ROCK WEST COAST
SURF, GARAGE, FOLK, PSYCHĂ, COUNTRY, LâEFFERVESCENCE DES SIXTIES EN 300 GROUPES
Mue par la révolution électrique, la scÚne de la cÎte Ouest produit la bande-originale des sixties.
Au cours des annĂ©es soixante, le rock connaĂźt sur lâensemble de la cĂŽte ouest des Ătats-Unis une Ă©bullition crĂ©atrice sans Ă©quivalent. De Seattle Ă San Diego en passant par San Francisco et Los Angeles, des milliers de jeunes artistes sâapproprient le patrimoine musical amĂ©ricain, empruntent Ă la fraĂźcheur du rock anglais et sâenivrent de mĂ©lodies exotiques pour rĂ©volutionner le rock, donnant Ă la contre-culture amĂ©ricaine sa bande-son idĂ©ale. Surf, garage, folk, psychĂ©dĂ©lisme, sunshine pop, country rock, etc., les genres se crĂ©ent, se tĂ©lescopent et fusionnent avec une Ă©nergie dont Rock West Coast propose le panorama le plus complet Ă ce jour. IcĂŽnes et sans-grade, suiveurs et francs-tireurs, tous sont racontĂ©s au fil des articles de cette somme : Byrds, Doors, Jefferson Airplane, Grateful Dead, Seeds, Eagles, Love, Surfaris, Beach Boys, Santana, Neil Young, Standells, Janis Joplin, Mamas & Papas, mais aussi les Beau Brummels, Sagittarius, Count Five, Flaminâ Groovies, Tim Hardin, Turtles, Music Machine, Poco, Paul Revere & The Raiders, et bien dâautres.
Revue de presse
- Interview de Steven Jezo-Vannier Les Obsédés textuels Les Obsédés Textuels 14 mai 2014
- Interview de Steven Jezo-Vannier Yuzu Mélodies 17 mai 2014
- Sélection Patrick Beaumont La Gazette Nord-pas-de-Calais
- Bonnes Vibrations Corse matin
- RĂȘve Californien GB CĂ©sar
- California Dreaminâ Le rock West Coast de 1964 Ă 1972 Jean-Christophe Mary Toute la Culture 10 mars 2014
- Les 12 meilleurs livres jamais publiés sur la musique Maxence Grugier Premiere 10 mars 2014
- Easy Rider Radio P.FM 09 février 2014
- Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur lâunderground californien Jean Rouzaud Radio Nova 11 fĂ©vrier 2014
- California Dreamin' de Steven Jezo-Vannier Les Obsédés Textuels 01 avril 2014
- California Dreamin⠻ de Steven Jezo-Vannier, le rock west coast de 1964 à 1972. Le Barbu Toute la culture 04 février 2014
Ce soir, le Cirque Royal vibrera aux sons du cĂ©lĂšbre groupe amĂ©ricain de musique pop : Les Beach Boys. Entrez sans frapper vous propose donc de revenir sur lâhistoire de ce groupe amĂ©ricain qui est lâun des seuls Ă avoir pu rivaliser avec les grands groupes britanniques de lâĂ©poque comme The Beatles, Pink Floyd ou The Rolling Stones. Avec nous pour en parler : â Luc LorfĂšve, journaliste musique pour le magazine Moustique. â Steven JĂ©zo-Vannier, spĂ©cialiste rock et contre-culture des sixties et Ă©galement auteur de « California Dreaminâ », un dictionnaire des groupes de rock west coast entre 1964 et 1972, publiĂ© aux Ăditions Le mot et le reste.
Réécoutez lâĂ©mission sur le site de la RTBF
IntriguĂ©s par la capacitĂ© de lâauteur Ă obtenir des sources introuvables, Les ObsĂ©dĂ©s Textuels ont voulu en savoir plus. Interview.
Interview. Steven Jezo-Vannier, spĂ©cialiste de la contre-culture et de lâunivers rock, vient de publier California Dreaminâ : Le rock west coast de 1964-1972 aux Ă©ditions Le Mot et le Reste. Il revient avec nous sur ce grand mouvement musical et ses acteurs : The Greateful Dead, The Doors, Jefferson Airplane, Frank Zappa, The Mamas & The PapasâŠ
Version audio de lâinterview
« On peut compter quatre grands mouvements qui ensemble dĂ©finissent lâidentitĂ© musicale de la Californie »
Parle-moi de ta découverte du rock west-coast.
