Syd Barrett le rock et autres trucs
Jean-Michel Espitallier prend sa plume si particuliĂšre pour nous emmener aux cĂŽtĂ©s de Syd Barrett, de la jeunesse des 60âs et 70âs, de son espoir, de ses dĂ©sirs.
Figure mythique du rock, membre fondateur de Pink Floyd dont il est le principal auteur et compositeur jusquâau premier album The Piper at the Gates of Dawn, Syd Barrett sera virĂ© du groupe dĂšs 1968 en raison de ses excĂšs de drogues et dâune santĂ© mentale inquiĂ©tante. Il a 22 ans. La lĂ©gende dĂ©bute. Certains disent que le Floyd ne peut exister sans lui, dâautres que son Ă©viction permettra au groupe de trouver le son qui le rendra cĂ©lĂšbre. Jean-Michel Espitallier, lui, cherche plutĂŽt Ă comprendre les mĂ©canismes qui créÚrent la lĂ©gende de Syd Barret. Dans un style unique, drĂŽle et Ă©rudit il en dresse un portrait touchant, Ă moins que ce ne soit le portrait de toute une Ă©poque. Il parle de Syd bien sĂ»r mais aussi de lui-mĂȘme et de leur vraie-fausse rencontre, des annĂ©es soixante et soixante-dix, du rock et de ses lĂ©gendes, de Rimbaud, des feux follets qui marquĂšrent les arts avant de sâĂ©teindre, des fans et de la jeunesse Ă©ternelle, de son besoin constant de rĂ©invention.
Revue de presse
- Syd Barrett JérÎme Provençal Les Inrockuptibles 31 mai 2017
- Présentation du livre par Espitallier Colin Pradier Librairie Mollat 13 mai 2017
- «Les annĂ©es 60, câest lâinvention de la jeunesse» - Interview de Jean-Michel Espitallier Fabrice Gottraux La Tribune de GenĂšve 8 mai 2017
- Interview de Jean-Michel Espitallier - Poésie et idoles Manou Farine France Culture // Poésie et ainsi de suite 14 avril 2017
- Syd Barrett Thibaut Allemand Let's Motiv avril 2017
- Syd Barrett m'était conté ! François Angelier France Culture 7 mars 2017
- Syd Barrett, poudre de Pink Floyd Jean Rouzaud novaplanet.com 28 février 2017
De façon paradoxale, tout est rock aujourdâhui, sans quâon sache plus du tout ce que le terme dĂ©signe, tandis que, dans nombre de salles souvent subventionnĂ©es, spĂ©cialisĂ©es dans les musiques populaires, la programmation fait dĂ©sormais largement place au rap, Ă lâĂ©lectro, etc. Or, longtemps, le rock fut caractĂ©risĂ© par son mauvais esprit, portĂ© par « les dĂ©calĂ©s de la sociĂ©tĂ© », qui « se font recaler par la sociĂ©tĂ© » (1), riches dâun tonique rejet des normes, tant esthĂ©tiques que sociales, car leur monde, leurs aspirations ne sâaccommodent pas des valeurs rĂ©gnantes. Et vice versa. Ceci explique peut-ĂȘtre cela.
On ne se rappelle pas nĂ©cessairement la secousse que reprĂ©sentĂšrent certains des rockeurs les plus rĂ©tifs aux modĂšles en place. Ce fut le cas de Syd Barrett. Tout pour plaire, tout pour rĂ©ussir, il prĂ©fĂ©ra Ă©chouer. Ou plutĂŽt, arrĂȘter. Jean-Michel Espitallier Ă©voque, au fil dâune virĂ©e mentale tout en digressions fantasques et considĂ©rations imprĂ©vues, la figure de celui qui fut membre fondateur du groupe anglais Pink Floyd, principal auteur et compositeur du premier album, « virĂ© » en 1968 parce que devenu, comme on ne disait pas encore, « ingĂ©rable ». Barrett est malade ; trop de substances, trop grande distorsion entre ce quâil cherche et ce que le groupe concrĂ©tise. Il va sâeffacer de la scĂšne â pour vivre en banlieue et tondre sa pelouse. Ce nâest pas exactement une disparition flamboyante. Câest autour de cette « absence » quâEspitallier, Ă©crivain et batteur, Ă©nonce peu Ă peu, avec la dĂ©sinvolture du dandy trop sĂ©rieux pour le montrer, ce que nâest pas le rock â de la « morale hippie-bab-gauchiste » Ă prĂ©tention «culturelle», entre autres â et ce quâil est â la tension des inaptes et inadaptables vers lâavĂšnement dâun moment de pure joie insurgĂ©e.
