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Parution : 15/03/2018
ISBN : 9782360545100
304 pages (14,8 x 21 cm)

Saravah

C'est oĂč l'horizon? 1967-1977

Aventure humaine et romantique, utopiste et dĂ©sordonnĂ©e plus que commerciale, le label Saravah a façonnĂ© un son d’une grande qualitĂ© qui n’a rien perdu de son Ă©clat.

NĂ©es en 1966 de la complicitĂ© de Pierre Barouh, Francis Lai et Claude Lelouch, les Ă©ditions Saravah deviennent dĂšs 1968, via leur label et studio installĂ©s Ă  Montmartre dans le passage des Abbesses, un vĂ©ritable vivier d’expĂ©rimentations et de rencontres : celles de Jacques Higelin et Areski, Brigitte Fontaine et l’Art Ensemble Of Chicago, ou encore celle du brĂ©silien NanĂĄ Vasconcelos avec le gabonais Pierre AkendenguĂ© et le guitariste folk Jack Treese
 Benjamin Barouh, nĂ© en 1970, a contemplĂ© l’intense activitĂ© et les mutations du studio des Abbesses. Pour combler les lacunes, Ă©clairer les zones d’ombre, il a interrogĂ© les artistes, musiciens, techniciens et collaborateurs qui l’ont connu et animĂ©. Les tĂ©moignages collectĂ©s, dont ceux de Francis Lai, Claude Lelouch, Areski Belkacem, David McNeil alimentent cette histoire et le portrait central de Pierre Barouh, producteur, poĂšte, cinĂ©aste et visionnaire discret, dont le tĂ©moignage manquant en raison de sa disparition rĂ©cente est comblĂ© par ces textes inĂ©dits.

Revue de presse

- Interviex de Benjamin Barouh Vincent Caffiaux Star Wax 12 février 2020
- Saravah Marc Danva The Brussels Magazine février 2019
- Interview - Le label Saravah est l'un de nos trésors nationaux les plus étincelants Michaël Patin Vice // Noisey 22 novembre 2018
- Interview - À la DĂ©rive avec Benjamin Barouh AurĂ©lie Sfez Nova // À la dĂ©rive 13 novembre 2018
- Midi Jazz Denys LeliĂšvre CKRL 89,1 6 juin 2018
- EASY RIDER N°1374 Olivier Valério P.FM 99.9// Easy Rider 16 avril 2018
- Le Saravah de Pierre Barouh IrÚne Omélianenko UNE VIE, UNE OEUVRE - France Culture 26 mai 2018
- Saravah : une histoire, du lundi 23 au samedi 28 avril 2018 Henri JETFM Du 23 avril au 28 avril 2018
- Hommage au français le plus brésilien... Alain Vollerin Blog des arts 8 mai 2018
- L'effet pollen Francis Hébert La route aux quatre chansons - Blogue de Francis Hébert 9 mai 2018
- Saravah Jean-Jacques Birgé Médiapart - Le Club 8 mai 2018
- Interview de Claude Lelouch et Benjamin Barouh Lise Gutmann JudaĂŻques FM 3 mai 2018
- Interview Benjamin Barouh Mathias Milliard Tous pour la musique 17 avril 2018
- Interview avec Benjamin Barouh, Areski Belkacem et Dominique Cravic Laurent Sapir & Sébastien Vidal TSF Jazz // Les lundis du duc 26 mars 2017
- Saravah, c’est oĂč l’horizon ? 1967-1977 Laurent Sapir TSF Jazz mars 2018
- Saravah 1967-77 C’est oĂč l’horizon ? Norbert Gabriel Le blog du doigt dans l'oeil - Magazine culturel 13 mars 2018

- Interviex de Benjamin Barouh

Comment définir Saravah ?
Comme une fenĂȘtre ouverte sur le monde, via le verbe et les rencontres artistiques, sans limites, ni tabous.

Le nom de ce label est lui-mĂȘme un mot-valise, avec cette orthographe en rĂ©fĂ©rence Ă  vos aĂŻeux.
Il induit une mystique

Saravah est une formule composite. C’est une vieille incantation dĂ©rivĂ©e de salvar, transmise par les esclaves noirs adeptes du candomblĂ© et reprise par Vinicius de Moraes et Baden Powell dans leurs afro-sambas. La « Samba da Benção », soit la samba de la bĂ©nĂ©diction, inspire Ă  Pierre sa « Samba Saravah ». Par ce titre, il convie toute la scĂšne brĂ©silienne aux mystĂšres des orixas, par un SaravĂĄ rituel et convivial. En ajoutant le h de Barouh, qui signifie bĂ©ni en hĂ©breu, mon pĂšre fait Ă©cho. Il sĂšme la formule Ă  tout vent en Ă©voquant Sarah, le prĂ©nom de sa maman. Le tout prend son envol dans la formulation Saravah.

Trois disques Saravah et pourquoi ?
Je dirais d’abord « Higelin & Areski ». C’est le cri primal du catalogue, le rĂ©sultat de la premiĂšre session du studio des Abbesses, Ă  Montmartre. Cet enregistrement est supervisĂ© par Daniel Vallancien. Aux commandes de sa console, celui-ci dĂ©coupe et multiplie Ies voix, les mĂ©lodies et les rythmes improvisĂ©s par Jacques Higelin et Areski Belkacem. Puis « Moshi » de Barney Wilen. De retour de son pĂ©riple africain, le saxophoniste français enregistre des sessions avec son groupe jazz psychĂ©dĂ©lique. Chaque titre du double album est une variation. Ils sont enregistrĂ©s de Tanger Ă  Zanzibar. Et les longs samples sont mixĂ©s avec dĂ©lice. Enfin je sĂ©lectionnerais les « 10 ans de Saravah ». Il s’agit d’un coffret de quatre vinyles oĂč personne n’est oubliĂ©. La pochette de SempĂ© et le texte biographique de Pierre au verso parachĂšvent cette anthologie du son Saravah des Abbesses.

Ce catalogue n’anticipe-t-il pas l’avĂšnement des musiques du monde sur le marchĂ© occidental ?
La dimension « sono mondiale » de Saravah se dĂ©veloppe avec NanĂĄ Vasconcelos dĂšs 1970. Ses recherches rythmiques et vocales autour du berimbau (instrument traditionnel africain utilisĂ© dans le rituel de la capoeira brĂ©silienne, ndlr), sur scĂšne et au studio des Abbesses, s’adaptent ici Ă  tous les rĂ©pertoires, en restant fidĂšle aux racines africaines. Quand mon pĂšre chante Ă  propos de la samba : « Moi je l’aime, et j’ai parcouru le monde, en cherchant ses racines vagabondes
 », il associe syncrĂ©tisme des folklores et quĂȘte initiatique, introspection et mĂ©tissage, alors que le monde Ă©prouvait les secousses de la dĂ©colonisation. Concernant la scĂšne des annĂ©es 80, elle est dĂ©sabusĂ©e. Nous sommes passĂ©s Ă  autre chose. C’est cette autre chose que la new wave japonaise dĂ©friche, ouvrant la voie aux musiques Ă©lectroniques, Ă  l’ùre de la mondialisation.

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Dans votre livre, vous Ă©voquez la fabrication du collector « Brigitte Fontaine Est
 Folle ! » 
Je tiens cette anecdote de Fernand Boruso, associĂ© de mon pĂšre depuis la crĂ©ation de Saravah en 1966 et jusqu’en 1972. Il cumulait les postes de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, directeur de studio, suivait la fabrication, le design et la distribution des disques. Chaque Ă©tape l’intĂ©ressait. C’est en Ă©coutant la maquette de ce qui deviendra « Brigitte Fontaine Est
 Folle ! » que Pierre et Fernand dĂ©cidĂšrent de crĂ©er le label Saravah en 1968, Ă  partir de la rĂ©fĂ©rence SH 10001. Concernant cet enregistrement, Fernand se rendit Ă  l’usine de pressage. On lui proposa des pots de couleurs jaune, rouge et bleu commandĂ©s et abandonnĂ©s par Barclay. Boruso leur dit : « MĂ©langez tout ! » RĂ©sultat : les 3000 exemplaires du premier tirage de « Brigitte Fontaine Est
 Folle ! » sont parus avec des motifs marbrĂ©s, comme ceux qu’on peut voir sur les pages de garde des reliures en veau. La pochette est inspirĂ©e par JĂ©rĂŽme Bosch. Elle est imprimĂ©e sur du papier gaufrĂ©. C’est l’un des disques Saravah les plus rares ! Je ne l’ai toujours pas retrouvé 

Souffle Continu réédite en vinyle certains albums de Saravah comme Moshi, Areski ou Mahjun.
Comment ĂȘtes-vous entrĂ© en contact avec ce label ?
En 2017, j’ai voulu rééditer « Un Beau Matin », le premier album solo d’Areski Belkacem, sorti en 1971. Nous avons confiĂ© la bande Ă  l’équipe du Souffle Continu. Je ne m’attendais pas Ă  un travail d’une telle qualitĂ© ! Le son 4 pistes Ă©tait Ă©clatant, limpide et dynamique, rĂ©vĂ©lant les subtilitĂ©s de l’enregistrement, notamment le beatbox d’Higelin et les trouvailles Ă©lectro-acoustiques de Vallancien. Souffle Continu avait dĂ©jĂ  sorti les deux albums de Mahjun et l’incroyable réédition de Moshi, plus belle que l’original ! Saravah a donc confiĂ© Ă  ce label les rĂ©fĂ©rences pointues et Ă©puisĂ©es du catalogue : Le Cohelmec Ensemble, Michel Roques, Jean-Charles Capon et Pierre Favre, Daniel Vallancien et Philippe MatĂ©, Alfred Panou ou le trĂšs attendu « La Lettre et le Silence » du lettriste Maurice LemaĂźtre. Ces albums sont dĂ©sormais disponibles en quantitĂ©, en haute-fidĂ©litĂ© et Ă  bon prix !

