Sample!
Aux origines du son hip-hop
Sample! permet de comprendre lâessence du hip-hop, sa diversitĂ©, sa technique, son inspiration, sa curiositĂ©, son rĂŽle rĂ©volutionnaire dans lâespace musical.
« Sample ! » est une injonction. Celle que les producteurs hip-hop se lancent Ă eux-mĂȘmes depuis prĂšs de quarante ans. En allant piller les musiques qui les entouraient, ces musiciens ont donnĂ© naissance Ă lâun des courants musicaux les plus importants de notre Ă©poque et redĂ©fini le principe de composition musicale, quitte Ă se frotter aux avocats et Ă provoquer de retentissants procĂšs. Se pencher sur les samples marquants du hip-hop, câest explorer de nombreuses portes dâentrĂ©e vers cette musique, rĂ©vĂ©ler les secrets de fabrication de hits tels que « California Love » de 2pac ou « Hard Knock Life » de Jay-Z ou partir Ă la redĂ©couverte dâartistes oubliĂ©s ou trop peu connus. Câest parcourir les ponts dressĂ©s entre le hip-hop et ses origines soul, jazz et funk, ses relations avec le rock, le classique, la chanson française, la musique tibĂ©taine etc. Câest dĂ©couvrir lâhistoire des technologies qui ont permis ce travail, celle de labels mythiques, de producteurs talentueux. Câest embrasser toute la richesse du hip-hop.
Revue de presse
- Critique livre : Sample! Laurent Thore Slow Show 18 janvier 2019
-SAMPLE! AUX ORIGINES DU SON HIP-HOP Nicolas Roque guitar part octobre 2018
- Sample! Manu Baudez international Hip-Hop été 2018
- Interview - Sample ! Aux origines du hip-hop Mathias Milliard tplmusique 22 février 2018
- Brice Miclet : SAMPLE ! AUX ORIGINES DU SON HIP-HOP Muzul 90bpm 30 mars 2018
- Interview - BRICE MICLET "Sample ! Aux Origines Du Hip-Hop" Mehdi MaĂŻzi OKLM Radio // La Sauce 26 mars 2018
- Sample ! : le livre qui redonne au sample ses lettres de noblesse Pan African Music 21 février 2018
- Interview - L'histoire du rap Ă travers le sample Maud Margenat Streetpress 15 mars 2018
- Le sample de ses débuts dans les années 70 à aujourd'hui Claudy Siar rfi Musique 23 mars 2018
- Interview de Brice Miclet - "Le sampling n'est pas mort" Emmanuel Saussaye Le Télégramme 2 avril 2018
- Rencontre avec Brice Miclet, Digger de Samples Djuls The Backpackerz 14 mars 2018
- Le Son dâAlex - Aux origines du Hip Hop Alex Jaffray France 2 // TĂ©lĂ©matin 19 mars 2018
- Interview de Brice Miclet - Aux origines du sample dans le rap américain Tis Swampdiggers 27 février 2018
- Chronique de Sample! Juliette Arnaud France Inter // Par Jupiter ! 20 février 2018
- Sample! Vincent Caffiaux Starwax #46 2e trimestre
- Interview - Le sample selon Brice Miclet, auteur d'un bouquin sur le sujet (pratique) Romain Sourdoreille 14 février 2018
- "Sample!", lâessence du hip-hop par Brice Miclet Luc Frelon FIP // Sous les jupes de Fip 12 fĂ©vrier 2018
- Track ID - Interview de Brice Miclet Jérémie Léger Konbini 8 février 2017
- Sample ! Les derniers secrets du hip-hop Jean-Paul Deniaud Trax Février 2018
- Interview : Brice Miclet avec Puzupuzu Thomas Corlin Radio Néo // Chaos 30 janvier 2018
- Interview - Sampler comme jamais : une histoire du sample David Blot & Sophie Marchand Nova // Nova Club 29 janvier 2018
- Basique. Sample. Emmanuel Dosda MIX MAGAZINE Février 2018
- Sample! le premier livre de Brice Miclet Julie Creuilly The Backpackerz 27 janvier 2018
- Le Don du sample Rebecca Manzoni France Inter // Pop & Co 29 janvier 2018
- Interview de Brice Miclet - 5 samples qui ont changé l'histoire du hip-hop Antoine Mbemba Vice // i-D 23 janvier 2018
- Bonne feuille : Comment un sample a fait de « It's The Hard Knock Life » de Jay-Z un hit Brice Miclet Nova 22 janvier 2018
- Interview de Brice Miclet 2/5 Ellen Ichters RTS // Pony Express 23 janvier 2017
- Interview de Brice Miclet 1/5 Ellen Ichters RTS // Pony Express 22 janvier 2018
- Tour des échantillons - Sample! Greg L'abcdrduson 23 janvier 2017
- Livre - Sample! Yann Samples.fr 16 janvier 2018
- Bonnes feuilles : Les petites histoires des plus grands samples du hip-hop La Rédaction Slate 20 janvier
Mehdi Maïzi et Brice Miclet sont les invités de Frederick Sigrist pour un Blockbusters consacré au groupe IAM.
Retour sur lâhistoire du groupe, leur style, leurs influences, leurs sujets de prĂ©dilection, leurs diffĂ©rents albums, leurs tubes⊠En quoi IAM a-t-il su innover dans un paysage musical souvent trĂšs balisĂ© ? Et on essaiera de distinguer en quoi le rap a Ă©voluĂ© durant ces trente derniĂšres annĂ©es.
Le podcast est disponible sur le site de France Inter
Câest Ă©videmment un luxe que de pouvoir assister Ă une confĂ©rence dâun auteur avant dâattaquer la lecture de son ouvrage, surtout quand il est aussi prĂ©cis et documentĂ© que Sample! Et ce fut mon cas, lors de lâĂ©dition 2019 du festival Hibernarock, avec la venue du journaliste Brice Miclet.
Comme il le dit lui-mĂȘme, câest aussi en dĂ©couvrant quâaucun livre spĂ©cifiquement dĂ©diĂ© Ă la question du sample dans les univers du Hip-Hop et du Rap nâavait Ă©tĂ© Ă©crit, que son envie de sâatteler Ă ce sujet dâimportance sâest affirmĂ©e. La culture Hip-Hop et son Ă©manation le Rap, notamment en France, ont souvent Ă©tĂ© observĂ©es effectivement sous des angles sociologiques et historiques. En tant que technique rĂ©volutionnaire de composition musicale, le sample avait besoin dâun tel livre pour rendre hommage Ă la musicalitĂ©, Ă lâinventivitĂ©, et mĂȘme Ă la virtuositĂ© des producteurs Hip-Hop, que nous nommons aujourdâhui vulgairement beatmakers, (mĂȘme si la nuance est notable). A lâimage de sa dĂ©monstration orale, le propos Ă©crit de Brice Miclet est extrĂȘmement clair et structurĂ©. Si le journalisme spĂ©cialisĂ© en matiĂšre de musiques populaires (particuliĂšrement Ă travers la figure romanesque du critique rock), consiste souvent Ă sâembarquer dans de grandes thĂ©ories fumeuses, Ă susciter la polĂ©mique, sâemballer pour le moindre bootleg sorti comme par hasard des cartons, le moindre fait divers, il peut aussi comme dans ce livre, ĂȘtre basĂ© sur un travail minutieux et rigoureux. Et câest un fait, voilĂ un ouvrage qui nous permet dâapprendre beaucoup de choses, dâen confirmer dâautres, que nous soyons novices en la matiĂšre ou amateur Ă©clairĂ©. Si la culture Hip-Hop et notamment le Rap souffre encore aujourdâhui dâun regard condescendant, la qualitĂ© intrinsĂšque de Sample! souligne au contraire la fantastique rĂ©volution esthĂ©tique et crĂ©ative que des DJ prĂ©curseurs comme Dj Kool Herc et Grandmaster Flash ont activĂ© sans vraiment le savoir ou en tout cas, sans rĂ©ellement mesurer lâĂ©tendue de la dĂ©ferlante Ă venir.
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Cet ouvrage (dĂ©jĂ de rĂ©fĂ©rence) rejoint sans complexe la bibliothĂšque idĂ©ale des bouquins traitant des musiques populaires. En premier lieu, je placerais pour ma part, cette nouvelle petite bible aux cĂŽtĂ©s la sĂ©rie Hip Hop : Family Tree dâEd Piskor (Papa GuĂ©dĂ©), tant ces deux approches se complĂštent et se rĂ©pondent. Je chroniquais il y a quelques mois, lâindispensable Last Night a Dj Saved My Life de Bill Brewster & Franck Broughton : ces deux essais partagent lâidĂ©e extrĂȘmement forte, que les DJ ont quelque part dĂ©fini, la nouvelle forme de crĂ©ation musicale (quasi majoritaire aujourdâhui), basĂ©e sur lâemprunt, le recyclage et le son en tant que matiĂšre, et assimilant le « studio » Ă un instrument Ă part entiĂšre. Je pourrais ainsi peut-ĂȘtre regretter que le lien avec les innovations des JamaĂŻcains (pour certains spĂ©cialistes, ils ont tout inventĂ© !) ne soient pas plus affirmĂ© dans Sample!, mais comme toutes les rĂ©ussites du genre, ce livre tire nĂ©cessairement sa force et sa justesse de parti-pris intelligents et assumĂ©s, favorisant la clartĂ© du raisonnement et du dĂ©veloppement.
AprĂšs un tel coup de maĂźtre, je ne peux que souffler Ă Brice Miclet de remettre le couvert car ce ne sont pas les sujets qui manquent, mais il doit le savoir bien mieux que moi.
Lisez la chronique intégrale sur Slow Show
Dans la panoplie du son hip hop, il y a la boĂźte Ă rythme, le scratching et plus tard le sampling qui change la donne : la note de musique est dĂ©trĂŽnĂ©e par un fragment dâoeuvre connue qui devient la base du morceau. Pillage en rĂšgle ou crĂ©ation? AprĂšs avoir Ă©crit sur la musique Ă guitares (dans Guitar Part), Brice Miclet Ă©tudie ce â recyclage â de masse dans cette anthologie qui raconte une histoire du hip hop, dans laquelle les Beastie Boys, Public Enemy, NTM, 2 Pac et autres MC Ham mer se sont nourris au son de James Brown, Led
Zeppelin, Blondie, Steely Dan,Joe Cocker âŠ
Les fanatiques de hip-hop que nous sommes sont dĂ©cidĂ©ment choyĂ©s ces derniers temps par les irrĂ©prochables Ă©ditions Le mot et le reste, qui enchaĂźnent les sorties consacrĂ©es Ă cette rĂ©volution musicale triomphante hissant le rap de sous-culture mĂ©prisĂ©e Ă norme dominante. AprĂšs lâexploration des Mixtapes par le camarade Sylvain Bertot, câest de nouveau Ă un pan mal Ă©clairĂ© de ce genre inĂ©puisable que se consacre cette nouvelle anthologie subjective, toujours sur le principe qui fait la marque de fabrique de lâĂ©diteur : un choix dâune centaine dâĆuvres reprĂ©sentatives commentĂ©es. Si on est habituĂ© dans cette colle ction Ă des sĂ©lections de disques fondamentaux, on monte ici encore dâun cran dans la gageure puisque lâauteur nâa retenu que 100 misĂ©rables samples, pour 40 piges dâune musique qui repose prĂ©cisĂ©ment sur lâĂ©chantillon ! Mais justement, on ne demande pas la mĂȘme chose Ă un bouquin et Ă whosampled.com, et on est vite rassurĂ© sur lâintĂ©rĂȘt de la folle tentative. Lâintro, carrĂ©e, retrace la naissance du principe du sample dans les block parties, avec le fameux Merry Go Round, rĂ©pĂ©tition en boucle avec deux exemplaires du mĂȘme disque et une double platine des parties rythmiques les plus efficaces de morceaux de funk ou de soul ; puis lâarrivĂ©e des sampleurs et le temps trĂšs court de sampling quâimposaient les premiers modĂšles, limite technique qui dĂ©termina lâesthĂ©tique du son hip-hop classique ; et enfin le gros coup de frein qui a Ă©tĂ© imposĂ© Ă cette pratique : la question financiĂšre, les artistes samplĂ©s et lâindustrie finissant par rĂ©clamer leur part du gĂąteau quand ils ont vu cartonner les relectures de leurs sons par des voleurs revendiquĂ©s. On nâapprend pas forcĂ©ment grand-chose, mais câest la rĂšgle du genre, la remise en contexte du bouquin sâadresse d âabord Ă ceux qui dĂ©couvrent, pas Ă ceux qui y baignent. Brice Miclet explique ensuite les diffĂ©rentes techniques de samples pour tĂącher de faire un genre de typologie, lĂ encore pour expliciter au profane de quoi on cause. Mais câest aprĂšs que le livre devient captivant, quand on rentre dans la sĂ©lection proprement dite. Parce que le choix sâest fait de la meilleure des maniĂšres, une fois rĂ©glĂ©e la question des quelques incontournables, des sons historiques ou charniĂšres par les histoires quâon pouvait raconter avec les samples proprement dits. Il met ainsi en valeur ce qui fait la magie de cette pratique, outre quâelle ait dâabord permis Ă ceux qui nâavaient pas le loisir dâapprendre la musique au conservatoire dâen faire et mĂȘme d âen vivre. Le sample porte en lui
ce qui a donnĂ© naissance au morceau dâorigine dont il est extrait, et il le transmet au nouveau morceau qui se construit autour ou avec lui. Que ce soit une volontĂ© de la part du producteur ou non, quâil dĂ©cide lui-mĂȘme dâutiliser un sample parce quâil dit quelque chose ou pas, le fragment utilisĂ© est un bout de passĂ© qui revient Ă la vie et ramĂšne avec lui son souffle. Les pionniers ne sont pas allĂ©s chercher bien loin pour digger, la discothĂšque des darons, quand il y avait son lot de soul, de funk ou de jazz, Ă©tait dĂ©jĂ un sacrĂ© filon, le hip-hop nâavait plus quâĂ reprendre lĂ oĂč la funk sâĂ©tait arrĂȘtĂ©e, plonger en arriĂšre pour inventer le futur. Puis comme tous les voleurs, le rap a commencĂ© Ă Ă©tendre son champ dâopĂ©ration pour taper dans toutes les rĂ©serves de sons, jusquâaux plus improbables. Ce qui fait de nouvelles histoires Ă raconter. Brice Miclet les raconte bien, toutes ces histoires, et il a su trouver un chouette Ă©quilibre entre celles qui touchent Ă la
petite histoire du rap, les anecdotes de studio, les problĂšmes de clearance, les accidents de studio qui deviennent des coups de gĂ©nie, les astuces pour pas se faire cramer, etc., et la plus grande histoire, tant de la musique populaire amĂ©ricaine que des questions politiques et sociales qui dĂ©terminent la production ou du moins lâinfluencent. Alors on ne sâennuie jamais, on dĂ©couvre quelques perles, on sâarrĂȘte pour Ă©couter les sons citĂ©s, on prend plaisir Ă cette traversĂ©e de prĂšs dâun demi-siĂšcle dâĂ©volutions stylistiques au long desquelles le rap mute, mais continue de tourner autour de quelques mesures Ă peine, de quelques notes inlassablement rĂ©pĂ©tĂ©es, voire parfois dâune simple caisse claire ou dâune sirĂšne. La boucle, lâessence du hip-hop, qui continue de le dĂ©finir mĂȘme quand il nây a plus de sample Ă proprement parler, le principe inscrit dans ses os le hip-hop, câest rĂ©pĂ©titif, câest le squelette sur lequel tu racontes tes histoires. Petite frustration quand mĂȘme, on aurait aimĂ© quelques lignes sur le rap qui sample le rap. Car le petit con qui avait lâhabitude de sâalimenter chez les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes a maintenant atteint lâĂąge de se manger lui-mĂȘme, les classiques dâhier sont de plus en plus citĂ©s ou recyclĂ©s ; le hip-hop devient
source, au mĂȘme titre que la soul pour les pionniers. Le comble de la boucle.
