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Parution : 24/08/2017
ISBN : 9782360543908
768 pages (14,8 x 21 cm)

Substance

New Order vu de l'intérieur

Le troisiùme tome trùs attendu de l’autobiographie de Peter Hook, membre fondateur et bassiste de Joy Division et New Order, est enfin disponible.

traduit de l’anglais par Suzy Borello

Deux albums plĂ©biscitĂ©s et une tournĂ©e amĂ©ricaine Ă  venir, Joy Division allait exploser. Pourtant, Ă  la veille de leur dĂ©part, Ian Curtis, chanteur et parolier du groupe, se suicide. AprĂšs cette tragĂ©die, les membres restants retournent rapidement Ă  la musique et forment New Order. Leur son unique mĂ©langeant post-punk et nouvelles technologies ouvrit la porte Ă  l’explosion de la dance music des annĂ©es 1980 et fit d’eux l’une des formations les plus influentes de leur gĂ©nĂ©ration. MalgrĂ© son succĂšs, le groupe a toujours balancĂ© entre propositions visionnaires et inconstance, composant au quotidien avec les tensions internes. Comme pour ses prĂ©cĂ©dents ouvrages, Peter Hook raconte sans langue-de-bois et sans pincettes toute l’historicitĂ© du groupe, entre anecdotes dĂ©cadentes et dĂ©tails techniques, – incluant les set-lists et l’itinĂ©raire de chaque tournĂ©e – sans oublier les « instant geek » concernant chacun des instruments Ă©lectroniques qui participĂšrent Ă  forger leur son devenu iconique.

Revue de presse

Substance : New Order vu de l'intérieur Burn Burn your life 7 janvier 2018
Substance : New Order vu de l'intérieur Basile Farkas Rock & Folk novembre 2017
- Substance, New Order vu de l'intérieur Sophie Rosemont Rolling Stone novembre 2017
- Drîle d'ambiances chez New Order - Coup de cƓur Philippe Richard Ouest-France 28 novembre 2017
- Peter Hook, capitaine crochets Philippe Chassepot Le Temps 16 décembre 2017
- Interview - Rencontre avec Peter Hook, de l'ombre Ă  la lumiĂšre Michka Assayas France Inter // Very Good Trip 22 novembre 2017
- Substance, Inside New Order, une rare histoire du groupe racontée par Peter Hook Loïc François Sourdoreille 25 octobre 2017
- Interview - Peter Hook parle de New Order David Caillon France 5 // Entrée libre 8 octobre 2017
- Entretien avec Peter Hook - Manchester United Alex Mimikaki Magic sept.-oct. 2017
- Le livre du mois BenoĂźt Carretier Tsugi septembre 2017
- Substance Jean-Noël Bouet Dark Globe 14 septembre 2017
- Substance Thibaut Allemand Let's Motiv' septembre 2017
- Peter Hook - Substance Jean Thooris à découvrir absolument 30 août 2017

Substance : New Order vu de l'intérieur

Peu de musiciens, notamment de bassistes, peuvent se vanter d’avoir fait partie de deux groupes de rock cultissimes, Joy Division, New Order, d’avoir façonnĂ© le son de ces deux entitĂ©s, en proposant un jeu, un son qui fut et reste la colonne vertĂ©brale de toutes ces chansons produites pendant plus de vingt ans.

Peter Hook est de cette trempe.

Au travers de ces quelques 750 pages, nous dĂ©couvrons un regard acerbe, une mĂ©moire phĂ©nomĂ©nale, des anecdotes qui prĂȘtent Ă  rire, une passion Ă  jamais renouvelĂ©e pour la musique, teintĂ© d’une pudeur Ă©mouvante. Ces jours derniers sortait un live de New Order, le premier sans Peter


Peter Hook attaque ce livre Ă  partir de cet instant oĂč le groupe se retrouve privĂ© de l’essentiel : une direction artistique, une vision, une voix, une prĂ©sence, un charisme de chaque instant ou presque. Paradoxalement, les membres du groupe pour survivre, et aussi sous l’impulsion de leur manager Rob, fondent New Order en entamant un virage musical qui en surprendra plus d’un : la musique sera festive, joyeuse, synthĂ©tique, Ă©lectronique, dansante, gaie ? OĂč elle ne sera pas.

Aussi bizarre qu’il puisse y paraĂźtre, saisissant alors les opportunitĂ©s telles qu’elles apparaissent, le groupe, alors qu’il ne possĂšde que quelques compositions abouties, propose des sets ultra courts qui serviront surtout Ă  dĂ©clencher des bagarres dans tous les coins de la terre, Ă  l’instar de tout bon punk qui se respecte.

MalgrĂ© cela, le groupe avance, contre tout, contre lui mĂȘme, les premiers albums s’enchainent comme par magie, juste avant que les soucis inhĂ©rents Ă  tout music business, ne fassent leur apparition. La premiĂšre et non la moindre Ă©tant d’ouvrir un club, l’Hacienda, faisant office de label, ce qui sur le papier, pouvait servir les intĂ©rĂȘts du groupe, servira surtout ceux de personnes soucieuses de leurs propres poches. Alors que le succĂšs grandissant va gĂ©nĂ©rer des sommes astronomiques, qui seront automatiquement rĂ©investies ou dĂ©tournĂ©es dans ce club, qui au fil des annĂ©es, malgrĂ© l’excellente rĂ©putation du label, ne sera qu’arnaque Ă©hontĂ©e, imbĂ©cilitĂ© et jeunesse mal digĂ©rĂ©e. C’est Ă  peine si, comme tout groupe de rock Ă  succĂšs qui se respecte, nous parlerons de la rĂ©partition des droits entre musiciens, droits mĂ©caniques ou droits d’auteur qui relĂšvent de la mĂȘme gageure, aussi farfelue que conflictuelle.

Evidemment, les membres tombent peu Ă  peu dans le grand barnum du rock’ n roll, Ă  savoir les filles, la came, les montagnes de came, partout, tout le temps que Peter Hook n’est pas d’ailleurs le dernier Ă  s’envoyer. Les tensions au fil des ans, s’accentuent, les non-dits s’accumulent notamment entre Barney le frontman, compositeur, dont la quĂȘte irrĂ©elle de sons Ă©lectroniques pousse Ă  vouloir tout contrĂŽler.
Les hommes comme les machines.

Dans ce chaos que rien ne semble pouvoir stopper, le bassiste Ă  l’éthique inoxydable, livre annĂ©e aprĂšs annĂ©e un combat dantesque afin que son instrument de prĂ©dilection reste l’ossature organique de chaque morceau que compose, joue, dĂ©fend le groupe. Les annĂ©es passent, les projets parallĂšles se succĂšdent pour les uns et les autres, les reformations aussi, les espoirs autant que les dĂ©sillusions s’enchainent jusqu’à ce jour fatidique de 2007 oĂč le gĂ©nial bassiste part dĂ©finitivement.
Vivre enfin.

Mais au delĂ  de ce que nous connaissons dĂ©jĂ  de ce genre de livres, l’auteur rĂ©ussit Ă  apposer sa patte, notamment en fournissant une multitude de dĂ©tails sur ces dĂ©cades qu’un gĂ©nĂ©alogiste ne renierait pas. Mais surtout il ne se dĂ©partit jamais de son humour anglais, de ce ton acerbe et pourtant clinquant dont la justesse nous saisit. Loin des pleurnicheries, il reste Ă©gal Ă  lui-mĂȘme, ne cachant rien de ses frasques, ni de ses Ă©checs, ou de ses angoisses.

Ainsi c’est avec un mĂ©lange habile de bollocks et de sĂ©rĂ©nitĂ© retrouvĂ©e, qu’il Ă©voque ses dĂ©boires amoureux, son alcoolisme, ses addictions, qu’il aborde le temps qui passe, les proches qui disparaissent tandis que les procĂšs continuent de pleuvoir avec ce groupe qui l’a vu grandir et s’envoler. Qui d’autre que Peter Hook pouvait finir ce livre par une page pleine de remerciements dont les derniers mots sont ceux-ci : « Merci Ă  Rebecca, Keth, Kevin
 tous les autres peuvent aller se faire foutre ».

Punk un jour

texte

Burn
Burn your life 7 janvier 2018

Substance : New Order vu de l'intérieur

Le bassiste publie un troisiÚme volume autobiographique, croustillant, détaillé et consacré à ses 31 années passées avec New Order.

Jovial, sans chichi, Peter Book est Ă  Paris pour pratiquer cette activitĂ© qu’il adore : raconter sa vie. Le Mancunien sort ici le troisiĂšme tome de ses mĂ©moires, un pavĂ© de 700 pages consacrĂ© aux annĂ©es New Order. Le premier racontait la chaotique histoire de l’Haçienda, boĂźte de nuit montĂ©e par Tony Wilson, patron fou du label Factory et dans laquelle New Order· avait des parts. Le deuxiĂšme, fabuleux, remontait encore plus loin, aux annĂ©es Joy Division. OĂč l’on dĂ©couvrait, Ă  l’opposĂ© du film noir et blanc d’Anton Corbijn, que la bande d’lan Curtis Ă©tait aussi une clique de lads plutĂŽt rigolards.
Le plus lourd restait Ă  narrer : l’histoire du groupe fondĂ© par trois membres de Joy Division dans la torpeur qui suivit le suicide de Curtis. Avec Bernard Sumner, Stephen Morris et Gillian Gilbert (qui arrive au bout de quelques mois), New Order a dĂ©frichĂ© les annĂ©es 80, s’est Ă©loignĂ© du rock sans jamais vraiment l’abandonner pour aborder des rivages synthĂ©tiques qui firent fureur. Avant la prĂ©visible descente, les mesquineries humaines et les embrouilles juridiques, racontĂ©es avec force dĂ©tails dans l’ouvrage, par le lĂ©gendaire bassiste, clean depuis quelques annĂ©es et qui joue dĂ©sormais du New Order et du Joy Division avec son nouveau groupe, The Light.

