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Parution : 21/06/2018
ISBN : 9782360545865
240 pages (148x210)

Smile

La symphonie inachevée des Beach Boys

On dit souvent que Sgt. Pepper’s des Beatles est l’album rock le plus influent de tous les temps. Ce livre est l’histoire de l’album qui aurait pu le supplanter.

En 1966, le leader des Beach Boys Brian Wilson, qui vient de rĂ©volutionner la pop avec le single « Good Vibrations », fantasme Smile, une « symphonie adolescente adressĂ©e Ă  Dieu », une saga mĂȘlant l’histoire de l’AmĂ©rique Ă  l’exploration du cycle de la vie et des Ă©lĂ©ments. Sa quĂȘte Ă©choue dans une frĂ©nĂ©sie de drogues, de rivalitĂ©s et de rĂȘves inaboutis, sur fond de magie noire et de mauvaises vibrations : Smile est mort mais va constamment ressusciter pendant un demi-siĂšcle, distillĂ© sur d’autres albums, rĂ©interprĂ©tĂ© en concert, compilĂ© sur un coffret de sessions. Il fascine des gĂ©nĂ©rations de journalistes, devenant un des trĂ©sors cachĂ©s de la presse rock naissante. Il circule sous le manteau, en cassette ou en MP3 et des fans entreprennent de le parachever. Son crĂ©ateur le rĂ©enregistre lui-mĂȘme, en 2004, avant qu’il ne finisse par sortir officiellement en 2011. Smile nous raconte l’histoire de Brian Wilson, des Beach Boys, de la pop, mais il parle aussi de notre rapport Ă  la musique et de notre quĂȘte de l’inaccessible. Jean-Marie Pottier explore cette saga foisonnante Ă  l’aide des archives de l’époque et de plusieurs dizaines d’entretiens.

Revue de presse

- Petit papa rocker Éric Buggea Corse Hebdo 14 dĂ©cembre 2018
« Smile, la symphonie inachevĂ©e des Beach Boys », l’investigation minutieuse de JM Pottier Azbinebrozer Addict Culture 29 novembre 2018
- Beach Boys, derniÚres pages à la plage François Gorin Télérama // Pop secrÚte 21 août 2018
- Smile, La symphonie inachevée des Beach Boys ! Sophie Thomas France Bleu 28 juin 2018
- Smile, l'histoire de l'album maudit des Beach Boys Nova Club Nova 26 juin 2018

- Petit papa rocker

C’est l’histoire d’un mythe. Smile ou l’album qui aurait dĂ» dĂ©passer artistiquement le Sgt Pepper des Beatles et qui aura, en dĂ©finitive, eu raison de l’état mental de Brian Wilson. Principal artisan du chef-d’Ɠuvre Pet Sounds, considĂ©rĂ© encore aujourd’hui comme l’un des disques les plus novateurs et les plus influents de la pop, le leader des Beach Boys a pensĂ© son Ɠuvre de 1967 comme une “symphonie adolescente adressĂ©e Ă  Dieu”.
Las, son perfectionnisme mĂȘlĂ© Ă  une inaccessible quĂȘte de beautĂ© absolue, le tout sous l’influence des drogues scellent le sot d’un projet vouĂ© Ă  l’échec. D’abord bonnes, les vibrations deviennent dĂ©lĂ©tĂšres et les autres membres du groupe assistent impuissants Ă  la quasi mise Ă  mort de ce qui va, pendant des dĂ©cennies, devenir l’ArlĂ©sienne du rock.
Avant sa sortie officielle en 2011, Smile a circulĂ© sous le manteau. Bien sĂ»r, certaines des chansons qui le composaient ont trouvĂ© une place dans d’autres albums mais le mystĂšre autour de l’album a toujours existĂ© et persiste suffisamment pour que Jean-Marie Pottier, ancien rĂ©dacteur en chef du magazine Slate, lui consacre un ouvrage. Comme il l’avait pour Ground ZĂ©ro, une histoire musicale du 11 Septembre, le journaliste a creusĂ© son sujet, interrogĂ© des dizaines de sources et vise juste lorsqu’il Ă©crit que “Smile nous raconte une histoire mais aussi une histoire de l’histoire du rock”. À lire en Ă©coutant inlassablement ce trĂ©sor longtemps restĂ© cachĂ©.

