Saravah
C'est oĂč l'horizon? 1967-1977
Aventure humaine et romantique, utopiste et dĂ©sordonnĂ©e plus que commerciale, le label Saravah a façonnĂ© un son dâune grande qualitĂ© qui nâa rien perdu de son Ă©clat.
NĂ©es en 1966 de la complicitĂ© de Pierre Barouh, Francis Lai et Claude Lelouch, les Ă©ditions Saravah deviennent dĂšs 1968, via leur label et studio installĂ©s Ă Montmartre dans le passage des Abbesses, un vĂ©ritable vivier dâexpĂ©rimentations et de rencontres : celles de Jacques Higelin et Areski, Brigitte Fontaine et lâArt Ensemble Of Chicago, ou encore celle du brĂ©silien NanĂĄ Vasconcelos avec le gabonais Pierre AkendenguĂ© et le guitariste folk Jack Treese⊠Benjamin Barouh, nĂ© en 1970, a contemplĂ© lâintense activitĂ© et les mutations du studio des Abbesses. Pour combler les lacunes, Ă©clairer les zones dâombre, il a interrogĂ© les artistes, musiciens, techniciens et collaborateurs qui lâont connu et animĂ©. Les tĂ©moignages collectĂ©s, dont ceux de Francis Lai, Claude Lelouch, Areski Belkacem, David McNeil alimentent cette histoire et le portrait central de Pierre Barouh, producteur, poĂšte, cinĂ©aste et visionnaire discret, dont le tĂ©moignage manquant en raison de sa disparition rĂ©cente est comblĂ© par ces textes inĂ©dits.
Revue de presse
- Saravah Marc Danva The Brussels Magazine février 2019
- Interview - Le label Saravah est l'un de nos trésors nationaux les plus étincelants Michaël Patin Vice // Noisey 22 novembre 2018
- Interview - à la Dérive avec Benjamin Barouh Aurélie Sfez Nova // à la dérive 13 novembre 2018
- Midi Jazz Denys LeliĂšvre CKRL 89,1 6 juin 2018
- EASY RIDER N°1374 Olivier Valério P.FM 99.9// Easy Rider 16 avril 2018
- Le Saravah de Pierre Barouh IrÚne Omélianenko UNE VIE, UNE OEUVRE - France Culture 26 mai 2018
- Saravah : une histoire, du lundi 23 au samedi 28 avril 2018 Henri JETFM Du 23 avril au 28 avril 2018
- Hommage au français le plus brésilien... Alain Vollerin Blog des arts 8 mai 2018
- L'effet pollen Francis Hébert La route aux quatre chansons - Blogue de Francis Hébert 9 mai 2018
- Saravah Jean-Jacques Birgé Médiapart - Le Club 8 mai 2018
- Interview de Claude Lelouch et Benjamin Barouh Lise Gutmann JudaĂŻques FM 3 mai 2018
- Interview Benjamin Barouh Mathias Milliard Tous pour la musique 17 avril 2018
- Interview avec Benjamin Barouh, Areski Belkacem et Dominique Cravic Laurent Sapir & Sébastien Vidal TSF Jazz // Les lundis du duc 26 mars 2017
- Saravah, câest oĂč lâhorizon ? 1967-1977 Laurent Sapir TSF Jazz mars 2018
- Saravah 1967-77 Câest oĂč lâhorizon ? Norbert Gabriel Le blog du doigt dans l'oeil - Magazine culturel 13 mars 2018
Comment définir Saravah ?
Comme une fenĂȘtre ouverte sur le monde, via le verbe et les rencontres artistiques, sans limites, ni tabous.
Le nom de ce label est lui-mĂȘme un mot-valise, avec cette orthographe en rĂ©fĂ©rence Ă vos aĂŻeux.
Il induit une mystiqueâŠ
Saravah est une formule composite. Câest une vieille incantation dĂ©rivĂ©e de salvar, transmise par les esclaves noirs adeptes du candomblĂ© et reprise par Vinicius de Moraes et Baden Powell dans leurs afro-sambas. La « Samba da Benção », soit la samba de la bĂ©nĂ©diction, inspire Ă Pierre sa « Samba Saravah ». Par ce titre, il convie toute la scĂšne brĂ©silienne aux mystĂšres des orixas, par un SaravĂĄ rituel et convivial. En ajoutant le h de Barouh, qui signifie bĂ©ni en hĂ©breu, mon pĂšre fait Ă©cho. Il sĂšme la formule Ă tout vent en Ă©voquant Sarah, le prĂ©nom de sa maman. Le tout prend son envol dans la formulation Saravah.
Trois disques Saravah et pourquoi ?
Je dirais dâabord « Higelin & Areski ». Câest le cri primal du catalogue, le rĂ©sultat de la premiĂšre session du studio des Abbesses, Ă Montmartre. Cet enregistrement est supervisĂ© par Daniel Vallancien. Aux commandes de sa console, celui-ci dĂ©coupe et multiplie Ies voix, les mĂ©lodies et les rythmes improvisĂ©s par Jacques Higelin et Areski Belkacem. Puis « Moshi » de Barney Wilen. De retour de son pĂ©riple africain, le saxophoniste français enregistre des sessions avec son groupe jazz psychĂ©dĂ©lique. Chaque titre du double album est une variation. Ils sont enregistrĂ©s de Tanger Ă Zanzibar. Et les longs samples sont mixĂ©s avec dĂ©lice. Enfin je sĂ©lectionnerais les « 10 ans de Saravah ». Il sâagit dâun coffret de quatre vinyles oĂč personne nâest oubliĂ©. La pochette de SempĂ© et le texte biographique de Pierre au verso parachĂšvent cette anthologie du son Saravah des Abbesses.
Ce catalogue nâanticipe-t-il pas lâavĂšnement des musiques du monde sur le marchĂ© occidental ?
La dimension « sono mondiale » de Saravah se dĂ©veloppe avec NanĂĄ Vasconcelos dĂšs 1970. Ses recherches rythmiques et vocales autour du berimbau (instrument traditionnel africain utilisĂ© dans le rituel de la capoeira brĂ©silienne, ndlr), sur scĂšne et au studio des Abbesses, sâadaptent ici Ă tous les rĂ©pertoires, en restant fidĂšle aux racines africaines. Quand mon pĂšre chante Ă propos de la samba : « Moi je lâaime, et jâai parcouru le monde, en cherchant ses racines vagabondes⊠», il associe syncrĂ©tisme des folklores et quĂȘte initiatique, introspection et mĂ©tissage, alors que le monde Ă©prouvait les secousses de la dĂ©colonisation. Concernant la scĂšne des annĂ©es 80, elle est dĂ©sabusĂ©e. Nous sommes passĂ©s Ă autre chose. Câest cette autre chose que la new wave japonaise dĂ©friche, ouvrant la voie aux musiques Ă©lectroniques, Ă lâĂšre de la mondialisation.
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Dans votre livre, vous Ă©voquez la fabrication du collector « Brigitte Fontaine Est⊠Folle ! »âŠ
Je tiens cette anecdote de Fernand Boruso, associĂ© de mon pĂšre depuis la crĂ©ation de Saravah en 1966 et jusquâen 1972. Il cumulait les postes de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, directeur de studio, suivait la fabrication, le design et la distribution des disques. Chaque Ă©tape lâintĂ©ressait. Câest en Ă©coutant la maquette de ce qui deviendra « Brigitte Fontaine Est⊠Folle ! » que Pierre et Fernand dĂ©cidĂšrent de crĂ©er le label Saravah en 1968, Ă partir de la rĂ©fĂ©rence SH 10001. Concernant cet enregistrement, Fernand se rendit Ă lâusine de pressage. On lui proposa des pots de couleurs jaune, rouge et bleu commandĂ©s et abandonnĂ©s par Barclay. Boruso leur dit : « MĂ©langez tout ! » RĂ©sultat : les 3000 exemplaires du premier tirage de « Brigitte Fontaine Est⊠Folle ! » sont parus avec des motifs marbrĂ©s, comme ceux quâon peut voir sur les pages de garde des reliures en veau. La pochette est inspirĂ©e par JĂ©rĂŽme Bosch. Elle est imprimĂ©e sur du papier gaufrĂ©. Câest lâun des disques Saravah les plus rares ! Je ne lâai toujours pas retrouvĂ©âŠ
Souffle Continu réédite en vinyle certains albums de Saravah comme Moshi, Areski ou Mahjun.
Comment ĂȘtes-vous entrĂ© en contact avec ce label ?
En 2017, jâai voulu rééditer « Un Beau Matin », le premier album solo dâAreski Belkacem, sorti en 1971. Nous avons confiĂ© la bande Ă lâĂ©quipe du Souffle Continu. Je ne mâattendais pas Ă un travail dâune telle qualitĂ© ! Le son 4 pistes Ă©tait Ă©clatant, limpide et dynamique, rĂ©vĂ©lant les subtilitĂ©s de lâenregistrement, notamment le beatbox dâHigelin et les trouvailles Ă©lectro-acoustiques de Vallancien. Souffle Continu avait dĂ©jĂ sorti les deux albums de Mahjun et lâincroyable réédition de Moshi, plus belle que lâoriginal ! Saravah a donc confiĂ© Ă ce label les rĂ©fĂ©rences pointues et Ă©puisĂ©es du catalogue : Le Cohelmec Ensemble, Michel Roques, Jean-Charles Capon et Pierre Favre, Daniel Vallancien et Philippe MatĂ©, Alfred Panou ou le trĂšs attendu « La Lettre et le Silence » du lettriste Maurice LemaĂźtre. Ces albums sont dĂ©sormais disponibles en quantitĂ©, en haute-fidĂ©litĂ© et Ă bon prix !
