Sun Ra
Palmiers et Pyramides
Joseph Ghosn, dĂ©jĂ auteur dâun ouvrage sur La Monte Young, nâa pas reculĂ© devant lâampleur de lâĆuvre de Sun Ra et signe un livre accessible sur lâun des artistes les plus complexes et plus prolifiques du 20Ăšme siĂšcle.
Nathalie Troquereau â GonzaĂŻ
Sun Ra est un des musiciens les plus remarquables de lâhistoire du jazz, son style englobant autant le swing de Fletcher Henderson que le free jazz, parfois dans un seul et mĂȘme titre. Il fait ses dĂ©buts Ă Chicago, en 1950, et devient un des premiers jazzmen Ă enregistrer et Ă vendre ses propres disques â via son label Saturn â mais Ă©galement Ă utiliser des instruments Ă©lectroniques, ce qui fait de lui un acteur indispensable de la scĂšne jazz dâavant-garde.
Sun Ra se considĂ©rait comme un produit du cosmos, voyageant Ă travers lâespace avec une troupe de musiciens hauts en couleur qui regroupaient autour de lui une multitude de percussions et dâinstruments inhabituels, des chanteurs, des danseurs et des pratiquants dâarts martiaux, le tout dans des costumes faits maison. Joseph Ghosn nous prĂ©sente la vie de ce personnage unique et analyse la discographie de ce pionnier, montrant sa double tentation : entre pop et avant-garde, exotisme et expĂ©rimentation.
Revue de presse
- Astro Black Jean-Pierre Simard Rolling Stone Octobre 2014
- Le mot et le reste : cinq ouvrages d'une rentrée musicale Adrien Sourdoreille 21 octobre 2014
- Trois livres pour passer de belles vacances au pays de la Rétromanie Stéphane Deschamps Les Inrockuptibles 16 juillet 2014
- Sun Ra, soleil noir Sophian Fanen Libération 15 août 2014
- Sun Ra et l'afro-futurisme, une certaine idée de l'histoire de l'afro-américanité Maxime Delcourt Slate 15 août 2014
- Loué soit Sun Ra, le musicien qui fut enlevé par des extraterrestres Fabrice Pliskin Le Nouvel Observateur 18 juillet 2014
- Des bonnes feuilles à lire ! Le Nouvel Obs // BibliObs 10 août 2014
- Sun Ra, produit du cosmos Elsa Boublil France Inter // Summertime mardi 22 juillet
- Sun Ra en direct de Saturne Jean Rouzaud Novaplanet 23 juin 2014
- Sun Ra Nathalie Troquereau GonzaĂŻ 23 juin 2014
La rencontre avec la musique sâest faite en arrivant en France. Dâabord avec la pop, double face : Prince dâun cĂŽtĂ©, Jesus and Mary Chain de lâautre. 1984, 1985. Jâai plutĂŽt suivi le chemin des seconds puis remontĂ© pas mal de choses, des sentiers, plus ou moins obliques. Câest en Ă©coutant des groupes comme Sonic Youth que jâai dĂ©couvert que dâautres dans le jazz, avant eux, avaient aussi eu une dĂ©marche similaire : celle de lâindĂ©pendance, Ă©conomique et artistique. Deux figures me sont alors apparues : Sun Ra et Pharoah Sanders. Les chocs sont arrivĂ©s en achetant des disques : Sketches of Spain de Miles et Night of the Purple Moon de Sun Ra chez Da Capo, un bouquiniste disparu de la rue des Ăcoles. Nidhamu, Space is the Place de Sun Ra et Black Unity de Pharoah Sanders dans la foulĂ©e dans un magasin du Marais. Puis, Coltrane (Alice et John, John et Alice). Et pas mal dâautres musiciens avec toujours un penchant pour lâindĂ©pendance, les autoproduits. Qui se sont longtemps confondus pour moi avec le free : je me souviens dâun article de Thurston Moore qui listait ses disques free favoris dans les annĂ©es 90 : jâai Ă©cumĂ© les bacs de Paris Jazz Corner pour les trouver et en route je dĂ©couvrais beaucoup dâautres choses dont les livres de LeRoi JonesâŠ
Je joue des synthĂ©tiseurs de toutes sortes. SĂ©quenceurs et logiciels. Jâaime le contact avec lâĂ©lectronique qui a vieilli, les machines sur lesquelles on a transpirĂ© et qui en ont rouillĂ©.
