Regarde ta jeunesse dans les yeux - nouvelle édition
Naissance du hip-hop français 1980-1990
Une tranche dâhistoire musicale exhaustive intelligemment narrĂ©e, aussi passionnante que la nouvelle mouture du classique Canât Stop Wonât Stop de Jeff Chang.
BenoĂźt Carretier â Tsugi
préface de Dee Nasty
postface de Solo
Qui connaĂźt lâhistoire du premier français Ă avoir sorti un disque hip-hop en 1983 Ă Los Angeles aux cĂŽtĂ©s dâun certain Andre Young, futur Dr Dre ? Qui connaĂźt lâhistoire des premiĂšres soirĂ©es hebdomadaires hip-hop au dĂ©but des annĂ©es 1980 (Ămeraude, Bataclan) ? Celle des premiers graffeurs qui rompent avec les pochoiristes ? Des premiers breakers sâentraĂźnant sur un lino posĂ© Ă mĂȘme le trottoir ? Ce livre explore la naissance dâun mouvement qui Ă©tait encore une contre-culture (absence dâargent, dâinstitutions et de mĂ©dias) dans les annĂ©es 1980, loin dâimaginer quâil allait devenir une culture de masse. En parallĂšle des mouvements artistiques qui la composent, lâhistoire du hip-hop français ne peut faire lâĂ©conomie du rĂ©cit de phĂ©nomĂšnes sociaux ayant jouĂ© un rĂŽle de premier plan (les derniers bidonvilles de Nanterre, la naissance de la banlieue etc.) Pour construire cet ouvrage, Vincent Piolet sâest basĂ© sur les interviews dâune centaine de personnes, allant dâartistes reconnus (Kool Shen, Stomy Bugsy, Bando) Ă des acteurs anonymes mais respectĂ©s de lâunderground (Style J, Saxo, Iron 2), ayant tous pavĂ© un chemin favorable Ă lâexplosion du hip-hop français qui nâaura lieu que dix ans plus tard.
Revue de presse
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- Interview - Vincent Piolet Manu Baudez & Yann Cherruault international Hip-Hop 11 septembre 2016
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- Entretien avec Vincent Piolet RTS // Histoire Vivante 7 décembre 2015
- Regarde ta jeunesse dans les yeux Sylvain Bertot fakeforreal.net 10 octobre 2015
- SĂ©lection livres Aena LĂ©o Longueur d'Ondes ĂtĂ© 2015
- L'amour Ă la plage BenoĂźt Carretier Tsugi ĂtĂ© 2015
- Regarde ta jeunesse dans les yeux Florence Marek FrancoFans Juin-Juillet 2015
- Deux ouvrages fouillés célÚbrent le hip-hop made in France Thomas Blondeau Les Inrockuptibles 13 mai 2015
- La Naissance du hip-hop français, selon Vincent Piolet Alain Pilot rfI // La bande passante 29 juillet 2015
- 10 lieux cultes du hip-hop parisien des années 80 Antoine Bosque The Backpackerz 18 juillet 2015
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- Retour aux sources Reverse Avril 2015
- Vincent Piolet : Entretien DirtNoze Foxy Lounge 08 juin 2015
- Old School New School ROYAL S Aligre FM // Old School New School 14 Mai 2015
- Spéciale pionniers US & français avec Vincent Piolet Olivier Cachin Le Mouv' // La sélection d'Olivier Cachin 15 Mai 2015
- L'éternelle jeunesse du hip-hop français Maxime Delcourt Slate.fr 10 Mai 2015
- Chronique du bouquin ultime sur le rap français Olivier Mukiandi Street Rules 4 Mai 2015
- « REGARDE TA JEUNESSE DANS LES YEUX » EST LE GUIDE ULTIME DU HIP-HOP FRANĂAIS DES ANNĂES 80 Rod Galcial Vice // Noisey 29 Avril 2015
- Jurassic rap Thibaut Allemand Let's Motiv 30 Avril 2015
- âRegarde ta jeunesse dans les yeuxâ : une plongĂ©e fascinante aux origines du rap français Thomas Blondeau Les Inrockuptibles 04/05/2015
- L'ouvrage qui retrace les débuts du hip-hop en France Olivier Mukiandi Street Rules 30 mars 2015
- Interview Vincent Piolet Writer Tonio Cultures urbaines 7 avril 2015
- Vincent Piolet en interview Benjamin Luis RTS // Couleur 3 // Plein le poste 17 avril 2015
- Interview avec Vincent Piolet Stéphane Fortems Le rap en France 15 avril 2015
âDans ce numĂ©ro spĂ©cial Hip-Hop, jâai le plaisir de recevoir Vincent Piolet, auteur du livre documentaire âRegarde ta jeunesse dans tes yeuxâ publiĂ© aux Ă©ditions âLe mot et le resteâ. Dans cet Ă©pisode, lâauteur nous retrace son parcours de collectage qui a durĂ© 3 ans. Trois annĂ©es ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour retrouver certains acteurs du mouvement Hip Hop qui a pris racine dans les terrains vagues de La Chapelle Ă Paris. Ce livre-documentaire est une oeuvre majeure dans lâhistoire du Hip-Hop ! Ă ne pas manquer !â
Podcast disponible en replay ici
Marchandart vous parle de NTM et, au dĂ©tour, du livre de Vincent Piolet : âun travail exĂ©cutĂ© avec brioâ.
Revoir lâĂ©mission sur la chaĂźne de Marchandart
Lâhistoire officielle du hip-hop français, telle que nous lâont trop souvent racontĂ© les âĂ©litesâ du rap, se borne la plupart du temps Ă son aspect commercial, et fait remonter grossiĂšrement sa naissance Ă la compilation Rapattitude sortie en 1990. Câest pourtant faire lâimpasse sur tous ceux qui ont construit les bases durables dâun vaste mouvement qui a changĂ© la vie dâune partie de la jeunesse, et qui ont ĆuvrĂ© dans lâombre pendant une bonne dizaine dâannĂ©e avant que nâĂ©merge aux yeux de tous cette infime partie, uniquement musicale, de lâĂ©difice. Vincent Piolet sâest attachĂ© Ă rendre justice Ă ces pionniers oubliĂ©s dans son remarquable bouquin Regarde ta jeunesse dans les yeux, sorti en mars dernier, et qui donne la parole aux vrais combattants de cette rĂ©volution culturelle. Nous revenons avec lui sur ce travail important, premiĂšre pierre Ă lâĂ©criture de notre histoire par ceux qui lâont vĂ©cue, et non par ceux qui en vivent.
Tu dis du hip-hop en France dans les annĂ©es 80 quâil sâagit dâune âcontre-cultureâ. Penses-tu quâaujourdâhui câest devenu une âsous-cultureâ ?