ROCK&FOLK : Les livres sur l’Haçienda et Joy Division Ă©taient dĂ©jĂ  consĂ©quents. Celui-ci raconte trois dĂ©cennies de votre vie et l’est encore plus

Peter Hook: Ce qui est intĂ©ressant avec ce livre c’est que si j’étais encore dans New Order, je ne l’aurais pas Ă©crit. C’est le genre de livre qu’on Ă©crit aprĂšs une rupture. Puisque les choses se sont trĂšs mal terminĂ©es je pensais me plonger dans des souvenirs dĂ©sagrĂ©ables, comme quelqu’un qui ne voit plus que les mauvais aspects d’un couple aprĂšs un divorce. En fait je me suis replongĂ© dans des souvenirs trĂšs agrĂ©ables. Ceux d’un groupe qui en dĂ©marrant de rien, a surpassĂ© Joy Division et obtenu un succĂšs Ă©norme. Au dĂ©part je pensais que l’écriture serait trĂšs rapide. Avec Andrew Holmes, le co-auteur du livre, il nous a fallu trois ans pour arriver au bout. Pendant ce travail, j’ai compris Ă  quel point New Order incarnait les annĂ©es 80. Nous avons commencĂ© en mai 1980 et notre Ăąge d’or, la pĂ©riode Factory, s’est terminĂ© en 1990 avec la chanson pour la Coupe du monde, “World In Motion”. Notre retour dans les annĂ©es 90 a Ă©galement Ă©tĂ© une rĂ©ussite, nous nous sommes rĂ©unis pour les bonnes raisons. Malheureusement la deuxiĂšme lune de miel n’a pas durĂ© aussi longtemps que la premiĂšre. J’ai compris que je voulais faire du rock et les autres voulaient ĂȘtre complĂštement Ă©lectroniques. C’était cette tension qui rendait le groupe unique. Nous n’avions pas beaucoup de talent, mais nous avons essayĂ© de changer le monde. Notre bizarrerie nous a servi. Les gens se souviennent de Joy Division, de Factory Records, de I’Haçienda ou de New Order pour cette raison. C’était formidable d’ĂȘtre bizarre, de ne pas jouer le jeu. Au dĂ©but, nous avons mĂȘme tout fait pour ne pas avoir de succĂšs. Nous ne mettions pas les singles sur les albums, nous ne faisions pas de promotion, pas de produits dĂ©rivĂ©s. Nous Ă©tions arty et cela nous semblait trĂšs cool. Aujourd’hui tout le monde semble prĂȘt Ă  tout pour avoir un peu de succĂšs, y compris moi. Parce que j’aime ça et que j’ai compris la chance que j’avais de pouvoir continuer Ă  gagner ma vie en faisant quelque chose qui me plaisait. J’ai jouĂ© Ă  Birmingham hier, Ă  un festival, j’ai jouĂ© du New Order et du Joy Division avec mon groupe et j’ai pris un plaisir pas possible, puis j’ai pris l’avion pour venir Ă  Paris parler de mon livre. J’apprĂ©cie ma chance.

R&F : Vous expliquez trĂšs bien Ă  quel point New Order· est le fruit d’accidents: le groupe naĂźt du vide laissĂ© par Ian Curtis, tĂątonne et dĂ©veloppe son identitĂ© par hasard en dĂ©couvrant les synthĂ©tiseurs et les boĂźtes Ă  rythmes.
Peter Hook : Nous avons utilisĂ© des sĂ©quenceurs et des synthĂ©tiseurs avant les autres. Nous avons croisĂ© le rock et la dance. Ă  notre sauce indie. Nous passions un temps fou Ă  essayer de comprendre comment fonctionnaient des machines dont personne ne savait se servir. Nous avons pourtant rĂ©ussi Ă  faire de sacrĂ©es choses avec : “Temptation”, “Everything’s Gone Green”, “Hurt”
 Nous enregistrions encore en analogique, ce qui veut dire qu’il Ă©tait impossible de corriger les erreurs). Les ordinateurs permettent de tout corriger aujourd’hui, c’est un puits sans fond, dans lequel Barney est tombĂ©. Une fois que la prise Ă©tait faite sur bande, on ne pouvait plus revenir en arriĂšre. Ça a permis des erreurs magnifiques, uniques. “Blue Monday’‘ est remplie d’erreurs, et c’est pour ça qu’elle est si fantastique.

R&F: Vous étiez le punk du groupe, sa pulsation humaine ?
Peter Hook : Regardez mes bras, j’en ai un plus long que l’autre Ă  cause de la basse, mon cou et mon dos sont ruinĂ©s. J’ai beaucoup souffert, j’ai tout endurĂ©, sans parler des maladies sexuelles. Mais ça valait le coup. J’ai enrichi une personne : mon chiropracteur. Je le frĂ©quente depuis 1993 et je peux vous dire qu’il a eu du boulot.

R&F : On a rarement vu un livre aussi dĂ©taillĂ©, prĂ©cis. Tout est racontĂ© avec prĂ©cision, le matĂ©riel sur· lequel vous jouiez, les drogues, les maladies sexuelles

Peter· Hook : Je lis beaucoup de biographies. Certaines sont nulles, certaines gĂ©niales. Je viens de finir celle de Steve Jones, formidable. LĂ  je lis celle de Bruce Springsteen. Celle de John Lydon Ă©tait correcte, celle de Viv Albertine intĂ©ressante, celle de Billy Idol abominable. Ce que je remarque en lisant ces livres, c’est qu’aucun musicien ne dit sur quel matĂ©riel il jouait, ni comment il Ă©crivait ses chansons. Ce manque de dĂ©tails me chiffonne. Bernard est un musicien fantastique, trĂšs intĂ©ressant, mais dans son livre il n’explique absolument pas comment il a Ă©crit toutes ces chansons, c’est trĂšs frustrant. C’était une personne abominable Ă  frĂ©quenter en studio, mais j’aimerais tellement savoir comment il Ă©crivait tous ces morceaux. Autre chose : j’adore les listes, alors j’ai voulu mettre des listes dans le livre. Jai Ă©crit le livre que j’aurais voulu lire. C’est vrai que je raconte beaucoup de choses. Je voulais Ă  la fois raconter les histoires de drogues, de filles, mais aussi raconter que nous Ă©tions un groupe qui bossait dur en studio. Nous n’avons pas toujours Ă©tĂ© trĂšs bons techniquement, mais nous avons Ă©crit de bonnes choses. Bien jouer est quelque chose qui s’apprend, Ă©crire de bonnes chansons ne s’apprend pas. Sachez qu’avant la publication en Angleterre, des avocats ont relu le livre pour des questions lĂ©gales. Les meilleures histoires, les trucs les plus salaces ont dĂ» ĂȘtre enlevĂ©s. Soit, Ă  peu prĂšs un tiers du manuscrit original, un vrai crĂšve-cƓur.

R&F : Et l’on dĂ©couvre que New Order menait une vie de dĂ©bauche hallucinante.
Peter· Hook : Nous nous amusions bien. Nous Ă©tions tĂ©mĂ©raires. Les apparences sont trompeuses. Je pense Ă  cette fois oĂč nous avons jouĂ© avec The Birthday Party. Nous pensions avoir affaire Ă  des gothiques sauvages qui mangent des chauve-souris, nous avons rencontrĂ© des gens trĂšs calmes qui jouaient aux Ă©checs dans leur loge. Eux pensaient rencontrer des Ă©tudiants sages, i1s ont vu des barbares droguĂ©s. Nous pouvions faire n’importe quoi mais, heureusement, nous faisions de la bonne musique. J’étais dans un groupe je me sentais autorisĂ© Ă  tout faire. Si le News Of The World, me topait en train de prendre de la drogue ou avec des prostituĂ©es, ça ne me posait pas le moindre problĂšme. J’avais ce badge qui me protĂ©geait, j’étais dans un groupe.

R&F : Quand les gens s’arrĂȘtent de boire, ils font souvent acte de contrition. Vous ne semblez absolument pas dans cette dĂ©marche.
Peter Hook : C’était une pĂ©riode folle. Je ne regrette rien. Jai eu de la chance. J’ai terminĂ© en dĂ©sintoxication. J’étais au fond du trou. Je n’aurais pas pu continuer plus longtemps comme ça. J’ai adorĂ© la dĂ©sintoxication. J’y ai croisĂ© des tas de gens trĂšs marrants. Je me suis bien amusĂ©. En revanche le retour au monde rĂ©el n’a pas Ă©tĂ© facile.

R&F : C’est Ă  cette Ă©poque que les autres vous virent.
Peter Hook: Quand New Order m’a renvoyĂ© en 2011, les autres m’ont dit des choses terribles qui m’ont donnĂ© envie d’écrire le livre. Je comprends qu’ils m’aient virĂ©. Je ne comprendrai jamais pourquoi ils l’ont fait dans mon dos, sans me dire quoi que ce soit en face. Je n’aurais jamais agi comme ça.

R&F : Joy Division et l’Haçienda sont des histoires terminĂ©es, bouclĂ©es. Celle de New Order semble encore une plaie ouverte.
Peter Hook : Parce que nous sommes encore en train de batailler au tribunal. Je n’y peux rien. J’aimerais croiser Bernard par hasard un jour dans la rue et me rĂ©concilier. Mais c’est impossible. Nous nous haĂŻssons. Il a probablement envie de me tuer. Ce qui est trĂšs triste, puisque nous nous sommes frĂ©quentĂ©s pendant 31 ans. Notre passĂ© est pourtant inextricable. Chaque fois qu’ils jouent des vieux morceaux, je suis quelque part impliquĂ© : mĂȘme chose de mon cĂŽtĂ©. Les chansons sont comme des enfants aprĂšs un divorce, tiraillĂ©es entre leurs parents.

