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Parution : 20/10/2015
ISBN : 9782360541867
288 pages (14,8 x 21 cm)

21 €

Sonic Youth

L’une des originalitĂ©s de ce livre complet est de scruter le parcours scĂ©nique et discographique d’un des groupes rock post-punk les plus influents de ces trente derniĂšres annĂ©es.

Nicolas MollĂ© – Concertlive

FormĂ© en 1981 sur les cendres des mouvements punk et no wave new-yorkais, Sonic Youth a marquĂ© durablement l’histoire du rock moderne. Dans une dĂ©marche toujours avant-gardiste, Thurston Moore, Kim Gordon, Lee Ranaldo et Steve Shelley ont su accĂ©der au succĂšs avec un noise rock novateur qui s’est renouvelĂ© au fil de leur vingtaine d’albums. Partisans du Do It Yourself, Sonic Youth a commencĂ© sur des labels indĂ©pendants et privilĂ©giĂ© des collaborations avec une scĂšne artistique Ă©mergente dont Raymond Pettibon, Sofia Coppola, Spike Jonze ou ChloĂ« Sevigny. C’est au dĂ©but des annĂ©es 1990 que le groupe dĂ©colle et accompagne la vague grunge et l’ñge d’or des clips MTV, gagnant une notoriĂ©tĂ© importante sans pour autant amoindrir son exigence musicale. SĂ©parĂ© en 2011 suite au divorce de Moore et de Gordon, Sonic Youth a contribuĂ© Ă  l’émergence d’artistes comme Nirvana ou Beck et a inspirĂ© et inspire encore de nombreuses formations, de Mogwai Ă  Pavement en passant par Liars.

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Revue de presse

- LIVRE Sonic Youth par Matthieu Thibault Jean Luc FURNALETTO Improjazz 243 mars 2018
- Sonic Youth Noé Gaillard daily-books.com janvier 2016
- Interview de Matthieu Thibault Nicolas Mollé Concertlive 4 novembre 2015
- Lu récemment Cédric Bru Les Obsédés Textuels 2 novembre 2015
- La formule Sonic Youth Jean Rouzaud Radio Nova // Novaplanet.com 23 octobre 2015

- LIVRE Sonic Youth par Matthieu Thibault

IMPROJAZZ : Sonic Youth est un livre trĂšs fouillĂ© et regorgeant de renseignements. Il s’agit d’un travail minutieux et remarquable. Tout y est : influences, rĂ©fĂ©rences, rencontres, contextes, labels, contrats, managers, analyse de chaque morceau 
 Pourrait-on considĂ©rer ce livre comme une biographie alternative ?
Matthieu THIBAULT (MT) : Je dirais que l’ouvrage se destine davantage aux amateurs de musique qu’aux passionnĂ©s de vie d’artiste. La littĂ©rature musicale, en particulier celle consacrĂ©e au rock, regorge de biographies qui traitent d’anecdotes, souvent divertissantes, parfois fascinantes, apportant un contexte nĂ©cessaire Ă  la comprĂ©hension d’une Ɠuvre. Pour autant, en se concentrant sur l’aspect humain, voire sociologique, les auteurs n’analysent pas forcĂ©ment l’acte crĂ©ateur lui-mĂȘme. De mon cĂŽtĂ©, j’ai conscience que je n’ai pas la verve littĂ©raire pour réécrire l’histoire Ă  la maniĂšre d’un roman rock, donc je tente d’apporter ma pierre Ă  l’édifice en dĂ©veloppant une approche plus musicologique et analytique. Certes, je raconte l’histoire de Sonic Youth, le parcours de ses membres et de ses Ă©vĂ©nements successifs de leur carriĂšre, mais je m’en tiens aux faits et tĂąche de ne pas trop cĂ©der aux mythes et lĂ©gendes. MĂȘme si ces mythes sont indissociables du genre, je crois que d’autres auteurs talentueux en ont dĂ©jĂ  parlĂ©. Mon travail consiste donc Ă  contextualiser pour mieux dĂ©crire, expliquer et analyser le processus crĂ©atif de Sonic Youth : leur maniĂšre de composer collectivement Ă  partir des riffs, leur Ă©criture de paroles inspirĂ©e par la beat generation et la science-fiction, le mĂ©lange d’immĂ©diatetĂ© punk et d’expĂ©rimentations libres, etc. Au final, il s’agit sĂ»rement plus d’un parcours discographique qui place le processus crĂ©atif et l’Ɠuvre musicale au centre de l’étude.