Ă la mĂȘme Ă©poque ou presque vont surgir Iggy et les Stooges. En 1968, les Ătats-Unis sont en pleine guerre du Vietnam, Martin Luther King et Robert Kennedy sont assassinĂ©s, James Brown chante la « fiertĂ© noire ». Iggy, enfant de la petite bourgeoisie blanche du Michigan, va avec son groupe faire entendre un son, un frisson nouveaux, une pulsation brutale, sans rien pour enjoliver, adoucir ou justifier, oĂč sâexpriment la rage de vivre sans savoir Ă quoi la consacrer, lâennui de vivre quand on nâa que des dĂ©sirs tristes.
Iggy est sexy, spectaculaire, possĂ©dĂ©. Jean-Charles Desgroux, spĂ©cialiste du hard-rock et du heavy metal, accompagne avec prĂ©cision le parcours biographique et discographique de celui quâon a pu considĂ©rer comme le « premier punk » (2). Si lâon peut ĂȘtre irritĂ© par un français Ă©tonnamment approximatif, lâensemble propose une vue dĂ©taillĂ©e de lâeffervescence dâune pĂ©riode riche en sacrĂ©s fauteurs de troubles, musicaux et autres. Iggy fait brĂ»ler haut et vif lâesprit du rock, en pĂ©rimant les joliesses hippies, en dĂ©truisant tout sĂ©rieux « arty », pour revenir Ăąprement Ă lâurgence adolescente dĂ©pouillĂ©e de sentimentalitĂ©. On en comprend encore mieux le pouvoir abrasif en lisant lâessai de Clovis Goux (3), brillamment incisif, sur le contraire absolu des Stooges, les Carpenter, un frĂšre et une sĆur qui vendront cent millions de disques dans les annĂ©es 1970. Leur pop lisse, illuminĂ©e par la voix pure de Karen Carpenter, chante lâharmonie, la douceur des repĂšres anciens, lâabsence de conflit. Mais ces fabricants de « pilules du bonheur », « enfants modĂšles de lâAmĂ©rique de Nixon », militants de fait du retour Ă lâordre, portent en eux les contradictions de cette AmĂ©rique, et sont minĂ©s lâun par les drogues, lâautre par lâanorexie â Karen en mourra. Les affreux, sales et mĂ©chants du rock disaient la vĂ©ritĂ© : ce monde-lĂ nâĂ©tait pas inoffensif, gentil et propre, et il Ă©tait nĂ©cessaire de donner forme Ă ce quâil portait de puissance mortifĂšre, comme Ă ce quâil suscitait dâidĂ©al opposĂ©.
Aujourdâhui, les vieilles gloires du rock, au sens large du terme, rassemblent dans une Ă©trange communion parents et enfants : Patti Smith, Iggy, les Rolling Stones, etc. fĂ©dĂšrent les gĂ©nĂ©rations. Câest un peu perturbant. Sauf si lâon considĂšre que remue toujours le dĂ©sir de retrouver lâardeur du combat contre lâordre du monde, et de saluer dâautres possiblesâŠ
(1) Jean-Michel Espitallier, Syd Barrett, le rock et autres trucs,
Le Mot et le Reste, Marseille, 2017, 160 pages, 15 euros.
(2) Jean-Charles Desgroux, Iggy Pop. Shake appeal, Le Mot et
le Reste, 2017, 504 pages, 28 euros. Cf. aussi lâhommage au
guitariste de Motörhead, récemment disparu : Julien Deléglise,
Fast Eddie Clarke. Par-delà les cimes de Motörhead, Camion
blanc, RosiĂšres-en-Haye, 2016, 208 pages, 28 euros.
(3) Clovis Goux, La Disparition de Karen Carpenter,Actes Sud,
coll. « Rocks », Arles, 2017, 132 pages, 15 euros.