Ego, argent, histoires légales
R&F : Savez-vous si le livre a engendré des réactions chez les autres membres du groupe ?
Peter Hook : Je sais que Gillian a Ă©tĂ© trĂšs mĂ©contente. Mais elle ne m’a pas poursuivi en justice. Elle n’a qu’à Ă©crire un livre si elle veut donner sa version. Mon livre est beaucoup plus libre que celui de Bernard. Je n’étais plus dans le groupe je n’avais plus Ă  me soucier de qui j’allais vexer. Bernard a dĂ» ĂȘtre beaucoup plus prudent dans le sien, difficile pour lui de dire du mal des gens qu’il voit encore aux rĂ©pĂ©titions.

R&F : Vous semblez pourtant heureux.
Peter Hook : Je suis un optimiste, je vois le verre Ă  moitiĂ© plein. Quand j’ai commencĂ© le livre je suis allĂ© sur Google pour voir pourquoi les groupes se sont sĂ©parĂ©s : la raison est toujours un mĂ©lange d’ego, d’argent et d’histoires lĂ©gales. Les groupes se sont toujours fait avoir. C’est comme ça


Familles dĂ©composĂ©es L’opinion de Peter Hook sur deux autres gĂ©ants mancuniens douloureusement sĂ©parĂ©s : “Les Smiths ont Ă©tĂ© dĂ©truits et ne reviendront jamais Ă  cause d’un problĂšme juridique. Ils avaient le mĂȘme avocat que New Order. C’est le mĂȘme type. Il a dĂ©truit les plus grands groupes de Manchester. Je ne lui pardonnerai jamais. Quant Ă  Liam et Noel
 Liam a un problĂšme, c’est Noel qui a Ă©crit toutes les chansons. Il lui sera toujours redevable pour ça. Tant que Noel n’admettra pas que la performance de Liam Ă©tait Ă©galement importante, rien ne se rĂ©soudra. J’ai lu dans le journal que la fille de Noel s’en prenait publiquement au fils de Liam. Si on en arrive Ă  ce genre d’engueulade, si toute la famille s’en mĂȘle, Oasis ne se rĂ©unira jamais. Au moins les Stone Roses se sont reformĂ© et ont vĂ©cu une conclusion un peu plus heureuse et bien payĂ©e. J’étais ravi pour Mani et Reni, ils mĂ©ritaient cette reconnaissance.”

Basile Farkas
Rock & Folk novembre 2017

- Substance, New Order vu de l'intérieur

Bien qu’aujourd’hui Ă©cartĂ© de New Order, Peter Hook remet les pendules Ă  l’heure avec les mĂ©moires-fleuves consacrĂ©s au cultissime groupe mancunien.

Quand elles n’ont pas abouti Ă  la sĂ©paration de New Order, les tensions entre Bernard Sumner et Peter Hook ont nourri la beautĂ© de leur musique. Mais depuis 2007, Hooky n’est plus le bassiste officiel du groupe. Il a Ă©galement attaquĂ© les trois autres membres pour l’avoir “exclu financiĂšrement du capital et de l’hĂ©ritage” de New Order. Si l’affaire semble avoir Ă©tĂ© rĂ©glĂ©e tout rĂ©cemment, Hook en aura au moins tirĂ© Substance, New Order vu de l’intĂ©rieur, dernier volet d’une trilogie autobiographico-musicale absolument passionnante. Interview sur le pourquoi du comment de ces confessions (trĂšs) intimes.

Pourquoi vous ĂȘtes-vous lancĂ© dans l’écriture de ces trois pavĂ©s ?
P. H. : Ça faisait des annĂ©es que mes amis me rĂ©pĂ©taient que j’étais stupide de raconter mes histoires gratuitement, quand j’étais bourrĂ©, alors que je pouvais me faire payer pour ça. RĂ©flexion faite, ils avaient raison. Et ce qui m’a dĂ©cidĂ©, c’est que New Order a voulu se reconstituer sans moi, d’une façon absolument dĂ©gueulasse. Alors j’ai dĂ©cidĂ© de livrer l’histoire sans tabous. J’ai rĂ©ussi Ă  ne pas trop Ă©couter ma colĂšre et Ă  ĂȘtre honnĂȘte : ce groupe a beaucoup accompli, malgrĂ© les adversitĂ©s. Nous sommes partis de rien et nous avons tout raflĂ©. Finalement, Ă©crire m’a permis de me souvenir de tous les bons moments de New Order et, hĂ©las, de toutes mes bourdes, tant sociales que familiales. Musicalement, j’ai toujours Ă©tĂ© droit dans mes bottes.

Comment vos enfants ont-ils réagi à la lecture du livre ?
P. H. : S’ils se lancent lĂ -dedans, ils comprendront que je suis passĂ© par de mauvais moments, que j’ai payĂ© le prix fort pour mes erreurs. Mes enfants ne tiennent absolument pas de moi : ils ont la tĂȘte sur les Ă©paules. J’ai dĂ» servir de vaccin contre les conneries ! Mon fils Jack a 28 ans et je ne l’ai vu ivre qu’une seule fois !

En vous lisant, la mort de lan Curtis, chanteur de Joy Division, semble ĂȘtre un sujet trĂšs douloureux.
P.H. : Depuis sa mort, il ne passe pas une seule journĂ©e sans que j’y pense. C’est lui qui a créé Joy Division, qui aurait dĂ» rĂ©colter les fruits de son labeur et de son talent. Aujourd’hui, il devrait ĂȘtre avec sa fille en train d’admirer les levers de soleil. Natalie est d’ailleurs une jeune femme charmante, une excellente photographe, trĂšs timide et toujours un peu triste. Son suicide reste ancrĂ© en moi. J’ai d’autres amis qui ont fini par se tuer, et j’avoue ne pas bien saisir pourquoi ils ont pensĂ© rĂ©soudre leurs problĂšmes de cette maniĂšre.

Quelle est votre vision du rock d’aujourd’hui ?
P.H. : Bon sang, je dĂ©testerais ĂȘtre dans un groupe. Dans les annĂ©es 80, l’industrie Ă©tait encore concentrĂ©e sur le disque, on en vendait Ă©normĂ©ment. Le passage de l’analogique au digital a dĂ©placĂ© les luttes de pouvoir, et influe aussi sur le travail en studio. Avant, on enregistrait et on mixait en un temps record, mais avec les ordinateurs, on peut continuer indĂ©finiment
 Enfin, sur scĂšne, ce n’est plus pareil. Je ne peux pas compter le nombre de fois oĂč on s’est engueulĂ© avec des gens du public, qu’on s’est battus comme des chiffonniers. DĂ©sormais, les concerts Ă©tant le moyen le plus sĂ»r de faire rentrer l’argent dans les caisses, il faut rester un minimum bien Ă©levĂ© en public
 C’est d’un ennui !

Votre plus beau souvenir au sein de New Order ?
P.H. : Quand on a rempli le Hollywood Bowl, quelle fiertĂ© ! Le problĂšme, c’est que ces moments exaltants peuvent aussi dĂ©truire les relations humaines. MĂȘme si, dans l’ensemble, nous avons eu une chance folle. D’abord d’avoir un public prĂȘt Ă  Ă©couter ce qu’on lui proposait, y compris un morceau comme “Blue Monday”, pur geste de rĂ©bellion de punks de 24 ans. Ensuite d’ĂȘtre gĂ©rĂ©s par notre manager, Rob Gretton, et un patron de label (Tony Wilson, ndlr) aussi fous que nous. Le souci, c’est qu’ils Ă©taient nuls en affaires et qu’on a commencĂ© Ă  sombrer dans les embrouilles quand eux ont dĂ©raillĂ©, Ă  cause de la drogue ou de la dĂ©pression.

Savez-vous si Bernard, Steve et Gillian ont lu votre livre ?
P.H. : Si oui, je pense qu’ils ne le diront pas, ça doit faire partie des questions interdites lors des interviews ! En revanche, j’ai lu celui de Barney, oĂč il passe son temps Ă  me traiter de parasite. Super constructif. New Order Ă©tait un groupe exceptionnel, mais notre histoire ressemble Ă  un mauvais divorce


Sophie Rosemont
Rolling Stone novembre 2017

- Drîle d'ambiances chez New Order - Coup de cƓur

Les mĂ©lodies de la basse de Peter Hook Ă©taient au cƓur du son de Joy Division, puis New Order. Jusqu’à ce que le chanteur-guitariste Bernard Sumner, son meilleur ennemi, l’écarte peu Ă  peu.
Le sexagĂ©naire de Manchester ne fait plus partie de Ne Order depuis dix ans et exorcise cette blessure dans les 761 pages de Substance. Pitoyable? Jamais. On retrouve l’humour ravageur et l’esprit terre Ă  terre qui ont fait de ses livres prĂ©cĂ©dents de jubilatoires tĂ©moignages.
Dans Joy Division vu de l’intĂ©rieur, Hook expurgeait de tout romantisme noir la courte saga du plus culte des groupes. Dans L’Haçienda, la meilleur façon de couler un club, il nous rĂ©galait de l’histoire dingue de ce night-club lĂ©gendaire. Substance, New Order vu de l’intĂ©rieur valait trente-sept ans de carriĂšre, en ne cachant rien des faiblesses des autres et de son auteur. Pour compenser la subjectivitĂ© assumĂ©e de ce sacrĂ© conteur, des “chronologies” rigoureuses s’intercalent entre les chapitres


Philippe Richard
Ouest-France 28 novembre 2017

- Peter Hook, capitaine crochets

Le lĂ©gendaire bassiste de New Order publie Substance, pavĂ© de 700 pages qui raconte l’intĂ©rieur du groupe le plus dansant de l’histoire. Un Ă©clairage essentiel avec coups bas, foule d’anecdotes et du rire en barre Ă  chaque page.