VINCENTPIOLET : Disons que dâaprĂšs la dĂ©finition que je me suis moi-mĂȘme créée, une âcontrecultureâ câest : pas dâargent, pas de mĂ©dia, pas dâinstitution. Donc pendant les annĂ©es 80, on y est typiquement, que ce soit pour le rap, la danse ou le graff â mise Ă part la parenthĂšse enchantĂ©e de 1983-84, oĂč on a ce ârap de cour de rĂ©crĂ©ationâ [dans le sillage de lâĂ©mission H.I.P.-H.O.P. animĂ©e par Sidney sur TF1 â NDLR], trĂšs markettĂ©, avec un public ciblĂ© trĂšs jeune. Mais ça redescend trĂšs vite, et dĂšs 1985-86, câest le trou noir. Donc on passe dans la contre-culture, jusquâen 1990 oĂč tout se rejoint : lâargent, les mĂ©dias, les institutions. Câest vrai pour le rap, avec la compilâ Rapattitude [sortie de 1990 chez Labelle Noire/ Virgin/EMI â NDLR] dans laquelle chaque major va finir par prendre son rappeur ; pour la danse, Ă laquelle la danse contemporaine va beaucoup sâintĂ©resser ; pour le graff, qui est exposĂ© au Palais de Chaillot, avec des graffeurs français exposĂ©s pour la premiĂšre fois par AgnĂšs b.⊠Les mĂ©dias commencent Ă sây intĂ©resser, avec RapLine qui commence [diffusion de 1990 Ă 1993 sur M6 â NDLR], et des Ă©missions comme Ciel Mon Mardi de Dechavanne qui en parlent â sous des angles pas forcĂ©ment bienveillants, mais qui en parlent. Dans les sĂ©ries tĂ©lĂ©, mĂȘme : dans un Ă©pisode du Lyonnais [lâĂ©pisode âTaggersâ en 1990 dans lequel on retrouve Squat et Solo dâAssassin, JoeyStarr, Marco Prince de FFF aux cĂŽtĂ©s de Guillaume Depardieu ou encore Rachid Taha ! â NDLR], tu as un crew de tagueurs, les Magic Killers, qui font peur Ă tout le monde⊠Et pour les institutions, câest pareil : Jack Lang reprend le truc, lâUniversitĂ© Paris VIII donne des cours sur le rap⊠On passe alors Ă ce que jâappelle une âsous-cultureâ. Je ne dis pas du tout ça dans un sens pĂ©joratif, mais dans le sens oĂč, sans ĂȘtre un phĂ©nomĂšne de masse, câest quelque chose qui est reconnu et qui vit Ă©conomiquement.
Dans ton livre, tu Ă©cris que le propre dâune contre-culture, câest lâabsence dâarchives. Câest pour ça que ton bouquin est salutaire, parce que les seules personnes qui peuvent Ă©crire cette histoire, ce sont les gens qui lâont vĂ©cue. Cette histoire est hĂ©las souvent parasitĂ©e par des historiens autoproclamĂ©s, officiels, qui en ont une vue trĂšs parcellaire, voire orientĂ©eâŠ
V.P. : Câest dĂ©jĂ le constat quâavaient fait ceux qui voulaient Ă©tudier les dĂ©buts du punk. Le propre dâune contre-culture, comme le punk Ă ses dĂ©buts, câest quâelle ne gĂ©nĂšre pas ses propres archives. Pour le hip-hop, on nâa quasiment rien, pas de flyers, trĂšs peu de photos. On nâa par exemple aucune photo de DJ Chabin au Bataclan, parce que le gĂ©rant ne voulait pas quâon en prenne ! Pour la radio, pareil : le dĂ©pĂŽt lĂ©gal ça commence mi-1990, je crois, donc on nâa presque rien non plus, Ă part un tout petit peu de Radio 7. CâĂ©tait une de mes grandes motivations, dâaller voir les gens. Uniquement. Recueillir leurs histoires, et le faire dâautant plus rapidement quâune grande majoritĂ© a maintenant la cinquantaine, et que ça commence Ă faire loin⊠Si on ne rĂ©cupĂšre pas ces histoires, elles seront perdues Ă jamais. Ce ne serait pas si grave si ça nâavait Ă©tĂ© quâune mode, mais le hip-hop en France est un pilier culturel, quâon le veuille ou non. Au-delĂ des critĂšres de qualitĂ© ou de style, ce que les gamins Ă©coutent au collĂšge, câest du rap français. MĂȘme pas du rap amĂ©ricain. Câest inscrit dans notre culture, câest un pilier, donc il faut en connaĂźtre les bases, et le seul moyen pour ça câĂ©tait dâaller voir les pionniers. Jâai rencontrĂ© entre 100 et 150 personnes. Un choix forcĂ©ment un peu subjectif au dĂ©part, mais mon but a vraiment Ă©tĂ© de rencontrer les acteurs majeurs et reconnus â qui nâont dâailleurs pas forcĂ©ment Ă©tĂ© connus par la suite â, tous ces gens qui nâavaient jamais racontĂ© leur histoire. Les historiens ou les sociologues vont te faire des grandes thĂ©ories, mais sans jamais se poser la question de qui Ă©taient vraiment les mecs qui rappaient au terrain vague de La Chapelle Ă lâĂ©poque, et qui dĂ©chiraient tout⊠Ce nâĂ©taient pas les NTM, ce nâĂ©tait pas Assassin, câĂ©taient dâautres mecs dont on a complĂštement perdu la trace maintenant. Câest leur histoire Ă eux qui est intĂ©ressante. Comment sont-ils devenus des lĂ©gendes ? Comment se sont mis en place les mythes sur lesquels la culture hip-hop en France sâest construite ? Il nây a pas de culture sans mythes.
Il faut quand mĂȘme prĂ©ciser que tu nâes ni musicologue, ni historien, ni universitaire. Tu lâas fait par passion, parce que tu estimais que câĂ©tait nĂ©cessaire de le faire, et tu as Ă©crit ce bouquin avant mĂȘme dâavoir trouvĂ© un Ă©diteur !
V.P. : Dans les quelques livres que jâavais lus sur le rap français â il y en a peu, et encore moins sur le hip-hop dans son ensemble, puisque les disciplines sont souvent sĂ©parĂ©es â, Ă chaque fois on datait le dĂ©but Ă la compilâ Rapattitude, en 1990. Alors que les quelques âpionniersâ que je connaissais me racontaient des trucs qui remontaient bien plus avant. Je savais donc que je devais le faire, mais je ne savais pas si jâĂ©crivais bien ! Je ne suis pas Ă©crivain, je ne suis pas journaliste, donc je me suis testĂ©. Jâai Ă©crit un chapitre ou deux, et au bout dâun an et demi je les ai envoyĂ©s Ă quelques revues, Schnock notamment, qui a publiĂ©. Câest lĂ que je me suis dit que jâĂ©tais capable dâĂ©crire un bouquin et jâai dĂ©roulĂ© le livre, dans les 2 ans qui ont suivi. Jâai fait Ă©normĂ©ment de rencontres. Au dĂ©but par des connaissances, des recommandations, untel qui connaĂźt untel⊠AprĂšs il a fallu retrouver des gens qui avaient complĂštement disparu des radars, câĂ©tait limite une enquĂȘte policiĂšre, mais je me suis attelĂ© Ă la tĂąche. Il y a aussi ceux qui sont devenus des stars, pour lesquels il a parfois fallu ruser, Ă cause des managers qui font mur⊠Pour atteindre Kool Shen par exemple, je me suis prĂ©sentĂ© comme journaliste de poker, et lâagent mâa laissĂ© passer sans problĂšme ! Quand je lâai eu au tĂ©lĂ©phone, je lui ai tout de suite dit que je me foutais du poker â je connais Ă peine les rĂšgles â et que je voulais seulement parler des annĂ©es 80. Il aurait pu me raccrocher au nez, mais on sâest parlĂ© pendant plusieurs heures et il Ă©tait trĂšs content de parler de cette pĂ©riode, quâil nâavait quasiment jamais racontĂ©e. Il nâavait mĂȘme pas lu la bio de Joey Starr ! Leurs versions de lâhistoire sont diffĂ©rentes, ils nâont pas les mĂȘmes souvenirs. Classique : une personne, une histoire⊠Dans lâensemble, tous ceux que jâai contactĂ©s Ă©taient enthousiastes et, Ă quelques exceptions prĂšs, jâai rĂ©ussi Ă rencontrer qui je voulais, par rĂ©seau ou par ruse.
Mais de lĂ Ă Ă©crire un bouquin ! Câest quand mĂȘme pas une dĂ©marche anodine, dâautant que tu nâĂ©tais pas âdans lâĂ©critureâ. Jâimagine que tu as quand-mĂȘme une sacrĂ©e obsession pour la culture hip-hop ?