Éric Buggea
Corse Hebdo 14 décembre 2018

« Smile, la symphonie inachevĂ©e des Beach Boys », l’investigation minutieuse de JM Pottier

Le rĂ©cit dĂ©bute en 2004 dans une chambre d’étudiant, ce lieu oĂč la pop renaĂźt sans cesse, lĂ  oĂč s’enivrent tous les rĂȘves pop d’un monde d’extase. Jean-Marie Pottier, futur auteur de Smile, la symphonie inachevĂ©e des Beach Boys a affichĂ© au mur une drĂŽle de petite annonce Ă  propos d’un objet perdu 37 ans auparavant en 1967, Smile, un des albums les plus attendus de l’histoire du rock, des Beach Boys et dont Brian Wilson vient enfin d’enregistrer une nouvelle version
 Jusqu’à ce qu’en 2011, Capitol ne propose enfin, Ă  partir des sessions originales, une version intitulĂ©e The Smile sessions.

37 ans de rĂȘves, de mythes qui enflent plus les annĂ©es passent. L’album qui aurait pu supplanter Sgt Pepper dans la compĂ©tition entre les Beatles et les Beach Boys ?
 Une Ɠuvre inachevĂ©e forcĂ©ment parfaite, celle que les fans refont sur leur lecteur de cassette, avec leur logiciel de son, dans leur chambre, et surtout dans leur tĂȘte ?!
 En interview sur Addict-Culture, l’auteur nous rappelle, Ă  une pĂ©riode oĂč toute musique est devenue tĂ©lĂ©chargeable, comment l’Ɠuvre inaccessible est celle qui sauve le dĂ©sir ! 37 ans pour Ă©crire aussi le roman de l’artiste maudit, le gĂ©nie oui, mais forcĂ©ment victime de toutes les malĂ©dictions, des odieux complots des plus proches, avec dans les rĂŽles principaux, l’affreux cousin rĂ©ac du groupe, Mike Love, son psychiatre Eugene Landy, plus vĂ©nal qu’analyste


Face Ă  tous ces rĂ©cits, le remarquable travail d’investigation de J.M. Pottier n’est-il pas inĂ©vitablement source de certaines dĂ©sillusions pour le fan de l’album, bercĂ© par tant de rĂȘves ? La lĂ©gende parfois trop belle, parfaite, peut avoir Ă  cĂ©der sa part d’imaginaire et affronter la rĂ©alitĂ©. AprĂšs avoir tant vibrĂ© Ă  cette « Symphonie adolescente Ă  Dieu », yeux clos vers le ciel, serait venu avec cet ouvrage, le moment de reprendre pieds sur terre, pour estimer la rĂ©putation d’un flamboyant vaisseau coulĂ© en rade ! Pour tous, et notamment les plus jeunes amateurs de rock, l’ouvrage offre alors l’opportunitĂ© d’une immersion dans la splendeur, mais aussi la fragilitĂ©, la dĂ©tresse parfois, du « classic rock » depuis les annĂ©es 60


La petite annonce affichĂ©e dans la chambre, toute virtuelle, rĂ©pond au jeune Bill Earl, fan des Beach Boys, parti s’enquĂ©rir en 1967 de la sortie toujours repoussĂ©e de l’album auprĂšs de leur maison de disque Capitol. En vain, et qui consigne dans sa chambre, sur son journal intime, sa dĂ©ception, ses espoirs
 Avant de mener sa propre quĂȘte pour atteindre l’album


Car il ne s’agit pas de n’importe quel album. Le rĂ©cit de Jean-Marie Pottier remonte alors le temps. L’ouvrage aborde d’abord les prĂ©mices de l’album, depuis les semaines dĂ©jĂ  dĂ©mesurĂ©es d’enregistrement du single Good Vibrations, jusqu’au long mois en studio qui mĂšneront Brian Wilson Ă  perdre pied.