◗ New Order est un miracle qui n’aurait jamais dĂ» exister. Parce qu’impossible, a priori, de survivre Ă  la fin de Joy Division, ses deux albums post-punk habitĂ©s par une basse nerveuse et la prĂ©sence mystique de son chanteur. Ian Curtis, sa poĂ©sie, ses danses dĂ©sarticulĂ©es Ă  contretemps, ses crises d’épilepsie, aussi, si terrifiantes qu’elles finirent par le pousser au suicide le 18 mai 1980. Et pourtant, les trois autres membres du groupe allaient poursuivre leur route en changeant tout ou presque. Le nom, la voix, et mĂȘme le style, pour pondre cinq albums dance-rock parfaits entre 1981 et 1989.

ÉNERGIE DE LA JEUNESSE
NĂ©s sur des cendres qu’ils n’ont jamais vraiment pris soin de balayer, les New Order auraient mĂȘme pu devenir des monstres de stades. On veut dire : le plus grand groupe du monde, «plus cĂ©lĂšbres que ces connards d’Irlandais», selon le bon mot de leur manageur Rob Gretton, en rĂ©fĂ©rence Ă  U2. GrĂące Ă  leur inimitable mĂ©lange d’électronique et de rock, donc, mais aussi un sens de la mĂ©lodie imparable, avec comme Ă©tendard «Blue Monday» (1983), le maxi 45 tours le plus vendu de l’histoire. Ne plus pouvoir exister, puis devenir immense: une contradiction, une de plus, de celles qui ont fait l’histoire d’un groupe dĂ©chirĂ© par un «je t’aime moi non plus» permanent entre ses deux leaders. D’un cĂŽtĂ©, le chanteur Bernard Sumner, de l’autre, le bassiste Peter Hook, qui lĂąche toute sa vĂ©ritĂ© – et pas mal de sa rancƓur – dans un rĂ©jouissant pavĂ©. Grand lecteur de biographies, «Hooky» se dit souvent frustrĂ© par ce qu’il y trouve : «J’espĂšre toujours tomber sur plein de dĂ©tails et d’anecdotes, mais c’est rarement le cas. Mon livre, c’est d’abord celui que j’aurais eu envie de lire.» Il y Ă©crit comme il parle, pour un rythme impeccable habillĂ© d’une mauvaise foi totalement assumĂ©e. Il n’y Ă©pargne personne, surtout pas luimĂȘme, trĂšs conscient de son cĂŽtĂ© brut, parfois un peu scato, Ă  se traiter de plouc ou de «blaireau de Salford» – la banlieue populaire de Manchester, surnommĂ©e Dirty Old. Town. On rit Ă©normĂ©ment, on insiste, et on aurait pu mĂȘme rire davantage : la premiĂšre version pointait Ă  1200 pages, pour finalement s’échouer Ă  un peu plus de 750. Comment fait-on pour couper autant, d’ailleurs? «Facile, on donne le manuscrit aux avocats avant publication, et Ă  chaque «ouch!», on enlĂšve des passages pour Ă©viter les soucis juridiques.»

MONSTRE DE TRAVAIL
C’est ce qu’il racontait mi-septembre, Ă  Paris. Venu dĂ©fendre sa prose, Peter Hook se la jouait cabotin juste comme il faut, avec ses petites postures et sa voix de vieil aristo londonien. Sans nier la grande importance de son travail de mĂ©moire : «Ce bouquin m’a servi de thĂ©rapie. J’avais fini par penser que New Order, c’était de la merde, surtout vu comment ça s’est terrminĂ©. Mais en fait, quelle extraordinaire rĂ©ussite! On a carrĂ©ment inventĂ© un genre de musique.» Beau joueur, il se donne le mauvais rĂŽle dans cette affaire : «Moi, j’étais le vieux dinosaure qui voulait juste jouer. Les autres Ă©taient obsĂ©dĂ©s par le matĂ©riel, obstinĂ©s dans leurs recherches, et ils ont rĂ©ussi Ă  crĂ©er ce son. La leçon de tout ça, c’est que rien ne vaut la stupiditĂ© de la jeunesse. On croit encore qu’on peut changer le monde Ă  20 ans. Aujourd’hui, Ă  plus de 60 ans, je sais bien que ce n’est pas possible. Mais l’énergie et l’ignorance de la jeunesse ont provoquĂ© ça.» Peter Hook ne censure rien. Sa consommation de drogues et d’alcool, ses attitudes irresponsables, Ă  se demander comment il a pu tenir aussi longtemps – et comment les autres ont rĂ©ussi Ă  le supporter. Il rappelle aussi qu’au-delĂ  des clichĂ©s rock’n’roll, New Order Ă©tait un monstre de travail, de recherche et d’obstination. Un groupe d’une authenticitĂ© totale, refusant tous les play-back des tĂ©lĂ©s pour mieux jouer en live. Le risque : massacrer certaines versions et passer pour des baltringues, quand les rĂ©glages Ă©taient pourris ou leurs arrivĂ©es tardives et Ă©mĂ©chĂ©es – une constante dans l’ouvrage. La rĂ©compense : pondre parfois des chefs-d’Ɠuvre d’énergie en une prise et toiser les autres groupes vedettes de l’époque, tels U2, Depeche Mode ou Orchestral Manoeuvres In The Dark, gĂȘnĂ©s devant le courage des Mancuniens alors qu’eux se contentaient de se trĂ©mousser sur des bandes enregistrĂ©es. «Pourquoi? Parce qu’on Ă©tait cinglĂ©s. Non, correction : parce qu’on tenait Ă  rester fidĂšles Ă  nous-mĂȘmes.» Le fil rouge de l’ouvrage reste bien sĂ»r sa relation compliquĂ©e avec Bernard Sumner. Amis d’enfance, les deux hommes ont fini par se dĂ©tester avec les annĂ©es. «Son mode de survie, c’est d’ĂȘtre centrĂ© sur lui-mĂȘme. A bord du Titanic, il aurait portĂ© une robe et n’aurait pas hĂ©sitĂ© Ă  te piĂ©tiner pour pouvoir s’enfuir sur un bateau de secours», jure Peter Hook. Qui reconnaĂźt, sans se forcer, le rĂŽle de leader dans la composition des chansons et le courage qu’il a fallu Ă  son camarade pour chanter aprĂšs Ian Curtis. Ses coups de griffe, parfois vachards, transpirent tous une forme de tendresse. De fait, les forces de l’invisible resteront probablement plus fortes que tout : «On est ensemble pour toujours, et on le restera aprĂšs notre mort. J’ai jouĂ© Ă  Birmingham l’autre soir, il Ă©tait avec moi. Et je suis sĂ»r que je suis avec lui quand il joue quelque part.» Il se montre en revanche nettement moins doux avec Gillian Gilbert (clavier), rĂ©guliĂšrement ramenĂ©e Ă  son statut de (mĂ©diocre) instrumentiste sans aucune influence sur les compositions, sinon les fausses notes sur scĂšne.

PÉCHÉS À EXPIER
Toujours Ă  Paris, Peter Hook naviguait entre tristesse et espoir. Lui jurait avoir Ă©tĂ© virĂ© du groupe, quand ses camarades estimaient qu’il Ă©tait parti de lui-mĂȘme. «Etre exclu, c’est l’un des pires sentiments qui soient. Souvenez-vous quand ça vous arrivait dans les bacs Ă  sable
 Et bien, on dirait que les groupes ne sortent jamais des bacs Ă  sable. On n’a plus aucune relation aujourd’hui, peut-ĂȘtre qu’on est tous en train d’attendre un signe de l’autre.» Le signe, minuscule, est venu le 20 septembre, avec l’annonce d’un accord officiel entre Peter Hook et les autres membres de New Order. Le procĂšs en cours, bĂąti sur de sombres histoires de droits d’auteur et de merchandising, est enfin terminĂ©. Sans regrets apparents : «On Ă©tait tous tellement cons que mĂȘme si c’était Ă  refaire, on ne changerait probablement rien.» Aujourd’hui aminci, totalement sobre depuis plus de dix ans, Peter Hook passe son temps en salle de musculation pour soulager un dos massacrĂ© par son jeu de basse si particulier. La fin de son ouvrage ressemble d’ailleurs Ă  une confession choc sur son alcoolisme et ses autres addictions. Il rĂ©pĂšte, encore et encore, Ă  quel point il a pu se comporter comme un «gros con». Il lui a Ă©tĂ© du coup demandĂ© si Substance avait Ă©tĂ© une façon de se purifier. Il a souri, une fois de
plus : «Quand on voit la taille du livre, je devais avoir beaucoup de péchés à expier.»

Philippe Chassepot
Le Temps 16 décembre 2017

- Interview - Rencontre avec Peter Hook, de l'ombre Ă  la lumiĂšre

Rencontre avec Peter Hook : de l’ombre à la lumiùre, la seconde vie de Joy Division

Peter Hook & the light Ă©tait en concert Ă  Paris au Trianon Ă  Paris fin octobre, Michka Assayas en a profitĂ© pour rencontrer le bassiste de lĂ©gende et le crĂ©ateur de deux des groupes les plus influents de l’histoire de la musique contemporaine, Joy Division et New Order.