Ma dĂ©couverte du son west coast sâest faite naturellement, par goĂ»t. Quand jâĂ©tais enfant je trainais pas mal dans le studio dâenregistrement quâavait construit mon oncle avec ses potes dans le garage de ma grand-mĂšre. Lui, jouait dans un groupe de reggae qui sâappelait Nighty Gayende puis ensuite dans un groupe de rock qui sâappelait CafĂ© CrĂšme et câest comme ça que le rock a commencĂ© Ă me façonner lâoreille.
Et puis ado, jâai Ă©tĂ© happĂ© par le rock. JâĂ©coutais pas mal Police, chez qui on retrouve le duo rock et reggae, pas mal de black music, soul, funk, jazz qui Ă©tait un goĂ»t que je tenais de ma mĂšre, et puis avec un ami dâenfance, qui est tombĂ© aujourdâhui dans le vice de la collection, on a commencĂ© Ă explorer le rock, dĂ©couvert toutes les lĂ©gendes du genre et puis rapidement on sâest fixĂ© dans les annĂ©es 60 et lĂ jâai Ă©tĂ© attrapĂ© par des groupes comme le Grateful Dead, Ă qui jâai consacrĂ© une bio lâannĂ©e derniĂšre, Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service, Crosby, Stills, Nash & Young et dâautres.
Et, puisque jâĂ©tais historien de formation, jâai contextualisĂ© cette musique pour en apprendre plus, pour comprendre les mĂ©canismes et puis jâai dĂ©couvert quâil y avait tous ces groupes dâun mĂȘme creuset quâĂ©tait la cĂŽte ouest. Je me suis passionnĂ© pour leur histoire, pour la scĂšne de San Francisco, pour lâactivitĂ©, la recherche utopique qui sâest faite autour du mouvement hippie, des freaks, et câest ça qui mâa amenĂ© Ă lâĂ©criture sur le rock. Jâai dâabord Ă©crit un essai sur San Francisco et câĂ©tait parti.
Le rock west-coast, câest simplement du rock fait sur la cĂŽte ouest ou est-ce quâon peut parler dâun style musical avec ses propres particularitĂ©s ?
Comme je le disais, il y a vraiment un creuset artistique sur la cĂŽte ouest. Il y a eu une effervescence inĂ©dite qui a secouĂ© lâAmĂ©rique entre 1964 et 1972. Alors ce rock west coast, il est Ă©videment gĂ©ographiquement implantĂ© mais il a aussi ses caractĂ©ristiques fondamentales. Câest une alchimie entre le blues anglais de la British invasion qui a Ă©tĂ© conduite par les Beatles, les Stones, les Kinks et autres puis le folk qui habite vraiment lâĂąme de la cĂŽte ouest amĂ©ricaine suite au Kingston Trio et Ă tous ces succĂšs du dĂ©but des annĂ©es 60. Et tous les musiciens, qui ensuite ont fait la gloire du psychĂ©dĂ©lisme, du garage et autres, ont fait leurs armes dans la folk. Et puis Ă ces deux influences que sont la British invasion et la folk, il faut encore ajouter jazz, country, black music et, pour la premiĂšre fois, la somme de ces traditions musicales amĂ©ricaines, Ă la fois noires et blanches, ont fusionnĂ© dans un ensemble artistique complexe mais homogĂšne quâest le rock west coast.
AprĂšs, on ne peut pas dire vraiment quâil y ait un rock west coast. A vrai dire, on peut compter quatre grands mouvements qui ensemble dĂ©finissent lâidentitĂ© musicale de la Californie, puisque câest en Californie que ça se passe essentiellement : le rock garage, le folk rock, le psychĂ©dĂ©lisme et le country rock.
Le livre retrace la pĂ©riode 1964-1972. Pourquoi avoir choisi ces dates trĂšs prĂ©cises ? Que sâest-il passĂ© de particulier en 1964 et en 1972 ?
Pour ce qui est des bornes chronologiques, câest trĂšs simple. En 64, les groupes anglais commencent Ă dĂ©ferler dans les charts amĂ©ricains, câest la British invasion. Dans la tĂȘte des jeunes de la cĂŽte ouest qui dĂ©couvrent ça, qui dĂ©couvrent les Beatles sur le plateau du Ed Sullivan Show, câest la rĂ©volution. Ils balancent leurs instruments acoustiques, repoussent les groupes de folk traditionnels, sâemparent de lâĂ©lectricitĂ© et du rock. Câest le dĂ©but dâun boom qui est sans doute plus fort encore que le British blues boom anglais qui a donnĂ© naissance Ă toute la rĂ©volution Beatles, Stones et compagnie. Et des dizaines de groupes se font, se dĂ©font et la dynamique crĂ©ative qui est induite par la British invasion ne retombera sur la cĂŽte ouest quâĂ partir de 1972, aprĂšs lâĂ©chec de lâutopie hippie et la mort de quelques-unes des icĂŽnes comme Janis Joplin et Jim Morrison.