Un deuxiĂšme tome de vos Ă©crits concernant votre pĂšre, et notamment sa pĂ©riode japonaise, est-il Ă  l’ordre du jour ?
Le livre « Saravah, C’Est OĂč l’Horizon ? », que je continue Ă  dĂ©dicacer rĂ©guliĂšrement, a ouvert plusieurs pistes. Tout d’abord le spectacle « Saravah RevisitĂ© », qui a Ă©tĂ© produit par la scĂšne nationale Le Lieu Unique Ă  Nantes, avant d’ĂȘtre jouĂ© Ă  Paris. Puis la rĂ©alisation, en cours, du documentaire « On n’ ArrĂȘte Pas Une Chanson », qui explore le parcours de Pierre de 1960 Ă  1970. Je travaille Ă©galement sur une sĂ©rie de livres pour l’éditeur parisien La Lucarne des Écrivains, notamment sur une intĂ©grale des chansons et poĂ©sies de Pierre et sur un ouvrage iconographique sĂ©lectionnant ses papiers, correspondances, notes et nombreux brouillons de chansons. Ce sera l’occasion de publier son journal de Tokyo, Ă©crit Ă  l’étĂ© 1982, oĂč Pierre reporte mĂ©thodiquement avec une Ă©criture fine et serrĂ©e ses moindres faits et gestes. Ces projets n’excluent pas une future contribution avec l’éditeur « Le Mot et le Reste » et, pourquoi pas, une suite au livre « C’Est OĂč l’Horizon ? ».

L’interview intĂ©grale est Ă  retrouver sur le site de Star Wax

Vincent Caffiaux
Star Wax 12 février 2020

- Saravah

Le fils de Pierre Barouh raconte son pĂšre. Il est le mieux placĂ© pour le faire. D’origine juive sĂ©farade de Turquie, Pierre Barouh a rĂ©volutionnĂ© la chanson française en douceur, dans la mesure oĂč seul le talent des ĂȘtres l’intĂ©ressait et non leur impact commercial. On n’avait jamais vu une dĂ©marche d’une telle puretĂ© d’intention. Sa cĂ©lĂ©britĂ© lui venait du thĂšme du film de Lelouch « Un homme et une femme » et le fameux chabadabada. Il a Ă©tĂ© encore le premier propagateur en Europe de la bossa-nova qu’il avait dĂ©couverte avec Ă©merveillement au BrĂ©sil. Benjamin Barouh a manifestement hĂ©ritĂ© des passions de son pĂšre. De surcroĂźt, il a la bonne idĂ©e d’opĂ©rer des recherches sur notre compatriote, le saxophoniste baryton Jean-Pierre Gebler, disparu il y a douze ans, le 27 dĂ©cembre 2006. J’aiderai de grand cƓur Benjamin dans ses recherche , ainsi qu’il me l’a demandĂ©, d’autant plus que Jean-Pierre Ă©tait mon meilleur ami. Le Passage des Abbesse et devenu pour les amoureux mĂ©lomanes une sorte de lieu mythique. Pierre y avait son studio. Il y menait Ă  bien la carriĂšre Ă©ventuelle de ses prĂ©cieuses dĂ©couvertes avec la complicitĂ© de Claude Lelouch et de Francis Lai. Si son « quartier gĂ©nĂ©ral » Ă©tait situĂ© rue Lepic, « le Lux Bar », Bernard Dimey s’accoudait volontiers au comptoir du « Pichet du Tertre » pour y rencontrer Michel Magne, le pianiste Paul Castagnet ou le peintre Gen Paul, grand copain de Marcel AymĂ© et Louis-Ferdinand CĂ©line. Tous troi Ă©tablis au haut de l’avenue Junot. On apprend avec intĂ©rĂȘt les vrais dĂ©buts de cet acteur-auteur et chanteur d’un immense talent, Jean-Roger Caussimon. Bref, Benjamin Barouh a la mĂ©moire fertile et entretien le feu sacrĂ© de Saravah. Qu’il poursuive sa mission Ă  une Ă©poque oĂč le talent se trouve ĂȘtre galvaudĂ©.

Marc Danva
The Brussels Magazine février 2019

- Interview - Le label Saravah est l'un de nos trésors nationaux les plus étincelants

À l’occasion de ses 50 ans et d’une soirĂ©e hommage au festival BBmix, le fils du fondateur de la maison revient avec nous sur la pĂ©riode faste du label free, libertaire et psychĂ©dĂ©lique français, Ă  travers onze sorties stupĂ©fiantes et dissidentes.

Saravah, ça va, vous dites-vous. Brigitte Fontaine, Areski, Jacques Higelin, le studio des Abbesses, l’orĂ©e des seventies, les libertaires en libertĂ©. Comme A La Radio. Crabouif. Un Beau Matin. Vous et Nous. Le tout dans le giron du chanteur-promeneur Pierre Barouh, tirant des fils du BrĂ©sil de VinĂ­cius de Moraes au Gabon de Pierre AkendenguĂ©, quand il n’était pas occupĂ© Ă  tourner des films fauchĂ©s ou Ă  scotcher sur le flipper du bistrot d’en face. C’est l’un des rares hĂ©ritages de cette pĂ©riode qu’on puisse revendiquer avec une absolue fiertĂ©, et qui infuse encore ce qui se fait de plus vital dans la « chanson française », du couple Arlt (comparĂ© jusqu’à la nausĂ©e Ă  Fontaine-Areski) Ă  la smala du Saule (Borja Flames, Marion Cousin). On retrouvera d’ailleurs ces enfants sauvages vendredi soir au BBMix pour Saravah RevisitĂ©, main dans la main avec papa Areski. Une (rĂ©)crĂ©ation plutĂŽt qu’un hommage, tant cette esthĂ©tique refuse de figer.

Plus tĂŽt dans l’annĂ©e est paru Saravah, C’est oĂč l’horizon ?, un livre passionnant signĂ© Benjamin Barouh, qui a plongĂ© dans les archives Ă©parses de son pĂšre dĂ©cĂ©dĂ© en 2016 et parlĂ© avec des survivants pour reconstituer l’ñge d’or du label et du studio, de 67 Ă  77. Ce qui lui a permis, entre autres, de combler les trous de l’histoire officielle, Ă  commencer par le rĂŽle jouĂ© par Fernand Boruso, associĂ© de la premiĂšre heure et co-crĂ©ateur du label BYG (la mythique sĂ©rie d’enregistrements Byg ACTUEL avec Archie Shepp, Sun Ra ou Don Cherry), qui a rameutĂ© la fine fleur de l’avant-garde avant de dĂ©camper pour une sombre embrouille de blé  Et d’ĂȘtre « oubliĂ© » par Pierre Barouh. C’est cet itinĂ©raire bis, oĂč les lauriers sont redistribuĂ©s, qu’on a voulu parcourir avec Benjamin, Ă  travers onze rĂ©fĂ©rences aussi mĂ©connues que souvent stupĂ©fiantes. L’ascension du mont Saravah par la face sud, entre bossa et jazz, lettrisme et psychĂ©dĂ©lisme, crĂȘtes aiguĂ«s et neiges Ă©ternelles.

« On est au tout dĂ©but de l’histoire. Pierre vient de crĂ©er les Ă©ditions Saravah avec Fernand Boruso, Francis Lai et Claude Lelouch pour Ă©diter la bande originale d’Un homme et une femme, dont personne ne voulait, et qui va connaĂźtre un succĂšs international. L’idĂ©e de dĂ©part, avant l’arrivĂ©e de Fontaine et Higelin – qui vont faire fuir Lelouch – Ă©tait de crĂ©er un label de musiques de films et de musiques brĂ©siliennes. Un domaine que Pierre connaissait bien aprĂšs avoir voyagĂ© au BrĂ©sil, rencontrĂ© son mentor VinĂ­cius de Moraes et adaptĂ© la Samba da BĂȘnção -la chanson « Samba Saravah », grĂące au film de Lelouch, a Ă©tĂ© le cheval de Troie de la musique brĂ©silienne dans le monde. On est en 1967, la dictature militaire est en place au BrĂ©sil depuis trois ans, ça commence Ă  sentir trĂšs mauvais et les musiciens s’exilent. Parmi eux, le Trio Camara. Ce premier enregistrement n’est pas produit par Saravah mais par Yves Chamberland dans le Studio Davout, oĂč a aussi Ă©tĂ© enregistrĂ© Brigitte Fontaine est
 folle. C’est un disque de bossa jazz qui sonne d’enfer, Ă  une Ă©poque oĂč cette musique Ă©tait un phĂ©nomĂšne nouveau. »

« Suite au Festival Panafricain d’Alger de juillet 69, certains membres de l’Art Ensemble Of Chicago se sont installĂ©s Ă  Paris et ont enregistrĂ© au studio Ossian de Fernand Boruso, pour la collection BYG Actuel. C’est ce studio qui est devenu le studio des Abbesses puis le studio Saravah. Par hasard, les musiciens de l’Art Ensemble se sont retrouvĂ©s au Vieux Colombier dans la mĂȘme soirĂ©e que Brigitte Fontaine, Higelin et Areski, qui leur ont proposĂ© d’enregistrer « Comme À La Radio ». La rencontre avec Sanvi Alfred Panou s’est faite de l’autre cĂŽtĂ© de la rue, au bistrot Saint-Jean, plaque tournante des musiciens et artistes de passage. Panou venait du théùtre expĂ©rimental et a sympathisĂ© avec ces AmĂ©ricains, qui l’ont invitĂ© dans la foulĂ©e des sessions de « Comme À La Radio ». Pour la petite histoire, c’est Higelin qui a bĂ©tonnĂ© ce principe ; sur le trajet de chez lui au studio, il invitait les musiciens qu’il croisait. C’était presque maladif chez lui, l’art des rencontres pratiquĂ© Ă  l’extrĂȘme. Quant Ă  Panou, il est ensuite reparti au Togo pour dĂ©velopper des activitĂ©s théùtrales. C’est surprenant que ce 45-tours n’ait pas Ă©tĂ© transformĂ© en 33-tours quand on voit sa qualitĂ© d’écriture. Les deux morceaux sont dingues. »

Lisez l’article dans son intĂ©gralitĂ© sur NOISEY

Michaël Patin
Vice // Noisey 22 novembre 2018

- Interview - À la DĂ©rive avec Benjamin Barouh

AurĂ©lie Sfez parcourt Paris avec Benjamin Barouh pour son Ă©mission À la DĂ©rive.