Un deuxiĂšme tome de vos Ă©crits concernant votre pĂšre, et notamment sa pĂ©riode japonaise, est-il Ă lâordre du jour ?
Le livre « Saravah, CâEst OĂč lâHorizon ? », que je continue Ă dĂ©dicacer rĂ©guliĂšrement, a ouvert plusieurs pistes. Tout dâabord le spectacle « Saravah RevisitĂ© », qui a Ă©tĂ© produit par la scĂšne nationale Le Lieu Unique Ă Nantes, avant dâĂȘtre jouĂ© Ă Paris. Puis la rĂ©alisation, en cours, du documentaire « On nâ ArrĂȘte Pas Une Chanson », qui explore le parcours de Pierre de 1960 Ă 1970. Je travaille Ă©galement sur une sĂ©rie de livres pour lâĂ©diteur parisien La Lucarne des Ăcrivains, notamment sur une intĂ©grale des chansons et poĂ©sies de Pierre et sur un ouvrage iconographique sĂ©lectionnant ses papiers, correspondances, notes et nombreux brouillons de chansons. Ce sera lâoccasion de publier son journal de Tokyo, Ă©crit Ă lâĂ©tĂ© 1982, oĂč Pierre reporte mĂ©thodiquement avec une Ă©criture fine et serrĂ©e ses moindres faits et gestes. Ces projets nâexcluent pas une future contribution avec lâĂ©diteur « Le Mot et le Reste » et, pourquoi pas, une suite au livre « CâEst OĂč lâHorizon ? ».
Lâinterview intĂ©grale est Ă retrouver sur le site de Star Wax
Le fils de Pierre Barouh raconte son pĂšre. Il est le mieux placĂ© pour le faire. Dâorigine juive sĂ©farade de Turquie, Pierre Barouh a rĂ©volutionnĂ© la chanson française en douceur, dans la mesure oĂč seul le talent des ĂȘtres lâintĂ©ressait et non leur impact commercial. On nâavait jamais vu une dĂ©marche dâune telle puretĂ© dâintention. Sa cĂ©lĂ©britĂ© lui venait du thĂšme du film de Lelouch « Un homme et une femme » et le fameux chabadabada. Il a Ă©tĂ© encore le premier propagateur en Europe de la bossa-nova quâil avait dĂ©couverte avec Ă©merveillement au BrĂ©sil. Benjamin Barouh a manifestement hĂ©ritĂ© des passions de son pĂšre. De surcroĂźt, il a la bonne idĂ©e dâopĂ©rer des recherches sur notre compatriote, le saxophoniste baryton Jean-Pierre Gebler, disparu il y a douze ans, le 27 dĂ©cembre 2006. Jâaiderai de grand cĆur Benjamin dans ses recherche , ainsi quâil me lâa demandĂ©, dâautant plus que Jean-Pierre Ă©tait mon meilleur ami. Le Passage des Abbesse et devenu pour les amoureux mĂ©lomanes une sorte de lieu mythique. Pierre y avait son studio. Il y menait Ă bien la carriĂšre Ă©ventuelle de ses prĂ©cieuses dĂ©couvertes avec la complicitĂ© de Claude Lelouch et de Francis Lai. Si son « quartier gĂ©nĂ©ral » Ă©tait situĂ© rue Lepic, « le Lux Bar », Bernard Dimey sâaccoudait volontiers au comptoir du « Pichet du Tertre » pour y rencontrer Michel Magne, le pianiste Paul Castagnet ou le peintre Gen Paul, grand copain de Marcel AymĂ© et Louis-Ferdinand CĂ©line. Tous troi Ă©tablis au haut de lâavenue Junot. On apprend avec intĂ©rĂȘt les vrais dĂ©buts de cet acteur-auteur et chanteur dâun immense talent, Jean-Roger Caussimon. Bref, Benjamin Barouh a la mĂ©moire fertile et entretien le feu sacrĂ© de Saravah. Quâil poursuive sa mission Ă une Ă©poque oĂč le talent se trouve ĂȘtre galvaudĂ©.
Ă lâoccasion de ses 50 ans et dâune soirĂ©e hommage au festival BBmix, le fils du fondateur de la maison revient avec nous sur la pĂ©riode faste du label free, libertaire et psychĂ©dĂ©lique français, Ă travers onze sorties stupĂ©fiantes et dissidentes.
Saravah, ça va, vous dites-vous. Brigitte Fontaine, Areski, Jacques Higelin, le studio des Abbesses, lâorĂ©e des seventies, les libertaires en libertĂ©. Comme A La Radio. Crabouif. Un Beau Matin. Vous et Nous. Le tout dans le giron du chanteur-promeneur Pierre Barouh, tirant des fils du BrĂ©sil de VinĂcius de Moraes au Gabon de Pierre AkendenguĂ©, quand il nâĂ©tait pas occupĂ© Ă tourner des films fauchĂ©s ou Ă scotcher sur le flipper du bistrot dâen face. Câest lâun des rares hĂ©ritages de cette pĂ©riode quâon puisse revendiquer avec une absolue fiertĂ©, et qui infuse encore ce qui se fait de plus vital dans la « chanson française », du couple Arlt (comparĂ© jusquâĂ la nausĂ©e Ă Fontaine-Areski) Ă la smala du Saule (Borja Flames, Marion Cousin). On retrouvera dâailleurs ces enfants sauvages vendredi soir au BBMix pour Saravah RevisitĂ©, main dans la main avec papa Areski. Une (rĂ©)crĂ©ation plutĂŽt quâun hommage, tant cette esthĂ©tique refuse de figer.
Plus tĂŽt dans lâannĂ©e est paru Saravah, Câest oĂč lâhorizon ?, un livre passionnant signĂ© Benjamin Barouh, qui a plongĂ© dans les archives Ă©parses de son pĂšre dĂ©cĂ©dĂ© en 2016 et parlĂ© avec des survivants pour reconstituer lâĂąge dâor du label et du studio, de 67 Ă 77. Ce qui lui a permis, entre autres, de combler les trous de lâhistoire officielle, Ă commencer par le rĂŽle jouĂ© par Fernand Boruso, associĂ© de la premiĂšre heure et co-crĂ©ateur du label BYG (la mythique sĂ©rie dâenregistrements Byg ACTUEL avec Archie Shepp, Sun Ra ou Don Cherry), qui a rameutĂ© la fine fleur de lâavant-garde avant de dĂ©camper pour une sombre embrouille de blé⊠Et dâĂȘtre « oubliĂ© » par Pierre Barouh. Câest cet itinĂ©raire bis, oĂč les lauriers sont redistribuĂ©s, quâon a voulu parcourir avec Benjamin, Ă travers onze rĂ©fĂ©rences aussi mĂ©connues que souvent stupĂ©fiantes. Lâascension du mont Saravah par la face sud, entre bossa et jazz, lettrisme et psychĂ©dĂ©lisme, crĂȘtes aiguĂ«s et neiges Ă©ternelles.
« On est au tout dĂ©but de lâhistoire. Pierre vient de crĂ©er les Ă©ditions Saravah avec Fernand Boruso, Francis Lai et Claude Lelouch pour Ă©diter la bande originale dâUn homme et une femme, dont personne ne voulait, et qui va connaĂźtre un succĂšs international. LâidĂ©e de dĂ©part, avant lâarrivĂ©e de Fontaine et Higelin â qui vont faire fuir Lelouch â Ă©tait de crĂ©er un label de musiques de films et de musiques brĂ©siliennes. Un domaine que Pierre connaissait bien aprĂšs avoir voyagĂ© au BrĂ©sil, rencontrĂ© son mentor VinĂcius de Moraes et adaptĂ© la Samba da BĂȘnção -la chanson « Samba Saravah », grĂące au film de Lelouch, a Ă©tĂ© le cheval de Troie de la musique brĂ©silienne dans le monde. On est en 1967, la dictature militaire est en place au BrĂ©sil depuis trois ans, ça commence Ă sentir trĂšs mauvais et les musiciens sâexilent. Parmi eux, le Trio Camara. Ce premier enregistrement nâest pas produit par Saravah mais par Yves Chamberland dans le Studio Davout, oĂč a aussi Ă©tĂ© enregistrĂ© Brigitte Fontaine est⊠folle. Câest un disque de bossa jazz qui sonne dâenfer, Ă une Ă©poque oĂč cette musique Ă©tait un phĂ©nomĂšne nouveau. »
« Suite au Festival Panafricain dâAlger de juillet 69, certains membres de lâArt Ensemble Of Chicago se sont installĂ©s Ă Paris et ont enregistrĂ© au studio Ossian de Fernand Boruso, pour la collection BYG Actuel. Câest ce studio qui est devenu le studio des Abbesses puis le studio Saravah. Par hasard, les musiciens de lâArt Ensemble se sont retrouvĂ©s au Vieux Colombier dans la mĂȘme soirĂ©e que Brigitte Fontaine, Higelin et Areski, qui leur ont proposĂ© dâenregistrer « Comme Ă La Radio ». La rencontre avec Sanvi Alfred Panou sâest faite de lâautre cĂŽtĂ© de la rue, au bistrot Saint-Jean, plaque tournante des musiciens et artistes de passage. Panou venait du théùtre expĂ©rimental et a sympathisĂ© avec ces AmĂ©ricains, qui lâont invitĂ© dans la foulĂ©e des sessions de « Comme Ă La Radio ». Pour la petite histoire, câest Higelin qui a bĂ©tonnĂ© ce principe ; sur le trajet de chez lui au studio, il invitait les musiciens quâil croisait. CâĂ©tait presque maladif chez lui, lâart des rencontres pratiquĂ© Ă lâextrĂȘme. Quant Ă Panou, il est ensuite reparti au Togo pour dĂ©velopper des activitĂ©s théùtrales. Câest surprenant que ce 45-tours nâait pas Ă©tĂ© transformĂ© en 33-tours quand on voit sa qualitĂ© dâĂ©criture. Les deux morceaux sont dingues. »
Lisez lâarticle dans son intĂ©gralitĂ© sur NOISEY
Aurélie Sfez parcourt Paris avec Benjamin Barouh pour son émission à la Dérive.