Mais dĂšs 69, le nombre de groupes a commencĂ© Ă chuter, il sâen est créé de moins en moins et les anciennes formations, qui avaient plus ou moins de succĂšs, se sĂ©parent si bien quâen 72, il nây a plus que quelques gros poids lourds comme le Dead qui restent sur la cĂŽte ouest.
Il faut ajouter Ă cela que les grandes salles de concert comme le Fillmore West et le Winterland ferment leurs portes, les petits studios ferment aussi, les petits labels indĂ©pendants sont avalĂ©s par les gros et que ces mĂȘmes gros commencent Ă regarder ailleurs notamment ce qui se fait sur la cĂŽte est parce quâaprĂšs le boom de lâouest, câest lâest qui se rĂ©veille notamment autour du glam rock. Le Velvet Underground avait lancĂ© un petit peu le rĂ©veil de lâest puis sont venus Iggy Pop, Patti Smith, les New York DollsâŠ
Et puis on change vĂ©ritablement dâĂ©poque et de nouvelles sonoritĂ©s arrivent qui ne correspondent plus du tout Ă lâidentitĂ© de lâouest qui, elle, ne sâaligne pas et retombe un petit peu dans lâanonymat.
Il faut aussi citer lâAngleterre qui reprend la main sur lâAmĂ©rique avec lâexplosion du rock progressif, du hard, du heavy et bientĂŽt lâarrivĂ©e des punks et tout ça. DâoĂč lâarrĂȘt de la borne chronologique en 72. 64-72 correspond vraiment au boom de lâouest et Ă lâeffervescence et Ă la crĂ©ativitĂ© artistique la plus importante de cette scĂšne musicale.
Les artistes west-coast que tu prĂ©sentes dans ce livre viennent dâhorizons musicaux divers (blues, country, jazz, rock garage, folk). Ont-ils fusionnĂ© leurs musiques ou chacun est-il restĂ© sur son crĂ©neau musical ?
On touche lĂ Ă la grande spĂ©cificitĂ© du son west coast. Il y a la diversitĂ© des horizons comme on le disait tout Ă lâheure et il y a surtout le mĂ©lange des genres, le mĂ©lange de ces horizons. On Ă©voquait les quatre grands mouvements de fond qui animent le son west coast (garage, folk rock, psychĂ©dĂ©lisme, country rock) et ces quatre mouvements correspondent Ă quatre temps dans lâĂ©volution du son entre 64 et 72, quatre Ă©tapes Ă travers lesquelles la plupart des artisans de ce rock de lâouest ont participĂ©.
Donc si on reprend, on a en 64 la British invasion qui entraine la naissance du garage dominĂ© surtout par les Ătats du nord autour de Seattle. LĂ les teenagers sâemparent des guitares Ă©lectriques, des amplis et, dans les garages familiaux, ils jouent ce rock un peu crade, un peu dur, animal, quâest le son garage.
Dans le sud, presque parallĂšlement, les folkeux balancent les guitares acoustiques et prennent lâĂ©lectricitĂ©. Les Byrds mĂšnent la danse avec leur fameuse reprise de « Mr. Tambourine Man » de Dylan et Dylan lui-mĂȘme se convertie Ă lâĂ©lectricitĂ© et emmĂšne avec lui une large part de la jeunesse amĂ©ricaine.
Ensuite arrivent lâacide, les freaks, les hippies, le grand dĂ©rĂšglement des sens comme disait Rimbaud, qui rĂ©interprĂštent folk et garage pour mener au rock psychĂ©dĂ©lique Ă la suite du Grateful Dead, Jefferson Airplane et des autres groupes qui ont dominĂ© la baie de San Francisco.
Ensuite on arrive Ă 68-69. On Ă©puise un peu les ressources du LSD et puis câest la grande dĂ©sillusion, les artistes constatent la dĂ©gĂ©nĂ©rescence du mouvement hippie, lâarrivĂ©e de la violence, les excĂšs de drogues, les morts, le sang dâAltamont, la boue de Woodstock⊠DĂ©sabusĂ©s, ils reviennent un peu sur terre, se rĂ©fugient aux sources du patrimoine musical amĂ©ricain quâest la country et ils façonnent une nouvelle fusion improbable entre la vieille country quâils dĂ©poussiĂšrent et le rock, pour crĂ©er le country rock. Et lĂ encore les Byrds sont Ă la manĆuvre avec Gram Parsons et lâalbum Sweetheart of the Rodeo.