On part Ă  la dĂ©rive sur les traces de Pierre Barouh, chanteur, cinĂ©aste et fondateur du label Saravah. Et c’est avec son fils, Benjamin Barouh que nous marchons dans les pas du papa


À la dĂ©rive avec Benjamin Barouh on ne tue pas le pĂšre, on le ressuscite. Chez le disquaire Le Souffle Continu on restaure les disques du label Saravah. Aux Abbesses, on dĂ©ambule sur les chemins du promeneur Pierre Barouh et au cimetiĂšre on vient lui rendre visite. Dans son livre intitulĂ© Saravah c’est oĂč l’horizon ? (Éditions Le mot et le reste) le fils Barouh raconte l’histoire d’un homme qui chante et d’un label culte : Higelin, Areski et Fontaine, Francis Lai et Claude Lelouche, Baden, Vinicius et la samba, Montand Ă  Bicyclette, le bocage vendĂ©en et le cinĂ©ma. La famille Saravah c’était tout ça.

AttablĂ©s au Saint-Jean avec la famille Barouh, on raconte une vie et une histoire de la musique française. Eli Barouh est devenu Pierre Barouh, enfant cachĂ© et recueilli dans le bocage vendĂ©en. En crĂ©ant le label Saravah, il a composĂ© sa famille Ă  Paris, un idĂ©al de libertĂ©, un pays imaginaire oĂč les musiciens pas pareil trouvent refuge. Quelque part ailleurs, Pierre Barouh doit chanter aux cĂŽtĂ©s de son copain, le compositeur Francis Lai qui nous a quittĂ© 2 jours aprĂšs notre tournage. Cette dĂ©rive est pour eux.

A la dĂ©rive sur les chemins de Saravah, ça va ça vient et ça revient. Le livre de Pierre Barouh s’appelle « Saravah c’est oĂč l’horizon ? » . Du 23 au 25, Ă  Boulogne, le festival BBMix consacrera tout un week-end au label Saravah avec l’ami Areski et tout un programme musical qui revisitera les plus beaux morceaux du label.

Réécouter l’émission sur le site de Nova

Aurélie Sfez
Nova // À la dĂ©rive 13 novembre 2018

- Midi Jazz

Entretien de Pierre Barouh réalisé par Denys LeliÚvre lors du programme Midi Jazz.
Pour écouter le podcast, cliquez ici

Denys LeliĂšvre
CKRL 89,1 6 juin 2018

- EASY RIDER N°1374

Pour Ă©couter l’émission radio Easy Rider autour du livre de la semaine Saravah – C’est oĂč l’horizon ? cliquez ici

Olivier Valério
P.FM 99.9// Easy Rider 16 avril 2018

- Le Saravah de Pierre Barouh

– Un documentaire de Tewfik Hakem, rĂ©alisĂ© par Christine Robert. Avec la collaboration d’Annelise Signoret. –

C’est l’histoire d’un artiste qui aurait pu faire carriĂšre au cinĂ©ma en tant que jeune premier ou au music-hall oĂč il avait le don d’écrire pour lui et pour les autres, mais a prĂ©fĂ©rĂ© prendre des risques faire connaĂźtre au sein de son label avant-gardiste les artistes les plus atypiques.
Qui Ă©tait Pierre Barouh avant les mouvements de protestations dans le monde? Un parolier (La bicyclette,de Montand entre autres succĂšs) et un acteur prometteur qui avait tout pour s’épanouir dans l’ancien systĂšme (il joue dans « D’oĂč viens-tu Johnny avec Hallyday et dans Le gendarme de Saint- Tropez entre autres films populaires).
En 1966, il Ă©crit la cultissime chanson d’Un homme et une femme, qui permet Ă  Claude Lellouch d’obtenir la palme d’or Ă  Cannes. Dans ce film, entre Anouk AimĂ©e (qui deviendra son Ă©pouse Ă  la ville) et Jean-Louis Trintignant, Pierre Barouh conforte sa cote de comĂ©dien.
“On me proposait quinze films par semaine”, disait-il dans une interview. Au lieu de rejoindre Paull Newman dans un film qu’on lui proposait, Pierre Barouh va faire sa rĂ©volution en Mai 1968 et quitter les circuits classiques de la culture pour s’ouvrir au monde et au expressions nouvelles.
Avec les droits d’auteur de Chabadabada, il crĂ©e le label indĂ©pendant Saravah pour enregistrer et faire connaĂźtre des artistes comme Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, David McNeil, Alain Leprest.
Il a fait connaßtre aussi en France la bossa nova brésilienne, les musiques africaines et japonaises. Belles réussites artistiques, brillants échecs commerciaux.
Mais Saravah n’était pas une entreprise commerciale, c’était Pierre Barouh. C’était l’esprit de mai 1968. “Je suis un promeneur, je suis atteint du syndrome de l’autre rive.”
Avec un ami d’enfance, un certain JĂ©rĂŽme Savary, il sillonne les routes de France en rĂ©inventant le spectacle de rue et avec son comparse Romain Goupil il rĂ©alise des films comme ça va, ça vient qui tĂ©moignent des changements dans les annĂ©es 70, la disparition des quartiers populaires de Paris.
A la demande de Jean-Claude Killy, il compose la musique des Jeux olympiques d’Albertville.
Auteur-compositeur, mais aussi comĂ©dien-rĂ©alisateur, et Ă©galement interprĂšte-producteur, Pierre Barouh a fait voler en Ă©clats les hiĂ©rarchies dans le monde du spectacle. “La vie, c’est l’art des rencontres”, aimait dire Pierre Barouh, en citant le musicien, compositeur et poĂšte brĂ©silien Vicinius de Moraes.

AccĂ©dez Ă  l’article sur le site de France Culture en cliquant ici

IrÚne Omélianenko
UNE VIE, UNE OEUVRE - France Culture 26 mai 2018

- Saravah : une histoire, du lundi 23 au samedi 28 avril 2018

A l’occasion de la parution du livre Saravah, c’est oĂč l’horizon, 1967 – 1977 de Benjamin Barouh (Ă©ditions Le Mot et Le Reste), retour avec son auteur sur l’histoire de ce label mythique dans ses annĂ©es fondatrices, avec de nombreux documents d’archives, des titres rares et des entretiens inĂ©dits qui ont servi de matiĂšre au livre.
Puisant dans les enregistrements du studio des abbesses dans les annĂ©es 1970, dans les discussions que Benjamin Barouh a enregistrĂ© pour construire son livre (avec Francis Lai, Claude Lelouch, Areski, Dominique Barouh, David McNeil et bien d’autres
) et dans les archives de Jet fm oĂč Pierre Barouh est passĂ© plusieurs fois, nous construisons sous forme de feuilleton presque chronologique une histoire des dĂ©buts du label Saravah, depuis les premiĂšres chansons de Pierre Barouh jusqu’à la crĂ©ation du label puis le succĂšs imprĂ©vu d’Un Homme et Une Femme et la libertĂ© artistique et sonore qui prĂ©vaut aux productions du label dĂšs la fin des annĂ©es 1960

Pour accĂ©der Ă  l’intĂ©gralitĂ© des six Ă©pisodes, consultez le site JetFM en cliquant ici

Le premier Ă©pisode dĂ©bute par un entretien avec Benjamin Barouh (enregistrĂ© le 17 avril 2018) autour de l’écriture du livre Saravah, c’est oĂč l’horizon, 1967 – 1977 puis retour sur l’histoire du label en commençant par les dĂ©buts de Pierre Barouh, sa rencontre avec Francis Lai & Claude Lelouch et le succĂšs inattendu d’Un Homme et Une Femme.

Le deuxiĂšme Ă©pisode aprĂšs une introduction avec Benjamin Barouh, documente l’importance de Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, The Art Ensemble Of Chicago et l’ingĂ©nieur du son Daniel Vallancien.

Le troisiĂšme Ă©pisode revient sur l’épopĂ©e Carpentras/Vaison La Romaine en 1972 avec la diffusion du disque Dites 33 publiĂ© en 1999 chez Saravah

Le quatriĂšme Ă©pisode, aprĂšs une introduction avec Benjamin Barouh, Ă©voque les annĂ©es 1970 aux Abbesses jusqu’à la fin du studio.

Le cinquiĂšme Ă©pisode revient en live sur la soirĂ©e Saravah Revisited au Lieu Unique le 13 janvier 2018 qui reprenait le rĂ©pertoire dit “des Abbesses” sous la direction musicale de Steve ArgĂŒelles & The Recyclers en compagnie de Marion Cousin, Arlt, Areski belkacem, Borja Flames, Etienne Brunet & Vitor Garbelotto. En introduction un entretien avec Steve ArgĂŒelles enregistrĂ© le 11 janvier 2018.
Puis, dans un second temps, diffusion d’un concert de Pierre Barouh enregistrĂ© en fĂ©vrier 1983 Ă  l’Espace Pierre Cardin en compagnie de Yasuaki Shimizu & The Moonriders, qui fĂ»t publiĂ© pour les 33 ans de Saravah en 1999 sous le titre Dites 33 volume 2.

Le sixiĂšme Ă©pisode aborde quelques Ă©lĂ©ments plus familiaux sur la base d’entretiens avec Benjamin Barouh et Pierre Barouh puis, comme une extension Ă  l’histoire de Saravah Ă  la suite de la pĂ©riode des Abbesses, nous Ă©voquons le Japon avec un entretien enregistrĂ© en novembre 2007 avec Pierre Barouh.

Pour consulter le site jetfm et écouter gratuitement les épisodes cliquez ici

Henri
JETFM Du 23 avril au 28 avril 2018

- Hommage au français le plus brésilien...

