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Parution : 18/01/2018
ISBN : 9782360544967
256 pages (14,8 X 21 cm)

Sample!

Aux origines du son hip-hop

Sample! permet de comprendre l’essence du hip-hop, sa diversitĂ©, sa technique, son inspiration, sa curiositĂ©, son rĂŽle rĂ©volutionnaire dans l’espace musical.

« Sample ! » est une injonction. Celle que les producteurs hip-hop se lancent Ă  eux-mĂȘmes depuis prĂšs de quarante ans. En allant piller les musiques qui les entouraient, ces musiciens ont donnĂ© naissance Ă  l’un des courants musicaux les plus importants de notre Ă©poque et redĂ©fini le principe de composition musicale, quitte Ă  se frotter aux avocats et Ă  provoquer de retentissants procĂšs. Se pencher sur les samples marquants du hip-hop, c’est explorer de nombreuses portes d’entrĂ©e vers cette musique, rĂ©vĂ©ler les secrets de fabrication de hits tels que « California Love » de 2pac ou « Hard Knock Life » de Jay-Z ou partir Ă  la redĂ©couverte d’artistes oubliĂ©s ou trop peu connus. C’est parcourir les ponts dressĂ©s entre le hip-hop et ses origines soul, jazz et funk, ses relations avec le rock, le classique, la chanson française, la musique tibĂ©taine etc. C’est dĂ©couvrir l’histoire des technologies qui ont permis ce travail, celle de labels mythiques, de producteurs talentueux. C’est embrasser toute la richesse du hip-hop.

Revue de presse

- IAM, l'école du disque d'or Frederick Sigrist France Inter // Blockbusters 30 juillet 2019
- Critique livre : Sample! Laurent Thore Slow Show 18 janvier 2019
-SAMPLE! AUX ORIGINES DU SON HIP-HOP Nicolas Roque guitar part octobre 2018
- Sample! Manu Baudez international Hip-Hop été 2018
- Interview - Sample ! Aux origines du hip-hop Mathias Milliard tplmusique 22 février 2018
- Brice Miclet : SAMPLE ! AUX ORIGINES DU SON HIP-HOP Muzul 90bpm 30 mars 2018
- Interview - BRICE MICLET "Sample ! Aux Origines Du Hip-Hop" Mehdi MaĂŻzi OKLM Radio // La Sauce 26 mars 2018
- Sample ! : le livre qui redonne au sample ses lettres de noblesse Pan African Music 21 février 2018
- Interview - L'histoire du rap Ă  travers le sample Maud Margenat Streetpress 15 mars 2018
- Le sample de ses débuts dans les années 70 à aujourd'hui Claudy Siar rfi Musique 23 mars 2018
- Interview de Brice Miclet - "Le sampling n'est pas mort" Emmanuel Saussaye Le Télégramme 2 avril 2018
- Rencontre avec Brice Miclet, Digger de Samples Djuls The Backpackerz 14 mars 2018
- Le Son d’Alex - Aux origines du Hip Hop Alex Jaffray France 2 // TĂ©lĂ©matin 19 mars 2018
- Interview de Brice Miclet - Aux origines du sample dans le rap américain Tis Swampdiggers 27 février 2018
- Chronique de Sample! Juliette Arnaud France Inter // Par Jupiter ! 20 février 2018
- Sample! Vincent Caffiaux Starwax #46 2e trimestre
- Interview - Le sample selon Brice Miclet, auteur d'un bouquin sur le sujet (pratique) Romain Sourdoreille 14 février 2018
- "Sample!", l’essence du hip-hop par Brice Miclet Luc Frelon FIP // Sous les jupes de Fip 12 fĂ©vrier 2018
- Track ID - Interview de Brice Miclet Jérémie Léger Konbini 8 février 2017
- Sample ! Les derniers secrets du hip-hop Jean-Paul Deniaud Trax Février 2018
- Interview : Brice Miclet avec Puzupuzu Thomas Corlin Radio Néo // Chaos 30 janvier 2018
- Interview - Sampler comme jamais : une histoire du sample David Blot & Sophie Marchand Nova // Nova Club 29 janvier 2018
- Basique. Sample. Emmanuel Dosda MIX MAGAZINE Février 2018
- Sample! le premier livre de Brice Miclet Julie Creuilly The Backpackerz 27 janvier 2018
- Le Don du sample Rebecca Manzoni France Inter // Pop & Co 29 janvier 2018
- Interview de Brice Miclet - 5 samples qui ont changé l'histoire du hip-hop Antoine Mbemba Vice // i-D 23 janvier 2018
- Bonne feuille : Comment un sample a fait de « It's The Hard Knock Life » de Jay-Z un hit Brice Miclet Nova 22 janvier 2018
- Interview de Brice Miclet 2/5 Ellen Ichters RTS // Pony Express 23 janvier 2017
- Interview de Brice Miclet 1/5 Ellen Ichters RTS // Pony Express 22 janvier 2018
- Tour des échantillons - Sample! Greg L'abcdrduson 23 janvier 2017
- Livre - Sample! Yann Samples.fr 16 janvier 2018
- Bonnes feuilles : Les petites histoires des plus grands samples du hip-hop La Rédaction Slate 20 janvier

- IAM, l'école du disque d'or

Mehdi Maïzi et Brice Miclet sont les invités de Frederick Sigrist pour un Blockbusters consacré au groupe IAM.

Retour sur l’histoire du groupe, leur style, leurs influences, leurs sujets de prĂ©dilection, leurs diffĂ©rents albums, leurs tubes
 En quoi IAM a-t-il su innover dans un paysage musical souvent trĂšs balisĂ© ? Et on essaiera de distinguer en quoi le rap a Ă©voluĂ© durant ces trente derniĂšres annĂ©es.

Le podcast est disponible sur le site de France Inter

Frederick Sigrist
France Inter // Blockbusters 30 juillet 2019

- Critique livre : Sample!

C’est Ă©videmment un luxe que de pouvoir assister Ă  une confĂ©rence d’un auteur avant d’attaquer la lecture de son ouvrage, surtout quand il est aussi prĂ©cis et documentĂ© que Sample! Et ce fut mon cas, lors de l’édition 2019 du festival Hibernarock, avec la venue du journaliste Brice Miclet.
Comme il le dit lui-mĂȘme, c’est aussi en dĂ©couvrant qu’aucun livre spĂ©cifiquement dĂ©diĂ© Ă  la question du sample dans les univers du Hip-Hop et du Rap n’avait Ă©tĂ© Ă©crit, que son envie de s’atteler Ă  ce sujet d’importance s’est affirmĂ©e. La culture Hip-Hop et son Ă©manation le Rap, notamment en France, ont souvent Ă©tĂ© observĂ©es effectivement sous des angles sociologiques et historiques. En tant que technique rĂ©volutionnaire de composition musicale, le sample avait besoin d’un tel livre pour rendre hommage Ă  la musicalitĂ©, Ă  l’inventivitĂ©, et mĂȘme Ă  la virtuositĂ© des producteurs Hip-Hop, que nous nommons aujourd’hui vulgairement beatmakers, (mĂȘme si la nuance est notable). A l’image de sa dĂ©monstration orale, le propos Ă©crit de Brice Miclet est extrĂȘmement clair et structurĂ©. Si le journalisme spĂ©cialisĂ© en matiĂšre de musiques populaires (particuliĂšrement Ă  travers la figure romanesque du critique rock), consiste souvent Ă  s’embarquer dans de grandes thĂ©ories fumeuses, Ă  susciter la polĂ©mique, s’emballer pour le moindre bootleg sorti comme par hasard des cartons, le moindre fait divers, il peut aussi comme dans ce livre, ĂȘtre basĂ© sur un travail minutieux et rigoureux. Et c’est un fait, voilĂ  un ouvrage qui nous permet d’apprendre beaucoup de choses, d’en confirmer d’autres, que nous soyons novices en la matiĂšre ou amateur Ă©clairĂ©. Si la culture Hip-Hop et notamment le Rap souffre encore aujourd’hui d’un regard condescendant, la qualitĂ© intrinsĂšque de Sample! souligne au contraire la fantastique rĂ©volution esthĂ©tique et crĂ©ative que des DJ prĂ©curseurs comme Dj Kool Herc et Grandmaster Flash ont activĂ© sans vraiment le savoir ou en tout cas, sans rĂ©ellement mesurer l’étendue de la dĂ©ferlante Ă  venir.

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Cet ouvrage (dĂ©jĂ  de rĂ©fĂ©rence) rejoint sans complexe la bibliothĂšque idĂ©ale des bouquins traitant des musiques populaires. En premier lieu, je placerais pour ma part, cette nouvelle petite bible aux cĂŽtĂ©s la sĂ©rie Hip Hop : Family Tree d’Ed Piskor (Papa GuĂ©dĂ©), tant ces deux approches se complĂštent et se rĂ©pondent. Je chroniquais il y a quelques mois, l’indispensable Last Night a Dj Saved My Life de Bill Brewster & Franck Broughton : ces deux essais partagent l’idĂ©e extrĂȘmement forte, que les DJ ont quelque part dĂ©fini, la nouvelle forme de crĂ©ation musicale (quasi majoritaire aujourd’hui), basĂ©e sur l’emprunt, le recyclage et le son en tant que matiĂšre, et assimilant le « studio » Ă  un instrument Ă  part entiĂšre. Je pourrais ainsi peut-ĂȘtre regretter que le lien avec les innovations des JamaĂŻcains (pour certains spĂ©cialistes, ils ont tout inventĂ© !) ne soient pas plus affirmĂ© dans Sample!, mais comme toutes les rĂ©ussites du genre, ce livre tire nĂ©cessairement sa force et sa justesse de parti-pris intelligents et assumĂ©s, favorisant la clartĂ© du raisonnement et du dĂ©veloppement.
AprĂšs un tel coup de maĂźtre, je ne peux que souffler Ă  Brice Miclet de remettre le couvert car ce ne sont pas les sujets qui manquent, mais il doit le savoir bien mieux que moi.

Lisez la chronique intégrale sur Slow Show

Laurent Thore
Slow Show 18 janvier 2019

-SAMPLE! AUX ORIGINES DU SON HIP-HOP

Dans la panoplie du son hip hop, il y a la boĂźte Ă  rythme, le scratching et plus tard le sampling qui change la donne : la note de musique est dĂ©trĂŽnĂ©e par un fragment d’oeuvre connue qui devient la base du morceau. Pillage en rĂšgle ou crĂ©ation? AprĂšs avoir Ă©crit sur la musique Ă  guitares (dans Guitar Part), Brice Miclet Ă©tudie ce “ recyclage “ de masse dans cette anthologie qui raconte une histoire du hip hop, dans laquelle les Beastie Boys, Public Enemy, NTM, 2 Pac et autres MC Ham mer se sont nourris au son de James Brown, Led
Zeppelin, Blondie, Steely Dan,Joe Cocker 


Nicolas Roque
guitar part octobre 2018

- Sample!

Les fanatiques de hip-hop que nous sommes sont dĂ©cidĂ©ment choyĂ©s ces derniers temps par les irrĂ©prochables Ă©ditions Le mot et le reste, qui enchaĂźnent les sorties consacrĂ©es Ă  cette rĂ©volution musicale triomphante hissant le rap de sous-culture mĂ©prisĂ©e Ă  norme dominante. AprĂšs l’exploration des Mixtapes par le camarade Sylvain Bertot, c’est de nouveau Ă  un pan mal Ă©clairĂ© de ce genre inĂ©puisable que se consacre cette nouvelle anthologie subjective, toujours sur le principe qui fait la marque de fabrique de l’éditeur : un choix d’une centaine d’Ɠuvres reprĂ©sentatives commentĂ©es. Si on est habituĂ© dans cette colle ction Ă  des sĂ©lections de disques fondamentaux, on monte ici encore d’un cran dans la gageure puisque l’auteur n’a retenu que 100 misĂ©rables samples, pour 40 piges d’une musique qui repose prĂ©cisĂ©ment sur l’échantillon ! Mais justement, on ne demande pas la mĂȘme chose Ă  un bouquin et Ă  whosampled.com, et on est vite rassurĂ© sur l’intĂ©rĂȘt de la folle tentative. L’intro, carrĂ©e, retrace la naissance du principe du sample dans les block parties, avec le fameux Merry Go Round, rĂ©pĂ©tition en boucle avec deux exemplaires du mĂȘme disque et une double platine des parties rythmiques les plus efficaces de morceaux de funk ou de soul ; puis l’arrivĂ©e des sampleurs et le temps trĂšs court de sampling qu’imposaient les premiers modĂšles, limite technique qui dĂ©termina l’esthĂ©tique du son hip-hop classique ; et enfin le gros coup de frein qui a Ă©tĂ© imposĂ© Ă  cette pratique : la question financiĂšre, les artistes samplĂ©s et l’industrie finissant par rĂ©clamer leur part du gĂąteau quand ils ont vu cartonner les relectures de leurs sons par des voleurs revendiquĂ©s. On n’apprend pas forcĂ©ment grand-chose, mais c’est la rĂšgle du genre, la remise en contexte du bouquin s’adresse d ‘abord Ă  ceux qui dĂ©couvrent, pas Ă  ceux qui y baignent. Brice Miclet explique ensuite les diffĂ©rentes techniques de samples pour tĂącher de faire un genre de typologie, lĂ  encore pour expliciter au profane de quoi on cause. Mais c’est aprĂšs que le livre devient captivant, quand on rentre dans la sĂ©lection proprement dite. Parce que le choix s’est fait de la meilleure des maniĂšres, une fois rĂ©glĂ©e la question des quelques incontournables, des sons historiques ou charniĂšres par les histoires qu’on pouvait raconter avec les samples proprement dits. Il met ainsi en valeur ce qui fait la magie de cette pratique, outre qu’elle ait d’abord permis Ă  ceux qui n’avaient pas le loisir d’apprendre la musique au conservatoire d’en faire et mĂȘme d ‘en vivre. Le sample porte en lui
ce qui a donnĂ© naissance au morceau d’origine dont il est extrait, et il le transmet au nouveau morceau qui se construit autour ou avec lui. Que ce soit une volontĂ© de la part du producteur ou non, qu’il dĂ©cide lui-mĂȘme d’utiliser un sample parce qu’il dit quelque chose ou pas, le fragment utilisĂ© est un bout de passĂ© qui revient Ă  la vie et ramĂšne avec lui son souffle. Les pionniers ne sont pas allĂ©s chercher bien loin pour digger, la discothĂšque des darons, quand il y avait son lot de soul, de funk ou de jazz, Ă©tait dĂ©jĂ  un sacrĂ© filon, le hip-hop n’avait plus qu’à reprendre lĂ  oĂč la funk s’était arrĂȘtĂ©e, plonger en arriĂšre pour inventer le futur. Puis comme tous les voleurs, le rap a commencĂ© Ă  Ă©tendre son champ d’opĂ©ration pour taper dans toutes les rĂ©serves de sons, jusqu’aux plus improbables. Ce qui fait de nouvelles histoires Ă  raconter. Brice Miclet les raconte bien, toutes ces histoires, et il a su trouver un chouette Ă©quilibre entre celles qui touchent Ă  la
petite histoire du rap, les anecdotes de studio, les problĂšmes de clearance, les accidents de studio qui deviennent des coups de gĂ©nie, les astuces pour pas se faire cramer, etc., et la plus grande histoire, tant de la musique populaire amĂ©ricaine que des questions politiques et sociales qui dĂ©terminent la production ou du moins l’influencent. Alors on ne s’ennuie jamais, on dĂ©couvre quelques perles, on s’arrĂȘte pour Ă©couter les sons citĂ©s, on prend plaisir Ă  cette traversĂ©e de prĂšs d’un demi-siĂšcle d’évolutions stylistiques au long desquelles le rap mute, mais continue de tourner autour de quelques mesures Ă  peine, de quelques notes inlassablement rĂ©pĂ©tĂ©es, voire parfois d’une simple caisse claire ou d’une sirĂšne. La boucle, l’essence du hip-hop, qui continue de le dĂ©finir mĂȘme quand il n’y a plus de sample Ă  proprement parler, le principe inscrit dans ses os le hip-hop, c’est rĂ©pĂ©titif, c’est le squelette sur lequel tu racontes tes histoires. Petite frustration quand mĂȘme, on aurait aimĂ© quelques lignes sur le rap qui sample le rap. Car le petit con qui avait l’habitude de s’alimenter chez les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes a maintenant atteint l’ñge de se manger lui-mĂȘme, les classiques d’hier sont de plus en plus citĂ©s ou recyclĂ©s ; le hip-hop devient
source, au mĂȘme titre que la soul pour les pionniers. Le comble de la boucle.