Alors finalement on constate que les artisans de ce son west coast, de ce rock californien, ne sont pas aussi nombreux que le nombre de groupes pourrait le laisser entendre. On retrouve souvent parmi les grandes formations, les mĂȘmes musiciens qui sont allĂ©s dâune expĂ©rience musicale Ă une autre, qui ont laissĂ© tomber un groupe pour en reformer un autre, qui sont partis de lâun pour rejoindre un autre. Il y a un changement permanent qui illustre le besoin de renouvellement et qui puise Ă chaque fois dans diffĂ©rent styles musicaux et câest ça qui fait la particularitĂ© du rock de lâouest.
On retrouve dans ce livre tous ces artistes qui ont fait la lĂ©gende du rock west coast. En rĂ©digeant ces portraits, y a-t-il des artistes que tu as dĂ©couverts sous un jour nouveau ? Par exemple des artistes auxquels tu ne tâĂ©tais pas vraiment intĂ©ressĂ© et que tu as reconsidĂ©rĂ©s aprĂšs avoir rĂ©digĂ© leur histoire.
Il y a surtout les artistes que jâai dĂ©couverts tout court, des artistes dont mes recherches mâont appris lâexistence et je pense que câest lâun des atouts de ce bouquin qui est de ne pas sâarrĂȘter uniquement sur les grandes figures mĂȘme si elles sont prĂ©sentes. On y retrouve surtout tous les petits noms et les grands oubliĂ©s.
Pour ce qui est des changements de points de vue, par rapport Ă mes goĂ»ts personnels, je pourrais parler des Eagles par exemple que jâavais carrĂ©ment oubliĂ© Ă la premiĂšre mouture du livre, quand jâai commencĂ© Ă Ă©tablir le plan et Ă recenser les groupes dont jâallais parler. En fait, Ă la rĂ©daction, je me suis rendu compte que malgrĂ© les critiques frĂ©quentes dont ils font lâobjet de la part des puristes du rock, ils sâinscrivent quand mĂȘme dans lâhistoire de ce son west coast. Mais bon, pour autant, je nâĂ©coute pas franchement leurs disques.
Je pourrais parler de Zappa aussi, qui nâest pas trĂšs facile dâaccĂšs il faut le reconnaĂźtre, et que jâavais un peu laissĂ© sur la touche de mes goĂ»ts personnels mĂȘme si je reconnais bien volontiers que câest un artiste majeur. En Ă©crivant son article, jâai Ă©coutĂ© lâintĂ©gralitĂ© de sa production, comme je lâai fait dâailleurs pour tous les artistes dont je parle dans California Dreaminâ, et Ă lâĂ©coute, jâai appris Ă aimer ce quâil faisait.
Il y a aussi dans ce livre des groupes trĂšs obscurs qui nâont jamais enregistrĂ© aucun disque. Sur quels critĂšres as-tu choisi ces groupes ?
Le critĂšre principal, il est assez simple : pouvoir trouver ou non le disque du groupe en question. Jâai mis un point dâhonneur Ă ne parler strictement que des groupes dont je pouvais Ă©couter la musique. Il y a beaucoup de groupes dont jâai croisĂ© lâexistence mais faute de disques ou de sons Ă portĂ©e, je nâen ai pas parlĂ©s. En gĂ©nĂ©ral, ce sont des groupes qui ont fait un ou deux singles, pas plus, et encore sur des labels indĂ©pendants, tirĂ©s Ă quelques centaines dâexemplaires, distribuĂ©s Ă lâĂ©chelle locale. Sans prĂ©tendre Ă lâexhaustivitĂ©, je pense que California Dreaminâ offre un panorama complet de la scĂšne ouest amĂ©ricaine.
Jâai quand mĂȘme fait deux ou trois exceptions en parlant dâartistes qui nâont mĂȘme pas sorti un single donc Ă©videment je nâai pas pu Ă©couter leurs chansons, je nâai mĂȘme pas trouvĂ© de bootlegs, mais jâai quand mĂȘme choisi dâen parler briĂšvement parce quâils avaient marquĂ©, parce quâils jouaient beaucoup de musique live, Ă©taient trĂšs implantĂ©s localement sur leur petite scĂšne. Pour ceux-lĂ jâai fait une exception.
Parmi les groupes les moins connus, quels sont ceux que tu recommandes. Par exemple, des groupes qui avaient tout pour devenir des grands et qui sont restés anonymes ?