“(
)OutrĂ© de s’ĂȘtre vu exclu de la reformation du groupe en 2011, le bassiste Peter Hook, Hooky, de fomenter une sorte de coup d’État. Il a publiĂ© en 2012 un livre de mĂ©moires, Unknown Pleasures, Inside Joy Division, publiĂ© en traduction française chez l’éditeur Le Mot et le reste, sous le titre Joy Division vu de l’intĂ©rieur. Il vient de publier le second tome, un pavĂ© de 700 pages, Substance, New Order vu de l’intĂ©rieur, oĂč il balance absolument tout sur ses camarades, ne s’épargnant pas lui-mĂȘme, et c’est Ă  la fois trĂšs drĂŽle, fĂ©roce et parfois carrĂ©ment assassin. ParallĂšlement, il a créé un groupe, The Light, avec lequel il a dĂ©cidĂ© de jouer et chanter lui-mĂȘme tout le rĂ©pertoire de Joy Division et New Order. Ce qu’il a fait lui-mĂȘme au Trianon, Ă  Paris, il y a prĂšs d’un mois. En marge de ce concert, dans une importante librairie du dix-huitiĂšme arrondissement, Peter Hook a signĂ© aux admirateurs du groupe une soixantaine d’exemplaires des deux tomes de son autobiographie. Et, un peu fatiguĂ© aprĂšs cet exercice, il m’a accordĂ© une interview, renĂąclant un peu, parce qu’il Ă©tait crevĂ© et voulait prĂ©server sa voix pour le concert. En plus, il relevait d’une longue pneumonie qu’il avait contractĂ©e durant une tournĂ©e en Australie. Ça a donnĂ© Ă  notre entretien une certaine tension qui s’est rĂ©vĂ©lĂ©e salubre. J’ai rappelĂ© Ă  Peter Hook que je l’avais rencontrĂ© en 1983 et qu’il n’avait pratiquement pas ouvert la bouche. Et que j’étais un peu surpris de le voir ĂȘtre devenu si prolixe.(
)”

Réécouter l’émission de Michka Assayas sur le site de France Inter

Michka Assayas
France Inter // Very Good Trip 22 novembre 2017

- Substance, Inside New Order, une rare histoire du groupe racontée par Peter Hook

Avec la sortie de Substance : Inside New Order, Peter Hook, bassiste et membre fondateur de Joy Division/New Order, lĂšve dĂ©finitivement le voile sur le groupe qui, dans les annĂ©es 1980, Ă©tait rĂ©putĂ© comme l’un des plus Ă©nigmatiques du monde de la pop. Entre anecdotes sex, drugs & rock’n’roll, aigreur non contenue d’un bassiste toujours en procĂšs contre le reste du groupe, apogĂ©e artistique et sacrifices commerciaux, la bible de 728 pages est un essentiel pour dĂ©coder le groupe et son microcosme.

L’histoire de Factory Records, de leur club l’Haçienda et de leur rocambolesque « banqueroute », ont dĂ©jĂ  nourri de nombreux livres. En fait, plus ou moins toutes les personnes impliquĂ©es de prĂšs ou de loin dans Factory et l’époque « Madchester » ont dĂ©jĂ  sorti un bouquin ou un film : pour exemples, l’excellent 24 Hour Party People de MichaĂ«l Winterbottom, autour du charismatique Tony Wilson ; et Control d’Anton Corbijn, centrĂ© sur l’histoire de Joy Division.

AprĂšs deux premiers livres consacrĂ©s Ă  l’Haçienda chez les Ă©ditions Le mot et le reste dont on vous parlait lors de la rentrĂ©e littĂ©raire et musicale 2014 (L’Haçienda, La meilleure façon de couler un club, 2012) et Ă  Joy Division (Unknown pleasures, Joy division vu de l’intĂ©rieur, 2014), Peter Hook reprend donc le stylo-bile avec une bible de 728 pages. Par rapport aux autres livres sur New Order comme Chapter and Verse, l’autobiographie du chanteur Bernard Sumner, parue en 2014 (trĂšs distante et peu dĂ©taillĂ©e), Hook vise ici Ă  coller le plus possible Ă  une approche documentaliste et factuelle, mĂȘme si, en guise de prĂ©ambule, Peter Hook nous prĂ©vient que « Ce livre est toute la vĂ©ritĂ©, rien que la vĂ©rité telle que je m’en rappelle. »

New Order 1980-1986 : le dernier groupe de rock’n’roll ?

ForcĂ©ment, en ouvrant ce genre de bouquin, on s’attend toujours Ă  des dizaines d’anecdotes sex, drugs & rock’n’roll. Hook les annonce presque sans filtre. Et on n’est pas déçus. New Order rĂ©ussirait (presque) Ă  faire passer les Rolling Stones, Black Sabbath et mĂȘme Spinal Tap pour des petits joueurs. On n’entrera pas ici dans les dĂ©tails mais si vous aimez les histoires de dĂ©fonce, d’adultĂšre et d’initiations Ă  la vie, vous serez servis.

Mais ce ne sont pas les comportements de rockstar, entre perversion et innocence, de ses membres qui ont fait la lĂ©gende du groupe. Ce qui relĂšve de la mystique, c’est Ă©videmment la qualitĂ© des Ɠuvres et la quantitĂ© de production sortie dans ce modĂšle de sociĂ©tĂ© « communo-totalitaro-dĂ©mocratique » inventĂ© par Tony Wilson. Un idĂ©al artistique (politique ?) nourri au punk qui a quand mĂȘme permis, entre deux gueules de bois, d’engendrer les disques Ă©talon de la pop de la fin du 20Ăšme et dĂ©but du 21Ăšme siĂšcle.

On peut se permettre de voir dans ce chaos hallucinatoire, le terreau fertile du gĂ©nie crĂ©ateur « Made in factory ». Entre 1980 et 1986, New Order confirme le sens du mot rock’n’roll : les musiciens conduisent eux-mĂȘmes les vans lors des tournĂ©es, gĂšrent les Ă©quipements et notes d’hĂŽtel , configurent le matĂ©riel (notamment les synthĂ©tiseurs) aussi bien en studio que sur la route. La petite Ă©quipe de roadies est logĂ©e Ă  la mĂȘme enseigne que les artistes et ces derniers ne gagnent rien. Ou presque. Tout cela dans un cadre que l’on pourrait qualifier, avec Ă©normĂ©ment de respect, de trĂšs peu professionnel.

Entre 1980 et 1986, dans ces conditions, New Order compose « Everything’s gone green », « Temptation », « Age of Consent », « Blue Monday », « The Perfect Kiss » et « Love Vigilantes ». En perpĂ©tuelle situation de stress, d’entropie et d’(auto)-destruction, confrontĂ©s Ă  des imprĂ©vus qui feraient renoncer les plus tĂ©mĂ©raires, le groupe fonce tĂȘte baissĂ©e et la magie Ă©clabousse sans discontinuer les productions issues de ce crash frontal entre « pub rock » et « dance music » pour geeks.

La fin de l’innocence

À partir de 1987, mĂȘme si la gestion financiĂšre de Factory ne s’amĂ©liore pas (en fait la situation est dĂ©jĂ  dĂ©sespĂ©rĂ©e depuis de nombreuses annĂ©es), les deals Ă  l’international – notamment la signature chez Qwest, le label de Quincy Jones, aux USA – amĂšnent le groupe dans la cĂ©lĂšbre « zone de confort » pour popstars : limousine (individuelle!) jusqu’au stade pour les concerts, backstages orgiaques et after-parties dĂ©mesurĂ©es sur la cĂ©lĂšbre mĂ©ga-tournĂ©e de 1989 aux USA.

Peter Hook estime que c’est Ă  partir de ce moment que la dĂ©mocratie « made in New Order » s’effondre et que l’équilibre magique qui leur permettait de produire des disques pointus, radicaux et d’une sincĂ©ritĂ© rare, devient difficile Ă  atteindre. Les problĂšmes Ă©gotiques entre Hook et Sumner prennent le dessus sur la fraternitĂ©, Rob Gretton (le manager historique du groupe) touche le fond de son addiction Ă  la cocaĂŻne et les intervenants externes (des producteurs comme John Robie et Stephen Hague) semblent ĂȘtre vouĂ©s, toujours selon Hook, Ă  mettre en pĂ©ril l’équilibre fragile du son dance-rock du groupe.

MĂȘme si la formation semble trouver une derniĂšre pĂ©riode de magie crĂ©ative et d’insouciance lors du long isolement Ă  Ibiza pour l’enregistrement de Technique (leur cinquiĂšme album studio sorti en 1989), les conflits dans la cabine de production sont toujours au premier plan. En effet, la scission du groupe en trois factions (Bernard Sumner dans le rĂŽle du chanteur-dictateur-diva / Hook, la victime qui peut parfois placer une ligne de basse dans le mix final / Stephen Morris et Gillian Gilbert, toujours dĂ©peints comme une entitĂ© sans relief et sans volontĂ© propre par Hook) est actĂ©e pour l’enregistrement de Republic (sixiĂšme album sorti en 1993 – avertissement : cette vidĂ©o contient un court plan contenant David Hasselhof ).

Ce mode de fonctionnement perdurera jusqu’à la « sĂ©paration » (ou au dĂ©part de Peter Hook, selon les versions) du groupe en 2007.

Des voleurs d’amour et de haine

Si, ces derniĂšre annĂ©es, la presse fait plus Ă©chos du conflit juridique opposant Hook au reste du groupe que de leurs productions actuelles respectives (comme l’excellent Music Complete, dernier album du groupe sorti en 2015 chez Mute) ou des tournĂ©es best-of « Peter Hook & the light », New Order reste, Ă  l’échelle de l’histoire du rock, l’une des plus belles « success-stories » artistiques de la musique indĂ©pendante et leur histoire est ici pour la premiĂšre fois racontĂ©e de façon terre-Ă -terre, sans prĂ©caution quelconque.

C’est bien sĂ»r la force de ce genre de tĂ©moignage « vu de l ‘intĂ©rieur » mais c’est aussi ce qui, malheureusement, rend le livre un peu dĂ©rangeant car il manque parfois Ă  son auteur le minimum de distance nĂ©cessaire dans la description des relations interpersonnelles du groupe et de leur entourage.
Le livre reste un indispensable pour les fans de Joy Division/New Order ainsi que pour les passionnĂ©s de la scĂšne de Manchester des 80’s tant celui-ci permet enfin de toucher Ă  la rĂ©alitĂ© de cette incroyable et bancale aventure. Pour les autres, le livre s’avĂ©rera ĂȘtre une lecture distrayante mais assez vite pĂ©nible Ă  cause de sa longueur et de la rancƓur, trop peu contenue, de son auteur.