V.P. : Ma passion pour le rap remonte Ă lâadolescence, de 1995 Ă 2005, en gros. Je lâai un peu mise de cĂŽtĂ© en grandissant. Pour ce qui est de lâĂ©criture, jâai un peu copiĂ© le format de Canât Stop Wonât Stop de Jeff Chang que jâavais beaucoup aimĂ© : des chapitres courts, un rĂ©cit qui intĂšgre directement les tĂ©moignages, une parole directe. Jâavais accrochĂ© au concept, alors je lâavais rangĂ© dans un coin de ma tĂȘte. Quand jâai eu lâidĂ©e du bouquin, ce qui mâintĂ©ressait le plus câĂ©tait le mythe du terrain vague. Je mâĂ©tais souvent posĂ© la question de qui y Ă©tait vraiment, parce quâĂ en croire tous ceux qui prĂ©tendaient y ĂȘtre, ça donnait lâimpression que les premiĂšres free-jams câĂ©tait Bercy ! Alors que certains nâavaient mĂȘme pas 6 ans Ă lâĂ©poque ! Donc au dĂ©but je voulais juste faire un bouquin sur le terrain vague. Mais un jour que je discutais avec DJ Chabin â câĂ©tait un peu âportes ouvertesâ chez lui aux Olympiades [Paris XIIIe â NDLR] â je me suis rendu compte que lui-mĂȘme nây Ă©tait pas. Pareil pour plein dâautres types, qui te parlent plutĂŽt dâautres lieux : ils allaient au Globo, ou Ă ChĂątillon⊠Dâautres encore te ramĂšnent 5 ou 6 ans plus tĂŽt : ils dansaient le jazz-rock au Bata, ils ont vu arriver les premiers rappeurs, et ils se sont mis au hip-hop. Dâautres se sont retrouvĂ©s au terrain vague parce quâon les avait virĂ©s de la salle Paco Rabanne⊠Donc ça nâavait pas de sens de parler uniquement du terrain vague. Il fallait raconter lâhistoire dâune gĂ©nĂ©ration, celle de cette âcontre-cultureâ dont je parlais tout Ă lâheure. Je ne savais pas dans quoi je mâembarquais mais jâai Ă©crit, sans maison dâĂ©dition mais persuadĂ© que ça allait intĂ©resser des gens. Ăa nâa pas Ă©tĂ© si facile dâen trouver une mais le sujet plaĂźt et va continuer Ă plaire. On commence Ă se poser des questions sur notre histoire. Comme aux Ătats-Unis, avec 4 ou 5 ans de dĂ©calage.
Une des principales qualitĂ©s de ton bouquin, mais qui lâexpose aussi Ă la critique, câest quâil rend bien compte quâil nây a pas dâhistoire officielle, quâil nây a pas une vĂ©ritĂ©, seulement des vĂ©ritĂ©s. Tu prĂ©sentes mĂȘme des versions contradictoires cĂŽte-Ă -cĂŽte, comme une maniĂšre de dire que âla rĂ©alitĂ©â nâest que celle que tu as vĂ©cue.
V.P. : Câest ça. Dâailleurs lâĂ©diteur voulait sous-titrer âLa Naissance Du Hip-Hop Françaisâ, et jâai dĂ» me battre pour que ce soit seulement Ă©crit âNaissance Du Hip-Hop Françaisâ. Il nây a pas une naissance officielle. Jâai livrĂ© la version des gens que jâai rencontrĂ©s, Ă dâautres curieux de contredire ou dâapprofondir. Il y a sans doute des points sur lesquels je me suis trompĂ©, dâautres que jâai manquĂ©s et qui sont sans doute incontournables. Jâai fait un pavĂ© mais ce nâest pas lâhistoire officielle. Celui qui prĂ©tend la faire, il vaut mieux ne pas lire son livre ! Ă dâautres de raconter dâautres ânaissancesâ pour que chacun se forge son avis, son propre ressenti.
Tu dis dâailleurs dans ta conclusion que tu vois ce livre comme une base, un premier travail de dĂ©frichage, pour que dâautres puissent creuser.
V.P. : Câest ce que jâespĂšre, et surtout pour la province. Parce que je me suis concentrĂ© sur Paris, la banlieue parisienne et Marseille â parce que câest trĂšs particulier â mais pour le reste, câest trĂšs anecdotique. Il y a des pionniers Ă Toulouse, Ă Strasbourg, Ă Lyon, Bordeaux, Lille⊠Et jâespĂšre que dâautres vont prendre leur micro ou leur stylo pour aller voir tous ces pionniers qui ont la cinquantaine. AprĂšs on compilera, et ça fera une super encyclopĂ©die !
Tu peux expliquer comment tu as construit le bouquin ? Il est organisĂ© de maniĂšre un peu Ă©trange, qui nâest pas chronologique, mais pas non plus complĂštement thĂ©matique. On a une premiĂšre partie qui est mi-chronologique, mi-thĂ©matique, et une seconde qui repose sur des portraits de personnes importantes.
V.P. : Câest vrai. Au dĂ©but, je fais une toute petite partie sur le rap amĂ©ricain, pour replacer un peu le contexte. Puis jâavais tellement dâinformations que ça a Ă©tĂ© plus compliquĂ© Ă organiser. DĂ©jĂ , Ă lâĂ©poque, tout le monde touchait Ă tout, faisait du graff, de la danse, du rapâŠ
Plus ou moins bien [rires] ! Au dĂ©but, on sâessayait Ă diffĂ©rents trucs, mais au bout dâun moment on se rendait compte quâil valait mieux abandonner certaines disciplines, Ă moins dâavoir quelques dĂ©ficiences mentales [rires] !
V.P. : Câest comme ce que dit Akhenaton : les rappeurs, ça a Ă©tĂ© dâabord des mauvais danseurs, ceux qui nâarrivaient plus Ă suivre le rythme. Et lui en est un bon exemple [rires] ! Mais oui, au dĂ©but tout le monde dansait, puis sâest mis Ă taguer un peu, graffer puis rapper, quand le complexe vis-Ă -vis du rap amĂ©ricain et de la langue a disparu. Tout ça faisait beaucoup dâinformations⊠Donc jâai essayĂ© de faire plusieurs chapitres courts, avec plusieurs petites histoires. Une trentaine ou une quarantaine de chapitres quasi indĂ©pendants, pour que le lecteur puisse piocher dedans. Des petites thĂ©matiques, mais en essayant de respecter une certaine cohĂ©rence chronologique, avec le Bataclan plutĂŽt au dĂ©but et le Deenastyle [lâĂ©mission culte de Dee Nasty sur Radio Nova â NDLR] plutĂŽt vers la fin⊠Il y a forcĂ©ment des petits retours en arriĂšre, et si tu lis tout dâun trait, tu peux trouver certaines choses qui se rĂ©pĂštent. Dâailleurs certaines personnes dont je parle mâont appelĂ© pour me dire : âJâai lu ton livre, tu fais un chapitre sur moi, mais tu racontes pas tel ou tel Ă©vĂ©nement super important, ce nâest pas normal !â Alors que je le raconte, mais vers la fin ! Le type avait juste lu son chapitre [rires] ! Câest simplement parce que jâai utilisĂ© des bouts de son histoire dans dâautres parties.
Mais mĂȘme si cette organisation peut nous perdre parfois, ça renforce encore le cĂŽtĂ© humble de ton livre. Il y a plein de petites histoires, de petits Ă©pisodes qui se complĂštent, se rĂ©pondent, ou mĂȘme se contredisent. Toujours dans cette idĂ©e quâil nây a pas une histoire officielle.
V.P. : Tant mieux, câĂ©tait ça le but !