IMPROJAZZ : Pourquoi dĂźtes-vous de Bad Moon Rising, aprĂšs en avoir fait une analyse intĂ©ressante, qu’il a déçu ? Ce disque est trĂšs original et crĂ©atif, l’apprĂ©ciation ne reste-t-elle pas prisonniĂšre de la subjectivitĂ© en fin de compte ?
MT : Absolument, les conclusions d’analyse consacrĂ©es Ă  un album ne reflĂštent que mon avis. J’essaie nĂ©anmoins d’adopter un Ă©quilibre entre ma propre vision et le consensus de la presse et du public. Il me semble important que le lecteur nĂ©ophyte puisse comprendre rapidement que Daydream Nation reprĂ©sente la quintessence de Sonic Youth Ă  plus d’un titre (compositions agressives et ambitieuses, production riche en textures, pĂ©riode historique des annĂ©es 80, etc) et qu’il s’agit d’une idĂ©ale reprĂ©sentation du groupe mĂȘme si, Ă  titre personnel, je lui prĂ©fĂšre Sister. À l’inverse, il me paraissait nĂ©cessaire de rĂ©habiliter NYC Ghosts & Flowers, un album largement sous-estimĂ© qui prouve qu’un groupe peut rĂ©ussir Ă  innover au bout de vingt ans de carriĂšre en incorporant des Ă©lĂ©ments de rock contemporain, notamment du post-rock de la fin des annĂ©es 90. Pour revenir Ă  Bad Moon Rising, il s’agit sans nul doute d’un trĂšs bon album dont l’atmosphĂšre globale, riche de superbes interludes bruitistes, peine parfois Ă  rattraper un niveau d’écriture (Ă  l’exception de “I Love Her All The Time” et “Death Valley’69” Ă  mon avis) en-dessous des capacitĂ©s de Sonic Youth. Le disque incarne une transition entre les dĂ©buts sales et urbains de Confusion Is Sex et le songwriting noise rock d’EVOL et Sister, sans atteindre la puissance noire du premier ou la richesse de composition du second. Naturellement, cet avis personnel n’enlĂšve rien de l’originalitĂ© et de la personnalitĂ© unique de l’album.

IMPROJAZZ : La pĂ©riode 1990/95 (Goo, Dirty, Experimental Jet Set, Trash & No Star et Washing Machine) semble ĂȘtre un sommet. Quelle est votre pĂ©riode prĂ©fĂ©rĂ©e ?
MT : Il existe, Ă  mon avis, trois Ăąges d’or dans la carriĂšre discographique de Sonic Youth qui s’illustrent par des trilogies impeccables : la premiĂšre trilogie noise rock des annĂ©es 80 (EVOL, Sister, Daydream Nation), la deuxiĂšme synthĂ©tisant les mouvances des annĂ©es 90, entre grunge, lo-fi et post-rock (Dirty, Experimental Jet Set, Trash & No Star, Washing Machine) et la troisiĂšme illustrant une forme de maturitĂ© du rock avec Jim O’Rourke (NYC Ghosts & Flowers, Murray Street, Sonic Nurse). MĂȘme si chacune d’entre elles comprend certains de mes albums prĂ©fĂ©rĂ©s, j’opte pour la deuxiĂšme pĂ©riode, notamment pour l’album Washing Machine qui reprĂ©sente, Ă  mon avis, le plus bel Ă©quilibre entre songwriting Ă©mouvant et expĂ©rimentations bruitistes. À la maniĂšre des meilleurs albums de Can, comme Ege Bamyasu ou Future Days, les expĂ©rimentations soutiennent de superbes compositions (Thurston Moore et Kim Gordon y chantent leurs plus belles mĂ©lodies), traversĂ©s de passages contemplatifs et de transe bruitiste. Toutes les facettes du groupe y sont reprĂ©sentĂ©es et accompagnĂ©es d’une production (prises de son, mixage) qui me correspond plus que celle de Daydream Nation.