On part Ă la dĂ©rive sur les traces de Pierre Barouh, chanteur, cinĂ©aste et fondateur du label Saravah. Et câest avec son fils, Benjamin Barouh que nous marchons dans les pas du papaâŠ
Ă la dĂ©rive avec Benjamin Barouh on ne tue pas le pĂšre, on le ressuscite. Chez le disquaire Le Souffle Continu on restaure les disques du label Saravah. Aux Abbesses, on dĂ©ambule sur les chemins du promeneur Pierre Barouh et au cimetiĂšre on vient lui rendre visite. Dans son livre intitulĂ© Saravah câest oĂč lâhorizon ? (Ăditions Le mot et le reste) le fils Barouh raconte lâhistoire dâun homme qui chante et dâun label culte : Higelin, Areski et Fontaine, Francis Lai et Claude Lelouche, Baden, Vinicius et la samba, Montand Ă Bicyclette, le bocage vendĂ©en et le cinĂ©ma. La famille Saravah câĂ©tait tout ça.
AttablĂ©s au Saint-Jean avec la famille Barouh, on raconte une vie et une histoire de la musique française. Eli Barouh est devenu Pierre Barouh, enfant cachĂ© et recueilli dans le bocage vendĂ©en. En crĂ©ant le label Saravah, il a composĂ© sa famille Ă Paris, un idĂ©al de libertĂ©, un pays imaginaire oĂč les musiciens pas pareil trouvent refuge. Quelque part ailleurs, Pierre Barouh doit chanter aux cĂŽtĂ©s de son copain, le compositeur Francis Lai qui nous a quittĂ© 2 jours aprĂšs notre tournage. Cette dĂ©rive est pour eux.
A la dĂ©rive sur les chemins de Saravah, ça va ça vient et ça revient. Le livre de Pierre Barouh sâappelle « Saravah câest oĂč lâhorizon ? » . Du 23 au 25, Ă Boulogne, le festival BBMix consacrera tout un week-end au label Saravah avec lâami Areski et tout un programme musical qui revisitera les plus beaux morceaux du label.
Réécouter lâĂ©mission sur le site de Nova
Entretien de Pierre Barouh réalisé par Denys LeliÚvre lors du programme Midi Jazz.
Pour écouter le podcast, cliquez ici
Pour Ă©couter lâĂ©mission radio Easy Rider autour du livre de la semaine Saravah â Câest oĂč lâhorizon ? cliquez ici
â Un documentaire de Tewfik Hakem, rĂ©alisĂ© par Christine Robert. Avec la collaboration dâAnnelise Signoret. â
Câest lâhistoire dâun artiste qui aurait pu faire carriĂšre au cinĂ©ma en tant que jeune premier ou au music-hall oĂč il avait le don dâĂ©crire pour lui et pour les autres, mais a prĂ©fĂ©rĂ© prendre des risques faire connaĂźtre au sein de son label avant-gardiste les artistes les plus atypiques.
Qui Ă©tait Pierre Barouh avant les mouvements de protestations dans le monde? Un parolier (La bicyclette,de Montand entre autres succĂšs) et un acteur prometteur qui avait tout pour sâĂ©panouir dans lâancien systĂšme (il joue dans « DâoĂč viens-tu Johnny avec Hallyday et dans Le gendarme de Saint- Tropez entre autres films populaires).
En 1966, il Ă©crit la cultissime chanson dâUn homme et une femme, qui permet Ă Claude Lellouch dâobtenir la palme dâor Ă Cannes. Dans ce film, entre Anouk AimĂ©e (qui deviendra son Ă©pouse Ă la ville) et Jean-Louis Trintignant, Pierre Barouh conforte sa cote de comĂ©dien.
âOn me proposait quinze films par semaineâ, disait-il dans une interview. Au lieu de rejoindre Paull Newman dans un film quâon lui proposait, Pierre Barouh va faire sa rĂ©volution en Mai 1968 et quitter les circuits classiques de la culture pour sâouvrir au monde et au expressions nouvelles.
Avec les droits dâauteur de Chabadabada, il crĂ©e le label indĂ©pendant Saravah pour enregistrer et faire connaĂźtre des artistes comme Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, David McNeil, Alain Leprest.
Il a fait connaßtre aussi en France la bossa nova brésilienne, les musiques africaines et japonaises. Belles réussites artistiques, brillants échecs commerciaux.
Mais Saravah nâĂ©tait pas une entreprise commerciale, câĂ©tait Pierre Barouh. CâĂ©tait lâesprit de mai 1968. âJe suis un promeneur, je suis atteint du syndrome de lâautre rive.â
Avec un ami dâenfance, un certain JĂ©rĂŽme Savary, il sillonne les routes de France en rĂ©inventant le spectacle de rue et avec son comparse Romain Goupil il rĂ©alise des films comme ça va, ça vient qui tĂ©moignent des changements dans les annĂ©es 70, la disparition des quartiers populaires de Paris.
A la demande de Jean-Claude Killy, il compose la musique des Jeux olympiques dâAlbertville.
Auteur-compositeur, mais aussi comĂ©dien-rĂ©alisateur, et Ă©galement interprĂšte-producteur, Pierre Barouh a fait voler en Ă©clats les hiĂ©rarchies dans le monde du spectacle. âLa vie, câest lâart des rencontresâ, aimait dire Pierre Barouh, en citant le musicien, compositeur et poĂšte brĂ©silien Vicinius de Moraes.
AccĂ©dez Ă lâarticle sur le site de France Culture en cliquant ici
A lâoccasion de la parution du livre Saravah, câest oĂč lâhorizon, 1967 â 1977 de Benjamin Barouh (Ă©ditions Le Mot et Le Reste), retour avec son auteur sur lâhistoire de ce label mythique dans ses annĂ©es fondatrices, avec de nombreux documents dâarchives, des titres rares et des entretiens inĂ©dits qui ont servi de matiĂšre au livre.
Puisant dans les enregistrements du studio des abbesses dans les annĂ©es 1970, dans les discussions que Benjamin Barouh a enregistrĂ© pour construire son livre (avec Francis Lai, Claude Lelouch, Areski, Dominique Barouh, David McNeil et bien dâautresâŠ) et dans les archives de Jet fm oĂč Pierre Barouh est passĂ© plusieurs fois, nous construisons sous forme de feuilleton presque chronologique une histoire des dĂ©buts du label Saravah, depuis les premiĂšres chansons de Pierre Barouh jusquâĂ la crĂ©ation du label puis le succĂšs imprĂ©vu dâUn Homme et Une Femme et la libertĂ© artistique et sonore qui prĂ©vaut aux productions du label dĂšs la fin des annĂ©es 1960
Pour accĂ©der Ă lâintĂ©gralitĂ© des six Ă©pisodes, consultez le site JetFM en cliquant ici
Le premier Ă©pisode dĂ©bute par un entretien avec Benjamin Barouh (enregistrĂ© le 17 avril 2018) autour de lâĂ©criture du livre Saravah, câest oĂč lâhorizon, 1967 â 1977 puis retour sur lâhistoire du label en commençant par les dĂ©buts de Pierre Barouh, sa rencontre avec Francis Lai & Claude Lelouch et le succĂšs inattendu dâUn Homme et Une Femme.
Le deuxiĂšme Ă©pisode aprĂšs une introduction avec Benjamin Barouh, documente lâimportance de Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, The Art Ensemble Of Chicago et lâingĂ©nieur du son Daniel Vallancien.
Le troisiĂšme Ă©pisode revient sur lâĂ©popĂ©e Carpentras/Vaison La Romaine en 1972 avec la diffusion du disque Dites 33 publiĂ© en 1999 chez Saravah
Le quatriĂšme Ă©pisode, aprĂšs une introduction avec Benjamin Barouh, Ă©voque les annĂ©es 1970 aux Abbesses jusquâĂ la fin du studio.
Le cinquiĂšme Ă©pisode revient en live sur la soirĂ©e Saravah Revisited au Lieu Unique le 13 janvier 2018 qui reprenait le rĂ©pertoire dit âdes Abbessesâ sous la direction musicale de Steve ArgĂŒelles & The Recyclers en compagnie de Marion Cousin, Arlt, Areski belkacem, Borja Flames, Etienne Brunet & Vitor Garbelotto. En introduction un entretien avec Steve ArgĂŒelles enregistrĂ© le 11 janvier 2018.
Puis, dans un second temps, diffusion dâun concert de Pierre Barouh enregistrĂ© en fĂ©vrier 1983 Ă lâEspace Pierre Cardin en compagnie de Yasuaki Shimizu & The Moonriders, qui fĂ»t publiĂ© pour les 33 ans de Saravah en 1999 sous le titre Dites 33 volume 2.
Le sixiĂšme Ă©pisode aborde quelques Ă©lĂ©ments plus familiaux sur la base dâentretiens avec Benjamin Barouh et Pierre Barouh puis, comme une extension Ă lâhistoire de Saravah Ă la suite de la pĂ©riode des Abbesses, nous Ă©voquons le Japon avec un entretien enregistrĂ© en novembre 2007 avec Pierre Barouh.