Passons Ă la couverture. Tu as utilisĂ© une photo, tronquĂ©e, de Kool Shen, Solo et JoeyStarr, prise par Yoshi OmoriâŠ
V.P. : Oui. Elle avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© publiĂ©e dans le livre Mouvement. On est au Globo, autour de 1987 . Câest le crew 93 NTM, ils nâont pas encore commencĂ© Ă rapper Ă lâĂ©poque. Câest encore lâarmĂ©e mexicaine Ă lâĂ©poque, ils sont trĂšs nombreux [rires] ! Sur la photo initiale, il y a cinq personnes. Je voulais une photo de Yoshi, celle-lĂ me plaisait, lâĂ©diteur a pris les droits, mais quand jâai demandĂ© lâautorisation par courtoisie, il y en a un sur les cinq qui a dit non. On a donc Ă©tĂ© obligĂ© de couper la photo en deux : on nâallait pas la jeter, elle Ă©tait payĂ©e ! Comme câest toujours les mĂȘmes qui gagnent, câest Kool Shen et JoeyStarr qui sont restĂ©s sur la partie exploitable ! Ăa mâembĂȘtait un peu au dĂ©part, je ne tenais pas Ă mettre NTM en couverture et quâon croit que câĂ©tait pour vendre plus. Mais dâun autre cĂŽtĂ©, câest intĂ©ressant parce que le titre, Regarde Ta Jeunesse Dans Les Yeux, câest une phase de Kool Shen dans le morceau Le Monde De Demain. Sur la photo il a un air un peu menaçant, avec un regard trĂšs âNique Ta MĂšreâ ! Ăa fait une petite mise en abĂźme.
Tu as choisi le titre aprĂšs la photo ?
V.P. : Non, avant. Je lâai choisi parce quâon parle dâune gĂ©nĂ©ration de personnes quâon a oubliĂ©e, et je trouvais ça joli de dire : âRegardons-les, pour une fois. ArrĂȘtons-nous quelques secondes et regardons cette gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 80, ces gamins qui avaient entre 12 et 25 ans, que personne nâa jamais regardĂ©s.â Plein de bouquins avaient Ă©tĂ© faits sur dâautres mouvements, le punk, le rock⊠mais pas encore celui-lĂ .
Et puis câest aussi une gĂ©nĂ©ration qui a construit une grosse machine Ă fric !
V.P. : Elle a construit le hip-hop français ! Dâabord de façon dĂ©sintĂ©ressĂ©e, comme tout adolescent : ces gamins ont pris le rap amĂ©ricain dans les dents, et Ă cet Ăąge-lĂ tu tâamuses, tu ne rĂ©flĂ©chis pas, tu veux juste ĂȘtre le meilleur. Que ce soit en rap, en graff, en danseâŠ, tu veux impressionner ton pote, ton quartier, mais aussi tous ceux que tu nâaimes pas. CâĂ©tait dâabord un hobby, un exutoire pour certains, quelque chose de trĂšs identitaire, quelque chose de trĂšs fort. Et ça sâest construit peu Ă peu Ă travers des mythes, des rites, des hĂ©ros, des lieux, des codes⊠Sans le savoir, une culture sâest créée qui nâĂ©tait pas quâune pĂąle copie de la culture amĂ©ricaine comme certains lâont cru, et câest grĂące Ă tous ces passionnĂ©s. Jâexplique donc comment cette gĂ©nĂ©ration a dâabord mis en place une vraie culture, qui ne deviendra une machine que dans les annĂ©es 90, avec une Ă©conomie qui se chiffre en dizaines de millions. Quand on arrive Ă lâapogĂ©e, LâĂcole Du Micro dâArgent de IAM, ou juste avant que dĂ©barquent les graveurs de CD en 1999-2000, câĂ©tait gigantesque. Et depuis les annĂ©es 2000, on est mĂȘme passĂ© Ă la culture de masse, avec Jay-Z dans le magazine Public, alors quâau dĂ©part, tu nâentendais pas un seul morceau de rap sur Fun Radio. Donc on est quand mĂȘme arrivĂ© Ă quelque chose ! Et mĂȘme sâil y a toujours une certaine incomprĂ©hension, elle diminue peu Ă peu, puisque ceux qui arrivent dans les mĂ©dias aujourdâhui ont connu cette pĂ©riode.
Ce nâest pas pour ça quâils sont mieux intentionnĂ©s !
V.P. : Non, mais ils nâont pas le mĂȘme regard quand mĂȘme. Ils nây voient plus seulement du âboum boumâ qui nâa rien Ă voir avec la musique. Les premiĂšres chroniques parues dans le mensuel Rock&Folk Ă©taient carrĂ©ment racistes ! âMusique de nĂšgreâ, etc. Et ça ne dĂ©rangeait pas.
*Homophobes, en prime : on disait que câĂ©tait de la musique pour homosexuels, ce qui sous leur plume Ă©tait insultant ! Il faut dire quâĂ lâĂ©poque, lâhomosexualitĂ© Ă©tait encore un dĂ©lit au regard de la Loi, ça nâa Ă©tĂ© dĂ©pĂ©nalisĂ© quâen 1981 ou 1982, ce qui bien-sĂ»r nâexcuse rien. Pour en revenir Ă la construction du livre, tu places aussi des petits âfocusâ sur des Ă©vĂ©nements sociaux, comme toile de fond Ă ce que tu racontes. Pourquoi ce choix ? *
V.P. : Comme je lâai dĂ©jĂ dit, je ne suis ni sociologue, ni historien, donc je nâallais pas pondre des grandes thĂ©ories reliant rap et sociĂ©tĂ© comme le font certains. Mais jâai quand mĂȘme mis quelques âflashsâ pour rappeler la vie politique et sociale de lâĂ©poque. Une ou deux pages Ă chaque fois, pas plus, pour quâun gamin de 20 ans qui prendrait le bouquin puisse avoir une idĂ©e de ce quâĂ©taient les annĂ©es 80 en France. La gauche au pouvoir, la droite qui revient, les Ă©meutes de VĂ©nissieux, les premiers charters, les manifs Devacquet⊠Essayer de dĂ©crire un peu lâatmosphĂšre, la vie des quartiers, la banlieue qui change : ce ne sont plus des loulous avec une banane et un perfecto qui boivent de la Valstar [biĂšre en bouteilles consignĂ©es, aujourdâhui disparue â NDLR]. On passe Ă des enfants dâimmigrĂ©s qui sâhabillent plutĂŽt en Adidas, en K-Way, qui nâĂ©coutent plus la musique de leurs grands frĂšres. Il y a un changement radical en quelques annĂ©es. Je parle aussi de lâapparition des ZEP [Zones dâĂducation Prioritaires â NDLR], de la Marche pour lâĂgalitĂ© trĂšs vite rĂ©cupĂ©rĂ©e par SOS Racisme [satellite du Parti Socialiste â NDLR], de lâĂ©mergence des radios libres⊠Comme des petits rappels pour mieux comprendre ce qui sâest passĂ©. Je ne dis pas trop de bĂȘtises je crois, je ne mâenfonce pas dans de grandes thĂ©ories. Et puis les gens te parlent de tout ça, de toute façon. Ils te parlent des skins nazis, par exemple, dont Paris a Ă©tĂ© nettoyĂ©e par certains Ă lâĂ©poqueâŠ
Câest une autre histoire sur laquelle les gens se bagarrent celle-lĂ ! Qui a vraiment nettoyĂ© les rues de Paris des fachos ? Il nây a pas dâhistoire officielle de ça non plus !
