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Parution : 16/02/2017
ISBN : 9782360542376
160 pages (14,8 x 21 cm)

Syd Barrett le rock et autres trucs

Jean-Michel Espitallier prend sa plume si particuliĂšre pour nous emmener aux cĂŽtĂ©s de Syd Barrett, de la jeunesse des 60’s et 70’s, de son espoir, de ses dĂ©sirs.

Figure mythique du rock, membre fondateur de Pink Floyd dont il est le principal auteur et compositeur jusqu’au premier album The Piper at the Gates of Dawn, Syd Barrett sera virĂ© du groupe dĂšs 1968 en raison de ses excĂšs de drogues et d’une santĂ© mentale inquiĂ©tante. Il a 22 ans. La lĂ©gende dĂ©bute. Certains disent que le Floyd ne peut exister sans lui, d’autres que son Ă©viction permettra au groupe de trouver le son qui le rendra cĂ©lĂšbre. Jean-Michel Espitallier, lui, cherche plutĂŽt Ă  comprendre les mĂ©canismes qui créÚrent la lĂ©gende de Syd Barret. Dans un style unique, drĂŽle et Ă©rudit il en dresse un portrait touchant, Ă  moins que ce ne soit le portrait de toute une Ă©poque. Il parle de Syd bien sĂ»r mais aussi de lui-mĂȘme et de leur vraie-fausse rencontre, des annĂ©es soixante et soixante-dix, du rock et de ses lĂ©gendes, de Rimbaud, des feux follets qui marquĂšrent les arts avant de s’éteindre, des fans et de la jeunesse Ă©ternelle, de son besoin constant de rĂ©invention.

• Lire un extrait

Revue de presse

- La pulsation des inadaptables Evelyne PIEILLER Le monde diplomatique Février 2018
- Syd Barrett JérÎme Provençal Les Inrockuptibles 31 mai 2017
- Présentation du livre par Espitallier Colin Pradier Librairie Mollat 13 mai 2017
- «Les annĂ©es 60, c’est l’invention de la jeunesse» - Interview de Jean-Michel Espitallier Fabrice Gottraux La Tribune de GenĂšve 8 mai 2017
- Interview de Jean-Michel Espitallier - Poésie et idoles Manou Farine France Culture // Poésie et ainsi de suite 14 avril 2017
- Syd Barrett Thibaut Allemand Let's Motiv avril 2017
- Syd Barrett m'était conté ! François Angelier France Culture 7 mars 2017
- Syd Barrett, poudre de Pink Floyd Jean Rouzaud novaplanet.com 28 février 2017