Pour consulter le site jetfm et écouter gratuitement les épisodes cliquez ici
« Câest oĂč lâhorizon ? 1967-1977 ». Une question parfaite pour Ă©voquer, Pierre Barouh, homme libre, et qui voulait que les autres assĂ»ment leur libertĂ©. Pierre Barouh vous ouvrait une porte, surtout, sâil avait reconnu un talent, puis, il vous laissait agir, passant Ă autre chose, portant un autre projet. Il faut lâentendre chanter Saravah. Vous pouvez le faire sur Internet. Un trĂšs grand moment de bonheur, pour tous les amateurs de Samba, et de joie de vivre. Saravah ! Saravah ! câest le nom dâune sociĂ©tĂ© de production de disques conçut, en 1966, (quelques temps aprĂšs la sortie du divin film « Un Homme et une Femme »),par Pierre Barouh, alors, au sommet de sa gloire cinĂ©matographique, et ses amis indĂ©fectibles, le musicien, Francis Lai, et le cinĂ©aste, Claude Lelouch. Ils sâinstallĂšrent Ă Montmartre dans le passage des Abbesses, oĂč, enregistrĂšrent, Areski et Brigitte Fontaine : « Pompiers ! Pompiers ! Jâai des pompiers dans mon zizi ! », Jacques Higelin, lâArt Ensemble of Chicago, Pierre AkendenguĂ©, Nana Vasconcelos, Jack Treese, Jean-Roger Caussimon, David Mc Neil, et, Maurane qui vient de mourir brutalement. Personne, mieux que Benjamin Barouh ne pouvait dire lâaventure de cette communautĂ© dâartistes, illuminĂ©e par les Ă©vĂ©nements de Mai 68, oĂč, son pĂšre, Pierre Barouh, brĂ©silien dans lâĂąme et le sang, ami de Baden Powell, producteur, poĂšte, cinĂ©aste, joueur imbattable de « babasse », guettait en visionnaire, lâapparition des personnalitĂ©s hors-les-normes, comme il lâĂ©tait lui-mĂȘme. Benjamin Barouh, nĂ© dans la marmite, est parti Ă la rencontre de ceux qui partagĂšrent ces instants inoubliables, des techniciens, comme Daniel Vallancien maĂźtre absolu du « Revox » ,ou, GĂ©rard Delassus, des tĂ©moins comme RaphaĂ«l le fils de Jean-Roger Caussimon, Dominique qui deviendra lâĂ©pouse de Pierre Barouh, Jean Querlier, Philippe Beaupoil, Gilles SallĂ©, Aram SĂ©dĂ©fian, Jean-Michel Humeau lâindĂ©fectible camĂ©ramen de Pierre Barouh, etc. etc. Lâaventure Saravah Ă©tait un Ă©tat dâesprit unique qui fit de trĂšs nombreux disciples dans le monde de lâart. Rappelons que Pierre Barouh, nous a quittĂ©s lâan dernier, rĂ©veillant en nous de merveilleux souvenirs. Les photos sont en Noir et Blanc. Inutiles de vous dire que je vous recommande la lecture de ce livre. Offrez-le Ă tous ceux que vous aimez, et mĂȘme aux autres ! BrochĂ©. 304 p. Format : 21 Ă 14,8 cm. 22âŹ. Alain Vollerin
Pour consulter lâarticle via le blog, cliquez ici
«⊠je pense vraiment quâil nây a rien dâinutile, que le vent souffle sur chaque mot, chaque geste sans que lâon sache oĂč il les dĂ©pose⊠les idĂ©es se propagent comme le pollen et fĂ©condent si elles portent en elles le germe de vie.» (Pierre Barouh)
Voici un livre remarquable, celui dont on rĂȘvait depuis toujours et qui demeurera LE document de rĂ©fĂ©rence pour tous les amoureux des artistes Saravah, et mĂȘme au-delĂ , pour ceux qui veulent comprendre et se replonger dans les annĂ©es 70, dans la France des marges et de la subversion. On y retrouve des tĂ©moignages de musiciens et chanteurs (David McNeil, Areski, Jean Querlier, Aram, etc.), les ingĂ©nieurs du son, les gens qui ont travaillĂ© pour la maison de disques, la boutique. Benjamin Barouh trace un portrait affectueux de son pĂšre Pierre, et demande Ă sa mĂšre Dominique de raconter cette pĂ©riode mouvementĂ©e avec lui. Certains tĂ©moignages auraient pu ĂȘtre recentrĂ©s, mais ils racontent tous la folie et la grandeur de lâĂ©poque.
Dans «Saravah, câest oĂč lâhorizon? 1967-1977», on trouve Ă©galement de belles et rares photos. Aussi, on peut lire le synopsis du film de Pierre Barouh «Ăa va, ça vient» (circa 1970) qui surprend par sa prose souple (en opposition Ă ce quâelle sera plus tard) et qui Ă©trangement est plus intĂ©ressant que le film lui-mĂȘme, une fois tournĂ©. Et Benjamin a rĂ©alisĂ© un travail dĂ©moniaque et prĂ©cieux (commencĂ© des annĂ©es auparavant alors quâil travaillait directement pour Saravah): une discographie complĂšte des vinyles publiĂ©s par lâĂ©tiquette pendant cette dĂ©cennie.
Câest un ouvrage fascinant et beau. On ne pouvait faire autrement que de demander un entretien par courriel avec Benjamin Barouh.
Q : As-tu hĂ©sitĂ© avant de te lancer dans lâĂ©criture de ce livre ? Avais-tu des craintes de dĂ©couvrir des choses qui pourraient te blesser ?
BB: Câest une amie curatrice et agent artistique, Marie-Pierre Bonniol, qui mâa soufflĂ© le projet dâĂ©crire un livre sur Saravah alors que nous Ă©voquions le cinquantiĂšme anniversaire du label et les diffĂ©rents Ă©vĂ©nements associĂ©s. Mon pĂšre Ă©tait encore bien vivant. Marie-Pierre mâa mis en relation avec lâĂ©diteur marseillais Le mot et le reste et le livre a dĂ©marrĂ©, dans lâenthousiasme gĂ©nĂ©ral! JâĂ©tais trĂšs excitĂ© Ă lâidĂ©e de renouer avec un exercice que jâai pratiquĂ© avec plaisir pendant plus de 15 ans, raconter lâhistoire de Saravah! Entre temps mon pĂšre est dĂ©cĂ©dĂ©, et ce projet de livre est devenu vital pour rester le plus longtemps connectĂ© avec lui.
Q : Pour cet ouvrage, tu multiplies les témoignages. Ont-ils été remaniés ou publiés tels quels ?
Un tĂ©moignage lorsquâil est retranscrit sur papier perd sa chair, sa chaleur et une grande partie de lâĂ©motion du contact direct. Il faut donc interroger et enregistrer beaucoup, pour espĂ©rer garder quelques braises de la rencontre. Ma mĂ©thode fut dâinterroger mes invitĂ©s sur leur enfance, leur adolescence, lâĂ©veil de leur esprit artistique, leur intĂ©rĂȘt pour lâacoustique, avant dâen arriver au sujet du livre, câest-Ă -dire la brĂšve mais dense expĂ©rience du studio Saravah des Abbesses Ă Montmartre. Parfois les souvenirs de cette pĂ©riode remontaient Ă la surface Ă rebours, dans le dĂ©sordre de nos discussions. Je me suis donc appliquĂ© Ă rĂ©organiser la matiĂšre collectĂ©e, comme des petites anecdotes tissant la vision intime de chaque tĂ©moin. Ce fut beaucoup de travail pour parvenir Ă un rĂ©sultat vivant et spontanĂ©.
Q : Parmi les absents, on compte notamment Brigitte Fontaine et Joel Favreau⊠Pourquoi ?
Lâun des acteurs de cette Ă©poque que je voulais absolument mettre en avant est Areski Belkacem. Câest dâailleurs le premier que jâai appelĂ©, un dimanche dâaoĂ»t (je crois que câĂ©tait le jour de lâAssomption). Areski rentrait de lâhĂŽpital, suite Ă une lourde opĂ©ration, et il a rĂ©pondu sans vraiment sâen rendre compte, comme par surprise, car il dĂ©croche rarement son tĂ©lĂ©phone. Câest donc le premier tĂ©moin que jâai rencontrĂ© Ă Paris (jâhabite Ă Nantes), en dĂ©cembre 2016. Areski Ă©tait tout Ă fait rĂ©tabli. Brigitte Fontaine, sa compagne, se trouvait clouĂ©e au lit, mal fichue et peu disposĂ©e Ă rĂ©pondre Ă mes questions. Elle voulait bien se confier, mais elle sâopposait Ă ce que ses propos fussent enregistrĂ©s ou mĂȘme utilisĂ©s. Et jâai respectĂ© son vĆu.
Quand je lâai revue au printemps, elle allait beaucoup mieux. Elle mâa offert son trĂšs beau recueil de poĂ©sies sur Arthur Rimbaud «Chute et ravissement» (chez Actes sud), rĂ©digĂ© pendant sa convalescence, et semblait plus disposĂ©e Ă sâouvrir sur la pĂ©riode des Abbesses. Mais jâĂ©tais dĂ©jĂ sur la fin du projet⊠Brigitte est un Ă©lĂ©ment-clĂ© de lâhistoire de Saravah, câest elle qui a inspirĂ© Ă Pierre et Fernand Boruso lâesthĂ©tique et la particularitĂ© de leur label en 1967!
