Smile
La symphonie inachevée des Beach Boys
On dit souvent que Sgt. Pepperâs des Beatles est lâalbum rock le plus influent de tous les temps. Ce livre est lâhistoire de lâalbum qui aurait pu le supplanter.
En 1966, le leader des Beach Boys Brian Wilson, qui vient de rĂ©volutionner la pop avec le single « Good Vibrations », fantasme Smile, une « symphonie adolescente adressĂ©e Ă Dieu », une saga mĂȘlant lâhistoire de lâAmĂ©rique Ă lâexploration du cycle de la vie et des Ă©lĂ©ments. Sa quĂȘte Ă©choue dans une frĂ©nĂ©sie de drogues, de rivalitĂ©s et de rĂȘves inaboutis, sur fond de magie noire et de mauvaises vibrations : Smile est mort mais va constamment ressusciter pendant un demi-siĂšcle, distillĂ© sur dâautres albums, rĂ©interprĂ©tĂ© en concert, compilĂ© sur un coffret de sessions. Il fascine des gĂ©nĂ©rations de journalistes, devenant un des trĂ©sors cachĂ©s de la presse rock naissante. Il circule sous le manteau, en cassette ou en MP3 et des fans entreprennent de le parachever. Son crĂ©ateur le rĂ©enregistre lui-mĂȘme, en 2004, avant quâil ne finisse par sortir officiellement en 2011. Smile nous raconte lâhistoire de Brian Wilson, des Beach Boys, de la pop, mais il parle aussi de notre rapport Ă la musique et de notre quĂȘte de lâinaccessible. Jean-Marie Pottier explore cette saga foisonnante Ă lâaide des archives de lâĂ©poque et de plusieurs dizaines dâentretiens.
Revue de presse
« Smile, la symphonie inachevĂ©e des Beach Boys », lâinvestigation minutieuse de JM Pottier Azbinebrozer Addict Culture 29 novembre 2018
- Beach Boys, derniÚres pages à la plage François Gorin Télérama // Pop secrÚte 21 août 2018
- Smile, La symphonie inachevée des Beach Boys ! Sophie Thomas France Bleu 28 juin 2018
- Smile, l'histoire de l'album maudit des Beach Boys Nova Club Nova 26 juin 2018
Câest lâhistoire dâun mythe. Smile ou lâalbum qui aurait dĂ» dĂ©passer artistiquement le Sgt Pepper des Beatles et qui aura, en dĂ©finitive, eu raison de lâĂ©tat mental de Brian Wilson. Principal artisan du chef-dâĆuvre Pet Sounds, considĂ©rĂ© encore aujourdâhui comme lâun des disques les plus novateurs et les plus influents de la pop, le leader des Beach Boys a pensĂ© son Ćuvre de 1967 comme une âsymphonie adolescente adressĂ©e Ă Dieuâ.
Las, son perfectionnisme mĂȘlĂ© Ă une inaccessible quĂȘte de beautĂ© absolue, le tout sous lâinfluence des drogues scellent le sot dâun projet vouĂ© Ă lâĂ©chec. Dâabord bonnes, les vibrations deviennent dĂ©lĂ©tĂšres et les autres membres du groupe assistent impuissants Ă la quasi mise Ă mort de ce qui va, pendant des dĂ©cennies, devenir lâArlĂ©sienne du rock.
Avant sa sortie officielle en 2011, Smile a circulĂ© sous le manteau. Bien sĂ»r, certaines des chansons qui le composaient ont trouvĂ© une place dans dâautres albums mais le mystĂšre autour de lâalbum a toujours existĂ© et persiste suffisamment pour que Jean-Marie Pottier, ancien rĂ©dacteur en chef du magazine Slate, lui consacre un ouvrage. Comme il lâavait pour Ground ZĂ©ro, une histoire musicale du 11 Septembre, le journaliste a creusĂ© son sujet, interrogĂ© des dizaines de sources et vise juste lorsquâil Ă©crit que âSmile nous raconte une histoire mais aussi une histoire de lâhistoire du rockâ. Ă lire en Ă©coutant inlassablement ce trĂ©sor longtemps restĂ© cachĂ©.
