Rock garage
Fuzz, farfisa & distorsions
Des Trashmen Ă Ty Segall, Christophe Brault retrace lâĂ©volution du rock garage en cent albums.
Le rock garage se dĂ©veloppe Ă partir de 1964 en rĂ©action Ă la British Invasion des Animals, Rolling Stones ou Kinks des charts amĂ©ricains. LâinexpĂ©rience et la jeunesse des musiciens ainsi que leur manque de moyens les obligeront souvent Ă rĂ©pĂ©ter et enregistrer dans le garage familial, donnant ainsi Ă leurs productions un son amateur, brut, sale, punk avant lâheure, que lâon baptisera garage. La dĂ©mocratisation de cette mĂ©thode de production va permettre Ă des milliers de groupes de se former, certains dâentre eux obtenant mĂȘme un hit inattendu. Le mouvement psychĂ©dĂ©lique et surtout le rock progressif mettront un terme Ă toute cette Ă©nergie qui rĂ©apparaĂźtra au dĂ©but des annĂ©es 1980 impulsant le courant « revival ». Une nouvelle gĂ©nĂ©ration (Crawdaddys, Chesterfield Kings) qui imitera dans un premier temps ses ainĂ©s avant de sâen Ă©manciper totalement (Lyres, Miracle Workers, Cramps). Les dĂ©cennies suivantes confirmeront la vitalitĂ© de cette scĂšne qui sâĂ©tendra aussi largement en Europe et jusquâĂ nos jours, le succĂšs de la nouvelle scĂšne garage française en Ă©tant la marque. Des Fleshtones Ă Ty Segall, des Fuzztones Ă Jay Reatard, le mouvement est devenu aujourdâhui incontournable pour tous les amateurs et autres dĂ©fenseurs de guitares fuzz et dâorgues farfisa.
Revue de presse
- Ămission spĂ©ciale Transmusicales Mathilde Serrell & Martin Quenehen France Culture // Ping-Pong 2 dĂ©cembre 2016
- Voix de garage Frédéric Isoletta Zibeline Novembre 2016
- BRUT, SALE, PUNK...LE ROCK GARAGE ! Jean Rouzaud Radio Nova // Novaplanet.com 25 août 2016
Je ne vais pas vous faire lâaffront de vous prĂ©senter le musicologue Christophe Brault, qui anime lâĂ©mission Music Machine depuis âŠpff ⊠79 podcasts, me dit-on dans lâoreillette, ni de vous parler du cĂ©lĂšbre confĂ©rencier, ni mĂȘme de lâĂ©rudit universitaire, mais jâai nĂ©anmoins croisĂ© Christophe Brault dans une vie antĂ©rieure. Au dĂ©but des annĂ©es 90, je mâĂ©tais retrouvĂ© quasi seul Ă errer dans les rayons de feu Rennes Musique le seul disquaire qui comptait dans lâouest. Il mâĂ©tait tombĂ© dessus sans que je mây attende. « Vous cherchez quelque chose ? ». AgressĂ© dans mes rĂȘveries, jâavais jetĂ© mon dernier atout : « Vous auriez, Cut lâalbum des Slits ? Des punkettes ! ». « Oui ! Bien sur, tenez ! » .. dit-il en me refilant le disque (introuvable) dans les mains ⊠un disque Ă 140 Frs ⊠une fortune ⊠Pris Ă mon propre piĂšge me voilĂ redirigĂ© vers la caisse la plus proche avec ce qui sâavĂ©rera lâun de mes disques prĂ©fĂ©rĂ©s.
Je mâĂ©loigne du sujet, mais câest aussi, chez Rennes Musique, que je dĂ©couvrais pour la premiĂšre fois, le rock garage, via une compile fabuleuse « The Sound Of The Sixties, Vol.1 », car Ă lâĂ©poque le rock garage sâappelait le rock sixties, câest Ă dire, la musique de ces milliers de groupes qui sâĂ©taient pris la British Invasion dans les gencives.