Dans le cas de JoĂ«l Favreau, jâai compris lâimportance de son rĂŽle dans le studio Saravah, au cĂŽtĂ© de mon pĂšre et de Jacques Higelin, dans les derniers mois de rĂ©daction, en travaillant sur la partie catalogue. Je ne lâai pas contactĂ©, faute de temps, et je le regrette car jâai beaucoup dâestime pour lâhomme et lâartiste et je suis sĂ»r que son tĂ©moignage eĂ»t Ă©tĂ© prĂ©cieux. Mais il y a dâautres absents. Jacques Higelin, trop mal en point pour sâexprimer quand je lâai rencontrĂ© aprĂšs le dĂ©cĂšs de mon pĂšre, le violoncelliste Jean-Charles Capon, Ă qui jâai laissĂ© plusieurs messages sans rĂ©ponses, ou encore lâintrouvable Daniel Vallancien,âŠ
Q : Ton livre dresse un portrait Ă©quilibrĂ© de ton pĂšre Pierre. Il est dĂ©crit comme un grand producteur, visionnaire, audacieux, rĂȘveur, mais Ă©galement comme un homme colĂ©rique, jaloux et entĂȘtĂ©. Le tĂ©moignage de ta mĂšre Dominique est troublant, elle semble avoir eu Ă la fois beaucoup de plaisir pendant ses annĂ©es Saravah, mais Ă©galement sâĂȘtre sentie brimĂ©e, Ă lâĂ©troit⊠Aurait-elle pu avoir un parcours plus Ă©toffĂ© comme chanteuse ?
Quand Pierre rencontre Dominique, celle-ci est stagiaire-monteuse, Ă peine majeure. Elle se dĂ©couvre un talent de chanteuse en voyageant au BrĂ©sil avec Pierre en 1969, pour le tournage du film «Saravah». De retour Ă Paris, elle donne la rĂ©plique Ă Pierre dans La nuit des masques, un an aprĂšs la diva Elis Regina! Et elle sâen sort trĂšs bien. Je pense quâelle avait un don pour le chant, que Pierre a rĂ©vĂ©lĂ©, comme il lâa fait avec beaucoup dâartistes. Elle a Ă©tĂ© en quelque sorte victime de son succĂšs, car tout le monde voulait lui proposer des textes, lui faire signer des contrats et Pierre a eu peur de la perdre. CâĂ©tait un homme trĂšs doux et trĂšs gĂ©nĂ©reux, mais les blessures psychologiques causĂ©es par les annĂ©es de guerre, oĂč il Ă©tait cachĂ© en VendĂ©e pour Ă©viter la dĂ©portation, pouvaient le rendre tourmentĂ© et possessif.
Q : Tu donnes enfin la parole Ă Fernand Boruso. Dans la lĂ©gende, colportĂ©e depuis des dĂ©cennies par Pierre, câĂ©tait un ami et comptable chez Saravah qui les avait tous trahis en dĂ©tournant des fonds. Ce qui, Ă terme, a failli causer la faillite de la boĂźte. Mais on apprend quâil a aussi jouĂ© un rĂŽle trĂšs important dans la production artistique des disques⊠Pas simplement un comptable. Quâest-il arrivĂ© finalement ? Il a volĂ© des sous ou non ?
En 1966, Pierre a fait appel Ă son ami Fernand Boruso, qui travaillait dans la distribution et la production de disques, pour crĂ©er les statuts et administrer les Ă©ditions Saravah contre un pourcentage sur le chiffre dâaffaires, en accord avec ses associĂ©s Claude Lelouch et Francis Lai. AprĂšs le succĂšs dâ«Un homme et une femme», Fernand sâest occupĂ© des Ă©ditions alors que les demandes affluaient du monde entier, puis de la gestion du label dont il fut lâartisan avec Pierre. Les arrangements financiers entre les deux amis ont mal tournĂ© quelques annĂ©es plus tard, Ă un tel point que Pierre a rendu Fernand responsable de lâendettement de Saravah. Cette histoire de dette, ou dâoctroi, de Boruso Ă Saravah nâest pas claire. Mais ce que doit Saravah Ă Boruso, câest notamment le fameux studio du passage des Abbesses qui lui appartenait, la petite Ă©quipe technique et logistique quâil a lui-mĂȘme constituĂ©e, le bureau de la rue des Abbesses dont il avait obtenu le bail (ce bureau qui deviendra la «boutique Saravah»), enfin lâexcellent travail de production, de graphisme et de distribution des dĂ©buts. Comme la thĂ©matique de mon livre est prĂ©cisĂ©ment le studio des Abbesses, je fus stupĂ©fait par les rĂ©vĂ©lations trĂšs dĂ©taillĂ©es de Fernand Boruso, qui nâĂ©tait pas un simple comptable mais lâassociĂ© de mon pĂšre pendant les six premiĂšres annĂ©es de lâaventure Saravah!
Q : Quelles sont les principales surprises que tu as eues en rédigeant cet ouvrage ?
La pĂ©riode traitĂ©e par le livre correspond Ă mes dix premiĂšres annĂ©es. Les tĂ©moignages collectĂ©s mâont informĂ© sur des Ă©vĂ©nements que jâai vĂ©cus dans lâĂ©tat dâĂ©veil dâun nourrisson, Ă travers le voile de la petite enfance. Je ne pensais pas dĂ©couvrir autant dâanecdotes sur ma vie. Tout dâabord jâai rĂ©alisĂ© que ma mĂšre se croyait dâorigine brĂ©silienne par sa mĂšre Maryem Van Helshe (mĂ©tis camerounaise-hollandaise orpheline, mal Ă lâaise avec son ascendance africaine et prĂ©fĂ©rant se faire passer pour brĂ©silienne vis-Ă -vis de ses propres filles!). Ensuite, jâai appris que la directrice de production de Saravah, Claudine Champion (qui prit le nom de Cormerais, son Ă©poux), avait vĂ©cu avec nous dans les maisons des Yvelines oĂč jâai fait mes premiers pas, avant notre installation Ă Montmartre, et que jâavais donc passĂ© un certain temps dans ses bras! Câest dâailleurs Claudine qui mâa mis sur la piste de la «rĂ©habilitation» de Fernand Boruso, la grande rĂ©vĂ©lation du livre!
En consultant des dossiers de factures, de lettres, jâai fait des dĂ©couvertes sur les affaires qui accablaient mes parents, dettes, procĂšs, poursuites judiciaires pour loyers impayĂ©s,⊠Nous vivions dans une belle maison avec un terrain de tennis, parc et dĂ©pendances, proche de Paris, quâil nous a fallu quitter dâurgence sur ordre dâhuissier! Et Ă partir de cette Ă©poque les huissiers ne lĂąchaient plus mes parents. Je ne mâĂ©tais pas rendu compte du gouffre Ă©conomique au-dessus duquel nous nous balancions.
Enfin pour sâen tenir au studio dâenregistrement, jâai Ă©tĂ© trĂšs Ă©tonnĂ© par lâĂ©volution technologique entre 1966 et 1976, du deux pistes au quatre, puis huit et seize pistes; et comment cette Ă©volution a influencĂ© la crĂ©ation artistique. Le plus Ă©trange dans cette histoire, câest quâun an Ă peine aprĂšs la rĂ©installation du studio des Abbesses en seize pistes, avec rĂ©novation de la cabine de rĂ©gie, de lâacoustique et de la dĂ©coration, Pierre le vend! Dâun cĂŽtĂ© il avait tout misĂ© sur lâindĂ©pendance garantie par le studio, les bureaux et la boutique, et quand il eut obtenu ce qui manquait Ă Saravah, câest Ă dire lâappui du distributeur RCA, tout sâĂ©croula, brutalement. La fin des Abbesses est un sujet sensible, liĂ© Ă la sĂ©paration de mes parents, peut-ĂȘtre mĂȘme au bouleversement mondial de la fin des annĂ©es soixante-dix qui annonce le cynisme des annĂ©es quatre-vingt, la fin des idĂ©aux (et pourtant lâarrivĂ©e de la gauche au pouvoir en France!)âŠ
Finalement, je nâavais jamais pensĂ© que lâĂ©chec du studio Saravah des Abbesses Ă©tait liĂ© au choc pĂ©trolier de 1973 (confirmĂ© en 1979) qui a fait basculĂ© le monde dans la crise et les conflits qui nous Ă©touffent aujourdâhuiâŠ
Q : Tu tâes occupĂ© pendant des annĂ©es du catalogue Saravah, et câest dĂ©sormais Atsuko, la derniĂšre compagne de Pierre, qui a pris le relais. Je veux parler des rééditions en cd. Pourquoi plusieurs vinyles de la grande Ă©poque nâont jamais Ă©tĂ© rééditĂ©s ou seulement au Japon? Par exemple, Chic Streetman ou AramâŠ
Jâai travaillĂ© pendant 15 ans pour Saravah et je me suis appliquĂ© Ă mettre Ă jour son beau et riche catalogue. Mon premier but Ă©tait de rééditer la discographie de mon pĂšre et nous avons rĂ©ussi Ă nous associer avec Universal pour la complĂ©ter (car son premier album «Vivre», ses 45-tours et la bande originale du film «Un homme et une femme» sont des productions discâAZ, label absorbĂ© par Universal) et jâen suis fier, mĂȘme si le magnifique coffret Ă©ditĂ© par Universal regroupant les annĂ©es discâAZ sâest peu vendu et ne bĂ©nĂ©ficie pas de la visibilitĂ© quâil mĂ©rite. Jâai malheureusement manquĂ© de temps, et peut-ĂȘtre de persĂ©vĂ©rance, pour rééditer «Growing up» de Chic Streetman, Champion Jack DuprĂ©, Aram et la plupart des albums oubliĂ©s de lâĂ©poque Boruso («Lâunivers-solitude» de Jean-Charles Capon et Pierre Favre, «Chorus» de Michel Roques, lâincroyable «La lettre et le silence» du poĂšte lettriste Maurice LemaĂźtre, ou encore le magnifique album solo dâAreski «Un beau matin»⊠Mais cette mission est assurĂ©e, avec talent, par le disquaire-label parisien Le Souffle continu, qui vient de rééditer lâalbum dâAreski en vinyle et en CD, aprĂšs avoir ressorti en vinyle les deux albums du Cohelmec ensemble, les deux Mahjun et le double album culte de Barney Wilen «Moshi»⊠Les introuvables de Saravah vont bientĂŽt ĂȘtre disponibles!