Le rĂ©cit dĂ©bute en 2004 dans une chambre dâĂ©tudiant, ce lieu oĂč la pop renaĂźt sans cesse, lĂ oĂč sâenivrent tous les rĂȘves pop dâun monde dâextase. Jean-Marie Pottier, futur auteur de Smile, la symphonie inachevĂ©e des Beach Boys a affichĂ© au mur une drĂŽle de petite annonce Ă propos dâun objet perdu 37 ans auparavant en 1967, Smile, un des albums les plus attendus de lâhistoire du rock, des Beach Boys et dont Brian Wilson vient enfin dâenregistrer une nouvelle version⊠JusquâĂ ce quâen 2011, Capitol ne propose enfin, Ă partir des sessions originales, une version intitulĂ©e The Smile sessions.
37 ans de rĂȘves, de mythes qui enflent plus les annĂ©es passent. Lâalbum qui aurait pu supplanter Sgt Pepper dans la compĂ©tition entre les Beatles et les Beach Boys ?⊠Une Ćuvre inachevĂ©e forcĂ©ment parfaite, celle que les fans refont sur leur lecteur de cassette, avec leur logiciel de son, dans leur chambre, et surtout dans leur tĂȘte ?!⊠En interview sur Addict-Culture, lâauteur nous rappelle, Ă une pĂ©riode oĂč toute musique est devenue tĂ©lĂ©chargeable, comment lâĆuvre inaccessible est celle qui sauve le dĂ©sir ! 37 ans pour Ă©crire aussi le roman de lâartiste maudit, le gĂ©nie oui, mais forcĂ©ment victime de toutes les malĂ©dictions, des odieux complots des plus proches, avec dans les rĂŽles principaux, lâaffreux cousin rĂ©ac du groupe, Mike Love, son psychiatre Eugene Landy, plus vĂ©nal quâanalysteâŠ
Face Ă tous ces rĂ©cits, le remarquable travail dâinvestigation de J.M. Pottier nâest-il pas inĂ©vitablement source de certaines dĂ©sillusions pour le fan de lâalbum, bercĂ© par tant de rĂȘves ? La lĂ©gende parfois trop belle, parfaite, peut avoir Ă cĂ©der sa part dâimaginaire et affronter la rĂ©alitĂ©. AprĂšs avoir tant vibrĂ© Ă cette « Symphonie adolescente Ă Dieu », yeux clos vers le ciel, serait venu avec cet ouvrage, le moment de reprendre pieds sur terre, pour estimer la rĂ©putation dâun flamboyant vaisseau coulĂ© en rade ! Pour tous, et notamment les plus jeunes amateurs de rock, lâouvrage offre alors lâopportunitĂ© dâune immersion dans la splendeur, mais aussi la fragilitĂ©, la dĂ©tresse parfois, du « classic rock » depuis les annĂ©es 60âŠ
La petite annonce affichĂ©e dans la chambre, toute virtuelle, rĂ©pond au jeune Bill Earl, fan des Beach Boys, parti sâenquĂ©rir en 1967 de la sortie toujours repoussĂ©e de lâalbum auprĂšs de leur maison de disque Capitol. En vain, et qui consigne dans sa chambre, sur son journal intime, sa dĂ©ception, ses espoirs⊠Avant de mener sa propre quĂȘte pour atteindre lâalbumâŠ
Car il ne sâagit pas de nâimporte quel album. Le rĂ©cit de Jean-Marie Pottier remonte alors le temps. Lâouvrage aborde dâabord les prĂ©mices de lâalbum, depuis les semaines dĂ©jĂ dĂ©mesurĂ©es dâenregistrement du single Good Vibrations, jusquâau long mois en studio qui mĂšneront Brian Wilson Ă perdre pied.