V.P. : Câest vrai. Mais dans mon bouquin je ne parle pas trop des âbandesâ, dâailleurs, de skins ou autres. Je fais bien la distinction avec les crews, comme le font ceux qui ont vĂ©cu cette pĂ©riode. Les crews de graffeurs ou de danseurs qui Ă©taient lĂ pour vivre le hip-hop nâavaient rien Ă voir avec des bandes comme les Panthers, par exemple, qui Ă©taient lĂ pour se taper contre les skins nazis. Beaucoup ont fait des amalgames. Câest comme ça que tu te retrouves avec le quotidien France Soir qui publie la carte des gangs en France et qui parle des Little MCâs ou des NTM comme de gangs, ou des Zulus comme dâun groupe paramilitaire ! Et mĂȘme les bandes câest pas encore des gangs ! On nâest pas aux Ătats-Unis, ce nâest pas du tout la mĂȘme chose ! Moi je me suis limitĂ© aux gens qui aimaient le hip-hop. Les Requins Vicieux, au dĂ©part, câĂ©taient des danseurs. Câest pour ça que je parle dâeux, de leurs dĂ©buts. AprĂšs, ça ne me regarde plus, je ne connais pas et je ne cherche pas Ă connaĂźtre⊠Mais les dĂ©buts, avec MC Jean Gabâ1 notamment qui mâen parle, ça mâintĂ©resse. Pour lui, la danse câĂ©tait super important ! Alors certes, ils tapaient quelques baskets, quelques manteaux, ils allaient se taper dehors⊠Il y avait de la violence, au terrain vague ça se tapait rĂ©guliĂšrement, il y avait de la dĂ©pouille⊠Le mec qui se pointait avec un appareil photo en se croyant au zoo, il allait repartir en slip ! Si tu ne connaissais pas, il valait mieux se faire tout petit, il y avait quand-mĂȘme certains codes. La violence Ă©tait prĂ©sente, câest vrai, mais ce nâĂ©tait pas lâĂ©lĂ©ment moteur.
CâĂ©tait une culture de mecs de quartiers, normal ! Et puis il y avait un phĂ©nomĂšne dâenvie. Celui qui habitait loin de Paname, qui nâavait pas accĂšs aux boutiques ou aux voyages Ă New York, ça pouvait arriver quâil ait envie de se servirâŠ
V.P. : Tu pouvais trouver de la sape chez Dan de Ticaret, qui importait, mais ça coĂ»tait un certain prix, quoi⊠Une name plate [boucle de ceinture composable dans laquelle on mettait son nom en grosses lettres â NDLR], ce nâĂ©tait pas donnĂ© !
Un autre truc passionnant du bouquin, câest que ça rappelle un malentendu : en fait, le rap en France est dâabord arrivĂ© par le spectacle. DĂšs 1984, il passe Ă la tĂ©lĂ©, avec Sidney et les boĂźtes de prodâ derriĂšre, sur la bande FM avec Radio 7⊠Ăa crĂ©e une grosse mode du âsmurfâ dans les cours de rĂ©crĂ©ation, et puis câest trĂšs vite enterrĂ©. DĂ©but 1985, câest fini.
V.P. : Vis-Ă -vis des mĂ©dias, il y a eu trois phases. Dâabord, tu as le âNew York City Rap Tourâ organisĂ© en 1982 par Bernard Zekri et Massadian, un OVNI auquel personne ne comprend rien. Zekri Ă©tait parti trĂšs tĂŽt Ă New York, et avait fait connaissance avec le hip-hop, un peu par hasard. Il est devenu trĂšs vite ami avec Bambaataa, avec des graffeurs comme Futura 2000, avec Rammelzee, avec le Rocksteady Crew, plein de gens qui vivaient dans le Bronx et qui descendaient Ă Manhattan, au Roxyâs⊠Il a dĂ©cidĂ©, en reprenant une idĂ©e de Massadian qui nâavait pas marchĂ© un peu plus tĂŽt, de faire la premiĂšre tournĂ©e internationale de hip-hop. Il ramĂšne le Bronx en France ! Il le ramĂšnera mĂȘme ensuite en Angleterre. DĂ©jĂ que personne ne comprenait le hip-hop Ă Manhattan, Ă part quelques âbranchĂ©sâ, alors imagine Ă Paris ! La tournĂ©e est mĂȘme passĂ©e par Belfort, par Mulhouse ! Sur scĂšne, on se retrouve avec Grand Mixer DST et Bambaataa qui scratchent, des mecs qui rappent, dâautres qui font des graffs dans le fond, dâautres de la danse, des filles qui font du double dutch [des figures en rythme entre deux cordes Ă sauter â NDLR]⊠Tout ça arrive en pleine tĂȘte de ceux qui faisaient du roller ou du jazz rock, ils ne comprennent rien ! Ă Londres pas plus dâailleursâŠ
Tu dis, en reprenant ce quâon avait dit du premier album du Velvet Underground, que si mĂȘme mille personnes ont assistĂ© Ă cette tournĂ©e, ces 1000 personnes ont fondĂ© un groupe aprĂšs.
V.P. : Oui. Ceux qui Ă©taient Ă cette tournĂ©e ont vraiment pris une grosse claque. Ils nâont pas bien su ce que câĂ©tait, mais câest restĂ© gravĂ© en eux : âCâest pour moi !â Ceux qui ont vĂ©cu ces moments-lĂ â ou ceux qui lâont vu Ă la tĂ©lĂ© parce que la tournĂ©e avait Ă©tĂ© retransmise dans Megahertz [Ă©mission tĂ©lĂ© de 1982 Ă 1984 sur TF1, animĂ©e par Alain Maneval qui participera Ă©galement activement Ă une des deux dates françaises de la tournĂ©e, le 27 novembre 82 Ă lâHippodrome de la Porte de Pantin â NDLR] â se sont mis dedans, ils se sont attachĂ©s au dĂ©lire⊠Câest Ă partir de ce moment-lĂ que toute une partie de la jeunesse va quitter la musique des grands. Les petits frĂšres prennent le hip-hop pour eux, ils ne le lĂąchent plus. Ils vont au Bata, ça devient des puristes, des activistes⊠Ceux-lĂ , quand ils voient arriver lâĂ©mission H.I.P.-H.O.P. en 1984, ils y voient un truc pour les gamins, ils connaissent dĂ©jà ça depuis un bout de temps. MĂ©diatiquement, il y a donc un petit trou entre le âNew York City Rap Tourâ et Sidney. Deux piges. Cinq disques Ă©taient sortis au moment de la tournĂ©e, mais ils nâavaient pas du tout marchĂ© en France. Pourtant âChange The Beatâ [de Fab 5 Freddy, sorti en 1981 sur le label français Celluloid â NDLR] â un des cinq â avait cartonnĂ© aux Ătats-Unis et en Angleterre.
Et câest peut-ĂȘtre le disque le plus scratchĂ© de lâhistoire !
V.P. : Oui, avec ce fameux âFreshâ de Fab 5 Freddy, un cut spĂ©cial pour les scratcheurs ! Sur la face B, avec la femme de Bernard Zekri, Beside, qui rappe ! Ce âFreshâ va ĂȘtre repris aprĂšs par GrandMixer DXT pour Herbie Hancock [sur le single âRockitâ produit par Bill Laswell, paru en 1983 chez Columbia â NDLR]. Mais aprĂšs ce disque, on a un creux, jusquâĂ 1984 et lâarrivĂ©e Ă la tĂ©lĂ© de H.I.P.H.O.P. Ăa fait un carton, ça devient la grande mode, tous les gamins dansent le smurf dans la cour de lâĂ©cole. Sur le mode bon enfant : le Club DorothĂ©e, Annie Cordy, William LĂ©mergie dansent le smurf ! Câest une mode, comme les scoubidous, les mains collantes, les autocollants Panini. Ăa dure un an, puis les mĂ©dias jettent tout. CâĂ©tait fini ! Câest sans doute tant mieux que ce soit mort comme ça. Une culture ne pouvait pas prendre pour racines Annie Cordy ou mĂȘme lâĂ©mission de Sidney. Il fallait un liant plus fort, quâon va trouver chez les premiers danseurs du Bata, Ă la salle Paco Rabanne oĂč les premiers groupes se constituent, au terrain vague. Les premiers graffeurs arrivent dans Paris, dâabord aux quais de Seine, puis sur les palissades du Louvre, celles de Beaubourg, et enfin au terrain vague. Paco Rabanne avait gentiment mis Ă disposition sa salle Ă des gamins qui voulaient sâentraĂźner Ă la danse ! Il allait jusquâĂ leur payer Ă bouffer. Il faisait ça de maniĂšre complĂštement dĂ©sintĂ©ressĂ©e. Beaucoup de lâĂ©poque lui sont reconnaissants, et si quelquâun comme Jean Gabâ1 te dit que câĂ©tait un bon gars, on a tendance Ă le croire, il se gĂȘnerait pas pour dire le contraire ! Un type vraiment gĂ©nĂ©reux. Donc toute cette sauce prend peu Ă peu, qui se retrouvera au terrain vague, avec la boutique Ticaret de Dan juste Ă cĂŽtĂ©, on sâĂ©change des disques, on parle des nouveautĂ©s⊠Les disciplines sont indissociables Ă ce moment-lĂ : tu as un pote qui danse, un qui graffe, un autre qui rappe⊠On se regroupe par affinitĂ©s, et par talent aussi⊠On commence Ă sâintĂ©resser Ă la Zulu Nation. Mais il y a aussi juste des potes qui zonent, parce que câest dâabord un truc gĂ©nĂ©rationnel, identitaire. Ăa se construit hors des mĂ©dias, pour finir par arriver au Globo, Ă lâĂ©mission Deenastyle, Ă un embryon de ce que sera lâexplosion de 1989-1990.