Manu Baudez
international Hip-Hop été 2018

- Interview - Sample ! Aux origines du hip-hop

Brice Miclet publie Sample ! Aux origines du hip-hop, un ouvrage qui revient sur la place de cette technique artistique dans le hip-hop d’hier et d’aujourd’hui : le sampling, « une recherche sonore qui s’insĂšre dans une dĂ©marche musicale » nous explique-t-il.

Pourquoi écrire un livre sur le sampling en 2018 ?
Parce que le rap occupe dorĂ©navant une place prĂ©pondĂ©rante dans le quotidien des gens et, si on peut faussement penser que le sampling est une pratique moins dĂ©veloppĂ©e aujourd’hui dans le hip-hop, elle est en rĂ©alitĂ© toujours importante. D’une certaine maniĂšre, c’est une façon de montrer que le hip-hop Ă©volue et s’inscrit dans une perspective historique qui est forte. Et puis aussi parce qu’il n’y avait rien d’écrit sur le sujet !

Qu’est-ce qu’on dĂ©couvre Ă  travers cet ouvrage ?
Dans ce livre, il y a deux entrĂ©es principales. D’abord, une introduction de 40 pages qui revient sur la place historique du sample dans le hip-hop, sur les dĂ©buts du mouvement dans les annĂ©es 70 et sur l’idĂ©e qu’il s’agit d’un genre dĂ©jĂ  tournĂ© vers les autres cultures musicales comme en tĂ©moigne l’utilisation de samples. Je pars de lĂ  pour arriver jusqu’à aujourd’hui, via les diffĂ©rentes Ă©volutions technologiques, les diffĂ©rentes maniĂšres de sampler, l’ouverture des beatmakers Ă  d’autres styles que la musique afro-amĂ©ricaine, etc.
Ensuite, j’ai Ă©tabli une liste de 100 morceaux hip-hop avec leurs samples dont je dĂ©taille l’histoire. Ce ne sont pas forcĂ©ment les 100 samples les plus cultes – il y en a des connus et des moins connus dans la liste –, mais l’idĂ©e Ă©tait de dresser un panorama de ce qui s’est fait de 1979 Ă  2017, de raconter la patte des producteurs, de certains labels, de certaines techniques liĂ©es au sampling hip-hop, etc.

Justement, comment les usages artistiques du sample ont-ils évolué ?
Je distingue 6 ou 7 types de sample dont les diffĂ©rences sont essentiellement techniques. Sur le plan artistique, le phĂ©nomĂšne a commencĂ© dans les annĂ©es 60 et 70 avec les breakbeats issus de musiques afro-amĂ©ricaines, puis on a commencĂ© Ă  sampler du jazz, et finalement cela s’est ouvert Ă  toutes les musiques et mĂȘme au-delĂ . Avec le dĂ©veloppement de la MAO, on va chercher sur tous les supports sonores aujourd’hui, que ce soit des documentaires, des Ă©missions de radio ou de tĂ©lĂ©vision, etc.

Sample-t-on toujours autant dans le hip-hop ?
La proportion de hip-hop fait Ă  base de samples est moins importante qu’auparavant mĂȘme si l’on en retrouve toujours dans beaucoup d’albums actuels comme ceux de Kendrick Lamar ou d’Asap Rocky. C’est surtout qu’aujourd’hui, les samples servent moins d’élĂ©ment principal d’un morceau. Ils sont plus discrets et se contentent d’apporter une couleur musicale.

Aujourd’hui, sampler n’est plus rĂ©servĂ© au rap. N’avez-vous pas eu envie de faire un pas de cĂŽtĂ© pour Ă©voquer le sample dans les autres genres musicaux ?
Je voulais faire un livre qui parle du sample dans la culture hip-hop, mais c’est vrai que le sampling a Ă©tĂ© prĂ©pondĂ©rant pour les musiques Ă©lectroniques et la house en particulier. De nos jours, il y a des samples partout, notamment chez les artistes les plus pop comme Lady Gaga, Beyonce ou Madonna, et c’est parce que le hip-hop s’est maintenant imprĂ©gnĂ© dans beaucoup d’autres musiques, Ă  commencer par la pop.

Ces 40 derniÚres années, quelles ont été les évolutions des machines et des technologies permettant de sampler ?
Il y a d’abord eu ce qu’on a appelĂ© le sample virtuel, c’est-Ă -dire la technique du ‘Merry-Go-Round’ de Kool Herc qui consiste Ă  avoir deux fois le mĂȘme vinyle et de rĂ©cupĂ©rer le breakbeat du morceau Ă  l’infini. Ensuite, dans les annĂ©es 70, il y avait le phĂ©nomĂšne de replay avec Sugarhill Gang ou des groupes comme ça qui rejouaient des Ă©chantillons en live. Mais jusque-lĂ , on ne peut pas vraiment parler de sample car il n’y a pas de rĂ©utilisation des empreintes sonores.
C’est avec l’arrivĂ©e sur le marchĂ© des premiers samplers en 1984 qu’on va composer du hip-hop avec des samples. La grosse rĂ©volution a lieu avec le micro-sampling de Marley Marl qui arrive Ă  isoler tous les sons d’une batterie Ă  les incorporer dans une boĂźte Ă  rythmes. Et puis, Ă  partir de 1987, avec la commercialisation de la SP 1200, on entre dans l’ùre oĂč les beatmakers et les producteurs hip-hop vont Ă©normĂ©ment sampler, puis les techniques vont Ă©voluer, le temps d’échantillonnage sera de plus en plus long, jusqu’à ce que la MAO explose et nous entraĂźne dans l’ùre des softwares, plus abordables financiĂšrement comme techniquement.

IdĂ©e fausse ou idĂ©e vraie : sampler, c’est plus facile que composer ?
Mais le sample, c’est de la composition ! C’est une recherche sonore qui s’insĂšre dans une dĂ©marche musicale qui nĂ©cessite Ă  la fois une compĂ©tence technique et la maĂźtrise des codes hip-hop.
Alors, peut-ĂȘtre que cela est plus simple que de composer de la musique classique, mais est-ce plus simple que de composer du rock, je n’en suis pas sĂ»r. Les musiciens qui se retrouvent face Ă  un sampler, une platine et des bacs de vinyles ne savent pas nĂ©cessairement quoi en faire. Il faut aussi savoir construire un mix, car beaucoup de choses se jouent lĂ , et cela demande une certaine maĂźtrise.

Le sampling est-il un procĂ©dĂ© plus acceptĂ© qu’auparavant, ou existe-t-il toujours des procĂšs ?
Ce sont deux choses diffĂ©rentes. D’un cĂŽtĂ©, il est entrĂ© dans les habitudes musicales, et pas uniquement dans le hip-hop justement. D’un autre cĂŽtĂ©, il y a beaucoup moins de procĂšs car il y a tout simplement moins de cas d’illĂ©galitĂ©. Les artistes sont beaucoup plus ‘dans les clous’ au niveau lĂ©gal. Avant 1991, c’était un peu la loi de la jungle, le grand Ăąge de l’impunitĂ© dans le sample hip-hop, et puis il a fallu que le systĂšme des samplers clearers (demandes d’autorisation) se mette en place, que les artistes et surtout les maisons de disques prennent l’habitude de cleaner les samples en matiĂšre de droit. Aujourd’hui, tout cela est devenu beaucoup plus usuel dans la production d’albums hip-hop.

Un morceau composé à base de samples à conseiller ?
Pour expliquer et se rendre compte de ce que reprĂ©sente le sampling, je conseille d’écouter le morceau The 900 Number de The 45 King. La composition est trĂšs simple, avec une seule boucle – un sample de saxophone issu du titre soul Unwind Yourself de Marva Whitney – qui est trĂšs peu modifiĂ©e. C’est un morceau que les DJ se passaient entre eux et qui symbolise bien ce que reprĂ©sente le sampling hip-hop.

Retrouvez l’interview sur Tous pour la musique

Mathias Milliard
tplmusique 22 février 2018

- Brice Miclet : SAMPLE ! AUX ORIGINES DU SON HIP-HOP

DĂ©coupĂ©, filtrĂ©, pitchĂ©, dĂ©structurĂ© : la vie d’une sample est finalement bien peu enviable, mais c’est pourtant par lĂ  qu’il faut en passer pour devenir la colonne vertĂ©brale ou le petit plus qui rendra le morceau identifiable. Voire en fera un classique.

L’histoire de la boucle jouĂ©e sur elle-mĂȘme, de son bricolage basique avec deux platines Ă  son Ă©volution Ă  travers les diffĂ©rentes machines offrant toujours plus de possibilitĂ©s (et rĂ©duisant du mĂȘme coup la crĂ©ativitĂ©), est ici racontĂ©e puis illustrĂ©e cent exemples Ă  l’appui.

Cent exemples rap bien entendu, l’évolution du genre Ă©tant soudĂ©e Ă  celle du sample. Du moins dans les annĂ©es 80 et 90 quand, profitant du vide juridique pour piocher Ă  pleines disquettes dans les classiques puis dans les disques de plus en plus obscurs et pointus, les beatmakers avaient fait du sampling un art avant qu’il ne devienne un luxe. Et accessoirement, un nid Ă  emmerdes quand les auteurs, ayant droits, ou autres se rendirent compte de l’utilisation non-autorisĂ©e.

La suite passe par des histoires de tribunal et de jugements absurdes mais surtout par des mises en situation entre le sampleur et le samplĂ©, dans un dosage variable d’anecdotes, d’histoires, de musique et de technique, qui va beaucoup plus loin que Funky Drummer et Atomic Dog.

Preuve qu’en plus d’avoir Ă©vitĂ© la routine en ne calquant pas ses chroniques sur une seule et mĂȘme matrice, Brice Miclet a fait un sacrĂ© boulot de recherches.

À retrouver sur 90bpm

Muzul
90bpm 30 mars 2018

- Interview - BRICE MICLET "Sample ! Aux Origines Du Hip-Hop"

Mehdi Maïzi et son équipe ont invité Brice Miclet à venir parler de son livre dans La Sauce sur OKLM radio !

Réécouter l’émission sur la chaĂźne d’OLKM

Mehdi MaĂŻzi
OKLM Radio // La Sauce 26 mars 2018

- Sample ! : le livre qui redonne au sample ses lettres de noblesse

Le journaliste musical Brice Miclet retrace l’histoire du hip-hop en racontant le sample – de ses dĂ©buts dans les block parties du Bronx des annĂ©es 1970 Ă  l’utilisation qui en est faite aujourd’hui par Gucci Mane, Drake, Future ou Kaytranada.
Compilations, roman, autobiographies, BD ou sĂ©ries tĂ©lĂ©, les origines du rap n’ont de cesse d’ĂȘtre contĂ©es. Composante essentielle de la musique Ă©lectronique et essence mĂȘme du hip-hop, le sampling – Ă©chantillonnage qui consiste Ă  reprendre des morceaux existants pour en crĂ©er de nouveaux − n’avait pourtant jamais Ă©tĂ© explorĂ©. Il existe bien des sites spĂ©cialisĂ©s qui dĂ©voilent les secrets de fabrication, parfois bien gardĂ©s, des tubes de rap mais aucun ouvrage ne s’était proposĂ© de raconter les petites histoires qui se cachent derriĂšre leurs grands emprunts. De « Rapper’s Delight » du Sugarhill Gang (1979), le premier single rap, Ă  Yah de Kendrick Lamar (2017), en passant par « What’s The Difference » (1999) pour lequel Dr Dre sample Charles Aznavour, Brice Miclet dĂ©cortique avec passion 100 morceaux de rap, principalement issus du rĂ©pertoire amĂ©ricain. Incontournables ou mĂ©connus, chaque Ă©chantillon est remis dans son contexte − Ă  la fois politique, culturel et social − de production ou d’emprunt, faisant de cette anthologie de 40 ans de slamping hip-hop une savante leçon d’histoire. Fourmillant d’anecdotes savoureuses, Sample ! est un excellent moyen de revisiter certains classiques et d’en dĂ©couvrir de nouveaux. Mais c’est avant tout une plongĂ©e dans le vaste spectre des musiques de la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle et donc un livre Ă  mettre en toutes les mains, amateurs du genre comme mĂ©lomanes curieux.

« Il existe beaucoup de prĂ©jugĂ©s sur le hip-hop. L’un d’eux serait que cette musique soit nĂ©e de la contestation, d’un mouvement social. C’est Ă  nuancer. Ce qui a construit le genre, c’est sa capacitĂ© Ă  absorber, par des procĂ©dĂ©s artistiques, techniques et technologiques, les autres styles musicaux, via le sampling. C’est dans son ADN, et ce livre tend Ă  le montrer. »
Brice Miclet, Sample !

Ce que le sample raconte d’abord du hip-hop, c’est qu’il s’agit d’une musique Ă©rudite, ouverte Ă  toutes les autres. Dans la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es 1970, les pionniers du rap (DJ Kool Herc, Bambataa ou Grandmaster Flash) pillent les rĂ©pertoires de leur Ă©poque (soul, funk, rhythm and blues) pour chercher les meilleurs breakbeats et faire danser les B-boys. Puis Ă  la fin des annĂ©es 1980, les innovations techniques aidant, le hip-hop s’ouvre Ă  d’autres genres. En 1986, par exemple, License to ill des Beastie Boys, le premier disque rap Ă  s’ĂȘtre hissĂ© Ă  la tĂȘte des charts US, fait la part belle au sample rock. Avec lui, le label Def Jam marque l’histoire du hip-hop « en propulsant sa recette dans toutes les radios : un pont entre public rock et public rap, incarnĂ© par ses deux crĂ©ateurs, le fan de punk-rock, Rick Rubin, et le gosse du Queens, Russels Simmons ». « Rhymin’ & Stealin », le premier morceau de leur album, s’ouvre sur la batterie de « When The Levee Breaks » de Led Zeppelin, « l’un des motifs rythmiques les plus connus du rock’n roll ». Par la suite, il deviendra l’un des breakbeats les plus utilisĂ©s dans le hiphop. On le retrouve notamment sur « More Beats + Pieces » (qui rassemble pas moins de 20 samples diffĂ©rents) du duo anglais Coldcut, fondateur du label Ninja Tune.

Dej Jam, Ninja Tune ou encore Death Row
 le livre raconte l’histoire de labels mythiques, de producteurs talentueux (Marley Marl, The Bomb Squad, Erik B et Rakim, RZA, DJ Premier, Q-Tip, Pete Rock, Madlib, Kanye West..) mais aussi celles de l’évolution des machines (boĂźtes Ă  rythmes, Ă©chantillonneurs, synthĂ©tiseurs) qui ont permis de dĂ©mocratiser le sampling et d’en faire « l’ADN » du hip-hop.