Au-delĂ de lâarchange dĂ©chu de Pink Floyd, un beau livre de rĂ©flexions multiples.
Activiste majeur de la poĂ©sie française vivante, Jean-Michel Espitallier cultive par ailleurs une passion immodĂ©rĂ©e pour le rock â cette musique dont, Ă©tant nĂ© en 1957, il est lâexact contemporain. Avec Syd Barrett le rock et autres trucs, il donne (trĂšs) libre cours Ă cette passion en plaçant au coeur de son projet dâĂ©criture la figure ĂŽ combien iconique de Syd Barrett, lâange dĂ©chu du swinging London qui, aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©jectĂ© de Pink Floyd en 1968 pour cause de conduite de plus en plus erratique, laissa tout tomber en 1974 et, redevenu Roger Keith Barrett, se mura dans lâanonymat et le silence jusquâĂ sa mort en 2006. âIl sâest racontĂ© tellement dâhistoires sur cet Ă©nigmatique effacementâŠâ : fascinĂ© par le mystĂšre Barrett, Espitallier sâen approche au plus prĂšs, se rend mĂȘme devant chez lui un jour de novembre 2004 â moment-clĂ© autour duquel tout se cristallise â mais sans chercher Ă le percer. Nouvelle Ă©dition donc, dâun livre oĂč il est question, entre autres trucs, de Barrett, du rock, des sixties, de lâimmortalitĂ©, des artistes maudits (Rimbaud en tĂȘte), des drogues, de la gloire et de la dĂ©chĂ©ance, lâeffacement apparaĂźt â stimulant paradoxe â comme le sujet secret de ce livre hybride, aussi vif dans le fond quâinventif dans la forme.
La librairie Mollat demande à Jean-Michel Espitallier de présenter son ouvrage en vidéo. 7 minutes pour creuser son projet.
Voir la vidéo sur la chaßne de la librairie Mollat
Il avait 9 ans, jouait du piano classique et sâintĂ©ressait au Tour de France lorsque, en 1967, est sorti Sgt. Pepperâs Lonely Hearts Club Band. La mĂȘme annĂ©e qui vit dĂ©barquer le premier Pink Floyd, The Piper at the Gates of Dawn. Cinquante ans ont passĂ©. Jean-Michel Espitallier, Ă©crivain et batteur, livre un ouvrage trĂšs personnel consacrĂ© au fondateur du Floyd. Syd Barrett, le rock et autres trucs, chez Le mot et le reste, oscille entre la biographie du cĂ©lĂšbre musicien et les impressions de lâauteur. Barrett, renvoyĂ© au dĂ©but de lâannĂ©e 1968 du groupe dont il avait lui-mĂȘme prĂ©sidĂ© aux dĂ©buts hallucinants, abandonnera la musique en 1974 pour se fondre dans lâanonymat dâune vie bourgeoise, jusquâĂ sa mort en 2006. FascinĂ© par cet effacement volontaire â Barrett, outre ses excĂšs de psychotropes, nâaurait pas supportĂ© le statut de pop star â, Jean-Michel Espitallier raconte comment, au tournant des annĂ©es 2000, il tente un jour de rencontrer lâidole de sa jeunesse. En vain. Syd Barret, le rock et autres trucs, câest aussi le regard quâun fan aimerait poser sur lâenvers du dĂ©cor, sur les coulisses de lâhistoire de la pop. OĂč il est question de la jeunesse occidentale, la jeunesse du rock Ă©galement, et les conditions dans lesquelles chacun dĂ©couvre la musique.
En 1967, vous écoutiez les Beatles et les Pink Floyd?
Mes parents vendaient des disques, essentiellement les yĂ©yĂ©s. Jâai eu la chance dâavoir une grande sĆur qui, adolescente, sâest mise Ă Ă©couter les Beatles et tous ces groupes au dĂ©but des annĂ©es 70.
Avec le recul, quelle est lâimportance de ces annĂ©es-lĂ ?
Le rock constitue lâart occidental le plus rĂ©cent. Tous les grands albums de 1967, Beatles, Pink Floyd, Grateful Dead, Doors, Velvet Underground aussi, vont bĂątir la lĂ©gende. Si on enlevait ces quelque deux annĂ©es discographiques, il manquerait 50% de lâhistoire du rock.