- La pulsation des inadaptables

De façon paradoxale, tout est rock aujourd’hui, sans qu’on sache plus du tout ce que le terme dĂ©signe, tandis que, dans nombre de salles souvent subventionnĂ©es, spĂ©cialisĂ©es dans les musiques populaires, la programmation fait dĂ©sormais largement place au rap, Ă  l’électro, etc. Or, longtemps, le rock fut caractĂ©risĂ© par son mauvais esprit, portĂ© par « les dĂ©calĂ©s de la sociĂ©tĂ© », qui « se font recaler par la sociĂ©tĂ© » (1), riches d’un tonique rejet des normes, tant esthĂ©tiques que sociales, car leur monde, leurs aspirations ne s’accommodent pas des valeurs rĂ©gnantes. Et vice versa. Ceci explique peut-ĂȘtre cela.
On ne se rappelle pas nĂ©cessairement la secousse que reprĂ©sentĂšrent certains des rockeurs les plus rĂ©tifs aux modĂšles en place. Ce fut le cas de Syd Barrett. Tout pour plaire, tout pour rĂ©ussir, il prĂ©fĂ©ra Ă©chouer. Ou plutĂŽt, arrĂȘter. Jean-Michel Espitallier Ă©voque, au fil d’une virĂ©e mentale tout en digressions fantasques et considĂ©rations imprĂ©vues, la figure de celui qui fut membre fondateur du groupe anglais Pink Floyd, principal auteur et compositeur du premier album, « virĂ© » en 1968 parce que devenu, comme on ne disait pas encore, « ingĂ©rable ». Barrett est malade ; trop de substances, trop grande distorsion entre ce qu’il cherche et ce que le groupe concrĂ©tise. Il va s’effacer de la scĂšne – pour vivre en banlieue et tondre sa pelouse. Ce n’est pas exactement une disparition flamboyante. C’est autour de cette « absence » qu’Espitallier, Ă©crivain et batteur, Ă©nonce peu Ă  peu, avec la dĂ©sinvolture du dandy trop sĂ©rieux pour le montrer, ce que n’est pas le rock – de la « morale hippie-bab-gauchiste » Ă  prĂ©tention «culturelle», entre autres – et ce qu’il est – la tension des inaptes et inadaptables vers l’avĂšnement d’un moment de pure joie insurgĂ©e.
À la mĂȘme Ă©poque ou presque vont surgir Iggy et les Stooges. En 1968, les États-Unis sont en pleine guerre du Vietnam, Martin Luther King et Robert Kennedy sont assassinĂ©s, James Brown chante la « fiertĂ© noire ». Iggy, enfant de la petite bourgeoisie blanche du Michigan, va avec son groupe faire entendre un son, un frisson nouveaux, une pulsation brutale, sans rien pour enjoliver, adoucir ou justifier, oĂč s’expriment la rage de vivre sans savoir Ă  quoi la consacrer, l’ennui de vivre quand on n’a que des dĂ©sirs tristes.
Iggy est sexy, spectaculaire, possĂ©dĂ©. Jean-Charles Desgroux, spĂ©cialiste du hard-rock et du heavy metal, accompagne avec prĂ©cision le parcours biographique et discographique de celui qu’on a pu considĂ©rer comme le « premier punk » (2). Si l’on peut ĂȘtre irritĂ© par un français Ă©tonnamment approximatif, l’ensemble propose une vue dĂ©taillĂ©e de l’effervescence d’une pĂ©riode riche en sacrĂ©s fauteurs de troubles, musicaux et autres. Iggy fait brĂ»ler haut et vif l’esprit du rock, en pĂ©rimant les joliesses hippies, en dĂ©truisant tout sĂ©rieux « arty », pour revenir Ăąprement Ă  l’urgence adolescente dĂ©pouillĂ©e de sentimentalitĂ©. On en comprend encore mieux le pouvoir abrasif en lisant l’essai de Clovis Goux (3), brillamment incisif, sur le contraire absolu des Stooges, les Carpenter, un frĂšre et une sƓur qui vendront cent millions de disques dans les annĂ©es 1970. Leur pop lisse, illuminĂ©e par la voix pure de Karen Carpenter, chante l’harmonie, la douceur des repĂšres anciens, l’absence de conflit. Mais ces fabricants de « pilules du bonheur », « enfants modĂšles de l’AmĂ©rique de Nixon », militants de fait du retour Ă  l’ordre, portent en eux les contradictions de cette AmĂ©rique, et sont minĂ©s l’un par les drogues, l’autre par l’anorexie – Karen en mourra. Les affreux, sales et mĂ©chants du rock disaient la vĂ©ritĂ© : ce monde-lĂ  n’était pas inoffensif, gentil et propre, et il Ă©tait nĂ©cessaire de donner forme Ă  ce qu’il portait de puissance mortifĂšre, comme Ă  ce qu’il suscitait d’idĂ©al opposĂ©.
Aujourd’hui, les vieilles gloires du rock, au sens large du terme, rassemblent dans une Ă©trange communion parents et enfants : Patti Smith, Iggy, les Rolling Stones, etc. fĂ©dĂšrent les gĂ©nĂ©rations. C’est un peu perturbant. Sauf si l’on considĂšre que remue toujours le dĂ©sir de retrouver l’ardeur du combat contre l’ordre du monde, et de saluer d’autres possibles


(1) Jean-Michel Espitallier, Syd Barrett, le rock et autres trucs,
Le Mot et le Reste, Marseille, 2017, 160 pages, 15 euros.
(2) Jean-Charles Desgroux, Iggy Pop. Shake appeal, Le Mot et
le Reste, 2017, 504 pages, 28 euros. Cf. aussi l’hommage au
guitariste de Motörhead, récemment disparu : Julien Deléglise,
Fast Eddie Clarke. Par-delà les cimes de Motörhead, Camion
blanc, RosiĂšres-en-Haye, 2016, 208 pages, 28 euros.
(3) Clovis Goux, La Disparition de Karen Carpenter,Actes Sud,
coll. « Rocks », Arles, 2017, 132 pages, 15 euros.