L’ouvrage de Brice Miclet regorge aussi d’histoires sombres, faites de procĂšs retentissants, notamment lors de l’émergence du mouvement dans les annĂ©es 1970–1980. La pratique du sampling a beau avoir donnĂ© certaines des plus belles pĂ©pites du genre, elle n’en reste pas moins un vol. Un “vol bienveillant”, comme aime le qualifier l’auteur – mais un vol quand mĂȘme. Si bien que les batailles judiciaires pour violation de droits d’auteur ne manquent pas. Le sample a en effet traversĂ© ces trente derniĂšres annĂ©es en faisant face Ă  la dĂ©fiance des artistes samplĂ©s et Ă  un arsenal juridique de plus en plus contraignant ; Ă  commencer par l’application du Fair Use Act et au dĂ©veloppement des systĂšmes de clearance, astreignant les beatmakers Ă  reverser des royalties aux artistes samplĂ©s. À tel point que certains hits n’ont parfois Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rateurs d’aucun profit, Ă  l’image de « Can I Kick It ? » (1990) produit par Q-Tip. Un morceau « qui propulsa A Tribe Called Quest vers les cimes du hip hop » en samplant la ligne de basse de « Walk On The Wild Side » (1972). D’aprĂšs Brice Miclet, Lou Reed aurait dit : « Vous pouvez l‘utiliser mais j’empoche tout dessus ».

Idem pour « I’ll Be Missing You » (1997). Sting, bassiste-chanteur de The Police et dĂ©tenteur de l’intĂ©gralitĂ© des droits de « Everyth breath you take » (1983) a demandĂ© 100% des royalties Ă  Puff Daddy qui aurait « oubliĂ© » de lui en demander l’autorisation. On s’amuse de dĂ©couvrir que les deux autres membres de The Police n’ont pas touchĂ© un centime de ce sample lĂ , alors que c’est la guitare d’Andy Summers qui Ă©tait samplĂ©e. Brice Miclet rapporte qu’en 2000, les membres de The Police donnent leur premiĂšre interview commune en quinze ans au magazine Revolver. lls discutent tous les trois et Stewart Copland, le batteur, dit : « Andy, tu devrais te lever et dire « Moi je veux tout l’argent de Puff Daddy. Parce que ce n’est pas une chanson de Sting qu’il a utilisĂ©, c’est mon putain de riff (..) Sting, tu vis dans ton palace en Toscane. Tu peux m’en acheter un en Italie Ă  moi aussi ? Avec les retombĂ©es du single qui a Ă©tĂ© le plus longtemps en tĂȘte des charts dans l’histoire de la radio ? » Et Sting rĂ©pond : « Non, je n’ai pas de chĂąteau. En Toscane on appelle ça un palazzos
 si tu veux je te prĂȘterai une chambre. »

« I’ll Be Missing You » de Puff Daddy est un hommage Ă  son poulain et ami The Notorious B.I.G., assassinĂ© en 1997, Ă  24 ans. Un titre, qui montre aussi que le sampling hip-hop peut ĂȘtre motivĂ© par d’autres raisons que celles purement musicales : « Donner un sens discursif Ă  son sample est une pratique qui est arrivĂ©e dans le hip hop au cours des annĂ©es quatre-vingt-dix (
) C’est lorsque le rap s’est dĂ©fait de sa stricte image de musique sur laquelle on peut danser que les thĂšmes ont explosĂ©s en son sein et que les origines du sample sont devenues plus variĂ©es. »

Le morceau samplĂ© peut alors inspirer le titre hip hop comme « The Big Payback » d’EPMD (1989) qui reprend « The Payback » (1973) de James Brown ou « Hard Knock Life (Ghetto Anthem) » de Jay-Z (1998) qui sample « The Hard-Knock Life » de la bande originale de la comĂ©die musicale Annie (1982). Les extraits choisis viennent aussi souligner les opinions du groupe. To the East, Blackwards (1990), le premier album du trĂšs politique X-Clan, est « un brulot, une mise en pratique de mois, voire d’annĂ©es de militantisme et contient plusieurs rĂ©fĂ©rences Ă  leur combat » pour la libertĂ© et l’unitĂ©. On y retrouve des extraits de discours de Malcom X (sur « Raise the Flag ») ou de Fela Kuti, activiste acharnĂ© de la cause panafricaine et dĂ©fenseur des droits de l’homme (sur « Grand Verbalizer, What time is it ? »). L’extrait samplĂ© de « Sorrow tears and Blood » (1977) est court – le « Ey-yah » scandĂ© par les choristes au milieu du morceau, mais le symbole est fort.

Le sample peut aussi entrer en rĂ©sonnance avec le texte rappĂ©. Comme sur le titre « Road to Zion » de Damien Marley feat Nas (2005) qui sample le dĂ©but de « Russian Lullaby » (1958). ChantĂ© par Ella Fitzgerald, ce morceau et Ă©tĂ© Ă©crit par un Ă©migrĂ© Russe, le parolier Irving Berlin. « Russian Lullaby c’est la chanson du souvenir du pays natal, celle qui lui dit qu’il y aura toujours une Volga ou une berceuse russe pour lui Ă  son retour. C’est une ode au paradis perdu. (
) Sur son titre Damien Marley chante Babylone. Encore une histoire de paradis perdu. Non seulement le sample est marquant mais il Ă©tablit une connexion entre le dĂ©racinement d’Irving Berlin et la quĂȘte d’un monde meilleur de Damien Marley ».

Principalement focalisĂ©, on l’a dit, sur les productions amĂ©ricaines – « ce livre met en avant des innovations, des histoires, et des techniques inĂ©dites du sampling
 et les AmĂ©ricains ont inventĂ© beaucoup de choses » – certains architectes français du son (et la France en compte beaucoup) sont toutefois prĂ©sents. DJ Mehdi, notamment, qui a tant contribuĂ© au succĂšs du 113 – ici pour « Tonton du Bled » et son sample de « Harguetni Eddamaa » d’Ahmed Wahby, maĂźtre du El Asri, genre musical typiquement oranais. On croise aussi une figure des musiques contemporaines mĂ©connue du grand public et que les producteurs n’ont eu cesse de convoquer. Le pianiste, compositeur et arrangeur nĂ© en 1947, Alain Mion, qui a dĂ©butĂ© sa carriĂšre en fondant le duo jazz soul Cortex. Leur premier album, Troupeau Bleu a refait surface en 2004 lorsque MF Doom en a samplĂ© un titre. Ce mĂȘme album sera ensuite Ă©chantillonnĂ© par Tyler The Creator, Wiz Khalifa, Fat Joe ou encore rĂ©cemment Damso sur « AmnĂ©sie » (2016). Mais selon l’auteur, le titre « Mural » de Lupe Fiasco (2016) qui reprend lui aussi « Chanson d’un jour d’hiver », « est sĂ»rement l’une des plus belles rĂ©ussites musicales nĂ©es de cette rĂ©cupĂ©ration tardive de Cortex ».

Sample ! Aux origine du hip-hop est la preuve, s’il en fallait une, que le sample n’est pas un art caduque ou dĂ©suet, rĂ©servĂ© aux « puristes » mais une pratique encore trĂšs actuelle. « Le sample n’est pas mort » clame haut et fort Brice Miclet : « il est seulement devenu une corde de plus Ă  l’arc de nombreux jeunes producteurs Ă©mergents, un outil supplĂ©mentaire convoquĂ© non plus dans un esprit de nĂ©cessitĂ©, de compĂ©tition ou d’innovation, mais dans une volontĂ© purement musicale et artistique. N’est-ce pas, au fond, ce que les producteurs hip-hop ont toujours recherchĂ© ? »

Retrouvez cet article sur le site de Pan African Music

Pan African Music 21 février 2018

- Interview - L'histoire du rap Ă  travers le sample

Brice Miclet publie Sample ! Aux origines du son hip-hop. Un bouquin qui retrace l’histoire de cette culture Ă  travers le sample. Des inspirations discos au hip-hop engagĂ© en passant par le rap-business, on a essayĂ© de comprendre l’ADN de cette culture.

Belleville, Paris 19e – À le voir attablĂ© en terrasse avec sa pinte de biĂšre, sa veste de cuir et ses cheveux grisonnants, on l’imagine plutĂŽt rockeur. Pourtant, en matiĂšre de hip-hop, Brice Miclet en connaĂźt un rayon. Le journaliste musical qui collabore notamment avec Trax, les Inrocks et Slate signe son premier livre entiĂšrement dĂ©diĂ© au sample. En pillant ces Ă©chantillons musicaux Ă  toutes les cultures musicales, ces musiciens ont donnĂ© naissance Ă  l’un des styles musicaux les plus riches et les plus importants de notre Ă©poque et redĂ©fini les principes de la composition musicale. A travers les samples, l’auteur nous fait dĂ©couvrir des artistes oubliĂ©s ou trop peu connus et parcourt les ponts dressĂ©s entre le hip-hop, la soul, le jazz, le rock, la musique tibĂ©taine ou encore Charles Aznavour.

Pourquoi avoir attaquĂ© le hip-hop sous l’angle du sample ?
J’ai une culture hip-hop Ă  la base, mais je m’intĂ©resse Ă  toutes sortes de musiques Ă  cĂŽtĂ© depuis longtemps. Le lien entre le hip-hop et les autres genres, c’est le sampling. Ça ouvre de nombreuses portes : la musique de films japonais, des artistes, des morceaux ou des labels, c’est un sujet trĂšs “littĂ©raire”. En plus il n’y avait rien d’écrit sur le sujet en France. C’est dommage dans la mesure oĂč ça a pris une place importante dans les productions musicales aujourd’hui.

Pourquoi il y a si peu de livres sur le rap en France. C’est parce que ce genre est plus dĂ©veloppĂ© aux USA ?
Il est trĂšs dĂ©veloppĂ© en France aussi, on est le 2e pays en terme de marchĂ©. A une Ă©poque en France, on avait du mal Ă  s’adapter aux nouveautĂ©s musicales. Ça restait underground trĂšs longtemps. On a une sorte de traditionalisme, dans tous les domaines. C’est des cultures diffĂ©rentes, et ça se ressent dans la maniĂšre dont on aborde le hip-hop.

Dans ton livre, il n’y a que quatre exemples francophones. C’était une volontĂ© de ta part ?
Je voulais me concentrer sur le rap amĂ©ricain, parce que c’est lĂ  que les grandes innovations techniques et technologiques sont apparues. Chez nous, il y a L’école du Micro d’Argent d’IAM qui, pour le coup, est vraiment balĂšze. Ils ont samplĂ© des musiques traditionnelles argentines. TrĂšs peu de gens ont fait ce qu’ils ont fait au niveau du sample, mĂȘme aux États-Unis. Le Wu-Tang a samplĂ© des films mais pas des musiques traditionnelles comme IAM.
Le hip-hop anglais sample beaucoup aussi. Dans les annĂ©es 80, 90, il y avait Ă©normĂ©ment de sample en France. Par contre, chez nous, on a une culture du beatmaking qui est vraiment incroyable. MĂȘme quand le rap fait un peu dĂ©faut, les prods ne déçoivent jamais.

Le hip-hop à ses débuts réarrangeait souvent des tubes disco. Pourquoi une telle affinité avec cette culture ?
C’est une musique de DJ Ă  la base. Il passe de la musique qui fait danser les gens. C’est en grande partie le disco mais c’est aussi toutes les musiques groove, funk avec James Brown par exemple. Le hip-hop s’est construit autour de cet hĂ©ritage musical. Si on Ă©coute les premiers DJ, comme SugarHill Gang, GrandMasterFlash, Curtis Blow, ça danse ! D’ailleurs le break dance fait partie des quatre piliers de la culture hip-hop avec le Djeeing, le Mceeing et le graff. Ensuite Public Ennemy a apportĂ© un discours diffĂ©rent. Mais trĂšs rapidement c’est devenu autre chose, avec l’explosion de Def Jam [label de musique fondĂ© par Russel Simmons et Rick Rubin, ndlr].

Qu’est ce qui a fait passer le hip-hop de culture underground à produit mainstream ?
C’est la culture amĂ©ricaine, tu prends quelque chose d’underground et tu en fais un truc mercantile. Ils l’ont fait trĂšs tĂŽt, dĂšs 1978. C’est Sugarhill Gang qui, les premiers, en ont fait un produit et un business. Les radios aussi ont jouĂ© un rĂŽle Ă©norme au dĂ©but du hip-hop. Aux USA, elles ont un importance monstrueuse. Chez nous, c’est Radio Nova qui a contribuĂ© au lancement.

MalgrĂ© les fractures sociales aux États-Unis, les morceaux qui marchent le mieux aujourd’hui sont peu engagĂ©s. Pourquoi ?
L’engagement, aujourd’hui, est moins frontal. A un moment le hip-hop, c’était les indiens contre les cowboys, et aujourd’hui c’est le quotidien des indiens dans la rĂ©serve. C’est une autre forme d’engagement. Ce sont les mĂȘmes problĂšmes qui sont abordĂ©s, mais sous un autre angle. Et ce n’est plus seulement des mecs de citĂ© qui rappent.
En plus, le hip-hop n’a pas toujours Ă©tĂ© engagĂ©. Le West Coast, le G-Funk, au dĂ©but, ce n’était pas du tout engagĂ©, contrairement au rap new-yorkais. Au final, il y a trĂšs peu d’artistes qui ont fait changer quelque chose par leur engagement. Le combat Ă©tait perdu d’avance donc les gĂ©nĂ©rations d’aprĂšs ont voulu se dĂ©marquer de ça et faire autre chose.

Le hip-hop est profondĂ©ment liĂ© Ă  la culture afro-amĂ©ricaine, et les blancs qui rappaient ont souvent Ă©tĂ© critiquĂ©s. Qu’est-ce que tu rĂ©ponds aux gens qui ont encore ce discours ?
Le problĂšme blanc-noir est diffĂ©rent aux États-Unis et en France. Chez nous aujourd’hui il y a quand mĂȘme un petit souci de reprĂ©sentativitĂ©, parce que les rappeurs blancs sont vachement mis en avant. Orelsan, Vald, Nekfeu, dĂšs qu’ils lĂąchent un truc, tout le monde trouve ça gĂ©nial. C’est les gendres idĂ©aux du rap. Je suis pas sĂ»r qu’un jour, un noir sera considĂ©rĂ© comme un gendre idĂ©al.

Pourquoi ?
On n’a pas la mĂȘme maniĂšre de s’affirmer en tant que noir aux États-Unis qu’en France. Si tu t’affirmes en tant que noir en France, ça va gueuler. Aux États-Unis, la musique afro-amĂ©ricaine est beaucoup plus explicitement sĂ©parĂ©e. La Motown, label musical noir pour des noirs a jouĂ© un rĂŽle important lĂ -dedans. Il y a mĂȘme des « Charts noirs », ce qu’on n’a pas en France. Donc c’est beaucoup plus normal de s’affirmer comme musicien noir aux USA.

Musicalement, est-ce que la France a encore du retard sur les Etats-Unis comme on l’entend souvent ?
On dit toujours que la France a 10 ans de retard, c’est complĂštement faux. Le hip-hop a une telle importance et il y a une telle soif de nouveautĂ© que ça va trĂšs vite. Si on Ă©coute les premiers Solaar et ce qui sortait en 1991 aux États-Unis, il n’y avait pas des diffĂ©rences Ă©normes.