Nous sommes en 1966-1967 Ă un moment clĂ© oĂč la pop, aprĂšs avoir gĂ©nĂ©rĂ© un engouement juvĂ©nile mondial, semble vouloir sâinscrire comme un phĂ©nomĂšne culturel majeur. Les deux plus grands groupes du moment sâaffrontent par albums, de plus en plus ambitieux et matures. *Rubber soul, Revolver pour les Beatles, Pet Sounds pour les Beach Boys.* Chacun prĂ©pare sa rĂ©plique. Les premiers avec Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band, les seconds avec Smile, dĂ©jĂ annoncĂ© par un premier single divin : Good vibrations qui placent la concurrence Ă des hauteurs cĂ©lestes. Lâespoir nourri pour Smile Ă partir de 1966 est immenseâŠ
Sgt Pepper deviendra en 1967 un des albums majeurs de lâhistoire du rock. Smile va lui disparaĂźtre de son espace-temps, la Californie de la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 60, alors phare de la culture rock, pour sâenfoncer 37 ans au purgatoireâŠ
Lâouvrage de Jean-Marie Pottier, Smile symphonie inachevĂ©e des Beach Boys, est donc dâabord lâhistoire dâun Ă©chec, le rĂ©cit dâun long deuil, celui dâun album qui tarde, sâĂ©vanouit, et dont lâombre planera ensuite sur les productions, la carriĂšre du groupe, sur le destin fragile de son inspirateur Brian Wilson, perdu dans sa propre chambre. Brian dĂ©clarera en interview « LâidĂ©e de ce disque continuait Ă me tirer vers le bas ». Une blessure terrible aussi pour son jeune parolier, Van Dyke Parks, dont il se relĂšve tout de mĂȘme, dĂšs fin 67, avec encore un album amĂ©ricain sophistiquĂ© Song Cycle. Cet Ă©chec va aussi imprimer sa marque sur la carriĂšre, et la vie, des autres membres du groupe, ses frĂšres Dennis et Carl, son cousin Mike Love, les amis Al Jardine et Bruce JohnstonâŠ
Rien nây fera pour Brian, pourtant trĂšs entourĂ© par la scĂšne culturelle californienne, raconte J.M. Pottier, « deux policiers, jouĂ©s par les comĂ©diens Dan Aykroyd et John Belushi, viennent lâarrĂȘter pour non-pratique du surf et prononcent immĂ©diatement la condamnation : aller prendre les vagues Ă Trancas Beach » ! [âŠ] Dans la poche de son maillot de bain, un petit mot manuscrit : « Je te promets que tu ne vas pas te noyer ! Tu vas vivre . »⊠SignĂ© EugĂšne Landy, le sulfureux thĂ©rapeute⊠». Vivre oui, mais dans quel Ă©tat !âŠ
Câest aussi lâhistoire du dĂ©clin du plus cĂ©lĂšbre groupe amĂ©ricain des sixties, qui nâa pas rĂ©ussi ce nouvel album de transition vers un rock plus mature et dont la production va plonger. Le groupe a fait le deuil dâune Ă©criture plus ambitieuse, Ă dĂ©faut dâune production vraiment plus actuelleâŠ
J.M. Pottier passe en revue les multiples raisons du naufrage de Smile. « Raconter son Ă©popĂ©e, câest dâabord cartographier un terrible alignement des astres et dĂ©sastres qui a fait dĂ©railler un des projets les plus prometteurs de la musique pop des annĂ©es soixante. » observe alors lâauteur. La carte des astres serait longue Ă tracer, eux qui ont nourrit tant de cosmologiesâŠ
Dans la lentille du tĂ©lescope tournĂ©e vers le kalĂ©idoscopique Smile, apparaĂźt une conjonction de gravitations nĂ©fastes : il y a le poids des responsabilitĂ©s de Brian Wilson en charge de la composition, de lâenregistrement, avec des visĂ©es trĂšs novatrices poussĂ©es jusquâĂ un perfectionnisme extrĂȘme, en charge encore du lien avec un jeune parolier, Van Dike Parks, Ă lâĂ©criture audacieuse. Face Ă des murs dâenregistrement Ă mixer, Brian se retrouve Ă devoir choisir parmi des centaines dâheures de musique. Il y a la fragilitĂ© psychologique de Brian, dĂ©jĂ pointĂ©e lors de son blocage en tournĂ©e, et dĂ©multipliĂ©e par lâusage de drogues. Et puis aussi son isolement au sein du groupe pour soutenir un tel projet. Il est vrai que la visĂ©e mĂȘme de Smile est complexeâŠ
