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Parution : 20/04/2017
ISBN : 9782360542901
368 pages (14,8 x 21)

Regarde ta jeunesse dans les yeux - nouvelle édition

Naissance du hip-hop français 1980-1990

Une tranche d’histoire musicale exhaustive intelligemment narrĂ©e, aussi passionnante que la nouvelle mouture du classique Can’t Stop Won’t Stop de Jeff Chang.
Benoüt Carretier – Tsugi

préface de Dee Nasty
postface de Solo

Qui connaĂźt l’histoire du premier français Ă  avoir sorti un disque hip-hop en 1983 Ă  Los Angeles aux cĂŽtĂ©s d’un certain Andre Young, futur Dr Dre ? Qui connaĂźt l’histoire des premiĂšres soirĂ©es hebdomadaires hip-hop au dĂ©but des annĂ©es 1980 (Émeraude, Bataclan) ? Celle des premiers graffeurs qui rompent avec les pochoiristes ? Des premiers breakers s’entraĂźnant sur un lino posĂ© Ă  mĂȘme le trottoir ? Ce livre explore la naissance d’un mouvement qui Ă©tait encore une contre-culture (absence d’argent, d’institutions et de mĂ©dias) dans les annĂ©es 1980, loin d’imaginer qu’il allait devenir une culture de masse. En parallĂšle des mouvements artistiques qui la composent, l’histoire du hip-hop français ne peut faire l’économie du rĂ©cit de phĂ©nomĂšnes sociaux ayant jouĂ© un rĂŽle de premier plan (les derniers bidonvilles de Nanterre, la naissance de la banlieue etc.) Pour construire cet ouvrage, Vincent Piolet s’est basĂ© sur les interviews d’une centaine de personnes, allant d’artistes reconnus (Kool Shen, Stomy Bugsy, Bando) Ă  des acteurs anonymes mais respectĂ©s de l’underground (Style J, Saxo, Iron 2), ayant tous pavĂ© un chemin favorable Ă  l’explosion du hip-hop français qui n’aura lieu que dix ans plus tard.

• Lire un extrait

Revue de presse

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- Regarde ta jeunesse dans les yeux Sylvain Bertot fakeforreal.net 10 octobre 2015
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- L'amour Ă  la plage BenoĂźt Carretier Tsugi ÉtĂ© 2015
- Regarde ta jeunesse dans les yeux Florence Marek FrancoFans Juin-Juillet 2015
- Deux ouvrages fouillés célÚbrent le hip-hop made in France Thomas Blondeau Les Inrockuptibles 13 mai 2015
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- Retour aux sources Reverse Avril 2015
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- Old School New School ROYAL S Aligre FM // Old School New School 14 Mai 2015
- Spéciale pionniers US & français avec Vincent Piolet Olivier Cachin Le Mouv' // La sélection d'Olivier Cachin 15 Mai 2015
- L'éternelle jeunesse du hip-hop français Maxime Delcourt Slate.fr 10 Mai 2015
- Chronique du bouquin ultime sur le rap français Olivier Mukiandi Street Rules 4 Mai 2015
- « REGARDE TA JEUNESSE DANS LES YEUX » EST LE GUIDE ULTIME DU HIP-HOP FRANÇAIS DES ANNÉES 80 Rod Galcial Vice // Noisey 29 Avril 2015
- Jurassic rap Thibaut Allemand Let's Motiv 30 Avril 2015
- “Regarde ta jeunesse dans les yeux” : une plongĂ©e fascinante aux origines du rap français Thomas Blondeau Les Inrockuptibles 04/05/2015
- L'ouvrage qui retrace les débuts du hip-hop en France Olivier Mukiandi Street Rules 30 mars 2015
- Interview Vincent Piolet Writer Tonio Cultures urbaines 7 avril 2015
- Vincent Piolet en interview Benjamin Luis RTS // Couleur 3 // Plein le poste 17 avril 2015
- Interview avec Vincent Piolet Stéphane Fortems Le rap en France 15 avril 2015

_ "Numéro spécial Hip-Hop"

“Dans ce numĂ©ro spĂ©cial Hip-Hop, j’ai le plaisir de recevoir Vincent Piolet, auteur du livre documentaire “Regarde ta jeunesse dans tes yeux” publiĂ© aux Ă©ditions “Le mot et le reste”. Dans cet Ă©pisode, l’auteur nous retrace son parcours de collectage qui a durĂ© 3 ans. Trois annĂ©es ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour retrouver certains acteurs du mouvement Hip Hop qui a pris racine dans les terrains vagues de La Chapelle Ă  Paris. Ce livre-documentaire est une oeuvre majeure dans l’histoire du Hip-Hop ! À ne pas manquer !”

Podcast disponible en replay ici

Jedj Cassone
Podcast Le son et la plume 7 mai 2024

- NTM les monstres sacrés

Marchandart vous parle de NTM et, au dĂ©tour, du livre de Vincent Piolet : “un travail exĂ©cutĂ© avec brio”.

Revoir l’émission sur la chaĂźne de Marchandart

Marchandart
Rap Franc SévÚre 8 août 2017

- Interview - Vincent Piolet

L’histoire officielle du hip-hop français, telle que nous l’ont trop souvent racontĂ© les â€œĂ©lites” du rap, se borne la plupart du temps Ă  son aspect commercial, et fait remonter grossiĂšrement sa naissance Ă  la compilation Rapattitude sortie en 1990. C’est pourtant faire l’impasse sur tous ceux qui ont construit les bases durables d’un vaste mouvement qui a changĂ© la vie d’une partie de la jeunesse, et qui ont ƓuvrĂ© dans l’ombre pendant une bonne dizaine d’annĂ©e avant que n’émerge aux yeux de tous cette infime partie, uniquement musicale, de l’édifice. Vincent Piolet s’est attachĂ© Ă  rendre justice Ă  ces pionniers oubliĂ©s dans son remarquable bouquin Regarde ta jeunesse dans les yeux, sorti en mars dernier, et qui donne la parole aux vrais combattants de cette rĂ©volution culturelle. Nous revenons avec lui sur ce travail important, premiĂšre pierre Ă  l’écriture de notre histoire par ceux qui l’ont vĂ©cue, et non par ceux qui en vivent.

Tu dis du hip-hop en France dans les annĂ©es 80 qu’il s’agit d’une “contre-culture”. Penses-tu qu’aujourd’hui c’est devenu une “sous-culture” ?
VINCENTPIOLET : Disons que d’aprĂšs la dĂ©finition que je me suis moi-mĂȘme créée, une “contreculture” c’est : pas d’argent, pas de mĂ©dia, pas d’institution. Donc pendant les annĂ©es 80, on y est typiquement, que ce soit pour le rap, la danse ou le graff – mise Ă  part la parenthĂšse enchantĂ©e de 1983-84, oĂč on a ce “rap de cour de rĂ©crĂ©ation” [dans le sillage de l’émission H.I.P.-H.O.P. animĂ©e par Sidney sur TF1 – NDLR], trĂšs markettĂ©, avec un public ciblĂ© trĂšs jeune. Mais ça redescend trĂšs vite, et dĂšs 1985-86, c’est le trou noir. Donc on passe dans la contre-culture, jusqu’en 1990 oĂč tout se rejoint : l’argent, les mĂ©dias, les institutions. C’est vrai pour le rap, avec la compil’ Rapattitude [sortie de 1990 chez Labelle Noire/ Virgin/EMI – NDLR] dans laquelle chaque major va finir par prendre son rappeur ; pour la danse, Ă  laquelle la danse contemporaine va beaucoup s’intĂ©resser ; pour le graff, qui est exposĂ© au Palais de Chaillot, avec des graffeurs français exposĂ©s pour la premiĂšre fois par AgnĂšs b.
 Les mĂ©dias commencent Ă  s’y intĂ©resser, avec RapLine qui commence [diffusion de 1990 Ă  1993 sur M6 – NDLR], et des Ă©missions comme Ciel Mon Mardi de Dechavanne qui en parlent – sous des angles pas forcĂ©ment bienveillants, mais qui en parlent. Dans les sĂ©ries tĂ©lĂ©, mĂȘme : dans un Ă©pisode du Lyonnais [l’épisode “Taggers” en 1990 dans lequel on retrouve Squat et Solo d’Assassin, JoeyStarr, Marco Prince de FFF aux cĂŽtĂ©s de Guillaume Depardieu ou encore Rachid Taha ! – NDLR], tu as un crew de tagueurs, les Magic Killers, qui font peur Ă  tout le monde
 Et pour les institutions, c’est pareil : Jack Lang reprend le truc, l’UniversitĂ© Paris VIII donne des cours sur le rap
 On passe alors Ă  ce que j’appelle une “sous-culture”. Je ne dis pas du tout ça dans un sens pĂ©joratif, mais dans le sens oĂč, sans ĂȘtre un phĂ©nomĂšne de masse, c’est quelque chose qui est reconnu et qui vit Ă©conomiquement.

Dans ton livre, tu Ă©cris que le propre d’une contre-culture, c’est l’absence d’archives. C’est pour ça que ton bouquin est salutaire, parce que les seules personnes qui peuvent Ă©crire cette histoire, ce sont les gens qui l’ont vĂ©cue. Cette histoire est hĂ©las souvent parasitĂ©e par des historiens autoproclamĂ©s, officiels, qui en ont une vue trĂšs parcellaire, voire orientĂ©e

V.P. : C’est dĂ©jĂ  le constat qu’avaient fait ceux qui voulaient Ă©tudier les dĂ©buts du punk. Le propre d’une contre-culture, comme le punk Ă  ses dĂ©buts, c’est qu’elle ne gĂ©nĂšre pas ses propres archives. Pour le hip-hop, on n’a quasiment rien, pas de flyers, trĂšs peu de photos. On n’a par exemple aucune photo de DJ Chabin au Bataclan, parce que le gĂ©rant ne voulait pas qu’on en prenne ! Pour la radio, pareil : le dĂ©pĂŽt lĂ©gal ça commence mi-1990, je crois, donc on n’a presque rien non plus, Ă  part un tout petit peu de Radio 7. C’était une de mes grandes motivations, d’aller voir les gens. Uniquement. Recueillir leurs histoires, et le faire d’autant plus rapidement qu’une grande majoritĂ© a maintenant la cinquantaine, et que ça commence Ă  faire loin
 Si on ne rĂ©cupĂšre pas ces histoires, elles seront perdues Ă  jamais. Ce ne serait pas si grave si ça n’avait Ă©tĂ© qu’une mode, mais le hip-hop en France est un pilier culturel, qu’on le veuille ou non. Au-delĂ  des critĂšres de qualitĂ© ou de style, ce que les gamins Ă©coutent au collĂšge, c’est du rap français. MĂȘme pas du rap amĂ©ricain. C’est inscrit dans notre culture, c’est un pilier, donc il faut en connaĂźtre les bases, et le seul moyen pour ça c’était d’aller voir les pionniers. J’ai rencontrĂ© entre 100 et 150 personnes. Un choix forcĂ©ment un peu subjectif au dĂ©part, mais mon but a vraiment Ă©tĂ© de rencontrer les acteurs majeurs et reconnus – qui n’ont d’ailleurs pas forcĂ©ment Ă©tĂ© connus par la suite –, tous ces gens qui n’avaient jamais racontĂ© leur histoire. Les historiens ou les sociologues vont te faire des grandes thĂ©ories, mais sans jamais se poser la question de qui Ă©taient vraiment les mecs qui rappaient au terrain vague de La Chapelle Ă  l’époque, et qui dĂ©chiraient tout
 Ce n’étaient pas les NTM, ce n’était pas Assassin, c’étaient d’autres mecs dont on a complĂštement perdu la trace maintenant. C’est leur histoire Ă  eux qui est intĂ©ressante. Comment sont-ils devenus des lĂ©gendes ? Comment se sont mis en place les mythes sur lesquels la culture hip-hop en France s’est construite ? Il n’y a pas de culture sans mythes.