Evelyne PIEILLER
Le monde diplomatique Février 2018

- Syd Barrett

Au-delĂ  de l’archange dĂ©chu de Pink Floyd, un beau livre de rĂ©flexions multiples.
Activiste majeur de la poĂ©sie française vivante, Jean-Michel Espitallier cultive par ailleurs une passion immodĂ©rĂ©e pour le rock – cette musique dont, Ă©tant nĂ© en 1957, il est l’exact contemporain. Avec Syd Barrett le rock et autres trucs, il donne (trĂšs) libre cours Ă  cette passion en plaçant au coeur de son projet d’écriture la figure ĂŽ combien iconique de Syd Barrett, l’ange dĂ©chu du swinging London qui, aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©jectĂ© de Pink Floyd en 1968 pour cause de conduite de plus en plus erratique, laissa tout tomber en 1974 et, redevenu Roger Keith Barrett, se mura dans l’anonymat et le silence jusqu’à sa mort en 2006. “Il s’est racontĂ© tellement d’histoires sur cet Ă©nigmatique effacement
” : fascinĂ© par le mystĂšre Barrett, Espitallier s’en approche au plus prĂšs, se rend mĂȘme devant chez lui un jour de novembre 2004 – moment-clĂ© autour duquel tout se cristallise – mais sans chercher Ă  le percer. Nouvelle Ă©dition donc, d’un livre oĂč il est question, entre autres trucs, de Barrett, du rock, des sixties, de l’immortalitĂ©, des artistes maudits (Rimbaud en tĂȘte), des drogues, de la gloire et de la dĂ©chĂ©ance, l’effacement apparaĂźt – stimulant paradoxe – comme le sujet secret de ce livre hybride, aussi vif dans le fond qu’inventif dans la forme.

JérÎme Provençal
Les Inrockuptibles 31 mai 2017

- Présentation du livre par Espitallier

La librairie Mollat demande à Jean-Michel Espitallier de présenter son ouvrage en vidéo. 7 minutes pour creuser son projet.

Voir la vidéo sur la chaßne de la librairie Mollat

Colin Pradier
Librairie Mollat 13 mai 2017

- «Les annĂ©es 60, c’est l’invention de la jeunesse» - Interview de Jean-Michel Espitallier

Il avait 9 ans, jouait du piano classique et s’intĂ©ressait au Tour de France lorsque, en 1967, est sorti Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. La mĂȘme annĂ©e qui vit dĂ©barquer le premier Pink Floyd, The Piper at the Gates of Dawn. Cinquante ans ont passĂ©. Jean-Michel Espitallier, Ă©crivain et batteur, livre un ouvrage trĂšs personnel consacrĂ© au fondateur du Floyd. Syd Barrett, le rock et autres trucs, chez Le mot et le reste, oscille entre la biographie du cĂ©lĂšbre musicien et les impressions de l’auteur. Barrett, renvoyĂ© au dĂ©but de l’annĂ©e 1968 du groupe dont il avait lui-mĂȘme prĂ©sidĂ© aux dĂ©buts hallucinants, abandonnera la musique en 1974 pour se fondre dans l’anonymat d’une vie bourgeoise, jusqu’à sa mort en 2006. FascinĂ© par cet effacement volontaire – Barrett, outre ses excĂšs de psychotropes, n’aurait pas supportĂ© le statut de pop star –, Jean-Michel Espitallier raconte comment, au tournant des annĂ©es 2000, il tente un jour de rencontrer l’idole de sa jeunesse. En vain. Syd Barret, le rock et autres trucs, c’est aussi le regard qu’un fan aimerait poser sur l’envers du dĂ©cor, sur les coulisses de l’histoire de la pop. OĂč il est question de la jeunesse occidentale, la jeunesse du rock Ă©galement, et les conditions dans lesquelles chacun dĂ©couvre la musique.

En 1967, vous écoutiez les Beatles et les Pink Floyd?

Mes parents vendaient des disques, essentiellement les yĂ©yĂ©s. J’ai eu la chance d’avoir une grande sƓur qui, adolescente, s’est mise Ă  Ă©couter les Beatles et tous ces groupes au dĂ©but des annĂ©es 70.

Avec le recul, quelle est l’importance de ces annĂ©es-lĂ ?

Le rock constitue l’art occidental le plus rĂ©cent. Tous les grands albums de 1967, Beatles, Pink Floyd, Grateful Dead, Doors, Velvet Underground aussi, vont bĂątir la lĂ©gende. Si on enlevait ces quelque deux annĂ©es discographiques, il manquerait 50% de l’histoire du rock.

