prĂ©fĂ©rant Oliver Stone. Le film mis en route, Manzarek, comme les autres survivants, ont obtenu un rĂŽle de conseiller technique. Trop critique et sans doute trop en dĂ©saccord avec Oliver Stone, Manzarek a vite Ă©tĂ© mis hors jeu, ce qu’il n’a guĂšre apprĂ©ciĂ©. À la sortie du film en 1991, il ne s’est pas retenu pour critiquer le rĂ©sultat, condamnant une image fantasmĂ©e de Jim et du groupe. Ses coups visaient le scĂ©nario, l’atmosphĂšre mortifĂšre du film et le choix des acteurs. En rĂ©ponse, il rĂ©alisera son propre documentaire sur l’histoire du groupe, The Soft Parade, qu’il a prĂ©sentĂ© comme une vision authentique des Doors. Si Manzarek a peut-ĂȘtre Ă©tĂ© un peu sĂ©vĂšre avec le film d’Oliver Stone, qui a tout de mĂȘme relancĂ© les ventes de leurs albums et confirmĂ© leur postĂ©ritĂ©, il faut reconnaĂźtre que le film livre une interprĂ©tation dĂ©formĂ©e de la vie du groupe et de Jim. Il a modelĂ© la lĂ©gende du groupe au point que Jimbo, l’avatar ivrogne de Morrison, a remplacĂ© dans la mĂ©moire collective le poĂšte James Douglas Morrison, enfermant un peu plus Jim dans les mĂąchoires de son piĂšge.

Retrouvez l’interview sur Silence Is Sexy

François Girodineau
Silence Is Sexy 11 avril 2017

- Le livre Ă  lire

Pour percer le mystĂšre du groupe de Jim Morrison, Steven Jezo-Vannier nous offre la clĂ©. Son analyse de la discographie des Doors s’avĂšre minutieuse, consolidĂ©e par moult tĂ©moignages avisĂ©s, de la tragĂ©die initiale, jusqu’à la disparition de Manzarek.

Thierry Boillot
L'Alsace 3 avril 2017

- Lus récemment

Comme il le prĂ©cise avec gratitude, Steven Jezo-Vannier en est Ă  son dixiĂšme livre en six ans publiĂ©s par Le Mot et le Reste. De Contre-Cultures Ă  Respect en passant par les Byrds ou Grateful Dead, ce biographe atypique (lire interview) et gourmand ressuscite avec pertinence et passion la musique amĂ©ricaine des annĂ©es 60 et 70. Il nous livre ici un Ă©pais document sur celui qui reste le groupe le plus emblĂ©matique et le plus Ă©nigmatique parmi les groupes phare de cette Ă©poque. FidĂšle Ă  la ligne Ă©ditoriale de l’éditeur, SJV retrace l’histoire du groupe en suivant l’ordre de sa discographie en dĂ©taillant chaque chapitre de celle-ci. Il Ă©crit “Le groupe a façonnĂ© une Ɠuvre singuliĂšre qui va au-delĂ  du son, en y associant la poĂ©sie, le théùtre et le cinĂ©ma. Instinctive et primale, la musique des Doors est tantĂŽt flamboyante, tantĂŽt sinistre (
) mais elle est toujours gĂ©nĂ©ratrice d’atmosphĂšres et d’intenses sensations”. Ce projet musical nĂ© sur la plage de Venice au mitan des sixties et restĂ© sans Ă©gal fera des Doors un groupe Ă  part entre hautes ambitions artistiques et blues dur et sĂ©culaire. Les Doors aujourd’hui, bien sĂ»r, sont systĂ©matiquement associĂ©s Ă  Jim Morrison le Dr Jekyll et Mr Hyde du rock. Par lui vint le succĂšs, le scandale et finalement le chaos (sĂ©paration, reformations douteuses, procĂšs
). SJZ, montre un chanteur dĂ©pressif, provocateur, suicidaire et destructeur. A la lecture de l’ouvrage, on dĂ©couvre comment au fil des albums et en dĂ©pit du talent unique de son charismatique frontman, les Doors se sont construit non pas avec Jim Morrison mais bien contre Jim Morrison. Cet homme – malade et dĂ©pendant – inspira trĂšs vite de la crainte Ă  ses partenaires qui durent faire contre mauvaise fortune bon cƓur. Ship of Fools ne nous apprend rien de nouveau mais Ă  l’avantage d’ĂȘtre un parfait rĂ©capitulatif de la vie et l’Ɠuvre d’un groupe sans autre pareil.

Lire la chronique du livre sur le site des Obsédés Textuels

Cédric Bru
Les Obsédés Textuels 1 mars 2017

- The Doors

Quel plaisir de reprendre la citation d’Oscar Wilde, en exergue de ce livre : « Vivre, c’est ce qu’il y a de plus rare au monde. La plupart des hommes existent, voilĂ  tout. » Rien n’a changĂ© depuis 1891, date Ă  laquelle, cette merveilleuse formule fut publiĂ©e dans un texte intitulĂ© : L’Âme humaine sous le rĂ©gime socialiste. L’auteur, Steven Jezo-Vannier est un passionnĂ© de contre-culture et de l’univers rock. Ce livre est le diziĂšme qu’il publie aux Ă©ditions Le mot et le reste. Il est bien entendu question du mĂ©tĂ©ore que fut l’incoercible Jim Morrison, toujours idolĂątrĂ© au cimetiĂšre du PĂšre Lachaise, Ă  Paris. À son propos, Steven Jezo-Vannier Ă©crit : « Ses excĂšs lui permettent d’extĂ©rioriser ses angoisses et de se rassurer. Ils offrent des temps de dĂ©compression par lesquels, Jim cherche Ă  Ă©loigner les astreintes imposĂ©es par le statut de rock star, l’image de Sex Symbol et les exigences du public, autant d’élĂ©ments dont il est paradoxalement tributaire. Aux prises avec lui-mĂȘme, Jim conforte sa lĂ©gende et assoit par lĂ  mĂȘme l’image et la notoriĂ©tĂ© dont il redoute l’emprise. Il devient une attraction, aux yeux du public, ses fantaisies sont plus attendues que sa musique. Il s’enferme inconsciemment dans le personnage qui devait le tenir Ă  distance des barreaux de la cĂ©lĂ©britĂ©. » Tout savoir Ă  propos des premiĂšres chansons, de la formation des Doors, de la signature chez Elektra, de la conquĂȘte de New York et de San Francisco, du succĂšs et de la mĂ©tamorphose, des jours Ă©tranges (strange days), des politiciens Ă©rotiques, de la dĂ©gradation des rapports, de l’incident de Miami, de Morrison HĂŽtel, des procĂšs, de l’Exil Ă  la mort, des voies en solo, de la bataille de l’hĂ©ritage, etc. Contient une discographie sĂ©lective. La meilleure idĂ©e de cadeau du moment !

Consulter l’article sur Le Blog des arts

Paule Martigny
Blog des arts 20 février 2017