Il faut quand mĂȘme prĂ©ciser que tu n’es ni musicologue, ni historien, ni universitaire. Tu l’as fait par passion, parce que tu estimais que c’était nĂ©cessaire de le faire, et tu as Ă©crit ce bouquin avant mĂȘme d’avoir trouvĂ© un Ă©diteur !
V.P. : Dans les quelques livres que j’avais lus sur le rap français – il y en a peu, et encore moins sur le hip-hop dans son ensemble, puisque les disciplines sont souvent sĂ©parĂ©es –, Ă  chaque fois on datait le dĂ©but Ă  la compil’ Rapattitude, en 1990. Alors que les quelques “pionniers” que je connaissais me racontaient des trucs qui remontaient bien plus avant. Je savais donc que je devais le faire, mais je ne savais pas si j’écrivais bien ! Je ne suis pas Ă©crivain, je ne suis pas journaliste, donc je me suis testĂ©. J’ai Ă©crit un chapitre ou deux, et au bout d’un an et demi je les ai envoyĂ©s Ă  quelques revues, Schnock notamment, qui a publiĂ©. C’est lĂ  que je me suis dit que j’étais capable d’écrire un bouquin et j’ai dĂ©roulĂ© le livre, dans les 2 ans qui ont suivi. J’ai fait Ă©normĂ©ment de rencontres. Au dĂ©but par des connaissances, des recommandations, untel qui connaĂźt untel
 AprĂšs il a fallu retrouver des gens qui avaient complĂštement disparu des radars, c’était limite une enquĂȘte policiĂšre, mais je me suis attelĂ© Ă  la tĂąche. Il y a aussi ceux qui sont devenus des stars, pour lesquels il a parfois fallu ruser, Ă  cause des managers qui font mur
 Pour atteindre Kool Shen par exemple, je me suis prĂ©sentĂ© comme journaliste de poker, et l’agent m’a laissĂ© passer sans problĂšme ! Quand je l’ai eu au tĂ©lĂ©phone, je lui ai tout de suite dit que je me foutais du poker – je connais Ă  peine les rĂšgles – et que je voulais seulement parler des annĂ©es 80. Il aurait pu me raccrocher au nez, mais on s’est parlĂ© pendant plusieurs heures et il Ă©tait trĂšs content de parler de cette pĂ©riode, qu’il n’avait quasiment jamais racontĂ©e. Il n’avait mĂȘme pas lu la bio de Joey Starr ! Leurs versions de l’histoire sont diffĂ©rentes, ils n’ont pas les mĂȘmes souvenirs. Classique : une personne, une histoire
 Dans l’ensemble, tous ceux que j’ai contactĂ©s Ă©taient enthousiastes et, Ă  quelques exceptions prĂšs, j’ai rĂ©ussi Ă  rencontrer qui je voulais, par rĂ©seau ou par ruse.

Mais de lĂ  Ă  Ă©crire un bouquin ! C’est quand mĂȘme pas une dĂ©marche anodine, d’autant que tu n’étais pas “dans l’écriture”. J’imagine que tu as quand-mĂȘme une sacrĂ©e obsession pour la culture hip-hop ?
V.P. : Ma passion pour le rap remonte Ă  l’adolescence, de 1995 Ă  2005, en gros. Je l’ai un peu mise de cĂŽtĂ© en grandissant. Pour ce qui est de l’écriture, j’ai un peu copiĂ© le format de Can’t Stop Won’t Stop de Jeff Chang que j’avais beaucoup aimĂ© : des chapitres courts, un rĂ©cit qui intĂšgre directement les tĂ©moignages, une parole directe. J’avais accrochĂ© au concept, alors je l’avais rangĂ© dans un coin de ma tĂȘte. Quand j’ai eu l’idĂ©e du bouquin, ce qui m’intĂ©ressait le plus c’était le mythe du terrain vague. Je m’étais souvent posĂ© la question de qui y Ă©tait vraiment, parce qu’à en croire tous ceux qui prĂ©tendaient y ĂȘtre, ça donnait l’impression que les premiĂšres free-jams c’était Bercy ! Alors que certains n’avaient mĂȘme pas 6 ans Ă  l’époque ! Donc au dĂ©but je voulais juste faire un bouquin sur le terrain vague. Mais un jour que je discutais avec DJ Chabin – c’était un peu “portes ouvertes” chez lui aux Olympiades [Paris XIIIe – NDLR] – je me suis rendu compte que lui-mĂȘme n’y Ă©tait pas. Pareil pour plein d’autres types, qui te parlent plutĂŽt d’autres lieux : ils allaient au Globo, ou Ă  ChĂątillon
 D’autres encore te ramĂšnent 5 ou 6 ans plus tĂŽt : ils dansaient le jazz-rock au Bata, ils ont vu arriver les premiers rappeurs, et ils se sont mis au hip-hop. D’autres se sont retrouvĂ©s au terrain vague parce qu’on les avait virĂ©s de la salle Paco Rabanne
 Donc ça n’avait pas de sens de parler uniquement du terrain vague. Il fallait raconter l’histoire d’une gĂ©nĂ©ration, celle de cette “contre-culture” dont je parlais tout Ă  l’heure. Je ne savais pas dans quoi je m’embarquais mais j’ai Ă©crit, sans maison d’édition mais persuadĂ© que ça allait intĂ©resser des gens. Ça n’a pas Ă©tĂ© si facile d’en trouver une mais le sujet plaĂźt et va continuer Ă  plaire. On commence Ă  se poser des questions sur notre histoire. Comme aux États-Unis, avec 4 ou 5 ans de dĂ©calage.

Une des principales qualitĂ©s de ton bouquin, mais qui l’expose aussi Ă  la critique, c’est qu’il rend bien compte qu’il n’y a pas d’histoire officielle, qu’il n’y a pas une vĂ©ritĂ©, seulement des vĂ©ritĂ©s. Tu prĂ©sentes mĂȘme des versions contradictoires cĂŽte-Ă -cĂŽte, comme une maniĂšre de dire que “la rĂ©alitĂ©â€ n’est que celle que tu as vĂ©cue.
V.P. : C’est ça. D’ailleurs l’éditeur voulait sous-titrer “La Naissance Du Hip-Hop Français”, et j’ai dĂ» me battre pour que ce soit seulement Ă©crit “Naissance Du Hip-Hop Français”. Il n’y a pas une naissance officielle. J’ai livrĂ© la version des gens que j’ai rencontrĂ©s, Ă  d’autres curieux de contredire ou d’approfondir. Il y a sans doute des points sur lesquels je me suis trompĂ©, d’autres que j’ai manquĂ©s et qui sont sans doute incontournables. J’ai fait un pavĂ© mais ce n’est pas l’histoire officielle. Celui qui prĂ©tend la faire, il vaut mieux ne pas lire son livre ! À d’autres de raconter d’autres “naissances” pour que chacun se forge son avis, son propre ressenti.

Tu dis d’ailleurs dans ta conclusion que tu vois ce livre comme une base, un premier travail de dĂ©frichage, pour que d’autres puissent creuser.
V.P. : C’est ce que j’espĂšre, et surtout pour la province. Parce que je me suis concentrĂ© sur Paris, la banlieue parisienne et Marseille – parce que c’est trĂšs particulier – mais pour le reste, c’est trĂšs anecdotique. Il y a des pionniers Ă  Toulouse, Ă  Strasbourg, Ă  Lyon, Bordeaux, Lille
 Et j’espĂšre que d’autres vont prendre leur micro ou leur stylo pour aller voir tous ces pionniers qui ont la cinquantaine. AprĂšs on compilera, et ça fera une super encyclopĂ©die !

Tu peux expliquer comment tu as construit le bouquin ? Il est organisĂ© de maniĂšre un peu Ă©trange, qui n’est pas chronologique, mais pas non plus complĂštement thĂ©matique. On a une premiĂšre partie qui est mi-chronologique, mi-thĂ©matique, et une seconde qui repose sur des portraits de personnes importantes.
V.P. : C’est vrai. Au dĂ©but, je fais une toute petite partie sur le rap amĂ©ricain, pour replacer un peu le contexte. Puis j’avais tellement d’informations que ça a Ă©tĂ© plus compliquĂ© Ă  organiser. DĂ©jĂ , Ă  l’époque, tout le monde touchait Ă  tout, faisait du graff, de la danse, du rap


Plus ou moins bien [rires] ! Au dĂ©but, on s’essayait Ă  diffĂ©rents trucs, mais au bout d’un moment on se rendait compte qu’il valait mieux abandonner certaines disciplines, Ă  moins d’avoir quelques dĂ©ficiences mentales [rires] !
V.P. : C’est comme ce que dit Akhenaton : les rappeurs, ça a Ă©tĂ© d’abord des mauvais danseurs, ceux qui n’arrivaient plus Ă  suivre le rythme. Et lui en est un bon exemple [rires] ! Mais oui, au dĂ©but tout le monde dansait, puis s’est mis Ă  taguer un peu, graffer puis rapper, quand le complexe vis-Ă -vis du rap amĂ©ricain et de la langue a disparu. Tout ça faisait beaucoup d’informations
 Donc j’ai essayĂ© de faire plusieurs chapitres courts, avec plusieurs petites histoires. Une trentaine ou une quarantaine de chapitres quasi indĂ©pendants, pour que le lecteur puisse piocher dedans. Des petites thĂ©matiques, mais en essayant de respecter une certaine cohĂ©rence chronologique, avec le Bataclan plutĂŽt au dĂ©but et le Deenastyle [l’émission culte de Dee Nasty sur Radio Nova – NDLR] plutĂŽt vers la fin
 Il y a forcĂ©ment des petits retours en arriĂšre, et si tu lis tout d’un trait, tu peux trouver certaines choses qui se rĂ©pĂštent. D’ailleurs certaines personnes dont je parle m’ont appelĂ© pour me dire : “J’ai lu ton livre, tu fais un chapitre sur moi, mais tu racontes pas tel ou tel Ă©vĂ©nement super important, ce n’est pas normal !” Alors que je le raconte, mais vers la fin ! Le type avait juste lu son chapitre [rires] ! C’est simplement parce que j’ai utilisĂ© des bouts de son histoire dans d’autres parties.

Mais mĂȘme si cette organisation peut nous perdre parfois, ça renforce encore le cĂŽtĂ© humble de ton livre. Il y a plein de petites histoires, de petits Ă©pisodes qui se complĂštent, se rĂ©pondent, ou mĂȘme se contredisent. Toujours dans cette idĂ©e qu’il n’y a pas une histoire officielle.
V.P. : Tant mieux, c’était ça le but !

Passons à la couverture. Tu as utilisé une photo, tronquée, de Kool Shen, Solo et JoeyStarr, prise par Yoshi Omori

V.P. : Oui. Elle avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© publiĂ©e dans le livre Mouvement. On est au Globo, autour de 1987 . C’est le crew 93 NTM, ils n’ont pas encore commencĂ© Ă  rapper Ă  l’époque. C’est encore l’armĂ©e mexicaine Ă  l’époque, ils sont trĂšs nombreux [rires] ! Sur la photo initiale, il y a cinq personnes. Je voulais une photo de Yoshi, celle-lĂ  me plaisait, l’éditeur a pris les droits, mais quand j’ai demandĂ© l’autorisation par courtoisie, il y en a un sur les cinq qui a dit non. On a donc Ă©tĂ© obligĂ© de couper la photo en deux : on n’allait pas la jeter, elle Ă©tait payĂ©e ! Comme c’est toujours les mĂȘmes qui gagnent, c’est Kool Shen et JoeyStarr qui sont restĂ©s sur la partie exploitable ! Ça m’embĂȘtait un peu au dĂ©part, je ne tenais pas Ă  mettre NTM en couverture et qu’on croit que c’était pour vendre plus. Mais d’un autre cĂŽtĂ©, c’est intĂ©ressant parce que le titre, Regarde Ta Jeunesse Dans Les Yeux, c’est une phase de Kool Shen dans le morceau Le Monde De Demain. Sur la photo il a un air un peu menaçant, avec un regard trĂšs “Nique Ta MĂšre” ! Ça fait une petite mise en abĂźme.

Tu as choisi le titre aprĂšs la photo ?
V.P. : Non, avant. Je l’ai choisi parce qu’on parle d’une gĂ©nĂ©ration de personnes qu’on a oubliĂ©e, et je trouvais ça joli de dire : “Regardons-les, pour une fois. ArrĂȘtons-nous quelques secondes et regardons cette gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 80, ces gamins qui avaient entre 12 et 25 ans, que personne n’a jamais regardĂ©s.” Plein de bouquins avaient Ă©tĂ© faits sur d’autres mouvements, le punk, le rock
 mais pas encore celui-lĂ .

Et puis c’est aussi une gĂ©nĂ©ration qui a construit une grosse machine Ă  fric !
V.P. : Elle a construit le hip-hop français ! D’abord de façon dĂ©sintĂ©ressĂ©e, comme tout adolescent : ces gamins ont pris le rap amĂ©ricain dans les dents, et Ă  cet Ăąge-lĂ  tu t’amuses, tu ne rĂ©flĂ©chis pas, tu veux juste ĂȘtre le meilleur. Que ce soit en rap, en graff, en danse
, tu veux impressionner ton pote, ton quartier, mais aussi tous ceux que tu n’aimes pas. C’était d’abord un hobby, un exutoire pour certains, quelque chose de trĂšs identitaire, quelque chose de trĂšs fort. Et ça s’est construit peu Ă  peu Ă  travers des mythes, des rites, des hĂ©ros, des lieux, des codes
 Sans le savoir, une culture s’est créée qui n’était pas qu’une pĂąle copie de la culture amĂ©ricaine comme certains l’ont cru, et c’est grĂące Ă  tous ces passionnĂ©s. J’explique donc comment cette gĂ©nĂ©ration a d’abord mis en place une vraie culture, qui ne deviendra une machine que dans les annĂ©es 90, avec une Ă©conomie qui se chiffre en dizaines de millions. Quand on arrive Ă  l’apogĂ©e, L’École Du Micro d’Argent de IAM, ou juste avant que dĂ©barquent les graveurs de CD en 1999-2000, c’était gigantesque. Et depuis les annĂ©es 2000, on est mĂȘme passĂ© Ă  la culture de masse, avec Jay-Z dans le magazine Public, alors qu’au dĂ©part, tu n’entendais pas un seul morceau de rap sur Fun Radio. Donc on est quand mĂȘme arrivĂ© Ă  quelque chose ! Et mĂȘme s’il y a toujours une certaine incomprĂ©hension, elle diminue peu Ă  peu, puisque ceux qui arrivent dans les mĂ©dias aujourd’hui ont connu cette pĂ©riode.