L’arrivĂ©e de PNL dans le paysage musical français a marquĂ© un tournant. Qu’est-ce que tu penses de ce duo ?
Il y a quand mĂȘme du fond chez PNL malgrĂ© ce que peuvent dire leurs dĂ©tracteurs. Rien que dans leurs clips, ils racontent quelque chose. Dans les annĂ©es 2000, on a eu une vague de singles d’artistes français qui ne voulaient rien dire. C’était des chansons d’amour avec des meufs qui chantaient le refrain ou des Ă©go-trips, et ça ne dĂ©rangeait personne qu’il n’y ait pas de fond. Les personnes qui critiquent PNL, c’est ceux qui Ă©coutaient ça Ă  l’époque. PNL, ils sont dans un exercice de style diffĂ©rent. On est peut-ĂȘtre un peu moins dans la technique et plus dans de l’ambiance.

Ces derniÚres années, le rap français a été dominé par la trap. Est-ce que ça va continuer longtemps ?
Le rap français est beaucoup plus variĂ© que ce qu’on croit au niveau des prods. Mais aujourd’hui les gens font moins la diffĂ©rence entre les diffĂ©rentes instru. Vu que la MAO [musique assistĂ©e par ordinateur] a gommĂ© les imperfections, on reconnaĂźt peut ĂȘtre moins facilement les styles d’instru. On rĂ©unit tout sous la trap alors qu’il y a une grande diversitĂ©. Mais je ne pense pas qu’il y ait une volontĂ© de retour en arriĂšre. Le rap aujourd’hui se tourne vers l’avenir.

C’est quoi tes artistes hip-hop du moment ?
J’écoute pas mal de hip-hop anglais comme Sam Wise, et son morceau Lizzie. J’écoute aussi le groupe House of Pharaohs qui est vraiment mortel, ou Slowthai. C’est tous des mecs de Londres, et j’adore la maniĂšre dont il rappent avec l’accent anglais. Stormzy a changĂ© pas mal de choses, avec lui il y a eu un retour du grime. D’autres artistes comme Kekra ont rendu hommage Ă  l’Angleterre, et ça a amenĂ© un public vers les rappeurs anglais.

Et au niveau français et américain ?
Du cĂŽtĂ© amĂ©ricain : 21 savage, le dernier Migos. Et en France : Kekra, O’Boy dont l’album va bientĂŽt sortir. Un de mes groupes prĂ©fĂ©rĂ©s en France c’est Triplego, avec des prod cloud, trĂšs vaporeuses. Ça ne marche pas encore super fort pour eux, peut-ĂȘtre c’est un peu trop vaporeux pour le public mais moi j’adore. J’espĂšre que leur prochain EP va marcher.

Retrouvez l’interview sur Streetpress

Maud Margenat
Streetpress 15 mars 2018

- Le sample de ses débuts dans les années 70 à aujourd'hui

« Je suis le plus samplé, le plus volé. Ce qui est à moi est à moi, et ce qui est à vous est à moi aussi », a déclaré James Brown, le 12 juin 2006, dans un entretien accordé au Rolling Stone Magazine.
En rĂ©fĂ©rence Ă  Sample! Aux origines du son hip-hop, le livre du journaliste Brice Miclet, Hortense Volle propose une spĂ©ciale retraçant l’histoire du hip-hop Ă  travers le sample, de ses dĂ©buts dans les block party du Bronx des annĂ©es 70, Ă  l’utilisation qui en est faite aujourd’hui par les rappeurs Future ou encore Kendrick Lamar.

À Ă©couter sur rfi

Claudy Siar
rfi Musique 23 mars 2018

- Interview de Brice Miclet - "Le sampling n'est pas mort"

Le journaliste musical d’origine rennaise Brice Miclet a publiĂ© « Sample ! » (Ă©d. Le Mot et le Reste). Au travers de nombreux morceaux cultes (ou pas) et des anecdotes qui y sont associĂ©es, on dĂ©couvre, page aprĂšs page, une autre histoire du hip-hop, par le prisme du sampling. Entretien.

Comment définir le sampling ?
Le sampling, techniquement, c’est le fait de reprendre, de dĂ©tourner une empreinte sonore pour faire un autre morceau. Ça peut ĂȘtre une boucle assez longue, ou mĂȘme trĂšs courte. Il y a des variantes, comme le replay, qui consiste Ă  faire rejouer en boucle, par des musiciens, un extrait qu’on a Ă©chantillonnĂ© d’un autre morceau. LĂ  on parle de sampling virtuel. Le scratch aussi, c’est du sampling virtuel.

Comment a évolué le sampling au cours de son histoire ?
Le sampling naĂźt vraiment en 1984, avec le producteur Marley Marl. L’évolution, par la suite, est liĂ©e Ă  la technologie. C’est elle qui ouvre Ă  d’autres maniĂšres de sampler. Le temps d’échantillonnage contenu dans les appareils utilisĂ©s par les producteurs augmente au fil des ans. Aujourd’hui, il est infini, grĂące Ă  la MAO (musique assistĂ©e par ordinateur, NDLR).

Le nom de Marley Marl, moins connu que Kool Herc, Afrika Bambaataa ou Grandmaster Flash, revient beaucoup au début du livre

Normal, c’est le plus important. Les premiers DJ de hip-hop, Grandmaster Flash, Bambaataa, etc., ce sont les gars qui initient la culture hip-hop musicale, mais ce sont des DJ. Marley Marl, c’est un excellent ingĂ© son. C’est le premier qui va Ă©chantillonner chaque Ă©lĂ©ment d’une batterie, qui va les rentrer dans une boĂźte Ă  rythmes et qui va les rejouer comme il veut. C’est le point de dĂ©part, c’est une rĂ©volution. Marley Marl a aussi une importance par la suite : il a eu un collectif, le Juice Crew, majeur en termes de ventes dans les annĂ©es 80 Ă  New York. Il a fĂ©dĂ©rĂ© beaucoup d’artistes majeurs, il est devenu une lĂ©gende.

La dĂ©marche du livre, c’est de raconter le sampling au travers d’exemples concrets : un morceau toutes les deux pages. Pourquoi ce choix ?
DĂ©jĂ , ça a Ă©tĂ© hyper difficile de choisir les morceaux. J’ai passĂ© des nuits Ă  revoir la liste, Ă  Ă©couter des sons, etc. Je voulais faire un panorama qui part de 1979 et qui va jusqu’à aujourd’hui. J’ai essayĂ© d’équilibrer les pĂ©riodes, mais fatalement, il y a plus de morceaux des annĂ©es 90, car c’est l’ñge d’or du sample. Je voulais montrer que les artistes Ă©coutĂ©s par la jeune gĂ©nĂ©ration s’inscrivent dans une tradition musicale. Je voulais aussi montrer que le hip-hop avait samplĂ© de tout. Parmi les artistes samplĂ©s, on trouve des Russes, des Colombiens, des Kenyans, etc.

Lire l’intĂ©gralitĂ© de l’interview sur le site du TĂ©lĂ©gramme

Emmanuel Saussaye
Le Télégramme 2 avril 2018

- Rencontre avec Brice Miclet, Digger de Samples

AprĂšs une nuit agitĂ©e, au Hangart, dans le cadre de la promotion de son premier livre Sample : aux origines du son hip-hop, c’est dans un bar Ă  Pigalle que je retrouve Brice Miclet. Auteur et journaliste pour Slate – et depuis peu Konbini – Brice nous a accordĂ© un entretien pour Ă©voquer son premier ouvrage paru aux Ă©ditions Le mot et le reste, le 18 janvier.

Pourquoi as-tu dĂ©cidĂ© d’écrire sur ce sujet en particulier ?
J’ai toujours Ă©tĂ© fan de hip-hop, mĂȘme si ma curiositĂ© m’a portĂ©e vers une multitude de styles de musique dont le jazz, les musiques jamaĂŻcaines, ou encore le rock. Pour moi, le sampling fait un pont entre l’ensemble de ces cultures et musiques-lĂ .

As-tu eu un Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur dans ta vie, oĂč un fait particulier qui t’a poussĂ© Ă  Ă©crire ?
Disons que cela faisait deux ans que le projet Ă©tait dans les tuyaux et c’était corrĂ©lĂ© avec mon activitĂ© journalistique puisque j’écris un certain nombre de papiers sur la musique au sens large. En plus, il y avait trĂšs de peu de « littĂ©rature » sur le sampling en France, je me suis aussi dit qu’il fallait donc se lancer et ouvrir une brĂšche. Surtout que nous sommes Ă  un moment en France, et mĂȘme plus globalement en Europe, oĂč le hip-hop explose ! Puis surtout, il y a cette idĂ©e que le sampling n’est pas un vestige du passĂ©, mais que le son que l’on Ă©coute aujourd’hui est nourri de rĂ©fĂ©rences musicales passĂ©es, et qu’il y a donc une dimension historique trĂšs forte.

Pourquoi avoir choisi la maison d’édition Le mot et le reste ?
Je connaissais dĂ©jĂ  Le mot et le reste qui est une maison d’édition marseillaise, rĂ©putĂ©e pour propulser les jeunes pousses Ă©crivaines et qui Ă©dite gĂ©nĂ©ralement un gros volume d’ouvrages sur la musique. Qu’il s’agisse de musique dite « savante » ou des musiques plus actuelles. Ils sont trĂšs actifs, et sur une annĂ©e, ils ont Ă  peu prĂšs sorti une quinzaine de bouquins – dont un livre sur l’anthologie du rap new-yorkais New York State Of Mind : une anthologie du rap new-yorkais – donc c’était assez spontanĂ© de collaborer avec eux vu leur positionnement !

Comment la maison d’édition a travaillĂ© avec toi sur le projet ?
On a dĂ©fini un cadre, il a fallu faire un certain nombre de recherches, lire des bios et surtout faire du tri. MĂȘme si Ă©videmment, le cĂŽtĂ© cool c’est que tu ne fais qu’écouter de la musique les trois quarts du temps. Au dĂ©part j’avais fait une liste assez fournie qui comprenait notamment trois titres de Gang Starr, trois autres de Dr. Dre et quand tu as des pĂ©pites comme celles-ci, c’est difficile de se rationner et d’affiner ta sĂ©lection (
) Or lĂ , il a fallu que je fasse cet exercice et que je me limite Ă  un titre par artiste, et c’était en partie la difficultĂ©. C’est vrai que sur le coup je me suis dit « Attendez les gars, c’est comme si vous me demandiez de faire une anthologie du jazz, avec un seul titre de Miles Davis, ça n’a pas de sens » (rires). Et finalement ça a Ă©tĂ© un mal pour un bien, car ça t’oblige Ă  ouvrir ton scope et te diversifier ; et Ă  porter ton dĂ©volu sur d’autres artistes que tu n’aurais pas nĂ©cessairement mis en avant.

Dans le cadre de ce projet d’écriture, j’imagine que tu as rencontrĂ© des producteurs, si oui lesquels ?
Oui, j’ai rencontrĂ© Sully Sefil, des gars de Rap Olympics. AprĂšs c’est avant tout un long travail de recherches. Mais lĂ , oĂč il y avait une difficultĂ© aussi, c’est que j’ai choisi de me concentrer sur le rap amĂ©ricain et que bien souvent on te demande de la thune de maniĂšre assez implicite dĂšs que tu veux rentrer en contact avec des artistes US.

Y-a-t-il un second bouquin en gestation ?
DĂ©jĂ  je vais me remettre du premier (rires) et attendre que la promotion soit passĂ©e ! C’est du boulot, ça a dĂ» me prendre un an et demi, en m’y mettant Ă  fond entre aoĂ»t et octobre. Dans l’idĂ©al, mon deuxiĂšme bouquin sera trĂšs certainement une biographie d’un rappeur (
) je ne sais pas encore lequel. Peut-ĂȘtre un bouquin sur le sample dans le rap français, mais je pense que ça serait un peu un sujet de niche, et je ne suis pas sĂ»r qu’il y ait une audience suffisamment large pour ça.

As-tu deux/trois artistes de hip-hop pour lesquels tu as une admiration particuliĂšre ?
Pff, il y en a plein. DerniĂšrement, j’ai bien aimĂ© le dernier album de Grems (Sans titre #7), je suis fan aussi de Jay Prince.

Tes titres samplés phare ?
J’aime beaucoup “My Mind Playing Tricks On Me” de Geto Boys et “Hung Up On My Baby” de Isaac Hayes dont je parle dans le bouquin. DerniĂšrement, celui qui me plaĂźt beaucoup, c’est le titre samplĂ© de Billy Paul “How Good Is Your Game” sur le titre “YAH” de Kendrick Lamar, finalement il n’y a que deux notes utilisĂ©es sur le titre original mais en plus l’effet reverse fait un effet de ouf ! Il y a aussi “Mamacita” de Travis Scott, oĂč c’est le titre de Bobby Bland’s “If Loving You Is Wrong” qui est samplĂ©.

Un prochain concert de prévu ?
Kendrick évidemment !

Et sinon, les prochains projets ?
BientĂŽt le festival Hip Opsession Ă  Nantes le 5 mars ! Ils organisent une table-ronde « parlons sampling » et je ferai Ă©galement la promotion de mon bouquin. Mais grosse pression, aussi parce qu’il y aura Lord Funk. Il y a Gracy Hopkins, Infinit, bref la programmation est cool. Sinon, je suis jury dans le tremplin Bretagne de Buzz Booster, et ça fait 3 ans maintenant que je suis dans l’aventure. C’est une super expĂ©rience, et un bon tremplin pour les jeunes talents.

Pour en savoir plus sur le livre de Brice Miclet, on vous invite Ă  lire notre article sur Sample ! Aux origines du son Hip-Hop.

Retrouvez l’article sur Backpackerz

Djuls
The Backpackerz 14 mars 2018

- Le Son d’Alex - Aux origines du Hip Hop

Depuis plus de quarante ans, le sample, cette technique consistant Ă  prendre un Ă©chantillon d’une musique existante pour en crĂ©er une autre, inonde toutes les musiques modernes d’aujourd’hui, Alex nous en explique l’origine


À moins de vĂ©gĂ©ter depuis des lustres sur une Ăźle dĂ©serte, impossible d’ignorer l’impact du sampling sur la musique moderne. Indissociable du hip-hop, cette technique de collage est analysĂ©e par le journaliste Brice Miclet, dans « Sample ! Aux origines du son hip-hop », sorti aux Ă©ditions Le mot et le reste.

Ce livre raconte comment des musiciens de la fin des annĂ©es 70, ont, en allant piller les musiques qui les entouraient, donnĂ© naissance au hip hop et redĂ©fini le principe de composition musicale (l’unitĂ© devenant le fragment et non plus la note), quitte Ă  se frotter aux avocats et Ă  provoquer de retentissants procĂšs.

Visionnez la chronique sur le site de France 2

Alex Jaffray
France 2 // Télématin 19 mars 2018

- Interview de Brice Miclet - Aux origines du sample dans le rap américain

À l’occasion de la sortie de son premier livre “Sample ! Aux origines du son hip-hop” sorti chez Le Mot et le reste, nous avons rencontrĂ© Brice Miclet pour parler de l’utilisation du sample dans le hip-hop. Une interview fleuve autour de l’échantillonnage, parsemĂ©e d’anecdotes et de rĂ©fĂ©rences et Ă©ditĂ©e pour plus de clartĂ©.