Q : Un cas qui me prĂ©occupe câest celui de David McNeil. Ses trois premiers 33-tours chez Saravah sont fabuleux, mais nâont jamais Ă©tĂ© rééditĂ©s intĂ©gralement. Pourquoi ? Est-ce lui-mĂȘme qui sây oppose ?
Les tensions entre David McNeil et mon pĂšre ont commencĂ© Ă la fin de la pĂ©riode des Abbesses, quand David est parti chez RCA. Au dĂ©but des annĂ©es quatre-vingt dix, alors que le catalogue Saravah Ă©tait rééditĂ© au format CD, Pierre a voulu sortir une compilation de David Mc Neil, par souci dâĂ©conomie je crois, au lieu de rééditer les trois albums Saravah de David, qui sont de vĂ©ritables bijoux. Je ne travaillais pas encore officiellement chez Saravah, mais je donnais des coups de mains. Jâai dâailleurs rĂ©alisĂ© la pochette de cette compilation, par un collage artisanal. Quelques annĂ©es plus tard, David McNeil a voulu rĂ©cupĂ©rer ses droits Ă©ditoriaux, engageant un avocat et obtenant gain de cause. Cette affaire a aggravĂ© les relations entre David McNeil et mon pĂšre. Sa compagne japonaise Atsuko Ushioda (future mĂšre de MaĂŻa, Akira et Amie Barouh) qui tenait dĂ©jĂ les comptes du label, a mal vĂ©cu cet Ă©pisode.
DerniĂšrement, en travaillant sur le livre et sur le spectacle «Saravah revisité» qui explore le rĂ©pertoire Saravah des annĂ©es soixante-dix, jâai réécoutĂ© les trois albums de David et je les ai trouvĂ©s tellement bons, intemporels, quâil mâa semblĂ© Ă©vident et nĂ©cessaire de les sortir au format CD, en les regroupant dans un beau coffret, dans la mouvance des 50 ans du label, avec lâaval de David. Mais Saravah, câest-Ă -dire Atsuko a refusĂ©, peut-ĂȘtre par fidĂ©litĂ© Ă Pierre, qui en voulait beaucoup Ă David. Je ne dĂ©sespĂšre pas de voir ces albums rééditĂ©s chez Saravah ou plus vraisemblablement en licence chez un autre label.
Q : Saravah a fĂȘtĂ© ses 50 ans. Est-ce quâil y a dâautres projets prĂ©vus dans un avenir proche pour en souligner lâanniversaire ? Par exemple, les images filmĂ©es Ă Carpentras dans les annĂ©es 70, aura-t-on un jour la chance de les voir ?
Un duo de rĂ©alisateurs Marie-Laure DĂ©sidĂ©ri et Christian Argentino a filmĂ© mon pĂšre dans les deux derniĂšres annĂ©es de sa vie, en le suivant de Paris Ă Tokyo en sâattardant dans sa maison de VendĂ©e, oĂč Pierre passait beaucoup de temps. Leur trĂšs beau documentaire «Pierre Barouh, lâart des rencontres», qui vient dâĂȘtre Ă©ditĂ©, utilise des extraits du prĂ©montage de «Vaison-la-romaine/Carpentras», ce grand projet cinĂ©matographique dont il ne reste quâune vingtaine de minutes tout au plus, le reste des bandes ayant Ă©té⊠perdu.
Pour ma part, jâai activement participĂ© au spectacle «Saravah revisité», notamment en sĂ©lectionnant le rĂ©pertoire orchestrĂ© par Steve ArguĂ«lles, entourĂ© par son groupe Les Recyclers, Areski Belkacem, Borja Flames, Marion Cousin, le duo Arlt, Etienne Brunet et Vitor Garbelotto. Cette fresque musicale des annĂ©es 70 a Ă©tĂ© produite par la scĂšne nationale nantaise Le Lieu Unique et prĂ©sentĂ©e avec succĂšs Ă Nantes en janvier dernier, et sera rejouĂ©e Ă Paris en novembre 2018 dans le festival BB mix.
Q : Sur une note plus personnelle, quels sont tes projets dâĂ©criture ? Envisages-tu dâĂ©crire une suite pour raconter les dĂ©cennies suivantes de Saravah ?
Jâaime Ă©crire. Mon pĂšre mâa transmis lâamour de la langue et des mots. Je me suis dâabord intĂ©ressĂ© Ă la fiction, travaillant pendant des annĂ©es Ă la rĂ©daction dâun roman court publiĂ© en 2010 aux Ă©ditions du Cygne. «Saravah, câest oĂč lâhorizon?» mâa permis dâexplorer le rĂ©cit biographique. Je travaille en ce moment sur le parcours dâun hĂ©ros discret de notre terroir profond, en collaboration avec ma compagne Nadia Szczepara qui a rĂ©alisĂ© une sĂ©rie de dessins que jâaimerais intĂ©grer au rĂ©cit. Dans la sĂ©rie Pierre Barouh, jâai dĂ©couvert une quantitĂ© de manuscrits, textes, lettres, notes, synopsis, Ă©bauches de chansons que je voudrais publier en facsimilĂ©, dans une Ă©dition dâart et que jâintitulerai «Lâartiste heureux» (en rĂ©fĂ©rence Ă un texte inĂ©dit que jâai publiĂ© dans mon livre).
Je nâai pas lâintention de poursuivre la chronique de Saravah, mais dans le mĂȘme esprit de chronique je pense Ă rĂ©unir le matĂ©riel pour une anthologie de la revue graphique «Popo color» dont jâĂ©tais directeur de publication dans les annĂ©es quatre-vingt-dix et qui fut dĂ©clinĂ©e en sous-label de Saravah «Popo classic collection», en boutique («Bimbo tower») et en soirĂ©es mĂ©morables. Câest une aventure proche de lâesprit des Abbesses, mais beaucoup plus brĂšve (de 1994 Ă 1997).
Le secret de lâĂ©criture, câest dâalimenter la flamme et de «rester curieux» (comme disait Pierre).
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_Ă ceux qui voudraient poursuivre leur lecture, je signale une trĂšs riche Ă©mission de radio sur lâhistoire de Saravah et de Pierre Barouh, et qui reprend de larges extraits des tĂ©moignages recueillis par Benjamin pour son livre. On peut Ă©galement y entendre, outre des classiques Saravah, des raretĂ©s et mĂȘme un ou deux inĂ©dits (comme cette maquette de Brigitte Fontaine pour Il pleut). Câest en six Ă©pisodes et ça dure une quinzaine dâheures. Ăa peut sâĂ©couter ou se tĂ©lĂ©charger ici
_Benjamin sera à Montréal le 2 juin 2018 pour une séance Saravah. Plus de détails ici.
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Pour consulter le blogue de Francis Hébert, La route aux quatres chansons, cliquez ici
Saravah est une roulotte comme Cocteau appelait lâappartement oĂč habitait la famille de ses Parents terribles, une tribu de romanichels qui vivent leurs rĂȘves de musique et de chansons sous la direction de Pierre Barouh. Les revers de fortune succĂšdent aux emportements de joie, mais le navire flotte toujours, malgrĂ© la disparition de son fondateur bohĂšme. Dans un livre aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, son fils, Benjamin Barouh, raconte les dix premiĂšres annĂ©es de la saga du label Saravah qui a publiĂ© les disques de Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Areski, Jean-Roger Caussimon, NanĂĄ Vasconcelos, Pierre AkendenguĂ©, Jack Treese, David McNeil, Allain Leprest, Maurane, mais aussi Barney Wilen, Steve Lacy, lâami Ătienne Brunet ou le groupe Mahjun.
Ă cette Ă©poque lâamour Ă©tait libre, lâimagination Ă©tait au pouvoir, ce qui nâempĂȘchait pas les indĂ©licats de marquer leur territoire avant de le dĂ©serter en emportant la caisse comme nombreux en accusent Fernand Boruso (le B de BYG avec Jean-Luc Young et Jean Georgakarakos !) qui sâexprime aussi dans le livre, car il sâagit avant tout dâun recueil de tĂ©moignages. Si Brigitte Fontaine, toujours tournĂ©e vers lâavenir, ne veut pas entendre parler du passĂ©, Areski, Jean Querlier, David McNeil, les ingĂ©nieurs du son et bien dâautres qui ont participĂ© Ă lâaventure se prĂȘtent Ă lâexercice. Au grĂ© des pages on croise Ă©videmment Francis Lai et Claude Lelouch, mais aussi le gĂ©nial compositeur Michel Magne ou lâArt Ensemble de Chicago qui jouait sur le cultissime Comme Ă la radio. Les Ă©vocations de Pierre Barouh circulent du BrĂ©sil au Japon, du studio montmartrois du passage des Abbesses Ă celui du ChĂąteau dâHĂ©rouville, et de disque en disque, de rencontres improbables Ă finalement leur Ă©vidence. La Samba Saravah, adaptĂ©e de Samba da BĂȘnção de Baden Powell et VinĂcius de Moraes, pour le film Un homme et une femme donnera le ton de cette vie dâartiste, une fausse insouciance qui permet de vivre avec le sourire.