Brice Miclet publie Sample ! Aux origines du hip-hop, un ouvrage qui revient sur la place de cette technique artistique dans le hip-hop dâhier et dâaujourdâhui : le sampling, « une recherche sonore qui sâinsĂšre dans une dĂ©marche musicale » nous explique-t-il.
Pourquoi écrire un livre sur le sampling en 2018 ?
Parce que le rap occupe dorĂ©navant une place prĂ©pondĂ©rante dans le quotidien des gens et, si on peut faussement penser que le sampling est une pratique moins dĂ©veloppĂ©e aujourdâhui dans le hip-hop, elle est en rĂ©alitĂ© toujours importante. Dâune certaine maniĂšre, câest une façon de montrer que le hip-hop Ă©volue et sâinscrit dans une perspective historique qui est forte. Et puis aussi parce quâil nây avait rien dâĂ©crit sur le sujet !
Quâest-ce quâon dĂ©couvre Ă travers cet ouvrage ?
Dans ce livre, il y a deux entrĂ©es principales. Dâabord, une introduction de 40 pages qui revient sur la place historique du sample dans le hip-hop, sur les dĂ©buts du mouvement dans les annĂ©es 70 et sur lâidĂ©e quâil sâagit dâun genre dĂ©jĂ tournĂ© vers les autres cultures musicales comme en tĂ©moigne lâutilisation de samples. Je pars de lĂ pour arriver jusquâĂ aujourdâhui, via les diffĂ©rentes Ă©volutions technologiques, les diffĂ©rentes maniĂšres de sampler, lâouverture des beatmakers Ă dâautres styles que la musique afro-amĂ©ricaine, etc.
Ensuite, jâai Ă©tabli une liste de 100 morceaux hip-hop avec leurs samples dont je dĂ©taille lâhistoire. Ce ne sont pas forcĂ©ment les 100 samples les plus cultes â il y en a des connus et des moins connus dans la liste â, mais lâidĂ©e Ă©tait de dresser un panorama de ce qui sâest fait de 1979 Ă 2017, de raconter la patte des producteurs, de certains labels, de certaines techniques liĂ©es au sampling hip-hop, etc.
Justement, comment les usages artistiques du sample ont-ils évolué ?
Je distingue 6 ou 7 types de sample dont les diffĂ©rences sont essentiellement techniques. Sur le plan artistique, le phĂ©nomĂšne a commencĂ© dans les annĂ©es 60 et 70 avec les breakbeats issus de musiques afro-amĂ©ricaines, puis on a commencĂ© Ă sampler du jazz, et finalement cela sâest ouvert Ă toutes les musiques et mĂȘme au-delĂ . Avec le dĂ©veloppement de la MAO, on va chercher sur tous les supports sonores aujourdâhui, que ce soit des documentaires, des Ă©missions de radio ou de tĂ©lĂ©vision, etc.
Sample-t-on toujours autant dans le hip-hop ?
La proportion de hip-hop fait Ă base de samples est moins importante quâauparavant mĂȘme si lâon en retrouve toujours dans beaucoup dâalbums actuels comme ceux de Kendrick Lamar ou dâAsap Rocky. Câest surtout quâaujourdâhui, les samples servent moins dâĂ©lĂ©ment principal dâun morceau. Ils sont plus discrets et se contentent dâapporter une couleur musicale.
Aujourdâhui, sampler nâest plus rĂ©servĂ© au rap. Nâavez-vous pas eu envie de faire un pas de cĂŽtĂ© pour Ă©voquer le sample dans les autres genres musicaux ?
Je voulais faire un livre qui parle du sample dans la culture hip-hop, mais câest vrai que le sampling a Ă©tĂ© prĂ©pondĂ©rant pour les musiques Ă©lectroniques et la house en particulier. De nos jours, il y a des samples partout, notamment chez les artistes les plus pop comme Lady Gaga, Beyonce ou Madonna, et câest parce que le hip-hop sâest maintenant imprĂ©gnĂ© dans beaucoup dâautres musiques, Ă commencer par la pop.
Ces 40 derniÚres années, quelles ont été les évolutions des machines et des technologies permettant de sampler ?
Il y a dâabord eu ce quâon a appelĂ© le sample virtuel, câest-Ă -dire la technique du âMerry-Go-Roundâ de Kool Herc qui consiste Ă avoir deux fois le mĂȘme vinyle et de rĂ©cupĂ©rer le breakbeat du morceau Ă lâinfini. Ensuite, dans les annĂ©es 70, il y avait le phĂ©nomĂšne de replay avec Sugarhill Gang ou des groupes comme ça qui rejouaient des Ă©chantillons en live. Mais jusque-lĂ , on ne peut pas vraiment parler de sample car il nây a pas de rĂ©utilisation des empreintes sonores.
Câest avec lâarrivĂ©e sur le marchĂ© des premiers samplers en 1984 quâon va composer du hip-hop avec des samples. La grosse rĂ©volution a lieu avec le micro-sampling de Marley Marl qui arrive Ă isoler tous les sons dâune batterie Ă les incorporer dans une boĂźte Ă rythmes. Et puis, Ă partir de 1987, avec la commercialisation de la SP 1200, on entre dans lâĂšre oĂč les beatmakers et les producteurs hip-hop vont Ă©normĂ©ment sampler, puis les techniques vont Ă©voluer, le temps dâĂ©chantillonnage sera de plus en plus long, jusquâĂ ce que la MAO explose et nous entraĂźne dans lâĂšre des softwares, plus abordables financiĂšrement comme techniquement.
IdĂ©e fausse ou idĂ©e vraie : sampler, câest plus facile que composer ?
Mais le sample, câest de la composition ! Câest une recherche sonore qui sâinsĂšre dans une dĂ©marche musicale qui nĂ©cessite Ă la fois une compĂ©tence technique et la maĂźtrise des codes hip-hop.
Alors, peut-ĂȘtre que cela est plus simple que de composer de la musique classique, mais est-ce plus simple que de composer du rock, je nâen suis pas sĂ»r. Les musiciens qui se retrouvent face Ă un sampler, une platine et des bacs de vinyles ne savent pas nĂ©cessairement quoi en faire. Il faut aussi savoir construire un mix, car beaucoup de choses se jouent lĂ , et cela demande une certaine maĂźtrise.
Le sampling est-il un procĂ©dĂ© plus acceptĂ© quâauparavant, ou existe-t-il toujours des procĂšs ?
Ce sont deux choses diffĂ©rentes. Dâun cĂŽtĂ©, il est entrĂ© dans les habitudes musicales, et pas uniquement dans le hip-hop justement. Dâun autre cĂŽtĂ©, il y a beaucoup moins de procĂšs car il y a tout simplement moins de cas dâillĂ©galitĂ©. Les artistes sont beaucoup plus âdans les clousâ au niveau lĂ©gal. Avant 1991, câĂ©tait un peu la loi de la jungle, le grand Ăąge de lâimpunitĂ© dans le sample hip-hop, et puis il a fallu que le systĂšme des samplers clearers (demandes dâautorisation) se mette en place, que les artistes et surtout les maisons de disques prennent lâhabitude de cleaner les samples en matiĂšre de droit. Aujourdâhui, tout cela est devenu beaucoup plus usuel dans la production dâalbums hip-hop.
Un morceau composé à base de samples à conseiller ?
Pour expliquer et se rendre compte de ce que reprĂ©sente le sampling, je conseille dâĂ©couter le morceau The 900 Number de The 45 King. La composition est trĂšs simple, avec une seule boucle â un sample de saxophone issu du titre soul Unwind Yourself de Marva Whitney â qui est trĂšs peu modifiĂ©e. Câest un morceau que les DJ se passaient entre eux et qui symbolise bien ce que reprĂ©sente le sampling hip-hop.
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DĂ©coupĂ©, filtrĂ©, pitchĂ©, dĂ©structurĂ© : la vie dâune sample est finalement bien peu enviable, mais câest pourtant par lĂ quâil faut en passer pour devenir la colonne vertĂ©brale ou le petit plus qui rendra le morceau identifiable. Voire en fera un classique.
Lâhistoire de la boucle jouĂ©e sur elle-mĂȘme, de son bricolage basique avec deux platines Ă son Ă©volution Ă travers les diffĂ©rentes machines offrant toujours plus de possibilitĂ©s (et rĂ©duisant du mĂȘme coup la crĂ©ativitĂ©), est ici racontĂ©e puis illustrĂ©e cent exemples Ă lâappui.
Cent exemples rap bien entendu, lâĂ©volution du genre Ă©tant soudĂ©e Ă celle du sample. Du moins dans les annĂ©es 80 et 90 quand, profitant du vide juridique pour piocher Ă pleines disquettes dans les classiques puis dans les disques de plus en plus obscurs et pointus, les beatmakers avaient fait du sampling un art avant quâil ne devienne un luxe. Et accessoirement, un nid Ă emmerdes quand les auteurs, ayant droits, ou autres se rendirent compte de lâutilisation non-autorisĂ©e.
La suite passe par des histoires de tribunal et de jugements absurdes mais surtout par des mises en situation entre le sampleur et le samplĂ©, dans un dosage variable dâanecdotes, dâhistoires, de musique et de technique, qui va beaucoup plus loin que Funky Drummer et Atomic Dog.
Preuve quâen plus dâavoir Ă©vitĂ© la routine en ne calquant pas ses chroniques sur une seule et mĂȘme matrice, Brice Miclet a fait un sacrĂ© boulot de recherches.
Mehdi Maïzi et son équipe ont invité Brice Miclet à venir parler de son livre dans La Sauce sur OKLM radio !
Réécouter lâĂ©mission sur la chaĂźne dâOLKM
Le journaliste musical Brice Miclet retrace lâhistoire du hip-hop en racontant le sample â de ses dĂ©buts dans les block parties du Bronx des annĂ©es 1970 Ă lâutilisation qui en est faite aujourdâhui par Gucci Mane, Drake, Future ou Kaytranada.
Compilations, roman, autobiographies, BD ou sĂ©ries tĂ©lĂ©, les origines du rap nâont de cesse dâĂȘtre contĂ©es. Composante essentielle de la musique Ă©lectronique et essence mĂȘme du hip-hop, le sampling â Ă©chantillonnage qui consiste Ă reprendre des morceaux existants pour en crĂ©er de nouveaux â nâavait pourtant jamais Ă©tĂ© explorĂ©. Il existe bien des sites spĂ©cialisĂ©s qui dĂ©voilent les secrets de fabrication, parfois bien gardĂ©s, des tubes de rap mais aucun ouvrage ne sâĂ©tait proposĂ© de raconter les petites histoires qui se cachent derriĂšre leurs grands emprunts. De « Rapperâs Delight » du Sugarhill Gang (1979), le premier single rap, Ă Yah de Kendrick Lamar (2017), en passant par « Whatâs The Difference » (1999) pour lequel Dr Dre sample Charles Aznavour, Brice Miclet dĂ©cortique avec passion 100 morceaux de rap, principalement issus du rĂ©pertoire amĂ©ricain. Incontournables ou mĂ©connus, chaque Ă©chantillon est remis dans son contexte â Ă la fois politique, culturel et social â de production ou dâemprunt, faisant de cette anthologie de 40 ans de slamping hip-hop une savante leçon dâhistoire. Fourmillant dâanecdotes savoureuses, Sample ! est un excellent moyen de revisiter certains classiques et dâen dĂ©couvrir de nouveaux. Mais câest avant tout une plongĂ©e dans le vaste spectre des musiques de la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle et donc un livre Ă mettre en toutes les mains, amateurs du genre comme mĂ©lomanes curieux.
« Il existe beaucoup de prĂ©jugĂ©s sur le hip-hop. Lâun dâeux serait que cette musique soit nĂ©e de la contestation, dâun mouvement social. Câest Ă nuancer. Ce qui a construit le genre, câest sa capacitĂ© Ă absorber, par des procĂ©dĂ©s artistiques, techniques et technologiques, les autres styles musicaux, via le sampling. Câest dans son ADN, et ce livre tend Ă le montrer. »
Brice Miclet, Sample !
Ce que le sample raconte dâabord du hip-hop, câest quâil sâagit dâune musique Ă©rudite, ouverte Ă toutes les autres. Dans la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es 1970, les pionniers du rap (DJ Kool Herc, Bambataa ou Grandmaster Flash) pillent les rĂ©pertoires de leur Ă©poque (soul, funk, rhythm and blues) pour chercher les meilleurs breakbeats et faire danser les B-boys. Puis Ă la fin des annĂ©es 1980, les innovations techniques aidant, le hip-hop sâouvre Ă dâautres genres. En 1986, par exemple, License to ill des Beastie Boys, le premier disque rap Ă sâĂȘtre hissĂ© Ă la tĂȘte des charts US, fait la part belle au sample rock. Avec lui, le label Def Jam marque lâhistoire du hip-hop « en propulsant sa recette dans toutes les radios : un pont entre public rock et public rap, incarnĂ© par ses deux crĂ©ateurs, le fan de punk-rock, Rick Rubin, et le gosse du Queens, Russels Simmons ». « Rhyminâ & Stealin », le premier morceau de leur album, sâouvre sur la batterie de « When The Levee Breaks » de Led Zeppelin, « lâun des motifs rythmiques les plus connus du rockân roll ». Par la suite, il deviendra lâun des breakbeats les plus utilisĂ©s dans le hiphop. On le retrouve notamment sur « More Beats + Pieces » (qui rassemble pas moins de 20 samples diffĂ©rents) du duo anglais Coldcut, fondateur du label Ninja Tune.
Dej Jam, Ninja Tune ou encore Death Row⊠le livre raconte lâhistoire de labels mythiques, de producteurs talentueux (Marley Marl, The Bomb Squad, Erik B et Rakim, RZA, DJ Premier, Q-Tip, Pete Rock, Madlib, Kanye West..) mais aussi celles de lâĂ©volution des machines (boĂźtes Ă rythmes, Ă©chantillonneurs, synthĂ©tiseurs) qui ont permis de dĂ©mocratiser le sampling et dâen faire « lâADN » du hip-hop.