Bonjour Brice. De la musique concrĂšte aux expĂ©rimentations dub de Lee Scratch Perry, de nombreux courants musicaux ont utilisĂ© l’échantillonnage Ă  diffĂ©rentes Ă©poques
 Est-ce que tu peux nous prĂ©senter comment t’es venu cette idĂ©e de rĂ©aliser un livre autour du sample, et plus particuliĂšrement focalisĂ© sur son utilisation dans la musique rap ?
DĂ©jĂ , c’est un attrait personnel pour le rap, pour le hip-hop amĂ©ricain. Je me serai bien intĂ©ressĂ© Ă  tout le sampling depuis ses dĂ©buts, j’ai mĂȘme hĂ©sitĂ© Ă  revenir Ă  la notion de thĂšmes dans la musique. Mais il fallait vraiment cibler sur le hip-hop sinon j’allais perdre les gens. Il n’y avait quasiment rien d’écrit sur le sampling, y compris technologiquement, quelques Ă©tudes universitaires mais pas grand chose d’autre
 Il y avait un creux. Au vu de ma passion pour le hip-hop et pour les autres styles de musique, c’était finalement assez logique de s’intĂ©resser au sampling, vraiment axĂ© hip-hop. Parler du rap amĂ©ricain c’est parce que c’est le berceau et mon goĂ»t personnel est plus orientĂ© vers le rap US. Les innovations technologiques et techniques liĂ©es au sampling ont Ă©tĂ© faites dans le rap amĂ©ricain principalement. Globalement, c’est un choix assez arrĂȘtĂ©.

Tu listes dans ton livre un grand nombre de samples, allant des dĂ©buts du hip-hop jusqu’à 2017. Comment s’est rĂ©alisĂ© cette sĂ©lection de samples, quels ont Ă©tĂ© tes critĂšres de choix ?
Tout d’abord, il y avait une volontĂ© de reprĂ©senter toutes les Ă©poques, de faire un panorama au niveau chronologique. C’est important de montrer qu’il n’y a pas que le “vieux hip-hop”, le “golden era”, qui ont samplĂ©, mais Ă©galement de montrer qu’aujourd’hui le sample n’est pas mort.
Plein de choses sont entrĂ©es en jeu, notamment le fait de ne mettre qu’un sample par artiste sampleur a Ă©tĂ© assez important. C’est un deal avec la maison d’éditions qui fait ça dans toutes leurs anthologies. Au dĂ©but, je me suis dit que ça allait ĂȘtre compliquĂ© et je me suis retrouvĂ© obligĂ© d’enlever des trucs trop bien, des Nas, plusieurs Dr Dre
 Finalement c’était un mal pour un bien car je me suis retrouvĂ© Ă  parler de choses dont je n’aurai sĂ»rement pas parlĂ©, des choses comme Jedi Mind Tricks, Pacewon & Mr. Green
 Il fallait aussi trouver un Ă©quilibre dans les artistes samplĂ©s. Il fallait parler de la soul et du funk, de la musique noire amĂ©ricaine des annĂ©es 60/70 qui a Ă©tĂ© la base de la musique samplĂ©e. Il fallait aussi montrer le sample comme un truc qui touche vraiment Ă  tout, trouver des samples qui venaient d’un peu partout, de tous les continents, de pays diffĂ©rents, de scĂšnes diffĂ©rentes, d’époques diffĂ©rentes. C’est une suite d’équilibres Ă  trouver et c’était le plus long Ă  faire durant la prĂ©paration du bouquin. En terme de rĂ©alisation, le livre m’a pris un an et demi dont environ un an et trois mois Ă  me documenter sur le sujet, Ă  faire des listes, des tableaux de samples par annĂ©e, Ă  retirer des samples, Ă  en ajouter, etc. Et ensuite dans le dernier rush, Ă©criture Ă  fond durant trois mois.

Comment dĂ©finirais-tu un “bon sample” ? Quelles en seraient ses caractĂ©ristiques d’aprĂšs toi ?
C’est compliquĂ© comme question ! En fait, je n’ai pas vraiment de rĂ©ponses car il y a plein de maniĂšres diffĂ©rentes de sampler. Je ne vois pas vraiment le sample comme un truc Ă  part, comme une sous-discipline. Un bon sample c’est ce qui donne un bon morceau tout simplement. AprĂšs il y a des samples que je trouve pourris : des samples ultra grillĂ©s, avec juste la boucle de deux mesures Ă  la Puff Daddy. C’est moins intĂ©ressant. J’aime plus les trucs Ă  la Stones Throw que je trouve plus intĂ©ressant techniquement. Un bon sample c’est juste un bon morceau de hip-hop avec un sample dedans. Un mauvais sample, c’est juste un truc trop facile qui devient trop proche de la reprise.

Dans l’introduction de ton livre, tu parles de la SP-1200 comme machine ayant jouĂ© un rĂŽle central dans le sampling : peux-tu nous en dire plus ?
Pour plusieurs raisons : tout d’abord elle est devenue abordable Ă  un moment pour les gens. Un sampleur restait cher et pouvait coĂ»ter plusieurs milliers de dollars Ă  une Ă©poque. Pas beaucoup de gens possĂ©daient le SP-1200 en 87/88. Mais quand mĂȘme, c’est ce qui a permis de sampler facilement. Le son hip-hop a changĂ© tout de suite, de façon rapide. Il faudrait poser la question Ă  des beatmakers qui seraient plus Ă  mĂȘme de rĂ©pondre techniquement, mais il y a vraiment un grain de la SP-1200 qui a ensuite Ă©tĂ© reproduit dans d’autres sampleurs. Voila pourquoi cette machine a jouĂ© un rĂŽle clĂ©. Elle a Ă©galement un temps d’échantillonnage plus long que la SP-12 sortie avant. Cela a aussi permis de faire d’autres choses. Il y a des petites techniques qui sont expliquĂ©es dans le livre qui ont Ă©tĂ© utilisĂ©es par les producteurs pour apprivoiser un sample, notamment en enregistrant un sample accĂ©lĂ©rĂ© puis en le dĂ©pitchant dans le sampleur. Cela a façonnĂ© le son hip-hop et la maniĂšre de sampler.

De DJ Premier Ă  Metro Boomin, le sampling semble ĂȘtre devenu un procĂ©dĂ© de crĂ©ation musicale relativement banal dans la musique aujourd’hui. Dans ton livre, tu Ă©voques cependant diffĂ©rentes techniques et Ă©volutions en fonction notamment des Ă©poques (merry go round, chopping, etc.)
 Comment t’es-tu documentĂ© sur ces diffĂ©rentes techniques ? As-tu eu l’occasion d’en discuter avec des producteurs ? Qu’est-ce qui selon toi explique cette Ă©volution des techniques utilisĂ©es ?
D’abord, je lis beaucoup de livres sur la musique. C’est aussi pour cela que j’avais envie d’écrire ce livre. Pour moi tu ne peux pas Ă©crire un livre sur la musique sans lire les autres livres sur la musique, c’est inconcevable. Il y a eu, entre autres, les bouquins d’Amir Said, The Art Of Sampling et surtout The BeatTips Manual qui sont un peu des bibles lĂ -dessus, trĂšs techniques. La rĂ©flexion est vraiment axĂ©e sur le processus crĂ©atif du beatmaking mĂȘme s’il ne raconte pas vraiment d’histoires. AprĂšs, Internet et toutes les interviews vidĂ©os de producteurs qu’il peut y avoir sur les sites de hip-hop amĂ©ricains, les vidĂ©os de Red Bull Music Academy que je trouve vraiment mortelles
 Quand on s’intĂ©resse Ă  la technique de production hip-hop, mĂȘme de musique Ă©lectronique, c’est vraiment indispensable, qualitatif. L’interview de Marley Marl qui invente le sampling moderne, est une mine d’informations, bourrĂ©e d’anecdotes. Des livres, des interviews d’artistes et puis j’ai Ă©galement discutĂ© avec quelques producteurs : Coldcut, The Olympicks, Sully Sefil qui a produit pour NTM entre autres

AprĂšs, c’est la technologie qui change la maniĂšre de sampler et le fait de sampler mĂšne aussi Ă  de nouvelles technologies. Les entreprises ont commencĂ© Ă  prendre conscience Ă  ce qui se faisait dans le hip-hop et Ă  adapter leurs produits Ă  la musique qui Ă©tait produite Ă  cette Ă©poque-lĂ . Le hip-hop est vraiment une musique qui est inscrite dans la technologie, c’est une musique Ă©lectronique majoritairement. Donc oui, c’est la technologie qui explique cette Ă©volution.

Retrouvez l’intĂ©gralitĂ© de l’interview sur Swampdiggers

Tis
Swampdiggers 27 février 2018

- Chronique de Sample!

Juliette Arnaud chronique le livre de Brice Miclet en musique dans l’émission “Par Jupiter !” de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek.

Une chronique à réécouter sur le site de France Inter

Juliette Arnaud
France Inter // Par Jupiter ! 20 février 2018

- Sample!

À moins de vĂ©gĂ©ter depuis des lustres sur une Ăźle dĂ©serte, impossible d’ignorer l’impact du sampling sur la musique moderne. Indissociable du hip-hop, cette technique de collage est analysĂ©e par le journaliste Brice Miclet. ParticuliĂšrement Ă©clairante, l’introduction puise aux fondements du genre avec DJ Kool Herc, inventeur du merry-go-round (merci James Brown) et plus gĂ©nĂ©ralement du breakbeat. LiĂ©es Ă  l’apparition des boĂźtes Ă  rythmes, les mĂ©thodes d’échantillonnage sont soigneusement dĂ©crites. Tout comme les diffĂ©rentes gĂ©nĂ©rations de samplers. Toutefois l’intĂ©rĂȘt principal du livre rĂ©side dans la sĂ©lection discographique, soit une centaine de morceaux rap et autant de samples. L’auteur rappelle ainsi que le lĂ©gendaire « Planet Rock » d’Afrika Bambaataa ne repose pas sur un extrait littĂ©ral du « Trans-Europe Express » de Kraftwerk, mais bien sur une adaptation d’Arthur Baker. Et pourquoi « Buffalo Gals » de Malcom McLaren reste un puzzle sonore tristement formatĂ©. Cas d’école, « Funky Drummer » de papa James est Ă©voquĂ© par le biais de Public Enemy, grĂące aux travaux rĂ©volutionnaires de la Bomb Squad. Alors que l’imparable « Walk On The Wild Side » de Lou Reed renvoie A Tribe Called Quest Ă  l’épineuse question du droit d’auteur
 Si la scĂšne rap hexagonale occupe la portion congrue, les anecdotes sont souvent touchantes. C’est le cas de ce prĂ©lude de Chopin recyclĂ© maladroitement par NTM. Enfin la palme de la singularitĂ© est dĂ©cernĂ©e Ă  Jedi Mind Tricks qui transpose la Nordiste Edita Piekha, compositrice mĂ©connue sous nos cieux mais Ă©gĂ©rie du bloc de l’Est. PrĂ©vert aurait adoré 

Télécharger le #46 de Starwax sur leur site

Vincent Caffiaux
Starwax #46 2e trimestre

- Interview - Le sample selon Brice Miclet, auteur d'un bouquin sur le sujet (pratique)

Dans son livre « Sample ! Aux origines du son hip-hop » aux superbes Ă©ditions Le mot et le reste, Brice Miclet explore l’histoire du sample sous un nouveau jour. On ne s’y intĂ©resse ici pas uniquement d’un point de vue purement judiciaire ni technique. Que nenni. Le journaliste musique Ă©voque cette tradition de collage Ă  travers ses histoires, comme autant de contes urbains entre hip-hop, emcees, beatmakers et musiques du monde (entier). Alors, on lui a ouvert les guillemets.

LE sample – selon toi

Je dirais le sample de « All I Do Is Think Of You » des Jackson 5 par J Dilla sur « Time : The Donut Of The Heart ». Ça n’est pas un choix hyper original, mais c’est le parfait exemple d’un morceau soul qui me laisse complĂštement indiffĂ©rent, et qui samplĂ© sans pour autant ĂȘtre extrĂȘmement modifiĂ© (c’est un sample bien grillĂ©, quand mĂȘme), devient un instrumental magnifique. Ça fait plusieurs annĂ©es que j’écoute ce titre au casque tous les matins ou presque.

Le choix de sample le moins malin

Je pense que les exemples sont nombreux, mais qu’ils se situent au sein des grands procĂšs de l’histoire du sampling. Il y a des fois oĂč on se demande comment les mecs ont pu Ă  ce point donner le bĂąton pour se faire battre. Quand DJ Quik sample la bande originale du film de Bollywood Jyoti pour en faire le titre « Addictive » de Truth Hurts, c’est hallucinant qu’il ne demande pas l’autorisation. Surtout quand on voit le budget mis sur l’album de Truth Hurts, ça allait quand mĂȘme avoir pas mal d’écho
 Evidemment, il y a eu un procĂšs Ă©norme, et ça a coĂ»tĂ© Ă  Truth Hurts sa carriĂšre. Pour le coup, ça, c’est vraiment pas malin.

Le sample que tu as zappé

Il y en a une bonne centaine, mais puisqu’il faut choisir, je dirais celui de « A Day In The Life » de Les DeMerle samplĂ© sur « Time’s Up » de O.C.. C’est une boucle de basse trĂšs simple, mais hyper bien boostĂ©e, qui donne une ambiance trĂšs tĂ©nĂ©breuse au morceau. Je crois que je l’ai enlevĂ© pour laisser la place Ă  « 93 ‘Til Infinity » des Souls Of Mischief. C’est un mal pour un trĂšs bien.

Le sample que tu ajouterais Ă  l’édifice

Il y en a deux : l’intro de « Skylark » de ce chanteur gĂ©nial mais complĂštement oubliĂ© qui s’appelle Jackie Paris, et une autre intro, celle de « Am I A Good Man » de Them Two. Le titre de Them Two a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© samplĂ©, mais mal, je trouve. La descente de basse, les choeurs fous, les grands coups de cymbales
 Y’a un truc Ă  faire, clairement. Ah, et si quelqu’un pouvait rĂ©ussir Ă  sublimer mon morceau de soul prĂ©fĂ©rĂ©, « I’ve Learned It All The Hard Way » de Howard Tate, je lui paye une bouffe. Mais ça va ĂȘtre dur de me sĂ©duire


Le plus long chemin d’un original à un sample

Bonne question
 Le problĂšme, c’est qu’il y a toujours un replay Ă  un certain moment, c’est-Ă -dire que le sample est rejouĂ© par des musiciens ou refait avec des sons gĂ©nĂ©rĂ©s en MAO. Pour moi, ça enlĂšve une Ă©tape. Par contre, des exemples oĂč un titre sample un titre qui sample dĂ©jĂ  un autre titre, Ă  trois Ă©tages, disons, il y a en a pleins
 J’aime beaucoup « In My Bed » d’Amy Winehouse qui sample « Made You Look » de Nas qui sample lui-mĂȘme « Apache » d’Incredible Bongo Band. Mais des exemples Ă  quatre Ă©tages qui soient intĂ©ressants musicalement et sans replay, je n’en connais pas.

L’artiste samplĂ© le plus riche du monde

Paul McCartney, vu qu’il est l’artiste le plus riche au monde et qu’il a Ă©tĂ© samplĂ©. AprĂšs, ceux qui sont vraiment devenus riches grĂące aux samples, ce sont souvent des compositeurs de musique de films ou de gĂ©nĂ©rique radio et tĂ©lĂ©. David Axelrod, Alan Hawkshaw, etc. Ils ont touchĂ© Ă©normĂ©ment de royalties grĂące au hip-hop.

L’artiste qui a le plus samplĂ©

Pour rester dans des noms connus, et par le fait que sa productivité est gigantesque et que sa musique est basée sur le sampling, je dirais Madlib. Il a quatre tonnes de vinyles chez lui, ça lui fait pas mal de matiÚre premiÚre.

Le sample qui te donne envie d’étrangler un lĂ©murien

Sans hĂ©siter, le sample de « Every Breath You Take » de The Police par Puff Daddy sur « I’ll Be Missing You ». C’est vraiment le type de morceau qui tue la magie du sampling. DĂ©jĂ , c’est un morceau franchement naze, et en plus ça sample l’un des riff de guitare les plus connus de l’histoire. En fait, c’est juste une mauvaise reprise. Biggie ne mĂ©ritait pas ça (la chanson est en son hommage).