« C’est oĂč l’horizon ? 1967-1977 ». Une question parfaite pour Ă©voquer, Pierre Barouh, homme libre, et qui voulait que les autres assĂ»ment leur libertĂ©. Pierre Barouh vous ouvrait une porte, surtout, s’il avait reconnu un talent, puis, il vous laissait agir, passant Ă  autre chose, portant un autre projet. Il faut l’entendre chanter Saravah. Vous pouvez le faire sur Internet. Un trĂšs grand moment de bonheur, pour tous les amateurs de Samba, et de joie de vivre. Saravah ! Saravah ! c’est le nom d’une sociĂ©tĂ© de production de disques conçut, en 1966, (quelques temps aprĂšs la sortie du divin film « Un Homme et une Femme »),par Pierre Barouh, alors, au sommet de sa gloire cinĂ©matographique, et ses amis indĂ©fectibles, le musicien, Francis Lai, et le cinĂ©aste, Claude Lelouch. Ils s’installĂšrent Ă  Montmartre dans le passage des Abbesses, oĂč, enregistrĂšrent, Areski et Brigitte Fontaine : « Pompiers ! Pompiers ! J’ai des pompiers dans mon zizi ! », Jacques Higelin, l’Art Ensemble of Chicago, Pierre AkendenguĂ©, Nana Vasconcelos, Jack Treese, Jean-Roger Caussimon, David Mc Neil, et, Maurane qui vient de mourir brutalement. Personne, mieux que Benjamin Barouh ne pouvait dire l’aventure de cette communautĂ© d’artistes, illuminĂ©e par les Ă©vĂ©nements de Mai 68, oĂč, son pĂšre, Pierre Barouh, brĂ©silien dans l’ñme et le sang, ami de Baden Powell, producteur, poĂšte, cinĂ©aste, joueur imbattable de « babasse », guettait en visionnaire, l’apparition des personnalitĂ©s hors-les-normes, comme il l’était lui-mĂȘme. Benjamin Barouh, nĂ© dans la marmite, est parti Ă  la rencontre de ceux qui partagĂšrent ces instants inoubliables, des techniciens, comme Daniel Vallancien maĂźtre absolu du « Revox » ,ou, GĂ©rard Delassus, des tĂ©moins comme RaphaĂ«l le fils de Jean-Roger Caussimon, Dominique qui deviendra l’épouse de Pierre Barouh, Jean Querlier, Philippe Beaupoil, Gilles SallĂ©, Aram SĂ©dĂ©fian, Jean-Michel Humeau l’indĂ©fectible camĂ©ramen de Pierre Barouh, etc. etc. L’aventure Saravah Ă©tait un Ă©tat d’esprit unique qui fit de trĂšs nombreux disciples dans le monde de l’art. Rappelons que Pierre Barouh, nous a quittĂ©s l’an dernier, rĂ©veillant en nous de merveilleux souvenirs. Les photos sont en Noir et Blanc. Inutiles de vous dire que je vous recommande la lecture de ce livre. Offrez-le Ă  tous ceux que vous aimez, et mĂȘme aux autres ! BrochĂ©. 304 p. Format : 21 × 14,8 cm. 22€. Alain Vollerin

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Alain Vollerin
Blog des arts 8 mai 2018

- L'effet pollen

«  je pense vraiment qu’il n’y a rien d’inutile, que le vent souffle sur chaque mot, chaque geste sans que l’on sache oĂč il les dĂ©pose
 les idĂ©es se propagent comme le pollen et fĂ©condent si elles portent en elles le germe de vie.» (Pierre Barouh)

Voici un livre remarquable, celui dont on rĂȘvait depuis toujours et qui demeurera LE document de rĂ©fĂ©rence pour tous les amoureux des artistes Saravah, et mĂȘme au-delĂ , pour ceux qui veulent comprendre et se replonger dans les annĂ©es 70, dans la France des marges et de la subversion. On y retrouve des tĂ©moignages de musiciens et chanteurs (David McNeil, Areski, Jean Querlier, Aram, etc.), les ingĂ©nieurs du son, les gens qui ont travaillĂ© pour la maison de disques, la boutique. Benjamin Barouh trace un portrait affectueux de son pĂšre Pierre, et demande Ă  sa mĂšre Dominique de raconter cette pĂ©riode mouvementĂ©e avec lui. Certains tĂ©moignages auraient pu ĂȘtre recentrĂ©s, mais ils racontent tous la folie et la grandeur de l’époque.

Dans «Saravah, c’est oĂč l’horizon? 1967-1977», on trouve Ă©galement de belles et rares photos. Aussi, on peut lire le synopsis du film de Pierre Barouh «Ça va, ça vient» (circa 1970) qui surprend par sa prose souple (en opposition Ă  ce qu’elle sera plus tard) et qui Ă©trangement est plus intĂ©ressant que le film lui-mĂȘme, une fois tournĂ©. Et Benjamin a rĂ©alisĂ© un travail dĂ©moniaque et prĂ©cieux (commencĂ© des annĂ©es auparavant alors qu’il travaillait directement pour Saravah): une discographie complĂšte des vinyles publiĂ©s par l’étiquette pendant cette dĂ©cennie.

C’est un ouvrage fascinant et beau. On ne pouvait faire autrement que de demander un entretien par courriel avec Benjamin Barouh.

Q : As-tu hĂ©sitĂ© avant de te lancer dans l’écriture de ce livre ? Avais-tu des craintes de dĂ©couvrir des choses qui pourraient te blesser ?

BB: C’est une amie curatrice et agent artistique, Marie-Pierre Bonniol, qui m’a soufflĂ© le projet d’écrire un livre sur Saravah alors que nous Ă©voquions le cinquantiĂšme anniversaire du label et les diffĂ©rents Ă©vĂ©nements associĂ©s. Mon pĂšre Ă©tait encore bien vivant. Marie-Pierre m’a mis en relation avec l’éditeur marseillais Le mot et le reste et le livre a dĂ©marrĂ©, dans l’enthousiasme gĂ©nĂ©ral! J’étais trĂšs excitĂ© Ă  l’idĂ©e de renouer avec un exercice que j’ai pratiquĂ© avec plaisir pendant plus de 15 ans, raconter l’histoire de Saravah! Entre temps mon pĂšre est dĂ©cĂ©dĂ©, et ce projet de livre est devenu vital pour rester le plus longtemps connectĂ© avec lui.

Q : Pour cet ouvrage, tu multiplies les témoignages. Ont-ils été remaniés ou publiés tels quels ?

Un tĂ©moignage lorsqu’il est retranscrit sur papier perd sa chair, sa chaleur et une grande partie de l’émotion du contact direct. Il faut donc interroger et enregistrer beaucoup, pour espĂ©rer garder quelques braises de la rencontre. Ma mĂ©thode fut d’interroger mes invitĂ©s sur leur enfance, leur adolescence, l’éveil de leur esprit artistique, leur intĂ©rĂȘt pour l’acoustique, avant d’en arriver au sujet du livre, c’est-Ă -dire la brĂšve mais dense expĂ©rience du studio Saravah des Abbesses Ă  Montmartre. Parfois les souvenirs de cette pĂ©riode remontaient Ă  la surface Ă  rebours, dans le dĂ©sordre de nos discussions. Je me suis donc appliquĂ© Ă  rĂ©organiser la matiĂšre collectĂ©e, comme des petites anecdotes tissant la vision intime de chaque tĂ©moin. Ce fut beaucoup de travail pour parvenir Ă  un rĂ©sultat vivant et spontanĂ©.

Q : Parmi les absents, on compte notamment Brigitte Fontaine et Joel Favreau
 Pourquoi ?

L’un des acteurs de cette Ă©poque que je voulais absolument mettre en avant est Areski Belkacem. C’est d’ailleurs le premier que j’ai appelĂ©, un dimanche d’aoĂ»t (je crois que c’était le jour de l’Assomption). Areski rentrait de l’hĂŽpital, suite Ă  une lourde opĂ©ration, et il a rĂ©pondu sans vraiment s’en rendre compte, comme par surprise, car il dĂ©croche rarement son tĂ©lĂ©phone. C’est donc le premier tĂ©moin que j’ai rencontrĂ© Ă  Paris (j’habite Ă  Nantes), en dĂ©cembre 2016. Areski Ă©tait tout Ă  fait rĂ©tabli. Brigitte Fontaine, sa compagne, se trouvait clouĂ©e au lit, mal fichue et peu disposĂ©e Ă  rĂ©pondre Ă  mes questions. Elle voulait bien se confier, mais elle s’opposait Ă  ce que ses propos fussent enregistrĂ©s ou mĂȘme utilisĂ©s. Et j’ai respectĂ© son vƓu.

Quand je l’ai revue au printemps, elle allait beaucoup mieux. Elle m’a offert son trĂšs beau recueil de poĂ©sies sur Arthur Rimbaud «Chute et ravissement» (chez Actes sud), rĂ©digĂ© pendant sa convalescence, et semblait plus disposĂ©e Ă  s’ouvrir sur la pĂ©riode des Abbesses. Mais j’étais dĂ©jĂ  sur la fin du projet
 Brigitte est un Ă©lĂ©ment-clĂ© de l’histoire de Saravah, c’est elle qui a inspirĂ© Ă  Pierre et Fernand Boruso l’esthĂ©tique et la particularitĂ© de leur label en 1967!