Lâouvrage de Brice Miclet regorge aussi dâhistoires sombres, faites de procĂšs retentissants, notamment lors de lâĂ©mergence du mouvement dans les annĂ©es 1970â1980. La pratique du sampling a beau avoir donnĂ© certaines des plus belles pĂ©pites du genre, elle nâen reste pas moins un vol. Un âvol bienveillantâ, comme aime le qualifier lâauteur â mais un vol quand mĂȘme. Si bien que les batailles judiciaires pour violation de droits dâauteur ne manquent pas. Le sample a en effet traversĂ© ces trente derniĂšres annĂ©es en faisant face Ă la dĂ©fiance des artistes samplĂ©s et Ă un arsenal juridique de plus en plus contraignant ; Ă commencer par lâapplication du Fair Use Act et au dĂ©veloppement des systĂšmes de clearance, astreignant les beatmakers Ă reverser des royalties aux artistes samplĂ©s. Ă tel point que certains hits nâont parfois Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rateurs dâaucun profit, Ă lâimage de « Can I Kick It ? » (1990) produit par Q-Tip. Un morceau « qui propulsa A Tribe Called Quest vers les cimes du hip hop » en samplant la ligne de basse de « Walk On The Wild Side » (1972). DâaprĂšs Brice Miclet, Lou Reed aurait dit : « Vous pouvez lâutiliser mais jâempoche tout dessus ».
Idem pour « Iâll Be Missing You » (1997). Sting, bassiste-chanteur de The Police et dĂ©tenteur de lâintĂ©gralitĂ© des droits de « Everyth breath you take » (1983) a demandĂ© 100% des royalties Ă Puff Daddy qui aurait « oubliĂ© » de lui en demander lâautorisation. On sâamuse de dĂ©couvrir que les deux autres membres de The Police nâont pas touchĂ© un centime de ce sample lĂ , alors que câest la guitare dâAndy Summers qui Ă©tait samplĂ©e. Brice Miclet rapporte quâen 2000, les membres de The Police donnent leur premiĂšre interview commune en quinze ans au magazine Revolver. lls discutent tous les trois et Stewart Copland, le batteur, dit : « Andy, tu devrais te lever et dire « Moi je veux tout lâargent de Puff Daddy. Parce que ce nâest pas une chanson de Sting quâil a utilisĂ©, câest mon putain de riff (..) Sting, tu vis dans ton palace en Toscane. Tu peux mâen acheter un en Italie Ă moi aussi ? Avec les retombĂ©es du single qui a Ă©tĂ© le plus longtemps en tĂȘte des charts dans lâhistoire de la radio ? » Et Sting rĂ©pond : « Non, je nâai pas de chĂąteau. En Toscane on appelle ça un palazzos⊠si tu veux je te prĂȘterai une chambre. »
« Iâll Be Missing You » de Puff Daddy est un hommage Ă son poulain et ami The Notorious B.I.G., assassinĂ© en 1997, Ă 24 ans. Un titre, qui montre aussi que le sampling hip-hop peut ĂȘtre motivĂ© par dâautres raisons que celles purement musicales : « Donner un sens discursif Ă son sample est une pratique qui est arrivĂ©e dans le hip hop au cours des annĂ©es quatre-vingt-dix (âŠ) Câest lorsque le rap sâest dĂ©fait de sa stricte image de musique sur laquelle on peut danser que les thĂšmes ont explosĂ©s en son sein et que les origines du sample sont devenues plus variĂ©es. »
Le morceau samplĂ© peut alors inspirer le titre hip hop comme « The Big Payback » dâEPMD (1989) qui reprend « The Payback » (1973) de James Brown ou « Hard Knock Life (Ghetto Anthem) » de Jay-Z (1998) qui sample « The Hard-Knock Life » de la bande originale de la comĂ©die musicale Annie (1982). Les extraits choisis viennent aussi souligner les opinions du groupe. To the East, Blackwards (1990), le premier album du trĂšs politique X-Clan, est « un brulot, une mise en pratique de mois, voire dâannĂ©es de militantisme et contient plusieurs rĂ©fĂ©rences Ă leur combat » pour la libertĂ© et lâunitĂ©. On y retrouve des extraits de discours de Malcom X (sur « Raise the Flag ») ou de Fela Kuti, activiste acharnĂ© de la cause panafricaine et dĂ©fenseur des droits de lâhomme (sur « Grand Verbalizer, What time is it ? »). Lâextrait samplĂ© de « Sorrow tears and Blood » (1977) est court â le « Ey-yah » scandĂ© par les choristes au milieu du morceau, mais le symbole est fort.
Le sample peut aussi entrer en rĂ©sonnance avec le texte rappĂ©. Comme sur le titre « Road to Zion » de Damien Marley feat Nas (2005) qui sample le dĂ©but de « Russian Lullaby » (1958). ChantĂ© par Ella Fitzgerald, ce morceau et Ă©tĂ© Ă©crit par un Ă©migrĂ© Russe, le parolier Irving Berlin. « Russian Lullaby câest la chanson du souvenir du pays natal, celle qui lui dit quâil y aura toujours une Volga ou une berceuse russe pour lui Ă son retour. Câest une ode au paradis perdu. (âŠ) Sur son titre Damien Marley chante Babylone. Encore une histoire de paradis perdu. Non seulement le sample est marquant mais il Ă©tablit une connexion entre le dĂ©racinement dâIrving Berlin et la quĂȘte dâun monde meilleur de Damien Marley ».
Principalement focalisĂ©, on lâa dit, sur les productions amĂ©ricaines â « ce livre met en avant des innovations, des histoires, et des techniques inĂ©dites du sampling⊠et les AmĂ©ricains ont inventĂ© beaucoup de choses » â certains architectes français du son (et la France en compte beaucoup) sont toutefois prĂ©sents. DJ Mehdi, notamment, qui a tant contribuĂ© au succĂšs du 113 â ici pour « Tonton du Bled » et son sample de « Harguetni Eddamaa » dâAhmed Wahby, maĂźtre du El Asri, genre musical typiquement oranais. On croise aussi une figure des musiques contemporaines mĂ©connue du grand public et que les producteurs nâont eu cesse de convoquer. Le pianiste, compositeur et arrangeur nĂ© en 1947, Alain Mion, qui a dĂ©butĂ© sa carriĂšre en fondant le duo jazz soul Cortex. Leur premier album, Troupeau Bleu a refait surface en 2004 lorsque MF Doom en a samplĂ© un titre. Ce mĂȘme album sera ensuite Ă©chantillonnĂ© par Tyler The Creator, Wiz Khalifa, Fat Joe ou encore rĂ©cemment Damso sur « AmnĂ©sie » (2016). Mais selon lâauteur, le titre « Mural » de Lupe Fiasco (2016) qui reprend lui aussi « Chanson dâun jour dâhiver », « est sĂ»rement lâune des plus belles rĂ©ussites musicales nĂ©es de cette rĂ©cupĂ©ration tardive de Cortex ».
Sample ! Aux origine du hip-hop est la preuve, sâil en fallait une, que le sample nâest pas un art caduque ou dĂ©suet, rĂ©servĂ© aux « puristes » mais une pratique encore trĂšs actuelle. « Le sample nâest pas mort » clame haut et fort Brice Miclet : « il est seulement devenu une corde de plus Ă lâarc de nombreux jeunes producteurs Ă©mergents, un outil supplĂ©mentaire convoquĂ© non plus dans un esprit de nĂ©cessitĂ©, de compĂ©tition ou dâinnovation, mais dans une volontĂ© purement musicale et artistique. Nâest-ce pas, au fond, ce que les producteurs hip-hop ont toujours recherchĂ© ? »
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Brice Miclet publie Sample ! Aux origines du son hip-hop. Un bouquin qui retrace lâhistoire de cette culture Ă travers le sample. Des inspirations discos au hip-hop engagĂ© en passant par le rap-business, on a essayĂ© de comprendre lâADN de cette culture.
Belleville, Paris 19e â Ă le voir attablĂ© en terrasse avec sa pinte de biĂšre, sa veste de cuir et ses cheveux grisonnants, on lâimagine plutĂŽt rockeur. Pourtant, en matiĂšre de hip-hop, Brice Miclet en connaĂźt un rayon. Le journaliste musical qui collabore notamment avec Trax, les Inrocks et Slate signe son premier livre entiĂšrement dĂ©diĂ© au sample. En pillant ces Ă©chantillons musicaux Ă toutes les cultures musicales, ces musiciens ont donnĂ© naissance Ă lâun des styles musicaux les plus riches et les plus importants de notre Ă©poque et redĂ©fini les principes de la composition musicale. A travers les samples, lâauteur nous fait dĂ©couvrir des artistes oubliĂ©s ou trop peu connus et parcourt les ponts dressĂ©s entre le hip-hop, la soul, le jazz, le rock, la musique tibĂ©taine ou encore Charles Aznavour.
Pourquoi avoir attaquĂ© le hip-hop sous lâangle du sample ?
Jâai une culture hip-hop Ă la base, mais je mâintĂ©resse Ă toutes sortes de musiques Ă cĂŽtĂ© depuis longtemps. Le lien entre le hip-hop et les autres genres, câest le sampling. Ăa ouvre de nombreuses portes : la musique de films japonais, des artistes, des morceaux ou des labels, câest un sujet trĂšs âlittĂ©raireâ. En plus il nây avait rien dâĂ©crit sur le sujet en France. Câest dommage dans la mesure oĂč ça a pris une place importante dans les productions musicales aujourdâhui.
Pourquoi il y a si peu de livres sur le rap en France. Câest parce que ce genre est plus dĂ©veloppĂ© aux USA ?
Il est trĂšs dĂ©veloppĂ© en France aussi, on est le 2e pays en terme de marchĂ©. A une Ă©poque en France, on avait du mal Ă sâadapter aux nouveautĂ©s musicales. Ăa restait underground trĂšs longtemps. On a une sorte de traditionalisme, dans tous les domaines. Câest des cultures diffĂ©rentes, et ça se ressent dans la maniĂšre dont on aborde le hip-hop.
Dans ton livre, il nây a que quatre exemples francophones. CâĂ©tait une volontĂ© de ta part ?
Je voulais me concentrer sur le rap amĂ©ricain, parce que câest lĂ que les grandes innovations techniques et technologiques sont apparues. Chez nous, il y a LâĂ©cole du Micro dâArgent dâIAM qui, pour le coup, est vraiment balĂšze. Ils ont samplĂ© des musiques traditionnelles argentines. TrĂšs peu de gens ont fait ce quâils ont fait au niveau du sample, mĂȘme aux Ătats-Unis. Le Wu-Tang a samplĂ© des films mais pas des musiques traditionnelles comme IAM.
Le hip-hop anglais sample beaucoup aussi. Dans les annĂ©es 80, 90, il y avait Ă©normĂ©ment de sample en France. Par contre, chez nous, on a une culture du beatmaking qui est vraiment incroyable. MĂȘme quand le rap fait un peu dĂ©faut, les prods ne déçoivent jamais.
Le hip-hop à ses débuts réarrangeait souvent des tubes disco. Pourquoi une telle affinité avec cette culture ?
Câest une musique de DJ Ă la base. Il passe de la musique qui fait danser les gens. Câest en grande partie le disco mais câest aussi toutes les musiques groove, funk avec James Brown par exemple. Le hip-hop sâest construit autour de cet hĂ©ritage musical. Si on Ă©coute les premiers DJ, comme SugarHill Gang, GrandMasterFlash, Curtis Blow, ça danse ! Dâailleurs le break dance fait partie des quatre piliers de la culture hip-hop avec le Djeeing, le Mceeing et le graff. Ensuite Public Ennemy a apportĂ© un discours diffĂ©rent. Mais trĂšs rapidement câest devenu autre chose, avec lâexplosion de Def Jam [label de musique fondĂ© par Russel Simmons et Rick Rubin, ndlr].
Quâest ce qui a fait passer le hip-hop de culture underground Ă produit mainstream ?
Câest la culture amĂ©ricaine, tu prends quelque chose dâunderground et tu en fais un truc mercantile. Ils lâont fait trĂšs tĂŽt, dĂšs 1978. Câest Sugarhill Gang qui, les premiers, en ont fait un produit et un business. Les radios aussi ont jouĂ© un rĂŽle Ă©norme au dĂ©but du hip-hop. Aux USA, elles ont un importance monstrueuse. Chez nous, câest Radio Nova qui a contribuĂ© au lancement.
MalgrĂ© les fractures sociales aux Ătats-Unis, les morceaux qui marchent le mieux aujourdâhui sont peu engagĂ©s. Pourquoi ?
Lâengagement, aujourdâhui, est moins frontal. A un moment le hip-hop, câĂ©tait les indiens contre les cowboys, et aujourdâhui câest le quotidien des indiens dans la rĂ©serve. Câest une autre forme dâengagement. Ce sont les mĂȘmes problĂšmes qui sont abordĂ©s, mais sous un autre angle. Et ce nâest plus seulement des mecs de citĂ© qui rappent.
En plus, le hip-hop nâa pas toujours Ă©tĂ© engagĂ©. Le West Coast, le G-Funk, au dĂ©but, ce nâĂ©tait pas du tout engagĂ©, contrairement au rap new-yorkais. Au final, il y a trĂšs peu dâartistes qui ont fait changer quelque chose par leur engagement. Le combat Ă©tait perdu dâavance donc les gĂ©nĂ©rations dâaprĂšs ont voulu se dĂ©marquer de ça et faire autre chose.
Le hip-hop est profondĂ©ment liĂ© Ă la culture afro-amĂ©ricaine, et les blancs qui rappaient ont souvent Ă©tĂ© critiquĂ©s. Quâest-ce que tu rĂ©ponds aux gens qui ont encore ce discours ?
Le problĂšme blanc-noir est diffĂ©rent aux Ătats-Unis et en France. Chez nous aujourdâhui il y a quand mĂȘme un petit souci de reprĂ©sentativitĂ©, parce que les rappeurs blancs sont vachement mis en avant. Orelsan, Vald, Nekfeu, dĂšs quâils lĂąchent un truc, tout le monde trouve ça gĂ©nial. Câest les gendres idĂ©aux du rap. Je suis pas sĂ»r quâun jour, un noir sera considĂ©rĂ© comme un gendre idĂ©al.
Pourquoi ?
On nâa pas la mĂȘme maniĂšre de sâaffirmer en tant que noir aux Ătats-Unis quâen France. Si tu tâaffirmes en tant que noir en France, ça va gueuler. Aux Ătats-Unis, la musique afro-amĂ©ricaine est beaucoup plus explicitement sĂ©parĂ©e. La Motown, label musical noir pour des noirs a jouĂ© un rĂŽle important lĂ -dedans. Il y a mĂȘme des « Charts noirs », ce quâon nâa pas en France. Donc câest beaucoup plus normal de sâaffirmer comme musicien noir aux USA.
Musicalement, est-ce que la France a encore du retard sur les Etats-Unis comme on lâentend souvent ?
On dit toujours que la France a 10 ans de retard, câest complĂštement faux. Le hip-hop a une telle importance et il y a une telle soif de nouveautĂ© que ça va trĂšs vite. Si on Ă©coute les premiers Solaar et ce qui sortait en 1991 aux Ătats-Unis, il nây avait pas des diffĂ©rences Ă©normes.
LâarrivĂ©e de PNL dans le paysage musical français a marquĂ© un tournant. Quâest-ce que tu penses de ce duo ?