Petit rappel des faits. En 1964, les Beatles dĂ©barquent en francs tireurs chez lâoncle Sam. En 5 petites minutes, leur Mersey Beat, fracasse tout lâĂ©difice de la musique Pop amĂ©ricaine. A partir de cet instant, et mis Ă part lâĂ©curie Motown qui Ă©chappe Ă la noyade, ce seront les petites teignes anglaises qui vont donner le La.. Aux quatre coins du pays fleurissent des formations dont la plupart ne connaĂźtront dâautre gloire que celle des voisines venues espionner ces grands dadais jouant dans le garage de leurs parents. Quelques fois, certains sâĂ©chapperont des garages familiaux et il paraĂźt mĂȘme que certains connaĂźtront une gloire Ă©phĂ©mĂšre.
Le rock garage, ce sont, les survivants de lâoubli, ceux qui ont rĂ©ussi Ă sortir de la pĂ©nombre des hits parade, tous ces âOne Hit Wonderâ qui furent compilĂ©s par Lenny Kaye, le futur guitariste de Patti Smith. En 1972, Jac Holzman patron dâElectra, le charge de regrouper ses titres prĂ©fĂ©rĂ©s pour sortir un double album, Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 65-68. Ne mĂ©nageons pas nos mots, ceci reprĂ©sente les tables de loi du rock, quâil soit garagiste ou pas. 28 titres explosifs, pop, folk ou psychĂ©dĂ©liques, tout est gĂ©nial, du moindre couinement dâorgue Farsifa, de ces solos sur 3 notes gavĂ©s de fuzz aux chants habitĂ©s Ă peine couverts par des chĆurs bancals. En 1998, Rhino, le fameux label de rééditions, sortira un coffret de 4 disques, quadruplant ainsi le volume des saintes Ă©critures.
Non content dâeux, Rhino double lâexploit en Ă©ditant en 2001, lâĂ©quivalent du 1er coffret Nugget, mais cette fois ci, sur les pays de lâEmpire Britannique. Une nouvelle fois, câest lâorgie, Rhythmân blues, Mersey Beat, Pop magistrale, Mod, Freakbeat, PsychĂ©dĂ©lisme, rien ne nous est Ă©pargnĂ©. Le son AmĂ©ricain se dĂ©marque des Anglais par un son plus brut, mais attention, difficile de faire un choix tant le niveau est Ă©levĂ© de part et dâautre de lâAtlantique.
Si initialement, le rock garage est une invention amĂ©ricaine, on voit bien quâavec le temps on finit par mettre dans le mĂȘme panier, ceux qui influencent et les influencĂ©s. Jâai toujours vu le rock sixties comme un oignon. Au centre, les leaders, puis dans les couches pĂ©riphĂ©riques les outsiders par ordre dâimportance. On aurait par exemple, au 1er niveau les Beatles et les Rolling Stones. Au 2Ăšme niveaux, ce serait les Kinks et les Who. Au 3Ăšme, les Pretty Things, Them, Yardbirds, Small Faces etc. Intellectuellement parlant, jâaurais du mal Ă classer les garagistes, dans les groupes avant le 4Ăšme niveau, mĂȘme si certain titres pris sĂ©parĂ©ment pourraient y figurer, comme le « Midnight To Six » des Pretty Things voir un « You Really Got Me » des Kinks.
Pour Christophe Brault, la frontiĂšre nâest pas si claire. Dans la liste des albums chroniquĂ©s, on retrouve un Kinks, un Who, un Pretty Thing, un Them, un Yardbirds et mĂȘme le 1er Stones. Finalement le Link Wray, lâindien, pionnier du Rock & Roll et de la surf musique est un choix moins incongru, tant son influence fut grande chez les futurs garagistes. Quoi quâil en soit, toute liste est forcement soumise Ă dĂ©bat.