J.M. Pottier, dans son interview sur Addict-Culture, revient sur ce projet « quand mĂȘme assez flou. Smile, ce sont plusieurs concepts emboĂźtĂ©s, avec des Ă©lĂ©ments sur lâhistoire de lâAmĂ©rique, mais aussi lâĂ©vocation des quatre Ă©lĂ©ments naturels et une espĂšce de rĂ©gĂ©nĂ©ration spirituelleâŠÂ». Rien que cela !⊠De quoi alimenter des dĂ©cennies dâinterprĂ©tations les plus variĂ©es, les plus barrĂ©es aussi⊠Lâalbum porte des ambitions sociĂ©tales en lien avec lâatmosphĂšre de la cĂŽte ouest. Le Summer of love approche. On peut y lire aussi, Van Dike Parks le revendique, une ambition politique, au sens global. Il est question de retrouver lâesprit qui a animĂ© le destin des Ătats-Unis, et auquel les quatre cousins british dans le vent qui a balayĂ© lâAmĂ©rique, ne connaissent rien !⊠« Bon Dieu Brian, oĂč sont passĂ©es les filles, la plage, la planche et les bagnoles, ce qui a fait notre rockânâroll quoi ?!» croirait-on entendre Mike Love âŠ
Autour de cet alignement, pour J.M. Pottier qui a interviewĂ© beaucoup de proches du groupe, la clĂ© reste tout de mĂȘme lâincapacitĂ© de Brian Ă prendre la dĂ©cision quâil avait alors toujours en main : fixer une deadline et sortir lâalbum⊠Brian ploie aprĂšs de longs mois dâenregistrement sous la pression de lâambition quâil sâĂ©tait fixĂ©e, sous le poids dâune terrible vibration dâantimatiĂšre, qui anĂ©antit toutes les Good vibrations qui avaient initiĂ© son projet.
J. M. Pottier Ă©voque le retour sur cette pĂ©riode de Brian, bien plus tard, sur lâalbum That Lucky Old Sun dans sa chanson Going Home : âAt 25, I turned out the light, Cause I couldnât handle the glare in my tired eyes.â
« Mais si Smile est lâhistoire dâune perte, il est aussi lâhistoire dâune survie. ». AprĂšs la chute, il y a bien sĂ»r les tentatives de retour de Brian, les vellĂ©itĂ©s de rĂ©surgence du groupe⊠Mais ce que raconte une grande partie de lâouvrage, câest bien la tentative surprenante de survie de lâalbum lui-mĂȘme ! Ce Smile « qui, alors mĂȘme quâil nâexistait pas officiellement, a suscitĂ© tant de mots, dâimages et de sons â des articles, des essais, des romans, des films et bien sĂ»r des disques â, tellement de dialogues et de dĂ©bats, bref, nourri sa lĂ©gende, quâil a semblĂ© prendre vie, presque davantage que dâautres sortis dans le commerce ».
Cette survie, lâalbum la doit Ă la quĂȘte que mĂšnent tous les fans, les journalistes Ă la recherche des traces du trĂ©sor perdu. La lĂ©gende a-t-elle dâemblĂ©e pris le dessus sur la qualitĂ© du produit ? Personne ne peut le dire alors. Elle est relayĂ©e et alimentĂ©e par la diffusion Ă©parse de morceaux de Smile, au fur et Ă mesure des sorties des albums suivants du groupe. Et les rĂ©surgences ont de quoi intriguer ! Quelques titres sublimes « Heroes and villains », « Surfâs up » poussant lâĂ©criture de Brian Wilson encore plus loin. Des morceaux tout en fantaisie, avec des patchworks de musiques populaires amĂ©ricaines, des mixes de toutes sortes de bruitages, le tout avec lâintensitĂ© Ă©motionnelle du petit enfant qui passe instantanĂ©ment du rire aux larmesâŠ
AprĂšs la mĂ©lancolie de Pet sounds, lâalbum semble avoir voulu porter autre chose que les Ă©motions adolescentes proposĂ©es jusquâici. Child is father of the man⊠Smile semble moins tĂ©moigner de ces instantanĂ©s dâadolescents, marque dĂ©posĂ©e des Beach Boys, avec son couple de satisfactions/insatisfactions, quâĂ un cycle de vie plus profondâŠ
Les filaments Ă©pars de Smile alimentent lâĂ©nergie dĂ©ployĂ©e Ă le retrouver. Les lacunes sonores sont bientĂŽt comblĂ©es de mots. La lĂ©gende alimente le dĂ©veloppement de toute une presse musicale rock naissante. Le phĂ©nomĂšne culturel rock, tout jeune, cherche Ă sâĂ©crire. Il porte le dĂ©sir de toute une gĂ©nĂ©ration. Rien de mieux pour alimenter le dĂ©sir quâune absence.