Enregistrer les premiers disques Saravah sur un Revox 2 pistes leur confĂ©rait une vĂ©racitĂ© inĂ©galĂ©e. Simplifier la technique en la soignant particuliĂšrement crĂ©e une ambiance exceptionnelle de concentration, lâinstantanĂ© soulignant ce qui ne peut sâĂ©crire, mais se joue dans lâurgence. Les premiers disques dâUn Drame Musical InstantanĂ© en bĂ©nĂ©ficiĂšrent et je continue autant que possible Ă retoucher le moins possible les rĂ©glages et le jeu des instrumentistes, quitte Ă refaire une prise plutĂŽt que de jouer du rafistolage que la technologie facilite de plus en plus. Les disques Saravah ont souvent joui de cette incroyable Ă©nergie brute que les productions trop lĂ©chĂ©es perdent hĂ©las. Quand la technique sâefface, ce sont les voix et les corps qui sâexposent. Comme dans les meilleurs disques, les tĂ©moignages recueillis par Benjamin Barouh refont vivre une Ă©poque oĂč tout semblait possible. Aux petits nouveaux de retrouver cette flamme ou de souffler sur de nouvelles braises !
â Benjamin Barouh, Saravah, câest oĂč lâhorizon 1967-1977, 304 pages, ed. Le Mot et le Reste, 22âŹ
â Connexions persos : Brigitte Fontaine enregistra sur OpĂ©ration Blow Up avec le Drame en 1992. Jean Querlier est prĂ©sent sur les deux premiers disques du Drame en grand orchestre (Ă travail Ă©gal salaire Ă©gal en 1982 et Les bons contes font les bons amis en 1983). Jâai plusieurs fois eu le plaisir de jouer avec Ătienne Brunet et nous avons interviewĂ© ensemble Steve Lacy en 2001. Jâai suivi lâArt Ensemble (offstage) pendant le Festival du Mans en 1997, mais jâignore ce que sont devenues les bandes vidĂ©o. Jâassistai RenĂ© ClĂ©ment en 1975 lors des sĂ©ances dâenregistrement de la musique de Francis Lai que dirigeait Christian Gaubert pour La Baby-Sitter. BĂ©nĂ©ficiant de la gĂ©nĂ©rositĂ© de Claude Lelouch, nous frĂ©quentions chaque samedi les Ă©normes fauteuils en cuir de son luxueux Club 13 en tant quâĂ©tudiants Ă lâIdhec. Il mâest arrivĂ© dây regarder quatre films coup sur coup ! La musique tachiste de Michel Magne est un des disques fondateurs de mon histoireâŠ
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Lise Gutmann reçoit Benjamin Barouh et Claude Lelouch pour une émission à la mémoire de Pierre Barouh. Une émission trÚs riche à réécouter sur le site de la radio
Sous lâimpulsion de Pierre Barouh, le label Saravah a marquĂ© la production musicale indĂ©pendante française au tournant des annĂ©es 60 et 70. Son fils Benjamin, Ă lâoccasion de la publication du livre Saravah, Câest oĂč lâhorizon? 1967â1977, revient pour nous sur lâĂ©popĂ©e Saravah et son catalogue riche de secrets.
Ceux qui ont moins de 40 ans ne connaissent probablement pas Saravah. Pouvez-vous leur prĂ©senter ce quâĂ©tait Saravah durant la dĂ©cennie 1967 â 1977 ?
Saravah est dâabord une sociĂ©tĂ© dâĂ©dition musicale créée par trois amis â Francis Lai, Claude Lelouch et Pierre Barouh â Ă lâoccasion de la sortie de la bande-son du film Un homme et une femme. Ce succĂšs a gĂ©nĂ©rĂ© beaucoup de droits et, sous lâimpulsion de mon pĂšre Pierre Barouh, la maison dâĂ©dition est Ă©galement devenue label un an aprĂšs la sortie du film. Il avait envie de crĂ©er un label original et novateur qui aiderait les artistes Ă se dĂ©velopper, et câest ainsi que Saravah a produit Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem et sâest aventurĂ© dans les musiques du monde en favorisant le recherche et lâouverture musicale.
La grande particularitĂ© du label Ă©tait son studio, le Studio des Abbesses Ă Paris, oĂč les mĂ©thodes dâenregistrement ont beaucoup Ă©voluĂ© Ă la fin des annĂ©es 60. Les artistes pouvaient y passer Ă©normĂ©ment de temps pour tester des mĂ©langes de genres musicaux et ainsi crĂ©er des disques.
Quand on parle de Saravah, on Ă©voque souvent un esprit de crĂ©ation, dâaventure et de familleâŠ
Oui, câest tout Ă fait ça. La manne financiĂšre qui venait du film Un homme et une femme a permis de sortir des disques en ayant les moyens de les produire, et il faut aussi dire quâĂ cette Ă©poque la vie coĂ»tait moins cher. Ă la fin des annĂ©es 60, la France ne connaissait pas encore le chĂŽmage et la crise. CâĂ©tait plus facile de payer les gens, de fabriquer les disques, donc nous nâhĂ©sitions pas Ă fabriquer des stocks et Ă prendre des risques.
Ce quâil y a de grandiose dans cette aventure est la qualitĂ© des artistes que mon pĂšre a rencontrĂ©s. Il faut comprendre que Pierre Barouh Ă©tait lui-mĂȘme artiste, il avait roulĂ© sa bosse avec des musiciens et cherchait Ă mĂ©langer sa poĂ©sie avec des sonoritĂ©s jazz ou brĂ©siliennes, notamment avec la bossa nova dont il avait rencontrĂ© la scĂšne Ă la fin des annĂ©es 50. Il avait les oreilles grandes ouvertes et lorsquâil rencontre Brigitte Fontaine, câest le coup de foudre. Brigitte Fontaine va ensuite amener Jacques Higelin qui est un autre monument de la crĂ©ation musicale qui dĂ©passe les frontiĂšres entre jazz, poĂ©sie et rock. Ensuite, Areski Belkacem va apporter la touche de musiques du monde avec ses percussions et ses sons kabyles, Pierre AkendenguĂ© avec la transe gabonaise, Jack Treese avec sa guitare folk, etc. Cela a lancĂ© le principe de brassage musical propre Ă Saravah.
Comment lâhistoire sâest-elle finie ?
Mon pĂšre nâĂ©tait pas un homme dâaffaires et Ă©tait lancĂ© dans une sĂ©rie dâenregistrements. De semaine en semaine, on fabriquait des disques Ă tour de bras, sauf quâentre 1970 et 1974, lâĂ©conomie avait changĂ©, la crise pĂ©troliĂšre Ă©tait arrivĂ© et cela coĂ»tait beaucoup plus cher de produire un disque. Il sâest retrouvĂ© complĂštement dĂ©bordĂ© et sa passion a pris le dessus sur la rĂ©alitĂ©. Au final, cela a implosĂ©.
Il y a eu Ă©galement des clashes dans lâĂ©quipe fondatrice, notamment entre mon pĂšre et Fernand Boruso. Or ils Ă©taient trĂšs complĂ©mentaires, lâun faisait les rencontres artistiques et lâautre la logistique, la distribution, lâimage⊠Câest dâailleurs aprĂšs son dĂ©part que mon pĂšre sâest retrouvĂ© seul et a embauchĂ© ma mĂšre et sa sĆur pour fonctionner en entreprise familiale.
Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Jâai travaillĂ© pendant 15 ans avec mon pĂšre pour Saravah et, chaque dĂ©cennie, nous fĂȘtions lâanniversaire. LĂ , jâavais ce projet en tĂȘte pour les 50 ans de Saravah. Au dĂ©part, je devais le faire ce projet avec mon pĂšre, mais il est dĂ©cĂ©dĂ© et ce livre a pris une dimension vitale pour moi. Jâai voulu lui rendre hommage, creuser son Ćuvre et sa philosophie. Jâai essayĂ© de comprendre comment cet homme, enfant juif rĂ©fugiĂ© dans le bocage vendĂ©en, rescapĂ© de la 2de guerre mondiale, a rĂ©ussi Ă trouver les ressources pour crĂ©er des chansons et une maison de disques qui Ă©tait une communautĂ© avec un projet social et humain trĂšs fort.
Le livre est construit Ă partir dâentretiens. Comment ces rencontres se sont-elles dĂ©roulĂ©es ?
Je suis parti dâune des derniĂšres discussions que jâai eues avec mon pĂšre. En lui annonçant que je voulais Ă©crire ce livre, il mâa dit « Il faut que tu parles du son Saravah ». Ce sont ceux qui faisaient ce son dans le studio qui peuvent en parler le mieux, donc il a fallu mener lâenquĂȘte et retrouver les ingĂ©nieurs du son, les assistants, les directrices de production, les musiciens â car il y avait une section rythmique chez Saravah qui accompagnait les diffĂ©rents chanteurs. Retrouver ce petit monde nâa pas Ă©tĂ© facile. Le premier que jâai interrogĂ© est Areski Belkacem et jâĂ©tais trĂšs heureux de le revoir car je lâaime Ă©normĂ©ment et il a Ă©tĂ© trĂšs important dans le « son Saravah » justement. Lui mâa mis en contact avec la premiĂšre directrice de production, dont jâai appris au passage quâelle vivait avec nous et Ă©tait ma nounou quand jâĂ©tais enfant. Avec difficultĂ©, jâai aussi rĂ©ussi Ă contacter Christian Gence et câest lui qui mâa mis en contact avec Fernand Boruso qui a pu me dĂ©rouler tout le dĂ©but de lâhistoire Saravah avant quâil ne se fĂąche avec mon pĂšre.
Je mâen suis tenu Ă la chronique du studio pour ne pas me perdre et, finalement, grĂące Ă ces gens, jâai reconstruit ma propre histoire lorsque jâĂ©tais enfant avec eux.
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En direct du Duc des Lombards, lâĂ©quipe des Lundis du duc accueille Benjamin Barouh, Areski Belkacem et Dominique Cravic pour parler du livre, de Saravah et de Pierre Barouh. Une belle rencontre qui donne envie de réécouter le catalogue de la maison et de se balader dans les anecdotes et les souvenirs de Benjamin Barouh.