Je suis davantage des labels que des musiciens. Ces derniĂšres annĂ©es je me suis surtout intĂ©ressĂ© aux labels qui rééditent des choses obscures qui font dĂ©couvrir le passĂ© comme sâil Ă©tait prĂ©sent. Je pense Ă Now Again, Soul Jazz, etc.
La musique, jâen Ă©coute tout le temps, jây reviens sans cesse, câest la musique qui me stimule le plus et que jâexplore sans jamais la dĂ©limiter. Ce que reprĂ©sente le jazz pour moi ? Ă peu prĂšs tout ce qui est vivant.
Sun Ra Arkestra, Archie Shepp & Sunny Murray
Parmi mes souvenirs forts de concerts de jazz, le Sun Ra Arkestra Ă New York. Plusieurs fois. Une folie Ă chaque fois. Archie Shepp et Sunny Murray dans les jardins des Tuileries un jour de printemps. FilmĂ© en super 8. Sunny Murray dans une Ă©cole dâart vers Bastille, au dernier Ă©tage, avec le soleil qui sâĂ©chappe peu Ă peu et lui qui colore lâespace. Le New York Art quartet avec Milford Graves Ă Banlieues Bleues. Peter Brötzmann Ă Beyrouth et une soirĂ©e Ă discuter avec lui dans la foulĂ©e.William Parker et son groupe Ă la Knitting Factory Ă la fin des annĂ©es 90, durant une escale dâune nuit Ă NYC. Derek Bailey solo Ă la Fondation Cartier.
Mes albums de jazz préférés :
Journey into Satchidananda dâAlice Coltrane
Live at Birdland de John Coltrane
Eastern Sounds de Yusef Lateef
Africa Brass de John Coltrane
Thembi de Pharoah Sanders
Africa Skies de Phil Cohran
Up to the light de Jef Gilson
Sweet Earth flying de Marion Brown
Mwandishi de Herbie Hancock
Washington Suite de Lloyd McNeill
George Arvanitas trio in concert
Heart is a lotus de Michael Garrick
The beginning & a new birth de Worldâs Experience orchestra
Nidhamu / Cosmic Tones / When Sun Comes Out de Sun Ra.
Sun Ra, palmiers et pyramides
Le livre Sun Ra, palmier et pyramides est nĂ© dâune envie dâĂ©crire sur ce musicien. Je lâĂ©coute depuis mon adolescence. Je lâai alors dĂ©couvert en Ă©coutant du rock, et des groupes comme Spacemen 3 et Sonic Youth, ainsi que le MC5 et les Stooges. Ces quatre-lĂ , bien que de gĂ©nĂ©rations et pays diffĂ©rents, le citaient et il y avait une filiation entre Sun Ra, le MC5 et Spacemen 3. En tout cas, câest ainsi que cela mâapparaissait et je me suis mis Ă chercher ses disques. A lâĂ©poque, les annĂ©es 90, ceux-ci Ă©taient rares et difficiles Ă trouver. Surtout si lâon avait envie de tout Ă©couter. Ensuite, deux livres mâont aiguillĂ© : la discographie The Earthly Recordings, sortie dans les annĂ©es 90 puis rĂ©actualisĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 2000. Ensuite, la biographie de Sun Ra par John Szwed, qui me frustrait beaucoup. Remplie dâinfos, trĂšs documentĂ©e, elle nâinterrogeait pas tellement la musique mĂȘme ni la façon dont celle-ci sâĂ©tait dissĂ©minĂ©e Ă travers plusieurs genres.
Il y a aussi un autre fait, assez marquant pour moi. Jâai longtemps Ă©crit sur la musique, dans une presse plutĂŽt pop (Magic, Les Inrockuptibles). Partout, je lisais Sun Ra citĂ©. Aux Inrocks, les secrĂ©taires de rĂ©daction affirmaient mĂȘme que Sun Ra Ă©tait sans doute le musicien le plus citĂ© en rĂ©fĂ©rence dans les articles quâils corrigeaient. Pour autant, trĂšs peu de vrais papiers sur lui. Il Ă©tait une rĂ©fĂ©rence spectrale pour beaucoup, sans doute une façon de pointer une esthĂ©tique, entre jazz et expĂ©rimentation, pour ceux qui nâĂ©coutaient pas vraiment cela mais avaient trouvĂ© lĂ un symbole, peut-ĂȘtre un totem. Câest sans doute pour cela quâen quittant les Inrocks, jâai eu le besoin dâĂ©crire sur deux personnalitĂ©s trĂšs citĂ©es, mais jamais vraiment affrontĂ©es par la presse pop et rock, et que jâĂ©coutais beaucoup, que je collectionnais et avec les disques desquels jâavais passĂ© beaucoup de temps. LaMonte Young et Sun Ra.