Il y a quand mĂȘme du fond chez PNL malgrĂ© ce que peuvent dire leurs dĂ©tracteurs. Rien que dans leurs clips, ils racontent quelque chose. Dans les annĂ©es 2000, on a eu une vague de singles dâartistes français qui ne voulaient rien dire. CâĂ©tait des chansons dâamour avec des meufs qui chantaient le refrain ou des Ă©go-trips, et ça ne dĂ©rangeait personne quâil nây ait pas de fond. Les personnes qui critiquent PNL, câest ceux qui Ă©coutaient ça Ă lâĂ©poque. PNL, ils sont dans un exercice de style diffĂ©rent. On est peut-ĂȘtre un peu moins dans la technique et plus dans de lâambiance.
Ces derniÚres années, le rap français a été dominé par la trap. Est-ce que ça va continuer longtemps ?
Le rap français est beaucoup plus variĂ© que ce quâon croit au niveau des prods. Mais aujourdâhui les gens font moins la diffĂ©rence entre les diffĂ©rentes instru. Vu que la MAO [musique assistĂ©e par ordinateur] a gommĂ© les imperfections, on reconnaĂźt peut ĂȘtre moins facilement les styles dâinstru. On rĂ©unit tout sous la trap alors quâil y a une grande diversitĂ©. Mais je ne pense pas quâil y ait une volontĂ© de retour en arriĂšre. Le rap aujourdâhui se tourne vers lâavenir.
Câest quoi tes artistes hip-hop du moment ?
JâĂ©coute pas mal de hip-hop anglais comme Sam Wise, et son morceau Lizzie. JâĂ©coute aussi le groupe House of Pharaohs qui est vraiment mortel, ou Slowthai. Câest tous des mecs de Londres, et jâadore la maniĂšre dont il rappent avec lâaccent anglais. Stormzy a changĂ© pas mal de choses, avec lui il y a eu un retour du grime. Dâautres artistes comme Kekra ont rendu hommage Ă lâAngleterre, et ça a amenĂ© un public vers les rappeurs anglais.
Et au niveau français et américain ?
Du cĂŽtĂ© amĂ©ricain : 21 savage, le dernier Migos. Et en France : Kekra, OâBoy dont lâalbum va bientĂŽt sortir. Un de mes groupes prĂ©fĂ©rĂ©s en France câest Triplego, avec des prod cloud, trĂšs vaporeuses. Ăa ne marche pas encore super fort pour eux, peut-ĂȘtre câest un peu trop vaporeux pour le public mais moi jâadore. JâespĂšre que leur prochain EP va marcher.
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« Je suis le plus samplé, le plus volé. Ce qui est à moi est à moi, et ce qui est à vous est à moi aussi », a déclaré James Brown, le 12 juin 2006, dans un entretien accordé au Rolling Stone Magazine.
En rĂ©fĂ©rence Ă Sample! Aux origines du son hip-hop, le livre du journaliste Brice Miclet, Hortense Volle propose une spĂ©ciale retraçant lâhistoire du hip-hop Ă travers le sample, de ses dĂ©buts dans les block party du Bronx des annĂ©es 70, Ă lâutilisation qui en est faite aujourdâhui par les rappeurs Future ou encore Kendrick Lamar.
Le journaliste musical dâorigine rennaise Brice Miclet a publiĂ© « Sample ! » (Ă©d. Le Mot et le Reste). Au travers de nombreux morceaux cultes (ou pas) et des anecdotes qui y sont associĂ©es, on dĂ©couvre, page aprĂšs page, une autre histoire du hip-hop, par le prisme du sampling. Entretien.
Comment définir le sampling ?
Le sampling, techniquement, câest le fait de reprendre, de dĂ©tourner une empreinte sonore pour faire un autre morceau. Ăa peut ĂȘtre une boucle assez longue, ou mĂȘme trĂšs courte. Il y a des variantes, comme le replay, qui consiste Ă faire rejouer en boucle, par des musiciens, un extrait quâon a Ă©chantillonnĂ© dâun autre morceau. LĂ on parle de sampling virtuel. Le scratch aussi, câest du sampling virtuel.
Comment a évolué le sampling au cours de son histoire ?
Le sampling naĂźt vraiment en 1984, avec le producteur Marley Marl. LâĂ©volution, par la suite, est liĂ©e Ă la technologie. Câest elle qui ouvre Ă dâautres maniĂšres de sampler. Le temps dâĂ©chantillonnage contenu dans les appareils utilisĂ©s par les producteurs augmente au fil des ans. Aujourdâhui, il est infini, grĂące Ă la MAO (musique assistĂ©e par ordinateur, NDLR).
Le nom de Marley Marl, moins connu que Kool Herc, Afrika Bambaataa ou Grandmaster Flash, revient beaucoup au dĂ©but du livreâŠ
Normal, câest le plus important. Les premiers DJ de hip-hop, Grandmaster Flash, Bambaataa, etc., ce sont les gars qui initient la culture hip-hop musicale, mais ce sont des DJ. Marley Marl, câest un excellent ingĂ© son. Câest le premier qui va Ă©chantillonner chaque Ă©lĂ©ment dâune batterie, qui va les rentrer dans une boĂźte Ă rythmes et qui va les rejouer comme il veut. Câest le point de dĂ©part, câest une rĂ©volution. Marley Marl a aussi une importance par la suite : il a eu un collectif, le Juice Crew, majeur en termes de ventes dans les annĂ©es 80 Ă New York. Il a fĂ©dĂ©rĂ© beaucoup dâartistes majeurs, il est devenu une lĂ©gende.
La dĂ©marche du livre, câest de raconter le sampling au travers dâexemples concrets : un morceau toutes les deux pages. Pourquoi ce choix ?
DĂ©jĂ , ça a Ă©tĂ© hyper difficile de choisir les morceaux. Jâai passĂ© des nuits Ă revoir la liste, Ă Ă©couter des sons, etc. Je voulais faire un panorama qui part de 1979 et qui va jusquâĂ aujourdâhui. Jâai essayĂ© dâĂ©quilibrer les pĂ©riodes, mais fatalement, il y a plus de morceaux des annĂ©es 90, car câest lâĂąge dâor du sample. Je voulais montrer que les artistes Ă©coutĂ©s par la jeune gĂ©nĂ©ration sâinscrivent dans une tradition musicale. Je voulais aussi montrer que le hip-hop avait samplĂ© de tout. Parmi les artistes samplĂ©s, on trouve des Russes, des Colombiens, des Kenyans, etc.
Lire lâintĂ©gralitĂ© de lâinterview sur le site du TĂ©lĂ©gramme
AprĂšs une nuit agitĂ©e, au Hangart, dans le cadre de la promotion de son premier livre Sample : aux origines du son hip-hop, câest dans un bar Ă Pigalle que je retrouve Brice Miclet. Auteur et journaliste pour Slate â et depuis peu Konbini â Brice nous a accordĂ© un entretien pour Ă©voquer son premier ouvrage paru aux Ă©ditions Le mot et le reste, le 18 janvier.
Pourquoi as-tu dĂ©cidĂ© dâĂ©crire sur ce sujet en particulier ?
Jâai toujours Ă©tĂ© fan de hip-hop, mĂȘme si ma curiositĂ© mâa portĂ©e vers une multitude de styles de musique dont le jazz, les musiques jamaĂŻcaines, ou encore le rock. Pour moi, le sampling fait un pont entre lâensemble de ces cultures et musiques-lĂ .
As-tu eu un Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur dans ta vie, oĂč un fait particulier qui tâa poussĂ© Ă Ă©crire ?
Disons que cela faisait deux ans que le projet Ă©tait dans les tuyaux et câĂ©tait corrĂ©lĂ© avec mon activitĂ© journalistique puisque jâĂ©cris un certain nombre de papiers sur la musique au sens large. En plus, il y avait trĂšs de peu de « littĂ©rature » sur le sampling en France, je me suis aussi dit quâil fallait donc se lancer et ouvrir une brĂšche. Surtout que nous sommes Ă un moment en France, et mĂȘme plus globalement en Europe, oĂč le hip-hop explose ! Puis surtout, il y a cette idĂ©e que le sampling nâest pas un vestige du passĂ©, mais que le son que lâon Ă©coute aujourdâhui est nourri de rĂ©fĂ©rences musicales passĂ©es, et quâil y a donc une dimension historique trĂšs forte.
Pourquoi avoir choisi la maison dâĂ©dition Le mot et le reste ?
Je connaissais dĂ©jĂ Le mot et le reste qui est une maison dâĂ©dition marseillaise, rĂ©putĂ©e pour propulser les jeunes pousses Ă©crivaines et qui Ă©dite gĂ©nĂ©ralement un gros volume dâouvrages sur la musique. Quâil sâagisse de musique dite « savante » ou des musiques plus actuelles. Ils sont trĂšs actifs, et sur une annĂ©e, ils ont Ă peu prĂšs sorti une quinzaine de bouquins â dont un livre sur lâanthologie du rap new-yorkais New York State Of Mind : une anthologie du rap new-yorkais â donc câĂ©tait assez spontanĂ© de collaborer avec eux vu leur positionnement !
Comment la maison dâĂ©dition a travaillĂ© avec toi sur le projet ?
On a dĂ©fini un cadre, il a fallu faire un certain nombre de recherches, lire des bios et surtout faire du tri. MĂȘme si Ă©videmment, le cĂŽtĂ© cool câest que tu ne fais quâĂ©couter de la musique les trois quarts du temps. Au dĂ©part jâavais fait une liste assez fournie qui comprenait notamment trois titres de Gang Starr, trois autres de Dr. Dre et quand tu as des pĂ©pites comme celles-ci, câest difficile de se rationner et dâaffiner ta sĂ©lection (âŠ) Or lĂ , il a fallu que je fasse cet exercice et que je me limite Ă un titre par artiste, et câĂ©tait en partie la difficultĂ©. Câest vrai que sur le coup je me suis dit « Attendez les gars, câest comme si vous me demandiez de faire une anthologie du jazz, avec un seul titre de Miles Davis, ça nâa pas de sens » (rires). Et finalement ça a Ă©tĂ© un mal pour un bien, car ça tâoblige Ă ouvrir ton scope et te diversifier ; et Ă porter ton dĂ©volu sur dâautres artistes que tu nâaurais pas nĂ©cessairement mis en avant.
Dans le cadre de ce projet dâĂ©criture, jâimagine que tu as rencontrĂ© des producteurs, si oui lesquels ?
Oui, jâai rencontrĂ© Sully Sefil, des gars de Rap Olympics. AprĂšs câest avant tout un long travail de recherches. Mais lĂ , oĂč il y avait une difficultĂ© aussi, câest que jâai choisi de me concentrer sur le rap amĂ©ricain et que bien souvent on te demande de la thune de maniĂšre assez implicite dĂšs que tu veux rentrer en contact avec des artistes US.
Y-a-t-il un second bouquin en gestation ?
DĂ©jĂ je vais me remettre du premier (rires) et attendre que la promotion soit passĂ©e ! Câest du boulot, ça a dĂ» me prendre un an et demi, en mây mettant Ă fond entre aoĂ»t et octobre. Dans lâidĂ©al, mon deuxiĂšme bouquin sera trĂšs certainement une biographie dâun rappeur (âŠ) je ne sais pas encore lequel. Peut-ĂȘtre un bouquin sur le sample dans le rap français, mais je pense que ça serait un peu un sujet de niche, et je ne suis pas sĂ»r quâil y ait une audience suffisamment large pour ça.
As-tu deux/trois artistes de hip-hop pour lesquels tu as une admiration particuliĂšre ?
Pff, il y en a plein. DerniĂšrement, jâai bien aimĂ© le dernier album de Grems (Sans titre #7), je suis fan aussi de Jay Prince.
Tes titres samplés phare ?
Jâaime beaucoup âMy Mind Playing Tricks On Meâ de Geto Boys et âHung Up On My Babyâ de Isaac Hayes dont je parle dans le bouquin. DerniĂšrement, celui qui me plaĂźt beaucoup, câest le titre samplĂ© de Billy Paul âHow Good Is Your Gameâ sur le titre âYAHâ de Kendrick Lamar, finalement il nây a que deux notes utilisĂ©es sur le titre original mais en plus lâeffet reverse fait un effet de ouf ! Il y a aussi âMamacitaâ de Travis Scott, oĂč câest le titre de Bobby Blandâs âIf Loving You Is Wrongâ qui est samplĂ©.
Un prochain concert de prévu ?
Kendrick évidemment !
Et sinon, les prochains projets ?
BientĂŽt le festival Hip Opsession Ă Nantes le 5 mars ! Ils organisent une table-ronde « parlons sampling » et je ferai Ă©galement la promotion de mon bouquin. Mais grosse pression, aussi parce quâil y aura Lord Funk. Il y a Gracy Hopkins, Infinit, bref la programmation est cool. Sinon, je suis jury dans le tremplin Bretagne de Buzz Booster, et ça fait 3 ans maintenant que je suis dans lâaventure. Câest une super expĂ©rience, et un bon tremplin pour les jeunes talents.
Pour en savoir plus sur le livre de Brice Miclet, on vous invite Ă lire notre article sur Sample ! Aux origines du son Hip-Hop.
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Depuis plus de quarante ans, le sample, cette technique consistant Ă prendre un Ă©chantillon dâune musique existante pour en crĂ©er une autre, inonde toutes les musiques modernes dâaujourdâhui, Alex nous en explique lâorigineâŠ
Ă moins de vĂ©gĂ©ter depuis des lustres sur une Ăźle dĂ©serte, impossible dâignorer lâimpact du sampling sur la musique moderne. Indissociable du hip-hop, cette technique de collage est analysĂ©e par le journaliste Brice Miclet, dans « Sample ! Aux origines du son hip-hop », sorti aux Ă©ditions Le mot et le reste.
Ce livre raconte comment des musiciens de la fin des annĂ©es 70, ont, en allant piller les musiques qui les entouraient, donnĂ© naissance au hip hop et redĂ©fini le principe de composition musicale (lâunitĂ© devenant le fragment et non plus la note), quitte Ă se frotter aux avocats et Ă provoquer de retentissants procĂšs.
Visionnez la chronique sur le site de France 2
Ă lâoccasion de la sortie de son premier livre âSample ! Aux origines du son hip-hopâ sorti chez Le Mot et le reste, nous avons rencontrĂ© Brice Miclet pour parler de lâutilisation du sample dans le hip-hop. Une interview fleuve autour de lâĂ©chantillonnage, parsemĂ©e dâanecdotes et de rĂ©fĂ©rences et Ă©ditĂ©e pour plus de clartĂ©.
Bonjour Brice. De la musique concrĂšte aux expĂ©rimentations dub de Lee Scratch Perry, de nombreux courants musicaux ont utilisĂ© lâĂ©chantillonnage Ă diffĂ©rentes Ă©poques⊠Est-ce que tu peux nous prĂ©senter comment tâes venu cette idĂ©e de rĂ©aliser un livre autour du sample, et plus particuliĂšrement focalisĂ© sur son utilisation dans la musique rap ?