IMPROJAZZ : Sonic Yout utilise le studio comme un instrument de musique Ă  part entiĂšre. Jugez-vous qu’il existe un Ă©cart trop important avec la musique produite sur scĂšne ?
MT: MĂȘme si Sonic Youth utilise les techniques de studio pour Ă©largir ses possibilitĂ©s de composition et de production, il reste un groupe attachĂ© au jeu live. La grande majoritĂ© de leurs albums est enregistrĂ©e dans ces conditions lives, les quatre musiciens rassemblĂ©s dans la mĂȘme piĂšce. Le montage et les effets de postproduction n’interviennent que ponctuellement durant la premiĂšre pĂ©riode des annĂ©es 80. Il faut attendre Washing Machine pour voir le groupe manipuler les bandes, jouer avec le montage et le mixage, des pratiques qu’ils dĂ©velopperont avec l’arrivĂ©e de Jim O’Rourke Ă  la fin des annĂ©es 90. En cela, la musique de Sonic Youth ne varie pas tant que cela entre le studio et la scĂšne. Naturellement, les performances live donnent lieu Ă  des versions plus brutales, Ă  l’énergie plus primitive qu’en studio, mais au dĂ©triment du soin apportĂ© aux textures de guitares. La diffĂ©rence entre studio et live chez Sonic Youth est suffisante pour tĂ©moigner d’une richesse d’interprĂ©tations et d’arrangements, mais le groupe n’a jamais revisitĂ© drastiquement ses chansons en live. Dans cet esprit, les passages plus improvisĂ©s apportent une fraĂźcheur aux concerts, mais restent cadrĂ©s dans un format de chanson. Je crois que la principale diffĂ©rence se rĂ©sume finalement Ă  l’opportunitĂ© de voir le groupe jouer sur scĂšne, maltraiter ses guitares, revisiter les poses de guitar hero, alors qu’une Ă©coute sur disque laisse la musique seule s’exprimer.

IMPROJAZZ : Pourrait-on comparer l’Ɠuvre de Sonic Youth en musique à celle de Jackson Pollock en peinture ?
MT: Sans ĂȘtre un expert de Jackson Pollock, son Ɠuvre semble suivre une trajectoire linĂ©aire s’éloignant progressivement d’un figuralisme relatif pour atteindre l’abstraction des annĂ©es 50, pĂ©riode Ă  laquelle il signe certains de ses tableaux les plus cĂ©lĂšbres, notamment White Light utilisĂ© comme illustration de pochette de l’album Free Jazz d’Ornette Coleman. À ce titre, Sonic Youth se montre plus conventionnel puisque, mĂȘme durant ses phases les plus libres et avant-gardistes comme sur NYC Ghost & Flowers, il reste attachĂ© Ă  l’idĂ©e de chanson vocale avec paroles. D’une certaine maniĂšre, le groupe expĂ©rimente avec un certain cadre pop, mĂȘme s’il en distord constamment les contours en bousculant les structures, en jouant avec les textures bruitistes et en s’éloignant du chant mĂ©lodique. Les projets parallĂšles de Sonic Youth, en revanche, rassemblĂ©s sous l’étiquette SYR, prĂ©sentent des enregistrements plus abstraits, souvent instrumentaux qui peuvent Ă©voquer l’éclatement formel de Pollock.