Dans le cas de JoĂ«l Favreau, j’ai compris l’importance de son rĂŽle dans le studio Saravah, au cĂŽtĂ© de mon pĂšre et de Jacques Higelin, dans les derniers mois de rĂ©daction, en travaillant sur la partie catalogue. Je ne l’ai pas contactĂ©, faute de temps, et je le regrette car j’ai beaucoup d’estime pour l’homme et l’artiste et je suis sĂ»r que son tĂ©moignage eĂ»t Ă©tĂ© prĂ©cieux. Mais il y a d’autres absents. Jacques Higelin, trop mal en point pour s’exprimer quand je l’ai rencontrĂ© aprĂšs le dĂ©cĂšs de mon pĂšre, le violoncelliste Jean-Charles Capon, Ă  qui j’ai laissĂ© plusieurs messages sans rĂ©ponses, ou encore l’introuvable Daniel Vallancien,


Q : Ton livre dresse un portrait Ă©quilibrĂ© de ton pĂšre Pierre. Il est dĂ©crit comme un grand producteur, visionnaire, audacieux, rĂȘveur, mais Ă©galement comme un homme colĂ©rique, jaloux et entĂȘtĂ©. Le tĂ©moignage de ta mĂšre Dominique est troublant, elle semble avoir eu Ă  la fois beaucoup de plaisir pendant ses annĂ©es Saravah, mais Ă©galement s’ĂȘtre sentie brimĂ©e, Ă  l’étroit
 Aurait-elle pu avoir un parcours plus Ă©toffĂ© comme chanteuse ?

Quand Pierre rencontre Dominique, celle-ci est stagiaire-monteuse, Ă  peine majeure. Elle se dĂ©couvre un talent de chanteuse en voyageant au BrĂ©sil avec Pierre en 1969, pour le tournage du film «Saravah». De retour Ă  Paris, elle donne la rĂ©plique Ă  Pierre dans La nuit des masques, un an aprĂšs la diva Elis Regina! Et elle s’en sort trĂšs bien. Je pense qu’elle avait un don pour le chant, que Pierre a rĂ©vĂ©lĂ©, comme il l’a fait avec beaucoup d’artistes. Elle a Ă©tĂ© en quelque sorte victime de son succĂšs, car tout le monde voulait lui proposer des textes, lui faire signer des contrats et Pierre a eu peur de la perdre. C’était un homme trĂšs doux et trĂšs gĂ©nĂ©reux, mais les blessures psychologiques causĂ©es par les annĂ©es de guerre, oĂč il Ă©tait cachĂ© en VendĂ©e pour Ă©viter la dĂ©portation, pouvaient le rendre tourmentĂ© et possessif.

Q : Tu donnes enfin la parole Ă  Fernand Boruso. Dans la lĂ©gende, colportĂ©e depuis des dĂ©cennies par Pierre, c’était un ami et comptable chez Saravah qui les avait tous trahis en dĂ©tournant des fonds. Ce qui, Ă  terme, a failli causer la faillite de la boĂźte. Mais on apprend qu’il a aussi jouĂ© un rĂŽle trĂšs important dans la production artistique des disques
 Pas simplement un comptable. Qu’est-il arrivĂ© finalement ? Il a volĂ© des sous ou non ?

En 1966, Pierre a fait appel Ă  son ami Fernand Boruso, qui travaillait dans la distribution et la production de disques, pour crĂ©er les statuts et administrer les Ă©ditions Saravah contre un pourcentage sur le chiffre d’affaires, en accord avec ses associĂ©s Claude Lelouch et Francis Lai. AprĂšs le succĂšs d’«Un homme et une femme», Fernand s’est occupĂ© des Ă©ditions alors que les demandes affluaient du monde entier, puis de la gestion du label dont il fut l’artisan avec Pierre. Les arrangements financiers entre les deux amis ont mal tournĂ© quelques annĂ©es plus tard, Ă  un tel point que Pierre a rendu Fernand responsable de l’endettement de Saravah. Cette histoire de dette, ou d’octroi, de Boruso Ă  Saravah n’est pas claire. Mais ce que doit Saravah Ă  Boruso, c’est notamment le fameux studio du passage des Abbesses qui lui appartenait, la petite Ă©quipe technique et logistique qu’il a lui-mĂȘme constituĂ©e, le bureau de la rue des Abbesses dont il avait obtenu le bail (ce bureau qui deviendra la «boutique Saravah»), enfin l’excellent travail de production, de graphisme et de distribution des dĂ©buts. Comme la thĂ©matique de mon livre est prĂ©cisĂ©ment le studio des Abbesses, je fus stupĂ©fait par les rĂ©vĂ©lations trĂšs dĂ©taillĂ©es de Fernand Boruso, qui n’était pas un simple comptable mais l’associĂ© de mon pĂšre pendant les six premiĂšres annĂ©es de l’aventure Saravah!

Q : Quelles sont les principales surprises que tu as eues en rédigeant cet ouvrage ?

La pĂ©riode traitĂ©e par le livre correspond Ă  mes dix premiĂšres annĂ©es. Les tĂ©moignages collectĂ©s m’ont informĂ© sur des Ă©vĂ©nements que j’ai vĂ©cus dans l’état d’éveil d’un nourrisson, Ă  travers le voile de la petite enfance. Je ne pensais pas dĂ©couvrir autant d’anecdotes sur ma vie. Tout d’abord j’ai rĂ©alisĂ© que ma mĂšre se croyait d’origine brĂ©silienne par sa mĂšre Maryem Van Helshe (mĂ©tis camerounaise-hollandaise orpheline, mal Ă  l’aise avec son ascendance africaine et prĂ©fĂ©rant se faire passer pour brĂ©silienne vis-Ă -vis de ses propres filles!). Ensuite, j’ai appris que la directrice de production de Saravah, Claudine Champion (qui prit le nom de Cormerais, son Ă©poux), avait vĂ©cu avec nous dans les maisons des Yvelines oĂč j’ai fait mes premiers pas, avant notre installation Ă  Montmartre, et que j’avais donc passĂ© un certain temps dans ses bras! C’est d’ailleurs Claudine qui m’a mis sur la piste de la «rĂ©habilitation» de Fernand Boruso, la grande rĂ©vĂ©lation du livre!

En consultant des dossiers de factures, de lettres, j’ai fait des dĂ©couvertes sur les affaires qui accablaient mes parents, dettes, procĂšs, poursuites judiciaires pour loyers impayĂ©s,
 Nous vivions dans une belle maison avec un terrain de tennis, parc et dĂ©pendances, proche de Paris, qu’il nous a fallu quitter d’urgence sur ordre d’huissier! Et Ă  partir de cette Ă©poque les huissiers ne lĂąchaient plus mes parents. Je ne m’étais pas rendu compte du gouffre Ă©conomique au-dessus duquel nous nous balancions.

Enfin pour s’en tenir au studio d’enregistrement, j’ai Ă©tĂ© trĂšs Ă©tonnĂ© par l’évolution technologique entre 1966 et 1976, du deux pistes au quatre, puis huit et seize pistes; et comment cette Ă©volution a influencĂ© la crĂ©ation artistique. Le plus Ă©trange dans cette histoire, c’est qu’un an Ă  peine aprĂšs la rĂ©installation du studio des Abbesses en seize pistes, avec rĂ©novation de la cabine de rĂ©gie, de l’acoustique et de la dĂ©coration, Pierre le vend! D’un cĂŽtĂ© il avait tout misĂ© sur l’indĂ©pendance garantie par le studio, les bureaux et la boutique, et quand il eut obtenu ce qui manquait Ă  Saravah, c’est Ă  dire l’appui du distributeur RCA, tout s’écroula, brutalement. La fin des Abbesses est un sujet sensible, liĂ© Ă  la sĂ©paration de mes parents, peut-ĂȘtre mĂȘme au bouleversement mondial de la fin des annĂ©es soixante-dix qui annonce le cynisme des annĂ©es quatre-vingt, la fin des idĂ©aux (et pourtant l’arrivĂ©e de la gauche au pouvoir en France!)


Finalement, je n’avais jamais pensĂ© que l’échec du studio Saravah des Abbesses Ă©tait liĂ© au choc pĂ©trolier de 1973 (confirmĂ© en 1979) qui a fait basculĂ© le monde dans la crise et les conflits qui nous Ă©touffent aujourd’hui


Q : Tu t’es occupĂ© pendant des annĂ©es du catalogue Saravah, et c’est dĂ©sormais Atsuko, la derniĂšre compagne de Pierre, qui a pris le relais. Je veux parler des rééditions en cd. Pourquoi plusieurs vinyles de la grande Ă©poque n’ont jamais Ă©tĂ© rééditĂ©s ou seulement au Japon? Par exemple, Chic Streetman ou Aram


J’ai travaillĂ© pendant 15 ans pour Saravah et je me suis appliquĂ© Ă  mettre Ă  jour son beau et riche catalogue. Mon premier but Ă©tait de rééditer la discographie de mon pĂšre et nous avons rĂ©ussi Ă  nous associer avec Universal pour la complĂ©ter (car son premier album «Vivre», ses 45-tours et la bande originale du film «Un homme et une femme» sont des productions disc’AZ, label absorbĂ© par Universal) et j’en suis fier, mĂȘme si le magnifique coffret Ă©ditĂ© par Universal regroupant les annĂ©es disc’AZ s’est peu vendu et ne bĂ©nĂ©ficie pas de la visibilitĂ© qu’il mĂ©rite. J’ai malheureusement manquĂ© de temps, et peut-ĂȘtre de persĂ©vĂ©rance, pour rééditer «Growing up» de Chic Streetman, Champion Jack DuprĂ©, Aram et la plupart des albums oubliĂ©s de l’époque Boruso («L’univers-solitude» de Jean-Charles Capon et Pierre Favre, «Chorus» de Michel Roques, l’incroyable «La lettre et le silence» du poĂšte lettriste Maurice LemaĂźtre, ou encore le magnifique album solo d’Areski «Un beau matin»  Mais cette mission est assurĂ©e, avec talent, par le disquaire-label parisien Le Souffle continu, qui vient de rééditer l’album d’Areski en vinyle et en CD, aprĂšs avoir ressorti en vinyle les deux albums du Cohelmec ensemble, les deux Mahjun et le double album culte de Barney Wilen «Moshi»  Les introuvables de Saravah vont bientĂŽt ĂȘtre disponibles!

Q : Un cas qui me prĂ©occupe c’est celui de David McNeil. Ses trois premiers 33-tours chez Saravah sont fabuleux, mais n’ont jamais Ă©tĂ© rééditĂ©s intĂ©gralement. Pourquoi ? Est-ce lui-mĂȘme qui s’y oppose ?