Ce n’est pas pour ça qu’ils sont mieux intentionnĂ©s !
V.P. : Non, mais ils n’ont pas le mĂȘme regard quand mĂȘme. Ils n’y voient plus seulement du “boum boum” qui n’a rien Ă  voir avec la musique. Les premiĂšres chroniques parues dans le mensuel Rock&Folk Ă©taient carrĂ©ment racistes ! “Musique de nĂšgre”, etc. Et ça ne dĂ©rangeait pas.

*Homophobes, en prime : on disait que c’était de la musique pour homosexuels, ce qui sous leur plume Ă©tait insultant ! Il faut dire qu’à l’époque, l’homosexualitĂ© Ă©tait encore un dĂ©lit au regard de la Loi, ça n’a Ă©tĂ© dĂ©pĂ©nalisĂ© qu’en 1981 ou 1982, ce qui bien-sĂ»r n’excuse rien. Pour en revenir Ă  la construction du livre, tu places aussi des petits “focus” sur des Ă©vĂ©nements sociaux, comme toile de fond Ă  ce que tu racontes. Pourquoi ce choix ? *
V.P. : Comme je l’ai dĂ©jĂ  dit, je ne suis ni sociologue, ni historien, donc je n’allais pas pondre des grandes thĂ©ories reliant rap et sociĂ©tĂ© comme le font certains. Mais j’ai quand mĂȘme mis quelques “flashs” pour rappeler la vie politique et sociale de l’époque. Une ou deux pages Ă  chaque fois, pas plus, pour qu’un gamin de 20 ans qui prendrait le bouquin puisse avoir une idĂ©e de ce qu’étaient les annĂ©es 80 en France. La gauche au pouvoir, la droite qui revient, les Ă©meutes de VĂ©nissieux, les premiers charters, les manifs Devacquet
 Essayer de dĂ©crire un peu l’atmosphĂšre, la vie des quartiers, la banlieue qui change : ce ne sont plus des loulous avec une banane et un perfecto qui boivent de la Valstar [biĂšre en bouteilles consignĂ©es, aujourd’hui disparue – NDLR]. On passe Ă  des enfants d’immigrĂ©s qui s’habillent plutĂŽt en Adidas, en K-Way, qui n’écoutent plus la musique de leurs grands frĂšres. Il y a un changement radical en quelques annĂ©es. Je parle aussi de l’apparition des ZEP [Zones d’Éducation Prioritaires – NDLR], de la Marche pour l’ÉgalitĂ© trĂšs vite rĂ©cupĂ©rĂ©e par SOS Racisme [satellite du Parti Socialiste – NDLR], de l’émergence des radios libres
 Comme des petits rappels pour mieux comprendre ce qui s’est passĂ©. Je ne dis pas trop de bĂȘtises je crois, je ne m’enfonce pas dans de grandes thĂ©ories. Et puis les gens te parlent de tout ça, de toute façon. Ils te parlent des skins nazis, par exemple, dont Paris a Ă©tĂ© nettoyĂ©e par certains Ă  l’époque


C’est une autre histoire sur laquelle les gens se bagarrent celle-lĂ  ! Qui a vraiment nettoyĂ© les rues de Paris des fachos ? Il n’y a pas d’histoire officielle de ça non plus !
V.P. : C’est vrai. Mais dans mon bouquin je ne parle pas trop des “bandes”, d’ailleurs, de skins ou autres. Je fais bien la distinction avec les crews, comme le font ceux qui ont vĂ©cu cette pĂ©riode. Les crews de graffeurs ou de danseurs qui Ă©taient lĂ  pour vivre le hip-hop n’avaient rien Ă  voir avec des bandes comme les Panthers, par exemple, qui Ă©taient lĂ  pour se taper contre les skins nazis. Beaucoup ont fait des amalgames. C’est comme ça que tu te retrouves avec le quotidien France Soir qui publie la carte des gangs en France et qui parle des Little MC’s ou des NTM comme de gangs, ou des Zulus comme d’un groupe paramilitaire ! Et mĂȘme les bandes c’est pas encore des gangs ! On n’est pas aux États-Unis, ce n’est pas du tout la mĂȘme chose ! Moi je me suis limitĂ© aux gens qui aimaient le hip-hop. Les Requins Vicieux, au dĂ©part, c’étaient des danseurs. C’est pour ça que je parle d’eux, de leurs dĂ©buts. AprĂšs, ça ne me regarde plus, je ne connais pas et je ne cherche pas Ă  connaĂźtre
 Mais les dĂ©buts, avec MC Jean Gab’1 notamment qui m’en parle, ça m’intĂ©resse. Pour lui, la danse c’était super important ! Alors certes, ils tapaient quelques baskets, quelques manteaux, ils allaient se taper dehors
 Il y avait de la violence, au terrain vague ça se tapait rĂ©guliĂšrement, il y avait de la dĂ©pouille
 Le mec qui se pointait avec un appareil photo en se croyant au zoo, il allait repartir en slip ! Si tu ne connaissais pas, il valait mieux se faire tout petit, il y avait quand-mĂȘme certains codes. La violence Ă©tait prĂ©sente, c’est vrai, mais ce n’était pas l’élĂ©ment moteur.

C’était une culture de mecs de quartiers, normal ! Et puis il y avait un phĂ©nomĂšne d’envie. Celui qui habitait loin de Paname, qui n’avait pas accĂšs aux boutiques ou aux voyages Ă  New York, ça pouvait arriver qu’il ait envie de se servir

V.P. : Tu pouvais trouver de la sape chez Dan de Ticaret, qui importait, mais ça coĂ»tait un certain prix, quoi
 Une name plate [boucle de ceinture composable dans laquelle on mettait son nom en grosses lettres – NDLR], ce n’était pas donnĂ© !

Un autre truc passionnant du bouquin, c’est que ça rappelle un malentendu : en fait, le rap en France est d’abord arrivĂ© par le spectacle. DĂšs 1984, il passe Ă  la tĂ©lĂ©, avec Sidney et les boĂźtes de prod’ derriĂšre, sur la bande FM avec Radio 7
 Ça crĂ©e une grosse mode du “smurf” dans les cours de rĂ©crĂ©ation, et puis c’est trĂšs vite enterrĂ©. DĂ©but 1985, c’est fini.
V.P. : Vis-Ă -vis des mĂ©dias, il y a eu trois phases. D’abord, tu as le “New York City Rap Tour” organisĂ© en 1982 par Bernard Zekri et Massadian, un OVNI auquel personne ne comprend rien. Zekri Ă©tait parti trĂšs tĂŽt Ă  New York, et avait fait connaissance avec le hip-hop, un peu par hasard. Il est devenu trĂšs vite ami avec Bambaataa, avec des graffeurs comme Futura 2000, avec Rammelzee, avec le Rocksteady Crew, plein de gens qui vivaient dans le Bronx et qui descendaient Ă  Manhattan, au Roxy’s
 Il a dĂ©cidĂ©, en reprenant une idĂ©e de Massadian qui n’avait pas marchĂ© un peu plus tĂŽt, de faire la premiĂšre tournĂ©e internationale de hip-hop. Il ramĂšne le Bronx en France ! Il le ramĂšnera mĂȘme ensuite en Angleterre. DĂ©jĂ  que personne ne comprenait le hip-hop Ă  Manhattan, Ă  part quelques “branchĂ©s”, alors imagine Ă  Paris ! La tournĂ©e est mĂȘme passĂ©e par Belfort, par Mulhouse ! Sur scĂšne, on se retrouve avec Grand Mixer DST et Bambaataa qui scratchent, des mecs qui rappent, d’autres qui font des graffs dans le fond, d’autres de la danse, des filles qui font du double dutch [des figures en rythme entre deux cordes Ă  sauter – NDLR]
 Tout ça arrive en pleine tĂȘte de ceux qui faisaient du roller ou du jazz rock, ils ne comprennent rien ! À Londres pas plus d’ailleurs


Tu dis, en reprenant ce qu’on avait dit du premier album du Velvet Underground, que si mĂȘme mille personnes ont assistĂ© Ă  cette tournĂ©e, ces 1000 personnes ont fondĂ© un groupe aprĂšs.
V.P. : Oui. Ceux qui Ă©taient Ă  cette tournĂ©e ont vraiment pris une grosse claque. Ils n’ont pas bien su ce que c’était, mais c’est restĂ© gravĂ© en eux : “C’est pour moi !” Ceux qui ont vĂ©cu ces moments-lĂ  – ou ceux qui l’ont vu Ă  la tĂ©lĂ© parce que la tournĂ©e avait Ă©tĂ© retransmise dans Megahertz [Ă©mission tĂ©lĂ© de 1982 Ă  1984 sur TF1, animĂ©e par Alain Maneval qui participera Ă©galement activement Ă  une des deux dates françaises de la tournĂ©e, le 27 novembre 82 Ă  l’Hippodrome de la Porte de Pantin – NDLR] – se sont mis dedans, ils se sont attachĂ©s au dĂ©lire
 C’est Ă  partir de ce moment-lĂ  que toute une partie de la jeunesse va quitter la musique des grands. Les petits frĂšres prennent le hip-hop pour eux, ils ne le lĂąchent plus. Ils vont au Bata, ça devient des puristes, des activistes
 Ceux-lĂ , quand ils voient arriver l’émission H.I.P.-H.O.P. en 1984, ils y voient un truc pour les gamins, ils connaissent dĂ©jĂ  ça depuis un bout de temps. MĂ©diatiquement, il y a donc un petit trou entre le “New York City Rap Tour” et Sidney. Deux piges. Cinq disques Ă©taient sortis au moment de la tournĂ©e, mais ils n’avaient pas du tout marchĂ© en France. Pourtant “Change The Beat” [de Fab 5 Freddy, sorti en 1981 sur le label français Celluloid – NDLR] – un des cinq – avait cartonnĂ© aux États-Unis et en Angleterre.

Et c’est peut-ĂȘtre le disque le plus scratchĂ© de l’histoire !
V.P. : Oui, avec ce fameux “Fresh” de Fab 5 Freddy, un cut spĂ©cial pour les scratcheurs ! Sur la face B, avec la femme de Bernard Zekri, Beside, qui rappe ! Ce “Fresh” va ĂȘtre repris aprĂšs par GrandMixer DXT pour Herbie Hancock [sur le single “Rockit” produit par Bill Laswell, paru en 1983 chez Columbia – NDLR]. Mais aprĂšs ce disque, on a un creux, jusqu’à 1984 et l’arrivĂ©e Ă  la tĂ©lĂ© de H.I.P.H.O.P. Ça fait un carton, ça devient la grande mode, tous les gamins dansent le smurf dans la cour de l’école. Sur le mode bon enfant : le Club DorothĂ©e, Annie Cordy, William LĂ©mergie dansent le smurf ! C’est une mode, comme les scoubidous, les mains collantes, les autocollants Panini. Ça dure un an, puis les mĂ©dias jettent tout. C’était fini ! C’est sans doute tant mieux que ce soit mort comme ça. Une culture ne pouvait pas prendre pour racines Annie Cordy ou mĂȘme l’émission de Sidney. Il fallait un liant plus fort, qu’on va trouver chez les premiers danseurs du Bata, Ă  la salle Paco Rabanne oĂč les premiers groupes se constituent, au terrain vague. Les premiers graffeurs arrivent dans Paris, d’abord aux quais de Seine, puis sur les palissades du Louvre, celles de Beaubourg, et enfin au terrain vague. Paco Rabanne avait gentiment mis Ă  disposition sa salle Ă  des gamins qui voulaient s’entraĂźner Ă  la danse ! Il allait jusqu’à leur payer Ă  bouffer. Il faisait ça de maniĂšre complĂštement dĂ©sintĂ©ressĂ©e. Beaucoup de l’époque lui sont reconnaissants, et si quelqu’un comme Jean Gab’1 te dit que c’était un bon gars, on a tendance Ă  le croire, il se gĂȘnerait pas pour dire le contraire ! Un type vraiment gĂ©nĂ©reux. Donc toute cette sauce prend peu Ă  peu, qui se retrouvera au terrain vague, avec la boutique Ticaret de Dan juste Ă  cĂŽtĂ©, on s’échange des disques, on parle des nouveautĂ©s
 Les disciplines sont indissociables Ă  ce moment-lĂ  : tu as un pote qui danse, un qui graffe, un autre qui rappe
 On se regroupe par affinitĂ©s, et par talent aussi
 On commence Ă  s’intĂ©resser Ă  la Zulu Nation. Mais il y a aussi juste des potes qui zonent, parce que c’est d’abord un truc gĂ©nĂ©rationnel, identitaire. Ça se construit hors des mĂ©dias, pour finir par arriver au Globo, Ă  l’émission Deenastyle, Ă  un embryon de ce que sera l’explosion de 1989-1990.