Nous sommes en 1966-1967 Ă  un moment clĂ© oĂč la pop, aprĂšs avoir gĂ©nĂ©rĂ© un engouement juvĂ©nile mondial, semble vouloir s’inscrire comme un phĂ©nomĂšne culturel majeur. Les deux plus grands groupes du moment s’affrontent par albums, de plus en plus ambitieux et matures. *Rubber soul, Revolver pour les Beatles, Pet Sounds pour les Beach Boys.* Chacun prĂ©pare sa rĂ©plique. Les premiers avec Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band, les seconds avec Smile, dĂ©jĂ  annoncĂ© par un premier single divin : Good vibrations qui placent la concurrence Ă  des hauteurs cĂ©lestes. L’espoir nourri pour Smile Ă  partir de 1966 est immense

Sgt Pepper deviendra en 1967 un des albums majeurs de l’histoire du rock. Smile va lui disparaĂźtre de son espace-temps, la Californie de la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 60, alors phare de la culture rock, pour s’enfoncer 37 ans au purgatoire


L’ouvrage de Jean-Marie Pottier, Smile symphonie inachevĂ©e des Beach Boys, est donc d’abord l’histoire d’un Ă©chec, le rĂ©cit d’un long deuil, celui d’un album qui tarde, s’évanouit, et dont l’ombre planera ensuite sur les productions, la carriĂšre du groupe, sur le destin fragile de son inspirateur Brian Wilson, perdu dans sa propre chambre. Brian dĂ©clarera en interview « L’idĂ©e de ce disque continuait Ă  me tirer vers le bas ». Une blessure terrible aussi pour son jeune parolier, Van Dyke Parks, dont il se relĂšve tout de mĂȘme, dĂšs fin 67, avec encore un album amĂ©ricain sophistiquĂ© Song Cycle. Cet Ă©chec va aussi imprimer sa marque sur la carriĂšre, et la vie, des autres membres du groupe, ses frĂšres Dennis et Carl, son cousin Mike Love, les amis Al Jardine et Bruce Johnston


Rien n’y fera pour Brian, pourtant trĂšs entourĂ© par la scĂšne culturelle californienne, raconte J.M. Pottier, « deux policiers, jouĂ©s par les comĂ©diens Dan Aykroyd et John Belushi, viennent l’arrĂȘter pour non-pratique du surf et prononcent immĂ©diatement la condamnation : aller prendre les vagues Ă  Trancas Beach » ! [
] Dans la poche de son maillot de bain, un petit mot manuscrit : « Je te promets que tu ne vas pas te noyer ! Tu vas vivre . »  SignĂ© EugĂšne Landy, le sulfureux thĂ©rapeute
 ». Vivre oui, mais dans quel Ă©tat !


C’est aussi l’histoire du dĂ©clin du plus cĂ©lĂšbre groupe amĂ©ricain des sixties, qui n’a pas rĂ©ussi ce nouvel album de transition vers un rock plus mature et dont la production va plonger. Le groupe a fait le deuil d’une Ă©criture plus ambitieuse, Ă  dĂ©faut d’une production vraiment plus actuelle


J.M. Pottier passe en revue les multiples raisons du naufrage de Smile. « Raconter son Ă©popĂ©e, c’est d’abord cartographier un terrible alignement des astres et dĂ©sastres qui a fait dĂ©railler un des projets les plus prometteurs de la musique pop des annĂ©es soixante. » observe alors l’auteur. La carte des astres serait longue Ă  tracer, eux qui ont nourrit tant de cosmologies

Dans la lentille du tĂ©lescope tournĂ©e vers le kalĂ©idoscopique Smile, apparaĂźt une conjonction de gravitations nĂ©fastes : il y a le poids des responsabilitĂ©s de Brian Wilson en charge de la composition, de l’enregistrement, avec des visĂ©es trĂšs novatrices poussĂ©es jusqu’à un perfectionnisme extrĂȘme, en charge encore du lien avec un jeune parolier, Van Dike Parks, Ă  l’écriture audacieuse. Face Ă  des murs d’enregistrement Ă  mixer, Brian se retrouve Ă  devoir choisir parmi des centaines d’heures de musique. Il y a la fragilitĂ© psychologique de Brian, dĂ©jĂ  pointĂ©e lors de son blocage en tournĂ©e, et dĂ©multipliĂ©e par l’usage de drogues. Et puis aussi son isolement au sein du groupe pour soutenir un tel projet. Il est vrai que la visĂ©e mĂȘme de Smile est complexe