PolaroĂŻds sonores
Sun Ra, ce sont des singularitĂ©s dâabord musicales et subjectives en ce qui me concerne. Jâaime le son de ses disques, son jeu de piano, sa façon trĂšs dĂ©complexĂ©e de sâemparer des synthĂ©tiseurs et dâen sortir des sonoritĂ©s acides. Cela dit, contrairement Ă beaucoup, je le trouve immensĂ©ment doux. Ses moments calmes sont splendides. Et puis je trouve sa singularitĂ© dans sa façon de se renouveler en permanence en laissant des Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs pĂ©nĂ©trer sa musique et la changer : la rĂ©verbĂ©ration accidentelle dans les disques new-yorkais du dĂ©but des annĂ©es 60, le Moog dans les annĂ©es 70, la disco, les boĂźtes Ă rythme et les guitares Ă©lectriques juste avant les annĂ©es 80, les instruments exotiques aussi sur un disque qui sâappelle Strange Strings. Je trouve aussi trĂšs intĂ©ressant le fait quâil considĂ©rait que son groupe Ă©tait avant tout un groupe de percussionnistes : je crois que sa modernitĂ© jamais dĂ©mentie tient beaucoup Ă cela. On peut toujours ramener ses morceaux Ă un squelette rythmique, une ligne de basse. Quelque chose dâhypnotique qui passe par la pulsion. Et câest ce qui permet lâexpĂ©rimentation, je crois.
Ensuite, ses singularitĂ©s sont aussi Ă regarder dâun point de vue Ă©conomique. Il sortait ses disques lui-mĂȘme, ce qui leur donnait un son trĂšs particulier, souvent lo-fi mais toujours empli dâurgence, dâinstantanĂ©itĂ©. Les disques Saturn, surtout Ă partir de la fin des annĂ©es 60, donnent lâimpression dâavoir captĂ© un moment qui commençait avant et se dĂ©roulait aprĂšs. Ce sont, je crois, des polaroĂŻds sonores. Et leur beautĂ© tient Ă cela, Ă cette fragilitĂ© quâils captent.
Les expĂ©rimentations de Sun Ra sont dâabord discographiques. De grands disques dâexpĂ©riences sonores, de recherches soniques et de limitĂ©s repoussĂ©es. Magic City, Atlantis, Strange Strings, Cosmic Tones For Mental Therapy, Disco 3000, etc. Elles se trouvent ensuite dans le mixage, souvent radical mais comme Ă©manant des nĂ©cessitĂ©s du moment. LâĂ©quilibre est prĂ©caire, et parfois lâimpression est forte dâentendre un groupe au loin et, dâun coup, un coup de piano, de synthĂ©, vient en premier plan tout bousculer et remettre de la perspective, de lâespace. Il y a aussi lâexpĂ©rience communautaire. Sun Ra faisait vivre un grand orchestre, contre lâĂ©conomie des Ă©poques quâil traverse et lâexpĂ©rience sociale est lĂ , dans ce groupe uni autour de lui, souvent de façon prĂ©caire.
Souvenirs de lâArkestra
Mes souvenirs de lâArkestra sont essentiellement liĂ©s Ă New York, la Knitting Factory et dâautres clubs. Des disques achetĂ©s aprĂšs les concerts, sur la scĂšne, sortis de cartons, vendus par les musiciens. Je me souviens de lâapparat, des costumes, je me souviens dâune interview avec Marshall Allen aprĂšs un concert, il y a plus de 20 ans. Mais je crois que pour moi, cette musique demeure plus belle sur disque que sur scĂšne. Parce que câest ainsi que jâai appris Ă lâĂ©couter sans doute. Mais jâaime la façon dont le vinyle rend compte de lâArkestra, avec une Ă©trange forme dâhumilitĂ© et un son qui nâa pas grand chose Ă voir avec le reste du genre, que ce soit dans le jazz ou ailleurs. Dâailleurs, je nâai jamais perçu Sun Ra comme issu dâune catĂ©gorie, mais plutĂŽt comme un explorateur, nĂ© dans le jazz, et qui y a mis tout ce quâil trouvait de moderne sur son chemin, Ă commencer par les magnĂ©tophones dĂšs les annĂ©es 1940/1950. Sâenregistrer soi-mĂȘme Ă©tait sans doute la meilleure idĂ©e quâil ait eu, qui rĂ©sume Ă la fois son avant-gardisme, son indĂ©pendance et aussi le fait que sa musique est avant tout destinĂ©e Ă lâenregistrement et quâil la pensait ainsi, prise dans un mĂ©dium.