Lire la chronique sur le site de Sourdoreille

Loïc François
Sourdoreille 25 octobre 2017

- Interview - Peter Hook parle de New Order

La vague new wave n’a pas fini de dĂ©ferler sur le paysage culturel du moment. Orchestral Manoeuvres in the Dark, interprĂšte du cĂ©lĂšbre titre « Enola Gay », sort un nouvel album et Peter Hook, bassiste du groupe cold wave Joy Division, vient d’écrire un livre racontant New Order de l’intĂ©rieur. Retour sur la bande originale des annĂ©es 80 qui a permis d’intĂ©grer machines et synthĂ©s dans la musique rock.

Voir le reportage

David Caillon
France 5 // Entrée libre 8 octobre 2017

- Entretien avec Peter Hook - Manchester United

Dans son troisiĂšme ouvrage, Substance, New Order vu de l’intĂ©rieur, Peter Hook se livre sans dĂ©tour et se souvient du groupe qu’il a quittĂ© en 2007. TouchĂ© au cƓur par ses anciens compagnons de route, il dĂ©fend sa vie et son Ɠuvre, de joy Division Ă  Peter Hook & The Light, sans peur d’écorner la lĂ©gende au nom de cet humour vache typique du nord de l’Angleterre. Aminci et sobre, amical et sensible, le bassiste donne sa vision d’une histoire sans fin et dĂ©zingue au passage ses anciens camarades de jeu.

Que t’évoque la chanson Dom’t Look Back in Anger d’Oasis ?
C’est devenu le cri de ralliement de Manchester aprĂšs l’attentat du 22 mai 2017, mĂȘme si les paroles ne me touchent pas personnellement. Oasis a jouĂ© son tout premier concert en ouverture de mon ancienne formation Revenge (ndlr. il s’agissait en rĂ©alitĂ© du premier concert d’Oasis avec Noel Gallagher) et nous nous sommes beaucoup croisĂ©s ces vingt-cinq derniĂšres annĂ©es. Lors d’une audition pour devenir leur bassiste, Pottsy (ndlr. David Potts, fidĂšle membre de Revenge, Monaco et dĂ©sormais de Peter Hook & The Light) a voulu changer les accords de Wonderwall, ce qui dĂ©finit bien son tempĂ©rament et ce pourquoi je l’aime tant !

Comment te sens-tu désormais?
Ma vie actuelle me convient trĂšs bien : je suis heureux en mariage et voyage Ă  travers le monde, je suis trĂšs chanceux. Il est trĂšs facile pour une rockstar de faire n’importe quoi et de s’en foutre. Peut-ĂȘtre est-ce lan Curtis qui prend soin de moi ! Le seul nuage Ă  mon horizon demeure le procĂšs en cours avec New Order ; ce qu’ils m’ont fait en 2011 est totalement immĂ©ritĂ©. Je crois en mon combat et jamais n’abandonnerai, mĂȘme si je ne peux pas parler tant que justice ne sera pas rendue. Je suis certain que si la vĂ©ritĂ© Ă©clatait, la majeure partie de nos fans seraient trĂšs Ă©nervĂ©s.

Pourquoi as-tu dĂ©cidĂ© d’écrire tes mĂ©moires ?
L’idĂ©e de L’Haçienda, la meilleure façon de couler un club (2012) est venue naturellement alors que je participais Ă  la triple compilation The Haçienda Classics (2006). J’avais Ă©normĂ©ment d’anecdotes Ă  partager, et il m’a fallu trois annĂ©es pour rĂ©diger le livre. li y a peu d’ouvrages au sujet des clubs, et j’ai tentĂ© de relater honnĂȘtement et en profondeur ce qui s’y est passĂ©. Son succĂšs a Ă©tĂ© retentissant, du coup, pourquoi ne pas faire de mĂȘme avec Joy Division ! Il m’a fallu deux ans pour Ă©crire Unknown Pleasures, ]oy Division vu de l’intĂ©rieur (2014), qui ne traite que de nos trois ans d’existence et un peu de mon adolescence. Je ne voulais rien Ă©crire sur New Order car nos problĂšmes sont trop importants pour ĂȘtre dĂ©voilĂ©s, et que je ne voulais pas dĂ©truire le mythe avec ces querelles d’idiots. Mais aprĂšs le split de 2007 et la lamentable reformation sans moi en 2011, qu’ils aillent se faire voir! Ces six derniĂšres annĂ©es ont dĂ©truit toute l’estime que je pouvais porter au groupe. Je pensais que cela me prendrait Ă  peine un an, mais lĂ  aussi j’en ai mis trois 
 Tristement, aucun de mes ouvrages ne se termine sur une note positive, donc si je devais en sortir un quatriĂšme, j’aimerais raconter le procĂšs, Ă  la fois frustrant, fascinant et technique. Ce serait sĂ»rement un autre bon livre, mais je ne pense pas que les fans l’apprĂ©cieraient.

Bernard Sumner a Ă©crit un livre, Stephen Morris et Gillian Gilbert vont faire de mĂȘme. Du chanteur au batteur en passant par celle qui joue des claviers, Ă  chacun sa vĂ©ritĂ© sur New Order ?
J’ai hĂąte de lire ce que va raconter Gillian. Chapter and Verse – New Order, ]oy Division and Me (ndlr. non traduit), la biographie de Bernard, est trĂšs pauvre : il rĂ©sume New Order Ă  une centaine de pages et passe le reste du bouquin Ă  expliquer quel pauvre type je suis. C’est flatteur pour moi, mais les fans n’apprennent rien. Son pamphlet est aussi amer que sa personnalitĂ© finalement. Il ne parle pas de lui, ni de sa façon de composer, ni comment nous fonctionnons. Les gens en attendaient plus de lui, et ce qu’il a fait en dĂ©finitive, c’est “How Not to Do a Book” (ndlr. en rĂ©fĂ©rence au titre original de The Haçienda, How Not to Run a Club).

MÉMOIRE ET RANCƒURS
Malgré vos disputes, tu essaies de retenir les aspects positifs du travail de tes anciens complices ?
Nous nous sommes trĂšs mal sĂ©parĂ©s, sans amour. Nous aurions pu en rester lĂ  et vivre sĂ©parĂ©ment plutĂŽt que de chercher Ă  dĂ©truire l’autre, avec tous ces avocats. Au vernissage de l’exposition True Faith, toute l’équipe juridique qui essaye de m’écraser depuis six ans me tapait dans le dos en me demandant hypocritement comment j’allais. J’ai postĂ© sur Instagram cette photographie de moi devant le tableau d’Henri Fantin-Latour, qui illustre la pochette de Power, Corruption & Lies (1983), en la commentant d’un laconique “SurrĂ©aliste”. J’avais l’impression d’ĂȘtre au rĂ©veillon de NoĂ«l avec mon ex-femme et tous ses proches qui te regardent du coin de l’Ɠil. C’était vraiment bizarre.

Tu te dĂ©cris comme un archiviste et un lecteur assidu, Ă  l’opposĂ© de ton image habituelle.
Avec notre manager Rob Gretton, nous trouvions les titres des morceaux et mĂȘme les mentions sur les sillons des vinyles. La crĂ©ation est un processus trĂšs complexe et ennuyeux, donc quand tu quittes le studio, tu deviens complĂštement diffĂ©rent. Tu alternes calme et frĂ©nĂ©sie, tout en perpĂ©tuant le mythe du rock’n’ roll. Aujourd’hui tout le monde peut trouver de la drogue et mĂȘme les mecs de Guns’N‘Roses sont sobres! Les notices techniques du livre prouvent que nous n’étions pas que des droguĂ©s incorrigibles, mais aussi de vĂ©ritables innovateurs qui ont travaillĂ© dur. Barney et Steve ont Ă©tĂ© des pionniers de la technologie, trĂšs difficile Ă  dompter en 1981 ou 1982, et New Order a inventĂ© un tout nouveau genre. DĂ©sormais chacun peut tĂ©lĂ©charger un logiciel pour composer de la musique, mais pas Ă©crire une chanson, alors qu’à l’époque il fallait savoir lier les deux et construire l’ensemble. Nous Ă©tions aussi de sacrĂ©s accrocs Ă  la drogue, mais nous avons rĂ©ussi, personne ne peut le contredire. j’ai voulu relater prĂ©cisĂ©ment la fantastique Ă©criture de True Faith. Le lecteur peut zapper ce passage et s’en tenir aux choses peu reluisantes, mais je voulais que cela apparaisse.

Tu avais tout noté?
Notre discographie et la liste de nos concerts m’ont servi de prompteur pour me remĂ©morer tous ces souvenirs: “Ah oui la fois oĂč je suis tombĂ© de scĂšne, cela me revient, j’étais tellement saoul!” Histoire de rappeler combien nous Ă©tions radicaux et en avance, comment l’on procĂ©dait pour Ă©crire un morceau et le jouer sur scĂšne. Notre graphiste Peter Saville a une thĂ©orie fantastique selon laquelle dĂšs lors que les musiciens se professionnalisent, ils n’arrivent plus Ă  composer et perdent toute magie. C’est quand tu ne sais pas comment faire que tu Ă©cris la meilleure musique. Ceci se vĂ©rifie avec New Order, devenu adulte et prĂ©visible : Music Complete (2015) est un bon album, mais ce n’est pas gĂ©nial.