LĂ , je vais te donner une rĂ©ponse un peu bateau, je dirais tous. On ne va pas trier parce que si on trie, on trie Ă partir de quel critĂšre ? Avec mes goĂ»ts personnels ? Je crois que mes goĂ»ts personnels nâont pas grand-chose Ă voir avec ce bouquin, en tout cas jâai essayĂ© de les mettre de cĂŽtĂ©. De la pop sucrĂ©e naĂŻve un peu gnagnan jusquâaux formations les plus expĂ©rimentales et aux chansons les moins Ă©coutables, il y a toujours quelque chose Ă prendre. Si on prend lâexemple de Beaver & Krause, un duo qui sâĂ©tait mis en tĂȘte de promouvoir le synthĂ©tiseur moog. Ils ont fait un album qui sâappelle The Nonesuch Guide to Electronic Music qui est une compilation de sons, quasiment de bruits, de quelques secondes, qui montrent lâĂ©tendue de la capacitĂ© de lâinstrument. Câest un guide, un album qui sâadressait essentiellement aux autres artistes pour leur dire « voilĂ ce quâest capable de faire ce synthĂ© ». Je crois quâils avaient prĂ©sentĂ© ce synthĂ© Ă Zappa notamment et mĂȘme au Beatles et plusieurs groupes lâont adoptĂ©. Lâalbum est inĂ©coutable ou en tout cas sans grand intĂ©rĂȘt et pourtant câest un des grands actes de naissance de la musique Ă©lectronique alors on ne va pas jeter une piĂšce aussi importante.
Parmi les trucs inĂ©coutables, on pourrait encore parler de lâalbum Mass in F Minor des Electric Prunes. Câest une messe en latin passĂ©e Ă la centrifugeuse psychĂ©dĂ©lique. Le projet est insensĂ© mais câest un tĂ©moignage loufoque de la crĂ©ativitĂ© de lâĂ©poque et de la scĂšne locale.
AprĂšs, si lâon veut parler dâinjustice jâirais plutĂŽt chercher des groupes dâun peu plus grande envergure comme Quicksilver Messenger Service qui est quand mĂȘme lâun de 5-6 piliers de la scĂšne de San Francisco avec le Grateful Dead, le Jefferson Airplane, Country Joe McDonald, Creedence Clearwater Revival et auquel lâhistoire ne rend pas forcĂ©ment justice. Aujourdâhui le groupe est totalement inconnu du grand public. Il nây a que les aficionados qui se souviennent du grand guitariste quâĂ©tait John Cipollina et pourtant la musique de Quicksilver est dâune qualitĂ© rare, extraordinaire.
Existait-il des différences notables entre les scÚnes de Los Angeles, San Francisco, Sacramento ou encore San Diego ?
Jâirais jusquâĂ dire des diffĂ©rences fondamentales et je pĂšse mes mots. Pour Sacramento et San Diego, on ne peut pas dire quâelles aient eu des scĂšnes spĂ©cifiques, elles sont incluses dans le rayonnement respectif de San Francisco et de Los Angeles. Mais entre les deux gĂ©antes californiennes, lĂ , il y a un gouffre.
A lâĂ©coute des groupes, on nâentendra pas une diffĂ©rence si flagrante. On retrouvera peut-ĂȘtre une dominante pop Ă Los Angeles et un psychĂ©dĂ©lisme dur Ă San Francisco mais rien de trĂšs marquant. Alors que les groupes de lâĂ©poque se livraient une vĂ©ritable bataille, une bataille acharnĂ©e entre les formations Los Angeles et celles de la Baie de San Francisco oĂč se situe lâĂ©picentre du mouvement psychĂ©dĂ©lique, le mouvement libertaire des hippies qui, eux, revendiquent une authenticitĂ© et une qualitĂ© qui bien supĂ©rieure Ă celle de Los Angeles dont ils traitent les artistes de plastic hippies, de faux freaks, dâopportunistes qui utilisent la mode hippie et qui se font passer pour des hippies pour se faire de lâargent.
Lâune des cibles majeures sont les Mamas & Papas et leur pote Scott McKenzie qui chantait « If Youâre Going to San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair) » qui vĂ©hicule les stĂ©rĂ©otypes sur les hippies dont souffre la communautĂ© San franciscaine dont font entiĂšrement partie les groupes locaux. Grateful Dead, Jefferson Airplane, ils habitent dans Haight Ashbury avec les hippies, ils financent les associations sur place, rĂ©novent des théùtres⊠Ils sont trĂšs impliquĂ©s. Il y a une vraie suspicion permanente de la part des artistes de San Francisco Ă lâĂ©gard des artistes de Los Angeles. Ils ont tendance Ă les prendre un peu de haut. Je me souviens de lâanecdote de Jerry Garcia, le leader du Grateful Dead, qui dĂ©couvre pour la premiĂšre fois les Doors et qui sort de la salle en disant « Jim Morrison, câest une pĂąle copie de Mick Jagger ». Et Ă lâinverse, certains artistes du sud, comme Frank Zappa, parodient et critiques la naĂŻvetĂ© et la superficialitĂ© des hippies, essentiellement de San Francisco puisque câest lĂ que se situe lâĂ©picentre du mouvement.
