The Cure - Let's Go To Bed
Annie Maisonneuve revisite ses annĂ©es adolescentes oĂč, exilĂ©e familiale chez une tante, elle subissait le dĂ©paysement et lâautoritĂ© mesquine et oĂč seuls lâalbum de The Cure Letâs Go To Bed et son Ă©coute obsessionnelle lui semblaient avoir quelque sens dans un monde barbant.
AgnĂšs LĂ©glise â Rock&Folk
Et puis, subitement, lâimprobable. [âŠ] Une voix. Parce quâau-delĂ ou avant lâair connu, il y a une voix. Celle de Robert Smith. [âŠ] Une voix sensuelle donc, et familiĂšre aussi, mais ça, câest Ă force de lâĂ©couter, forcĂ©ment, ça crĂ©e des liens. Bref, Robert sâest mis Ă chanter au-dessus de la mĂ©lasse, des steaks congelĂ©s, des poireaux en promo, des mĂ©nagĂšres de moins de cinquante ans, des caissiĂšres extĂ©nuĂ©es, des strings flĂ©tris, des bouteilles de lave-glace, des tubes de dentifrice, de la tante et de la grand-mĂšre, et de tous les psychodrames en train de se jouer. HonnĂȘtement, sa voix nâavait rien Ă faire lĂ et jâĂ©tais Ă deux doigts dâaller demander en caisse centrale ce quâils avaient fait de la musique dâambiance, voire de rĂ©diger sur lâun des blocs â notes prĂ©vus pour les rĂ©clamations, un petit texte indignĂ©. Mais cela aurait Ă©tĂ© bouder ma bouĂ©e de secours. LâindĂ©cence de la situation provenait du dĂ©calage, jâadorais lâindĂ©cence.
Revue de presse
- Solo AgnÚs Léglise Rock&Folk juillet 2009
- The Cure - Let's Go To Bed Parano inside-rock.fr 26/05/09
[âŠ] Dans la mĂȘme collection sort Ă©galement un texte dâAnnie Maisonneuve sur les Cure, Letâs Go To Bed, qui emprunte quant Ă lui, la forme du rĂ©cit : celui dâune adolescente Ă©loignĂ©e de son foyer en plein Ă©clatement, pour rejoindre le domicile dâune tante peu aimante et un nouveau collĂšge⊠Elle se rĂ©fugie alors dans Staring at the Sea, la plus cĂ©lĂšbre compilation des simples de ce groupe. Mauvaise orientation scolaire, liens Ă©clatĂ©s, indiffĂ©rences aux autres, regard sans concession sur la mĂ©diocritĂ© des adultes⊠Certes, tout y est. [âŠ]
Il y a plusieurs façons de parler musique et les Ă©ditions Le Mot Et Le Reste, nouveaux venus talentueux sur le terrain du rock, ont choisi, avec cette collection Solo, dâaborder la chose par le biais de courts essais, chaque fois centrĂ©s sur un album prĂ©cis et dont lâauteur rend compte Ă son grĂ©, dans des Ă©vocations plus ou moins autobiographiques de ce quâil signifie pour lui et ce quâil ressentit lors de lâĂ©coute mais, lĂ oĂč dâautres Ă©diteurs nâont jamais rĂ©ussi Ă assurer Ă lâidĂ©e cohĂ©rence et valeur artistique, cette collection Solo vient, elle, Ă point nommĂ© encourager ceux qui espĂ©raient encore voir Ă©merger une littĂ©rature française autour de ce vaste sujet quâest le rock et dont jusquâalors, seuls les auteurs anglo saxons semblaient tirer quelque substantifique matos. Annie Maisonneuve revisite ses annĂ©es adolescentes oĂč, exilĂ©e familiale chez une tante, elle subissait le dĂ©paysement et lâautoritĂ© mesquine et oĂč seuls lâalbum de The Cure Letâs Go To Bed et son Ă©coute obsessionnelle lui semblaient avoir quelque sens dans un monde barbant, absurde ou ridicule et son court rĂ©cit brasse parfaitement cette Ă©vocation bretonne dâannĂ©es dâennui adolescent avec un joli portrait de jeune fille maussade mais fait aussi, câest le but de lâaffaire, partager ou revivre le plaisir enchanteur que lâalbum lui procurait alors. [âŠ]
Ă lâadolescence, le rock est parfois lâunique secours dâun quotidien douloureux. Quand la famille est dĂ©faillante, vĂ©nĂ©neuse, insupportable, quand le bahut est un purgatoire, et lâavenir un horizon trop lointain. On connaĂźt la chanson : lâĂąge ingrat et ses inĂ©vitables conflits, ses tĂątonnements, ses Ă©mois. Sauf que, parfois, la violence est rĂ©elle et la douleur diffuse. Le rock fait alors office de Temesta. On devient vite accroc dâune voix. Surtout si câest celle de Robert Smith.
Avec ce premier livre, le 10^Ăšme^ de la collection solo, Annie Maisonneuve ressuscite ses annĂ©es noires, ses annĂ©es Cure. Celles dâune rĂ©volte muette oĂč tout est dit en chanson. Confrontation Ă lâautoritĂ© imbĂ©cile, errance dans une ville inconnue, spleen et idĂ©al. Et puis la rage, qui sâapaise le temps dâun album, la compilation Staring At The Sea. The Cure est lâun des rares groupes new wave Ă ĂȘtre sorti indemne des annĂ©es 80. Les modes passent, les annĂ©es dĂ©filent, mais lâĂ©motion reste intacte. Robert Smith est probablement lâĂ©quivalent hirsute de Boris Vian. La voix dâune innocence, plongĂ©e dans le chaos du monde.
The Cure â Letâs Go To Bed est donc un livre Ă deux voix, le groupe, lâauteur, qui se trouvent par accident et ne se quittent plus. Les mots sont tantĂŽt drĂŽles, tantĂŽt durs, le ton jamais rĂ©signĂ©. Lâironie mordante dâAnnie Maisonneuve fait mouche, revisitant sans complaisance sa propre histoire et rĂ©glant quelques comptes au passage. Son regard dĂ©fait lâabsurde fardeau familial pour mieux sâen dĂ©tacher. âJâadorais lâindĂ©cenceâ, Ă©crit-elle. On la croit volontiers, tant elle sait convaincre le lecteur.