IMPROJAZZ : Kim Gordon a dit que l’objectif de Sonic Youth Ă©tait de dĂ©truire le rock ! Le groupe y est-il parvenu ?
MT: Outre son Ă©vident caractĂšre provocateur, une telle formule tĂ©moigne du statut intermĂ©diaire de Sonic Youth. Parmi ses membres, plusieurs niveaux de la technique musicale se cĂŽtoient : Steve Shelley et Lee Ranaldo ont pris quelques cours pour maĂźtriser batterie et guitare, Thurston Moore apprend ses premiers riffs en imitant seul les Ramones, Kim Gordon adopte tardivement la basse aprĂšs un cursus d’artiste visuel. MĂȘme si la formation du groupe se situe dans un sillage punk, une composante arty oriente dĂ©jĂ  sa musique pour une ouverture expĂ©rimentale et ambitieuse. Par ailleurs, Sonic Youth s’est toujours engagĂ© Ă  lutter contre le sexisme et la misogynie souvent associĂ©s Ă  un certain type de rock, ou hard rock, avec des groupes comme Led Zeppelin par exemple. À ce titre, le groupe cherche Ă  dĂ©truire une certaine idĂ©e stĂ©rĂ©otypĂ©e du rock : celle d’un groupe exclusivement masculin, accumulant les postures viriles sur scĂšne et nourrissant l’ambition de jouer devant des milliers de groupies. Les albums de Sonic Youth, tout autant que leurs engagements, leur image d’artistes passionnĂ©s au look ordinaire, cherchent Ă  prouver qu’un rock alternatif peut exister et qu’il peut s’accompagner d’expĂ©rimentations. Certes, un quatuor guitares, basse et batterie se situe dans une lignĂ©e rock, mais cela ne signifie pas qu’il doit s’interdire d’en remettre en question les codes. Sonic Youth s’est justement Ă©vertuĂ© Ă  questionner le format de chanson (supprimer les refrains au profit d’une progression dramatique plus longue), l’utilisation de guitares (jeu avec des baguettes de batterie ou un tournevis, accords alternatifs), le chant (entre poĂ©sie dĂ©clamĂ©e et chant mĂ©lodique) tout au long de sa carriĂšre. En cela, il a transformĂ© le rock et a participĂ© Ă  dĂ©truire une certaine image boursouflĂ©e du genre des annĂ©es 70.

IMPROJAZZ : Y a t-il une rĂ©elle frustration, un drame chez Sonic Youth, celui d’Ɠuvrer dans l’ombre et/ou jaillir dans la lumiĂšre Ă  l’instar de Nirvanna par exemple ?
MT: Il est clair que le succĂšs de Daydream Nation – 100 000 copies Ă©coulĂ©es Ă  sa sortie reprĂ©sentent une Ă©tape cruciale pour un album d’une telle radicalitĂ© – arrive Ă  point nommĂ© : le groupe, fatiguĂ© des tournĂ©es Ă  rĂ©pĂ©tition entre l’Europe et les États-Unis voit ses efforts rĂ©compensĂ©s au bout d’une petite dizaine d’annĂ©es de carriĂšre. Daydream Nation prouve qu’il existe un rĂ©el public pour un rock alternatif, ce qui n’échappe pas aux majors qui proposent rapidement des contrats au groupe Ă  la fin des annĂ©es 80, aboutissant Ă  une signature chez Geffen et les albums Go et Dirty. À cette pĂ©riode, le groupe manifeste un rĂ©el dĂ©sir de sĂ©duire davantage de public en acceptant des compromis durant les sessions d’enregistrement ou en se pliant aux rĂšgles de promotion (interviews, sessions photos, clips, etc). NĂ©anmoins, ayant dĂ©jĂ  vĂ©cu une premiĂšre carriĂšre indĂ©pendant de dix ans, le groupe ne s’y trompe pas et montre dans les interviews de l’époque qu’il sait qu’il bĂ©nĂ©ficie du succĂšs grandissant pour les groupes de guitares et la mode du grunge, qu’il a contribuĂ© Ă  crĂ©er via son influence sur Nirvanna. Lorsque les ventes du groupe chutent Ă  partir d’Experimental Jet Set, Trash & No Star, les membres le vivent certainement comme une lĂ©gĂšre dĂ©convenue, mais il semble qu’il se satisfait rapidement d’un statut finalement idĂ©al : celui d’un groupe culte, bĂ©nĂ©ficiant de grands moyens sur une major, citĂ© comme influence par de nombreux jeunes talents (Nirvana, Beck, Bikini Kill, Pavement, My Bloody Valentine, Radiohead, etc) mais libre de crĂ©er comme il l’entend.