Ta période favorite dure peu de temps, entre 1981 et 1984.
La situation Ă©tait alors Ă©galitaire. Aucun d’entre nous n’était responsable, ni plus connu que les autres. Nous Ă©tions ensemble. DĂšs que Bernard a Ă©tĂ© identifiĂ© comme le chef et que nous avons eu du succĂšs, tout a changĂ©.

D’aprĂšs toi, les chanteurs seraient tous cinglĂ©s

Mais c’est la vĂ©ritĂ©! Je ne rentre pas complĂštement dans cette caricature en tant que bassiste, mĂȘme si je peux chanter et diriger un groupe. Je ne sais pas ĂȘtre vraiment un Ă©goĂŻste, Ă©gocentrique et narcissique, comme le sont la majoritĂ© des chanteurs. j’ai compris que c’était leur mĂ©canisme de dĂ©fense. Le pire a Ă©tĂ© l’enregistrement de Waiting for the Siren’s Call (2005), avec tous ces producteurs, beaucoup moins bons que nous-mĂȘmes. C’était une perte de temps et d’argent, mais Bernard ne voulait rien entendre, prĂ©fĂ©rant se battre avec d’autres plutĂŽt qu’avec moi : encore un compliment ! ll est centrĂ© sur lui-mĂȘme, c’est son mode de survie. S’il avait Ă©tĂ© Ă  bord du Titanic, il aurait portĂ© une robe et n’aurait pas hĂ©sitĂ© Ă  te piĂ©tiner pour pouvoir s’enfuir sur un canoĂ« de secours. New Order ne l’a jamais intĂ©ressĂ©, sauf peut-ĂȘtre au tout dĂ©but. Seule sa propre personne le prĂ©occupe, et il l’écrit d’ailleurs noir sur blanc dans sa biographie.

UN GROUPE DÉSUNI
Tu as déjà vécu la scÚne de ton éviction, lorsque tu vois les trois autres débuter un concert sans toi à Washington en 1983.
Tu peux y lire ce qui allait se passer, mais ils Ă©taient beaucoup moins bons sans moi ! (Rires.) J’étais en retard et il fallait commencer, sinon nous aurions dĂ» payer une amende. La mythologie du rock’n‘roll n’aime pas les gentils garçons. Les gens adorent Liam Gallagher car c’est un trou du cul, et aussi Noel parce que c’est un connard. Il y a aussi ce concert Ă  Reading en 1989 oĂč je me rends compte que chacun n’entend que sa partie dans les retours et pas les autres : cela m’a brisĂ© le coeur. On n’a jamais fait de bon concert Ă  Paris dans notre premiĂšre mouture. Mais dans la deuxiĂšme avec Phil Cunningham et sans Gillian, il y en a eu plusieurs de pas mal. Peut-ĂȘtre en parlera-t-elle dans son ouvrage. (Ironique.)

Tu es trĂšs dure avec Gillian dans Substance.
C’est Ă©trange car il subsiste une mĂ©prise dans son influence : elle n’a presque jamais rien Ă©crit ! LĂ  aussi me corrigera-t-elle sans doute, mais je maintiens. Stephen Ă©tait dĂ©jĂ  trĂšs inspirĂ© avant que Gillian ne nous rejoigne. Quand ils se reforment en 2011, tout ce qu’ils ont dit sur moi Ă©tait trĂšs dur Ă©galement, ils m’ont vraiment manquĂ© de respect. Ce n’était pas la peine, Ă  mon avis, de me planter le couteau encore plus profondĂ©ment dans le dos. Ils ont Ă©tĂ© horribles avec moi, j’ai rĂ©agi en publiant mon opinion, un prĂȘtĂ© pour un rendu comme on dit ici.

Tu ne te rappelles aucune scĂšne de joie Ă  quatre ?
Elles n’ont jamais eu lieu. Nous vivions de façon sĂ©parĂ©e : Bernard avec sa cour, Stephen et Gillian tous les deux, et moi avec l’équipe technique, de 1985 jusqu’à la sĂ©paration de 1990, le fossĂ© se creusant progressivement. La reformation pour Republic (1993) a Ă©tĂ© totalement diffĂ©rente, nous avions besoin d’argent et nous n’étions plus les mĂȘmes. À la disparition de lan Curtis, nous sommes restĂ©s longtemps Ă  trois, et on a composĂ© Movement (1981) comme ça, de maniĂšre trĂšs proche. Peut-ĂȘtre Gillian dĂ©crira-t-elle le contraire ! Cette chimie particuliĂšre qui nous a permis d’écrire de la musique gĂ©niale a durĂ© quatre ou cinq ans, mais c’est la mĂȘme qui dĂ©truit la plupart des relations. C’est vraiment triste mais c’est ce qui s’est passĂ©.

Peut-ĂȘtre parce que lan Curtis assumait le rĂŽle de leader dans joy Divison?
lan Ă©tait un chef dĂ©mocratique, parfait dans ce rĂŽle-lĂ  car il faisait en sorte que chacun participe et en soit content. C’était mon supporter principal. Mais aussi celui de Barney ou de Steve. Je reste persuadĂ© que lorsqu’il s’est pendu sa derniĂšre pensĂ©e a Ă©tĂ© pour Joy Division qu’il adorait plus que tout au monde. J’ai sans doute mis du temps Ă  rĂ©aliser cette absence intellectuelle et sentimentale. Nous pouvions Ă©crire de la trĂšs bonne musique, mais il nous manquait quelque chose. Et ce n’est pas faire injure Ă  Gillian que d’affirmer qu’elle n’a jamais pu compenser la perte de lan Curtis.

Tu parles beaucoup d’argent et de l’anticonformisme de Rob Gretton, mais n’est-ce pas ce qui vous a permis de dĂ©velopper cette place singuliĂšre?
(Il est trĂšs embĂȘtĂ©.) C’était un manager trĂšs vieux jeu, pensant tout le temps qu’il avait raison et que nous Ă©tions des idiots. Il avait deux poches pour l’argent : une pour lui et une pour nous, et il ne se trompait jamais ! Mais personne n’aurait pu planter deux aussi fantastiques groupes, car nous durerons toujours. Nous gagnons toujours beaucoup d’argent aujourd’hui parce que Barney, Steve, mĂȘme Gillian finalement et moi avons travaillĂ© pour que cela continue, personne d’autre. La seule chose que Deborah Curtis (ndlr. la veuve d’lan Curtis) a fait pour Joy Division, c’est tuer le chanteur ! Je plaisante. Avec le temps, c’est un vrai plaisir de constater les marques indĂ©lĂ©biles qu’ont laissĂ© Love Will Tear Us Apart ou Blue Monday, mĂȘme si le fracas actuel m’empĂȘche de me dĂ©tendre ou de me retirer.

Alex Mimikaki
Magic sept.-oct. 2017

- Le livre du mois

Chose promise, chose due. AprĂšs l’hilarant L’Haçienda : La meilleur façon de couler un club, sur la calamiteuse gestion du club culte de Manchester des annĂ©es 80/90 et Unknown Pleasures, rĂ©cit intime de ses annĂ©es de formation au sein du quatuor lĂ©gendaire, Peter Hook s’attaque Ă  la troisiĂšme partie de son autobiographie. Peut-ĂȘtre la plus dĂ©licate pour lui, puisqu’elle couvre les annĂ©es New Order, qui ont fait de lui une star (fauchĂ©e), l’ont rendu alcoolique toxicomane et l’ont poussĂ© Ă  se brouiller avec ses anciens comparses (Ă  sĂ©jour, ils s’affrontent toujours devant les tribunaux. Passionnant, Substance, New Order vu de l’intĂ©rieur est un livre particulier Ă  plus d’un titre. Peter Hook se livre sans retenue ni recul, relate les coucheries avec les groupies, la consommation extravagante d’alcool et de produits stupĂ©fiants, les tensions entre le chanteur Barney Sumner et lui, qui vont se transformer en haine rĂ©ciproque, etc, tout en listant de maniĂšre maniaque chaque concert et chaque disque publiĂ©. Sans compter les instants geeks oĂč le bassiste se fait professeur de technologie appliquĂ©e Ă  la musique. Un livre instructif sur une pĂ©riode folle de la scĂšne indĂ© britannique, mĂȘme si Hook aurait pu Ă©viter d’insulter son meilleur ami toutes les deux pages.

BenoĂźt Carretier
Tsugi septembre 2017

- Substance

«Ce livre contient la vĂ©ritĂ©, toute la vĂ©ritĂ©, rien que la vĂ©rité enfin, d’aprĂšs mes souvenirs!» Peter Hook, Substance (Avant-propos)

Bassiste de Joy Division puis de New Order, Peter Hook – 61 ans et toujours actif – n’en finit pas de revisiter son passĂ©. Que ce soit au sein de Peter Hook and the Light avec lequel il interprĂšte avec dĂ©votion l’ensemble du rĂ©pertoire des deux groupes, ou en nous racontant une histoire faite de magnifiques rĂ©siliences, “Hooky” reste fidĂšle Ă  ce qui l’a construit et paraĂźt, Ă  ce jour, en ĂȘtre la mĂ©moire vivante. PersonnalitĂ© la plus affable des mythiques formations mancuniennes, il en est Ă  sa troisiĂšme publication sur ce qui aura animĂ© le cƓur de son existence. Soit Ă©crire et jouer une des musiques les plus Ă©tonnantes et novatrices qui fĂ»t durant deux dĂ©cennies au moins – ce qui est un exploit et le signe d’un indĂ©niable tempĂ©rament crĂ©atif.
AprĂšs L’Haçienda, la meilleure façon de couler un club, suivi du trĂšs rĂ©ussi Unknown Pleasures, Joy Division vu de l’intĂ©rieur, Peter Hook s’est logiquement attachĂ© Ă  l’envol et Ă  l’apogĂ©e puis au dĂ©clin (selon lui) de New Order qui naquit, contraint et forcĂ©, au printemps de 1980 sur les cendres de Joy Division. Autant dire une somme! En termes de durĂ©e presque la moitiĂ© d’une vie – ceci pris pour Ă©chelle. Le bassiste “Hooky” ne s’est en effet sĂ©parĂ© du reste du groupe qu’en FĂ©vrier 2007, considĂ©rant l’affaire close, alors que ses anciens partenaires – avec lesquels il reste en diffĂ©rend juridique – ont dĂ©cidĂ© de continuer ensemble, ne prisant guĂšre l’annonce qu’il fit il y a dix ans de la fin de New Order, dont il demeure Ă  jamais pilier fondateur et exilĂ© volontaire.