Jazz & littérature
Jâai Ă©crit sur Sun Ra, mais je ne me risquerais pas Ă Ă©crire encore sur le jazz : câest trop prĂ©sent dans mes oreilles et lâĂ©crire ce serait mâen dĂ©barrasser â ce dont je nâai pas envie. La musique, le jazz a-t-il un impact, une influence sur mon Ă©criture.Peut-ĂȘtre le rythme. Mais je ne saurais le dire. Câest davantage la poĂ©sie et lâĂ©nergie des textes de quelques auteurs et critiques qui mâont marquĂ© : Leroi Jones / Amiri Baraka en tĂȘte. Oui, jâĂ©coute trĂšs souvent de la musique en Ă©crivant, parce que cela stimule lâĂ©criture, lâentraĂźne. MĂȘme si parfois le silence sâimpose aussi.
La relation entre jazz et littĂ©rature se forge dans la lĂ©gende, le croisement des mythes et des mythologies. Ă part cela, je ne sais pas trop. Jâaime bien quand un roman capte son Ă©poque Ă travers la musique. Je pense notamment Ă Manchette qui, dans La position du tireur couchĂ©, cite un morceau de free jazz, un morceau de Marion Brown je crois. La citation seule, le fait que les personnages Ă©coutent, suffit Ă dire ce quâils ressentent et la tension qui les habite. Câest peut-ĂȘtre cela qui tient tout, jazz, musique, littĂ©rature : la tension.
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NĂ© en 1914 dans lâAlabama, Sonny Blount va faire passer la musique dans dâautres sphĂšres, fondant son Arkestra pour divulguer une idĂ©ologie Ă©gypto-galactique en remĂšde Ă la sĂ©grĂ©gation. Du jazz classique au free, avec une pensĂ©e musicale qui perdure. Inimitable Sun Ra, dĂ©taillĂ© ici par un Ghosn en forme. Space is the place !
Un livre dĂ©diĂ© Ă Sun Ra, cent ans aprĂšs la naissance de lâastre divin. PrĂ©curseur de la musique indĂ©pendante en prenant lui-mĂȘme en charge lâenregistrement et la commercialisation de ses albums avec son Label Saturn, lâartiste Ă lâesthĂ©tique exotique et futuriste fut le premier Ă incorporer des sonoritĂ©s Ă©lectroniques dans le jazz. Joseph Gohn, rĂ©dacteur en chef du mensuel culturel Obsession du Nouvel Observateur, auteur entre autre dâun Ăssai sur la vie nomade de la musique avec Musiques numĂ©riques, bidouilleur Ă©lectro Ă ses heures, dresse le portrait dâun artiste sans frontiĂšre musicale, en orbite entre la musique expĂ©rimentale et la pop, de lâavant-garde jazz au rock. Vingt et un an aprĂšs sa mort, il retrace lâimportante discographie de Herman Pool Blount, lâhomme qui se cachait derriĂšre lâhabit de pharaon, prĂ©chant une lumineuse philosophie cosmique (le passage des annĂ©es 60 oblige).
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âFais-moi oublier RĂ©tromaniaâ, aurait demandĂ© Simon Reynolds Ă François Gorin tout en sirotant un drĂŽle de thĂ© au dĂ©but dâun dialogue socratique imaginaire. Câest le dispositif fictionnel du dernier livre de Gorin, auteur et rock-critic français Ă©mĂ©rite, dĂ©sormais hĂ©bergĂ© chez TĂ©lĂ©rama : inviter dans son salon lâauteur du livre RĂ©tromania (ce gros pavĂ© dans la mare de la modernitĂ©, dont la thĂšse mĂ©lancolique Ă©tait de dĂ©montrer que le rock, câest fini pliĂ©, refroidi par les rééditions, les rĂ©formations, la nostalgie et le poids de lâhistoire) pour discuter de choses et dâautres.
Tout en restant intĂ©ressant, Gorin va dĂ©cevoir Reynolds : son livre, plus lĂ©ger quâun ballon de plage, ne fera pas du tout oublier RĂ©tromania. Câest au contraire une autre balade Ă rebours dans sa vie de rock-critic, de fan Ă©clectique de musique (de la pop au blues dâavant-guerre en passant pas les chanteuses de jazz ou le hop-hop), de collectionneur de disques et de type qui a toujours su poser les vraies questions drĂŽles (comme celle-ci : le rock Ă©tant antĂ©rieur au punk, comme le post-punk a-t-il pu prĂ©cĂ©der le post-rock?).