J.M. Pottier distingue alors plusieurs phases dans le dĂ©veloppement de la presse rock. Il y a dâabord le dĂ©veloppement des fanzines qui suivent le destin de lâalbum, dĂšs 1967. Puis apparaissent les grandes institutions de la rock culture, avec des articles importants dans Rolling Stone, notamment sur les rĂ©surgences des Beach Boys, dans le New Musical Express qui traite en mode lĂ©gende noire le destin tragique des hĂ©ros rock depuis le dĂ©but des seventies. Dont BrianâŠ
« Smile nous raconte une histoire mais aussi une histoire de lâhistoire du rock » Ă©crit alors lâauteur. Câest ainsi que naĂźt le projet de ce livre, construit autour de lâidĂ©e du disque qui raconte par son destin, lâhistoire du rock. Le piratage, marque de fabrique de la contre-culture et du rock, poursuit le destin de Smile. Pendant 37 ans, cet album inaudible, accompagne aussi lâhistoire du rock par la circulation parallĂšle des extraits des sessions dâĂ©poque. J.M. Pottier reconstitue avec beaucoup dâattention, les chaĂźnons qui voient se diffuser des pans entiers dâenregistrements sous forme de vinyles ou de cassettes. Ce sont des versions de titres, de simples extraits de sessions qui circulent sous la forme de bootlegs. Chacun ayant la sensation de recevoir une part du trĂ©sor cachĂ© !
Plus encore, avec Smile, le piratage permet Ă ces fans de devenir crĂ©ateurs participant Ă lâĆuvre Smile ! Pour peu que lâauditeur ait rĂ©cupĂ©rĂ© suffisamment dâextraits parmi la myriade qui circule, il peut alors sĂ©lectionner les titres, mais aussi les versions quâil souhaite, puis les compiler dans lâordre qui lui sied ! Pour J.M. Pottier, « Smile devient une Ćuvre dont vous ĂȘtes le hĂ©ros » ! Avec lâarrivĂ©e du numĂ©rique la diffusion dâĂ©clats de Smile sâaccĂ©lĂšre, et les potentialitĂ©s de montage. Avec un simple logiciel de son, le fan ne se contente plus de regrouper des morceaux de diffĂ©rentes sessions, il peut assembler pour un mĂȘme morceau des pistes de sessions diffĂ©rentes. LâĆuvre divergente qui nourrissait lâesprit de Brian en 1967 jusquâĂ lâanĂ©antir, est ainsi reproduite dans les centaines de versions de Smile qui circulent sur les rĂ©seauxâŠ
A chacun son Smile ! La contreâculture rock, dans lâesprit du Web 2.0, atteint avec Smile, un stade assez rĂ©volutionnaire dans le rapport production/consommation esthĂ©tique ! LâĆuvre est coproduite par lâartiste et les auditeurs !⊠Au point quâen 2004, lors des sorties de la version rĂ©enregistrĂ©e par Brian lui-mĂȘme, qui choisit un ordre de titres adaptĂ© Ă une tournĂ©e en live, puis de Smile Sessions en 2011, avec le mĂȘme ordre, Ă partir dâenregistrements dâĂ©poque, ces versions nâont droit Ă aucun surcroĂźt de lĂ©gitimitĂ© pour certains auditeurs, bercĂ©s par leur propres versions de lâĆuvre⊠Brian peut-il encore sâarroger ce quâil a esquissĂ© 37 ans auparavant ? TrĂšs affectĂ©, est-il encore en Ă©tat ?⊠Qui dĂ©fend alors le « vrai » Brian Wilson ?
Lâouvrage de J.M. Pottier nâest donc pas un livre Ă thĂšse, qui apporterait sur des choses si peu tangibles, un point de vue dĂ©finitif. Lâauteur ouvre toutes les questions posĂ©es par lâalbum. Plus nous progressons dans la lecture, plus nous avons le sentiment dâavancer dans un monde dĂ©multipliĂ© qui donne un peu le tournis. On croit avec ce livre, avoir enfin le droit dâapercevoir la carte du trĂ©sor cachĂ© ? On croit entendre enfin le vrai Smile ? Au final, nous accĂ©dons Ă beaucoup de choses mais pas Ă tant de certitudes que cela. Le Smile de 1967, inachevĂ©, est inaccessible, mais pour notre bonheur chacun peut rĂ©vĂ©ler son propre Smile !