Les choix faits ici sont globalement les bons, on retrouve bien Ă©videment la crĂšme de la crĂšme : le Count Five et son excellente pochette avec le groupe photographiĂ© comme sâil regardait un cercueil mis en terre, les furieux Sonics de Tacoma, les Monks, faux moines dada avec tonsures et robes de bures de rigueur, les Seeds, des illuminĂ©s menĂ©s par le givrĂ© Sky Saxon, dont nous avons dĂ©jĂ parlĂ© ici. Je passe sur les Remains, un peu lisses et sur le 13th Floor Elevator de Roky Erikson croisĂ© aux Transmusicales, pour mâarrĂȘter sur Question Mark et ses Mysterians coupables du seul n°1 de la sĂ©lection, lâimparable « 96 Tears », oubliĂ© des compiles Rhino pour dâobscures raisons de droits. Le titre avec son orgue hypnotique et obsĂ©dant est surnagĂ© par le chant tremblotant de Rudy Martinez et pour les paroles, je laisse aux mathĂ©maticiens le soins de vous en expliquer la teneur. On trouve aussi le 1er album de The Litter dont la reprise « Action Woman » est lâarchĂ©type du genre entre calme et fureur, le tout gavĂ© de guitare fuzz. Lâautre pĂ©pite de leur album est la reprise Ă©lectrifiĂ©e du classique folk de Buffy Sainte Marie, Codeine. Dans les choix moins acadĂ©miques, on croise les Texans de Zakary Thanks et leur Bad Girl jouĂ© Ă Mach 3. On a Ă peine le temps de respirer.
Chez les anglais, les choix sont plus Ă©tonnants. Hormis les tĂ©nors (Stones, Kinks, Who, etc.), on trouve les Animals, groupe que jâai encore une fois du mal Ă classer dans le genre Garagiste. Par contre, les Downliners Sect, et leur Rhythmân Blues sont un morceau de choix et ils seront lâinfluence majeure de Billy Childish lâimmense activiste Garagiste anglais de la fin du XXĂšme siĂšcle. Avec les Birds, on touche une veine Mods avec un ancrage encore trĂšs Rhythmân Blues mais plus acĂ©rĂ©. Dans leur rang, un futur Stones, le petit Ron Wood qui fait encore ses classes. Avec The Action, câest lâautre volant de la culture Mod avec une inspiration trĂšs prononcĂ©e pour la Soul sur laquelle la voix suave de Reg King fait des miracles. La reprise du « Iâll Keep Holding On » des Marvelettes est un modĂšle du genre. Au croisement du Rhythmân Blues original, du psychĂ©dĂ©lisme et saupoudrĂ© de fureur Mods, existe un genre vĂ©nĂ©rĂ© par les esthĂštes gavĂ©s dâamphĂ©tamine, le Freakbeat. MĂȘme si le genre nâa aucune existence lĂ©gale, il permet de regrouper les groupes les plus furieux dans un mĂȘme panier. On trouve ici, The Sorrows, The Eyes, Fleur De Lys, Creation, The Smoke et mĂȘme les Birds sur certains titres. On ne va pas Ă©piloguer sur le sujet, tout est bon et mĂȘme trĂšs bon, câest la quintessence du Rock anglais entre 65 et 67. Enfin, finissons sur le cas Troggs. Pour des raisons obscures, ce groupe qui jouaient dans les premiĂšres catĂ©gories, a Ă©tĂ© relĂ©guĂ© au fil du temps dans les oubliettes de lâhistoire. On peut considĂ©rer les Troggs comme des Seeds anglais. Ils Ă©taient alors sur le devant de la scĂšne, ils composaient de bons albums et ont mĂȘme eu 2 n°1 dans les hits, dont lâinsurpassable « Wild Thing ». Mais leur musique un peu trop sauvage, qui inspirera aussi bien le Hard Rock que les Punks, les poussera vers les groupes de zone B, puis de zone Z.
Bon, je ne vais pas tout dévoiler non plus, mais il y est aussi question du revival garagiste du début des années 80 (Barracudas, Cramps, Fleshtones, Pandoras, etc.), puis des années 2000 qui entérine le genre dans ceux qui comptent.