Le type de musique qui n’a pas Ă©tĂ© samplĂ©

C’est plutĂŽt qu’à ma connaissance, il n’y a pas de style de musique qui n’a pas Ă©tĂ© samplĂ© au moins une fois. Aujourd’hui les diggers sont absolument partout, tous les pays ont Ă©tĂ© visitĂ©s
 Je suis cependant assez surpris de voir le peu de samples cubains parmi les grands albums de l’histoire du hip-hop. Quand on sait quel vivier de dingue reprĂ©sente la musique enregistrĂ©e de ce pays, c’est assez surprenant


Allez vous procurer le bouquin, vous aurez l’air moins con en soirĂ©e gangsta rap – Cognac. Ça peut aider.

Lisez la chronique chez Sourdoreille

Romain
Sourdoreille 14 février 2018

- "Sample!", l’essence du hip-hop par Brice Miclet

Brice Miclet et l’invitĂ© d’Émilie Blon-Metzinger et Luc Frelon pour Sous les Jupes de Fip, accompagnĂ© par le groupe pychĂ© rock d’Istanbul Altın GĂŒn en session live et le chanteur-guitariste de Glasgow Gareth Dickson.

Réécouter l’émission en podcast sur le site de FIP

Luc Frelon
FIP // Sous les jupes de Fip 12 février 2018

- Track ID - Interview de Brice Miclet

Brice Miclet se prĂȘte au jeu du Track ID Ă  l’occasion de la sortie du livre. Une vidĂ©o Ă  revoir sur le site de Konbini.

À lire : Sample !, le premier grand livre à la gloire du sampling dans le hip-hop.

Disponible depuis le 18 janvier, Sample ! Aux origines du son hip-hop, le premier livre du journaliste musical Brice Miclet, retrace quarante ans d’histoire du sampling.

La littĂ©rature musicale est aujourd’hui si volumineuse qu’il est difficile de ne pas trouver son bonheur en librairie, y compris sur des sujets pointus ou trĂšs spĂ©cialisĂ©s. Il en est pourtant un, trĂšs important dans l’histoire du quatriĂšme art, qui n’avait jusqu’alors jamais Ă©tĂ© traitĂ©.

Composante essentielle de la musique Ă©lectronique et essence mĂȘme du hip-hop, le sampling – l’échantillonnage qui consiste Ă  reprendre des morceaux existants pour en crĂ©er de nouveaux −, est bel et bien absent du flot d’ouvrages spĂ©cialisĂ©s en la matiĂšre.

Constatant cela, Brice Miclet, journaliste passionné par le hip-hop, a pris le problÚme à bras-le-corps en écrivant un ouvrage des plus complets : Sample ! Aux origines du son hip-hop (éditions Le mot et le reste).

Paru aux Ă©ditions Le mot et le reste, cet ouvrage de 256 pages commence par une savante leçon d’histoire Ă©numĂ©rant tous les types de samples, les techniques de sampling et les innovations technologiques qui se sont dĂ©veloppĂ©es jusqu’à aujourd’hui.

Des Ă©volutions cycliques faites de hauts et de bas, toujours remises dans leurs contextes politique, social et culturel. Si l’art du sampling ne fut d’abord maĂźtrisĂ© que par une poignĂ©e de DJ, il s’est rapidement transmis jusqu’à arriver Ă  la portĂ©e de nombreux artistes un tant soit peu diggers, faisant du hip-hop une musique Ă  la richesse infinie.

Mais le sampling a aussi son lot de sombres histoires, faites de procĂšs retentissants, particuliĂšrement lors de l’émergence du mouvement dans les annĂ©es 1970-1980. En effet, la pratique a beau avoir donnĂ© certaines des plus belles pĂ©pites du genre, elle n’en reste pas moins un vol, une spoliation Ă©goĂŻste des empreintes sonores issues du travail des instrumentistes. Un “vol bienveillant”, comme aime le qualifier Brice Miclet – mais un vol quand mĂȘme, si bien que les batailles judiciaires pour violation de droits d’auteur ne manquent pas.

L’histoire du sampling en 100 morceaux

Une fois le dĂ©cor plantĂ©, l’auteur nous embarque au cƓur de son travail : un voyage en cent Ă©tapes dont chaque escale se concentre sur un titre samplĂ©, Ă  travers son histoire et de multiples anecdotes. Mais choisir 100 morceaux sur une pĂ©riode longue de quarante ans n’est pas une mince affaire, au vu des innombrables classiques que nous a offerts le hip-hop.

Pour pallier ce problĂšme, Brice Miclet s’est donc montrĂ© ingĂ©nieux en choisissant de n’aborder qu’un sample par artiste. “Sinon on a vite fait de prendre 50 sons de Dr. Dre et 50 de DJ Premier”, s’amuse-t-il. Reste, une fois encore, Ă  faire des choix pertinents.

“Comme toute liste, c’est trĂšs subjectif, mais j’ai voulu dĂ©passer mes affinitĂ©s. J’ai donc tentĂ© de trouver un Ă©quilibre entre les pĂ©riodes. Mais ce qui a fait la diffĂ©rence dans mes choix, ce sont surtout les anecdotes Ă  raconter autour du sample en question.

Dans ma dĂ©marche, j’ai voulu aller bien au-delĂ  d’un simple intĂ©rĂȘt musical et aller au fond des choses – c’est forcĂ©ment plus intĂ©ressant.”

Ainsi, du premier morceau de rap officiellement reconnu, “Rapper’s Delight” du Sugarhill Gang, Ă  “Yah” de Kendrick Lamar, en passant par “What’s The Difference” de Dr. Dre (qui sample ce bon vieux Charles Aznavour), “California Love” de 2Pac, “Hard Knock Life” de Jay Z ou encore “Mask Off” de Future, ce sont donc 100 morceaux de rap amĂ©ricain et français, plus ou moins cĂ©lĂšbres, qui sont dĂ©cortiquĂ©s.

Sample ! Aux origines du son hip-hop est le bouquin idĂ©al pour parfaire sa connaissance du hip-hop. Pour les mĂ©lomanes simplement curieux, il est aussi un excellent moyen de revisiter certains classiques (et d’en dĂ©couvrir des nouveaux).

Jérémie Léger
Konbini 8 février 2017

- Sample ! Les derniers secrets du hip-hop

Pourquoi personne n’y avait pensĂ© plus tĂŽt ? C’est la question que l’on se pose en dĂ©couvrant ces 100 histoires des samples les plus cĂ©lĂšbres, ou les plus Ă©tonnants, de la culture hip-hop. Un livre Ă©rudit Ă  glisser entre toutes les mains.
Si l’histoire du hip-hop ne se lasse point d’ĂȘtre contĂ©e, Ă  grand renfort de beaux livres, de recueils d’images, d’autobiographies, de BD ou de sĂ©ries tĂ©lĂ©, restait un pan essentiel qui n’avait jusqu’ici Ă©tĂ© explorĂ© : la culture du sampling. Des sites dĂ©diĂ©s, comme l’incontournable Whosampled, se proposent bien de cataloguer les innombrables ramifications que cette technique de production a engendrĂ©es. Mais aucune publication sĂ©rieuse ne s’était proposĂ© d’en raconter les histoires, souvent dĂ©licieuses, qui se tapissent dans l’ombre de certains de ses plus cĂ©lĂšbres emprunts. Le livre Sample ! Aux origines du son hip-hop, tout juste paru chez les Ă©ditions Le mot et le reste et Ă©crit par Brice Miclet. Journaliste spĂ©cialiste de la musique pour diverses publications, dont Trax, rĂ©pare enfin cet impair. En brisant quelques idĂ©es reçues au passage.
Le pionnier Afrika Bambaataa reprenant, sur le sĂ©minal Planet Rock, un sample du Trans-Europe Express des Kraftwerk ? Que nenni. Et ce, mĂȘme si le New-Yorkais a ensuite perdu son procĂšs (et beaucoup d’argent) face aux robots de DĂŒsseldorf. En remontant le fil de l’histoire – « c’était un gros boulot de recherches pour ce morceau »–, Brice Miclet pointe un usage mĂ©connu et pourtant rĂ©pandu du hip-hop – par commoditĂ© ou pour s’éviter des ennuis judiciaires : celle de rejouer, avec les mĂȘmes machines (ici le Fairlight CMI) ou les mĂȘmes instruments, en studio, les passages dĂ©sirĂ©s par le producteur hip-hop. Ce qu’il appelle le replay. Ainsi, et contrairement aux idĂ©es reçues, Dr. Dre n’a en fait jamais samplĂ© Woman to Woman de Joe Cocker pour le mythique California Love de Tupac : « Dr. Dre a fait rejouer les pianos et les cuivres de l’original », explique l’auteur.
Mais au-delĂ  des anecdotes, souvent croustillantes, relevĂ©es au long des 100 chapitres du livre, et du dĂ©tail de l’usage inventif, par le hip-hop, des machines – le cĂ©lĂšbre grain « sale » du son du Wu-Tang Clan vient en fait d’une contrainte technique –, Sample ! est avant tout une plongĂ©e dans le vaste spectre des musiques de la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle. Chaque Ă©chantillon est inscrit dans son contexte de production ou d’emprunt, et l’on recroise avec plaisir les figures essentielles ou mĂ©connues des musiques contemporaines, parfois trĂšs Ă©loignĂ©es du hip-hop, mais que les producteurs du genre n’ont cessĂ© de convoquer. Avec force de rĂ©fĂ©rences, on se passionne ainsi pour la reprise du cĂ©lĂšbre sample de batterie Amen Break du groupe The Winstons (1969) par N.W.A, la base de la jungle/ drum’n‘bass. On s’amuse en dĂ©couvrant que la moitiĂ© des Daft Punk, Thomas Bangalter, a vu son Extra Dry (RoulĂ©, 1998) samplĂ© par Jay Dilla et Slum Village – pour le morceau Raise It Up. Et on lit avec attention l’histoire des emprunts des fondateurs de Ninja Tune, Coldcut, de l’icĂŽne du grime Dizzee Rascal ou des prouesses Ă©lectroniques de Timbaland pour Missy Elliott.
Principalement focalisĂ© sur les productions amĂ©ricaines – « ce livre met en avant des innovations, des histoires, et des techniques inĂ©dites du sampling ; et les AmĂ©ricains ont inventĂ© beaucoup de choses » – certains architectes français du son, deuxiĂšme terre du rap, sont toutefois prĂ©sents. À commencer par Philippe Zdar, moitiĂ© de Cassius, pour son travail sur l’instru Qui sĂšme le vent rĂ©colte le tempo de MC Solaar, ou de l’inĂ©vitable DJ Mehdi, qui a tant contribuĂ© au succĂšs du 113 – ici pour Tonton du Bled. PubliĂ© mi-janvier, extrait de la profusion des livres sur la musique parus avant la pĂ©riode des fĂȘtes, Sample ! peut tabler sur un bel Ă©cho mĂ©diatique, et, de fait, une meilleure exposition pour les lecteurs.
C’est tout le mal que l’on souhaite Ă  cet ouvrage dĂ©jĂ  essentiel pour tout amateur de hip-hop, et plus loin, de musique en gĂ©nĂ©ral.

Jean-Paul Deniaud
Trax Février 2018

- Interview : Brice Miclet avec Puzupuzu

Un chaos aux racines du sample avec Brice Miclet, auteur de Sample, Aux Origines du Son Hip-hop au Mot & le Reste (lancement au bar le Hangar Ă  Paris le 1er fĂ©vrier), et Puzupuzu, producteur Ă©lectro et fin connaisseur de boucles, Ă  dĂ©couvrir aux auditions Ă©lectro d’Ile de France des Inouis du Printemps de Bourges jeudi 1er fĂ©vrier au Trabendo.

Réécouter l’émission sur le site de Radio NĂ©o

Thomas Corlin
Radio Néo // Chaos 30 janvier 2018

- Interview - Sampler comme jamais : une histoire du sample

David Blot et Sophie Marchand accueillent Brice Miclet dans le Nova Club pour parler de son dernier ouvrage.

Une émission à réécouter sur le site de Nova

David Blot & Sophie Marchand
Nova // Nova Club 29 janvier 2018

- Basique. Sample.

Des sites comme WhoSampled permettent une “exploration de l’ADN de la musique” et dĂ©voilent les secrets parfois bien gardĂ©s des tubes de rap, mais ils n’ont pas l’érudition et la pĂ©dagogie de Brice Miclet qui, avec son ouvrage Sample! (Ă©ditĂ© par Le mot et le reste) s’aventure “aux origines du son hip-hop”, genre se nourrissant de breakbeats, notes de cuivres et autres extraits volĂ©s Ă  des artistes plus ou moins cĂ©lĂšbres. Selon le journaliste, “ce qui a construit le genre, c’est sa capacitĂ© Ă  absorber, par des procĂ©dĂ©s artistiques, techniques et technologiques, les autres styles musicaux, via le sampling.” Parmi les cent focus, il est bien sĂ»r question de “l’art du mariage entre les Ă©chantillons” de DJ Shadow, Q-Tip empruntant la ligne de basse Ă  Lou Reed (qui empochera les bĂ©nĂ©fices de Can I kick it), de Missy Elliott piochant dans Heart of Glass de Blondie ou What’s The Difference de Dr Dre faisant les poches de Charles Aznavour (Parce que tu crois)
 Aujourd’hui, le sample n’a plus trop le vent en poupe, la “faute” Ă  l’armĂ©e d’avocats entourant les musiciens ? “Il n’est pas mort, il est seulement devenu une corde de plus Ă  l’arc de nombreux jeunes producteurs Ă©mergents”. Sampleur et sans reproches !

A lire ici

Emmanuel Dosda
MIX MAGAZINE Février 2018

- Sample! le premier livre de Brice Miclet

Sorti le 18 janvier aux Ă©ditions Le mot et le reste, Sample ! Aux origines du son hip-hop retrace les quarante ans du sample Ă  travers un livre initiatique. En plus d’un propos historique, Brice Miclet dissĂšque les plus gros samples qui ont fait le succĂšs du genre hip-hop, sur la base d’une centaine de fiches descriptives.

Redonner au sample ses lettres de noblesse

“Sampling est juste un mot plus long pour dire vol. Celui qui affirme honnĂȘtement que le sampling est une forme de crĂ©ativitĂ© n’a jamais fait quoi que ce soit de crĂ©atif”. Cette phrase assassine qui tente de mettre Ă  mal l’essence mĂȘme du sample a Ă©tĂ© prononcĂ©e lors d’une procĂ©dure de justice opposant De La Soul, et son brillant producteur Prince Paul, aux membres du groupe The Turtles. À l’origine de l’affaire, The Turtles accusait le groupe new-yorkais, en la personne de son cĂ©lĂšbre producteur, d’avoir samplĂ© illĂ©galement le titre « You Showed Me » pour rĂ©aliser « Transmitting Live fom Mars » extrait de l’album 3 Feet High & Rising. Au total The Turtles avait exigĂ© 2,5 millions de dollars de dommages et intĂ©rĂȘts auprĂšs de la justice amĂ©ricaine.

En apparence cette simple anecdote narrĂ©e dans Sample : aux origines du son hip-hop est Ă©difiante et suffit Ă  re-contextualiser l’environnement plutĂŽt hostile dans lequel le sample a dĂ» jouer des coudes Ă  une Ă©poque oĂč l’enjeu Ă©tait de s’imposer comme lĂ©gitime et crĂ©atif ; lĂ  oĂč les principaux dĂ©tracteurs du genre ne voyaient dans l’action de sampler qu’une pure et simple violation des ayant-droit et une nĂ©gation de la crĂ©ativitĂ© musicale.