Les tensions entre David McNeil et mon pĂšre ont commencĂ© Ă  la fin de la pĂ©riode des Abbesses, quand David est parti chez RCA. Au dĂ©but des annĂ©es quatre-vingt dix, alors que le catalogue Saravah Ă©tait rééditĂ© au format CD, Pierre a voulu sortir une compilation de David Mc Neil, par souci d’économie je crois, au lieu de rééditer les trois albums Saravah de David, qui sont de vĂ©ritables bijoux. Je ne travaillais pas encore officiellement chez Saravah, mais je donnais des coups de mains. J’ai d’ailleurs rĂ©alisĂ© la pochette de cette compilation, par un collage artisanal. Quelques annĂ©es plus tard, David McNeil a voulu rĂ©cupĂ©rer ses droits Ă©ditoriaux, engageant un avocat et obtenant gain de cause. Cette affaire a aggravĂ© les relations entre David McNeil et mon pĂšre. Sa compagne japonaise Atsuko Ushioda (future mĂšre de MaĂŻa, Akira et Amie Barouh) qui tenait dĂ©jĂ  les comptes du label, a mal vĂ©cu cet Ă©pisode.

DerniĂšrement, en travaillant sur le livre et sur le spectacle «Saravah revisité» qui explore le rĂ©pertoire Saravah des annĂ©es soixante-dix, j’ai réécoutĂ© les trois albums de David et je les ai trouvĂ©s tellement bons, intemporels, qu’il m’a semblĂ© Ă©vident et nĂ©cessaire de les sortir au format CD, en les regroupant dans un beau coffret, dans la mouvance des 50 ans du label, avec l’aval de David. Mais Saravah, c’est-Ă -dire Atsuko a refusĂ©, peut-ĂȘtre par fidĂ©litĂ© Ă  Pierre, qui en voulait beaucoup Ă  David. Je ne dĂ©sespĂšre pas de voir ces albums rééditĂ©s chez Saravah ou plus vraisemblablement en licence chez un autre label.

Q : Saravah a fĂȘtĂ© ses 50 ans. Est-ce qu’il y a d’autres projets prĂ©vus dans un avenir proche pour en souligner l’anniversaire ? Par exemple, les images filmĂ©es Ă  Carpentras dans les annĂ©es 70, aura-t-on un jour la chance de les voir ?

Un duo de rĂ©alisateurs Marie-Laure DĂ©sidĂ©ri et Christian Argentino a filmĂ© mon pĂšre dans les deux derniĂšres annĂ©es de sa vie, en le suivant de Paris Ă  Tokyo en s’attardant dans sa maison de VendĂ©e, oĂč Pierre passait beaucoup de temps. Leur trĂšs beau documentaire «Pierre Barouh, l’art des rencontres», qui vient d’ĂȘtre Ă©ditĂ©, utilise des extraits du prĂ©montage de «Vaison-la-romaine/Carpentras», ce grand projet cinĂ©matographique dont il ne reste qu’une vingtaine de minutes tout au plus, le reste des bandes ayant Ă©té  perdu.

Pour ma part, j’ai activement participĂ© au spectacle «Saravah revisité», notamment en sĂ©lectionnant le rĂ©pertoire orchestrĂ© par Steve ArguĂ«lles, entourĂ© par son groupe Les Recyclers, Areski Belkacem, Borja Flames, Marion Cousin, le duo Arlt, Etienne Brunet et Vitor Garbelotto. Cette fresque musicale des annĂ©es 70 a Ă©tĂ© produite par la scĂšne nationale nantaise Le Lieu Unique et prĂ©sentĂ©e avec succĂšs Ă  Nantes en janvier dernier, et sera rejouĂ©e Ă  Paris en novembre 2018 dans le festival BB mix.

Q : Sur une note plus personnelle, quels sont tes projets d’écriture ? Envisages-tu d’écrire une suite pour raconter les dĂ©cennies suivantes de Saravah ?

J’aime Ă©crire. Mon pĂšre m’a transmis l’amour de la langue et des mots. Je me suis d’abord intĂ©ressĂ© Ă  la fiction, travaillant pendant des annĂ©es Ă  la rĂ©daction d’un roman court publiĂ© en 2010 aux Ă©ditions du Cygne. «Saravah, c’est oĂč l’horizon?» m’a permis d’explorer le rĂ©cit biographique. Je travaille en ce moment sur le parcours d’un hĂ©ros discret de notre terroir profond, en collaboration avec ma compagne Nadia Szczepara qui a rĂ©alisĂ© une sĂ©rie de dessins que j’aimerais intĂ©grer au rĂ©cit. Dans la sĂ©rie Pierre Barouh, j’ai dĂ©couvert une quantitĂ© de manuscrits, textes, lettres, notes, synopsis, Ă©bauches de chansons que je voudrais publier en facsimilĂ©, dans une Ă©dition d’art et que j’intitulerai «L’artiste heureux» (en rĂ©fĂ©rence Ă  un texte inĂ©dit que j’ai publiĂ© dans mon livre).

Je n’ai pas l’intention de poursuivre la chronique de Saravah, mais dans le mĂȘme esprit de chronique je pense Ă  rĂ©unir le matĂ©riel pour une anthologie de la revue graphique «Popo color» dont j’étais directeur de publication dans les annĂ©es quatre-vingt-dix et qui fut dĂ©clinĂ©e en sous-label de Saravah «Popo classic collection», en boutique («Bimbo tower») et en soirĂ©es mĂ©morables. C’est une aventure proche de l’esprit des Abbesses, mais beaucoup plus brĂšve (de 1994 Ă  1997).

Le secret de l’écriture, c’est d’alimenter la flamme et de «rester curieux» (comme disait Pierre).

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_À ceux qui voudraient poursuivre leur lecture, je signale une trĂšs riche Ă©mission de radio sur l’histoire de Saravah et de Pierre Barouh, et qui reprend de larges extraits des tĂ©moignages recueillis par Benjamin pour son livre. On peut Ă©galement y entendre, outre des classiques Saravah, des raretĂ©s et mĂȘme un ou deux inĂ©dits (comme cette maquette de Brigitte Fontaine pour Il pleut). C’est en six Ă©pisodes et ça dure une quinzaine d’heures. Ça peut s’écouter ou se tĂ©lĂ©charger ici

_Benjamin sera à Montréal le 2 juin 2018 pour une séance Saravah. Plus de détails ici.

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Pour consulter le blogue de Francis Hébert, La route aux quatres chansons, cliquez ici

Francis Hébert
La route aux quatre chansons - Blogue de Francis Hébert 9 mai 2018

- Saravah

Saravah est une roulotte comme Cocteau appelait l’appartement oĂč habitait la famille de ses Parents terribles, une tribu de romanichels qui vivent leurs rĂȘves de musique et de chansons sous la direction de Pierre Barouh. Les revers de fortune succĂšdent aux emportements de joie, mais le navire flotte toujours, malgrĂ© la disparition de son fondateur bohĂšme. Dans un livre aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, son fils, Benjamin Barouh, raconte les dix premiĂšres annĂ©es de la saga du label Saravah qui a publiĂ© les disques de Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Areski, Jean-Roger Caussimon, NanĂĄ Vasconcelos, Pierre AkendenguĂ©, Jack Treese, David McNeil, Allain Leprest, Maurane, mais aussi Barney Wilen, Steve Lacy, l’ami Étienne Brunet ou le groupe Mahjun.

À cette Ă©poque l’amour Ă©tait libre, l’imagination Ă©tait au pouvoir, ce qui n’empĂȘchait pas les indĂ©licats de marquer leur territoire avant de le dĂ©serter en emportant la caisse comme nombreux en accusent Fernand Boruso (le B de BYG avec Jean-Luc Young et Jean Georgakarakos !) qui s’exprime aussi dans le livre, car il s’agit avant tout d’un recueil de tĂ©moignages. Si Brigitte Fontaine, toujours tournĂ©e vers l’avenir, ne veut pas entendre parler du passĂ©, Areski, Jean Querlier, David McNeil, les ingĂ©nieurs du son et bien d’autres qui ont participĂ© Ă  l’aventure se prĂȘtent Ă  l’exercice. Au grĂ© des pages on croise Ă©videmment Francis Lai et Claude Lelouch, mais aussi le gĂ©nial compositeur Michel Magne ou l’Art Ensemble de Chicago qui jouait sur le cultissime Comme Ă  la radio. Les Ă©vocations de Pierre Barouh circulent du BrĂ©sil au Japon, du studio montmartrois du passage des Abbesses Ă  celui du ChĂąteau d’HĂ©rouville, et de disque en disque, de rencontres improbables Ă  finalement leur Ă©vidence. La Samba Saravah, adaptĂ©e de Samba da BĂȘnção de Baden Powell et VinĂ­cius de Moraes, pour le film Un homme et une femme donnera le ton de cette vie d’artiste, une fausse insouciance qui permet de vivre avec le sourire.

Enregistrer les premiers disques Saravah sur un Revox 2 pistes leur confĂ©rait une vĂ©racitĂ© inĂ©galĂ©e. Simplifier la technique en la soignant particuliĂšrement crĂ©e une ambiance exceptionnelle de concentration, l’instantanĂ© soulignant ce qui ne peut s’écrire, mais se joue dans l’urgence. Les premiers disques d’Un Drame Musical InstantanĂ© en bĂ©nĂ©ficiĂšrent et je continue autant que possible Ă  retoucher le moins possible les rĂ©glages et le jeu des instrumentistes, quitte Ă  refaire une prise plutĂŽt que de jouer du rafistolage que la technologie facilite de plus en plus. Les disques Saravah ont souvent joui de cette incroyable Ă©nergie brute que les productions trop lĂ©chĂ©es perdent hĂ©las. Quand la technique s’efface, ce sont les voix et les corps qui s’exposent. Comme dans les meilleurs disques, les tĂ©moignages recueillis par Benjamin Barouh refont vivre une Ă©poque oĂč tout semblait possible. Aux petits nouveaux de retrouver cette flamme ou de souffler sur de nouvelles braises !