Si on fait lâimpasse de la bande son, le livre se lit relativement vite, mais il prend une autre saveur lorsquâon prend le temps de dĂ©guster chaque page en Ă©coutant religieusement les titres proposĂ©s. Lâouvrage est plutĂŽt Ă destination des novices, mais lâamateur trouvera aussi son compte en dĂ©couvrant Ă coup sĂ»r de nouvelles pistes pour Ă©tancher sa soif de cambouis.
Lire la chronique sur le site de Alter1fo
Je ne vais pas vous faire lâaffront de vous prĂ©senter le musicologue Christophe Brault, qui anime lâĂ©mission Music Machine depuis âŠpff ⊠79 podcasts, me dit-on dans lâoreillette, ni de vous parler du cĂ©lĂšbre confĂ©rencier, ni mĂȘme de lâĂ©rudit universitaire, mais jâai nĂ©anmoins croisĂ© Christophe Brault dans une vie antĂ©rieure. Au dĂ©but des annĂ©es 90, je mâĂ©tais retrouvĂ© quasi seul Ă errer dans les rayons de feu Rennes Musique le seul disquaire qui comptait dans lâouest. Il mâĂ©tait tombĂ© dessus sans que je mây attende. « Vous cherchez quelque chose ? ». AgressĂ© dans mes rĂȘveries, jâavais jetĂ© mon dernier atout : « Vous auriez, Cut lâalbum des Slits ? Des punkettes ! ». « Oui ! Bien sur, tenez ! » .. dit-il en me refilant le disque (introuvable) dans les mains ⊠un disque Ă 140 Frs ⊠une fortune ⊠Pris Ă mon propre piĂšge me voilĂ redirigĂ© vers la caisse la plus proche avec ce qui sâavĂ©rera lâun de mes disques prĂ©fĂ©rĂ©s.
Je mâĂ©loigne du sujet, mais câest aussi, chez Rennes Musique, que je dĂ©couvrais pour la premiĂšre fois, le rock garage, via une compile fabuleuse « The Sound Of The Sixties, Vol.1 », car Ă lâĂ©poque le rock garage sâappelait le rock sixties, câest Ă dire, la musique de ces milliers de groupes qui sâĂ©taient pris la British Invasion dans les gencives.
Petit rappel des faits. En 1964, les Beatles dĂ©barquent en francs tireurs chez lâoncle Sam. En 5 petites minutes, leur Mersey Beat, fracasse tout lâĂ©difice de la musique Pop amĂ©ricaine. A partir de cet instant, et mis Ă part lâĂ©curie Motown qui Ă©chappe Ă la noyade, ce seront les petites teignes anglaises qui vont donner le La.. Aux quatre coins du pays fleurissent des formations dont la plupart ne connaĂźtront dâautre gloire que celle des voisines venues espionner ces grands dadais jouant dans le garage de leurs parents. Quelques fois, certains sâĂ©chapperont des garages familiaux et il paraĂźt mĂȘme que certains connaĂźtront une gloire Ă©phĂ©mĂšre.
Le rock garage, ce sont, les survivants de lâoubli, ceux qui ont rĂ©ussi Ă sortir de la pĂ©nombre des hits parade, tous ces âOne Hit Wonderâ qui furent compilĂ©s par Lenny Kaye, le futur guitariste de Patti Smith. En 1972, Jac Holzman patron dâElectra, le charge de regrouper ses titres prĂ©fĂ©rĂ©s pour sortir un double album, Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 65-68. Ne mĂ©nageons pas nos mots, ceci reprĂ©sente les tables de loi du rock, quâil soit garagiste ou pas. 28 titres explosifs, pop, folk ou psychĂ©dĂ©liques, tout est gĂ©nial, du moindre couinement dâorgue Farsifa, de ces solos sur 3 notes gavĂ©s de fuzz aux chants habitĂ©s Ă peine couverts par des chĆurs bancals. En 1998, Rhino, le fameux label de rééditions, sortira un coffret de 4 disques, quadruplant ainsi le volume des saintes Ă©critures.