Il y avait quand mĂȘme des Ă©missions de radio, mais sur des petites stations, et peu en dehors de Paris.
V.P. : Oui, il y avait mĂȘme plein dâĂ©missions, et pas seulement sur Radio 7 malgrĂ© ce quâon croit. CâĂ©tait encore lâĂ©poque des disques âimportâ, donc ça permettait Ă ceux qui ne pouvaient pas les acheter de dĂ©couvrir tout ça. Câest lĂ oĂč lâhistoire du rap français telle quâelle est racontĂ©e dans les livres ne va pas. Il ne faut pas confondre la pratique commerciale du rap avec la pratique culturelle. Ce sont deux choses diffĂ©rentes, qui nâĂ©voluent pas en parallĂšle. Pendant 10 ans, bien avant lâexplosion commerciale, tu as des gens qui sont trĂšs impliquĂ©s, qui prennent la culture trĂšs Ă cĆur.
Tu dis dans le livre que ces dix annĂ©es ont permis au hip-hop de ânaĂźtre Ă nouveauâ. Comme sâil avait existĂ© avant mĂȘme de penser Ă naĂźtre. La fin brutale de lâĂ©mission H.I.P.-H.O.P. lui a permis de se construire vraiment en tant que contre-culture.
V.P. : Oui. Il fallait que le hip-hop en chie pour que ça marche, pour que ça prenne parmi les jeunes. Dans toute culture naissante, il faut quâil y ait des gens â et ce nâest pas forcĂ©ment ceux qui seront connus aprĂšs â qui mangent des cailloux. Il faut quâil y ait au dĂ©part des activistes purs et durs qui ne lĂąchent pas le morceau. Des gens qui ne pensent quâà ça, de façon dĂ©sintĂ©ressĂ©e. Un mec comme Dee Nasty, il Ă©tait partout : Ă©missions de radio, concours de scratch⊠Au dĂ©but il a mĂȘme graffĂ©, il a rappĂ©. Il fallait tous ces mecs qui ne fassent ça que par passion. Et quand tu lâas, cette passion, elle se communique naturellement. Les types qui allaient au terrain vague et qui voyaient Dee Nasty mixer, ça les rendait fous. Quand ils entendaient rapper Jhony Go et Destroy Man, pareil ! Un gamin comme Stomy, Ă 13 piges, ça lâa grave impressionnĂ© ! Cette passion sâest transmise, elle est devenue virale. Ăa a Ă©tĂ© salutaire que le smurf meurt, pour que tous les vrais passionnĂ©s vivent ça entre eux, construisent les fondements de leur culture et la transmettent. AprĂšs, bien-sĂ»r, comme pour toute autre contre-culture, le phĂ©nomĂšne commercial va reprendre tout ce qui a Ă©tĂ© créé. Chez ceux qui ont mangĂ© les cailloux, certains nâauront rien, dâautres un peu, dâautres quelques miettes, et dâautres, parfois, le pactole⊠Mais de toute façon il fallait en passer par lĂ , sinon ça nâaurait Ă©tĂ© quâune mode vite oubliĂ©e.
Sidney a un peu une image de bouffon aujourdâhui, le symbole du dĂ©voiement du hip-hop dĂšs les origines, mais on oublie quâil a Ă©tĂ© auparavant un vrai activiste hip-hop. Câest un de ceux qui a montĂ© les premiĂšres Ă©missions de funk, qui dĂšs 1980-1981 a donnĂ© Ă âLâĂmeraudeâ des soirĂ©es funk mĂ©morablesâŠ
V.P. : Oui, il y passe les premiers disques de hip-hop, il passe du funk, du jazz-rock â jamais de disco. Câest âdouble faceâ : avec lâĂ©mission tĂ©lĂ©, il se laisse un peu dĂ©passer, comme un type qui gagne au Loto. Mais trĂšs tĂŽt câest un activiste. TrĂšs tĂŽt il rencontre Bambaataa, il fait son Ă©mission sur Radio 7 [Ă partir de 1981 â NDLR], câest un puriste qui adore les disques, un vrai âvinyl addictâ, câest un musicien qui a un groupe de funk⊠Toute une gĂ©nĂ©ration ne se rappelle de lui que dans H.I.P.H.O.P., cabotinant avec ses bracelets de force : âHĂ© les frĂšres ! HĂ© les sĆurs !â, dâoĂč cette image de bouffon. Mais il ne lâa eu quâaprĂšs coup en rĂ©alitĂ©, parce que sur le moment, tous les gamins qui regardaient lâĂ©mission ne bougeaient pas une oreille, ils adoraient. Ceux qui Ă©taient plus vieux se moquaient gentiment, mais ils Ă©taient quand mĂȘme bien contents de voir GrandMixer DXT, Herbie Hancock ou Bambaataa, donc ils regardaient aussi. Avec la mode smurf, il a fini par ĂȘtre invitĂ© dans toutes les Ă©missions, et il a tout acceptĂ© par enthousiasme, sans forcĂ©ment calculer quâon allait se foutre de lui : âAllez Sidney, fais-nous un peu de smurf, fais-nous un petit Yo !â. Genre bĂȘte de cirque. Tous les gamins pour qui ça comptait, ils se sont mis Ă le dĂ©tester. Il ne pouvait pas mettre un pied au terrain vague, il se serait fait lyncher direct. Parce que câĂ©tait des adolescents, Ă cet Ăąge, tout est sĂ©rieux, tu nâas pas de recul, tu ne fais pas de compromission. Ă partir de lĂ , câest devenu le traĂźtre. Le temps a passĂ© maintenant, on le revoit, câest un trĂšs bon DJ, on a dĂ©passĂ© tout ça, on se rappelle de lui Ă âlâĂmeraudeâ. Lâimage change, il ne faut pas retenir que ses cabotinages, il faut aller plus loin.
Câest aussi le premier prĂ©sentateur noir Ă la tĂ©lĂ©, ce nâest pas rien ! Et câest la premiĂšre Ă©mission hip-hop au monde ! Et puis tous ces gosses qui vont lui cracher dessus aprĂšs, ils avaient 11 ou 12 ans Ă lâĂ©poque de lâĂ©mission, il a dĂ©clenchĂ© des vocations. Stomy, SheekâŠ
V.P. : Stomy lui a mĂȘme Ă©crit une lettre pour participer Ă lâĂ©mission ! Ils sont plein comme ça ! Câest sĂ»r quâau dĂ©but du MinistĂšre Ă.M.E.R., si tu posais la question Ă Stomy, il aurait sans doute rĂ©pondu que câĂ©tait un blaireau. Mais Ă lâĂ©poque, Sidney câĂ©tait son hĂ©ros. Il rĂȘvait dây aller et dâavoir un autographe. Les quelques livres qui vont te parler du hip-hop avant 1990 ne parlent que de lâĂ©pisode H.I.P.-H.O.P., alors que ce nâest quâune goutte dâeau. MĂȘme pour Sidney, qui a dâailleurs adorĂ© le bouquin [rires] ! Il a beaucoup de recul. Il avait Ă©tĂ© mis en pleine lumiĂšre, il nâa pas pu trop regarder ce qui se passait autour, donc il a dĂ©couvert plein de parcours quâil ne connaissait pas et qui lâintĂ©ressent beaucoup.