DĂ©jĂ , câest un attrait personnel pour le rap, pour le hip-hop amĂ©ricain. Je me serai bien intĂ©ressĂ© Ă tout le sampling depuis ses dĂ©buts, jâai mĂȘme hĂ©sitĂ© Ă revenir Ă la notion de thĂšmes dans la musique. Mais il fallait vraiment cibler sur le hip-hop sinon jâallais perdre les gens. Il nây avait quasiment rien dâĂ©crit sur le sampling, y compris technologiquement, quelques Ă©tudes universitaires mais pas grand chose dâautre⊠Il y avait un creux. Au vu de ma passion pour le hip-hop et pour les autres styles de musique, câĂ©tait finalement assez logique de sâintĂ©resser au sampling, vraiment axĂ© hip-hop. Parler du rap amĂ©ricain câest parce que câest le berceau et mon goĂ»t personnel est plus orientĂ© vers le rap US. Les innovations technologiques et techniques liĂ©es au sampling ont Ă©tĂ© faites dans le rap amĂ©ricain principalement. Globalement, câest un choix assez arrĂȘtĂ©.
Tu listes dans ton livre un grand nombre de samples, allant des dĂ©buts du hip-hop jusquâĂ 2017. Comment sâest rĂ©alisĂ© cette sĂ©lection de samples, quels ont Ă©tĂ© tes critĂšres de choix ?
Tout dâabord, il y avait une volontĂ© de reprĂ©senter toutes les Ă©poques, de faire un panorama au niveau chronologique. Câest important de montrer quâil nây a pas que le âvieux hip-hopâ, le âgolden eraâ, qui ont samplĂ©, mais Ă©galement de montrer quâaujourdâhui le sample nâest pas mort.
Plein de choses sont entrĂ©es en jeu, notamment le fait de ne mettre quâun sample par artiste sampleur a Ă©tĂ© assez important. Câest un deal avec la maison dâĂ©ditions qui fait ça dans toutes leurs anthologies. Au dĂ©but, je me suis dit que ça allait ĂȘtre compliquĂ© et je me suis retrouvĂ© obligĂ© dâenlever des trucs trop bien, des Nas, plusieurs Dr Dre⊠Finalement câĂ©tait un mal pour un bien car je me suis retrouvĂ© Ă parler de choses dont je nâaurai sĂ»rement pas parlĂ©, des choses comme Jedi Mind Tricks, Pacewon & Mr. Green⊠Il fallait aussi trouver un Ă©quilibre dans les artistes samplĂ©s. Il fallait parler de la soul et du funk, de la musique noire amĂ©ricaine des annĂ©es 60/70 qui a Ă©tĂ© la base de la musique samplĂ©e. Il fallait aussi montrer le sample comme un truc qui touche vraiment Ă tout, trouver des samples qui venaient dâun peu partout, de tous les continents, de pays diffĂ©rents, de scĂšnes diffĂ©rentes, dâĂ©poques diffĂ©rentes. Câest une suite dâĂ©quilibres Ă trouver et câĂ©tait le plus long Ă faire durant la prĂ©paration du bouquin. En terme de rĂ©alisation, le livre mâa pris un an et demi dont environ un an et trois mois Ă me documenter sur le sujet, Ă faire des listes, des tableaux de samples par annĂ©e, Ă retirer des samples, Ă en ajouter, etc. Et ensuite dans le dernier rush, Ă©criture Ă fond durant trois mois.
Comment dĂ©finirais-tu un âbon sampleâ ? Quelles en seraient ses caractĂ©ristiques dâaprĂšs toi ?
Câest compliquĂ© comme question ! En fait, je nâai pas vraiment de rĂ©ponses car il y a plein de maniĂšres diffĂ©rentes de sampler. Je ne vois pas vraiment le sample comme un truc Ă part, comme une sous-discipline. Un bon sample câest ce qui donne un bon morceau tout simplement. AprĂšs il y a des samples que je trouve pourris : des samples ultra grillĂ©s, avec juste la boucle de deux mesures Ă la Puff Daddy. Câest moins intĂ©ressant. Jâaime plus les trucs Ă la Stones Throw que je trouve plus intĂ©ressant techniquement. Un bon sample câest juste un bon morceau de hip-hop avec un sample dedans. Un mauvais sample, câest juste un truc trop facile qui devient trop proche de la reprise.
Dans lâintroduction de ton livre, tu parles de la SP-1200 comme machine ayant jouĂ© un rĂŽle central dans le sampling : peux-tu nous en dire plus ?
Pour plusieurs raisons : tout dâabord elle est devenue abordable Ă un moment pour les gens. Un sampleur restait cher et pouvait coĂ»ter plusieurs milliers de dollars Ă une Ă©poque. Pas beaucoup de gens possĂ©daient le SP-1200 en 87/88. Mais quand mĂȘme, câest ce qui a permis de sampler facilement. Le son hip-hop a changĂ© tout de suite, de façon rapide. Il faudrait poser la question Ă des beatmakers qui seraient plus Ă mĂȘme de rĂ©pondre techniquement, mais il y a vraiment un grain de la SP-1200 qui a ensuite Ă©tĂ© reproduit dans dâautres sampleurs. Voila pourquoi cette machine a jouĂ© un rĂŽle clĂ©. Elle a Ă©galement un temps dâĂ©chantillonnage plus long que la SP-12 sortie avant. Cela a aussi permis de faire dâautres choses. Il y a des petites techniques qui sont expliquĂ©es dans le livre qui ont Ă©tĂ© utilisĂ©es par les producteurs pour apprivoiser un sample, notamment en enregistrant un sample accĂ©lĂ©rĂ© puis en le dĂ©pitchant dans le sampleur. Cela a façonnĂ© le son hip-hop et la maniĂšre de sampler.
De DJ Premier Ă Metro Boomin, le sampling semble ĂȘtre devenu un procĂ©dĂ© de crĂ©ation musicale relativement banal dans la musique aujourdâhui. Dans ton livre, tu Ă©voques cependant diffĂ©rentes techniques et Ă©volutions en fonction notamment des Ă©poques (merry go round, chopping, etc.)⊠Comment tâes-tu documentĂ© sur ces diffĂ©rentes techniques ? As-tu eu lâoccasion dâen discuter avec des producteurs ? Quâest-ce qui selon toi explique cette Ă©volution des techniques utilisĂ©es ?
Dâabord, je lis beaucoup de livres sur la musique. Câest aussi pour cela que jâavais envie dâĂ©crire ce livre. Pour moi tu ne peux pas Ă©crire un livre sur la musique sans lire les autres livres sur la musique, câest inconcevable. Il y a eu, entre autres, les bouquins dâAmir Said, The Art Of Sampling et surtout The BeatTips Manual qui sont un peu des bibles lĂ -dessus, trĂšs techniques. La rĂ©flexion est vraiment axĂ©e sur le processus crĂ©atif du beatmaking mĂȘme sâil ne raconte pas vraiment dâhistoires. AprĂšs, Internet et toutes les interviews vidĂ©os de producteurs quâil peut y avoir sur les sites de hip-hop amĂ©ricains, les vidĂ©os de Red Bull Music Academy que je trouve vraiment mortelles⊠Quand on sâintĂ©resse Ă la technique de production hip-hop, mĂȘme de musique Ă©lectronique, câest vraiment indispensable, qualitatif. Lâinterview de Marley Marl qui invente le sampling moderne, est une mine dâinformations, bourrĂ©e dâanecdotes. Des livres, des interviews dâartistes et puis jâai Ă©galement discutĂ© avec quelques producteurs : Coldcut, The Olympicks, Sully Sefil qui a produit pour NTM entre autresâŠ
AprĂšs, câest la technologie qui change la maniĂšre de sampler et le fait de sampler mĂšne aussi Ă de nouvelles technologies. Les entreprises ont commencĂ© Ă prendre conscience Ă ce qui se faisait dans le hip-hop et Ă adapter leurs produits Ă la musique qui Ă©tait produite Ă cette Ă©poque-lĂ . Le hip-hop est vraiment une musique qui est inscrite dans la technologie, câest une musique Ă©lectronique majoritairement. Donc oui, câest la technologie qui explique cette Ă©volution.
Retrouvez lâintĂ©gralitĂ© de lâinterview sur Swampdiggers
Juliette Arnaud chronique le livre de Brice Miclet en musique dans lâĂ©mission âPar Jupiter !â de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek.
Une chronique à réécouter sur le site de France Inter
Ă moins de vĂ©gĂ©ter depuis des lustres sur une Ăźle dĂ©serte, impossible dâignorer lâimpact du sampling sur la musique moderne. Indissociable du hip-hop, cette technique de collage est analysĂ©e par le journaliste Brice Miclet. ParticuliĂšrement Ă©clairante, lâintroduction puise aux fondements du genre avec DJ Kool Herc, inventeur du merry-go-round (merci James Brown) et plus gĂ©nĂ©ralement du breakbeat. LiĂ©es Ă lâapparition des boĂźtes Ă rythmes, les mĂ©thodes dâĂ©chantillonnage sont soigneusement dĂ©crites. Tout comme les diffĂ©rentes gĂ©nĂ©rations de samplers. Toutefois lâintĂ©rĂȘt principal du livre rĂ©side dans la sĂ©lection discographique, soit une centaine de morceaux rap et autant de samples. Lâauteur rappelle ainsi que le lĂ©gendaire « Planet Rock » dâAfrika Bambaataa ne repose pas sur un extrait littĂ©ral du « Trans-Europe Express » de Kraftwerk, mais bien sur une adaptation dâArthur Baker. Et pourquoi « Buffalo Gals » de Malcom McLaren reste un puzzle sonore tristement formatĂ©. Cas dâĂ©cole, « Funky Drummer » de papa James est Ă©voquĂ© par le biais de Public Enemy, grĂące aux travaux rĂ©volutionnaires de la Bomb Squad. Alors que lâimparable « Walk On The Wild Side » de Lou Reed renvoie A Tribe Called Quest Ă lâĂ©pineuse question du droit dâauteur⊠Si la scĂšne rap hexagonale occupe la portion congrue, les anecdotes sont souvent touchantes. Câest le cas de ce prĂ©lude de Chopin recyclĂ© maladroitement par NTM. Enfin la palme de la singularitĂ© est dĂ©cernĂ©e Ă Jedi Mind Tricks qui transpose la Nordiste Edita Piekha, compositrice mĂ©connue sous nos cieux mais Ă©gĂ©rie du bloc de lâEst. PrĂ©vert aurait adorĂ©âŠ
Télécharger le #46 de Starwax sur leur site
Dans son livre « Sample ! Aux origines du son hip-hop » aux superbes Ă©ditions Le mot et le reste, Brice Miclet explore lâhistoire du sample sous un nouveau jour. On ne sây intĂ©resse ici pas uniquement dâun point de vue purement judiciaire ni technique. Que nenni. Le journaliste musique Ă©voque cette tradition de collage Ă travers ses histoires, comme autant de contes urbains entre hip-hop, emcees, beatmakers et musiques du monde (entier). Alors, on lui a ouvert les guillemets.
LE sample â selon toi
Je dirais le sample de « All I Do Is Think Of You » des Jackson 5 par J Dilla sur « Time : The Donut Of The Heart ». Ăa nâest pas un choix hyper original, mais câest le parfait exemple dâun morceau soul qui me laisse complĂštement indiffĂ©rent, et qui samplĂ© sans pour autant ĂȘtre extrĂȘmement modifiĂ© (câest un sample bien grillĂ©, quand mĂȘme), devient un instrumental magnifique. Ăa fait plusieurs annĂ©es que jâĂ©coute ce titre au casque tous les matins ou presque.
Le choix de sample le moins malin
Je pense que les exemples sont nombreux, mais quâils se situent au sein des grands procĂšs de lâhistoire du sampling. Il y a des fois oĂč on se demande comment les mecs ont pu Ă ce point donner le bĂąton pour se faire battre. Quand DJ Quik sample la bande originale du film de Bollywood Jyoti pour en faire le titre « Addictive » de Truth Hurts, câest hallucinant quâil ne demande pas lâautorisation. Surtout quand on voit le budget mis sur lâalbum de Truth Hurts, ça allait quand mĂȘme avoir pas mal dâĂ©cho⊠Evidemment, il y a eu un procĂšs Ă©norme, et ça a coĂ»tĂ© Ă Truth Hurts sa carriĂšre. Pour le coup, ça, câest vraiment pas malin.
Le sample que tu as zappé
Il y en a une bonne centaine, mais puisquâil faut choisir, je dirais celui de « A Day In The Life » de Les DeMerle samplĂ© sur « Timeâs Up » de O.C.. Câest une boucle de basse trĂšs simple, mais hyper bien boostĂ©e, qui donne une ambiance trĂšs tĂ©nĂ©breuse au morceau. Je crois que je lâai enlevĂ© pour laisser la place à « 93 âTil Infinity » des Souls Of Mischief. Câest un mal pour un trĂšs bien.
Le sample que tu ajouterais Ă lâĂ©difice
Il y en a deux : lâintro de « Skylark » de ce chanteur gĂ©nial mais complĂštement oubliĂ© qui sâappelle Jackie Paris, et une autre intro, celle de « Am I A Good Man » de Them Two. Le titre de Them Two a dĂ©jĂ Ă©tĂ© samplĂ©, mais mal, je trouve. La descente de basse, les choeurs fous, les grands coups de cymbales⊠Yâa un truc Ă faire, clairement. Ah, et si quelquâun pouvait rĂ©ussir Ă sublimer mon morceau de soul prĂ©fĂ©rĂ©, « Iâve Learned It All The Hard Way » de Howard Tate, je lui paye une bouffe. Mais ça va ĂȘtre dur de me sĂ©duireâŠ
Le plus long chemin dâun original Ă un sample
Bonne question⊠Le problĂšme, câest quâil y a toujours un replay Ă un certain moment, câest-Ă -dire que le sample est rejouĂ© par des musiciens ou refait avec des sons gĂ©nĂ©rĂ©s en MAO. Pour moi, ça enlĂšve une Ă©tape. Par contre, des exemples oĂč un titre sample un titre qui sample dĂ©jĂ un autre titre, Ă trois Ă©tages, disons, il y a en a pleins⊠Jâaime beaucoup « In My Bed » dâAmy Winehouse qui sample « Made You Look » de Nas qui sample lui-mĂȘme « Apache » dâIncredible Bongo Band. Mais des exemples Ă quatre Ă©tages qui soient intĂ©ressants musicalement et sans replay, je nâen connais pas.
Lâartiste samplĂ© le plus riche du monde
Paul McCartney, vu quâil est lâartiste le plus riche au monde et quâil a Ă©tĂ© samplĂ©. AprĂšs, ceux qui sont vraiment devenus riches grĂące aux samples, ce sont souvent des compositeurs de musique de films ou de gĂ©nĂ©rique radio et tĂ©lĂ©. David Axelrod, Alan Hawkshaw, etc. Ils ont touchĂ© Ă©normĂ©ment de royalties grĂące au hip-hop.
Lâartiste qui a le plus samplĂ©
Pour rester dans des noms connus, et par le fait que sa productivité est gigantesque et que sa musique est basée sur le sampling, je dirais Madlib. Il a quatre tonnes de vinyles chez lui, ça lui fait pas mal de matiÚre premiÚre.