Non content dâeux, Rhino double lâexploit en Ă©ditant en 2001, lâĂ©quivalent du 1er coffret Nugget, mais cette fois ci, sur les pays de lâEmpire Britannique. Une nouvelle fois, câest lâorgie, Rhythmân blues, Mersey Beat, Pop magistrale, Mod, Freakbeat, PsychĂ©dĂ©lisme, rien ne nous est Ă©pargnĂ©. Le son AmĂ©ricain se dĂ©marque des Anglais par un son plus brut, mais attention, difficile de faire un choix tant le niveau est Ă©levĂ© de part et dâautre de lâAtlantique.
Si initialement, le rock garage est une invention amĂ©ricaine, on voit bien quâavec le temps on finit par mettre dans le mĂȘme panier, ceux qui influencent et les influencĂ©s. Jâai toujours vu le rock sixties comme un oignon. Au centre, les leaders, puis dans les couches pĂ©riphĂ©riques les outsiders par ordre dâimportance. On aurait par exemple, au 1er niveau les Beatles et les Rolling Stones. Au 2Ăšme niveaux, ce serait les Kinks et les Who. Au 3Ăšme, les Pretty Things, Them, Yardbirds, Small Faces etc. Intellectuellement parlant, jâaurais du mal Ă classer les garagistes, dans les groupes avant le 4Ăšme niveau, mĂȘme si certain titres pris sĂ©parĂ©ment pourraient y figurer, comme le « Midnight To Six » des Pretty Things voir un « You Really Got Me » des Kinks.
Pour Christophe Brault, la frontiĂšre nâest pas si claire. Dans la liste des albums chroniquĂ©s, on retrouve un Kinks, un Who, un Pretty Thing, un Them, un Yardbirds et mĂȘme le 1er Stones. Finalement le Link Wray, lâindien, pionnier du Rock & Roll et de la surf musique est un choix moins incongru, tant son influence fut grande chez les futurs garagistes. Quoi quâil en soit, toute liste est forcement soumise Ă dĂ©bat.
Les choix faits ici sont globalement les bons, on retrouve bien Ă©videment la crĂšme de la crĂšme : le Count Five et son excellente pochette avec le groupe photographiĂ© comme sâil regardait un cercueil mis en terre, les furieux Sonics de Tacoma, les Monks, faux moines dada avec tonsures et robes de bures de rigueur, les Seeds, des illuminĂ©s menĂ©s par le givrĂ© Sky Saxon, dont nous avons dĂ©jĂ parlĂ© ici. Je passe sur les Remains, un peu lisses et sur le 13th Floor Elevator de Roky Erikson croisĂ© aux Transmusicales, pour mâarrĂȘter sur Question Mark et ses Mysterians coupables du seul n°1 de la sĂ©lection, lâimparable « 96 Tears », oubliĂ© des compiles Rhino pour dâobscures raisons de droits. Le titre avec son orgue hypnotique et obsĂ©dant est surnagĂ© par le chant tremblotant de Rudy Martinez et pour les paroles, je laisse aux mathĂ©maticiens le soins de vous en expliquer la teneur. On trouve aussi le 1er album de The Litter dont la reprise « Action Woman » est lâarchĂ©type du genre entre calme et fureur, le tout gavĂ© de guitare fuzz. Lâautre pĂ©pite de leur album est la reprise Ă©lectrifiĂ©e du classique folk de Buffy Sainte Marie, Codeine. Dans les choix moins acadĂ©miques, on croise les Texans de Zakary Thanks et leur Bad Girl jouĂ© Ă Mach 3. On a Ă peine le temps de respirer.