AprĂšs 1972, le rock west coast sâest transformĂ© en un soft rock au son plus policĂ©. Les Doobie Brothers en sont un bon exemple. Comment expliques-tu cette transformation ?
La transformation du rock west coast en soft rock policĂ©, câest liĂ© Ă toutes les raisons que jâĂ©voquais sur la dĂ©crĂ©pitude du rock californien en 72. Le rock west coast authentique sâest vidĂ© de sa substance dans les annĂ©es 71-72. Seuls restent quelques rares personnages comme Zappa ou le Dead. Pour les grandes icĂŽnes comme les Doors, Janis Joplin, Creedence, câest fini. Et puis de nouveaux groupes sont apparus, de nouveaux artistes, une nouvelle gĂ©nĂ©ration qui forcĂ©ment sâoppose Ă la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente. Câest la logique mĂȘme. Les gĂ©nĂ©rations dâados se suivent et Ă chaque fois, il y a le meurtre symbolique de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente comme les punks lâont fait avec le rock progressif et le hard Ă la fin des annĂ©es 70, de mĂȘme que les Beatles et tout le rock Ă©lectrique des annĂ©es 64-72 lâa fait avec le vieux rockânâroll un peu ringard qui avait lui-mĂȘme abattu la vieille country conservatrice. Il y a un rythme comme ça.
Et puis en 72, toute la scĂšne qui a dominĂ© le rock west coast et une large partie du rock dans lâOccident Ă©taient implantĂ©e depuis 1964. Ăa fait 8 ans quâils sont lĂ , câest dĂ©jĂ un rock un peu vieillissant. Il ne faut pas oublier que le rock est avant tout une musique de teenagers, surtout dans ces annĂ©es-lĂ . Le rock a 20 ans. Il est nĂ© au milieu des annĂ©es 50 avec Elvis en gros. Alors cette nouvelle gĂ©nĂ©ration qui arrive au milieu des annĂ©es 70, comme les Doobie Brothers et les Eagles, est axĂ©e sur un registre un peu plus soft rock et ce soft rock a reçu le soutien des labels, des radios, si bien quâon a commencĂ© Ă parler de rock FM et ce rock policĂ© est fait pour sĂ©duire tout le monde. Câest aussi simple que ça. Mais en rĂ©alitĂ©, ce rock FM, on en fabrique partout, aussi bien sur la cĂŽte ouest que sur la cĂŽte est, en Angleterre et en Europe continentale. Ce qui choque surtout sur la scĂšne californienne, câest le contraste brutal avec la richesse artistique des huit annĂ©es passĂ©es.
Lâarticle ICI
Ce nâest pas un rĂȘve amĂ©ricain. RĂȘver de Californie, câest un sentiment, un Ă©tat dâesprit. Lorsque John Phillips, des Mamas&Papas, et sa femme Michelle posent, au milieu des 60âs, des mots sur lâune des perles du Rock US, ils expriment un profond mal du pays. Mais la mĂ©lodie est lumineuse. Aussi, California Dreaminâ traversera le temps avec cette fausse image dâhymne sunshine pop joyeux. Steven Jezo-Vannier (dĂ©jĂ auteur de San Franbcisco, lâutopie libertaire des sixties ou Grateful Dead) ne pouvait pas trouver meilleur titre pour exprimer la complexitĂ© du rock West Coast, auquel il sâattaque dans cet ouvrage qui fait, dâores et dĂ©jĂ , office de rĂ©fĂ©rence. Surf, folk, garage, country rock, psychĂ©dĂ©lisme⊠le regristre brasse des dizaines de styles, rĂ©unit sous son AOC des centaines dâartistes, des plus connus (Bach Boys, Doors, Jefferson AirplaneâŠ) aux plus obscurs ( qui se souvient quâun Genesis autre que celui de Peter Gabriel avait sĂ©vi entre 1967 et 1968?). Lâauteur sâest attelĂ© Ă la pĂ©riode 64-72. Un pan de lâhistoire du rock. Il dissĂšque les styles, raconte les groupes et fit de ces quelques 540 pages de vĂ©ritables tables de loi du genre. Indispensable.