Nâavons-nous pas tout de mĂȘme deux sorties officielles ? Oui et câest dĂ©jĂ une de trop ! Certains fans sâopposent mĂȘme Ă lâidĂ©e quâun album officiel ait pu sortir, estimant soit quâil ne puisse plus y en avoir, soit que le trĂ©sor nâait jamais Ă©tĂ© quâun leurre !âŠ
Au fil de lâinvestigation remarquable de lâauteur, nous avons plongĂ© pour le meilleur et le pire dans lâunivers de la culture rock, cĂŽte ouest amĂ©ricaine. A partir dâune documentation trĂšs ancrĂ©e, nous avons mis en lien tant de moment de vie, de tractations, de phĂ©nomĂšnes culturels⊠Nous avons Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement bousculĂ©s dans nos reprĂ©sentations, dans nos passions, pour notre hĂ©ros bien sĂ»r, mais aussi sur la rĂ©alitĂ© dâune telle merveille. Ma lecture de cet ouvrage, la rencontre en interview de J.M. Pottier, mâauront personnellement permis de mieux prendre en compte la multiplicitĂ© de Smile, objet vĂ©nĂ©rĂ© mais dĂ©finitivement un peu plus flou que prĂ©vu⊠Sans que cela nâentame lâimmense Ă©motion Ă©prouvĂ©e Ă chaque Ă©coute.
Que penser alors dâune telle « auberge espagnole » ? Une Ćuvre reconstruite, interprĂ©tĂ©e par chacun, de par ses thĂšmes multiples et enchĂąssĂ©s, avec tant de perspectives⊠En fin dâouvrage, Jean-Marie Pottier revient sur les textes, quasi achevĂ©s en 1967, sur « lâobjectivitĂ© » de Smile. Lâauteur a Ă©crit plusieurs livres sur la musique, aux Ăditions Le Mot Et Le Reste, notamment Ground Zero, une histoire musicale du 11 Septembre . Il y traite des effets de lâĂ©vĂšnement sur la production musicale qui suit. Et puis Indie pop â 1979-1997 , oĂč il aborde aussi le positionnement Ă©conomique et lâimpact politique de lâindie pop.
Les ouvrages de J.M. Pottier ancrent donc toujours la musique dans son contexte culturel, commercial, politique. Dans son dernier chapitre, lâauteur sâefforce de dĂ©crypter lâĂ©criture trĂšs allusive et surrĂ©aliste de Van Dike Parks⊠Il sâappuie pour cela sur les dĂ©clarations en interview du parolier qui, dans une formule, fait rĂ©fĂ©rence Ă Dylan : « I was a son of the american revolution, and there was blood on the tracks ». Smile est alors lâhistoire de cette piste amĂ©ricaine sanglante, celle de « toutes les guerres amĂ©ricaines gagnĂ©es ou perdues, passĂ©es ou en cours, Ă lâextĂ©rieur comme Ă lâintĂ©rieur ». Le ViĂȘt-Nam gronde. « Brian Wilson et Van Dike Parks veulent dĂ©fendre le rĂȘve amĂ©ricain, mais aussi dĂ©crire les fractures amĂ©ricaines ». Cela passe par un travail sur les mythes fondateurs, la culture amĂ©ricaine, ses chants populaires qui irriguent lâalbum sous une forme ou une autre.
Toujours prĂ©cautionneux, lâauteur sâappuie sur lâĂ©tude universitaire pointilliste des textes de Smile, proposĂ©e par Dale Carter, qui Ă©claire les incessantes allusions et la thĂ©matique des textes. Lâanalyse de certains titres ne se donne pas dâemblĂ©e et J.M. Pottier Ă©claire lâarticulation entre texte et citations musicales.