J.M. Pottier, dans son interview sur Addict-Culture, revient sur ce projet « quand mĂȘme assez flou. Smile, ce sont plusieurs concepts emboĂźtĂ©s, avec des Ă©lĂ©ments sur l’histoire de l’AmĂ©rique, mais aussi l’évocation des quatre Ă©lĂ©ments naturels et une espĂšce de rĂ©gĂ©nĂ©ration spirituelle ». Rien que cela !
 De quoi alimenter des dĂ©cennies d’interprĂ©tations les plus variĂ©es, les plus barrĂ©es aussi
 L’album porte des ambitions sociĂ©tales en lien avec l’atmosphĂšre de la cĂŽte ouest. Le Summer of love approche. On peut y lire aussi, Van Dike Parks le revendique, une ambition politique, au sens global. Il est question de retrouver l’esprit qui a animĂ© le destin des États-Unis, et auquel les quatre cousins british dans le vent qui a balayĂ© l’AmĂ©rique, ne connaissent rien !
 « Bon Dieu Brian, oĂč sont passĂ©es les filles, la plage, la planche et les bagnoles, ce qui a fait notre rock’n’roll quoi ?!» croirait-on entendre Mike Love 


Autour de cet alignement, pour J.M. Pottier qui a interviewĂ© beaucoup de proches du groupe, la clĂ© reste tout de mĂȘme l’incapacitĂ© de Brian Ă  prendre la dĂ©cision qu’il avait alors toujours en main : fixer une deadline et sortir l’album
 Brian ploie aprĂšs de longs mois d’enregistrement sous la pression de l’ambition qu’il s’était fixĂ©e, sous le poids d’une terrible vibration d’antimatiĂšre, qui anĂ©antit toutes les Good vibrations qui avaient initiĂ© son projet.
J. M. Pottier Ă©voque le retour sur cette pĂ©riode de Brian, bien plus tard, sur l’album That Lucky Old Sun dans sa chanson Going Home : “At 25, I turned out the light, Cause I couldn’t handle the glare in my tired eyes.”

« Mais si Smile est l’histoire d’une perte, il est aussi l’histoire d’une survie. ». AprĂšs la chute, il y a bien sĂ»r les tentatives de retour de Brian, les vellĂ©itĂ©s de rĂ©surgence du groupe
 Mais ce que raconte une grande partie de l’ouvrage, c’est bien la tentative surprenante de survie de l’album lui-mĂȘme ! Ce Smile « qui, alors mĂȘme qu’il n’existait pas officiellement, a suscitĂ© tant de mots, d’images et de sons – des articles, des essais, des romans, des films et bien sĂ»r des disques –, tellement de dialogues et de dĂ©bats, bref, nourri sa lĂ©gende, qu’il a semblĂ© prendre vie, presque davantage que d’autres sortis dans le commerce ».

Cette survie, l’album la doit Ă  la quĂȘte que mĂšnent tous les fans, les journalistes Ă  la recherche des traces du trĂ©sor perdu. La lĂ©gende a-t-elle d’emblĂ©e pris le dessus sur la qualitĂ© du produit ? Personne ne peut le dire alors. Elle est relayĂ©e et alimentĂ©e par la diffusion Ă©parse de morceaux de Smile, au fur et Ă  mesure des sorties des albums suivants du groupe. Et les rĂ©surgences ont de quoi intriguer ! Quelques titres sublimes « Heroes and villains », « Surf’s up » poussant l’écriture de Brian Wilson encore plus loin. Des morceaux tout en fantaisie, avec des patchworks de musiques populaires amĂ©ricaines, des mixes de toutes sortes de bruitages, le tout avec l’intensitĂ© Ă©motionnelle du petit enfant qui passe instantanĂ©ment du rire aux larmes


AprĂšs la mĂ©lancolie de Pet sounds, l’album semble avoir voulu porter autre chose que les Ă©motions adolescentes proposĂ©es jusqu’ici. Child is father of the man
 Smile semble moins tĂ©moigner de ces instantanĂ©s d’adolescents, marque dĂ©posĂ©e des Beach Boys, avec son couple de satisfactions/insatisfactions, qu’à un cycle de vie plus profond


Les filaments Ă©pars de Smile alimentent l’énergie dĂ©ployĂ©e Ă  le retrouver. Les lacunes sonores sont bientĂŽt comblĂ©es de mots. La lĂ©gende alimente le dĂ©veloppement de toute une presse musicale rock naissante. Le phĂ©nomĂšne culturel rock, tout jeune, cherche Ă  s’écrire. Il porte le dĂ©sir de toute une gĂ©nĂ©ration. Rien de mieux pour alimenter le dĂ©sir qu’une absence.