À quoi peut-on s’attendre Ă  la lecture de cet Ă©pais volume de plus de sept cent pages? Une revanche, l’exploitation d’un passĂ© glorieux – on n’y croit pas – ou la narration objective de ce qui fĂ»t la rĂ©alitĂ© de quatre musiciens et de leur entourage? Suivant un ordre chronologique Substance relate dans le dĂ©tail ce qui constitua le quotidien comme les grands moments de New Order, de son management et des personnalitĂ©s liĂ©es Ă  cette entreprise artistique et souvent rocambolesque, oĂč les personnages s’agitent, prĂ©sentĂ©s Ă  quelques Ă©pisodes comme d’incontrĂŽlables larrons en foire. Sur deux corpus essentiels “Movement” et “Brotherhood” – titres de deux albums hautement symboliques – le texte se dĂ©roule selon un systĂšme de composition alternant souvenirs, chronologies d’enregistrements, Ă©vĂ©nements et concerts, listings dĂ©taillĂ©s et chroniquĂ©s des albums et singles. Par le ton employĂ© on retrouve la verve et l’humour so British, parfois grinçant, auxquels les deux prĂ©cĂ©dents livres nous ont habituĂ©s. Le style est parlĂ©, direct qui privilĂ©gie l’action. La maison d’édition française confiait que la traduction du texte fĂ»t un exercice dĂ©licat, pour une retranscription en un français conservant au plus prĂšs l’esprit de l’auteur iconoclaste. Quoiqu’il en soit, —Substance_ se lit Ă  tout instant – si ce n’est n’importe oĂč –, compte-tenu de l’épaisseur de l’objet! On sourit et rit volontiers aux situations, bien que l’on croule Ă  certains chapitres sous des dĂ©tails pas absolument utiles, auxquels on aurait prĂ©fĂ©rĂ© un commentaire plus analytique de l’Ɠuvre. Il se dĂ©gage ainsi un contraste entre l’image extĂ©rieure austĂšre et taiseuse que donna New Order, et la description qui en est faite ici. InterviewĂ© par le NME, Peter Hook rĂ©pondait, Ă©voquant le livre de Bernard Sumner (guitariste et chanteur de New Order): « Barney a Ă©crit l’histoire de New Order en quarante pages ». C’est Ă©videmment un format un peu court pour sa propre vision des choses.
Viking assagi mais pas encore Ă  la retraite, Peter Hook est en plus d’un bassiste unique, une personnalitĂ© attachante, Ă  la franchise imparable et au grand cƓur sans doute. Inextricablement liĂ© Ă  son histoire avec Joy Division et New Order, il tourne sans cesse autour et revient sur son passĂ© avec une clairvoyance singuliĂšre: « La luciditĂ© peut-ĂȘtre aveuglante » (Substance, Brotherhood, p 698). Avec plus ou moins de nostalgie selon ceux qu’il Ă©voque – Bernard Sumner en prenant largement pour son grade tout au long des chapitres – il n’oublie personne et pense probablement que chaque petite chose compte
 Substance est un livre pour fans, bien sĂ»r, Ă©cho d’une aventure humaine agitĂ©e, qui n’échappe pas Ă  des poncifs qui collent aux travers dĂ©bridĂ©s d’un univers Rock and Roll parfois caricatural. En ce domaine notre homme ne s’est guĂšre Ă©pargnĂ©. Le lecteur se dira peut-ĂȘtre qu’il aurait pu nous en Ă©viter quelques uns.

PubliĂ© aux Ă©ditions Le Mot Et Le Reste. 08/2017. Peter Hook a rĂ©cemment dĂ©clarĂ© qu’il envisageait l’écriture d’un prochain livre dont le sujet serait l’histoire de la musique de Manchester. Il sera Ă  La Maison De La PoĂ©sie, Paris V, le lundi 18/09 Ă  19h. Lecture et entretien.

Lire la chronique sur darkglobe.fr

Jean-Noël Bouet
Dark Globe 14 septembre 2017

- Substance

Suite des mĂ©moires de Peter Hook. On connaissait le bassiste gĂ©nial, on dĂ©couvrait le chroniqueur sardonique des annĂ©es new wave. Le premier volume de son autobiographie, consacrĂ©e Ă  Joy Division, nous a valu plus d’un fou-rire. Le deuxiĂšme, qui contait par le menu les dĂ©boires de l’Haçienda, dĂ©voilait un envers du dĂ©cor bien plus tarĂ© que ce que l’on aurait pu imaginer. Ce troisiĂšme volume s’attaque au gros morceau : New Order. La verve est toujours lĂ , les piques envers Bernard Sumner Ă©galement. Hooky a le chic pour mĂȘler considĂ©rations musicales passionnantes et anecdotes ahurissantes. Indispensable, en attendant le recueil de souvenirs de tous ses DJ-sets, hum, lĂ©gendaires ?

La chronique est en lecture sur le site de Let’s Motiv

Thibaut Allemand
Let's Motiv' septembre 2017

- Peter Hook - Substance

texitle

Enfin traduit en Français (un an aprĂšs sa sortie) chez Le Mot Et Le Reste, Substance (New Order vu de l’intĂ©rieur) reprend l’histoire lĂ  oĂč Peter Hook l’avait laissĂ©e lors des derniĂšres pages d’Unknown Pleasures : Ian Curtis dĂ©cĂ©dĂ©, quel avenir pour Barney, Peter et les deux autres ? On s’imaginait un bouquin gorgĂ© de came, de cul, de rancunes et de billets verts. On en a un : sur 800 pages, Hooky dĂ©crit minutieusement la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence (principalement humaine) de New Order.

Dans un style purement rock’n’roll, mais non sans une touchante luciditĂ©, Peter Hook insiste beaucoup sur son mode de vie destroy avant, pendant et aprĂšs les concerts de NO. Entre les filles d’un soir, les beuveries cataclysmiques, la coke en pagaille, les premiers ecstasy et les chambres d’hĂŽtel dĂ©cimĂ©es, aucun clichĂ© n’est Ă©vitĂ©. Sauf que Hooky, implicitement lors de la premiĂšre partie du livre, n’y ajoute aucun glamour et semble annoncer une chute inĂ©luctable vers la pire des dĂ©chĂ©ances physiques et morales. DrĂŽle, morbide, un peu triste.

Plus intĂ©ressants, mais tout aussi glauques, les passages racontant la confection de chaque album de NO. GuĂšre tendre envers Steven et Gillian (lui, qui fonctionne dans le sens du vent ; elle, qui n’a jamais servi Ă  rien), Hooky, dans une trĂšs Ă©trange relation amour / haine, dĂ©zingue royalement son comparse Barney (mais on s’y attendait). Frontman par la force des choses, Sumner, de l’innocence Movement jusqu’au monstre Republic, va se transformer en une diva capricieuse, despotique, Ă©gocentrique et prĂȘte Ă  tout afin de « virer la basse ». ApothĂ©ose d’un lent pourrissement relationnel, l’enregistrement de Republic (que Hooky dĂ©crit, Ă  raison, comme « un album d’Electronic plutĂŽt que de New Order ») au cours duquel Barney fout Ă  la poubelle les maquettes de ses trois compagnons pour tout reprendre en solo. En mĂȘme temps, Hook ne cesse d’écrire Ă  quel point Sumner est un grand guitariste et un sacrĂ© compositeur. Pas drĂŽle, assez morbide, trĂšs triste.

Paradoxe du livre : plus NO devient commercialement gigantesque, plus ses membres font chambre Ă  part. Car pendant que Barney vire au gros connard, que Steven et Gillian deviennent inexistants, Hooky s’enfonce bien profond dans la dope et l’alcoolisme jusqu’au fameux point de non-retour (dĂ©pendance physique, dĂ©sintox). La rĂ©ussite de chaque album (jusqu’à Technique) s’apparente ainsi Ă  un miracle ! Et relance le principal argument concernant New Order : quatre individus opposĂ©s qui, par une Ă©trange et inexplicable alchimie, produisirent l’une des plus belles musiques jamais entendues.

Dans une Ă©criture fluide (mĂȘme si l’on conseille la version originale), Peter Hook n’épargne personne et surtout pas lui-mĂȘme : grande gueule alcoolisĂ©e, Ă©poux martyrisĂ©, petite frappe dopĂ©e Ă  la poudre, musicien dĂ©laissĂ© (« ce morceau n’a pas besoin de basse » est un leitmotiv que se reçoit continuellement Peter en pleine face – devinez par qui ?)
 Absolument pas drĂŽle, souvent morbide, triste pour les fans de NO.

Difficile Ă  dire oĂč se situe ici la part de souvenirs et d’exagĂ©rations. Totalement biturĂ© Ă  longueur de pages, Peter y donne sa vision, sa version personnelle de l’histoire. Et avec autant de coke et de vinasse dans le cerveau, il est certes permit de se demander si Hooky n’est pas souvent en proie Ă  des crises de parano ou bien aux descentes du junk. Sauf que la sincĂ©ritĂ© de l’écriture semble indiquer que rien, hormis ce bouquin forcĂ©ment anthologique, ne pourra dorĂ©navant saisir la vĂ©ritable story New Order.

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Jean Thooris
à découvrir absolument 30 août 2017