Socialement aussi, tout change?
Les annĂ©es 1960, câest lâinvention de la jeunesse. Avec les Trente Glorieuses, la figure de lâadolescent prend de lâimportance. En France, tout le monde accĂšde au baccalaurĂ©at, et les jeunes se rebellent. La jeunesse se met Ă exister non plus seulement dans les milieux bourgeois. Une classe sociale Ă©merge, une classe dâĂąge, avec son esthĂ©tique propre. «Prendre ses dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s», cette idĂ©e vient des annĂ©es 60. Et jây suis restĂ© fidĂšle.
1967, câest Ă©galement le premier Velvet UndergroundâŠ
Et câest tout autre chose. Le Velvet, câest lâAmĂ©rique urbaine, celle du blues. Câest aussi, aprĂšs lâacide et le psychĂ©dĂ©lisme, lâhĂ©roĂŻne et la crasse des villes, une image autrement plus violente.
Est-il encore possible dâĂ©couter «Sgt. Pepperâs» comme il y a cinquante ans?
Evidemment, non, la premiĂšre fois nâest plus jamais possible. Parce quâon a dans la tĂȘte toutes les musiques qui sont apparues aprĂšs, lâexpĂ©rience de lâĂ©coute sâefface. Mais réécouter Sgt. Pepperâs quarante ou cinquante ans plus tard, câest aussi Ă©couter le jeune quâon Ă©tait alors. Et ce nâest pas tant les qualitĂ©s intrinsĂšques de lâĆuvre qui emportent lâadhĂ©sion que votre Ă©tat dâesprit dâalors. Les annĂ©es 90 aussi sont gĂ©niales, avec Jeff Buckley, Portishead et Radiohead. Les annĂ©es 2000 Ă©galement, avec Stereolab. Si lâon est tous orphelin des annĂ©es 60, ce nâest pas que les jeunes Ă©taient si bien dans leur peau, mais pour sa libertĂ©. Un morceau de quinze minutes de Frank Zappa passait Ă la radio, chose impossible aujourdâhui. AprĂšs les annĂ©es 60, le temps sâest accĂ©lĂ©rĂ©.
Deux invitĂ©s et des cordes. Cummings, Beckett, Cadiot, Goethe, AlfĂ©riâŠune bande de poĂštes donne de la voix Ă Rodolphe Burger et sa guitare pour son nouvel album Good. Le guitariste Syd Barrett donne du texte et autres trucs au poĂšte Jean-Michel Espitallier. Bref, on nâĂ©crit jamais seul.
Jean-Michel Espitallier, poĂšte, et batteur. Dans Syd Barrett, le rock et autres trucs (Ă©ditions Le mot et le reste), il dresse un portrait fantasque du principal auteur et compositeur de Pink Floyd jusquâau premier album The Piper At The Gates Of Dawn, cherchant davantage Ă comprendre les mĂ©canismes qui créÚrent sa lĂ©gende. Il parle de Syd bien sĂ»r, mais aussi de lui-mĂȘme et de leur vraie-fausse rencontre, des annĂ©es soixante et soixante-dix, du rock et de ses mythes, de Rimbaud, des fans, de la jeunesse Ă©ternelle et son besoin constant de rĂ©invention.
Une émission à réécouter sur le site de France Culture
Inutile de retracer le bref parcours de Syd Barrett, gĂ©nie brisĂ© de Pink Floyd, brĂ»lĂ© aux acides et au Mandrax Ă 22 ans. Sâensuivront deux albums (indispensables) dans les seventies et la mort (physique) en 2006. Qui ne surprit pas â aprĂšs tout, il Ă©tait dĂ©jĂ parti. Son histoire, aussi triste que fascinante, a fait lâobjet de moult ouvrages. Pourquoi Ă©voquer celui-ci? Car il ne sâagit pas Ă proprement parler dâune biographie. Oh, Espitallier est un fan du natif de Cambridge, et ce livre dĂ©peint cette vie chaotique. Mais lĂ nâest pas lâessentiel : le Français emprunte une autre voie pour Ă©voquer son idole. Intime, sa prose Ă©minemment littĂ©raire se penche sur son propre rapport au songwriter (le fil rouge Ă©tant sa rencontre âmanquĂ©eâ avec Syd) et, nâoubliant pas le collectif (vous, nous), interroge la mythologie du rock et la fascination pour le tragique. il sâintĂ©resse aussi Ă la rĂ©ception (et au souvenir) des sixties dans la mĂ©moire populaire. Dressant un judicieux parallĂšle entre Barrett et Rimbaud, il achĂšve sa quĂȘte en passant en revue tous les disparus, de Bettie Page Ă W. De Kooning, de Greta Garbo Ă Ambrose Bierce, au fil de pages sâeffaçant peu Ă peu â au sens propre. Parfait.