J.M. Pottier distingue alors plusieurs phases dans le dĂ©veloppement de la presse rock. Il y a d’abord le dĂ©veloppement des fanzines qui suivent le destin de l’album, dĂšs 1967. Puis apparaissent les grandes institutions de la rock culture, avec des articles importants dans Rolling Stone, notamment sur les rĂ©surgences des Beach Boys, dans le New Musical Express qui traite en mode lĂ©gende noire le destin tragique des hĂ©ros rock depuis le dĂ©but des seventies. Dont Brian


« Smile nous raconte une histoire mais aussi une histoire de l’histoire du rock » Ă©crit alors l’auteur. C’est ainsi que naĂźt le projet de ce livre, construit autour de l’idĂ©e du disque qui raconte par son destin, l’histoire du rock. Le piratage, marque de fabrique de la contre-culture et du rock, poursuit le destin de Smile. Pendant 37 ans, cet album inaudible, accompagne aussi l’histoire du rock par la circulation parallĂšle des extraits des sessions d’époque. J.M. Pottier reconstitue avec beaucoup d’attention, les chaĂźnons qui voient se diffuser des pans entiers d’enregistrements sous forme de vinyles ou de cassettes. Ce sont des versions de titres, de simples extraits de sessions qui circulent sous la forme de bootlegs. Chacun ayant la sensation de recevoir une part du trĂ©sor cachĂ© !

Plus encore, avec Smile, le piratage permet Ă  ces fans de devenir crĂ©ateurs participant Ă  l’Ɠuvre Smile ! Pour peu que l’auditeur ait rĂ©cupĂ©rĂ© suffisamment d’extraits parmi la myriade qui circule, il peut alors sĂ©lectionner les titres, mais aussi les versions qu’il souhaite, puis les compiler dans l’ordre qui lui sied ! Pour J.M. Pottier, « Smile devient une Ɠuvre dont vous ĂȘtes le hĂ©ros » ! Avec l’arrivĂ©e du numĂ©rique la diffusion d’éclats de Smile s’accĂ©lĂšre, et les potentialitĂ©s de montage. Avec un simple logiciel de son, le fan ne se contente plus de regrouper des morceaux de diffĂ©rentes sessions, il peut assembler pour un mĂȘme morceau des pistes de sessions diffĂ©rentes. L’Ɠuvre divergente qui nourrissait l’esprit de Brian en 1967 jusqu’à l’anĂ©antir, est ainsi reproduite dans les centaines de versions de Smile qui circulent sur les rĂ©seaux


A chacun son Smile ! La contre–culture rock, dans l’esprit du Web 2.0, atteint avec Smile, un stade assez rĂ©volutionnaire dans le rapport production/consommation esthĂ©tique ! L’Ɠuvre est coproduite par l’artiste et les auditeurs !
 Au point qu’en 2004, lors des sorties de la version rĂ©enregistrĂ©e par Brian lui-mĂȘme, qui choisit un ordre de titres adaptĂ© Ă  une tournĂ©e en live, puis de Smile Sessions en 2011, avec le mĂȘme ordre, Ă  partir d’enregistrements d’époque, ces versions n’ont droit Ă  aucun surcroĂźt de lĂ©gitimitĂ© pour certains auditeurs, bercĂ©s par leur propres versions de l’Ɠuvre
 Brian peut-il encore s’arroger ce qu’il a esquissĂ© 37 ans auparavant ? TrĂšs affectĂ©, est-il encore en Ă©tat ?
 Qui dĂ©fend alors le « vrai » Brian Wilson ?

L’ouvrage de J.M. Pottier n’est donc pas un livre Ă  thĂšse, qui apporterait sur des choses si peu tangibles, un point de vue dĂ©finitif. L’auteur ouvre toutes les questions posĂ©es par l’album. Plus nous progressons dans la lecture, plus nous avons le sentiment d’avancer dans un monde dĂ©multipliĂ© qui donne un peu le tournis. On croit avec ce livre, avoir enfin le droit d’apercevoir la carte du trĂ©sor cachĂ© ? On croit entendre enfin le vrai Smile ? Au final, nous accĂ©dons Ă  beaucoup de choses mais pas Ă  tant de certitudes que cela. Le Smile de 1967, inachevĂ©, est inaccessible, mais pour notre bonheur chacun peut rĂ©vĂ©ler son propre Smile !
N’avons-nous pas tout de mĂȘme deux sorties officielles ? Oui et c’est dĂ©jĂ  une de trop ! Certains fans s’opposent mĂȘme Ă  l’idĂ©e qu’un album officiel ait pu sortir, estimant soit qu’il ne puisse plus y en avoir, soit que le trĂ©sor n’ait jamais Ă©tĂ© qu’un leurre !