Il y avait quand mĂȘme des Ă©missions de radio, mais sur des petites stations, et peu en dehors de Paris.
V.P. : Oui, il y avait mĂȘme plein d’émissions, et pas seulement sur Radio 7 malgrĂ© ce qu’on croit. C’était encore l’époque des disques “import”, donc ça permettait Ă  ceux qui ne pouvaient pas les acheter de dĂ©couvrir tout ça. C’est lĂ  oĂč l’histoire du rap français telle qu’elle est racontĂ©e dans les livres ne va pas. Il ne faut pas confondre la pratique commerciale du rap avec la pratique culturelle. Ce sont deux choses diffĂ©rentes, qui n’évoluent pas en parallĂšle. Pendant 10 ans, bien avant l’explosion commerciale, tu as des gens qui sont trĂšs impliquĂ©s, qui prennent la culture trĂšs Ă  cƓur.

Tu dis dans le livre que ces dix annĂ©es ont permis au hip-hop de “naĂźtre Ă  nouveau”. Comme s’il avait existĂ© avant mĂȘme de penser Ă  naĂźtre. La fin brutale de l’émission H.I.P.-H.O.P. lui a permis de se construire vraiment en tant que contre-culture.
V.P. : Oui. Il fallait que le hip-hop en chie pour que ça marche, pour que ça prenne parmi les jeunes. Dans toute culture naissante, il faut qu’il y ait des gens – et ce n’est pas forcĂ©ment ceux qui seront connus aprĂšs – qui mangent des cailloux. Il faut qu’il y ait au dĂ©part des activistes purs et durs qui ne lĂąchent pas le morceau. Des gens qui ne pensent qu’à ça, de façon dĂ©sintĂ©ressĂ©e. Un mec comme Dee Nasty, il Ă©tait partout : Ă©missions de radio, concours de scratch
 Au dĂ©but il a mĂȘme graffĂ©, il a rappĂ©. Il fallait tous ces mecs qui ne fassent ça que par passion. Et quand tu l’as, cette passion, elle se communique naturellement. Les types qui allaient au terrain vague et qui voyaient Dee Nasty mixer, ça les rendait fous. Quand ils entendaient rapper Jhony Go et Destroy Man, pareil ! Un gamin comme Stomy, Ă  13 piges, ça l’a grave impressionnĂ© ! Cette passion s’est transmise, elle est devenue virale. Ça a Ă©tĂ© salutaire que le smurf meurt, pour que tous les vrais passionnĂ©s vivent ça entre eux, construisent les fondements de leur culture et la transmettent. AprĂšs, bien-sĂ»r, comme pour toute autre contre-culture, le phĂ©nomĂšne commercial va reprendre tout ce qui a Ă©tĂ© créé. Chez ceux qui ont mangĂ© les cailloux, certains n’auront rien, d’autres un peu, d’autres quelques miettes, et d’autres, parfois, le pactole
 Mais de toute façon il fallait en passer par lĂ , sinon ça n’aurait Ă©tĂ© qu’une mode vite oubliĂ©e.

Sidney a un peu une image de bouffon aujourd’hui, le symbole du dĂ©voiement du hip-hop dĂšs les origines, mais on oublie qu’il a Ă©tĂ© auparavant un vrai activiste hip-hop. C’est un de ceux qui a montĂ© les premiĂšres Ă©missions de funk, qui dĂšs 1980-1981 a donnĂ© Ă  “L’Émeraude” des soirĂ©es funk mĂ©morables

V.P. : Oui, il y passe les premiers disques de hip-hop, il passe du funk, du jazz-rock – jamais de disco. C’est “double face” : avec l’émission tĂ©lĂ©, il se laisse un peu dĂ©passer, comme un type qui gagne au Loto. Mais trĂšs tĂŽt c’est un activiste. TrĂšs tĂŽt il rencontre Bambaataa, il fait son Ă©mission sur Radio 7 [Ă  partir de 1981 – NDLR], c’est un puriste qui adore les disques, un vrai “vinyl addict”, c’est un musicien qui a un groupe de funk
 Toute une gĂ©nĂ©ration ne se rappelle de lui que dans H.I.P.H.O.P., cabotinant avec ses bracelets de force : “HĂ© les frĂšres ! HĂ© les sƓurs !”, d’oĂč cette image de bouffon. Mais il ne l’a eu qu’aprĂšs coup en rĂ©alitĂ©, parce que sur le moment, tous les gamins qui regardaient l’émission ne bougeaient pas une oreille, ils adoraient. Ceux qui Ă©taient plus vieux se moquaient gentiment, mais ils Ă©taient quand mĂȘme bien contents de voir GrandMixer DXT, Herbie Hancock ou Bambaataa, donc ils regardaient aussi. Avec la mode smurf, il a fini par ĂȘtre invitĂ© dans toutes les Ă©missions, et il a tout acceptĂ© par enthousiasme, sans forcĂ©ment calculer qu’on allait se foutre de lui : “Allez Sidney, fais-nous un peu de smurf, fais-nous un petit Yo !”. Genre bĂȘte de cirque. Tous les gamins pour qui ça comptait, ils se sont mis Ă  le dĂ©tester. Il ne pouvait pas mettre un pied au terrain vague, il se serait fait lyncher direct. Parce que c’était des adolescents, Ă  cet Ăąge, tout est sĂ©rieux, tu n’as pas de recul, tu ne fais pas de compromission. À partir de lĂ , c’est devenu le traĂźtre. Le temps a passĂ© maintenant, on le revoit, c’est un trĂšs bon DJ, on a dĂ©passĂ© tout ça, on se rappelle de lui Ă  “l’Émeraude”. L’image change, il ne faut pas retenir que ses cabotinages, il faut aller plus loin.

C’est aussi le premier prĂ©sentateur noir Ă  la tĂ©lĂ©, ce n’est pas rien ! Et c’est la premiĂšre Ă©mission hip-hop au monde ! Et puis tous ces gosses qui vont lui cracher dessus aprĂšs, ils avaient 11 ou 12 ans Ă  l’époque de l’émission, il a dĂ©clenchĂ© des vocations. Stomy, Sheek

V.P. : Stomy lui a mĂȘme Ă©crit une lettre pour participer Ă  l’émission ! Ils sont plein comme ça ! C’est sĂ»r qu’au dĂ©but du MinistĂšre Ä.M.E.R., si tu posais la question Ă  Stomy, il aurait sans doute rĂ©pondu que c’était un blaireau. Mais Ă  l’époque, Sidney c’était son hĂ©ros. Il rĂȘvait d’y aller et d’avoir un autographe. Les quelques livres qui vont te parler du hip-hop avant 1990 ne parlent que de l’épisode H.I.P.-H.O.P., alors que ce n’est qu’une goutte d’eau. MĂȘme pour Sidney, qui a d’ailleurs adorĂ© le bouquin [rires] ! Il a beaucoup de recul. Il avait Ă©tĂ© mis en pleine lumiĂšre, il n’a pas pu trop regarder ce qui se passait autour, donc il a dĂ©couvert plein de parcours qu’il ne connaissait pas et qui l’intĂ©ressent beaucoup.

*TrĂšs vite, le Hip-hop a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme la musique du ghetto. DĂšs 1985, en France, ça devient synonyme de bandes, de violence. Mais en fait, en France comme aux États-Unis, le hip-hop est aussi nĂ© d’un mĂ©lange avec une certaine branchitude, une certaine bourgeoisie, dans les clubs. À New York le Roxy’s, Ă  Paris le Globo. Avec les figures d’AgnĂšs b., de Paco Rabanne

V.P. : Tout Ă  fait. Que le hip-hop en France vienne de banlieue, c’est un mythe. Ça se vivait Ă  Paris au dĂ©part. Les banlieusards qui voulaient le connaĂźtre devaient venir Ă  Paris. Ça se vivait dans des clubs, dans des MJC, dans des radios
 Et oui, trĂšs vite les branchĂ©s ont accrochĂ©. Radio Nova et le mensuel Actuel se sont mis dessus, dĂšs la tournĂ©e de 1982. Le Globo, en 1987-88, les soirĂ©es Ă  Bobino oĂč on retrouve plein de gens de la mode
 Donc il y a toute cette “branchitude” qui se mĂ©lange, comme aux États-Unis quand Debbie Harry [du groupe Blondie – NDLR] s’intĂ©resse au hip-hop, va voir des block parties dans le Bronx, l’intĂšgre dans sa musique, puis la naissance du Roxy’s
 Il fallait qu’il y ait cette connexion, sinon c’était condamnĂ© Ă  mourir ou Ă  rester invisible. Ça c’est passĂ© de la mĂȘme maniĂšre aux USA et en France : les branchĂ©s s’en sont mĂȘlĂ©s, on a “commercialisĂ©â€ le hip-hop, ça l’a rendu Ă©conomiquement et commercialement intĂ©ressant.

Dans le regain qui dĂ©marre en 1986, il y a aussi le fait que c’est le moment de l’envol “musical” du hip-hop aux USA : de plus en plus de disques nous parviennent, des albums assez incroyables, qui donnent en France du carburant pour se repassionner pour l’aspect musical de la culture, pour ne plus se contenter d’écouter des artistes français qui ne parlaient qu’à ceux qui Ă©taient vraiment dans le truc. Jhony Go et Destroy Man, si tu n’étais pas Ă  fond dedans, tu trouvais ça naze ! Si on avait eu que ça, on serait retournĂ© au Funk ou au Reggae – les sound systems Ă©taient trĂšs puissants Ă  l’époque. Mais il y a tous ces disques qui dĂ©barquent en bacs et qui donnent envie d’entendre des paroles en français avec la mĂȘme qualitĂ© musicale.
V.P. : Solo [ex-Assassin – NDLR] disait lui-mĂȘme qu’il s’était mis Ă  rapper pour que Jhony Go et Destroy Man se taisent [rires] ! Les plus jeunes veulent toujours tuer les plus ĂągĂ©s
 Ils trouvaient ça nul : “Quoi, c’est ça rapper ? Moi je vais Ă©crire des vrais textes.” Et quand on voit arriver Eric B & Rakim ou Big Daddy Kane, en terme de flows, ce n’est plus du tout pareil. On est loin de RunD.M.C., ce flow “en rĂ©sonance” oĂč ils braillent tous les deux en mĂȘme temps, ce que faisaient un peu Jhony Go et Destroy Man. LĂ , plus rien Ă  voir : c’est technique, et il y a plein de petits français qui vont essayer de reconstruire leur langue pour avoir ce flow, qui vont se mettre Ă  bosser l’improvisation, l’ego trip, qui vont vouloir impressionner. Tout se construit dans la compĂ©tition, avec toujours un Ɠil sur les États-Unis. Les disques se dĂ©mocratisent, on se fait circuler des cassettes vidĂ©o avec les premiers magnĂ©toscopes, on se refile des clips de MTV
 Ça amĂšne des gens Ă  essayer de faire progresser le rap français, qui en avait bien besoin. C’était parti de trĂšs bas ! Dans le graff, c’était moins le cas, trĂšs tĂŽt on avait eu des graffeurs aussi forts, voire plus forts, qu’à New York. Mais dans le rap, le complexe Ă©tait bien lĂ . Ça rappait mĂȘme en anglais au dĂ©but, ou en yaourt ! Puis en français, mais ce n’était pas terrible
 La maturation a quand mĂȘme Ă©tĂ© difficile.

Comment se passe la rĂ©ception de ton livre ? Il y a forcĂ©ment plein de gens fĂąchĂ©s de ne pas ĂȘtre citĂ©s
 Parce que tu cites beaucoup de gens, beaucoup d’histoires, mais il en manque Ă©videmment plein !
V.P. : Bizarrement, j’ai eu plus de problĂšme avec des gens qui sont citĂ©s dans le bouquin qu’avec ceux qui n’y sont pas [rires] ! Certains pensaient sans doute que j’allais parler d’eux davantage. Mais vu le nombre de personnes que j’ai vues, le but n’était pas de toutes les citer, le but Ă©tait de comprendre cette histoire. Donc elles nourrissent le rĂ©cit, mais sans apparaĂźtre nommĂ©ment. C’était clair dĂšs le dĂ©but. Mais sinon je n’ai pas eu tant de plaintes ! Un ou deux crews de graffeurs sont venus me voir pour me reprocher de pas ĂȘtre dedans, parce qu’ils estimaient ĂȘtre lĂ  depuis le dĂ©part. En rĂ©alitĂ©, au “dĂ©part”, il n’y avait que trois quatre crews. Pour eux, le dĂ©part c’est la fin des annĂ©es 80
 mais Ă  cette Ă©poque, il y avait dĂ©jĂ  des centaines de crews ! Je me suis attelĂ© Ă  ceux qui graffaient dĂšs 1982-84
 Il y a aussi plein de gens qui ne sont pas dedans mais qui sont contents qu’on raconte cette histoire. C’est un bouquin qu’ils peuvent faire lire Ă  leurs gamins, et c’est comme une sorte de madeleine de Proust. Ils sont contents que ce soit Ă©crit, qu’il reste au moins une trace.