→ Benjamin Barouh, Saravah, c’est oĂč l’horizon 1967-1977, 304 pages, ed. Le Mot et le Reste, 22€

→ Connexions persos : Brigitte Fontaine enregistra sur OpĂ©ration Blow Up avec le Drame en 1992. Jean Querlier est prĂ©sent sur les deux premiers disques du Drame en grand orchestre (À travail Ă©gal salaire Ă©gal en 1982 et Les bons contes font les bons amis en 1983). J’ai plusieurs fois eu le plaisir de jouer avec Étienne Brunet et nous avons interviewĂ© ensemble Steve Lacy en 2001. J’ai suivi l’Art Ensemble (offstage) pendant le Festival du Mans en 1997, mais j’ignore ce que sont devenues les bandes vidĂ©o. J’assistai RenĂ© ClĂ©ment en 1975 lors des sĂ©ances d’enregistrement de la musique de Francis Lai que dirigeait Christian Gaubert pour La Baby-Sitter. BĂ©nĂ©ficiant de la gĂ©nĂ©rositĂ© de Claude Lelouch, nous frĂ©quentions chaque samedi les Ă©normes fauteuils en cuir de son luxueux Club 13 en tant qu’étudiants Ă  l’Idhec. Il m’est arrivĂ© d’y regarder quatre films coup sur coup ! La musique tachiste de Michel Magne est un des disques fondateurs de mon histoire


Retrouvez cet article sur le site de Médiapart

Jean-Jacques Birgé
Médiapart - Le Club 8 mai 2018

- Interview de Claude Lelouch et Benjamin Barouh

Lise Gutmann reçoit Benjamin Barouh et Claude Lelouch pour une émission à la mémoire de Pierre Barouh. Une émission trÚs riche à réécouter sur le site de la radio

Lise Gutmann
JudaĂŻques FM 3 mai 2018

- Interview Benjamin Barouh

Sous l’impulsion de Pierre Barouh, le label Saravah a marquĂ© la production musicale indĂ©pendante française au tournant des annĂ©es 60 et 70. Son fils Benjamin, Ă  l’occasion de la publication du livre Saravah, C’est oĂč l’horizon? 1967–1977, revient pour nous sur l’épopĂ©e Saravah et son catalogue riche de secrets.

Ceux qui ont moins de 40 ans ne connaissent probablement pas Saravah. Pouvez-vous leur prĂ©senter ce qu’était Saravah durant la dĂ©cennie 1967 – 1977 ?

Saravah est d’abord une sociĂ©tĂ© d’édition musicale créée par trois amis – Francis Lai, Claude Lelouch et Pierre Barouh – Ă  l’occasion de la sortie de la bande-son du film Un homme et une femme. Ce succĂšs a gĂ©nĂ©rĂ© beaucoup de droits et, sous l’impulsion de mon pĂšre Pierre Barouh, la maison d’édition est Ă©galement devenue label un an aprĂšs la sortie du film. Il avait envie de crĂ©er un label original et novateur qui aiderait les artistes Ă  se dĂ©velopper, et c’est ainsi que Saravah a produit Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem et s’est aventurĂ© dans les musiques du monde en favorisant le recherche et l’ouverture musicale.
La grande particularitĂ© du label Ă©tait son studio, le Studio des Abbesses Ă  Paris, oĂč les mĂ©thodes d’enregistrement ont beaucoup Ă©voluĂ© Ă  la fin des annĂ©es 60. Les artistes pouvaient y passer Ă©normĂ©ment de temps pour tester des mĂ©langes de genres musicaux et ainsi crĂ©er des disques.

Quand on parle de Saravah, on Ă©voque souvent un esprit de crĂ©ation, d’aventure et de famille


Oui, c’est tout Ă  fait ça. La manne financiĂšre qui venait du film Un homme et une femme a permis de sortir des disques en ayant les moyens de les produire, et il faut aussi dire qu’à cette Ă©poque la vie coĂ»tait moins cher. À la fin des annĂ©es 60, la France ne connaissait pas encore le chĂŽmage et la crise. C’était plus facile de payer les gens, de fabriquer les disques, donc nous n’hĂ©sitions pas Ă  fabriquer des stocks et Ă  prendre des risques.
Ce qu’il y a de grandiose dans cette aventure est la qualitĂ© des artistes que mon pĂšre a rencontrĂ©s. Il faut comprendre que Pierre Barouh Ă©tait lui-mĂȘme artiste, il avait roulĂ© sa bosse avec des musiciens et cherchait Ă  mĂ©langer sa poĂ©sie avec des sonoritĂ©s jazz ou brĂ©siliennes, notamment avec la bossa nova dont il avait rencontrĂ© la scĂšne Ă  la fin des annĂ©es 50. Il avait les oreilles grandes ouvertes et lorsqu’il rencontre Brigitte Fontaine, c’est le coup de foudre. Brigitte Fontaine va ensuite amener Jacques Higelin qui est un autre monument de la crĂ©ation musicale qui dĂ©passe les frontiĂšres entre jazz, poĂ©sie et rock. Ensuite, Areski Belkacem va apporter la touche de musiques du monde avec ses percussions et ses sons kabyles, Pierre AkendenguĂ© avec la transe gabonaise, Jack Treese avec sa guitare folk, etc. Cela a lancĂ© le principe de brassage musical propre Ă  Saravah.

Comment l’histoire s’est-elle finie ?

Mon pĂšre n’était pas un homme d’affaires et Ă©tait lancĂ© dans une sĂ©rie d’enregistrements. De semaine en semaine, on fabriquait des disques Ă  tour de bras, sauf qu’entre 1970 et 1974, l’économie avait changĂ©, la crise pĂ©troliĂšre Ă©tait arrivĂ© et cela coĂ»tait beaucoup plus cher de produire un disque. Il s’est retrouvĂ© complĂštement dĂ©bordĂ© et sa passion a pris le dessus sur la rĂ©alitĂ©. Au final, cela a implosĂ©.
Il y a eu Ă©galement des clashes dans l’équipe fondatrice, notamment entre mon pĂšre et Fernand Boruso. Or ils Ă©taient trĂšs complĂ©mentaires, l’un faisait les rencontres artistiques et l’autre la logistique, la distribution, l’image
 C’est d’ailleurs aprĂšs son dĂ©part que mon pĂšre s’est retrouvĂ© seul et a embauchĂ© ma mĂšre et sa sƓur pour fonctionner en entreprise familiale.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

J’ai travaillĂ© pendant 15 ans avec mon pĂšre pour Saravah et, chaque dĂ©cennie, nous fĂȘtions l’anniversaire. LĂ , j’avais ce projet en tĂȘte pour les 50 ans de Saravah. Au dĂ©part, je devais le faire ce projet avec mon pĂšre, mais il est dĂ©cĂ©dĂ© et ce livre a pris une dimension vitale pour moi. J’ai voulu lui rendre hommage, creuser son Ɠuvre et sa philosophie. J’ai essayĂ© de comprendre comment cet homme, enfant juif rĂ©fugiĂ© dans le bocage vendĂ©en, rescapĂ© de la 2de guerre mondiale, a rĂ©ussi Ă  trouver les ressources pour crĂ©er des chansons et une maison de disques qui Ă©tait une communautĂ© avec un projet social et humain trĂšs fort.

Le livre est construit Ă  partir d’entretiens. Comment ces rencontres se sont-elles dĂ©roulĂ©es ?

Je suis parti d’une des derniĂšres discussions que j’ai eues avec mon pĂšre. En lui annonçant que je voulais Ă©crire ce livre, il m’a dit « Il faut que tu parles du son Saravah ». Ce sont ceux qui faisaient ce son dans le studio qui peuvent en parler le mieux, donc il a fallu mener l’enquĂȘte et retrouver les ingĂ©nieurs du son, les assistants, les directrices de production, les musiciens – car il y avait une section rythmique chez Saravah qui accompagnait les diffĂ©rents chanteurs. Retrouver ce petit monde n’a pas Ă©tĂ© facile. Le premier que j’ai interrogĂ© est Areski Belkacem et j’étais trĂšs heureux de le revoir car je l’aime Ă©normĂ©ment et il a Ă©tĂ© trĂšs important dans le « son Saravah » justement. Lui m’a mis en contact avec la premiĂšre directrice de production, dont j’ai appris au passage qu’elle vivait avec nous et Ă©tait ma nounou quand j’étais enfant. Avec difficultĂ©, j’ai aussi rĂ©ussi Ă  contacter Christian Gence et c’est lui qui m’a mis en contact avec Fernand Boruso qui a pu me dĂ©rouler tout le dĂ©but de l’histoire Saravah avant qu’il ne se fĂąche avec mon pĂšre.
Je m’en suis tenu Ă  la chronique du studio pour ne pas me perdre et, finalement, grĂące Ă  ces gens, j’ai reconstruit ma propre histoire lorsque j’étais enfant avec eux.

Lisez la suite de l’interview sur TPLMusique

Mathias Milliard
Tous pour la musique 17 avril 2018

- Interview avec Benjamin Barouh, Areski Belkacem et Dominique Cravic

En direct du Duc des Lombards, l’équipe des Lundis du duc accueille Benjamin Barouh, Areski Belkacem et Dominique Cravic pour parler du livre, de Saravah et de Pierre Barouh. Une belle rencontre qui donne envie de réécouter le catalogue de la maison et de se balader dans les anecdotes et les souvenirs de Benjamin Barouh.

Réécoutez l’émission sur le site de TSF Jazz

Laurent Sapir & Sébastien Vidal
TSF Jazz // Les lundis du duc 26 mars 2017

- Saravah, c’est oĂč l’horizon ? 1967-1977

Il avait le goĂ»t du lĂącher-prise, du pas de cĂŽtĂ© et des « choses penchĂ©es », comme l’écrit si bien Benjamin Barouh au sujet de son troubadour de pĂšre auquel il consacre un ouvrage gorgĂ© de lĂ©gendes et d’humilitĂ©.