Au fil de l’investigation remarquable de l’auteur, nous avons plongĂ© pour le meilleur et le pire dans l’univers de la culture rock, cĂŽte ouest amĂ©ricaine. A partir d’une documentation trĂšs ancrĂ©e, nous avons mis en lien tant de moment de vie, de tractations, de phĂ©nomĂšnes culturels
 Nous avons Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement bousculĂ©s dans nos reprĂ©sentations, dans nos passions, pour notre hĂ©ros bien sĂ»r, mais aussi sur la rĂ©alitĂ© d’une telle merveille. Ma lecture de cet ouvrage, la rencontre en interview de J.M. Pottier, m’auront personnellement permis de mieux prendre en compte la multiplicitĂ© de Smile, objet vĂ©nĂ©rĂ© mais dĂ©finitivement un peu plus flou que prĂ©vu
 Sans que cela n’entame l’immense Ă©motion Ă©prouvĂ©e Ă  chaque Ă©coute.

Que penser alors d’une telle « auberge espagnole » ? Une Ɠuvre reconstruite, interprĂ©tĂ©e par chacun, de par ses thĂšmes multiples et enchĂąssĂ©s, avec tant de perspectives
 En fin d’ouvrage, Jean-Marie Pottier revient sur les textes, quasi achevĂ©s en 1967, sur « l’objectivitĂ© » de Smile. L’auteur a Ă©crit plusieurs livres sur la musique, aux Éditions Le Mot Et Le Reste, notamment Ground Zero, une histoire musicale du 11 Septembre . Il y traite des effets de l’évĂšnement sur la production musicale qui suit. Et puis Indie pop – 1979-1997 , oĂč il aborde aussi le positionnement Ă©conomique et l’impact politique de l’indie pop.

Les ouvrages de J.M. Pottier ancrent donc toujours la musique dans son contexte culturel, commercial, politique. Dans son dernier chapitre, l’auteur s’efforce de dĂ©crypter l’écriture trĂšs allusive et surrĂ©aliste de Van Dike Parks
 Il s’appuie pour cela sur les dĂ©clarations en interview du parolier qui, dans une formule, fait rĂ©fĂ©rence Ă  Dylan : « I was a son of the american revolution, and there was blood on the tracks ». Smile est alors l’histoire de cette piste amĂ©ricaine sanglante, celle de « toutes les guerres amĂ©ricaines gagnĂ©es ou perdues, passĂ©es ou en cours, Ă  l’extĂ©rieur comme Ă  l’intĂ©rieur ». Le ViĂȘt-Nam gronde. « Brian Wilson et Van Dike Parks veulent dĂ©fendre le rĂȘve amĂ©ricain, mais aussi dĂ©crire les fractures amĂ©ricaines ». Cela passe par un travail sur les mythes fondateurs, la culture amĂ©ricaine, ses chants populaires qui irriguent l’album sous une forme ou une autre.
Toujours prĂ©cautionneux, l’auteur s’appuie sur l’étude universitaire pointilliste des textes de Smile, proposĂ©e par Dale Carter, qui Ă©claire les incessantes allusions et la thĂ©matique des textes. L’analyse de certains titres ne se donne pas d’emblĂ©e et J.M. Pottier Ă©claire l’articulation entre texte et citations musicales.