Un essai poétique et biographique de Jean-Michel Espitallier évoque un des plus grands poÚtes du rock.
Câest Syd BarrĂ© quâon devrait Ă©crire. BarrĂ©, car tout le monde lâa cru tel et vu tel pendant la plus grande partie de sa vie. BarrĂ©, car il sâest Ă©clipsĂ©, a disparu, un jour, Ă un tournant, devenant un des plus forts mythes vivants et secrets cachĂ©s du rock mondial. Un des plus grands mages anglais avec Blake, Crowley ou Shelley, co-fondateur des Pink Floyd et auteur de leur premier album, The Piper At The Gates of Dawn, il est saquĂ© du groupe en 1968, Ă 22 ans, minĂ© par LSD and C° et dĂ©jĂ gagnĂ© par de violents problĂšmes psychiques. Les albums quâil signera par la suite, The madcap laughs et Barrett , ancreront dĂ©finitivement son mythe de poĂšte maudit et dâexpĂ©rimentateur hors-norme. FascinĂ© par la figure de Syd Barrett, le poĂšte et musicien Jean-Michel Espitallier nous en livre, pris dans une Ă©vocation flamboyante du Swinging London, un portrait biographique poĂ©tique et fascinĂ©.
La chronique est à écouter ici.
Jean-Michel Espitallier est un poÚte et un écrivain, cultivé et drÎle. Les éditions Le mot et le Reste rééditent son livre sur Syd Barrett, le membre mythique des Pink Floyd, qui, aprÚs quelques morceaux étincelants, fit une plongée libre dans le LSD, et disparu par étapes, entre 1967 et 1972.
Mythe rimbaldien
Il devint un mythe rimbaldien, car Rimbaud , comme lui, avait tout abandonnĂ© de la poĂ©sie pour se lancer dans le trafic dâarmes en Ethiopie ! Ce livre raconte la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le vaisseau spatial Pink Floyd, mais surtout la formation dâun personnage Ă©trange, Ă partir de Roger Keith Barrett (1946-2006), habitant de Cambridge et future icĂŽne du rock psychĂ©dĂ©lique. Câest donc entre 1962 et 1966 que ce garçon va ĂȘtre aspirĂ© par la Beatlemania, et la vague de la « British Invasion », accumulant groupes rock et tentatives diverses.
EntrĂ© dans un Art College Ă Cambridge, il y rencontre David Gilmour (futur Pink Floyd), et sâessaie Ă la peintureâŠet aux stupĂ©fiants. Et lĂ , la dĂ©marche classique des potes de collĂšge, qui enrĂŽlent un Ă un les membres du Ă©niĂšme groupe qui va enfin marcher, manager et label compris. Lâauteur joue et rĂ©pĂšte ces gammes du rock, du succĂšs, des dĂ©rapages, des coups de gĂ©nie et des coups du sort qui ont fait le parcours du combattant rock, et va ĂȘtre modulĂ© Ă lâinfini dans les 50 annĂ©es Ă suivre !
Remarque importante : on ne peut imaginer ce quâa Ă©tĂ© la folie des hallucinogĂšnes, dĂšs 1964, et la frĂ©nĂ©sie avec laquelle une gĂ©nĂ©ration entiĂšre sâest jetĂ© dessus. Les rĂ©cits abondent du Swinging London, sous LSD : une vĂ©ritable passion venue de Californie, mais portĂ©e Ă un extrĂȘme de style de vie, Ă Londres ! Syd Barrett est au cĆur de ce cyclone : il est vite entourĂ© des plus extraordinaires poĂštes et musiciens, Robert Wyatt, Kevin Ayers et les tribus de Gong et Soft Machine, tous amateurs de jazz, de musiques rares ou baroques, et des paroliers InspirĂ©s⊠Il crĂ©e le nom Pink Floyd avec le prĂ©nom de deux bluesmen quâil croise.