L’évolution du sampling au rythme des machines

Ce cas – prĂ©cisĂ©ment un cas d’école Ă  la fin des annĂ©es 80 / dĂ©but des annĂ©es 90 – donne une idĂ©e de l’accueil rĂ©servĂ© au sample Ă  l’aube des Nineties. Comme le dĂ©crit Brice Miclet dans son livre, aprĂšs avoir Ă©tĂ© savamment explorĂ© et organisĂ© autour de techniques distinctes, le sampling a fait des Ă©mules, et a su se trouver des ambassadeurs de premier plan ; Ă  commencer par son « presque » thĂ©oricien Marley Marl Ă  travers le titre « The Symphony ». Dans la genĂšse du hip-hop, les rĂ©fĂ©rences en matiĂšre de sample ne manquent pas, des plus lointaines comme sur le titre « Rapper’s Delight » par Sugarhill Gang sample de « Good Times » de Chic, aux plus proches de nous, Ă  l’image du titre « Mask Off » de Future sample de « Prison Song » de Tommy Butler feat. Carlton Williams.

Tel que le prĂ©sente l’auteur, le sample a traversĂ© ces trente derniĂšres annĂ©es en trĂ©buchant et se relevant. À la maniĂšre d’un Ă©quilibriste, tatĂŽnnant encore et toujours, faisant face Ă  la dĂ©fiance des artistes samplĂ©s et Ă  un arsenal juridique de plus en plus contraignant ; Ă  commencer par l’application du Fair Use Act et la dĂ©mocratisation des systĂšmes de clearance, astreignant les deejays Ă  reverser des royalties aux artistes samplĂ©s. À tel point que certains hits absolument “bankables” se sont parfois retrouvĂ©s n’ĂȘtre gĂ©nĂ©rateurs d’aucun profit, Ă  l’image de l’excellent « Can I Kick It » sample de « Walk On The Wild Side » et pour lequel la maison de disque Jive a Ă©tĂ© contrainte d’arroser Lou Reed de royalties.

De cette chasse au sampler, l’industrie musicale fait grise mine et se retrouve la victime collatĂ©rale d’un genre qui n’est plus rentable, du fait d’une explosion de bataillons de contentieux. Face Ă  cela, les deejays, n’ont eu d’autres moyens que de s’adapter et d’user de subterfuges par le biais de multiples techniques, tels que le chopping notamment pour pouvoir rĂ©utiliser, tout en dĂ©construisant, les morceaux initiaux.

Savant mélange de références musicales

Dans Sample : aux origines du son hip-hop, la premiĂšre partie porte donc un coup de projecteur sur les typologies de sample, les techniques et Ă©volutions technologiques qui ont permis de dĂ©mocratiser ce procĂ©dĂ© et d’en faire l’ADN du hip-hop, accessible Ă  de nombreux artistes. En parallĂšle d’une chronologie dĂ©cortiquĂ©e au travers de prismes multiples, Ă  la fois politique, culturel et social, le livre offre un voyage initiatique et invite Ă  dĂ©couvrir des titres samplĂ©s, associant des anecdotes Ă  chacun des morceaux et leurs auteurs, brossant Ă©galement les influences des artistes et analysant Ă©galement les techniques, instruments mobilisĂ©s. Aussi, en plus de ce retour en arriĂšre, Brice Miclet nourrit ainsi le lecteur d’une foultitude de rĂ©fĂ©rences musicales au sens large, bĂątissant des ponts entre titres disco, soul et hip-hop et dĂ©montrant que le hip-hop par le biais du sample regorge de pĂ©pites musicales qui ont pour la plupart, une histoire et un sens.

Finalement, l’ouvrage est un parfait prĂ©texte pour revisiter les plus grands classiques du genre hip-hop, et peaufiner vos playlists Ă  souhait. Sans tomber dans une analyse superficielle, cette rĂ©trospective est une parfaite occasion de creuser davantage ce qu’il se cache derriĂšre les plus gros cartons de ces trente derniĂšres annĂ©es. La rĂ©daction recommande !

Lisez la chronique sur le site de Backpackerz

Julie Creuilly
The Backpackerz 27 janvier 2018

- Le Don du sample

À l’occasion de la parution de l’ouvrage Sample ! Aux origines du son hip-hop de Brice Miclet (Ă©ditions Le Mot et Le Reste), Rebecca Manzoni se penche sur les samples : des Ă©chantillons de musique prĂ©-existants, piochĂ©s Ă  droite et Ă  gauche et rĂ©utilisĂ©s dans des nouveaux morceaux.

Écouter la chronique de Rebecca Manzoni sur le site de France Inter

Rebecca Manzoni
France Inter // Pop & Co 29 janvier 2018

- Interview de Brice Miclet - 5 samples qui ont changé l'histoire du hip-hop

Dans un nouveau livre, Brice Miclet dresse une liste de 100 samples ayant marquĂ© le hip-hop des annĂ©es 1970 Ă  nos jours. On lui a demandĂ© d’en choisir 5 et de les commenter pour nous.

Qu’est-ce qui nous fait aimer la musique ? Les notes d’un morceau, l’histoire qui se cache derriĂšre, les souvenirs personnels qu’il nous Ă©voque, la performance technique qu’il Ă©tale ? SĂ»rement un peu tout ça. Le hip-hop, comme tout autre genre de musique, traine avec lui ces composantes, qui en font l’un des plus Ă©coutĂ©s au monde. Il est aussi un brassage presque inĂ©dit de toutes les autres musiques. Un style qui a su s’approprier au fil du temps, sans peur, sans honte, des rythmiques et des sons venus d’ailleurs. Le hip-hop, c’est d’abord une incessante exploration musicale qui joue depuis sa naissance sur un prisme, un Ă©lĂ©ment incontournable : le sample.

Le sample, c’est cet Ă©chantillon musical rĂ©cupĂ©rĂ© ailleurs, dans la chanson d’un autre, le beat d’un autre. C’est cette pincĂ©e d’inconnu ou de souvenir qui nous fait dire : « Ah, mais, c’est pas un sample de [insĂ©rer nom d’artiste peu connu qu’on ressort pour se faire mousser] ? », qui nous fait nous creuser le crĂąne en soirĂ©e pour en trouver l’origine. C’est ce qui fait le sel de, pelle-mĂȘle, « Can I Kick It? » de Tribe Called Quest, « C.R.E.A.M » du Wu-Tang, « California Love », de Tupac, « Work It » de Missy Elliot, « I’ll Be Missing You » de Puff Daddy, « My Name Is
 » d’Eminem ou « Tonton du Bled » de 113 !

Dans son nouveau livre, Sample !, Brice Miclet, journaliste musical, retrace l’histoire du hip-hop en racontant le sample – de ses dĂ©buts dans les block parties du Bronx dans les annĂ©es 1970 Ă  l’utilisation qui en est faite aujourd’hui par Gucci Mane ou Kendrick Lamar. Il y dĂ©crit la genĂšse, la dĂ©mocratisation, l’affirmation commerciale, les rĂ©volutions technologiques, les dĂ©mĂȘlĂ©s judiciaires imparables et, finalement, comment le sample a Ă©tĂ©, et est encore, une composante incontournable du hip-hop. En choisissant 100 samples, pour l’écrasante majoritĂ© issus du rĂ©pertoire amĂ©ricain, de toutes les Ă©poques, Brice Miclet dresse le portrait d’un mouvement nĂ© dans la rue, raconte comment les musiciens pionniers du rap sont allĂ©s piller les rĂ©pertoires alentours pour crĂ©er l’un des courants musicaux les plus importants de notre Ă©poque. On lui a posĂ© quelques questions, et demandĂ© de choisir cinq samples Ă  commenter parmi sa liste.

Quel est ton rapport personnel, ton rapport d’auditeur au hip-hop ?
J’ai commencĂ© Ă  en Ă©couter Ă  9 ans, environ. J’ai dĂ©couvert ça avec les Neg’Marrons, mais je me suis orientĂ© vers le rap amĂ©ricain rapidement. J’ai tout de suite plus Ă©tĂ© West Coast, mĂȘme si Ă  13 ans, avec Nas, j’ai eu mon dĂ©clic East Coast. Pour ce qui est du sample : je fais de la musique, j’ai une formation musicale, donc je me suis toujours intĂ©ressĂ© Ă  d’autres sortes de musique. Le rock d’abord, puis le jazz, les musiques jamaĂŻcaines, etc. Et le lien entre tout ça, entre ma passion pour le hip-hop et les autres musiques auxquelles je m’ouvrais, c’est le sample.

C’est un vaste sujet. Comment l’as-tu dĂ©limitĂ© ?
J’avais dĂ©jĂ  une dĂ©cision un peu arrĂȘtĂ©e : me concentrer sur le hip-hop amĂ©ricain. C’est un choix vraiment subjectif, mais je considĂšre que le hip-hop amĂ©ricain a beaucoup plus innovĂ© au niveau technique et technologique que le hip-hop français Ă  ce niveau-lĂ . Et puis mĂȘme avant ça, je me suis limitĂ© au hip-hop. J’aurais trĂšs bien pu m’ouvrir aux musiques Ă©lectroniques. Pour la liste, on avait dĂ©cidĂ© avec la maison d’édition de prendre un seul sample par artiste. Ça ouvre vachement, tu ne te retrouves pas avec 5 fois le mĂȘme artiste. AprĂšs, il fallait aussi reprĂ©senter les diffĂ©rentes Ă©poques, je voulais avoir un cheminement. Le premier sample date de 1979, le dernier de 2017. Il fallait retracer les Ă©poques, les diffĂ©rentes scĂšnes : le Juice Crew de Marley Marl, les dĂ©buts du G-Funk, la scĂšne alternative avec MF Doom, et montrer que le sample n’est pas mort, donc mettre un paquet de sample des annĂ©es 2000-2010. Et puis aller aussi trouver des artistes samplĂ©s de derriĂšre les fagots. Des samples colombiens, algĂ©riens, indiens, russes, français
 Faire un panorama.

On retrouve quand mĂȘme quelques morceaux français dans le bouquin : Mc Solaar, NTM
 Pourquoi ces quelques-uns ont rĂ©ussi Ă  passer la douane ?
Parce que le bouquin s’adresse Ă  un public français, et ça me paraissait dommage de pas montrer ce que certains producteurs avaient fait. J’ai pris volontairement des samples d’artistes trĂšs connus. Je sais que le rap français explose aujourd’hui, donc c’est bien de montrer Ă  ce public-lĂ , qui peut ĂȘtre jeune, que le rap français aussi fait partie de l’histoire du sample hip-hop.

Le sampling est une technique assez largement connue, mais en lisant ton livre on se rend compte qu’il y a quand mĂȘme beaucoup de spĂ©cificitĂ©s techniques et historiques. Est-ce que toi, avec tes connaissances dĂ©jĂ  Ă©tablies, tu as eu des surprises en Ă©crivant ce bouquin ?
Oui. J’ai dĂ©jĂ  dĂ©couvert beaucoup de sons. Je suis allĂ© chercher des morceaux planquĂ©s, des vieilles perles soul. Mais ce qui m’a vachement surpris, c’est le nombre de replays : des sons qui sont Ă©chantillonnĂ©s mais, qui au lieu d’ĂȘtre bouclĂ©s avec des machines, sont rĂ©jouĂ©s par les musiciens. C’est ce qui se faisait dans le hip-hop du dĂ©but des annĂ©es 1980, ce que faisait Sugarhill Gang, notamment. J’ai Ă©tĂ© assez surpris de voir qu’il y en avait encore pas mal dans les annĂ©es 1990. Dr. Dre l’a beaucoup fait, par exemple. Un des intĂ©rĂȘts et une des difficultĂ©s de ce livre, c’était de dĂ©celer ce qui Ă©tait du replay et ce qui ne l’était pas. Ce n’est pas toujours facile. Le replay, je ne considĂšre presque plus ça comme du sampling, parce qu’on n’extrait pas l’empreinte sonore du morceau prĂ©existant, mais on rejoue.

En parcourant la liste, Ă  part quelques exceptions, les samples vont gĂ©nĂ©ralement puiser dans les dĂ©cennies 1960-1970. Comment expliquer qu’au fil du temps, ces dĂ©cennies restent dĂ©cisives dans les choix de samples ?
Quand le hip-hop est nĂ© dans la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es 1970, les DJ comme Kool Herc, Bambataa ou Grandmaster Flash passaient des disques relativement rĂ©cents. Les gens Ă©coutaient la musique de leur Ă©poque. Quand le hip-hop a commencĂ© Ă  se former, il s’est formĂ© Ă  partir de ces musiques-lĂ . Les DJ samplaient des sons de l’annĂ©e mĂȘme, ou 2, 3 ans avant. C’est simplement le reflet de l’époque Ă  laquelle le hip-hop est nĂ©. Ça a façonnĂ© le son hip-hop, tout le reste s’est construit autour de ce sons des annĂ©es 1970. À partir de la fin des annĂ©es 1980, le hip-hop a commencĂ© Ă  s’ouvrir Ă  plein d’autres musiques. Aujourd’hui, le hip-hop sample des choses qui lui sont vachement contemporaines. En 2012, Kendrick Lamar va sampler un morceau de 2009. Mais oui, tout part de ces annĂ©es-lĂ . Elles sont fondatrices.

Justement, tu parles de la fin des annĂ©es 1980, du hip-hop qui s’ouvre Ă  d’autres genres. Ton premier choix c’est « Rhymin & Stealin » des Beastie Boys (1986), un sample rock. Pourquoi ce morceau ?
Parce que c’est un des premiers sur lequel j’ai Ă©crit, dĂ©jĂ , et surtout parce que c’est le premier morceau de leur album License to Ill, un album mythique du hip-hop. Le premier album hip-hop Ă  s’ĂȘtre hissĂ© tout en haut des charts US gĂ©nĂ©rales. Il s’ouvre sur la batterie de « When The Levee Breaks » de Led Zeppelin, un riff rythmique, rock, mythique. Ce dĂ©but d’album montre que le hip-hop peut sampler beaucoup de choses, pas seulement la soul, mais aussi les classiques rock. Et puis c’est aussi rĂ©vĂ©lateur du son Def Jam. C’est un titre important. Ce sample a Ă©tĂ© vachement utilisĂ© par la suite, notamment par Cold Cut, avec « More Beats & Pieces », que j’aborde aussi dans le bouquin, ou pour « Kim » d’Eminem, basĂ© sur la mĂȘme batterie ultra-lourde, assez lente.

Ton deuxiĂšme choix c’est « Alone Again » de Biz Markie (1991), qui fait office de sample jurisprudence.
Ouais, ça fait partie des samples jurisprudence, mais celui-ci est vraiment trĂšs important. C’est le moment oĂč la lĂ©gislation sur le sample change. En 1991, Biz Markie sample un titre de Gilbert O’Sullivan, « Alone Again (Naturally) ». Mais Biz Markie c’est un rappeur un peu loufoque : il dĂ©tourne le morceau, prend la boucle du couplet sans en changer le tempo ni la tonalitĂ©. Il en fait un truc comique, et Gilbert O’SUllivan n’aime pas du tout, pour lui c’est un manque de respect pour sa musique, en plus il n’a pas donnĂ© l’autorisation. Il porte plainte, Biz Markie perd, et le juge fait jurisprudence, dit qu’à partir de maintenant il faut l’autorisation des artistes samplĂ©s pour les sampler. C’est le dĂ©but des gros deals entre maisons de disques, des artistes samplĂ©s qui commencent Ă  rĂ©clamer un paquet de royalties. C’est un peu schĂ©matisĂ©, parce qu’il y a eu plusieurs procĂšs qui vont amener Ă  cette lĂ©gislation. Mais celui-ci est le plus symbolique. Ce qui est rigolo c’est que c’est pour un morceau un peu nul de Biz Markie. Clairement pas son meilleur, en tout cas. Le jeu n’en valait pas la chandelle, quoi. Il marque en tout cas la fin de l’impunitĂ© dans le sample hip-hop.