Une suite ?
V.P. : Avec la mĂȘme exigence ce serait trĂšs difficile ! Entre 1990 et 2000 ? Je devrais faire 1500 pages [rires] ! Donc non, pas de suite prĂ©vue. Ou peut-ĂȘtre sur un petit sujet prĂ©cis. Dans les annĂ©es 90, dĂ©jĂ , les disciplines se sont sĂ©parĂ©es. Il faudrait donc faire trois ou quatre bouquins ! Il faudrait, de la mĂȘme maniĂšre, aller rencontrer les gens, se borner Ă  une courte pĂ©riode, Ă  un seul groupe, un seul posse, ou un label d’autoproduction, ou certains graffeurs marquants, les premiers spectacles d’un crew de danseurs
 Pour l’instant, je n’ai pas vu ce genre de livres. Dans les acteurs qui l’ont vĂ©cu, personne ou presque n’a Ă©crit. C’était quoi les dĂ©buts du MinistĂšre de 1990 Ă  1995 ? Et Time Bomb ? C’est mythique dans les annĂ©es 90, mais c’était qui en vrai, dans le dĂ©tail ? Il y a un bouquin Ă  faire


Et la prĂ©face de Dee Nasty ? C’est l’adoubement du Grandmaster [rires] ?
VP : Je l’avais rencontrĂ© trĂšs tĂŽt pour le bouquin, bien avant de lui parler de prĂ©face. Il n’en avait jamais fait. Dee Nasty, s’il trouve ton truc merdique, il te le dira ! C’est quelqu’un de trĂšs franc. Donc j’avais un peu peur quand j’ai fini par lui faire lire. Il m’a juste suggĂ©rĂ© quelques trucs, mais pour m’aider, et il a fini par me dire qu’il adorait le bouquin ! Il m’a mĂȘme dit que c’était le meilleur livre de hip-hop qu’il ait jamais lu [rires] ! Je voulais mettre la phrase en couv’, ou faire une affiche format cinĂ© avec [rires] !

Retrouvez l’interview sur le site de iHH

Manu Baudez & Yann Cherruault
international Hip-Hop 11 septembre 2016

- Regarde ta jeunesse dans les yeux

Vincent Piolet retrace l’histoire du hip-hop en France avant son explosion commerciale dans les annĂ©es 1990. Durant la dĂ©cennie prĂ©cĂ©der te, le hip-hop s’est dĂ©ployĂ© dans l’underground, infiltrant les radios et les cours d’école (le smurf). L’auteur raconte cette histoire en train de s’écrire, via les bribes de souvenirs des pionniers du micro ou de la bombe de peinture.

Olivier Pernot
Trax Juin 2015

- Entretien avec Vincent Piolet

Rencontre avec Vincent Piolet autour de son ouvrage “Regarde ta jeunesse dans les yeux. Naissance du hip-hop français 1980-1990” paru en 2015 aux Ă©ditions Le mot qui reste.

L’interview en Ă©coute sur le site de la RTS

RTS // Histoire Vivante 7 décembre 2015

- Regarde ta jeunesse dans les yeux

France, 1984 : grĂące Ă  l’émission H.I.P. H.O.P. de l’animateur Sidney, diffusĂ©e sur TF1, la culture hip-hop se dĂ©verse dans tous les foyers de l’hexagone, elle inonde les cours d’école, elle est un phĂ©nomĂšne mĂ©diatique. Et puis soudain, plus rien. Tout cela redevient invisible au citoyen moyen. Elle ne rĂ©apparaitrait aux yeux du grand public que quelques annĂ©es plus tard, aux alentours de 1990, mais sous un prisme mĂ©diatique plus anxiogĂšne : celui des grafs, et de la virulence de rappeurs vindicatifs associĂ©s Ă©troitement au monde menaçant des citĂ©s. Mais que s’était-il donc passĂ© entretemps ? Comment, aprĂšs le faux dĂ©part du dĂ©but de la dĂ©cennie 80, une scĂšne hip-hop spĂ©cifique avait-elle pris corps en France, qui triompherait plus tard, musicalement et commercialement, au beau milieu des annĂ©es 90 ?

Aussi curieux que cela puisse paraĂźtre, vue l’importance durable prise par le rap dans le paysage musical français, cette histoire n’avait jamais Ă©tĂ© racontĂ©e dans le dĂ©tail. Vincent Piolet est donc celui qui aura comblĂ© ce manque, au terme d’une enquĂȘte de passionnĂ© menĂ©e pendant plus de trois ans. Le cƓur des musiques actuelles battant souvent en d’autres lieux, les ouvrages qui leur sont consacrĂ©s en France s’alimentent souvent, pour l’essentiel, auprĂšs de sources Ă©crites anglo-saxonnes. Pas cette fois, cependant. L’auteur a profitĂ© de la proximitĂ© de son sujet pour se livrer Ă  une vraie Ă©tude de terrain, Ă  un vĂ©ritable travail de recherche. Il s’est bien sĂ»r rĂ©fĂ©rĂ© Ă  la presse de l’époque, mais il a aussi interviewĂ© de trĂšs nombreux acteurs des dĂ©buts du hip-hop en France, qu’ils aient Ă©tĂ© rappeurs, grapheurs, DJs, danseurs, hommes et femmes de radio ou de tĂ©lĂ©vision, critiques, ou promoteurs. C’est d’ailleurs l’un de ces pionniers, l’un des plus prestigieux, Dee Nasty qui ouvre “Regarde ta Jeunesse dans tes Yeux” (des mots issus du “Monde de Demain”, de NTM, lesquels figurent en couverture), avec sa prĂ©face.

Vincent Piolet nous apporte donc des Ă©claircissements sur ce qu’il s’est passĂ©. Il explique ce qu’il se tramait, en souterrain, entre les divers moments oĂč le hip-hop français a su se rendre visible auprĂšs du grand public. Il explique comment se sont tissĂ©es les relations entre des jeunes des citĂ©s, les branchĂ©s navigant entre la France et New-York, et l’industrie de la musique, qui ont Ă©tĂ© propices Ă  son Ă©mergence. Il insiste sur ses traits propres, sur ses spĂ©cificitĂ©s, soulignant, Ă  travers cette histoire, que le hip-hop français n’a pas Ă©tĂ© qu’un duplicata de son modĂšle amĂ©ricain. Il nous parle de ses mythes fondateurs, notamment ce terrain vague de la Chapelle, ce creuset oĂč la scĂšne parisienne reprendrait tout Ă  zĂ©ro, oĂč elle rĂ©inventerait Ă  sa sauce, dix ans aprĂšs New-York, le principe des block parties.

Le livre est trĂšs documentĂ©. Il regorge de tĂ©moignages, certains contradictoires, l’histoire du rap français Ă©tant aussi celle de multiples vindictes et embrouilles (dans le doute, Vincent Piolet laisse les diverses parties livrer leurs versions contraires). Il fourmille d’anecdotes croustillantes, qui en rendent la lecture trĂšs agrĂ©able, quand bien mĂȘme le rap français ne serait qu’une prĂ©occupation lointaine pour le lecteur. Il nous parle de temps oubliĂ©s, quand des cĂ©lĂ©britĂ©s improbables s’intĂ©ressaient au hip-hop, soit pour en ĂȘtre les protecteurs, comme les stylistes Paco Rabanne et AgnĂšs B., soit carrĂ©ment pour s’y essayer, comme Annie Cordy. Il rappelle le rĂŽle que certains Français globe-trotters ont eu dans le rap amĂ©ricain, nous parlant d’Alex Jordanov, qui a accompagnĂ© Ice-T bien avant que ce dernier ne soit une star, ou de Sophie Bramly, Ă  l’origine de l’émission Yo! MTV Raps. Il revient aussi sur le regard de la presse rock d’alors, citant les articles de critiques aussi reconnus que Philippe ManƓuvre et Michka Assayas, dont les diagnostics sur le rap, Ă  cĂŽtĂ© de la plaque, sont rĂ©trospectivement assez cocasses.

Vincent Piolet nous envoie une telle volĂ©e de faits, que ça en est parfois la limite du livre. Il lui manque quelquefois un peu de perspective, un brin de recul, une rĂ©flexion sur les spĂ©cificitĂ©s rĂ©elles du rap français, sur les raisons de son succĂšs ; une thĂšse en somme. Seule la conclusion, trĂšs bonne, nous apporte cette vision de synthĂšse sur la dizaine d’annĂ©es d’histoire du rap que l’auteur nous conte. Le reste de l’ouvrage, lui, est trĂšs factuel. De plus, au lieu de suivre une certaine logique narrative, chronologique ou thĂ©matique, le livre est dĂ©coupĂ© en micro-chapitres, presque des articles de presse, s’intĂ©ressant parfois Ă  tel ou tel personnage du hip-hop, ou Ă  un thĂšme, ou Ă  un phĂ©nomĂšne social, sans grande liaison de l’un Ă  l’autre. On nous parle Ă  un endroit d’un acteur du hip-hop, qui ne sera prĂ©sentĂ© en dĂ©tail que plus tard. Ou bien, alors qu’on semble avancer dans le temps, on revient soudainement en arriĂšre, pour traiter d’un sujet qu’on avait oubliĂ©.

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DĂ©couvrez l’intĂ©gralitĂ© de cette chronique sur le site de Fake for Real

Sylvain Bertot
fakeforreal.net 10 octobre 2015

- Sélection livres

Au dĂ©part, l’auteur voulait Ă©crire sur le terrain vague de La Chapelle, dans le 19e arrondissement de Paris. Puis il s’est rendu compte que parler de ce lieu n’avait de sens que s’il racontait, d’abord, l’histoire de la gĂ©nĂ©ration qui a vu naĂźtre le hip-hop français, dans les annĂ©es 1980. C’est donc cette derniĂšre qu’il s’est attachĂ© Ă  raconter, aprĂšs trois ans d’enquĂȘte et des dizaines d’entretiens avec des figures du milieu de l’époque, reconnues ou anonymes (Kool Shen, Stomy Bugsy, Style J
). Qu’était le hip-hop des dĂ©buts, avant d’ĂȘtre aspirĂ© par la culture de masse dans les annĂ©es 2000 ? Une contre-culture sans argent, sans mĂ©dias, sans institutions, mais intimement liĂ©e aux banlieues, Ă  l’actualitĂ© sociale (Ă©meutes de 1981 aux Minguettes, marche contre le racisme de 1986
) et au graff, tout se nourrissant d’une fascination pour les États-Unis. Cerise sur le gĂąteau, l’ouvrage s’ouvre sur une savoureuse prĂ©face de Dee Nasty.

DĂ©couvrez la sĂ©lection sur le site de Longueur d’Ondes

Aena Léo
Longueur d'Ondes ÉtĂ© 2015

- L'amour Ă  la plage

JURASSICRAP

Bonne annĂ©e pour les archivistes du beat et de la rime. CĂŽtĂ© français, Regarde ta jeunesse dans les yeux de Vincent Piolet plonge dans la dĂ©cennie 80, celle de la naissance du hip-hop français. ExtrĂȘmement fouillĂ©, le rĂ©cit d’une culture qui s’impose peu Ă  peu, Ă  coups de dans, de tags, de battles, de rejet par le milieu rock, de mĂ©diatisation avec l’émission de Sydney H.I.P-H.O.P., dont l’arrĂȘt en 1985 transforme le hip-hop hexagonal en contre-culture fertile
 Une tranche d’histoire musicale exhaustive intelligemment narrĂ©e, aussi passionnante que la nouvelle mouture du classique Can’t Stop Won’t Stop de Jeff Chang.

BenoĂźt Carretier
Tsugi ÉtĂ© 2015

- Regarde ta jeunesse dans les yeux

PavĂ© assez impressionnant au prime abord, ce livre nous embarque dans la gestation du mouvement hip-hop dix ans avant la sortie en France de la compile de rĂ©fĂ©rence Rapattitude dans laquelle on retrouve des noms que nous connaissons tous : NTM, IAM, MC Solaar ou autre Tonton David. Nous retrouvons Ă  cĂŽtĂ© de ces acteurs cĂ©lĂšbres, des artistes plus underground qui, pire certains, n’ont pas fait carriĂšre. L’auteur Ă©voque aussi le Dj Dee Nasty et Lionel D, rappeur, qui animĂšrent tous deux une Ă©mission pionniĂšre sur les ondes de Nova. Le livre fourmille d’anecdotes, l’auteur a recueilli moult tĂ©moignages, et on apprend avec Ă©tonnement comment tous les “frenchies” se sont livrĂ©s Ă  un voyage initiatique aux États-Unis, qui pour crĂ©er un label, qui pour revenir aux sources du mouvement. Il s’agit lĂ  d’un livre brillant et passionnant, on regrettera cependant le manque d’iconographie mais, au fond, qu’importe on se dĂ©lecte et on apprend beaucoup sur cette pĂ©riode mĂ©connue.