On comprend alors peut-ĂȘtre mieux, la logique Ă©motionnelle Ă©tonnante de Smile, ces fameuses sautes d’humeurs, qu’on peut attribuer au psychĂ©dĂ©lisme ambiant, Ă  une Ă©criture collagiste en vogue, Ă  la prise de substance qui dĂ©stabilise, mais aussi au projet trĂšs ambitieux : aborder le destin d’un pays ! CĂŽtĂ© textes, l’écriture de Van Dike Parks, trĂšs allusive, reste finalement Ă  distance. CĂŽtĂ© musique, Brian Wilson semble s’ĂȘtre investi Ă  propos du destin de son pays, avec une empathie totale
 Une empathie immense qui cherche Ă  prendre en compte Ă  tout moment les contradictions, les tensions d’un pays, les forces qui s’opposent. Cow-boys et indiens

On distingue peut-ĂȘtre alors mieux en Smile, sa force inouĂŻe et sa fragilitĂ© inhĂ©rente. Cette force, presque transcendante Ă  l’écoute, qui va rĂ©ussir Ă  survivre malgrĂ© l’échec. Cette fragilitĂ© Ă©motionnelle Ă  vouloir prendre en compte simultanĂ©ment toutes les contradictions, tous les Heroes and Villains


Dans ce livre remarquable, l’investigation minutieuse, patiente de J.M. Pottier n’aura imposĂ© aucune thĂšse. Elle nous aura accompagnĂ©s sur les chemins sinueux oĂč Smile a semblĂ© se perdre puis reprendre vie. L’ouvrage rejoint alors, discrĂštement, l’esprit de l’album, rĂ©solument ouvert, Ă  toutes les contradictions. Finalement passionnĂ© !

Lire la chronique sur le site de Addict Culture

Azbinebrozer
Addict Culture 29 novembre 2018

- Beach Boys, derniĂšres pages Ă  la plage

François Gorin continue l’histoire des Disques rayĂ©s sur son nouveau blog, Pop secrĂšte.

Le plus emblĂ©matique des groupes californiens, et son crĂ©ateur gĂ©nial Brian Wilson, occupent-ils la place qu’ils mĂ©ritent au panthĂ©on de la pop ? Deux livres en français dans le texte viennent relancer le dĂ©bat – une biographie et une Ă©tude dĂ©taillĂ©e du “cas” Smile, fameux album maudit qui faillit avoir la peau dudit Brian.

Les Beach Boys ne sont pas seulement les inventeurs prĂ©sumĂ©s du yacht rock. Ils sont aussi et Ă  jamais l’archĂ©type du groupe-qui-n’est-pas-celui-que-vous-croyez. La faute aux chemisettes rayĂ©es, aux planches Ă  surf, aux bagnoles trafiquĂ©es et aux blondes californiennes. Ces fĂ©tiches ont Ă  la fois assurĂ© la promotion des frĂšres Wilson & co, tout en recouvrant, comme les couleurs vives d’un vilain chromo, le talent de compositeur du plus douĂ© d’entre eux, Brian. Il y a ceux qui savent et ceux qui s’en foutent. La proportion des premiers a semble-t-il augmentĂ© avec les annĂ©es. Mais chez les plus fervents fans continue de sĂ©vir un complexe. Les Beach Boys, et Brian Wilson au premier chef, n’auraient toujours pas le rang qu’ils mĂ©ritent. Il faut y remĂ©dier, a dĂ» penser Jean-Emmanuel Deluxe au moment d’entamer sa biographie Ă  la fois sommaire et pointilleuse.

Ours savant et G.O. en casquette

Beach Boys – un Ă©tĂ© sans fin (Ă©d. Atlantica), sous une jaquette qui pĂ©rennise le clichĂ© surf, est portĂ© par l’enthousiasme de son auteur, qui a lu tous les bons livres et obtenu quelques interviews en prime. S’il pointe l’ingratitude de la critique, surtout française, Ă  l’égard de ses favoris, il n’hĂ©site pas Ă  user lui-mĂȘme des charmes de celle-ci (emportements, approximations, saillies parfois drĂŽles
). Je peux tĂ©moigner qu’en 1980, lors de leur passage au Palais des Sports, il n’était pas facile de dĂ©fendre les Beach Boys. Tandis qu’autour de moi des couples en tenues colorĂ©es dansaient le rock sur les vieux tubes rĂ©moulĂ©s par ce juke-box humain qu’était devenu le groupe, avec Mike Love en G.O. Ă  casquette, je voyais ce pauvre Brian, en surpoids et barbu, attelĂ© Ă  un piano dont aucun son ne sortait. On le faisait applaudir en lui levant le bras, tel un ours savant qui ne savait plus oĂč il habitait – pas sur scĂšne en tout cas.