Le sample qui te donne envie dâĂ©trangler un lĂ©murien
Sans hĂ©siter, le sample de « Every Breath You Take » de The Police par Puff Daddy sur « Iâll Be Missing You ». Câest vraiment le type de morceau qui tue la magie du sampling. DĂ©jĂ , câest un morceau franchement naze, et en plus ça sample lâun des riff de guitare les plus connus de lâhistoire. En fait, câest juste une mauvaise reprise. Biggie ne mĂ©ritait pas ça (la chanson est en son hommage).
Le type de musique qui nâa pas Ă©tĂ© samplĂ©
Câest plutĂŽt quâĂ ma connaissance, il nây a pas de style de musique qui nâa pas Ă©tĂ© samplĂ© au moins une fois. Aujourdâhui les diggers sont absolument partout, tous les pays ont Ă©tĂ© visitĂ©s⊠Je suis cependant assez surpris de voir le peu de samples cubains parmi les grands albums de lâhistoire du hip-hop. Quand on sait quel vivier de dingue reprĂ©sente la musique enregistrĂ©e de ce pays, câest assez surprenantâŠ
Allez vous procurer le bouquin, vous aurez lâair moins con en soirĂ©e gangsta rap â Cognac. Ăa peut aider.
Lisez la chronique chez Sourdoreille
Brice Miclet et lâinvitĂ© dâĂmilie Blon-Metzinger et Luc Frelon pour Sous les Jupes de Fip, accompagnĂ© par le groupe pychĂ© rock dâIstanbul Altın GĂŒn en session live et le chanteur-guitariste de Glasgow Gareth Dickson.
Réécouter lâĂ©mission en podcast sur le site de FIP
Brice Miclet se prĂȘte au jeu du Track ID Ă lâoccasion de la sortie du livre. Une vidĂ©o Ă revoir sur le site de Konbini.
Ă lire : Sample !, le premier grand livre Ă la gloire du sampling dans le hip-hop.
Disponible depuis le 18 janvier, Sample ! Aux origines du son hip-hop, le premier livre du journaliste musical Brice Miclet, retrace quarante ans dâhistoire du sampling.
La littĂ©rature musicale est aujourdâhui si volumineuse quâil est difficile de ne pas trouver son bonheur en librairie, y compris sur des sujets pointus ou trĂšs spĂ©cialisĂ©s. Il en est pourtant un, trĂšs important dans lâhistoire du quatriĂšme art, qui nâavait jusquâalors jamais Ă©tĂ© traitĂ©.
Composante essentielle de la musique Ă©lectronique et essence mĂȘme du hip-hop, le sampling â lâĂ©chantillonnage qui consiste Ă reprendre des morceaux existants pour en crĂ©er de nouveaux â, est bel et bien absent du flot dâouvrages spĂ©cialisĂ©s en la matiĂšre.
Constatant cela, Brice Miclet, journaliste passionné par le hip-hop, a pris le problÚme à bras-le-corps en écrivant un ouvrage des plus complets : Sample ! Aux origines du son hip-hop (éditions Le mot et le reste).
Paru aux Ă©ditions Le mot et le reste, cet ouvrage de 256 pages commence par une savante leçon dâhistoire Ă©numĂ©rant tous les types de samples, les techniques de sampling et les innovations technologiques qui se sont dĂ©veloppĂ©es jusquâĂ aujourdâhui.
Des Ă©volutions cycliques faites de hauts et de bas, toujours remises dans leurs contextes politique, social et culturel. Si lâart du sampling ne fut dâabord maĂźtrisĂ© que par une poignĂ©e de DJ, il sâest rapidement transmis jusquâĂ arriver Ă la portĂ©e de nombreux artistes un tant soit peu diggers, faisant du hip-hop une musique Ă la richesse infinie.
Mais le sampling a aussi son lot de sombres histoires, faites de procĂšs retentissants, particuliĂšrement lors de lâĂ©mergence du mouvement dans les annĂ©es 1970-1980. En effet, la pratique a beau avoir donnĂ© certaines des plus belles pĂ©pites du genre, elle nâen reste pas moins un vol, une spoliation Ă©goĂŻste des empreintes sonores issues du travail des instrumentistes. Un âvol bienveillantâ, comme aime le qualifier Brice Miclet â mais un vol quand mĂȘme, si bien que les batailles judiciaires pour violation de droits dâauteur ne manquent pas.
Lâhistoire du sampling en 100 morceaux
Une fois le dĂ©cor plantĂ©, lâauteur nous embarque au cĆur de son travail : un voyage en cent Ă©tapes dont chaque escale se concentre sur un titre samplĂ©, Ă travers son histoire et de multiples anecdotes. Mais choisir 100 morceaux sur une pĂ©riode longue de quarante ans nâest pas une mince affaire, au vu des innombrables classiques que nous a offerts le hip-hop.
Pour pallier ce problĂšme, Brice Miclet sâest donc montrĂ© ingĂ©nieux en choisissant de nâaborder quâun sample par artiste. âSinon on a vite fait de prendre 50 sons de Dr. Dre et 50 de DJ Premierâ, sâamuse-t-il. Reste, une fois encore, Ă faire des choix pertinents.
âComme toute liste, câest trĂšs subjectif, mais jâai voulu dĂ©passer mes affinitĂ©s. Jâai donc tentĂ© de trouver un Ă©quilibre entre les pĂ©riodes. Mais ce qui a fait la diffĂ©rence dans mes choix, ce sont surtout les anecdotes Ă raconter autour du sample en question.
Dans ma dĂ©marche, jâai voulu aller bien au-delĂ dâun simple intĂ©rĂȘt musical et aller au fond des choses â câest forcĂ©ment plus intĂ©ressant.â
Ainsi, du premier morceau de rap officiellement reconnu, âRapperâs Delightâ du Sugarhill Gang, Ă âYahâ de Kendrick Lamar, en passant par âWhatâs The Differenceâ de Dr. Dre (qui sample ce bon vieux Charles Aznavour), âCalifornia Loveâ de 2Pac, âHard Knock Lifeâ de Jay Z ou encore âMask Offâ de Future, ce sont donc 100 morceaux de rap amĂ©ricain et français, plus ou moins cĂ©lĂšbres, qui sont dĂ©cortiquĂ©s.
Sample ! Aux origines du son hip-hop est le bouquin idĂ©al pour parfaire sa connaissance du hip-hop. Pour les mĂ©lomanes simplement curieux, il est aussi un excellent moyen de revisiter certains classiques (et dâen dĂ©couvrir des nouveaux).
Pourquoi personne nây avait pensĂ© plus tĂŽt ? Câest la question que lâon se pose en dĂ©couvrant ces 100 histoires des samples les plus cĂ©lĂšbres, ou les plus Ă©tonnants, de la culture hip-hop. Un livre Ă©rudit Ă glisser entre toutes les mains.
Si lâhistoire du hip-hop ne se lasse point dâĂȘtre contĂ©e, Ă grand renfort de beaux livres, de recueils dâimages, dâautobiographies, de BD ou de sĂ©ries tĂ©lĂ©, restait un pan essentiel qui nâavait jusquâici Ă©tĂ© explorĂ© : la culture du sampling. Des sites dĂ©diĂ©s, comme lâincontournable Whosampled, se proposent bien de cataloguer les innombrables ramifications que cette technique de production a engendrĂ©es. Mais aucune publication sĂ©rieuse ne sâĂ©tait proposĂ© dâen raconter les histoires, souvent dĂ©licieuses, qui se tapissent dans lâombre de certains de ses plus cĂ©lĂšbres emprunts. Le livre Sample ! Aux origines du son hip-hop, tout juste paru chez les Ă©ditions Le mot et le reste et Ă©crit par Brice Miclet. Journaliste spĂ©cialiste de la musique pour diverses publications, dont Trax, rĂ©pare enfin cet impair. En brisant quelques idĂ©es reçues au passage.
Le pionnier Afrika Bambaataa reprenant, sur le sĂ©minal Planet Rock, un sample du Trans-Europe Express des Kraftwerk ? Que nenni. Et ce, mĂȘme si le New-Yorkais a ensuite perdu son procĂšs (et beaucoup dâargent) face aux robots de DĂŒsseldorf. En remontant le fil de lâhistoire â « câĂ©tait un gros boulot de recherches pour ce morceau »â, Brice Miclet pointe un usage mĂ©connu et pourtant rĂ©pandu du hip-hop â par commoditĂ© ou pour sâĂ©viter des ennuis judiciaires : celle de rejouer, avec les mĂȘmes machines (ici le Fairlight CMI) ou les mĂȘmes instruments, en studio, les passages dĂ©sirĂ©s par le producteur hip-hop. Ce quâil appelle le replay. Ainsi, et contrairement aux idĂ©es reçues, Dr. Dre nâa en fait jamais samplĂ© Woman to Woman de Joe Cocker pour le mythique California Love de Tupac : « Dr. Dre a fait rejouer les pianos et les cuivres de lâoriginal », explique lâauteur.
Mais au-delĂ des anecdotes, souvent croustillantes, relevĂ©es au long des 100 chapitres du livre, et du dĂ©tail de lâusage inventif, par le hip-hop, des machines â le cĂ©lĂšbre grain « sale » du son du Wu-Tang Clan vient en fait dâune contrainte technique â, Sample ! est avant tout une plongĂ©e dans le vaste spectre des musiques de la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle. Chaque Ă©chantillon est inscrit dans son contexte de production ou dâemprunt, et lâon recroise avec plaisir les figures essentielles ou mĂ©connues des musiques contemporaines, parfois trĂšs Ă©loignĂ©es du hip-hop, mais que les producteurs du genre nâont cessĂ© de convoquer. Avec force de rĂ©fĂ©rences, on se passionne ainsi pour la reprise du cĂ©lĂšbre sample de batterie Amen Break du groupe The Winstons (1969) par N.W.A, la base de la jungle/ drumânâbass. On sâamuse en dĂ©couvrant que la moitiĂ© des Daft Punk, Thomas Bangalter, a vu son Extra Dry (RoulĂ©, 1998) samplĂ© par Jay Dilla et Slum Village â pour le morceau Raise It Up. Et on lit avec attention lâhistoire des emprunts des fondateurs de Ninja Tune, Coldcut, de lâicĂŽne du grime Dizzee Rascal ou des prouesses Ă©lectroniques de Timbaland pour Missy Elliott.
Principalement focalisĂ© sur les productions amĂ©ricaines â « ce livre met en avant des innovations, des histoires, et des techniques inĂ©dites du sampling ; et les AmĂ©ricains ont inventĂ© beaucoup de choses » â certains architectes français du son, deuxiĂšme terre du rap, sont toutefois prĂ©sents. Ă commencer par Philippe Zdar, moitiĂ© de Cassius, pour son travail sur lâinstru Qui sĂšme le vent rĂ©colte le tempo de MC Solaar, ou de lâinĂ©vitable DJ Mehdi, qui a tant contribuĂ© au succĂšs du 113 â ici pour Tonton du Bled. PubliĂ© mi-janvier, extrait de la profusion des livres sur la musique parus avant la pĂ©riode des fĂȘtes, Sample ! peut tabler sur un bel Ă©cho mĂ©diatique, et, de fait, une meilleure exposition pour les lecteurs.
Câest tout le mal que lâon souhaite Ă cet ouvrage dĂ©jĂ essentiel pour tout amateur de hip-hop, et plus loin, de musique en gĂ©nĂ©ral.
Un chaos aux racines du sample avec Brice Miclet, auteur de Sample, Aux Origines du Son Hip-hop au Mot & le Reste (lancement au bar le Hangar Ă Paris le 1er fĂ©vrier), et Puzupuzu, producteur Ă©lectro et fin connaisseur de boucles, Ă dĂ©couvrir aux auditions Ă©lectro dâIle de France des Inouis du Printemps de Bourges jeudi 1er fĂ©vrier au Trabendo.
Réécouter lâĂ©mission sur le site de Radio NĂ©o
David Blot et Sophie Marchand accueillent Brice Miclet dans le Nova Club pour parler de son dernier ouvrage.
Une émission à réécouter sur le site de Nova
Des sites comme WhoSampled permettent une âexploration de lâADN de la musiqueâ et dĂ©voilent les secrets parfois bien gardĂ©s des tubes de rap, mais ils nâont pas lâĂ©rudition et la pĂ©dagogie de Brice Miclet qui, avec son ouvrage Sample! (Ă©ditĂ© par Le mot et le reste) sâaventure âaux origines du son hip-hopâ, genre se nourrissant de breakbeats, notes de cuivres et autres extraits volĂ©s Ă des artistes plus ou moins cĂ©lĂšbres. Selon le journaliste, âce qui a construit le genre, câest sa capacitĂ© Ă absorber, par des procĂ©dĂ©s artistiques, techniques et technologiques, les autres styles musicaux, via le sampling.â Parmi les cent focus, il est bien sĂ»r question de âlâart du mariage entre les Ă©chantillonsâ de DJ Shadow, Q-Tip empruntant la ligne de basse Ă Lou Reed (qui empochera les bĂ©nĂ©fices de Can I kick it), de Missy Elliott piochant dans Heart of Glass de Blondie ou Whatâs The Difference de Dr Dre faisant les poches de Charles Aznavour (Parce que tu crois)⊠Aujourdâhui, le sample nâa plus trop le vent en poupe, la âfauteâ Ă lâarmĂ©e dâavocats entourant les musiciens ? âIl nâest pas mort, il est seulement devenu une corde de plus Ă lâarc de nombreux jeunes producteurs Ă©mergentsâ. Sampleur et sans reproches !
Sorti le 18 janvier aux Ă©ditions Le mot et le reste, Sample ! Aux origines du son hip-hop retrace les quarante ans du sample Ă travers un livre initiatique. En plus dâun propos historique, Brice Miclet dissĂšque les plus gros samples qui ont fait le succĂšs du genre hip-hop, sur la base dâune centaine de fiches descriptives.
Redonner au sample ses lettres de noblesse
âSampling est juste un mot plus long pour dire vol. Celui qui affirme honnĂȘtement que le sampling est une forme de crĂ©ativitĂ© nâa jamais fait quoi que ce soit de crĂ©atifâ. Cette phrase assassine qui tente de mettre Ă mal lâessence mĂȘme du sample a Ă©tĂ© prononcĂ©e lors dâune procĂ©dure de justice opposant De La Soul, et son brillant producteur Prince Paul, aux membres du groupe The Turtles. Ă lâorigine de lâaffaire, The Turtles accusait le groupe new-yorkais, en la personne de son cĂ©lĂšbre producteur, dâavoir samplĂ© illĂ©galement le titre « You Showed Me » pour rĂ©aliser « Transmitting Live fom Mars » extrait de lâalbum 3 Feet High & Rising. Au total The Turtles avait exigĂ© 2,5 millions de dollars de dommages et intĂ©rĂȘts auprĂšs de la justice amĂ©ricaine.
En apparence cette simple anecdote narrĂ©e dans Sample : aux origines du son hip-hop est Ă©difiante et suffit Ă re-contextualiser lâenvironnement plutĂŽt hostile dans lequel le sample a dĂ» jouer des coudes Ă une Ă©poque oĂč lâenjeu Ă©tait de sâimposer comme lĂ©gitime et crĂ©atif ; lĂ oĂč les principaux dĂ©tracteurs du genre ne voyaient dans lâaction de sampler quâune pure et simple violation des ayant-droit et une nĂ©gation de la crĂ©ativitĂ© musicale.