Florence Marek
FrancoFans Juin-Juillet 2015

- Deux ouvrages fouillés célÚbrent le hip-hop made in France

Saisir le global ou prĂ©fĂ©rer le dĂ©tail : c’est la question que pose la parution simultanĂ©e de deux ouvrages consacrĂ©s au rap français. Le premier, de Mehdi Maizi, journaliste du site abcdrduson.com, surplombe l’histoire du rap français Ă  travers cent chroniques de disques ; le second, Ɠuvre curieuse de Vincent Piolet, spĂ©cialiste de la gĂ©opolitique financiĂšre, passe au crible l’apparition du rap en France durant la dĂ©cennie 1980. Si la liste des productions retenues par Mehdi semble Ă©vidente, l’intĂ©rĂȘt de son texte est qu’il relĂšve pour chaque album les lignes qu’il a fait bouger – flow, langage, texte ou production –, inscrivant chacun dans une Ă©volution globale. Vincent Piolet, lui ne se concentre que sur les annĂ©es 80, passant cette pĂ©riode – qui n’a jamais Ă©tĂ© analysĂ©e sĂ©rieusement – au crible d’une documentation fouillĂ©e, sa principale force Ă©tant de donner la parole Ă  des acteurs dont l’histoire n’a pas retenu le nom, mais qui ont vĂ©cu la mĂȘme chose que les MC ou danseurs devenus cĂ©lĂšbres par la suite (coucou JoeyStarr !) Deux salles, deux ambiances et une foule d’anecdotes sidĂ©rantes.

Thomas Blondeau
Les Inrockuptibles 13 mai 2015

- La Naissance du hip-hop français, selon Vincent Piolet

Qui connaĂźt l’histoire du premier Français Ă  avoir sorti un disque hip-hop en 1983 Ă  Los Angeles aux cĂŽtĂ©s d’un certain Andre Young, futur Dr Dre ? Qui connaĂźt l’histoire des premiĂšres soirĂ©es hebdomadaires hip-hop au dĂ©but des annĂ©es 1980 ? Celle des premiers graffeurs qui rompent avec les pochoiristes ? Des premiers breakers s’entraĂźnant sur un lino posĂ© Ă  mĂȘme le trottoir ? Le livre de Vincent Piolet explore la naissance d’un mouvement qui Ă©tait encore une contre-culture, loin d’imaginer qu’il allait devenir une culture de masse.

Vincent Piolet est l’invitĂ© de Alain Pilot pour sa Bande passante. Un entretien Ă  réécouter ICI

Alain Pilot
rfI // La bande passante 29 juillet 2015

- 10 lieux cultes du hip-hop parisien des années 80

« Regarde ta jeunesse dans les yeux, toi qui commande en haut lieu » rappe NTM dans « Le Monde de Demain » en 1990. C’est Ă  cette jeunesse de la dĂ©cennie 80 – plus particuliĂšrement celle qui a vĂ©cu l’arrivĂ©e du Hip Hop en France – que l’auteur Vincent Piolet s’est intĂ©ressĂ© pour son livre Regarde ta jeunesse dans les yeux – Naissance du hip-hop français 1980-1990, paru en mars dernier aux Ă©ditions Le mot et le reste.

Comme le rappelle Dee Nasty dans la prĂ©face du bouquin, raconter la naissance du hip-hop en France n’est pas chose facile car il existe trĂšs peu d’archives sonores, encore moins visuelles
 Seuls les tĂ©moignages de ceux qui ont Ă©tĂ© acteurs de cette Ă©closion culturelle peuvent nous rappeler le chemin parcouru depuis les premiĂšres heures du hip-hop Ă  Paris. C’est la raison pour laquelle, Vincent Piolet, trentenaire, fan de rap ayant grandi en rĂ©gion parisienne, a choisi de consacrer trois annĂ©es entiĂšre de sa vie Ă  interroger ces activistes qui, Ă  travers leurs petites histoires, ont permis de reconstituer la grande histoire du hip-hop français.

The BackPackerz ayant Ă©galement pour mission ce devoir de mĂ©moire pour la culture hip-hop (nous avions d’ailleurs dĂ©jĂ  consacrĂ© un mini-dossier sur les dĂ©buts du hip-hop en France), il Ă©tait tout Ă  fait naturel pour nous de partir Ă  la rencontre de l’homme Ă  l’origine de cette initiative. C’est donc dans un des innombrables Starbucks de la capitale que nous avons retrouvĂ© Vincent Piolet pour un passionnant Ă©change dont dĂ©coule cette interview un peu particuliĂšre au cours de laquelle l’auteur de Regarde ta jeunesse dans les yeux a sĂ©lectionnĂ© pour nous 10 lieux cultes du hip-hop Parisien des annĂ©es 80.

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RETROUVEZ L’INTÉGRALITÉ DU TOP 10 SUR LE SITE DE THEBACKPACKERZ

Antoine Bosque
The Backpackerz 18 juillet 2015

- Invité : Vincent Piolet

Juan Massenya accueille Vincent Piolet pendant une heure pour la deuxiĂšme partie de son Ă©mission Radio Vinyle. Une heure pour en apprendre plus sur son ouvrage, sur ses recherches, sur l’écriture et le hip-hop Ă  travers sa sĂ©lection de vinyles.

RÉÉCOUTER L’ÉMISSIONSUR LE SITE DU MOUV’

Juan Massenya
Mouv' // Radio Vinyle 21 juin 2015

- Retour aux sources

Quand on est fan, on essaie toujours d’en savoir plus sur sa passion. Vincent Piolet, l’auteur du livre Regarde ta jeunesse dans les yeux, qui est par ailleurs un grand amateur de basket, a dĂ©cidĂ© d’explorer les origines du hHip Hop français comme jamais auparavant. De 1980 Ă  1990, soit la pĂ©riode sans doute la plus “pure” de cette culture dans l’Hexagone, puisqu’encore quasiment uniquement motivĂ©e par la passion brute, c’est lĂ  que les bases ont Ă©tĂ© jetĂ©es. Du premier morceau de rap rĂ©alisĂ© par un Français (Super AJ en 1983 avec
 Ice T !) Ă  la premiĂšre vague d’albums sortis sur des majors (NTM, IAM, etc
) et Ă  l’explosion de cette culture dans les mĂ©dias, Vincent synthĂ©tise et rapporte dix annĂ©es d’histoire d’une importance dĂ©terminant mais jusqu’ici mĂ©connu. Un “instant classic” incontournable !

Reverse Avril 2015

- Vincent Piolet : Entretien

La genĂšse du mouvement hip-hop en France a Ă©tĂ©, curieusement, peu documentĂ©e. Vincent Piolet s’est penchĂ© sur la question, et, aprĂšs un long travail d’enquĂȘte et d’entretiens, nous livre chez l’éditeur Le Mot et le reste, un ouvrage essentiel pour qui s’intĂ©resse de prĂšs ou de loin Ă  la question.

Avec son titre tirĂ© d’un des morceaux les plus cultes des dĂ©buts du rap français, Regarde ta jeunesse dans les yeux, sous-titrĂ© Naissance du hip-hop français 1980-1990, est extrĂȘmement complet. Tellement complet que, parfois, cela pourrait presque en ĂȘtre un dĂ©faut — le seul. Mais, riche en anecdotes et rebondissement, le tout reste passionnant et se lit avec autant d’aviditĂ© qu’un bon roman.

CONSULTER L’ARTICLESURFOXYLOUNGE

DirtNoze
Foxy Lounge 08 juin 2015

- Old School New School

L’auteur du livre Regarde ta jeunesse dans les yeux Vincent Piolet Ă©tait l’invitĂ© de Royal S dans Old School New School pour revenir sur les 10 premiĂšres annĂ©es du Hip Hop français. 1980-1990.

RÉÉCOUTER L’ÉMISSION

ROYAL S
Aligre FM // Old School New School 14 Mai 2015

- Spéciale pionniers US & français avec Vincent Piolet

Une heure en compagnie de l’auteur du livre Regarde Ta Jeunesse Dans Les Yeux qui retrace toute la genĂšse de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration du rap en France avec ses hĂ©ros inconnus et ses pĂšres fondateurs.
PrĂ©facĂ©e par le Parrain des DJs français, Dee Nasty, cette somme de 360 pages Ă©crite par Vincent Piolet s’impose comme une rĂ©fĂ©rence, avec une centaine d’interviews et de multiples anecdotes. Une Ă©mission qui revient sur ces histoires qui font les lĂ©gendes tout en Ă©coutant les classiques des origines signĂ©s des artistes français et amĂ©ricains. Old school, true school : le come back de la jeunesse des 80s.

ÉCOUTEZ L’ÉMISSION D’OLIVIERCACHINSUR LE SITE DU MOUV’

Olivier Cachin
Le Mouv' // La sélection d'Olivier Cachin 15 Mai 2015

- L'éternelle jeunesse du hip-hop français

Ces derniĂšres semaines, deux publications des Ă©ditions Le Mot et le Reste, Rap français, une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi et Regarde ta jeunesse dans les yeux: naissance du hip-hop français 1980-1990 de Vincent Piolet, sont venues rappeler l’importance de la compilation Rapattitude dans le paysage hip-hop hexagonal. On y apprend notamment que la pochette a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Jean-Baptiste Mondino, que l’instrumental «Funk A Size» de Dee Nasty Ă©tait destinĂ©e Ă  servir de support aux breakers de l’époque et que tous les groupes prĂ©sents (NTM, Assassin, Tonton David
) ont Ă©tĂ© signĂ©s dans la foulĂ©e sur une maison de disques. Le rap français Ă©tait nĂ©? Pas tout Ă  fait.
Chercher Ă  expliquer la naissance du hip-hop en France, c’est revenir immanquablement au dĂ©but des annĂ©es 1980, comme en tĂ©moigne Vincent Piolet, qui a conçu son livre comme une enquĂȘte policiĂšre, allant Ă  la rencontre de tous ceux qui ont fait le hip-hop en France dans les eighties.

Cependant, et c’est ce que s’emploie aujourd’hui Ă  dĂ©montrer Rap français, une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi, on aurait tort de s’en tenir Ă  une vision nostalgique. D’Odezenne Ă  La Gale (pour le rap), de Levalet Ă  Rero (pour le graff), la culture hip-hop est toujours aussi foisonnante aujourd’hui. Mieux, elle reprend mĂȘme clairement son indĂ©pendance depuis quelques annĂ©es et la dĂ©mocratisation d’outils tels que Facebook, Twitter ou YouTube.

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Maxime Delcourt
Slate.fr 10 Mai 2015

- Chronique du bouquin ultime sur le rap français

Il y a quelques semaines, nous vous avions parlĂ© de la sortie de l’ouvrage Regarde ta jeunesse dans les yeux de Vincent Piolet, publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste. Comme son titre l’indique, le sujet du livre porte sur le hip-hop Ă©tant donnĂ© qu’il s’agit tout simplement d’une rĂ©fĂ©rence au morceau d’NTM, Le monde de demain.

On avait Ă©voquĂ© sa parution sans en connaĂźtre le contenu. Depuis, on a eu le grand plaisir de lire Regarde ta jeunesse dans les yeux et le livre mĂ©rite tout bonnement qu’on en parle davantage et que l’on s’y attarde. Il est question de plaisir Ă  sa lecture car dĂ©s que l’on dĂ©bute, on a qu’une seule envie : le finir. Vincent Piolet prĂ©tend que Regarde ta jeunesse dans les yeux est le fruit de trois ans de travail et on veut bien le croire.

L’ouvrage a Ă©tĂ© Ă©crit de façon mĂ©ticuleuse avec prĂ©cision et un rĂ©el travail de documentation. De plus, avec son style simple, direct et facile Ă  lire, on sent derriĂšre la plume, la passion de l’auteur pour le Hip Hop dans sa maniĂšre de le retranscrire et d’en raconter l’histoire.

Le plaisir se retrouve dans le fait qu’il rĂ©alise un va et vient entre les diffĂ©rentes disciplines et aucune n’est mise au ban. Elles sont traitĂ©es de la mĂȘme façon.

Regarde ta jeunesse dans les yeux est également un crochet du droit en pleine face des haters qui font légion dans le Hip Hop français étant donné que les sources et les références sont citées.

On a lu bien des livres sur le double H et on peut dire que celui-ci fera Ă©cole et qu’il se retrouvera dans bon nombre de bibliothĂšques municipales. La rĂ©ussite de l’ouvrage rĂ©side aussi dans le fait qu’il nous rend nostalgique et que l’on a qu’un dĂ©sir : revivre les block partys de La Chapelle avec Dee Nasty aux commandes ou danser au cours d’une soirĂ©e Roger Boite Funk au Globo.

Le Hip Hop français a une magnifique histoire qui mĂ©ritait d’ĂȘtre racontĂ© de la plus belle des façons. Regarde ta jeunesse dans les yeux est Ă  ranger sur ses Ă©tagĂšres aux cĂŽtĂ©s de Paris sous les bombes d’ NTM, de L’école du micro d’argent d’ IAM ou de Prose Combat de Solaar.

Le Hip Hop US dispose d’un ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur son histoire : Can’t Stop, Won’t Stop de Jeff Chang. Bien que je n’aime pas les comparaisons, je pense que le Hip Hop en France a trouvĂ© son Ă©quivalent avec ce livre qui tombe Ă  point nommer Ă  cette Ă©poque oĂč l’hĂ©ritage et l’esprit Hip Hop se perdent. En un mot : INDISPENSABLE.

A noter que Vincent Piolet ainsi que Mehdi Maizi, l’auteur de Rap Français, une exploration en 100 albums seront en sĂ©ance dĂ©dicace ce mardi Ă  la librairie L’Arbre Ă  Lettres Mouffetard.