Jean Luc FURNALETTO
Improjazz 243 mars 2018

- Sonic Youth

Si j’ai bien lu, je dois pouvoir Ă©crire que la diversitĂ© d’illustration des pochettes des disques de ce groupe rend compte de la diversitĂ© de leur production. Bon vous ĂȘtes dans le mĂȘme genre de livre dont je vous parlais Ă  propos de Dire Straits (mĂȘme Ă©diteur). Je ne sais pas si vous ĂȘtes comme moi mais, d’une part, toutes les musiques ne nous accrochent pas, ne nous touchent pas et celles qui nous Ă©meuvent le font parce que nous avons Ă©tĂ© bercĂ©s par d’autres musiques. Il se peut donc que si vous vous contentez de suivre les modes vous soyez passĂ© Ă  cĂŽtĂ© de Sonic Youth malgrĂ© ou Ă  cause de la diversitĂ© de leur production. Ce livre vous est donc nĂ©cessaire.

Il prĂ©sente le groupe Ă  partir de 1989 comme l’intermĂ©diaire parfait entre l’underground et le mainstream musical. D’aprĂšs l’auteur : « Le nom de Sonic Youth rend un double hommage Ă  Big Youth, chanteur et DJ jamaĂŻcain, et Fred « Sonic » Smith, ancien guitariste du MC5 dĂ©sormais Ă  la tĂȘte du Sonic’s Rendez-vous Band formĂ© avec Scott Asheton des Stooges. » Le groupe est constituĂ© de transfuges d’autres groupes
 Et cela m’amĂšne Ă  penser deux choses. D’une part, chacun amĂšne son vĂ©cu et sa musique inspirĂ©e de son ancien groupe, cela peut aider Ă  se diversifier et il est bien Ă©vident que dans ces cas-lĂ  un plus un Ă©galent trois
 D’autre part, il me semble que pour s’associer et jouer ensemble, il est nĂ©cessaire d’ĂȘtre douĂ©, d’avoir un talent certain. Je vous laisse dĂ©couvrir le parcours de ces musiciens et j’espĂšre que si vous avez, comme il se doit, regardĂ© dans votre discothĂšque pour y chercher du Sonic Youth vous en avez trouvĂ©. VoilĂ  un bon moyen de retrouver et dĂ©couvrir leur musique.

Bonne lecture-écoute.

Retrouvez cette chronique sur le site de Daily Books

Noé Gaillard
daily-books.com janvier 2016

- Interview de Matthieu Thibault

Ouvrage bien documentĂ© qui puise dans l’abondante bibliographie liĂ©e Ă  ce groupe, Sonic Youth par Matthieu Thibault vient de paraĂźtre aux Ă©ditions Le mot et le reste. L’une des originalitĂ©s de ce livre complet est de scruter le parcours scĂ©nique et discographique d’un des groupes rock post-punk les plus influents de ces trente derniĂšres annĂ©es. Un groupe dont la discographie s’est arrĂȘtĂ©e Ă  The Eternal en 2009, au moment de la rupture entre sa bassiste Kim Gordon et son chanteur guitariste Thurston Moore.

Concertlive : Peut-on établir un lien entre cet ouvrage sur Sonic Youth et vos précédents livres sur Miles Davis ou David Bowie ?

Matthieu Thibault : Il s’agit en tout de mon quatriĂšme livre car j’en avais aussi signĂ© un aux Ă©ditions du Camion Blanc consacrĂ© Ă  la pĂ©riode Brian Eno de David Bowie, avec sa fameuse trilogie berlinoise. C’était un travail universitaire que j’avais un peu revu. Je me consacre essentiellement Ă  l’étude de la musique, des sons, je m’intĂ©resse beaucoup Ă  la façon dont les artistes approchent le studio. Mais Miles Davis, David Bowie et Sonic Youth sont des artistes trĂšs diffĂ©rents du point de vue de l’esthĂ©tique. Ce qui m’intĂ©resse aussi, ce sont les jeux d’influence, dans les deux sens. Qui les a influencĂ©s, qui ont-ils influencĂ© ?

Concertlive : Une des originalitĂ©s de votre ouvrage, ce sont ses analyses techniques et musicologiques assez poussĂ©es, notamment page 52. Cela permet de renverser certains clichĂ©s autour de l’amateurisme et du “bruitisme” du groupe. Comment expliquez vous que Sonic Youth reste plutĂŽt apprĂ©ciĂ© des Ă©tudiants en Ă©cole d’art, d’avantage que des “requins de studio” ?