LâĂ©volution du sampling au rythme des machines
Ce cas â prĂ©cisĂ©ment un cas dâĂ©cole Ă la fin des annĂ©es 80 / dĂ©but des annĂ©es 90 â donne une idĂ©e de lâaccueil rĂ©servĂ© au sample Ă lâaube des Nineties. Comme le dĂ©crit Brice Miclet dans son livre, aprĂšs avoir Ă©tĂ© savamment explorĂ© et organisĂ© autour de techniques distinctes, le sampling a fait des Ă©mules, et a su se trouver des ambassadeurs de premier plan ; Ă commencer par son « presque » thĂ©oricien Marley Marl Ă travers le titre « The Symphony ». Dans la genĂšse du hip-hop, les rĂ©fĂ©rences en matiĂšre de sample ne manquent pas, des plus lointaines comme sur le titre « Rapperâs Delight » par Sugarhill Gang sample de « Good Times » de Chic, aux plus proches de nous, Ă lâimage du titre « Mask Off » de Future sample de « Prison Song » de Tommy Butler feat. Carlton Williams.
Tel que le prĂ©sente lâauteur, le sample a traversĂ© ces trente derniĂšres annĂ©es en trĂ©buchant et se relevant. Ă la maniĂšre dâun Ă©quilibriste, tatĂŽnnant encore et toujours, faisant face Ă la dĂ©fiance des artistes samplĂ©s et Ă un arsenal juridique de plus en plus contraignant ; Ă commencer par lâapplication du Fair Use Act et la dĂ©mocratisation des systĂšmes de clearance, astreignant les deejays Ă reverser des royalties aux artistes samplĂ©s. Ă tel point que certains hits absolument âbankablesâ se sont parfois retrouvĂ©s nâĂȘtre gĂ©nĂ©rateurs dâaucun profit, Ă lâimage de lâexcellent « Can I Kick It » sample de « Walk On The Wild Side » et pour lequel la maison de disque Jive a Ă©tĂ© contrainte dâarroser Lou Reed de royalties.
De cette chasse au sampler, lâindustrie musicale fait grise mine et se retrouve la victime collatĂ©rale dâun genre qui nâest plus rentable, du fait dâune explosion de bataillons de contentieux. Face Ă cela, les deejays, nâont eu dâautres moyens que de sâadapter et dâuser de subterfuges par le biais de multiples techniques, tels que le chopping notamment pour pouvoir rĂ©utiliser, tout en dĂ©construisant, les morceaux initiaux.
Savant mélange de références musicales
Dans Sample : aux origines du son hip-hop, la premiĂšre partie porte donc un coup de projecteur sur les typologies de sample, les techniques et Ă©volutions technologiques qui ont permis de dĂ©mocratiser ce procĂ©dĂ© et dâen faire lâADN du hip-hop, accessible Ă de nombreux artistes. En parallĂšle dâune chronologie dĂ©cortiquĂ©e au travers de prismes multiples, Ă la fois politique, culturel et social, le livre offre un voyage initiatique et invite Ă dĂ©couvrir des titres samplĂ©s, associant des anecdotes Ă chacun des morceaux et leurs auteurs, brossant Ă©galement les influences des artistes et analysant Ă©galement les techniques, instruments mobilisĂ©s. Aussi, en plus de ce retour en arriĂšre, Brice Miclet nourrit ainsi le lecteur dâune foultitude de rĂ©fĂ©rences musicales au sens large, bĂątissant des ponts entre titres disco, soul et hip-hop et dĂ©montrant que le hip-hop par le biais du sample regorge de pĂ©pites musicales qui ont pour la plupart, une histoire et un sens.
Finalement, lâouvrage est un parfait prĂ©texte pour revisiter les plus grands classiques du genre hip-hop, et peaufiner vos playlists Ă souhait. Sans tomber dans une analyse superficielle, cette rĂ©trospective est une parfaite occasion de creuser davantage ce quâil se cache derriĂšre les plus gros cartons de ces trente derniĂšres annĂ©es. La rĂ©daction recommande !
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Ă lâoccasion de la parution de lâouvrage Sample ! Aux origines du son hip-hop de Brice Miclet (Ă©ditions Le Mot et Le Reste), Rebecca Manzoni se penche sur les samples : des Ă©chantillons de musique prĂ©-existants, piochĂ©s Ă droite et Ă gauche et rĂ©utilisĂ©s dans des nouveaux morceaux.
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Dans un nouveau livre, Brice Miclet dresse une liste de 100 samples ayant marquĂ© le hip-hop des annĂ©es 1970 Ă nos jours. On lui a demandĂ© dâen choisir 5 et de les commenter pour nous.
Quâest-ce qui nous fait aimer la musique ? Les notes dâun morceau, lâhistoire qui se cache derriĂšre, les souvenirs personnels quâil nous Ă©voque, la performance technique quâil Ă©tale ? SĂ»rement un peu tout ça. Le hip-hop, comme tout autre genre de musique, traine avec lui ces composantes, qui en font lâun des plus Ă©coutĂ©s au monde. Il est aussi un brassage presque inĂ©dit de toutes les autres musiques. Un style qui a su sâapproprier au fil du temps, sans peur, sans honte, des rythmiques et des sons venus dâailleurs. Le hip-hop, câest dâabord une incessante exploration musicale qui joue depuis sa naissance sur un prisme, un Ă©lĂ©ment incontournable : le sample.
Le sample, câest cet Ă©chantillon musical rĂ©cupĂ©rĂ© ailleurs, dans la chanson dâun autre, le beat dâun autre. Câest cette pincĂ©e dâinconnu ou de souvenir qui nous fait dire : « Ah, mais, câest pas un sample de [insĂ©rer nom dâartiste peu connu quâon ressort pour se faire mousser] ? », qui nous fait nous creuser le crĂąne en soirĂ©e pour en trouver lâorigine. Câest ce qui fait le sel de, pelle-mĂȘle, « Can I Kick It? » de Tribe Called Quest, « C.R.E.A.M » du Wu-Tang, « California Love », de Tupac, « Work It » de Missy Elliot, « Iâll Be Missing You » de Puff Daddy, « My Name Is⊠» dâEminem ou « Tonton du Bled » de 113 !
Dans son nouveau livre, Sample !, Brice Miclet, journaliste musical, retrace lâhistoire du hip-hop en racontant le sample â de ses dĂ©buts dans les block parties du Bronx dans les annĂ©es 1970 Ă lâutilisation qui en est faite aujourdâhui par Gucci Mane ou Kendrick Lamar. Il y dĂ©crit la genĂšse, la dĂ©mocratisation, lâaffirmation commerciale, les rĂ©volutions technologiques, les dĂ©mĂȘlĂ©s judiciaires imparables et, finalement, comment le sample a Ă©tĂ©, et est encore, une composante incontournable du hip-hop. En choisissant 100 samples, pour lâĂ©crasante majoritĂ© issus du rĂ©pertoire amĂ©ricain, de toutes les Ă©poques, Brice Miclet dresse le portrait dâun mouvement nĂ© dans la rue, raconte comment les musiciens pionniers du rap sont allĂ©s piller les rĂ©pertoires alentours pour crĂ©er lâun des courants musicaux les plus importants de notre Ă©poque. On lui a posĂ© quelques questions, et demandĂ© de choisir cinq samples Ă commenter parmi sa liste.
Quel est ton rapport personnel, ton rapport dâauditeur au hip-hop ?
Jâai commencĂ© Ă en Ă©couter Ă 9 ans, environ. Jâai dĂ©couvert ça avec les NegâMarrons, mais je me suis orientĂ© vers le rap amĂ©ricain rapidement. Jâai tout de suite plus Ă©tĂ© West Coast, mĂȘme si Ă 13 ans, avec Nas, jâai eu mon dĂ©clic East Coast. Pour ce qui est du sample : je fais de la musique, jâai une formation musicale, donc je me suis toujours intĂ©ressĂ© Ă dâautres sortes de musique. Le rock dâabord, puis le jazz, les musiques jamaĂŻcaines, etc. Et le lien entre tout ça, entre ma passion pour le hip-hop et les autres musiques auxquelles je mâouvrais, câest le sample.
Câest un vaste sujet. Comment lâas-tu dĂ©limitĂ© ?
Jâavais dĂ©jĂ une dĂ©cision un peu arrĂȘtĂ©e : me concentrer sur le hip-hop amĂ©ricain. Câest un choix vraiment subjectif, mais je considĂšre que le hip-hop amĂ©ricain a beaucoup plus innovĂ© au niveau technique et technologique que le hip-hop français Ă ce niveau-lĂ . Et puis mĂȘme avant ça, je me suis limitĂ© au hip-hop. Jâaurais trĂšs bien pu mâouvrir aux musiques Ă©lectroniques. Pour la liste, on avait dĂ©cidĂ© avec la maison dâĂ©dition de prendre un seul sample par artiste. Ăa ouvre vachement, tu ne te retrouves pas avec 5 fois le mĂȘme artiste. AprĂšs, il fallait aussi reprĂ©senter les diffĂ©rentes Ă©poques, je voulais avoir un cheminement. Le premier sample date de 1979, le dernier de 2017. Il fallait retracer les Ă©poques, les diffĂ©rentes scĂšnes : le Juice Crew de Marley Marl, les dĂ©buts du G-Funk, la scĂšne alternative avec MF Doom, et montrer que le sample nâest pas mort, donc mettre un paquet de sample des annĂ©es 2000-2010. Et puis aller aussi trouver des artistes samplĂ©s de derriĂšre les fagots. Des samples colombiens, algĂ©riens, indiens, russes, français⊠Faire un panorama.
On retrouve quand mĂȘme quelques morceaux français dans le bouquin : Mc Solaar, NTM⊠Pourquoi ces quelques-uns ont rĂ©ussi Ă passer la douane ?
Parce que le bouquin sâadresse Ă un public français, et ça me paraissait dommage de pas montrer ce que certains producteurs avaient fait. Jâai pris volontairement des samples dâartistes trĂšs connus. Je sais que le rap français explose aujourdâhui, donc câest bien de montrer Ă ce public-lĂ , qui peut ĂȘtre jeune, que le rap français aussi fait partie de lâhistoire du sample hip-hop.
Le sampling est une technique assez largement connue, mais en lisant ton livre on se rend compte quâil y a quand mĂȘme beaucoup de spĂ©cificitĂ©s techniques et historiques. Est-ce que toi, avec tes connaissances dĂ©jĂ Ă©tablies, tu as eu des surprises en Ă©crivant ce bouquin ?
Oui. Jâai dĂ©jĂ dĂ©couvert beaucoup de sons. Je suis allĂ© chercher des morceaux planquĂ©s, des vieilles perles soul. Mais ce qui mâa vachement surpris, câest le nombre de replays : des sons qui sont Ă©chantillonnĂ©s mais, qui au lieu dâĂȘtre bouclĂ©s avec des machines, sont rĂ©jouĂ©s par les musiciens. Câest ce qui se faisait dans le hip-hop du dĂ©but des annĂ©es 1980, ce que faisait Sugarhill Gang, notamment. Jâai Ă©tĂ© assez surpris de voir quâil y en avait encore pas mal dans les annĂ©es 1990. Dr. Dre lâa beaucoup fait, par exemple. Un des intĂ©rĂȘts et une des difficultĂ©s de ce livre, câĂ©tait de dĂ©celer ce qui Ă©tait du replay et ce qui ne lâĂ©tait pas. Ce nâest pas toujours facile. Le replay, je ne considĂšre presque plus ça comme du sampling, parce quâon nâextrait pas lâempreinte sonore du morceau prĂ©existant, mais on rejoue.
En parcourant la liste, Ă part quelques exceptions, les samples vont gĂ©nĂ©ralement puiser dans les dĂ©cennies 1960-1970. Comment expliquer quâau fil du temps, ces dĂ©cennies restent dĂ©cisives dans les choix de samples ?
Quand le hip-hop est nĂ© dans la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es 1970, les DJ comme Kool Herc, Bambataa ou Grandmaster Flash passaient des disques relativement rĂ©cents. Les gens Ă©coutaient la musique de leur Ă©poque. Quand le hip-hop a commencĂ© Ă se former, il sâest formĂ© Ă partir de ces musiques-lĂ . Les DJ samplaient des sons de lâannĂ©e mĂȘme, ou 2, 3 ans avant. Câest simplement le reflet de lâĂ©poque Ă laquelle le hip-hop est nĂ©. Ăa a façonnĂ© le son hip-hop, tout le reste sâest construit autour de ce sons des annĂ©es 1970. Ă partir de la fin des annĂ©es 1980, le hip-hop a commencĂ© Ă sâouvrir Ă plein dâautres musiques. Aujourdâhui, le hip-hop sample des choses qui lui sont vachement contemporaines. En 2012, Kendrick Lamar va sampler un morceau de 2009. Mais oui, tout part de ces annĂ©es-lĂ . Elles sont fondatrices.
Justement, tu parles de la fin des annĂ©es 1980, du hip-hop qui sâouvre Ă dâautres genres. Ton premier choix câest « Rhymin & Stealin » des Beastie Boys (1986), un sample rock. Pourquoi ce morceau ?
Parce que câest un des premiers sur lequel jâai Ă©crit, dĂ©jĂ , et surtout parce que câest le premier morceau de leur album License to Ill, un album mythique du hip-hop. Le premier album hip-hop Ă sâĂȘtre hissĂ© tout en haut des charts US gĂ©nĂ©rales. Il sâouvre sur la batterie de « When The Levee Breaks » de Led Zeppelin, un riff rythmique, rock, mythique. Ce dĂ©but dâalbum montre que le hip-hop peut sampler beaucoup de choses, pas seulement la soul, mais aussi les classiques rock. Et puis câest aussi rĂ©vĂ©lateur du son Def Jam. Câest un titre important. Ce sample a Ă©tĂ© vachement utilisĂ© par la suite, notamment par Cold Cut, avec « More Beats & Pieces », que jâaborde aussi dans le bouquin, ou pour « Kim » dâEminem, basĂ© sur la mĂȘme batterie ultra-lourde, assez lente.
Ton deuxiĂšme choix câest « Alone Again » de Biz Markie (1991), qui fait office de sample jurisprudence.
Ouais, ça fait partie des samples jurisprudence, mais celui-ci est vraiment trĂšs important. Câest le moment oĂč la lĂ©gislation sur le sample change. En 1991, Biz Markie sample un titre de Gilbert OâSullivan, « Alone Again (Naturally) ». Mais Biz Markie câest un rappeur un peu loufoque : il dĂ©tourne le morceau, prend la boucle du couplet sans en changer le tempo ni la tonalitĂ©. Il en fait un truc comique, et Gilbert OâSUllivan nâaime pas du tout, pour lui câest un manque de respect pour sa musique, en plus il nâa pas donnĂ© lâautorisation. Il porte plainte, Biz Markie perd, et le juge fait jurisprudence, dit quâĂ partir de maintenant il faut lâautorisation des artistes samplĂ©s pour les sampler. Câest le dĂ©but des gros deals entre maisons de disques, des artistes samplĂ©s qui commencent Ă rĂ©clamer un paquet de royalties. Câest un peu schĂ©matisĂ©, parce quâil y a eu plusieurs procĂšs qui vont amener Ă cette lĂ©gislation. Mais celui-ci est le plus symbolique. Ce qui est rigolo câest que câest pour un morceau un peu nul de Biz Markie. Clairement pas son meilleur, en tout cas. Le jeu nâen valait pas la chandelle, quoi. Il marque en tout cas la fin de lâimpunitĂ© dans le sample hip-hop.