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Il avait le goĂ»t du lĂącher-prise, du pas de cĂŽtĂ© et des « choses penchĂ©es », comme lâĂ©crit si bien Benjamin Barouh au sujet de son troubadour de pĂšre auquel il consacre un ouvrage gorgĂ© de lĂ©gendes et dâhumilitĂ©.
Il posait aussi les bonnes questions. « Câest oĂč lâhorizon ? », par exemple. CâĂ©tait tout lui. Quand dâautres se mettaient des frontiĂšres, Pierre Barouh, Ăąme conductrice du label et des studios Saravah, questionnait les horizons jusquâĂ y entrecroiser des figures aussi mythiques que Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, NanĂĄ Vasconcelos ou encore Barney Wilen. On se souvient aussi de ces sessions de piano rĂ©unissant RenĂ© Urtreger, Georges Arvanitas ou encore Michel Graillier.
PlutĂŽt large, lâhorizon. Aux fameuses soirĂ©es Saravah du quartier Mouffetard qui dĂ©centrait le label de son QG des Abbesses, il y avait place pour le free jazz, pour lâaccordĂ©on, pour lâorgue de barbarie⊠« Il y avait surtout place pour le temps », rajoutait Pierre Barouh, nous ramenant au slogan des dĂ©buts empruntĂ© Ă Salvador Dali : « Il y a des annĂ©es oĂč lâon a envie de ne rien faire », alors quâen fait Saravah nâa jamais cessĂ© dâexplorer.
Benjamin Barouh restitue avec bonheur cette Ă©popĂ©e peut-ĂȘtre plus proche de lâesprit de 68 que les grandes envolĂ©es rĂ©volutionnaires de lâĂ©poque. Il donne notamment la parole aux petites mains de Saravah. Autre temps fort de lâouvrage, le tĂ©moignage de Fernand Boruso, lâassociĂ© grimĂ© en Tonton Flingueur avec lequel le climat va virer Ă lâaigre et qui peut enfin donner, ici, sa version des faits. Les confidences de Dominique Barouh, lâancienne compagne, retiennent Ă©galement lâattention. Surtout lorsquâelle Ă©voque Pierre Goldman, le guĂ©rillero-braqueur hĂ©bergĂ© Ă un moment par le couple et qui nâhĂ©sitera pas Ă trimballer en cachette un flingue et un chargeur de munitions sur la route du Montreux Jazz Festival.
Manquent Ă lâappel Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, si bien entourĂ©e par lâArt Ensemble of Chicago dans Comme Ă la radio, mais pas le compagnon de cette derniĂšre, Areski Belkacem, pilier des annĂ©es Saravah. Claude Lelouch, en revanche, est bien au rendez-vous. CompĂšre de la premiĂšre heure aprĂšs lâavoir enrĂŽlĂ© dans la bande-son de Un Homme et une femme aux cĂŽtĂ©s de Francis Lai, il rĂ©sume superbement ce quâĂ©tait Pierre Barouh en observant quâavec lui, « il nây avait pas de service aprĂšs-vente. Une fois quâil avait allumĂ© une fusĂ©e, il allait en allumer une autre. Il se foutait de savoir si elle arrivait ou pas. Il adorait allumer des fusĂ©es ».
CâĂ©tait donc cela, Saravah, ce feu dâartifice dâexigence et de dolce vita, cet interstice sublime entre fadaises yĂ©-yĂ© et grands auteurs type Brassens ou FerrĂ©, ce don inouĂŻ pour propager, partager, faire Ă©clore les talents enfouis. « Ce nâest que de lâeau, camarade », chantait Pierre Barouh dans cette sublime version de Ăgua de Beber que lâon dĂ©couvre dans lâalbum ça va, ça vient ⊠JusquâĂ nous rĂ©server, le 28 dĂ©cembre 2016, la plus triste des saudades.
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On pourrait dire que nous avons tous en nous quelque chose de Saravah quand on se passionne pour la scĂšne vivante du spectacle et de la chanson. Quand elle est un court-mĂ©trage de 3 ou 4 mn qui raconte le monde ouvert Ă la fenĂȘtre, quand elle raconte la vie, les rencontres dâun funambule de lâutopie, baladin Ă©ternel sur tous les chemins buissonniers qui nâont jamais Ă©tĂ© concernĂ©s par la dictature du code barre⊠Quand on a le goĂ»t des choses penchĂ©es, la quĂȘte permanente de la beautĂ© fragile des musiques portĂ©es par les vents oiseleurs de la VendĂ©e Ă Rio de Janeiro, de Montmartre Ă Shibuya (Tokyo) ⊠Quand on fait sa vie comme une riviĂšre qui atteint toujours son ocĂ©an en mĂ©andres nonchalants pour mieux goĂ»ter lâinstant prĂ©sent et les charmes du hasard.
Il y a des annĂ©es oĂč on a envie de ne rien faire⊠Parce quâon a envie dâĂȘtre totalement disponible Ă lâimprĂ©vu, Ă lâinconnu, Ă la dĂ©couverte, parce quâon a envie de rĂ©pondre Ă la question « Câest oĂč lâhorizon ? » sans ĂȘtre trop tĂ©lĂ©guidĂ© par une boussole autoritaire⊠Et parce quâon a peut-ĂȘtre envie de dĂ©couvrir plusieurs horizons de couleurs et de goĂ»ts diffĂ©rents.
A travers ce prĂ©ambule nourri du pollen Saravah il y a quelques pistes sur le voyage de la mĂ©moire que vient de faire Benjamin Barouh dans lâhistoire du plus ancien label de chanson français en activitĂ© ; les dix annĂ©es de funambulisme permanent qui ont construit la lĂ©gende de cette utopie rĂ©alisĂ©e. Si on ne connait pas bien Saravah, ce livre est la base indispensable pour comprendre comment ce miracle a pu exister⊠Fluctuat toujours, mergitur jamais. Si on connait bien Saravah, on va y trouver de quoi affiner et complĂ©ter les portraits des diffĂ©rents acteurs connus ou moins connus qui ont construit ce label.
Benjamin Barouh est un excellent conteur dâun part, et dâautre part dans son travail de collecteur, il a rencontrĂ© et mis en perspective, tous les tĂ©moins, chacun apportant un Ă©clairage personnel, et argumentĂ© sur ces dix ans de genĂšse⊠Tout est nuancĂ© par lâensemble, sans parti pris tranchĂ© et rĂ©ducteur. Regards intimes ou distanciĂ©s, critiques ou amoureux, subjectifs ou objectifs, sâil y avait des zones dâombre â avec le temps, parfois tout sâen va de travers â elles se rĂ©vĂšlent, comme sur un vieux nĂ©gatif photo quâon nâaurait pas exploitĂ© Ă fond, et le tableau se complĂšte, sâenrichit.
Emouvant, et drĂŽle, parfois une phrase situe bien les rapports Ă la chanson, ainsi le point de vue sur les yĂ©-yĂ©s est explicite quand Dominique Barouh voyait dans lâidole des jeunes une sorte de lombric⊠Passionnant quand David Mc Neil raconte que John Mc Neil a parcouru lâEcosse pendant 20 ans pour collecter toutes les mĂ©lodies Ă©cossaises, quâil jouait Ă la guitare sur 3 accords, et qui ont façonnĂ© la musique amĂ©ricaine au dĂ©but du XX Ăšme siĂšcle.
Il y a tous les acteurs de Saravah des Abbesses, et aussi lâautre point de rencontre, les lundis de la Mouff », Mouffetard futur lieu de rĂ©sidence parisienne de la famille Barouh. Il y a tout pour comprendre Saravah , ce qui lâa constituĂ©, ce qui continue et se prolonge aujourdâhui.
Câest une grande fresque bigarrĂ©e, une leçon de crĂ©ativitĂ© tout azimut, un brĂ©viaire de libertĂ©, quâon pourrait sous-titrer : « Mode dâemploi de la rĂ©alisation dâune utopie Ă lâusage des jeunes gĂ©nĂ©rations qui ne savent pas quâil y a dâautres chemins que les autoroutes formatĂ©es au code barre. »
Ou en bref, « Histoire dâun caravansĂ©rail musico-cosmopolite », une soirĂ©e Saravah câest une rencontre avec des musiciens, des chanteurs, des cinĂ©astes, des graphistes, des comĂ©diens, des auteurs de toutes origines cherchant Ă communiquer avec tous⊠et dans la boutique Saravah, il y avait aussi les confitures aux prunes de mamie (Sarah, la maman de Pierre) âŠ
Dans les grands témoins rencontrés, Francis Lai, Claude Lelouch, Dominique Barouh, Areski Belkacem, David Mc Neil, Raphael Caussimon, Aram Sédéfian, Jean Querlier, Christian Gence, Jacqueline Cauet, Gilles Sallé, Claudine Cormerais, Jean Michel Humeau, Gérard Delassus, Philippe Beaupoil, Christophe Rambault de Barathon, et Fernand Boruso, dont on a le point de vue pour la premiÚre fois sur les fluctuations financiÚres de Saravah.
Ces quelques lignes et anecdotes ne rĂ©sument pas cet excellent livre de 300 pages, (Editions Le Mot et le reste) qui sera en librairie le 15 Mars, mais quâon trouve nĂ©anmoins depuis hier lundi chez les grands distributeurs parisiens, Gibert entre autres⊠Câest juste pour donner envieâŠ
Câest le complĂ©ment indispensable aux RiviĂšres souterraines, pour les plus anciens, et avec la compilation 50 ans de Saravah, câest lâentrĂ©e en Saravah pour les plus jeunes. Avec la mĂ©moire du ventâŠ
Pour quâun souvenir ami
garde dans son tamis
Le bleu de nos nostalgies
Pour que la mémoire du vent
Retienne nos chansons, amis recommençons..
A lire sur: https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2018/03/13/saravah-1967-77-cest-ou-lhorizon/