Matthieu Thibault : J’ai effectivement une vision musicologue du fait de ma formation (NDLR : l’auteur est musicologue et enseignant). Sonic Youth a la rĂ©putation d’ĂȘtre un groupe amateur de “guitares pourries”, qu’ils poussent dans leurs retranchements.
Je voulais montrer en quoi la façon d’accorder les instruments influe dans le processus de crĂ©ation artistique. Je reste personnellement fan des livres qui dĂ©cortiquent la musique. Concernant Sonic Youth, j’ai quand mĂȘme l’impression qu’ils arrivent Ă  fĂ©dĂ©rer diffĂ©rents publics. Un public proche du monde de l’art, c’est mon cas en tant que musicologue car ils sont un des groupes de rock parmi les plus pluridisciplinaires. Mais ce n’est que la face Ă©mergĂ©e de l’Iceberg. Sonic Youth compte aussi parmi ses fans de vrais amateurs de rock Ă  guitare, qui apprĂ©cient les bonnes chansons. Cela me tenait d’ailleurs Ă  coeur de montrer qu’ils savent aussi trĂšs bien Ă©crire.

Concertlive : Ils ont produit peu de hits dans leur carriĂšre. Quelles sont leurs meilleures chansons selon vous ?

Matthieu Thibault : “Kool Thing” est surement un des plus importants succĂšs de leur carriĂšre mais ce n’est paradoxalement pas forcĂ©ment une bonne chanson. Pourtant, pour moi, ils font partie des gens qui ont Ă©crit les chansons les plus marquantes dans les annĂ©es 80. Leur premier classique est Ă  mon sens le titre “Expressway to Yr. skull/Madonna Sean and me” sur l’album Evol en 1986. Il y a aussi de purs joyaux noisy pop construits comme tels sur l’album Daydream Nation de 1987, avec notamment un titre comme “Teenage Riot”. Je trouve aussi qu’on a un peu tendance Ă  oublier les albums avec le musicien Jim O’Rourke Ă  la guitare comme Murray Street ou Sonic Nurse, qui comportent de trĂšs bonnes compositions. Bien sĂ»r, on est pas lĂ  face Ă  des hymnes comme “Wonderwall” d’Oasis ou “Smells Like Teen Spirit” de Nirvana. Mais réécoutez la chanson “Drunken Butterfly” sur Dirty, elle est tout simplement redoutable.

Concertlive : C’est l’un des albums qui correspond le plus Ă  une Ă©ventuelle pĂ©riode “grunge” de Sonic Youth. Pensez vous que le groupe serait ce qu’il est sans Nirvana et Kurt Cobain ?

Matthieu Thibault : Clairement pas. Drunken Butterfly n’aurait pas pu voir le jour sans Nevermind de Nirvana. J’adore les deux groupes et j’adore In Utero le troisiĂšme album de Nirvana. C’est fou de voir comment ces deux groupes se sont influencĂ©s rĂ©ciproquement. Pavement a d’ailleurs aussi Ă©tĂ© un groupe fortement influencĂ© par le Sonic Youth des 80’s. Nirvana a beaucoup empruntĂ© Ă  Sonic Youth de son cĂŽtĂ© “noise” tandis que les aspirations mĂ©lodique de Nirvana ont fortement dĂ©teint sur Sonic Youth. Cette proximitĂ© entre les deux groupes est parfaitement perceptible dans le documentaire de Dave Markey 1991 : The year that punk broke. On y voit les deux groupes passer beaucoup de temps ensemble, adopter les mĂȘmes poses, produire les mĂȘmes riffs hard-rock.