Pour la suite des vacances en RĂ©trmanie (ce pays imaginaire quâon visite tous les jours), on conseille deux autres livres publiĂ©s par Le mot et le reste (officiellement meilleur Ă©diteur français de textes sur la musique) :Sun Ra, Plamiers et pyramides de Joseph Ghosn (ex-_Inrocks_), et Musiques populaires brĂ©siliennes de David Rassent. Les deux livres, Ă©galement passionnĂ©s, proposent un point de vue (personnel pour le premier, plus historique pour le second) et une utile sĂ©lection discographique commentĂ©e. Sâils vont bien ensemble, et quâentre le jazzman cosmique Sun Ra et le contingent des BrĂ©siliens, il y a un mĂȘme goĂ»t pour lâaventure spatiotemporelle, le dĂ©chiffrage, lâinvention, lâavant-garde. RĂ©tromanie oui, mais au futur antĂ©rieur.
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LibĂ©ration consacre un dossier Ă Sun Ra et mentionne lâouvrage de Joseph Ghosn dans les lectures complĂ©mentaires.
Ă lâoccasion des 100 ans de Sun Ra, retour sur les racines de lâ afro-futurisme, mouvement ouvert Ă toutes les mĂ©tamorphoses.
Le 22 mai dernier, 13 artistes diffĂ©rents expliquaient la façon dont Sun Ra, dont on cĂ©lĂ©brait alors le centiĂšme anniversaire de la naissance, avait changĂ© leur vie sur le site anglais The Vinyl Factory. De Gerald Short (patron de Jazzman Records) Ă Eothen Alapatt (big boss de Now Again), en passant Mo Kolours, tous rendaient hommage Ă lâavant-gardisme et Ă lâĆuvre colossale du jazzman amĂ©ricain, dont il est impossible de tenir une comptabilitĂ© exacte tant il a multipliĂ© les projets et les identitĂ©s (on dĂ©nombre prĂšs de 180 LP et un peu plus de 1.000 compositions entre 1956 et 1992).
The Vinyl Factory nâest Ă©videmment pas le seul Ă sâĂȘtre penchĂ© sur le cas Sun Ra : que lâon songe aux diffĂ©rents dossiers parus dans les mĂ©dias (Les Inrocks, The Guardian, Tsugi, pour ne citer quâeux), aux albums-hommages (Supersonic Play Sun Ra, voire In The Orbit Of Ra Ă paraĂźtre le 22 septembre chez Strut Records) ou encore aux ouvrages dĂ©diĂ©s Ă sa carriĂšre (Prophetika par Charles Plymell, Now Dawn Of The Race Of Ra The Sun Art : Gold Light par Marcia Batiste). Et parmi cette longue litanie dâhommages, comment ne pas parler de Sun Ra : Palmiers Et Pyramides (Ă©d. Le mot et le reste) de Joseph Ghosn qui explique que, « chez Sun Ra, il y a Ă la fois un dĂ©sir dâailleurs, un fantasme cosmique mais aussi une propension Ă ne jamais vraiment oublier le rĂ©el et donc Ă se produire le plus rĂ©guliĂšrement possible sur scĂšne, Ă sortir, aussi, le plus de disques possible. »
Le musicien, dĂ©cĂ©dĂ© en mai 1993, voit toutefois plus loin et veut dâemblĂ©e afficher une pensĂ©e, affirmer une prise de position, cheminer diffĂ©remment au sein du monde de lâart. Câest pourquoi il sera lâun des premiers Ă produire en indĂ©pendance ses albums (Ă travers le label Saturn), Ă considĂ©rer les musiciens de son orchestre (lâArkestra) comme des « tone-scientists » et Ă expĂ©rimenter continuellement le jazz, que ce soit en lui donnant une orientation plus free, plus expĂ©rimentale ou tout simplement en le mĂ©langeant Ă dâautres univers, comme lorsquâil introduit le thĂšme de Batman en plein milieu de ses concerts. Une dĂ©marche singuliĂšre, que de nombreux artistes dâhorizons diffĂ©rents citent comme influence aujourdâhui, que ce soit Sonic Youth, Spacemen 3, Drexciya, Zombie Zombie ou encore Lady Gaga (en fin dâannĂ©e derniĂšre, celle-ci samplait maladroitement son â Rocket Number Nine â).