Il posait aussi les bonnes questions. « C’est oĂč l’horizon ? », par exemple. C’était tout lui. Quand d’autres se mettaient des frontiĂšres, Pierre Barouh, Ăąme conductrice du label et des studios Saravah, questionnait les horizons jusqu’à y entrecroiser des figures aussi mythiques que Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, NanĂĄ Vasconcelos ou encore Barney Wilen. On se souvient aussi de ces sessions de piano rĂ©unissant RenĂ© Urtreger, Georges Arvanitas ou encore Michel Graillier.

PlutĂŽt large, l’horizon. Aux fameuses soirĂ©es Saravah du quartier Mouffetard qui dĂ©centrait le label de son QG des Abbesses, il y avait place pour le free jazz, pour l’accordĂ©on, pour l’orgue de barbarie
 « Il y avait surtout place pour le temps », rajoutait Pierre Barouh, nous ramenant au slogan des dĂ©buts empruntĂ© Ă  Salvador Dali : « Il y a des annĂ©es oĂč l’on a envie de ne rien faire », alors qu’en fait Saravah n’a jamais cessĂ© d’explorer.

Benjamin Barouh restitue avec bonheur cette Ă©popĂ©e peut-ĂȘtre plus proche de l’esprit de 68 que les grandes envolĂ©es rĂ©volutionnaires de l’époque. Il donne notamment la parole aux petites mains de Saravah. Autre temps fort de l’ouvrage, le tĂ©moignage de Fernand Boruso, l’associĂ© grimĂ© en Tonton Flingueur avec lequel le climat va virer Ă  l’aigre et qui peut enfin donner, ici, sa version des faits. Les confidences de Dominique Barouh, l’ancienne compagne, retiennent Ă©galement l’attention. Surtout lorsqu’elle Ă©voque Pierre Goldman, le guĂ©rillero-braqueur hĂ©bergĂ© Ă  un moment par le couple et qui n’hĂ©sitera pas Ă  trimballer en cachette un flingue et un chargeur de munitions sur la route du Montreux Jazz Festival.

Manquent Ă  l’appel Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, si bien entourĂ©e par l’Art Ensemble of Chicago dans Comme Ă  la radio, mais pas le compagnon de cette derniĂšre, Areski Belkacem, pilier des annĂ©es Saravah. Claude Lelouch, en revanche, est bien au rendez-vous. CompĂšre de la premiĂšre heure aprĂšs l’avoir enrĂŽlĂ© dans la bande-son de Un Homme et une femme aux cĂŽtĂ©s de Francis Lai, il rĂ©sume superbement ce qu’était Pierre Barouh en observant qu’avec lui, « il n’y avait pas de service aprĂšs-vente. Une fois qu’il avait allumĂ© une fusĂ©e, il allait en allumer une autre. Il se foutait de savoir si elle arrivait ou pas. Il adorait allumer des fusĂ©es ».

C’était donc cela, Saravah, ce feu d’artifice d’exigence et de dolce vita, cet interstice sublime entre fadaises yĂ©-yĂ© et grands auteurs type Brassens ou FerrĂ©, ce don inouĂŻ pour propager, partager, faire Ă©clore les talents enfouis. « Ce n’est que de l’eau, camarade », chantait Pierre Barouh dans cette sublime version de Àgua de Beber que l’on dĂ©couvre dans l’album ça va, ça vient 
 Jusqu’à nous rĂ©server, le 28 dĂ©cembre 2016, la plus triste des saudades.

À lire sur : http://www.tsfjazz.com/sapir-tsfblog/?p=16516

Laurent Sapir
TSF Jazz mars 2018

- Saravah 1967-77 C’est oĂč l’horizon ?

On pourrait dire que nous avons tous en nous quelque chose de Saravah quand on se passionne pour la scĂšne vivante du spectacle et de la chanson. Quand elle est un court-mĂ©trage de 3 ou 4 mn qui raconte le monde ouvert Ă  la fenĂȘtre, quand elle raconte la vie, les rencontres d’un funambule de l’utopie, baladin Ă©ternel sur tous les chemins buissonniers qui n’ont jamais Ă©tĂ© concernĂ©s par la dictature du code barre
 Quand on a le goĂ»t des choses penchĂ©es, la quĂȘte permanente de la beautĂ© fragile des musiques portĂ©es par les vents oiseleurs de la VendĂ©e Ă  Rio de Janeiro, de Montmartre Ă  Shibuya (Tokyo) 
 Quand on fait sa vie comme une riviĂšre qui atteint toujours son ocĂ©an en mĂ©andres nonchalants pour mieux goĂ»ter l’instant prĂ©sent et les charmes du hasard.

Il y a des annĂ©es oĂč on a envie de ne rien faire
 Parce qu’on a envie d’ĂȘtre totalement disponible Ă  l’imprĂ©vu, Ă  l’inconnu, Ă  la dĂ©couverte, parce qu’on a envie de rĂ©pondre Ă  la question « C’est oĂč l’horizon ? » sans ĂȘtre trop tĂ©lĂ©guidĂ© par une boussole autoritaire
 Et parce qu’on a peut-ĂȘtre envie de dĂ©couvrir plusieurs horizons de couleurs et de goĂ»ts diffĂ©rents.

A travers ce prĂ©ambule nourri du pollen Saravah il y a quelques pistes sur le voyage de la mĂ©moire que vient de faire Benjamin Barouh dans l’histoire du plus ancien label de chanson français en activitĂ© ; les dix annĂ©es de funambulisme permanent qui ont construit la lĂ©gende de cette utopie rĂ©alisĂ©e. Si on ne connait pas bien Saravah, ce livre est la base indispensable pour comprendre comment ce miracle a pu exister
 Fluctuat toujours, mergitur jamais. Si on connait bien Saravah, on va y trouver de quoi affiner et complĂ©ter les portraits des diffĂ©rents acteurs connus ou moins connus qui ont construit ce label.

Benjamin Barouh est un excellent conteur d’un part, et d’autre part dans son travail de collecteur, il a rencontrĂ© et mis en perspective, tous les tĂ©moins, chacun apportant un Ă©clairage personnel, et argumentĂ© sur ces dix ans de genĂšse
 Tout est nuancĂ© par l’ensemble, sans parti pris tranchĂ© et rĂ©ducteur. Regards intimes ou distanciĂ©s, critiques ou amoureux, subjectifs ou objectifs, s’il y avait des zones d’ombre – avec le temps, parfois tout s’en va de travers – elles se rĂ©vĂšlent, comme sur un vieux nĂ©gatif photo qu’on n’aurait pas exploitĂ© Ă  fond, et le tableau se complĂšte, s’enrichit.

Emouvant, et drĂŽle, parfois une phrase situe bien les rapports Ă  la chanson, ainsi le point de vue sur les yĂ©-yĂ©s est explicite quand Dominique Barouh voyait dans l’idole des jeunes une sorte de lombric
 Passionnant quand David Mc Neil raconte que John Mc Neil a parcouru l’Ecosse pendant 20 ans pour collecter toutes les mĂ©lodies Ă©cossaises, qu’il jouait Ă  la guitare sur 3 accords, et qui ont façonnĂ© la musique amĂ©ricaine au dĂ©but du XX Ăšme siĂšcle.
Il y a tous les acteurs de Saravah des Abbesses, et aussi l’autre point de rencontre, les lundis de la Mouff », Mouffetard futur lieu de rĂ©sidence parisienne de la famille Barouh. Il y a tout pour comprendre Saravah , ce qui l’a constituĂ©, ce qui continue et se prolonge aujourd’hui.
C’est une grande fresque bigarrĂ©e, une leçon de crĂ©ativitĂ© tout azimut, un brĂ©viaire de libertĂ©, qu’on pourrait sous-titrer : « Mode d’emploi de la rĂ©alisation d’une utopie Ă  l’usage des jeunes gĂ©nĂ©rations qui ne savent pas qu’il y a d’autres chemins que les autoroutes formatĂ©es au code barre. »

Ou en bref, « Histoire d’un caravansĂ©rail musico-cosmopolite », une soirĂ©e Saravah c’est une rencontre avec des musiciens, des chanteurs, des cinĂ©astes, des graphistes, des comĂ©diens, des auteurs de toutes origines cherchant Ă  communiquer avec tous
 et dans la boutique Saravah, il y avait aussi les confitures aux prunes de mamie (Sarah, la maman de Pierre) 


Dans les grands témoins rencontrés, Francis Lai, Claude Lelouch, Dominique Barouh, Areski Belkacem, David Mc Neil, Raphael Caussimon, Aram Sédéfian, Jean Querlier, Christian Gence, Jacqueline Cauet, Gilles Sallé, Claudine Cormerais, Jean Michel Humeau, Gérard Delassus, Philippe Beaupoil, Christophe Rambault de Barathon, et Fernand Boruso, dont on a le point de vue pour la premiÚre fois sur les fluctuations financiÚres de Saravah.

Ces quelques lignes et anecdotes ne rĂ©sument pas cet excellent livre de 300 pages, (Editions Le Mot et le reste) qui sera en librairie le 15 Mars, mais qu’on trouve nĂ©anmoins depuis hier lundi chez les grands distributeurs parisiens, Gibert entre autres
 C’est juste pour donner envie


C’est le complĂ©ment indispensable aux RiviĂšres souterraines, pour les plus anciens, et avec la compilation 50 ans de Saravah, c’est l’entrĂ©e en Saravah pour les plus jeunes. Avec la mĂ©moire du vent


Pour qu’un souvenir ami
garde dans son tamis
Le bleu de nos nostalgies
Pour que la mémoire du vent
Retienne nos chansons, amis recommençons..

A lire sur: https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2018/03/13/saravah-1967-77-cest-ou-lhorizon/

Norbert Gabriel
Le blog du doigt dans l'oeil - Magazine culturel 13 mars 2018