On comprend alors peut-ĂȘtre mieux, la logique Ă©motionnelle Ă©tonnante de Smile, ces fameuses sautes dâhumeurs, quâon peut attribuer au psychĂ©dĂ©lisme ambiant, Ă une Ă©criture collagiste en vogue, Ă la prise de substance qui dĂ©stabilise, mais aussi au projet trĂšs ambitieux : aborder le destin dâun pays ! CĂŽtĂ© textes, lâĂ©criture de Van Dike Parks, trĂšs allusive, reste finalement Ă distance. CĂŽtĂ© musique, Brian Wilson semble sâĂȘtre investi Ă propos du destin de son pays, avec une empathie totale⊠Une empathie immense qui cherche Ă prendre en compte Ă tout moment les contradictions, les tensions dâun pays, les forces qui sâopposent. Cow-boys et indiensâŠ
On distingue peut-ĂȘtre alors mieux en Smile, sa force inouĂŻe et sa fragilitĂ© inhĂ©rente. Cette force, presque transcendante Ă lâĂ©coute, qui va rĂ©ussir Ă survivre malgrĂ© lâĂ©chec. Cette fragilitĂ© Ă©motionnelle Ă vouloir prendre en compte simultanĂ©ment toutes les contradictions, tous les Heroes and VillainsâŠ
Dans ce livre remarquable, lâinvestigation minutieuse, patiente de J.M. Pottier nâaura imposĂ© aucune thĂšse. Elle nous aura accompagnĂ©s sur les chemins sinueux oĂč Smile a semblĂ© se perdre puis reprendre vie. Lâouvrage rejoint alors, discrĂštement, lâesprit de lâalbum, rĂ©solument ouvert, Ă toutes les contradictions. Finalement passionnĂ© !
Lire la chronique sur le site de Addict Culture
François Gorin continue lâhistoire des Disques rayĂ©s sur son nouveau blog, Pop secrĂšte.
Le plus emblĂ©matique des groupes californiens, et son crĂ©ateur gĂ©nial Brian Wilson, occupent-ils la place quâils mĂ©ritent au panthĂ©on de la pop ? Deux livres en français dans le texte viennent relancer le dĂ©bat â une biographie et une Ă©tude dĂ©taillĂ©e du âcasâ Smile, fameux album maudit qui faillit avoir la peau dudit Brian.
Les Beach Boys ne sont pas seulement les inventeurs prĂ©sumĂ©s du yacht rock. Ils sont aussi et Ă jamais lâarchĂ©type du groupe-qui-nâest-pas-celui-que-vous-croyez. La faute aux chemisettes rayĂ©es, aux planches Ă surf, aux bagnoles trafiquĂ©es et aux blondes californiennes. Ces fĂ©tiches ont Ă la fois assurĂ© la promotion des frĂšres Wilson & co, tout en recouvrant, comme les couleurs vives dâun vilain chromo, le talent de compositeur du plus douĂ© dâentre eux, Brian. Il y a ceux qui savent et ceux qui sâen foutent. La proportion des premiers a semble-t-il augmentĂ© avec les annĂ©es. Mais chez les plus fervents fans continue de sĂ©vir un complexe. Les Beach Boys, et Brian Wilson au premier chef, nâauraient toujours pas le rang quâils mĂ©ritent. Il faut y remĂ©dier, a dĂ» penser Jean-Emmanuel Deluxe au moment dâentamer sa biographie Ă la fois sommaire et pointilleuse.
Ours savant et G.O. en casquette
Beach Boys â un Ă©tĂ© sans fin (Ă©d. Atlantica), sous une jaquette qui pĂ©rennise le clichĂ© surf, est portĂ© par lâenthousiasme de son auteur, qui a lu tous les bons livres et obtenu quelques interviews en prime. Sâil pointe lâingratitude de la critique, surtout française, Ă lâĂ©gard de ses favoris, il nâhĂ©site pas Ă user lui-mĂȘme des charmes de celle-ci (emportements, approximations, saillies parfois drĂŽlesâŠ). Je peux tĂ©moigner quâen 1980, lors de leur passage au Palais des Sports, il nâĂ©tait pas facile de dĂ©fendre les Beach Boys. Tandis quâautour de moi des couples en tenues colorĂ©es dansaient le rock sur les vieux tubes rĂ©moulĂ©s par ce juke-box humain quâĂ©tait devenu le groupe, avec Mike Love en G.O. Ă casquette, je voyais ce pauvre Brian, en surpoids et barbu, attelĂ© Ă un piano dont aucun son ne sortait. On le faisait applaudir en lui levant le bras, tel un ours savant qui ne savait plus oĂč il habitait â pas sur scĂšne en tout cas.