Chez les anglais, les choix sont plus Ă©tonnants. Hormis les tĂ©nors (Stones, Kinks, Who, etc.), on trouve les Animals, groupe que jâai encore une fois du mal Ă classer dans le genre Garagiste. Par contre, les Downliners Sect, et leur Rhythmân Blues sont un morceau de choix et ils seront lâinfluence majeure de Billy Childish lâimmense activiste Garagiste anglais de la fin du XXĂšme siĂšcle. Avec les Birds, on touche une veine Mods avec un ancrage encore trĂšs Rhythmân Blues mais plus acĂ©rĂ©. Dans leur rang, un futur Stones, le petit Ron Wood qui fait encore ses classes. Avec The Action, câest lâautre volant de la culture Mod avec une inspiration trĂšs prononcĂ©e pour la Soul sur laquelle la voix suave de Reg King fait des miracles. La reprise du « Iâll Keep Holding On » des Marvelettes est un modĂšle du genre. Au croisement du Rhythmân Blues original, du psychĂ©dĂ©lisme et saupoudrĂ© de fureur Mods, existe un genre vĂ©nĂ©rĂ© par les esthĂštes gavĂ©s dâamphĂ©tamine, le Freakbeat. MĂȘme si le genre nâa aucune existence lĂ©gale, il permet de regrouper les groupes les plus furieux dans un mĂȘme panier. On trouve ici, The Sorrows, The Eyes, Fleur De Lys, Creation, The Smoke et mĂȘme les Birds sur certains titres. On ne va pas Ă©piloguer sur le sujet, tout est bon et mĂȘme trĂšs bon, câest la quintessence du Rock anglais entre 65 et 67. Enfin, finissons sur le cas Troggs. Pour des raisons obscures, ce groupe qui jouaient dans les premiĂšres catĂ©gories, a Ă©tĂ© relĂ©guĂ© au fil du temps dans les oubliettes de lâhistoire. On peut considĂ©rer les Troggs comme des Seeds anglais. Ils Ă©taient alors sur le devant de la scĂšne, ils composaient de bons albums et ont mĂȘme eu 2 n°1 dans les hits, dont lâinsurpassable « Wild Thing ». Mais leur musique un peu trop sauvage, qui inspirera aussi bien le Hard Rock que les Punks, les poussera vers les groupes de zone B, puis de zone Z.
Bon, je ne vais pas tout dévoiler non plus, mais il y est aussi question du revival garagiste du début des années 80 (Barracudas, Cramps, Fleshtones, Pandoras, etc.), puis des années 2000 qui entérine le genre dans ceux qui comptent.
Si on fait lâimpasse de la bande son, le livre se lit relativement vite, mais il prend une autre saveur lorsquâon prend le temps de dĂ©guster chaque page en Ă©coutant religieusement les titres proposĂ©s. Lâouvrage est plutĂŽt Ă destination des novices, mais lâamateur trouvera aussi son compte en dĂ©couvrant Ă coup sĂ»r de nouvelles pistes pour Ă©tancher sa soif de cambouis.
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Christophe Brault donnait une confĂ©rence dans le cadre des Transmusicales 2016 et a Ă©tĂ© invitĂ© sur le plateau de lâĂ©mission âPing-Pongâ en compagnie du directeur artistique du festival Jean-Louis Brossard.
Ăcouter lâĂ©mission en podcast sur le site de France Culture
Grand spĂ©cialiste du genre, Christophe Brault comble les adeptes du rock en particulier du genre « Garage » avec la sortie chez Le Mot et le Reste dâune petite bible intitulĂ©e Rock Garage, fuzz, farfiza & distorsions. Rien que ça ! Pour ne fĂącher personne, soyons-clair : le Garage qui nourrit lâhistoire du rock depuis les annĂ©es soixante, sâest sans cesse renouvelĂ© et de nombreux groupes y ont parfois posĂ© un ou deux pieds, ainsi, les Trahsmens, les Cramps, John Spencer Blues Explosion, le VelvetâŠ. Mais le rock Garage, ce genre rĂ©putĂ© sale et peu sophistiquĂ© regorge dâune myriade de groupes, la plupart complĂštement inconnus pour le commun des mortels. De lâintemporel Louie Louie jusquâĂ nos jours ou presque, le recueil de Christophe Brault, construit chronologiquement par albums phares, propose une trĂšs riche introduction historique de lâauteur comme divers classements dâalbums et de groupes plus instructifs les uns que les autres. Un vĂ©ritable inventaire, intelligemment menĂ© et remarquablement documentĂ© sur un genre musical qui nâa jamais cessĂ© de se rĂ©inventer depuis sa crĂ©ation.