Qu’est-ce que ça induit, artistiquement ? Moins de libertĂ©, de crĂ©ativitĂ© ?
C’est surtout que ça commence Ă  coĂ»ter cher, de sampler. On dit souvent qu’ensuite il y a eu moins de samples dans le hip-hop, mais c’est assez faux. Le hip-hop Ă  ce moment-lĂ  a commencĂ© Ă  devenir trĂšs lucratif, donc les maisons de disques pouvaient allonger les biftons pour payer les artistes samplĂ©s. Je ne sais pas si ça a changĂ© grand-chose sur le son hip-hop, je ne pense pas personnellement. Ça a simplement changĂ© la maniĂšre de fonctionner.

C’est marrant aussi que ce soit ce mec-lĂ , O’Sullivan, qui lance la fronde. Avant lui, le rap n’était pas assez populaire pour que les artistes samplĂ©s viennent se plaindre ?
Il y en a qui se sont plaint avant, quand mĂȘme. Les grands spĂ©cialistes c’était Kraftwerk, qui enchaĂźnaient procĂšs sur procĂšs. Afrikaa Bambataa a perdu contre eux. Mais oui, malgrĂ© Run-DMC, les Beasties Boys, LL Cool J, toute l’école Def Jam, qui avaient dĂ©jĂ  fait du chemin, globalement, le mouvement n’était pas encore Ă©norme Ă  l’époque. C’est Ă  la toute fin des annĂ©es 1980 et au dĂ©but des annĂ©es 1990 que le hip-hop a pris une autre dimension, au niveau des ventes. Et puis les artistes samplĂ©s ont commencĂ© Ă  s’apercevoir de ce qu’il se passait dans le hip-hop. Avant ça, ils n’avaient juste pas conscience d’ĂȘtre samplĂ©s, pour une bonne partie. Certains artistes, un peu sortis du circuit musical, ont vu lĂ  l’occasion de revenir sur le devant de la scĂšne et de gagner du fric. AprĂšs, des procĂšs il y en a eu Ă  la pelle pendant les annĂ©es 1990.

Il y a des artistes, qui se sont rĂ©veillĂ©s juste pour se faire rembourser d’un sample passĂ© ?
Il y en a. J’ai des exemples, mais je ne pourrais pas affirmer qu’ils sont revenus juste pour ça. Labi Siffre, par exemple. Il n’était plus trĂšs actif mais il est revenu et a gagnĂ© plusieurs procĂšs. C’est lui qui est samplĂ© sur « My Name Is
 » d’Eminem. Il y a un autre exemple : Sting. Quand The Police se fait sampler par Puff Daddy sur « I’ll Be Missing You », Sting n’est pas sorti du circuit musical mais il a vu une grosse occasion de se faire du fric. Je crois d’ailleurs qu’il a gagnĂ© plus d’argent grĂące au sample que durant sa carriĂšre avec The Police.

Comment c’est possible ?
À l’époque, « I’ll Be Missing You » est devenu le titre le plus passĂ© en radio de tous les temps, sur une certaine pĂ©riode. Ça a Ă©tĂ© un hit monstrueux. Sting a demandĂ© 100% des royalties Ă  Puff Daddy. Et chose marrante, les deux autres membres de The Police n’ont pas touchĂ© un centime de ce sample-lĂ , alors que c’est la guitare d’Andy Summers qui Ă©tait samplĂ©e. Je raconte dans le bouquin une interview dans les annĂ©es 2000, pour laquelle le groupe se rĂ©unit de maniĂšre un peu exceptionnelle, ils n’avaient plus donnĂ© d’interview ensemble depuis longtemps. Ils discutent tous les trois, et Stewart Copland dit « Andy, tu devrais rĂ©clamer des royalties Ă  Sting, c’est ta guitare qui a Ă©tĂ© samplĂ©e. Il se paye des chĂąteaux en Toscane et nous, on n’a rien. » Et Sting rĂ©pond: « Non, on n’a pas de chĂąteaux. En Toscane on appelle ça des palazzos, si tu veux je te prĂȘterai une chambre. »

Sympa, Sting. Le troisiĂšme sample que tu as choisi c’est « Mind Playing Tricks On Me » des Geto Boys (1991).
Celui-lĂ , c’est dĂ©jĂ  parce que c’est un de mes morceaux prĂ©fĂ©rĂ©s de hip-hop en gĂ©nĂ©ral. Geto Boys, c’est un groupe que j’adore, complĂštement dĂ©glinguĂ©. C’est un choix purement musical. DĂ©jĂ , le sample vient d’Isaac Hayes, « Hung Up On Me Baby », sorti en 1974. Il y a plusieurs samples dans le mĂȘme morceau. Deux samples sur les couplets, des descentes de guitare, des amas de mĂ©lodies. Et sur le refrain, juste une mĂ©lodie, jouĂ©e par Isaac Hayes Ă  la gratte, couplĂ©e avec un breakbeat, un sample de batterie tirĂ© de « The Jam » de Graham Central Station. Les deux, la guitare d’Isaac Hayes et le breakbeat, qui sont deux morceaux qui n’ont rien Ă  voir Ă  la base, matchent parfaitement. Rythmiquement, il y a un petit roulement de caisse-claire sur le breakbeat qui colle parfaitement Ă  la guitare, Ă  tel point que les rappeurs ne posent mĂȘme pas sur le refrain, ce qui est assez rare. C’est l’exemple parfait du collage hip-hop.

On continue avec un classique, « Regulate » de Warren G (1994).
Ouais, un morceau trĂšs connu. C’est la maniĂšre de sampler Ă  la West Coast, en prenant une boucle souvent plus longue. Ici elle fait bien quatre mesures, c’est un sample de Michael McDonald, « I Keep Forgettin ». C’est l’archĂ©type du sample West Coast, trĂšs fidĂšle Ă  l’original, pas du tout dĂ©naturĂ©. Le sample est tellement long et fidĂšle qu’on est parfois proche de la reprise. Et puis c’est un morceau super kiffant, c’est l’explosion de Warren G sur la scĂšne nationale. Ça montre qu’il n’y a pas que Dr.Dre ou les Above the Law qui savent faire du G-Funk. C’est un gros hit.

Comme on va passer de 1994 Ă  2017, je vais faire un bond en avance et te demander l’état du sampling dans le hip-hop aujourd’hui, comparĂ© aux annĂ©es 1990.
Dans le hip-hop, le sample a toujours Ă©tĂ© une maniĂšre de s’ouvrir Ă  de nouvelles sonoritĂ©s, d’accĂ©der Ă  de nouveaux sons que les machines ne permettaient pas toujours de crĂ©er. Quand la MAO s’est dĂ©veloppĂ©e, les producteurs hip-hop se sont retrouvĂ©s avec d’autres sonoritĂ©s Ă  leur disposition. Ils les ont vachement utilisĂ©s, parce que ça reste ça, la volontĂ© premiĂšre des producteurs hip-hop : faire de nouveaux sons. À une Ă©poque, le sample Ă©tait vraiment la maniĂšre de faire. Avec la MAO, c’est devenu une des maniĂšres. Aujourd’hui on a des albums oĂč il y a pas de samples du tout, d’autres oĂč il y a plein de samples – les albums de Kendrick. À partir des annĂ©es 2000 le pourcentage de samples dans les sons hip-hop a sĂ»rement baissĂ©, mais c’est aussi parce que le nombre d’artistes a explosĂ© Ă  ce moment-lĂ .

Et ça donne notamment ton dernier choix : « Mask Off » de Future (2017).
Ouais. C’est marrant, parce qu’on a lĂ  un tube ultra-moderne dans le son. C’est son plus gros hit, l’un des plus gros hits hip-hop de 2017. C’est un morceau rĂ©solument moderne, qui a tournĂ© sur Internet, qui a donnĂ© le « Mask Off Challenge », alors que tout ce tube et tout ce cĂŽtĂ© moderne part d’un sample de flĂ»te traversiĂšre d’une comĂ©die musicale, Selma. C’est un sample assez rĂ©fĂ©rencĂ©, cette comĂ©die musicale retrace le combat de Martin Luther King, elle est sortie dans les annĂ©es 1970. Créée en 1972 et mise en vinyle en 1976. Il ne doit pas y avoir tant de gens qui se rendent compte que ce tube trĂšs moderne est basĂ© sur un son de 1976. C’est vraiment un riff, en plus, et un riff lourd de sens, c’est le son principal de la comĂ©die musicale. Ça a du sens.

Et puis c’est marrant de voir Future s’approprier un morceau trùs politique pour parler de bagnoles et de Percocet.
Ouais, alors il y a des gens qui ont dĂ©celĂ© des rĂ©fĂ©rences Ă  la surpopulation carcĂ©rale aux Etats-Unis dans « Mask Off », donc le lien peut ĂȘtre fait ici, quand mĂȘme. Mais c’est avant tout un lien musical. On a une idĂ©e prĂ©conçue et plutĂŽt fausse du sample, il est souvent perçu comme un hommage Ă  un artiste. La plupart du temps c’est d’abord un lien musical. « Mask Off » est un trĂšs bon exemple de cette ambiguĂŻtĂ©.

Pour finir, tu aimerais que les gens retiennent quoi du livre ?
J’aimerais qu’on retienne que le sample n’est pas une pratique caduque ou dĂ©suĂšte. C’est une pratique encore trĂšs actuelle. Dans le sample, il y a souvent un cĂŽtĂ© un peu passĂ©iste, rĂ©servĂ© aux « puristes ». Peut-ĂȘtre que la culture du sample est moins forte qu’avant, mais elle est toujours trĂšs importante dans le hip-hop, et j’ai abordĂ© pas mal de sons modernes pour souligner ça. Ce n’est pas un livre qui s’intĂ©resse uniquement au passĂ©, mais aussi au hip-hop d’aujourd’hui, avec Kendrick, Future, Kaytranada, Lupe Fiasco, Gucci Mane, Drake, etc. J’espĂšre que les gens comprendront ça : le sample, c’est loin d’ĂȘtre fini.

Retrouvez l’interview de Brice Miclet sur le site de i-D

Antoine Mbemba
Vice // i-D 23 janvier 2018

- Bonne feuille : Comment un sample a fait de « It's The Hard Knock Life » de Jay-Z un hit

Le journaliste Brice Miclet publiait le 18 janvier son livre Sample! Aux origines du son hip-hop aux Ă©ditions Le mot et le reste. Il y compile cent histoires qui nous offrent une nouvelle lecture de morceaux lĂ©gendaires. En voici l’une d’entre elle, celle du morceau « It’s The Hard Knock Life » de Jay-Z.

Retrouvez la bonne feuille sur le site de Nova

Brice Miclet
Nova 22 janvier 2018

- Interview de Brice Miclet 2/5

Ellen Ichters interview Brice Miclet dans son “Pony Music” Ă  l’occasion de la sortie de Sample!. Une interview, tout en musique, diffusĂ©e en cinq parties, tous les matins de la semaine.

Réécouter l’interview de Brice Miclet en podcast

Ellen Ichters
RTS // Pony Express 23 janvier 2017

- Interview de Brice Miclet 1/5

Ellen Ichters interview Brice Miclet dans son “Pony Music” Ă  l’occasion de la sortie de Sample!. Une interview, tout en musique, diffusĂ©e en cinq parties, tous les matins de la semaine.

Réécouter l’interview de Brice Miclet en podcast

Ellen Ichters
RTS // Pony Express 22 janvier 2018

- Tour des échantillons - Sample!

Sample !, avec son point d’exclamation qui sonne comme un mot d’ordre, est le titre du premier livre en français exclusivement dĂ©diĂ© au sampling dans le hip-hop. Comme c’est gĂ©nĂ©ralement le cas dans cette collection, l’auteur, Brice Miclet, dĂ©bute par une Ă©tude gĂ©nĂ©rale, abordant divers aspects le long d’un dĂ©veloppement chronologique, avant de s’attarder sur 100 exemples, incontournables ou mĂ©connus, qui amĂšnent de Cloud One samplĂ© par/pour Spoonie G (1979) jusqu’à Billy Paul samplĂ© par/pour Kendrick Lamar (1976/2017). Passionnant, comme d’habitude chez Le mot et le reste.

Lire la chronique sur L’abcdrduson

Greg
L'abcdrduson 23 janvier 2017

- Livre - Sample!

J’ai Ă©tĂ© contactĂ© sur twitter il y a quelques jours par Brice Miclet, l’auteur du livre « SAMPLE ! Aux origines du son hip-hop »  Et forcĂ©ment il faut que je vous en parle !

SAMPLE !

C’est le genre d’initiative qui fait plaisir ! Un livre en français qui parle de samples, on ne pouvait pas passer Ă  cĂŽtĂ©. Sorti prĂ©vue le 18 janvier 2018, « SAMPLE ! Aux origines du son hip-hop » est Ă©ditĂ© par Le mot et le reste. L’ouvrage se veut accessible Ă  tous, et permet d’avoir une comprĂ©hension gĂ©nĂ©rale de l’importance du sample dans la musique et la culture hiphop.

Des anecdotes, plein !

L’intĂ©rĂȘt numĂ©ro un du livre – Ă  mon sens – rĂ©side dans les trĂšs nombreuses anecdotes. PassĂ© l’histoire du sample et les pionniers du sampling, riche en informations, Brice Miclet s’est plongĂ© dans des dizaines de titres afin d’analyser leur origine et le ou les samples qu’ils utilisent. Un vĂ©ritable travail de fourmi qui passe en revue les histoires de samples qui ont fait la crĂ©ation des morceaux phares du hiphop, mais aussi ceux un peu plus obscurs.

Cette culture du sample fĂȘte ses 40 ans : passĂ©e d’une mĂ©thode de crĂ©ation obscure et dĂ©criĂ©e, le sampling s’est Ă©levĂ© au rang d’art. MĂȘme si certains producteurs vont jouer la facilitĂ© avec le sample, on ne peut que saluer le travail incroyable que certains arrivent Ă  produire avec de extraits de vieux morceaux. Un ouvrage qui nous (re)plonge dans cette culture du collage qui puise ses origines dans le funk, le jazz, le rock, le disco, le classique et mĂȘme la chanson française. Un ouvrage qui salue aussi l’évolution technologique des outils qui permettent de sampler.

Bref, si vous ĂȘtes curieux de connaĂźtre l’origine des morceaux hiphop Ă  base de samples, en savoir plus sur une culture qui cĂ©lĂšbre ses 40 ans, et friand d’anecdotes sur les classiques (mais pas que) du hiphop, ce livre est fait pour vous !

Merci Brice et félicitations pour le travail !

Lire la chronique sur Samples.fr

Yann
Samples.fr 16 janvier 2018

- Bonnes feuilles : Les petites histoires des plus grands samples du hip-hop

On le sait: un sample bien senti peut propulser une production hip-hop au rang de hit. Ce que l’on connaüt souvent moins, ce sont le contexte et les anecdotes entourant le choix des extraits à copier.

Notre collaborateur Brice Miclet, dont vous pouvez réguliÚrement lire sur Slate les articles sur la musique, a publié le 18 janvier 2018 Sample! Aux origines du son hip-hop, aux éditions Le mot et le reste.

Nous en publions ci-dessous un extrait de la note de l’auteur, ainsi que trois des cent fiches que compte l’ouvrage.

Lire les bonnes feuilles de Sample! sur Slate.fr

La Rédaction
Slate 20 janvier