Auteur de trois singles, puis des titres du futur premier album du groupe, Syd Barrett met en route la mise Ă feu de la fusĂ©e Pink Floyd, qui devient le groupe psychĂ© le plus cĂ©lĂšbre de la planĂšte pop rock, dĂšs 1966. Et câest en 1967 que, secouĂ© par le gĂ©nie des Beatles (Revolver et Sgt. Pepperâs Lonely Hearts Club Band) deux albums qui ont abasourdi le monde), emportĂ© par les expĂ©riences de toutes sortes : argent, sexe, errance, crises, mĂ©langes ahurissant de substances, visions, mutisme ou exhibitionnisme, la crĂ©ativitĂ© de SB tourne au cauchemar. En deux annĂ©es de folie, dâexcĂšs, de dĂ©lires, devenu un pur poĂšte psychĂ©, vĂȘtu de satin, de couleurs fluos, maquillĂ©, Ă©chevelĂ©, pieds nus ou en platform boots en lĂ©zard, affichant un comportement erratique ou hĂ©bĂ©tĂ©, Barrett est abandonnĂ©âŠ
Le sabordage plus chic que le succĂšs ?
Mais sa lĂ©gende est en train de naitre. LĂąchĂ© par ses managers, puis par son groupe, ou Gilmour va remplacer Ă la guitare celui qui est absent, en retard ou pas en Ă©tat dâaligner deux notes ! DĂ©but des mystĂšres, de la disparition et dâun jeu de cache-cache avec les journalistes rock qui va durer jusquâĂ sa mort, 40 ans plus tard. Et voilĂ ces « autres trucs » dont parle lâauteur : la folie, lâattitude suicidaire, lâinversion des valeurs, le monde la tĂȘte en bas, le mal qui est bien, le systĂšme pop rock, fait de flashes, de quiproquos, de romantisme punk, dâĂ©lectricitĂ© et de visions, de fĂ©tichisme, de masochisme des stars crucifiĂ©esâŠ
Dans son ouvrage, Espitallier compare Barrett Ă Rimbaud, mais aussi Ă Nietzsche, le surhomme visionnaire, solitaire qui finit fou, isolĂ© par sa puretĂ© et ses exigences, et analyse avec humour les Ă©lĂ©ments indispensables et extrĂȘmes qui ont fait de lui lâarchĂ©type de lâidole : nouveautĂ©, succĂšs, drogues, folie⊠Beaucoup dâanecdotes, des tas de lĂ©gendes plus ou moins dĂ©biles, mais en allant voir sur le net ou en Ă©coutant des morceaux, on aperçoit ce visage pĂąle aux immenses yeux noirs, ces couleurs floues et ces ballades Ă la guitare qui deviennent planantes, et tournent parfois au dĂ©vissage galactique, saturĂ© noise.
Les Pink Floyd perpĂ©tueront ce « message » barrettien, avec des claviers bidouillĂ©s par eux, pour des Ă©chos, glissendos et rĂ©verbs qui ont fait date. Le personnage « Too fast to live, too young to die », inscrit donc les commandements dâun rock illimitĂ© et dâun comportement considĂ©rĂ© comme anti-matĂ©rialiste, suicidaire mais rĂ©solument poĂ©tique ? Il fut appelĂ© le « Diamant Noir ». A vous de voir si le sabordage va plus loin que la rĂ©ussite, et si le dĂ©tachement matĂ©riel allant jusquâĂ lâoubli de soi, est plus noble et chic que le succĂšs.
Syd Barrett. Le Rock et autres trucs. Jean-Michel Espitallier. Editions Le Mot et le Reste. 150 pages. 15 euros. Le livre rĂ©unit tous les Ă©lĂ©ments connus et les hypothĂšses sur le personnage, dont sa fascination pour les Beatles et pour Lennon, et aussi tout ce quâil a provoquĂ©, inventĂ© ou pas, et qui est devenu la lĂ©gende du rock, ainsi que les liens avec dâautres lĂ©gendes.