Quâest-ce que ça induit, artistiquement ? Moins de libertĂ©, de crĂ©ativitĂ© ?
Câest surtout que ça commence Ă coĂ»ter cher, de sampler. On dit souvent quâensuite il y a eu moins de samples dans le hip-hop, mais câest assez faux. Le hip-hop Ă ce moment-lĂ a commencĂ© Ă devenir trĂšs lucratif, donc les maisons de disques pouvaient allonger les biftons pour payer les artistes samplĂ©s. Je ne sais pas si ça a changĂ© grand-chose sur le son hip-hop, je ne pense pas personnellement. Ăa a simplement changĂ© la maniĂšre de fonctionner.
Câest marrant aussi que ce soit ce mec-lĂ , OâSullivan, qui lance la fronde. Avant lui, le rap nâĂ©tait pas assez populaire pour que les artistes samplĂ©s viennent se plaindre ?
Il y en a qui se sont plaint avant, quand mĂȘme. Les grands spĂ©cialistes câĂ©tait Kraftwerk, qui enchaĂźnaient procĂšs sur procĂšs. Afrikaa Bambataa a perdu contre eux. Mais oui, malgrĂ© Run-DMC, les Beasties Boys, LL Cool J, toute lâĂ©cole Def Jam, qui avaient dĂ©jĂ fait du chemin, globalement, le mouvement nâĂ©tait pas encore Ă©norme Ă lâĂ©poque. Câest Ă la toute fin des annĂ©es 1980 et au dĂ©but des annĂ©es 1990 que le hip-hop a pris une autre dimension, au niveau des ventes. Et puis les artistes samplĂ©s ont commencĂ© Ă sâapercevoir de ce quâil se passait dans le hip-hop. Avant ça, ils nâavaient juste pas conscience dâĂȘtre samplĂ©s, pour une bonne partie. Certains artistes, un peu sortis du circuit musical, ont vu lĂ lâoccasion de revenir sur le devant de la scĂšne et de gagner du fric. AprĂšs, des procĂšs il y en a eu Ă la pelle pendant les annĂ©es 1990.
Il y a des artistes, qui se sont rĂ©veillĂ©s juste pour se faire rembourser dâun sample passĂ© ?
Il y en a. Jâai des exemples, mais je ne pourrais pas affirmer quâils sont revenus juste pour ça. Labi Siffre, par exemple. Il nâĂ©tait plus trĂšs actif mais il est revenu et a gagnĂ© plusieurs procĂšs. Câest lui qui est samplĂ© sur « My Name Is⊠» dâEminem. Il y a un autre exemple : Sting. Quand The Police se fait sampler par Puff Daddy sur « Iâll Be Missing You », Sting nâest pas sorti du circuit musical mais il a vu une grosse occasion de se faire du fric. Je crois dâailleurs quâil a gagnĂ© plus dâargent grĂące au sample que durant sa carriĂšre avec The Police.
Comment câest possible ?
Ă lâĂ©poque, « Iâll Be Missing You » est devenu le titre le plus passĂ© en radio de tous les temps, sur une certaine pĂ©riode. Ăa a Ă©tĂ© un hit monstrueux. Sting a demandĂ© 100% des royalties Ă Puff Daddy. Et chose marrante, les deux autres membres de The Police nâont pas touchĂ© un centime de ce sample-lĂ , alors que câest la guitare dâAndy Summers qui Ă©tait samplĂ©e. Je raconte dans le bouquin une interview dans les annĂ©es 2000, pour laquelle le groupe se rĂ©unit de maniĂšre un peu exceptionnelle, ils nâavaient plus donnĂ© dâinterview ensemble depuis longtemps. Ils discutent tous les trois, et Stewart Copland dit « Andy, tu devrais rĂ©clamer des royalties Ă Sting, câest ta guitare qui a Ă©tĂ© samplĂ©e. Il se paye des chĂąteaux en Toscane et nous, on nâa rien. » Et Sting rĂ©pond: « Non, on nâa pas de chĂąteaux. En Toscane on appelle ça des palazzos, si tu veux je te prĂȘterai une chambre. »
Sympa, Sting. Le troisiĂšme sample que tu as choisi câest « Mind Playing Tricks On Me » des Geto Boys (1991).
Celui-lĂ , câest dĂ©jĂ parce que câest un de mes morceaux prĂ©fĂ©rĂ©s de hip-hop en gĂ©nĂ©ral. Geto Boys, câest un groupe que jâadore, complĂštement dĂ©glinguĂ©. Câest un choix purement musical. DĂ©jĂ , le sample vient dâIsaac Hayes, « Hung Up On Me Baby », sorti en 1974. Il y a plusieurs samples dans le mĂȘme morceau. Deux samples sur les couplets, des descentes de guitare, des amas de mĂ©lodies. Et sur le refrain, juste une mĂ©lodie, jouĂ©e par Isaac Hayes Ă la gratte, couplĂ©e avec un breakbeat, un sample de batterie tirĂ© de « The Jam » de Graham Central Station. Les deux, la guitare dâIsaac Hayes et le breakbeat, qui sont deux morceaux qui nâont rien Ă voir Ă la base, matchent parfaitement. Rythmiquement, il y a un petit roulement de caisse-claire sur le breakbeat qui colle parfaitement Ă la guitare, Ă tel point que les rappeurs ne posent mĂȘme pas sur le refrain, ce qui est assez rare. Câest lâexemple parfait du collage hip-hop.
On continue avec un classique, « Regulate » de Warren G (1994).
Ouais, un morceau trĂšs connu. Câest la maniĂšre de sampler Ă la West Coast, en prenant une boucle souvent plus longue. Ici elle fait bien quatre mesures, câest un sample de Michael McDonald, « I Keep Forgettin ». Câest lâarchĂ©type du sample West Coast, trĂšs fidĂšle Ă lâoriginal, pas du tout dĂ©naturĂ©. Le sample est tellement long et fidĂšle quâon est parfois proche de la reprise. Et puis câest un morceau super kiffant, câest lâexplosion de Warren G sur la scĂšne nationale. Ăa montre quâil nây a pas que Dr.Dre ou les Above the Law qui savent faire du G-Funk. Câest un gros hit.
Comme on va passer de 1994 Ă 2017, je vais faire un bond en avance et te demander lâĂ©tat du sampling dans le hip-hop aujourdâhui, comparĂ© aux annĂ©es 1990.
Dans le hip-hop, le sample a toujours Ă©tĂ© une maniĂšre de sâouvrir Ă de nouvelles sonoritĂ©s, dâaccĂ©der Ă de nouveaux sons que les machines ne permettaient pas toujours de crĂ©er. Quand la MAO sâest dĂ©veloppĂ©e, les producteurs hip-hop se sont retrouvĂ©s avec dâautres sonoritĂ©s Ă leur disposition. Ils les ont vachement utilisĂ©s, parce que ça reste ça, la volontĂ© premiĂšre des producteurs hip-hop : faire de nouveaux sons. Ă une Ă©poque, le sample Ă©tait vraiment la maniĂšre de faire. Avec la MAO, câest devenu une des maniĂšres. Aujourdâhui on a des albums oĂč il y a pas de samples du tout, dâautres oĂč il y a plein de samples â les albums de Kendrick. Ă partir des annĂ©es 2000 le pourcentage de samples dans les sons hip-hop a sĂ»rement baissĂ©, mais câest aussi parce que le nombre dâartistes a explosĂ© Ă ce moment-lĂ .
Et ça donne notamment ton dernier choix : « Mask Off » de Future (2017).
Ouais. Câest marrant, parce quâon a lĂ un tube ultra-moderne dans le son. Câest son plus gros hit, lâun des plus gros hits hip-hop de 2017. Câest un morceau rĂ©solument moderne, qui a tournĂ© sur Internet, qui a donnĂ© le « Mask Off Challenge », alors que tout ce tube et tout ce cĂŽtĂ© moderne part dâun sample de flĂ»te traversiĂšre dâune comĂ©die musicale, Selma. Câest un sample assez rĂ©fĂ©rencĂ©, cette comĂ©die musicale retrace le combat de Martin Luther King, elle est sortie dans les annĂ©es 1970. Créée en 1972 et mise en vinyle en 1976. Il ne doit pas y avoir tant de gens qui se rendent compte que ce tube trĂšs moderne est basĂ© sur un son de 1976. Câest vraiment un riff, en plus, et un riff lourd de sens, câest le son principal de la comĂ©die musicale. Ăa a du sens.
Et puis câest marrant de voir Future sâapproprier un morceau trĂšs politique pour parler de bagnoles et de Percocet.
Ouais, alors il y a des gens qui ont dĂ©celĂ© des rĂ©fĂ©rences Ă la surpopulation carcĂ©rale aux Etats-Unis dans « Mask Off », donc le lien peut ĂȘtre fait ici, quand mĂȘme. Mais câest avant tout un lien musical. On a une idĂ©e prĂ©conçue et plutĂŽt fausse du sample, il est souvent perçu comme un hommage Ă un artiste. La plupart du temps câest dâabord un lien musical. « Mask Off » est un trĂšs bon exemple de cette ambiguĂŻtĂ©.
Pour finir, tu aimerais que les gens retiennent quoi du livre ?
Jâaimerais quâon retienne que le sample nâest pas une pratique caduque ou dĂ©suĂšte. Câest une pratique encore trĂšs actuelle. Dans le sample, il y a souvent un cĂŽtĂ© un peu passĂ©iste, rĂ©servĂ© aux « puristes ». Peut-ĂȘtre que la culture du sample est moins forte quâavant, mais elle est toujours trĂšs importante dans le hip-hop, et jâai abordĂ© pas mal de sons modernes pour souligner ça. Ce nâest pas un livre qui sâintĂ©resse uniquement au passĂ©, mais aussi au hip-hop dâaujourdâhui, avec Kendrick, Future, Kaytranada, Lupe Fiasco, Gucci Mane, Drake, etc. JâespĂšre que les gens comprendront ça : le sample, câest loin dâĂȘtre fini.
Retrouvez lâinterview de Brice Miclet sur le site de i-D
Le journaliste Brice Miclet publiait le 18 janvier son livre Sample! Aux origines du son hip-hop aux Ă©ditions Le mot et le reste. Il y compile cent histoires qui nous offrent une nouvelle lecture de morceaux lĂ©gendaires. En voici lâune dâentre elle, celle du morceau « Itâs The Hard Knock Life » de Jay-Z.
Retrouvez la bonne feuille sur le site de Nova
Ellen Ichters interview Brice Miclet dans son âPony Musicâ Ă lâoccasion de la sortie de Sample!. Une interview, tout en musique, diffusĂ©e en cinq parties, tous les matins de la semaine.
Réécouter lâinterview de Brice Miclet en podcast
Ellen Ichters interview Brice Miclet dans son âPony Musicâ Ă lâoccasion de la sortie de Sample!. Une interview, tout en musique, diffusĂ©e en cinq parties, tous les matins de la semaine.
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Sample !, avec son point dâexclamation qui sonne comme un mot dâordre, est le titre du premier livre en français exclusivement dĂ©diĂ© au sampling dans le hip-hop. Comme câest gĂ©nĂ©ralement le cas dans cette collection, lâauteur, Brice Miclet, dĂ©bute par une Ă©tude gĂ©nĂ©rale, abordant divers aspects le long dâun dĂ©veloppement chronologique, avant de sâattarder sur 100 exemples, incontournables ou mĂ©connus, qui amĂšnent de Cloud One samplĂ© par/pour Spoonie G (1979) jusquâĂ Billy Paul samplĂ© par/pour Kendrick Lamar (1976/2017). Passionnant, comme dâhabitude chez Le mot et le reste.
Lire la chronique sur Lâabcdrduson
Jâai Ă©tĂ© contactĂ© sur twitter il y a quelques jours par Brice Miclet, lâauteur du livre « SAMPLE ! Aux origines du son hip-hop »⊠Et forcĂ©ment il faut que je vous en parle !
SAMPLE !
Câest le genre dâinitiative qui fait plaisir ! Un livre en français qui parle de samples, on ne pouvait pas passer Ă cĂŽtĂ©. Sorti prĂ©vue le 18 janvier 2018, « SAMPLE ! Aux origines du son hip-hop » est Ă©ditĂ© par Le mot et le reste. Lâouvrage se veut accessible Ă tous, et permet dâavoir une comprĂ©hension gĂ©nĂ©rale de lâimportance du sample dans la musique et la culture hiphop.
Des anecdotes, plein !
LâintĂ©rĂȘt numĂ©ro un du livre â Ă mon sens â rĂ©side dans les trĂšs nombreuses anecdotes. PassĂ© lâhistoire du sample et les pionniers du sampling, riche en informations, Brice Miclet sâest plongĂ© dans des dizaines de titres afin dâanalyser leur origine et le ou les samples quâils utilisent. Un vĂ©ritable travail de fourmi qui passe en revue les histoires de samples qui ont fait la crĂ©ation des morceaux phares du hiphop, mais aussi ceux un peu plus obscurs.
Cette culture du sample fĂȘte ses 40 ans : passĂ©e dâune mĂ©thode de crĂ©ation obscure et dĂ©criĂ©e, le sampling sâest Ă©levĂ© au rang dâart. MĂȘme si certains producteurs vont jouer la facilitĂ© avec le sample, on ne peut que saluer le travail incroyable que certains arrivent Ă produire avec de extraits de vieux morceaux. Un ouvrage qui nous (re)plonge dans cette culture du collage qui puise ses origines dans le funk, le jazz, le rock, le disco, le classique et mĂȘme la chanson française. Un ouvrage qui salue aussi lâĂ©volution technologique des outils qui permettent de sampler.
Bref, si vous ĂȘtes curieux de connaĂźtre lâorigine des morceaux hiphop Ă base de samples, en savoir plus sur une culture qui cĂ©lĂšbre ses 40 ans, et friand dâanecdotes sur les classiques (mais pas que) du hiphop, ce livre est fait pour vous !
Merci Brice et félicitations pour le travail !
Lire la chronique sur Samples.fr
On le sait: un sample bien senti peut propulser une production hip-hop au rang de hit. Ce que lâon connaĂźt souvent moins, ce sont le contexte et les anecdotes entourant le choix des extraits Ă copier.
Notre collaborateur Brice Miclet, dont vous pouvez réguliÚrement lire sur Slate les articles sur la musique, a publié le 18 janvier 2018 Sample! Aux origines du son hip-hop, aux éditions Le mot et le reste.
Nous en publions ci-dessous un extrait de la note de lâauteur, ainsi que trois des cent fiches que compte lâouvrage.
Lire les bonnes feuilles de Sample! sur Slate.fr