Cinq ans aprĂšs, je rĂ©digeai pour Rock & Folk un long article intitulĂ© La DerniĂšre Plage. Jây parlais naturellement de Smile, le fameux album fantĂŽme inachevĂ© dont la lĂ©gende courait depuis un moment. Quelque temps plus tard, un camarade Ă©clairĂ© (Philippe Auclair pour ne pas le nommer, qui frĂ©quentait Andy Paley), me remit une cassette contenant des extraits inĂ©dits de Smile. Les plus flippants, notamment un thĂšme obsĂ©dant de cinq notes au clavecin (pris dans la mĂ©lodie Ă tiroirs de Heroes and Villains), et les sirĂšnes de Fire, un morceau dont le pouvoir mĂ©phitique avait, dit-on, mis le feu Ă lâimmeuble voisin du studio. CâĂ©tait comme si, en 1966, on avait commandĂ© en mĂȘme temps Ă Brian Wilson la BO dâun film dâhorreur et celle dâun Disney. Le cartoon bucolique, câĂ©tait Smiley Smile, aimable ersatz sorti par Capitol en 1967. Lâautre Ă©tait sur la cassette, parmi des choses plus faciles mais qui montraient assez clairement que le gĂ©nie de Brian Wilson Ă©tait Ă double face.
Reconnaissance infinie et malaise
Lâhistoire de Smile est narrĂ©e par le dĂ©tail, câest peu de le dire, dans un livre de Jean-Marie Pottier (Ă©d. Le Mot et le Reste). Trente ans se sont Ă©coulĂ©s depuis la cassette et comme tout amateur des Beach Boys, je me suis procurĂ© tour Ă tour un CD pirate reconstituant lâalbum, la version 2004 orchestrĂ©e par les Wondermints autour de Brian et enfin le coffret sorti en 2011 pour Ă©puiser le sujet. Je prĂ©cise que ce dernier mâa Ă©tĂ© envoyĂ© par la maison de disque. Aurais-je cassĂ© ma tirelire pour Ă©couter un CD entier de prises de Heroes and Villains, parmi la somme de bandes originales contenues dans cet objet de la taille dâun meuble ? Certains lâont fait, jâen connais. Jâai aussi assistĂ©, Ă Londres, en fĂ©vrier 2004, au concert oĂč Brian Wilson prĂ©sentait Smile, Ă moins que ce ne fĂ»t les Wondermints qui prĂ©sentaient Brian Wilson, dĂ©marche hĂ©sitante et voix usĂ©e, comme un oncle enfin sorti du coma.
[âŠ]
Lire le billet sur le blog de François Gorin
En 1966, le leader des Beach Boys Brian Wilson, qui vient de rĂ©volutionner la pop avec le single « Good Vibrations », fantasme Smile, une « symphonie adolescente adressĂ©e Ă Dieu », une saga mĂȘlant lâhistoire de lâAmĂ©rique Ă lâexploration du cycle de la vie et des Ă©lĂ©ments.
Drogues, rivalités, Smile est mort, vive Smile ! Il a fasciné, est devenu un véritable trésor, avant de finir par sortir en 2011 !
Jean Marie Pottier nous raconte lâhistoire de cet album dans ce livre, aux Ă©ditions âLe Mot et le Resteâ, un livre idĂ©al pour les vacances !
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Le Nova Club tâen parle avec Jean-Marie Pottier qui vient de publier « Smile, lâhistoire de lâalbum maudit des Beach Boys ».
Aujourdâhui le Nova Club reçoit le journaliste Jean-Marie Pottier. David Blot et Sophie Marchand vont Ă©videmment parler musique avec lui et plus particuliĂšrement des Beach Boys puisquâil vient de sortir La symphonie inachevĂ©e des Beach Boys. Un livre dans lequel il retrace lâhistoire de lâalbum Smile qui devait sortir en 1967 et qui nâa finalement jamais vu le jour. Et bien sĂ»r on va Ă©couter le groupe californien mais aussi Johan Papaconstantino, Disiz la Peste et Jay Rock.
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