“CONSULTER L’ARTICLESUR LE SITE DE STREETRULES“http://www.street-rules.com/regarde-ta-jeunesse-dans-les-yeux-de-vincent-piolet-la-chronique/

Olivier Mukiandi
Street Rules 4 Mai 2015

- « REGARDE TA JEUNESSE DANS LES YEUX » EST LE GUIDE ULTIME DU HIP-HOP FRANÇAIS DES ANNÉES 80

Quel rĂŽle a tenu la feuille d’infos The Zulu’s Letter dans le Mouvement ? Quel impact a eu l’ouverture (animĂ©e par Huggy les bons tuyaux de la sĂ©rie Starsky & Hutch) du McDonald’s aux Olympiades, Paris 13Ăšme, en 1980 ? Que pensait la presse rock de l’arrivĂ©e du rap au dĂ©but des 80’s ? Comment la marque Troop a-t-elle dĂ©barquĂ© en France ? D’oĂč vient la brouille entre le SuprĂȘme NTM et IAM ? Comment AkhĂ©naton s’est retrouvĂ© sur ce morceau ? Les MICE Ă©taient-elles les premiĂšres rappeuses françaises ? OĂč est nĂ©e l’émission Yo! MTV Rap ? Pourquoi Public Enemy a failli ne jamais jouer en France ? Annie Cordy savait-t-elle vraiment smurfer ?

Une fois pour toutes, un livre vous fournira toutes ces rĂ©ponses : il s’appelle Regarde ta jeunesse dans les yeux et est signĂ© Vincent Piolet. 3 ans d’interviews et de recherches compilĂ©s en 368 pages (sans photos) oĂč se bousculent tous ceux qui ont fait le hip-hop en France entre 1980 et 1990, connus ou inconnus, soit de ses balbutiements Ă  New York (rapportĂ©s en France par quelques journalistes branchĂ©s) jusqu’à son accession au mainstream dans la foulĂ©e de la premiĂšre compilation du genre : Rapattitude. Pendant ces dix annĂ©es a existĂ© une contre-culture hip-hop digne de ce nom dans l’hexagone, peuplĂ©e d’histoires aussi incroyables que dĂ©cisives. On a Ă©voquĂ© quelques grandes lignes de cette aventure avec l’auteur.

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Rod Galcial
Vice // Noisey 29 Avril 2015

- Jurassic rap

Vous connaissez tous l’histoire du hip-hop français : la compilation Rapattitude, l’émergence de NTM, leur rivaux IAM. Sans oublier MC Solaar, Assassin et les grands noms d’aujourd’hui – de Casey Ă  Booba. Mais connaissez-vous sa prĂ©histoire ? Une dĂ©cennie, de 1980 Ă  1990, oĂč s’activĂšrent des centaines de rappeurs, graffeurs, danseurs, DJs
 C’est le tĂ©moignage de ces pionniers que Vincent Piolet, 35 ans, a recueilli. Sans nostalgie aucune, mais avec le pari (accompli) de raconter leur histoire, celle d’un art en perpĂ©tuel mouvement.

Quel fut le point de départ de cet ouvrage ?

Il existe beaucoup d’écrits consacrĂ©s au hip-hop en France. Mais ils prennent pour point de dĂ©part 1990, avec la sortie de la compilation Rapattitude, oĂč nourrissent des thĂšses sociologiques nĂ©gligeant la rencontre des principaux acteurs. Or, je voulais raconter l’histoire de la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente, quand le hiphop Ă©tait encore une contre-culture, portĂ©e par des graffeurs, DJs, rappeurs, qui crĂ©aient sans argent, sans institution, sans mĂ©dia, mĂȘme s’il y a eu la parenthĂšse Sidney avec l’émission H.I.P. H.O.P..

Une parenthùse importante


Oui. C’est un OVNI, la premiĂšre Ă©mission consacrĂ©e au hip-hop au monde. Et en France, la premiĂšre prĂ©sentĂ©e par un Noir. À l’époque, en 1984, la mode du smurf avait touchĂ© les Ă©coles et les collĂšges. Fin connaisseur du hip-hop amĂ©ricain, Sidney a propagĂ© le mouvement en France : il a invitĂ© Afrika Bambaataa, organisĂ© des compĂ©titions de danse ou de scratch Ă  une heure de grande Ă©coute. Mais Ă  la fin de l’annĂ©e, TF1 a dĂ©cidĂ© que le hip-hop, c’était fini, et qu’il fallait passer Ă  autre chose. Ils se sont trompĂ©s.

Vous revenez aussi beaucoup sur les lieux, parmi lesquels le terrain vague de La Chapelle


C’est un endroit trĂšs important. À partir de 1986, les amateurs de hiphop se retrouvent lĂ  pour danser, Ă©couter de la musique ou graffer. Ce terrain vague fut dĂ©cisif pour la musique, grĂące aux free jams organisĂ©es par Dee Nasty. Et pour le graff : c’était une galerie Ă  ciel ouvert. On venait de l’Europe entiĂšre pour admirer les fresques des BBC, de Mode 2. Les Français Ă©taient les seuls EuropĂ©ens Ă  rivaliser avec les AmĂ©ricains.

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Thibaut Allemand
Let's Motiv 30 Avril 2015

- “Regarde ta jeunesse dans les yeux” : une plongĂ©e fascinante aux origines du rap français

Avec Regarde ta jeunesse dans les yeux, Vincent Piolet documente la naissance du rap français durant la dĂ©cennie 1980 en donnant la parole Ă  ses acteurs, connus ou mĂ©connus. D’une poignĂ©e de Français aux commandes premiers disques d’Afrika Bambaataa aux secrets du terrain vague de la Chapelle en passant par une pluie d’anecdotes fascinantes, l’auteur offre le tĂ©moignage foisonnant d’une Ă©poque rarement documentĂ©e. Entretien.
On connaĂźt quelques rappeurs qui ont dĂ©butĂ© dans les annĂ©es 1980 (NTM, IAM
), mais cette Ă©poque peu documentĂ©e fait globalement l’objet d’un oubli. Pourquoi ?

Vincent Piolet – D’abord parce qu’elle n’a pas Ă©tĂ© documentĂ©e par les acteurs eux-mĂȘmes, et qu’il est difficile de les retrouver pour en parler. Pour les archives, il est possible d’aller Ă  l’INA – quoique le dĂ©pĂŽt lĂ©gal des radios ne date que de 1992 et qu’il manque donc beaucoup de matĂ©riel –, mais pour les personnes, il faut fouiller. Il y a ensuite, du cĂŽtĂ© institutionnel, une forme de mĂ©pris pour la culture hip-hop qui consiste Ă  considĂ©rer que c’est une musique de jeunes, une sous-musique et que ce n’est pas si important que cela. Il s’agit bien entendu d’une mĂ©prise, mais je pense que les choses sont en train de bouger en raison du succĂšs durable du rap. Nous arrivons Ă  une Ă©poque oĂč, en raison de la maturitĂ© artistique du mouvement et de sa diffusion de masse auprĂšs du public, il est nĂ©cessaire de se demander d’oĂč vient cette musique et comment elle s’est implantĂ©e en France.

En recherchant ces informations, il faut cependant Ă©viter de confondre la pratique commerciale du rap qui, globalement, a dĂ©marrĂ© avec la sortie de Rappatitude (premiĂšre compilation de rap français parue en 1991 – ndlr), et le rap en tant que culture, qui existe depuis plus longtemps. Rapattitude n’est que le rĂ©sultat de 10 annĂ©es de gestation pendant lesquelles cette culture s’est implantĂ©e, dĂ©veloppĂ©e, inventĂ©e. S’il y avait trĂšs peu de disques de rap français dans les annĂ©es 1980, il y avait des gens qui rappaient, qui tagguaient et partageaient cette culture. C’est ce que j’ai cherchĂ© Ă  documenter et il est vrai que personne ne le fait. Je pense d’ailleurs que si cette musique fonctionne aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle possĂšde, au-delĂ  de son destin commercial, de vraies racines culturelles.

Vous soulignez le caractĂšre parisien de la culture rap au dĂ©but des annĂ©es 1980. Comment s’est-elle enracinĂ©e en banlieue ?

Les banlieusards Ă©taient dĂ©jĂ  dans le hip-hop, mais Ă  cette Ă©poque, la banlieue Ă©tait un dĂ©sert culturel. Pour pouvoir se retrouver autour d’un phĂ©nomĂšne culturel naissant, il fallait un centre gĂ©ographique, une sorte de point de ralliement. Ca a Ă©tĂ© Paris parce que c’est lĂ  qu’il y avait des clubs comme l’Emeraude, le terrain vague de La Chapelle ou la salle de danse de Paco Rabanne, et c’est aussi lĂ  qu’il y avait les disquaires, qu’on pouvait avoir accĂšs aux nouveautĂ©s venues des Etats-Unis. De la mĂȘme maniĂšre, si tu voulais voir les derniers graffitis, il fallait aller sur place. C’était une Ă©poque oĂč il n’y avait pas de mĂ©dias, pas d’internet, oĂč il Ă©tait impossible de pratiquer une culture hors du lieu oĂč elle se crĂ©ait, et les banlieusards faisaient donc cet effort de se dĂ©placer physiquement.

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CONSULTER L’INTEGRALITÉ DE L’INTERVIEWSUR LE SITEDESINROCKS

Thomas Blondeau
Les Inrockuptibles 04/05/2015

- L'ouvrage qui retrace les débuts du hip-hop en France

Regarde ta jeunesse dans les yeux ! Pour tout amateur de rap qui se respecte, ces quelques mots font Ă©cho au couplet de Kool Shen d’NTM et au titre de 1991, “Le monde de demain” extrait de l’album Authentik du crew du 93.

Regarde ta jeunesse dans les yeux : Naissance du Hip-Hop Français (1980-1990) est aussi le nom d’un ouvrage signĂ© Vincent Piolet et qui vient de paraĂźtre chez l’excellente maison d’édition Le Mot et Le Reste (les bouquins de Sylvain Bertot, c’est eux aussi !). Comme son sous-titre le sous-entend, le livre est le fruit d’un travail de trois ans pendant lesquels son auteur s’est penchĂ© sur les origines et les balbutiements du hip-hop en France considĂ©rĂ© Ă  l’époque comme une mode qui ne durerait pas trois mois.

Trente ans plus tard, Regarde ta jeunesse dans les yeux sous la forme d’un essai documentaire revient sur la naissance du mouvement Ă  travers l’interview d’une centaine de ses acteurs tels que Kool Shen, Stomy Bugsy ou Bando pour les plus connus et d’autres comme Style J, Saxo ou Iron 2 restĂ©s dans l’underground.

Regarde ta jeunesse dans les yeux est un livre Ă  mettre Ă  cĂŽtĂ© de Mouvement : du Terrain Vague au Dance Floor 1984-89 de Yoshi Omori, Jay One et Marc Boudet dans sa bibliothĂšque. La cerise sur le gĂąteau, le livre bĂ©nĂ©ficie d’une prĂ©face signĂ©e Dee Nasty himself :

« Aucun d’entre nous n’aurait pu imaginer que des livres seraient Ă©crits pour relater nos parcours et nos « exploits », plus ou moins fidĂšlement. La naissance du hip-hop français dans les annĂ©es 1980, c’est une histoire effectivement oubliĂ©e par le public, une histoire mĂ©connue par les plus jeunes alors quoi de plus normal que de donner la parole aux acteurs afin qu’ils Ă©voquent l’Histoire depuis le commencement, comme ils l’ont vĂ©cue.»

Article en lecture sur Street-Rules

Olivier Mukiandi
Street Rules 30 mars 2015

- Interview Vincent Piolet

Peux-tu te présenter ?
VINCENT PIOLET : Je suis de la rĂ©gion parisienne. J’étais trop jeune pour connaitre la naissance du hip-hop français, le sujet du livre, soit la pĂ©riode 1980-1990. J’y apporte donc un regard extĂ©rieur avec un peu de recul.
Par contre, la dĂ©cennie 90 – certains l’appellent l’ñge d’or du hip-hop français – je l’ai bien connue, et j’ai ensuite observĂ© l’évolution de cette culture dans les annĂ©es 2000.
Je ne suis pas journaliste, j’ai donc utilisĂ© quelques “interstices” de mon temps libre pour mener cette enquĂȘte de trois ans.

Quel est le sujet du livre ?
V.P : AprĂšs avoir passĂ© plus de trois ans Ă  enquĂȘter, rencontrĂ© une centaine de personnes, j’ai Ă©crit le premier essai documentaire sur la naissance du hip-hop français (1980-1990), sachant qu’il existe trĂšs peu, voire aucune, documentation sur le sujet. Il s’agit de la pĂ©riode oĂč le hip-hop français est une contre-culture, c’est-Ă -dire sans mĂ©dias, sans argent, sans aide des institutions.
Bien entendu, je ne prĂ©tends aucunement au fait d’avoir rĂ©alisĂ© l’impossible rĂ©cit exhaustif, j’espĂšre que d’autres ouvrages se pencheront aussi sur l’histoire de ces pionniers.