La CĂŽte-ouest des Ătats-Unis est, depuis lâapparition des musiques populaires US, un vĂ©ritable vivier de talents. Sây sont dâabord Ă©panoui, les jazzmen du style West-Coast, puis aprĂšs le traumatisme âBeatlesâ, des myriades de groupes de Rock qui allaient former Ă leur tour une musique estampillĂ©e âWest-Coastâ mais en mode binaire. Le livre de Steven Jezo-Vannier (California Dreaminâ: Le rock West Coast de 1964 Ă 1972) rend un vibrant hommage Ă ce rock west coast, durant son Ăąge dâor. Quand on y pense : Doors, Beach Boys, Love, Airplane, Hot Tuna, Mamas&Papas (qui donnent son nom au livre), FaminâGroovies, Turtles, Janis Joplin⊠: ça fait du monde, vous ne trouvez pas? Tous-ceux lĂ et bien dâautres sont racontĂ©s dans des articles passionnants qui donnent envie de plonger dans la bande-son de la CĂŽte Ouest. Du surf au folk-rock, de la sunshine pop au psychĂ©dĂ©lisme, lâauteur nâoublie aucun des courants musicaux du rĂȘve californien.
« Couvrant la pĂ©riode 1964 Ă 1972, cet ouvrage relate les temps forts du mouvement contestataire et hippie Ă travers le combat de musiciens bien dĂ©cidĂ©s Ă prendre le pouvoir et lutter contre toutes les censures de lâĂ©poque. Entre 1964, annĂ©e de lâarrivĂ©e des Beatles sur le sol amĂ©ricain et 1972, la musique rock connaĂźt entre LA et San Francisco une Ă©bullition crĂ©atrice qui donne au pays tout entier une bande son pleine de fraicheur et de libertĂ©.
Byrds Doors, The Eagles, Jefferson Airplane , Hot Tuna, Iron Butterfly, Canned Heat, Buffalo SpringfieldThe Flying Buritto Brothers, Grateful Dead, Seeds, Love, Beach Boys, Santana, Neil Young, Janis Joplin, Mamaâs and Papas, Poco, Love pour ne citer quâeux font lâhistoire du mouvement. Steven Jezo Vannier, historien spĂ©cialisĂ© sur la contre-culture amĂ©ricaine des annĂ©es soixante, rassemble et ordonne une somme dâanecdotes et dâinformations sur les artistes connus et moins connus qui ont fait cette scĂšne haute en couleur. Surf, rock, folk, garage, pop country, les genres musicaux se crĂ©ent se tĂ©lescopent et fusionnent dans une libertĂ© totale. Artistes aprĂšs artistes, cet abĂ©cĂ©daire sâadresse Ă tous les fans et amoureux qui veulent en savoir plus sur la scĂšne underground californienne des 60âs. Tous les groupes, artistes et genres musicaux sont racontĂ©s ici de A Ă Z, livrĂ©s avec des dĂ©tails croustillants de maniĂšre chronologique jusquâen 2013.
Cet livre ouvrage trace la route des rĂȘves utopistes dâune gĂ©nĂ©ration mal Ă lâaise dans son rapport Ă lâautoritĂ©, Ă la morale et de ses combats Ă vouloir changer le monde. On le lit dâune seule traite. »
California Dreaminâ- Toute la Culture
« Ă lâoccasion de la parution chez Le Mot et Le reste de California Dreaminâ, le rock West Coast de 1964 Ă 1972, Fluctuat vous proposes un panorama non exhaustif des 12 meilleurs livres sur la musique tous genres confondus (hip hop, post-punk, techno, rock, pop, soul, punk US etcâŠ). Bonne lecture !
Depuis quelques annĂ©es les parutions de livres consacrĂ©s aux diffĂ©rents mouvements ou phĂ©nomĂšnes musicaux sâaccĂ©lĂšre. Avec des collections anciennes (Allia, Le Camion Blanc) ou des petits nouveaux (Rivages Rouges chez Payot-Rivages, Le Mot et le Reste devenu incontournable) et dâautres encore, Ă cheval entre musique et art contemporain (Les presses du rĂ©el, excellente rĂ©fĂ©rence), on peut dire que la France nâa plus Ă pĂątir dâun manque de production en ce qui concerne lâĂ©dition dans ce domaine. On peu mĂȘme parier que dâautres, encore Ă venir, vont rapidement dĂ©bouler sur le marchĂ©, tant de maniĂšre Ă©vidente, la gĂ©nĂ©ration des trentenaires Ă©levĂ©e aux musique actuelles est demandeuse de ce genre dâouvrages. Evidemment, il est difficile, voir mĂȘme injuste, de devoir faire un choix concernant toutes ces parutions. Le principal Ă©tait de prĂ©senter tous les mouvements et courants musicaux, de maniĂšre assez classique (anthologique ou historique) et dâautres fois de maniĂšre plus transversale dans des livres plus originaux. Reste quâavec cette douzaine de livre, votre Ă©ducation musicale est sans aucun doute, plus que complĂšte. Bonne lecture ! »
California Dreaminâ â PremiĂšre
Easy Rider nous consacre deux livres en ce mois de fĂ©vrier : Le California Dreaminâ et Ce siĂšcle aura ta peau !