Cinq ans aprĂšs, je rĂ©digeai pour Rock & Folk un long article intitulĂ© La DerniĂšre Plage. J’y parlais naturellement de Smile, le fameux album fantĂŽme inachevĂ© dont la lĂ©gende courait depuis un moment. Quelque temps plus tard, un camarade Ă©clairĂ© (Philippe Auclair pour ne pas le nommer, qui frĂ©quentait Andy Paley), me remit une cassette contenant des extraits inĂ©dits de Smile. Les plus flippants, notamment un thĂšme obsĂ©dant de cinq notes au clavecin (pris dans la mĂ©lodie Ă  tiroirs de Heroes and Villains), et les sirĂšnes de Fire, un morceau dont le pouvoir mĂ©phitique avait, dit-on, mis le feu Ă  l’immeuble voisin du studio. C’était comme si, en 1966, on avait commandĂ© en mĂȘme temps Ă  Brian Wilson la BO d’un film d’horreur et celle d’un Disney. Le cartoon bucolique, c’était Smiley Smile, aimable ersatz sorti par Capitol en 1967. L’autre Ă©tait sur la cassette, parmi des choses plus faciles mais qui montraient assez clairement que le gĂ©nie de Brian Wilson Ă©tait Ă  double face.

Reconnaissance infinie et malaise

L’histoire de Smile est narrĂ©e par le dĂ©tail, c’est peu de le dire, dans un livre de Jean-Marie Pottier (Ă©d. Le Mot et le Reste). Trente ans se sont Ă©coulĂ©s depuis la cassette et comme tout amateur des Beach Boys, je me suis procurĂ© tour Ă  tour un CD pirate reconstituant l’album, la version 2004 orchestrĂ©e par les Wondermints autour de Brian et enfin le coffret sorti en 2011 pour Ă©puiser le sujet. Je prĂ©cise que ce dernier m’a Ă©tĂ© envoyĂ© par la maison de disque. Aurais-je cassĂ© ma tirelire pour Ă©couter un CD entier de prises de Heroes and Villains, parmi la somme de bandes originales contenues dans cet objet de la taille d’un meuble ? Certains l’ont fait, j’en connais. J’ai aussi assistĂ©, Ă  Londres, en fĂ©vrier 2004, au concert oĂč Brian Wilson prĂ©sentait Smile, Ă  moins que ce ne fĂ»t les Wondermints qui prĂ©sentaient Brian Wilson, dĂ©marche hĂ©sitante et voix usĂ©e, comme un oncle enfin sorti du coma.

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Lire le billet sur le blog de François Gorin

François Gorin
Télérama // Pop secrÚte 21 août 2018

- Smile, La symphonie inachevée des Beach Boys !

En 1966, le leader des Beach Boys Brian Wilson, qui vient de rĂ©volutionner la pop avec le single « Good Vibrations », fantasme Smile, une « symphonie adolescente adressĂ©e Ă  Dieu », une saga mĂȘlant l’histoire de l’AmĂ©rique Ă  l’exploration du cycle de la vie et des Ă©lĂ©ments.

Drogues, rivalités, Smile est mort, vive Smile ! Il a fasciné, est devenu un véritable trésor, avant de finir par sortir en 2011 !

Jean Marie Pottier nous raconte l’histoire de cet album dans ce livre, aux Ă©ditions “Le Mot et le Reste”, un livre idĂ©al pour les vacances !

Pour Ă©couter l’émission Coup de coeur sur les ondes de radio Nova en podcast, cliquez ici

Sophie Thomas
France Bleu 28 juin 2018

- Smile, l'histoire de l'album maudit des Beach Boys

Le Nova Club t’en parle avec Jean-Marie Pottier qui vient de publier « Smile, l’histoire de l’album maudit des Beach Boys ».

Aujourd’hui le Nova Club reçoit le journaliste Jean-Marie Pottier. David Blot et Sophie Marchand vont Ă©videmment parler musique avec lui et plus particuliĂšrement des Beach Boys puisqu’il vient de sortir La symphonie inachevĂ©e des Beach Boys. Un livre dans lequel il retrace l’histoire de l’album Smile qui devait sortir en 1967 et qui n’a finalement jamais vu le jour. Et bien sĂ»r on va Ă©couter le groupe californien mais aussi Johan Papaconstantino, Disiz la Peste et Jay Rock.

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Nova Club
Nova 26 juin 2018