*TrĂšs vite, le Hip-hop a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme la musique du ghetto. DĂšs 1985, en France, ça devient synonyme de bandes, de violence. Mais en fait, en France comme aux Ătats-Unis, le hip-hop est aussi nĂ© dâun mĂ©lange avec une certaine branchitude, une certaine bourgeoisie, dans les clubs. Ă New York le Roxyâs, Ă Paris le Globo. Avec les figures dâAgnĂšs b., de Paco RabanneâŠ
V.P. : Tout Ă fait. Que le hip-hop en France vienne de banlieue, câest un mythe. Ăa se vivait Ă Paris au dĂ©part. Les banlieusards qui voulaient le connaĂźtre devaient venir Ă Paris. Ăa se vivait dans des clubs, dans des MJC, dans des radios⊠Et oui, trĂšs vite les branchĂ©s ont accrochĂ©. Radio Nova et le mensuel Actuel se sont mis dessus, dĂšs la tournĂ©e de 1982. Le Globo, en 1987-88, les soirĂ©es Ă Bobino oĂč on retrouve plein de gens de la mode⊠Donc il y a toute cette âbranchitudeâ qui se mĂ©lange, comme aux Ătats-Unis quand Debbie Harry [du groupe Blondie â NDLR] sâintĂ©resse au hip-hop, va voir des block parties dans le Bronx, lâintĂšgre dans sa musique, puis la naissance du Roxyâs⊠Il fallait quâil y ait cette connexion, sinon câĂ©tait condamnĂ© Ă mourir ou Ă rester invisible. Ăa câest passĂ© de la mĂȘme maniĂšre aux USA et en France : les branchĂ©s sâen sont mĂȘlĂ©s, on a âcommercialisĂ©â le hip-hop, ça lâa rendu Ă©conomiquement et commercialement intĂ©ressant.
Dans le regain qui dĂ©marre en 1986, il y a aussi le fait que câest le moment de lâenvol âmusicalâ du hip-hop aux USA : de plus en plus de disques nous parviennent, des albums assez incroyables, qui donnent en France du carburant pour se repassionner pour lâaspect musical de la culture, pour ne plus se contenter dâĂ©couter des artistes français qui ne parlaient quâĂ ceux qui Ă©taient vraiment dans le truc. Jhony Go et Destroy Man, si tu nâĂ©tais pas Ă fond dedans, tu trouvais ça naze ! Si on avait eu que ça, on serait retournĂ© au Funk ou au Reggae â les sound systems Ă©taient trĂšs puissants Ă lâĂ©poque. Mais il y a tous ces disques qui dĂ©barquent en bacs et qui donnent envie dâentendre des paroles en français avec la mĂȘme qualitĂ© musicale.
V.P. : Solo [ex-Assassin â NDLR] disait lui-mĂȘme quâil sâĂ©tait mis Ă rapper pour que Jhony Go et Destroy Man se taisent [rires] ! Les plus jeunes veulent toujours tuer les plus ĂągĂ©s⊠Ils trouvaient ça nul : âQuoi, câest ça rapper ? Moi je vais Ă©crire des vrais textes.â Et quand on voit arriver Eric B & Rakim ou Big Daddy Kane, en terme de flows, ce nâest plus du tout pareil. On est loin de RunD.M.C., ce flow âen rĂ©sonanceâ oĂč ils braillent tous les deux en mĂȘme temps, ce que faisaient un peu Jhony Go et Destroy Man. LĂ , plus rien Ă voir : câest technique, et il y a plein de petits français qui vont essayer de reconstruire leur langue pour avoir ce flow, qui vont se mettre Ă bosser lâimprovisation, lâego trip, qui vont vouloir impressionner. Tout se construit dans la compĂ©tition, avec toujours un Ćil sur les Ătats-Unis. Les disques se dĂ©mocratisent, on se fait circuler des cassettes vidĂ©o avec les premiers magnĂ©toscopes, on se refile des clips de MTV⊠Ăa amĂšne des gens Ă essayer de faire progresser le rap français, qui en avait bien besoin. CâĂ©tait parti de trĂšs bas ! Dans le graff, câĂ©tait moins le cas, trĂšs tĂŽt on avait eu des graffeurs aussi forts, voire plus forts, quâĂ New York. Mais dans le rap, le complexe Ă©tait bien lĂ . Ăa rappait mĂȘme en anglais au dĂ©but, ou en yaourt ! Puis en français, mais ce nâĂ©tait pas terrible⊠La maturation a quand mĂȘme Ă©tĂ© difficile.
Comment se passe la rĂ©ception de ton livre ? Il y a forcĂ©ment plein de gens fĂąchĂ©s de ne pas ĂȘtre citĂ©s⊠Parce que tu cites beaucoup de gens, beaucoup dâhistoires, mais il en manque Ă©videmment plein !
V.P. : Bizarrement, jâai eu plus de problĂšme avec des gens qui sont citĂ©s dans le bouquin quâavec ceux qui nây sont pas [rires] ! Certains pensaient sans doute que jâallais parler dâeux davantage. Mais vu le nombre de personnes que jâai vues, le but nâĂ©tait pas de toutes les citer, le but Ă©tait de comprendre cette histoire. Donc elles nourrissent le rĂ©cit, mais sans apparaĂźtre nommĂ©ment. CâĂ©tait clair dĂšs le dĂ©but. Mais sinon je nâai pas eu tant de plaintes ! Un ou deux crews de graffeurs sont venus me voir pour me reprocher de pas ĂȘtre dedans, parce quâils estimaient ĂȘtre lĂ depuis le dĂ©part. En rĂ©alitĂ©, au âdĂ©partâ, il nây avait que trois quatre crews. Pour eux, le dĂ©part câest la fin des annĂ©es 80⊠mais Ă cette Ă©poque, il y avait dĂ©jĂ des centaines de crews ! Je me suis attelĂ© Ă ceux qui graffaient dĂšs 1982-84⊠Il y a aussi plein de gens qui ne sont pas dedans mais qui sont contents quâon raconte cette histoire. Câest un bouquin quâils peuvent faire lire Ă leurs gamins, et câest comme une sorte de madeleine de Proust. Ils sont contents que ce soit Ă©crit, quâil reste au moins une trace.
Une suite ?
V.P. : Avec la mĂȘme exigence ce serait trĂšs difficile ! Entre 1990 et 2000 ? Je devrais faire 1500 pages [rires] ! Donc non, pas de suite prĂ©vue. Ou peut-ĂȘtre sur un petit sujet prĂ©cis. Dans les annĂ©es 90, dĂ©jĂ , les disciplines se sont sĂ©parĂ©es. Il faudrait donc faire trois ou quatre bouquins ! Il faudrait, de la mĂȘme maniĂšre, aller rencontrer les gens, se borner Ă une courte pĂ©riode, Ă un seul groupe, un seul posse, ou un label dâautoproduction, ou certains graffeurs marquants, les premiers spectacles dâun crew de danseurs⊠Pour lâinstant, je nâai pas vu ce genre de livres. Dans les acteurs qui lâont vĂ©cu, personne ou presque nâa Ă©crit. CâĂ©tait quoi les dĂ©buts du MinistĂšre de 1990 Ă 1995 ? Et Time Bomb ? Câest mythique dans les annĂ©es 90, mais câĂ©tait qui en vrai, dans le dĂ©tail ? Il y a un bouquin Ă faireâŠ
Et la prĂ©face de Dee Nasty ? Câest lâadoubement du Grandmaster [rires] ?