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Avec le musicien Sun Ra, vous entrez dans la quatriĂšme dimension. Si lâon en croit son propre tĂ©moignage, Sun Ra, nĂ© Herman Blount, en 1914, en Alabama, aurait Ă©tĂ© enlevĂ© par des extraterrestres, en 1936, qui lâauraient emmenĂ© sur Saturne pour lui assigner la mission de vaincre le chaos avec son art.
Et puis, il y a sa musique, issue des bocages du jazz de Fletcher Henderson, mais dĂ©territorialisĂ©e par lâĂ©gyptologie, la science-fiction ou lâusage de synthĂ©tiseurs primitifs comme le Moog monophonique.
Dans son livre, notre ami Joseph Ghosn livre une initiation passionnĂ©e Ă ce grand astronaute du son et de la texture qui sâemployait Ă fuir lâAmĂ©rique raciste dans le cosmos, Ă bord de son orchestre, lâArkestra, entre big band et big bang.
La premiĂšre partie de lâouvrage, une biographie Ă©rudite, contextualise lâesthĂ©tique de Sun Ra qui fut «digĂ©rĂ©e par la musique noire amĂ©ricaine apparentĂ©e Ă lâafro-futurisme», comme les groupes Parliament et Funkadelic.
La seconde partie est une passionnante discographie sĂ©lective, qui donne au lecteur la possibilitĂ© de se retrouver ou de se perdre dans une production polymorphe. Ćuvre labyrinthe, dont les deux portes, lâune de corne, lâautre dâivoire, sont lâalbum Lanquidity (entrĂ©e facile et funky) et lâalbum The Magic City (entrĂ©e occulte et dissonante).
Le Nouvel Observateur, en parallĂšle de sa chronique consacrĂ©e au livre, vous propose de dĂ©couvrir quelques bonnes feuilles de lâouvrage de Joseph Ghosn.
Jazz, extraterrestres et ségrégation raciale: la révolution selon Sun Ra
On célÚbre le centenaire du jazzman le plus cosmique de tous les temps. Et le plus politique.
Ce texte est extrait de Sun Ra. Palmiers et pyramides, lâexcellente biographie du jazzman que notre camarade Joseph Ghosn publie aux Ă©ditions Le mot et le reste.
LIENVERS LA CHRONIQUE DU LIVRE
Pilier du jazz avant-gardiste, Sun Ra fut lâun des plus remarquables musiciens du siĂšcle passĂ©. Son style pouvait englober aussi bien le swing que le free jazz, parfois dans un seul et mĂȘme morceau imprĂ©visibleâŠ
Cette annĂ©e, Sun Ra aurait eu cent ans. Vingt et un ans aprĂšs sa mort, son Ćuvre rayonne encore pour les dĂ©cennies Ă venir, Summertime vous propose dâembarquer ce soir pour un voyage intergalactique vers la constellation musicale de Sun Ra ⊠accrochez-vous Ă vos oreilles !
Je suis toujours fascinĂ© par les ĂȘtres qui, bien que seuls et isolĂ©s , arrivent Ă suivre toute leur vie leur direction, sans flĂ©chir ni faire de concessions. SUN RA est lâune de ces Ă©toiles filantes qui ont frĂŽlĂ© notre planĂšte sans changer de trajectoire.
NĂ© en 1914 dans lâAlabama, Herman Blount est un assidu des bibliothĂšques, des concerts et aussi dâune loge maçonnique noire, des francs maçons de couleur. Il est donc cultivĂ© et politiquement averti. Câest un timide, introverti et discret.
Ă 22 ans, Ă©tudiant, il fait une expĂ©rience extra sensorielle, il se voit transportĂ© sur Saturne oĂč on lui annonce son destin : faire de la musique pour sauver la terre du Chaos. A partir de ce jour il rĂ©pĂštera quotidiennement avec tous ceux qui passent dans son studio.
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AprĂšs une biographie sur le viking virtuose Moondog, les Ă©ditions Le mot et le reste publient Sun Ra, Palmiers et Pyramides. Passion et acharnement, câest ce quâil fallait pour sâattaquer Ă ce monstre cosmique du jazz protĂ©iforme. Joseph Ghosn, dĂ©jĂ auteur dâun ouvrage sur La Monte Young, nâa pas reculĂ© devant lâampleur de lâĆuvre de Sun Ra et signe un livre accessible sur lâun des artistes les plus complexes et plus prolifiques du 20Ăšme siĂšcle.
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