Socialement aussi, tout change?

Les annĂ©es 1960, c’est l’invention de la jeunesse. Avec les Trente Glorieuses, la figure de l’adolescent prend de l’importance. En France, tout le monde accĂšde au baccalaurĂ©at, et les jeunes se rebellent. La jeunesse se met Ă  exister non plus seulement dans les milieux bourgeois. Une classe sociale Ă©merge, une classe d’ñge, avec son esthĂ©tique propre. «Prendre ses dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s», cette idĂ©e vient des annĂ©es 60. Et j’y suis restĂ© fidĂšle.

1967, c’est Ă©galement le premier Velvet Underground


Et c’est tout autre chose. Le Velvet, c’est l’AmĂ©rique urbaine, celle du blues. C’est aussi, aprĂšs l’acide et le psychĂ©dĂ©lisme, l’hĂ©roĂŻne et la crasse des villes, une image autrement plus violente.

Est-il encore possible d’écouter «Sgt. Pepper’s» comme il y a cinquante ans?

Evidemment, non, la premiĂšre fois n’est plus jamais possible. Parce qu’on a dans la tĂȘte toutes les musiques qui sont apparues aprĂšs, l’expĂ©rience de l’écoute s’efface. Mais réécouter Sgt. Pepper’s quarante ou cinquante ans plus tard, c’est aussi Ă©couter le jeune qu’on Ă©tait alors. Et ce n’est pas tant les qualitĂ©s intrinsĂšques de l’Ɠuvre qui emportent l’adhĂ©sion que votre Ă©tat d’esprit d’alors. Les annĂ©es 90 aussi sont gĂ©niales, avec Jeff Buckley, Portishead et Radiohead. Les annĂ©es 2000 Ă©galement, avec Stereolab. Si l’on est tous orphelin des annĂ©es 60, ce n’est pas que les jeunes Ă©taient si bien dans leur peau, mais pour sa libertĂ©. Un morceau de quinze minutes de Frank Zappa passait Ă  la radio, chose impossible aujourd’hui. AprĂšs les annĂ©es 60, le temps s’est accĂ©lĂ©rĂ©.

Fabrice Gottraux
La Tribune de GenĂšve 8 mai 2017

- Interview de Jean-Michel Espitallier - Poésie et idoles

Deux invitĂ©s et des cordes. Cummings, Beckett, Cadiot, Goethe, AlfĂ©ri
une bande de poĂštes donne de la voix Ă  Rodolphe Burger et sa guitare pour son nouvel album Good. Le guitariste Syd Barrett donne du texte et autres trucs au poĂšte Jean-Michel Espitallier. Bref, on n’écrit jamais seul.

Jean-Michel Espitallier, poĂšte, et batteur. Dans Syd Barrett, le rock et autres trucs (Ă©ditions Le mot et le reste), il dresse un portrait fantasque du principal auteur et compositeur de Pink Floyd jusqu’au premier album The Piper At The Gates Of Dawn, cherchant davantage Ă  comprendre les mĂ©canismes qui créÚrent sa lĂ©gende. Il parle de Syd bien sĂ»r, mais aussi de lui-mĂȘme et de leur vraie-fausse rencontre, des annĂ©es soixante et soixante-dix, du rock et de ses mythes, de Rimbaud, des fans, de la jeunesse Ă©ternelle et son besoin constant de rĂ©invention.

Une émission à réécouter sur le site de France Culture

Manou Farine
France Culture // Poésie et ainsi de suite 14 avril 2017

- Syd Barrett

Inutile de retracer le bref parcours de Syd Barrett, gĂ©nie brisĂ© de Pink Floyd, brĂ»lĂ© aux acides et au Mandrax Ă  22 ans. S’ensuivront deux albums (indispensables) dans les seventies et la mort (physique) en 2006. Qui ne surprit pas – aprĂšs tout, il Ă©tait dĂ©jĂ  parti. Son histoire, aussi triste que fascinante, a fait l’objet de moult ouvrages. Pourquoi Ă©voquer celui-ci? Car il ne s’agit pas Ă  proprement parler d’une biographie. Oh, Espitallier est un fan du natif de Cambridge, et ce livre dĂ©peint cette vie chaotique. Mais lĂ  n’est pas l’essentiel : le Français emprunte une autre voie pour Ă©voquer son idole. Intime, sa prose Ă©minemment littĂ©raire se penche sur son propre rapport au songwriter (le fil rouge Ă©tant sa rencontre “manquĂ©e” avec Syd) et, n’oubliant pas le collectif (vous, nous), interroge la mythologie du rock et la fascination pour le tragique. il s’intĂ©resse aussi Ă  la rĂ©ception (et au souvenir) des sixties dans la mĂ©moire populaire. Dressant un judicieux parallĂšle entre Barrett et Rimbaud, il achĂšve sa quĂȘte en passant en revue tous les disparus, de Bettie Page Ă  W. De Kooning, de Greta Garbo Ă  Ambrose Bierce, au fil de pages s’effaçant peu Ă  peu – au sens propre. Parfait.