Quel est le message que tu veux que les gens retiennent une fois le livre lu ?
V.P : Qu’écoutent les plus jeunes aujourd’hui ? Black M, Soprano, Alonzo, Booba, MaĂźtre Gims, Orelsan etc. Bref, du rap français devenu de la quasi variĂ©tĂ©, mais les institutions culturelles françaises peinent Ă  donner une pleine reconnaissance au hip-hop français en tant que culture. À un moment, on peut se poser la question lĂ©gitime : mais d’oĂč tout cela vient-il ? Cette culture est-elle devenue assez mature pour enfin poser un regard historique, comme cela a Ă©tĂ© le cas pour le jazz, le rock etc ?
Je pense que l’on en est arrivĂ© Ă  ce stade – tout au moins Ă  ces prĂ©mices – et lorsque l’on revient aux origines, on dĂ©couvre une multitude d’histoires incroyables. Il faut savoir que le hip-hop français s’est construit grĂące Ă  une multitude d’anonymes passionnĂ©s qui se sont retrouvĂ©s autour d’un intĂ©rĂȘt commun. Leurs rĂ©cits – souvent oubliĂ©s – permettent de mieux comprendre comment le hip-hop français est devenu incontournable. Il ne faut pas oublier qu’il Ă©tait Ă  deux doigts de mourir dans les annĂ©es 80, mais quelques pionniers l’ont sauvé 

Comment t’es venue l’idĂ©e de ce livre ?
V.P : Je voulais Ă©crire uniquement sur le terrain vague de la Chapelle – vĂ©ritable mythe dont je fais beaucoup rĂ©fĂ©rence dans le livre d’ailleurs – et lors de rencontres, je me suis aperçu que l’histoire du terrain n’avait pas de sens sans raconter l’histoire de cette gĂ©nĂ©ration qui a vĂ©cu le hip-hop pendant la dĂ©cennie 1980. L’histoire Ă©tait d’autant plus intĂ©ressante qu’elle n’avait quasiment jamais Ă©tĂ© racontĂ©e.

Pourquoi ce titre ”REGARDE TA JEUNESSEDANSLES YEUX” (issu de la chanson “Le Monde de demain” de NTM) ?
V.P : Le titre – les paroles de Kool Shen dans “Le Monde de demain” – symbolisent dans ce livre une vision toute subjective. Cette jeunesse dont Kool Shen parle est peut-ĂȘtre la sienne, pendant les annĂ©es 80, celle qui a vu la mutation de la banlieue, l’arrivĂ©e du chĂŽmage de masse, le retour des inĂ©galitĂ©s croissantes, la violence qui s’exprime toujours plus jeune, les fils d’immigrĂ©s ignorĂ©s par la sociĂ©tĂ©. Cette jeunesse que l’on n’a pas regardĂ©e, que l’on a prĂ©fĂ©rĂ©e oublier, n’a pas pour autant sombrer dans le misĂ©rabilisme. Insouciante comme on peut l’ĂȘtre Ă  l’adolescence, elle s’est accaparĂ©e le hip-hop amĂ©ricain et l’a transformĂ© en culture française par un long processus.

Pourquoi axer ton livre sur cette période ?
V.P : Les annĂ©es 80 du hip-hop français sont particuliĂšrement intĂ©ressantes Ă  Ă©tudier dans le sens oĂč elles sont celles d’une Ă©poque qui rĂ©pond Ă  la dĂ©finition mĂȘme d’une contre-culture. Plus tard, dans les annĂ©es 90, il passera au stade de sous-culture avant de devenir une composante pleine de la culture de masse Ă  partir des annĂ©es 2000. Toutes les cultures passent par des phases de maturitĂ© diffĂ©rente. Personne ne s’était penchĂ© sur la naissance, certainement la pĂ©riode la plus difficile Ă  raconter
 Moi qui connaissait l’ñge d’or fin 1990, j’ai dĂ©couvert un tout autre monde


Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?
V.P : Retrouver les acteurs concernĂ©s ! Il a fallu parfois mener de vrais enquĂȘtes, mĂȘme si les rĂ©seaux existent toujours entre ceux de cette gĂ©nĂ©ration qui ont gardĂ© des liens trĂšs forts.
La difficultĂ© lorsque l’on veut raconter l’histoire d’une contre-culture est que celle-ci par dĂ©finition ne gĂ©nĂšre pas sa propre documentation. L’écrivain n’a alors que peu de matĂ©riel pour avancer, la rencontre des diffĂ©rents protagonistes devient alors essentielle. Ce sont leurs histoires, leurs rĂ©cits de vie, qui redonnent vie Ă  une histoire oubliĂ©e de tous. Le but n’était surtout pas d’écrire un essai sociologique, mais bien d’aller voir les intĂ©ressĂ©s.

Qu’est ce que tu en retires de ce projet ?
V.P : Un grand respect pour ces pionniers dont la juste valeur, soit l’apport Ă  la culture française, est encore largement ignorĂ©e par les institutions ou les mĂ©dias.

Une prĂ©face signĂ© Dee Nasty
 Qu’est ce que l’on ressent ?
V.P : Dee Nasty est un peu le fil rouge dans le livre, son histoire avec le hip-hop commence aux États-Unis fin 1970 et courre pendant les dĂ©cennies suivantes jusqu’à 2015 avec un nouvel album prĂ©vu ! Je pense que c’est la personne la plus reprĂ©sentative, un vrai passionnĂ©, qui a rĂ©ussi Ă  allier le talent – l’un des meilleurs DJ – avec les initiatives (radios pirates, free jams au terrain vague, Deenastyle, etc.) pour faire vivre le Mouvement. Si l’on devait commencer un Hall of Fame, il serait certainement le premier invitĂ© !
Il a lu mon livre et m’a dit – mĂȘme si cela peut paraĂźtre orgueilleux de ma part – “c’est le meilleur livre sur le hip hop que j’ai jamais lu”. Il a acceptĂ© d’écrire la prĂ©face – pas une prĂ©face Ă©crite par l’auteur en sous main pour se lancer des fleurs – il a Ă©crit lui-mĂȘme un texte trĂšs personnel oĂč il se remĂ©more ces annĂ©es, un texte trĂšs bien Ă©crit.

Quel est le retour des personnes qui l’ont dĂ©jĂ  lu ?
V.P : Une poignĂ©e de personnes a lu le livre et le retour est bon. Je suis conscient d’avoir certainement oubliĂ© tel graffeur ou tel danseur incontournable, j’espĂšre qu’ils ne m’en tiendront pas rigueur.

OĂč va ĂȘtre Ă©ditĂ© le livre et quand surtout ?
V.P : Le livre est sorti le 20 mars 2015 aux éditions Le Mot et Le Reste, en vivant en librairies, en virtuel en ligne sur les sites marchands.

Est ce que cela t’a donnĂ© l’envie d’écrire d’autres livres sur le mĂȘme thĂšme ?
V.P : Ce livre a commencĂ© avec une idĂ©e, des rencontres, comme celle dĂ©cisive de DJ Chabin par exemple. Tout dĂ©pendra donc des rencontres futurEs
 Je n’ai pas encore dĂ©cidĂ© de comment utiliser les “interstices” de mon temps libre
 Si j’aime beaucoup le hip-hop, de nombreuses autres choses m’intĂ©ressent, il y a tellement d’histoires Ă  raconter


Comment vois-tu la scùne hip-hop aujourd’hui ?
V.P : TrĂšs bien! Il y en a pour tous les goĂ»ts, preuve de sa pleine intĂ©gration. Il existe du hip hop qui porte aussi bien un message de contestation qu’un message festif. MĂȘme si c’est un peu caricatural, on a un spectre allant de Lucio Bukowski avec une esthĂ©tique forte, une idĂ©ologie prĂŽnant une indĂ©pendance totale Ă  Booba dont le but est clairement affichĂ©, faire de l’argent, peu importe les compromis artistiques. L’un n’est pas mieux que l’autre, ou plus hip-hop. Le public est tellement large que l’offre est diverse. Chacun y trouve son compte et cette diversitĂ© va plutĂŽt dans le bon sens. Il faudrait juste que toutes ces voix puissent ĂȘtre entendues, l’une Ă  cĂŽtĂ© de l’autre, et non malheureusement l’une au dĂ©triment de l’autre.

Quelque chose Ă  rajouter?
V.P : Si vous voulez connaitre le rĂ©cit inĂ©dit du premier français Ă  avoir fait un disque hip-hop, lisez le livre ! C’est une histoire complĂštement ubuesque d’un passionnĂ© français parti Ă  LA, qui fait le DJ en 1983 pour Ice T, avec dans le package corruption, drogue et Dr Dre (Andre Young Ă  l’époque en 1983), le tout finissant en taule !

RETROUVEZ L’INTÉGRALITÉ DE L’INTERVIEWSURCULTURES-URBAINES.FR

Writer Tonio
Cultures urbaines 7 avril 2015

- Vincent Piolet en interview

Dynamike a rencontrĂ© Vincent Piolet, auteur d’un ouvrage sur la naissance du hip-hop français, et on termine la dĂ©couverte de notre album de la semaine, “Sound & Color” d’Alabama Shakes.

Le livre “Regarde ta jeunesse dans les yeux. Naissance du hip-hop français 1980-1990” explore l’histoire du mouvement Ă  partir d’interviews d’artistes reconnus (Kool Shen, Stomy Bugsy, Bando) et d’acteurs anonymes ayant contribuĂ© Ă  l’explosion du hip-hop en France. Dynamike a rencontrĂ© Vincent Piolet, l’auteur de ce bel ouvrage.

ÉCOUTEZ L’ÉMISSIONSURRTS.CH

Benjamin Luis
RTS // Couleur 3 // Plein le poste 17 avril 2015

- Interview avec Vincent Piolet

“Rencontrer les gens, c’était le cƓur du livre.”

On a tendance Ă  souvent dater la naissance du hip-hop français au dĂ©but des annĂ©es 1990 puisque c’est le dĂ©but des succĂšs commerciaux pour certains rappeurs. Mais avant ça, il y a toute une dĂ©cennie de fermentation de cette culture venue tout droit des États-Unis. C’est cette montĂ©e en puissance que Vincent Piolet raconte dans son excellent ouvrageRegarde ta jeunesse dans les yeux, Naissance du hip-hop français 1980-1990. Nous l’avons rencontrĂ© pour en discuter.

Comment es-tu venu au hip-hop ?

Je suis parisien et – information importante – je n’ai pas connu la pĂ©riode 1980-1990 du hip-hop français, le sujet du livre, car j’étais beaucoup trop jeune. J’ai connu la culture hip-hop Ă  l’école, trĂšs jeune, Ă  partir de 1990, pĂ©riode qui correspond Ă  la fin de mon livre, avec le disque Rapattitude. À l’époque soit tu Ă©coutais du rap ou du grunge voire du hard rock.

Quel est le cursus qui t’amĂšne Ă  Ă©crire sur ce sujet ?

Je ne suis pas journaliste, je ne vis pas de l’écriture. J’ai Ă©crit le livre sur mon temps libre Ă  cĂŽtĂ© de mon travail. Je n’avais donc pas d’impĂ©ratif ou d’intĂ©rĂȘt, j’ai pris le temps.

Qu’est ce qui t’a donnĂ© l’idĂ©e d’écrire ce livre ?

Plusieurs Ă©lĂ©ments : d’abord, personne ne s’était plongĂ© dans cette dĂ©cennie 80, la naissance du hip-hop français, et j’ai compris par la suite la raison. Il n’y a aucun support, aucun matĂ©riau, c’était donc un livre qui a demandĂ© beaucoup de travail car il fallait aller recueillir les rĂ©cits auprĂšs des acteurs, les « pionniers ». Bref, un sujet inĂ©dit. Ensuite, je voulais Ă©crire un livre sur le mythe du terrain vague de la Chapelle, ce qui explique d’ailleurs que celui-ci occupe Ă  juste titre une place importante dans le livre. Mais je me suis rendu compte que le rĂ©cit du terrain vague n’avait pas de sens sans Ă©largir le cadre, soit raconter l’histoire d’une gĂ©nĂ©ration de gamins et d’ados qui ont construit pendant une dĂ©cennie le hip-hop français qui allait exploser dans les annĂ©es 1990 jusqu’à ĂȘtre prĂ©sent partout aujourd’hui. Enfin, des rencontres ont Ă©tĂ© des dĂ©clencheurs, comme celle de DJ Chabin avec ses rĂ©cits incroyables sur les annĂ©es Bataclan.

As-tu une fascination pour les années 80 ?

Je n’ai pas de fascination pour les annĂ©es 1980 en gĂ©nĂ©ral. Je suis plutĂŽt fascinĂ© par l’émulation et la force artistique qu’avaient les pionniers pour donner naissance Ă  la culture hip-hop française. Il n’y avait rien Ă  gagner, aucune reconnaissance des mĂ©dias ou des institutions. Et pourtant ils vivaient hip-hop jour et nuit. Danse, graff, tag, rap, c’était non-stop.

Comment as-tu décidé qui tu allais interviewer ?

J’ai dĂ©cidĂ© de rencontrer les acteurs majeurs de cette Ă©poque. Cela pouvait concerner autant certains qui ont rĂ©ussi commercialement par la suite, trĂšs peu nombreux, que les autres. Ces derniers Ă©taient trĂšs importants, car les rĂ©cits Ă©taient inĂ©dits et c’est lĂ  que tu apprends vraiment des choses, des mythes tombent ou d’autres apparaissent.

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Stéphane Fortems
Le rap en France 15 avril 2015