Retrouver la chronique sur le site de Zibeline
Si le Rock est fait pour pousser la rĂ©alitĂ© un peu plus loin, pour exprimer lâinexprimable, pour pousser un cri de rĂ©volte devant notre condition dâhumain, alors il est naturel dâuser dâĂ©lectricitĂ© en surcharge, dâamplis saturĂ©s, de sons distordusâŠ
Ce style de performance musicale, câest le ROCKGARAGE, fabriquĂ© Ă lâarrache dans des conditions limites, sans respect pour la syntaxe, les tympans ou les rĂšgles habituelles dâenregistrement. Fuzz (saturation) est la rĂšgle.
Jailli naturellement des chambres, greniers et caves des parents dâadolescents tĂȘtus, repoussĂ© vers les garages afin dâĂ©viter trop de contamination, ce style sâest dĂ©veloppĂ© comme les mauvaises herbes⊠sans fin.
Le Rock Garage est la BASE de toute expression RockânâRoll. Ensuite, les starlettes du genre peuvent toujours rajouter des ingĂ©nieurs du son, des filtres, des cabines, des pistes ou des directeurs artistiques, le mal est fait.
Le livre de Christophe Brault nous donne la naissance en 1961 aux USA, nord-ouest, Ătat de Washington, avec les premiers amateurs, fous de guitare comme Dick Dale (le tube de ce libano polonais est oriental et Rock !), The Chantays (repris par Johnny Thunders des New York Dolls 15 ans plus tard), ou encore lâimparable Louie Louie aux nombreux interprĂštes , et je dois citer le « 96 tears » de Question Mark (vers 1965) pour lâorgue Farfisa.
Mais Ă part ces planĂštes hors du temps, il y eut, en dehors des AmĂ©ricains uniques desperados, beaucoup dâAnglais, pas mal de Surfers, des semi-pros, des dĂ©chainĂ©s, tous se souvenant des merveilles de Bo Diddley, Chuck Berry ou Little Richard.
Car des Shadows aux Beatles, des Flamin Groovies au Velvet, tous ont flirtĂ© avec le GARAGE, comme la rĂ©fĂ©rence de base, lâADN du Rock, comme on ditâŠ
Je ne peux mâempĂȘcher de citer quelques autres modĂšles du genre comme The Seeds, The Sonics, mais aussi MC5, Stooges, Pretty Things, The Kinks et The Who, Small Faces ou Cramps, bref tous ceux qui inventent des choses sans respect ni rĂ©fĂ©rences, oubliĂ©s ou presque Rockabilly, Blues, Folk et Soul et qui crĂ©ent par instinct des sons tortueux et inventifs, souvent sexys et violents, avec des envolĂ©es angĂ©liques inattendues.
En tout cas cette sortie aux Ă©ditions Le Mot et le Reste ne peut que nous rendre modestes : 250 pages de titres, groupes, morceaux et explications, dont mĂȘme les amateurs ne connaissent pas le quart des acteurs et intervenants.
Car le Rock Garage a plusieurs vie : début sixties, puis tout au long de la décennie, puis fin des années 70, puis pendant la New Wave⊠et refrappe encore dans les années 90 et 2000. Un éternel retour, comme tous les grands GENRES.
Ă la rigueur certains ont entendu parler des Count Five, Ă cause de « Psychotic Reaction » (1966), des Troggs grĂące à « Wild Thing », ou de 13th Floor Elevator, Ă cause du psychĂ©dĂ©lismeâŠ
Mais si je vous dis : The Sorrows, The Boots, The Eyes, The Creation, The Wheels, The Monks, rien que pour les années 60, ou Oblivions, Dirt Bombs, Love me Nots, Black Lips, pour les années 2000, vous resterez, comme moi, ébahi devant les relais permanents de ce style : pas moins de 100 groupes sont décrits avec labels, discographie et signes de reconnaissance !
Merci à Christophe Brault pour cette leçon de choses « Garage ».
Découvrez la chronique en musique de Jean Rouzaud sur le site de Nova