Thibaut Allemand
Let's Motiv avril 2017

- Syd Barrett m'était conté !

Un essai poétique et biographique de Jean-Michel Espitallier évoque un des plus grands poÚtes du rock.

C’est Syd BarrĂ© qu’on devrait Ă©crire. BarrĂ©, car tout le monde l’a cru tel et vu tel pendant la plus grande partie de sa vie. BarrĂ©, car il s’est Ă©clipsĂ©, a disparu, un jour, Ă  un tournant, devenant un des plus forts mythes vivants et secrets cachĂ©s du rock mondial. Un des plus grands mages anglais avec Blake, Crowley ou Shelley, co-fondateur des Pink Floyd et auteur de leur premier album, The Piper At The Gates of Dawn, il est saquĂ© du groupe en 1968, Ă  22 ans, minĂ© par LSD and C° et dĂ©jĂ  gagnĂ© par de violents problĂšmes psychiques. Les albums qu’il signera par la suite, The madcap laughs et Barrett , ancreront dĂ©finitivement son mythe de poĂšte maudit et d’expĂ©rimentateur hors-norme. FascinĂ© par la figure de Syd Barrett, le poĂšte et musicien Jean-Michel Espitallier nous en livre, pris dans une Ă©vocation flamboyante du Swinging London, un portrait biographique poĂ©tique et fascinĂ©.

La chronique est à écouter ici.

François Angelier
France Culture 7 mars 2017

- Syd Barrett, poudre de Pink Floyd

Jean-Michel Espitallier est un poÚte et un écrivain, cultivé et drÎle. Les éditions Le mot et le Reste rééditent son livre sur Syd Barrett, le membre mythique des Pink Floyd, qui, aprÚs quelques morceaux étincelants, fit une plongée libre dans le LSD, et disparu par étapes, entre 1967 et 1972.

Mythe rimbaldien

Il devint un mythe rimbaldien, car Rimbaud , comme lui, avait tout abandonnĂ© de la poĂ©sie pour se lancer dans le trafic d’armes en Ethiopie ! Ce livre raconte la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le vaisseau spatial Pink Floyd, mais surtout la formation d’un personnage Ă©trange, Ă  partir de Roger Keith Barrett (1946-2006), habitant de Cambridge et future icĂŽne du rock psychĂ©dĂ©lique. C’est donc entre 1962 et 1966 que ce garçon va ĂȘtre aspirĂ© par la Beatlemania, et la vague de la « British Invasion », accumulant groupes rock et tentatives diverses.

EntrĂ© dans un Art College Ă  Cambridge, il y rencontre David Gilmour (futur Pink Floyd), et s’essaie Ă  la peinture
et aux stupĂ©fiants. Et lĂ , la dĂ©marche classique des potes de collĂšge, qui enrĂŽlent un Ă  un les membres du Ă©niĂšme groupe qui va enfin marcher, manager et label compris. L’auteur joue et rĂ©pĂšte ces gammes du rock, du succĂšs, des dĂ©rapages, des coups de gĂ©nie et des coups du sort qui ont fait le parcours du combattant rock, et va ĂȘtre modulĂ© Ă  l’infini dans les 50 annĂ©es Ă  suivre !

Remarque importante : on ne peut imaginer ce qu’a Ă©tĂ© la folie des hallucinogĂšnes, dĂšs 1964, et la frĂ©nĂ©sie avec laquelle une gĂ©nĂ©ration entiĂšre s’est jetĂ© dessus. Les rĂ©cits abondent du Swinging London, sous LSD : une vĂ©ritable passion venue de Californie, mais portĂ©e Ă  un extrĂȘme de style de vie, Ă  Londres ! Syd Barrett est au cƓur de ce cyclone : il est vite entourĂ© des plus extraordinaires poĂštes et musiciens, Robert Wyatt, Kevin Ayers et les tribus de Gong et Soft Machine, tous amateurs de jazz, de musiques rares ou baroques, et des paroliers InspirĂ©s
 Il crĂ©e le nom Pink Floyd avec le prĂ©nom de deux bluesmen qu’il croise.