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Lire l’intĂ©gralitĂ© de l’interview sur le site de Concertlive

Nicolas Mollé
Concertlive 4 novembre 2015

- Lu récemment

Dans l’histoire du rock, Sonic Youth est un rĂ©el cas d’école. En effet, un groupe dont la carriĂšre s’étale sur trente ans s’inspirant autant du rock new-yorkais des annĂ©es 70 que du free jazz ou de la musique contemporaine et devenant Ă  son tour une formation sĂ©minale dont se rĂ©clama toute la noise music, une partie du grunge jusqu’au shoegaze est assez singulier. S’y l’on y rajoute la prĂ©coce acceptation de ne mobiliser qu’un noyau dur de cinquante mille fans et de ne spliter – au bout de vingt-sept ans ! – pour la seule raison que son couple leader finit par rompre on touche bien Ă  quelque chose d’unique. C’est de cette altĂ©ritĂ© exigeante dont rend parfaitement compte cette biographie de Matthieu Thibault. Par un schĂ©ma narratif basĂ© sur le dĂ©tail des albums, des tournĂ©es et des activitĂ©s solos de ses membres, l’auteur, en musicologue averti, dĂ©gage les marqueurs d’un groupe fondamental qui reste pourtant toujours difficile d’accĂšs. Il insiste sur une dĂ©marche artistique pointue, programmĂ©e et jamais trahie. Puisant dans tous les genres (cinĂ©ma, art contemporains, littĂ©rature, musique
) Sonic Youth fait ici figure de digne descendant et d’audacieux prĂ©curseur. Les dix-sept albums qui jalonnent la carriĂšre du groupe tĂ©moignent d’un rock total privilĂ©giant presque autant les sons bruitistes que les mĂ©lodies pop, l’environnement des majors que les maniĂšres de l’indie rock. FidĂšle Ă  ses grands inspirateurs (Velvet, Patti Smith, Television
), les New-yorkais rĂ©ussirent en mĂȘme temps, et respectĂ© par tous, Ă  recrĂ©er le rock.

Lire l’article sur le site des ObsĂ©dĂ©s Textuels

Cédric Bru
Les Obsédés Textuels 2 novembre 2015

- La formule Sonic Youth

Intello, donc forcément indépendant?

Si vous posez la question “À quelle catĂ©gorie appartient le groupe Sonic Youth ?” On pense rock amĂ©ricain oui, mais aussi Grunge, Punk, IndĂ©pendant, Noise, Hardcore, Folk Ă©lectrique, Cold wave, Psyche, ExpĂ©rimental
 Avec des traces de Pop, de Rap d’Underground, d’Arty ! Et s’ils avaient pu faire du jazz ou du Classique


Et voilĂ  comment de 1981 Ă  2011, ce groupe insaisissable a gardĂ© une rĂ©putation de grand reprĂ©sentant du Rock IndĂ© amĂ©ricain. Éternels adolescents – bien que tous se marient, parfois entre eux et Ă©voluent -, qui touchent Ă  tout et par consĂ©quent sont aurĂ©olĂ©s d’une rĂ©putation de cerveaux, donc de gĂ©nies.

Je n’ai rien contre Sonic Youth et leurs bandes de potes fureteurs et curieux, au contraire, mais je suis frappĂ© par cette soif de genres, d’essais, de collaborations autour d’un pauvre quatuor Ă  guitares. Chapeau aux artistes !

Le livre de Mathieu Thibault raconte cette longue histoire par le menu : 30 annĂ©es de tentatives, d’influences, de rĂ©fĂ©rences, d’échanges autour d’un Rock LĂąchĂ©, planant ou incisif, aĂ©rĂ© ou bruyant. On admire ce qu’on ne cerne pas.

Mais ce serait eux, les Sonic Youth qui seraient normaux ? Ils ont vĂ©cu, aimĂ©, partagĂ© tout ce qui s’est passĂ© avant et pendant leur travail. Et ce serait ceux qui ne varient pas ou restent dans leur chapelle qui seraient fous, ou ignorants, ou impermĂ©ables ? La crĂ©ation est plus paradoxale que ça. L’auteur Ă©galement du livre, me stupĂ©fie : comment fait on pour savoir autant de choses, les moindres histoires de managers, d’attachĂ©s de presse, de contrats, sans compter la description de presque chaque morceau ou ambiance de ce kalĂ©idoscope assez monstrueux au final ? Jeunesse sonique est une hydre aux multiples tĂȘtes.

Consulter l’intĂ©gralitĂ© de l’article sur Novaplanet

Jean Rouzaud
Radio Nova // Novaplanet.com 23 octobre 2015