EXTRAIT
«Enfin un livre complet sur la vague californienne 1964-1972, un abĂ©cĂ©daire â du style dictionnaire du Rock de Michka Assayas, seul vrai outil de travail pour journalistes sĂ©rieux et historiens.
Avec les Ă©ditions « Le Mot et le Reste », STEVENJEZOVANNIER, un Ă©rudit travailleur, nous offre un gros livre, California Dreamin, avec plus de 300 groupes musicaux dĂ©taillĂ©s : 500 pages de ce Rock West Coast qui nous permet de rĂ©aliser que la France nâen a jamais aperçu que 5 Ă 10% !!
Lâintroduction du livre raconte chacune de ces sources, lĂ encore, une parfaite entrĂ©e en matiĂšre pour amateurs de ROOTS. La caricature nâen a retenu QUE le mouvement « Peace and Love », planant, fumeur de Marijuana, vĂȘtu de chemises Ă fleurs, de gilets Ă franges ou de jupons en macramé⊠VoilĂ de quoi en finir avec cette REALITEREDUITE.
AprĂšs la caricature, lâignorance, les Ă -peu-prĂšs et les fausses Ă©vidences, on peut enfin faire un peu le point sur ce dĂ©ferlement qui a quand mĂȘme, soit dit en passant, marquĂ© jusquâĂ lâautre bout du monde.
On se demande comment fait lâauteur au nom Ă©trange, Steven Jezo Vannier, nĂ© en 1984, aprĂšs la new wave !.. Avoir vingt ans en 2004 et en savoir autant sur les sixties relĂšve du dĂ©fi. Lâhistoire dâun gĂ©nĂ©ration qui a voulu DECOLLER de terre, et cette histoire nâest pas finie, car il y en a encore qui cherchent toujours une piste dâatterrissage !»
California Dreaminâ- Nova Planet
« Nous avions consacrĂ© une critique au Sacre du Rock de Steven Jezo-Vannier, il y a moins de deux ans. Depuis, il a Ă©crit⊠trois livres dont celui-ci, jamais en dessous de cinq cent pages ! Graphomane ou tel passionnĂ© du rock quâil lui faille en Ă©crire autant, il devrait rĂ©pondre lors de lâinterview quâil va prochainement nous accorder. Ce California Dreaminâ est dans lâessentiel un dictionnaire des groupes et musiciens de cette musique qui constitua le son West Coast. Une prĂ©sentation trĂšs pertinente sur les origines et lâhistoire de cette musique le prĂ©cĂšde.Pour ceux qui lâont vĂ©cu, le style West Coast Ă©tait entre 1964 et 1972 reconnaissable entre tous particuliĂšrement entre 66 et 70. Pas un aficionado nâaurait pu penser une seconde en Ă©coutant une plage du Dead, de lâAirplane ou des Doobie que ce puisse ĂȘtre des groupes anglais⊠mĂȘme des groupes de L.A ou pire de New York ! Musique influencĂ©e par les drogues, LSD en vente libre dans ses dĂ©buts, la rĂ©volte de la jeunesse, le rejet de lâautoritĂ© et les valeurs consumĂ©ristes, elle laissa libre cours Ă une crĂ©ativitĂ© trĂšs variĂ©e allant de la musique planante Ă un rock plus dĂ©bridĂ©. Les amateurs verront dans ce California Dreamin une sorte de rĂ©ponse au gigantesque Waitin for the Sun de Barney Hoskyns (Allia. 2004) consacrĂ© Ă la musique de Los Angeles. Ăvidemment, Hoskyns disposait dâinformations de premiĂšre main, avait vĂ©cu la plupart de ce dont il rendait compte. Toujours est-il que Jezo-Vannier rend ici une excellente copie, avec un travail de documentation remarquable et pour la peine â digne des grands critiques anglo-saxons. Il est allĂ© chercher ce que le temps aurait laissĂ© sâenvoler dans la baie de Frisco. »
California Dreaminâ- Les ObsĂ©dĂ©s Textuels
EXTRAIT
« California Dreaminâ est une vĂ©ritable Bible, une vĂ©ritable EncyclopĂ©die musicale rassemblant plus de 300 groupes. Les artistes les plus connus â The Doors, Janis Joplin, Frank Zappa, Jefferson Airplanes â y cĂŽtoient les plus obscurs â The Click Kids, Geronimo Black ou encore The Millenium. La Californie devient durant cette dĂ©cennie un vĂ©ritable vivier de talents et dâinfluences⊠»
California Dreaminâ- Toute la Culture