Auteur de trois singles, puis des titres du futur premier album du groupe, Syd Barrett met en route la mise Ă  feu de la fusĂ©e Pink Floyd, qui devient le groupe psychĂ© le plus cĂ©lĂšbre de la planĂšte pop rock, dĂšs 1966. Et c’est en 1967 que, secouĂ© par le gĂ©nie des Beatles (Revolver et Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band) deux albums qui ont abasourdi le monde), emportĂ© par les expĂ©riences de toutes sortes : argent, sexe, errance, crises, mĂ©langes ahurissant de substances, visions, mutisme ou exhibitionnisme, la crĂ©ativitĂ© de SB tourne au cauchemar. En deux annĂ©es de folie, d’excĂšs, de dĂ©lires, devenu un pur poĂšte psychĂ©, vĂȘtu de satin, de couleurs fluos, maquillĂ©, Ă©chevelĂ©, pieds nus ou en platform boots en lĂ©zard, affichant un comportement erratique ou hĂ©bĂ©tĂ©, Barrett est abandonné 

Le sabordage plus chic que le succĂšs ?

Mais sa lĂ©gende est en train de naitre. LĂąchĂ© par ses managers, puis par son groupe, ou Gilmour va remplacer Ă  la guitare celui qui est absent, en retard ou pas en Ă©tat d’aligner deux notes ! DĂ©but des mystĂšres, de la disparition et d’un jeu de cache-cache avec les journalistes rock qui va durer jusqu’à sa mort, 40 ans plus tard. Et voilĂ  ces « autres trucs » dont parle l’auteur : la folie, l’attitude suicidaire, l’inversion des valeurs, le monde la tĂȘte en bas, le mal qui est bien, le systĂšme pop rock, fait de flashes, de quiproquos, de romantisme punk, d’électricitĂ© et de visions, de fĂ©tichisme, de masochisme des stars crucifiĂ©es


Dans son ouvrage, Espitallier compare Barrett Ă  Rimbaud, mais aussi Ă  Nietzsche, le surhomme visionnaire, solitaire qui finit fou, isolĂ© par sa puretĂ© et ses exigences, et analyse avec humour les Ă©lĂ©ments indispensables et extrĂȘmes qui ont fait de lui l’archĂ©type de l’idole : nouveautĂ©, succĂšs, drogues, folie
 Beaucoup d’anecdotes, des tas de lĂ©gendes plus ou moins dĂ©biles, mais en allant voir sur le net ou en Ă©coutant des morceaux, on aperçoit ce visage pĂąle aux immenses yeux noirs, ces couleurs floues et ces ballades Ă  la guitare qui deviennent planantes, et tournent parfois au dĂ©vissage galactique, saturĂ© noise.

Les Pink Floyd perpĂ©tueront ce « message » barrettien, avec des claviers bidouillĂ©s par eux, pour des Ă©chos, glissendos et rĂ©verbs qui ont fait date. Le personnage « Too fast to live, too young to die », inscrit donc les commandements d’un rock illimitĂ© et d’un comportement considĂ©rĂ© comme anti-matĂ©rialiste, suicidaire mais rĂ©solument poĂ©tique ? Il fut appelĂ© le « Diamant Noir ». A vous de voir si le sabordage va plus loin que la rĂ©ussite, et si le dĂ©tachement matĂ©riel allant jusqu’à l’oubli de soi, est plus noble et chic que le succĂšs.

Syd Barrett. Le Rock et autres trucs. Jean-Michel Espitallier. Editions Le Mot et le Reste. 150 pages. 15 euros. Le livre rĂ©unit tous les Ă©lĂ©ments connus et les hypothĂšses sur le personnage, dont sa fascination pour les Beatles et pour Lennon, et aussi tout ce qu’il a provoquĂ©, inventĂ© ou pas, et qui est devenu la lĂ©gende du rock, ainsi que les liens avec d’autres lĂ©gendes.

Jean Rouzaud
novaplanet.com 28 février 2017