VP : Je lâavais rencontrĂ© trĂšs tĂŽt pour le bouquin, bien avant de lui parler de prĂ©face. Il nâen avait jamais fait. Dee Nasty, sâil trouve ton truc merdique, il te le dira ! Câest quelquâun de trĂšs franc. Donc jâavais un peu peur quand jâai fini par lui faire lire. Il mâa juste suggĂ©rĂ© quelques trucs, mais pour mâaider, et il a fini par me dire quâil adorait le bouquin ! Il mâa mĂȘme dit que câĂ©tait le meilleur livre de hip-hop quâil ait jamais lu [rires] ! Je voulais mettre la phrase en couvâ, ou faire une affiche format cinĂ© avec [rires] !
Retrouvez lâinterview sur le site de iHH
Vincent Piolet retrace lâhistoire du hip-hop en France avant son explosion commerciale dans les annĂ©es 1990. Durant la dĂ©cennie prĂ©cĂ©der te, le hip-hop sâest dĂ©ployĂ© dans lâunderground, infiltrant les radios et les cours dâĂ©cole (le smurf). Lâauteur raconte cette histoire en train de sâĂ©crire, via les bribes de souvenirs des pionniers du micro ou de la bombe de peinture.
Rencontre avec Vincent Piolet autour de son ouvrage âRegarde ta jeunesse dans les yeux. Naissance du hip-hop français 1980-1990â paru en 2015 aux Ă©ditions Le mot qui reste.
Lâinterview en Ă©coute sur le site de la RTS
France, 1984 : grĂące Ă lâĂ©mission H.I.P. H.O.P. de lâanimateur Sidney, diffusĂ©e sur TF1, la culture hip-hop se dĂ©verse dans tous les foyers de lâhexagone, elle inonde les cours dâĂ©cole, elle est un phĂ©nomĂšne mĂ©diatique. Et puis soudain, plus rien. Tout cela redevient invisible au citoyen moyen. Elle ne rĂ©apparaitrait aux yeux du grand public que quelques annĂ©es plus tard, aux alentours de 1990, mais sous un prisme mĂ©diatique plus anxiogĂšne : celui des grafs, et de la virulence de rappeurs vindicatifs associĂ©s Ă©troitement au monde menaçant des citĂ©s. Mais que sâĂ©tait-il donc passĂ© entretemps ? Comment, aprĂšs le faux dĂ©part du dĂ©but de la dĂ©cennie 80, une scĂšne hip-hop spĂ©cifique avait-elle pris corps en France, qui triompherait plus tard, musicalement et commercialement, au beau milieu des annĂ©es 90 ?
Aussi curieux que cela puisse paraĂźtre, vue lâimportance durable prise par le rap dans le paysage musical français, cette histoire nâavait jamais Ă©tĂ© racontĂ©e dans le dĂ©tail. Vincent Piolet est donc celui qui aura comblĂ© ce manque, au terme dâune enquĂȘte de passionnĂ© menĂ©e pendant plus de trois ans. Le cĆur des musiques actuelles battant souvent en dâautres lieux, les ouvrages qui leur sont consacrĂ©s en France sâalimentent souvent, pour lâessentiel, auprĂšs de sources Ă©crites anglo-saxonnes. Pas cette fois, cependant. Lâauteur a profitĂ© de la proximitĂ© de son sujet pour se livrer Ă une vraie Ă©tude de terrain, Ă un vĂ©ritable travail de recherche. Il sâest bien sĂ»r rĂ©fĂ©rĂ© Ă la presse de lâĂ©poque, mais il a aussi interviewĂ© de trĂšs nombreux acteurs des dĂ©buts du hip-hop en France, quâils aient Ă©tĂ© rappeurs, grapheurs, DJs, danseurs, hommes et femmes de radio ou de tĂ©lĂ©vision, critiques, ou promoteurs. Câest dâailleurs lâun de ces pionniers, lâun des plus prestigieux, Dee Nasty qui ouvre âRegarde ta Jeunesse dans tes Yeuxâ (des mots issus du âMonde de Demainâ, de NTM, lesquels figurent en couverture), avec sa prĂ©face.
Vincent Piolet nous apporte donc des Ă©claircissements sur ce quâil sâest passĂ©. Il explique ce quâil se tramait, en souterrain, entre les divers moments oĂč le hip-hop français a su se rendre visible auprĂšs du grand public. Il explique comment se sont tissĂ©es les relations entre des jeunes des citĂ©s, les branchĂ©s navigant entre la France et New-York, et lâindustrie de la musique, qui ont Ă©tĂ© propices Ă son Ă©mergence. Il insiste sur ses traits propres, sur ses spĂ©cificitĂ©s, soulignant, Ă travers cette histoire, que le hip-hop français nâa pas Ă©tĂ© quâun duplicata de son modĂšle amĂ©ricain. Il nous parle de ses mythes fondateurs, notamment ce terrain vague de la Chapelle, ce creuset oĂč la scĂšne parisienne reprendrait tout Ă zĂ©ro, oĂč elle rĂ©inventerait Ă sa sauce, dix ans aprĂšs New-York, le principe des block parties.
Le livre est trĂšs documentĂ©. Il regorge de tĂ©moignages, certains contradictoires, lâhistoire du rap français Ă©tant aussi celle de multiples vindictes et embrouilles (dans le doute, Vincent Piolet laisse les diverses parties livrer leurs versions contraires). Il fourmille dâanecdotes croustillantes, qui en rendent la lecture trĂšs agrĂ©able, quand bien mĂȘme le rap français ne serait quâune prĂ©occupation lointaine pour le lecteur. Il nous parle de temps oubliĂ©s, quand des cĂ©lĂ©britĂ©s improbables sâintĂ©ressaient au hip-hop, soit pour en ĂȘtre les protecteurs, comme les stylistes Paco Rabanne et AgnĂšs B., soit carrĂ©ment pour sây essayer, comme Annie Cordy. Il rappelle le rĂŽle que certains Français globe-trotters ont eu dans le rap amĂ©ricain, nous parlant dâAlex Jordanov, qui a accompagnĂ© Ice-T bien avant que ce dernier ne soit une star, ou de Sophie Bramly, Ă lâorigine de lâĂ©mission Yo! MTV Raps. Il revient aussi sur le regard de la presse rock dâalors, citant les articles de critiques aussi reconnus que Philippe ManĆuvre et Michka Assayas, dont les diagnostics sur le rap, Ă cĂŽtĂ© de la plaque, sont rĂ©trospectivement assez cocasses.
Vincent Piolet nous envoie une telle volĂ©e de faits, que ça en est parfois la limite du livre. Il lui manque quelquefois un peu de perspective, un brin de recul, une rĂ©flexion sur les spĂ©cificitĂ©s rĂ©elles du rap français, sur les raisons de son succĂšs ; une thĂšse en somme. Seule la conclusion, trĂšs bonne, nous apporte cette vision de synthĂšse sur la dizaine dâannĂ©es dâhistoire du rap que lâauteur nous conte. Le reste de lâouvrage, lui, est trĂšs factuel. De plus, au lieu de suivre une certaine logique narrative, chronologique ou thĂ©matique, le livre est dĂ©coupĂ© en micro-chapitres, presque des articles de presse, sâintĂ©ressant parfois Ă tel ou tel personnage du hip-hop, ou Ă un thĂšme, ou Ă un phĂ©nomĂšne social, sans grande liaison de lâun Ă lâautre. On nous parle Ă un endroit dâun acteur du hip-hop, qui ne sera prĂ©sentĂ© en dĂ©tail que plus tard. Ou bien, alors quâon semble avancer dans le temps, on revient soudainement en arriĂšre, pour traiter dâun sujet quâon avait oubliĂ©.
[âŠ]
DĂ©couvrez lâintĂ©gralitĂ© de cette chronique sur le site de Fake for Real
Au dĂ©part, lâauteur voulait Ă©crire sur le terrain vague de La Chapelle, dans le 19e arrondissement de Paris. Puis il sâest rendu compte que parler de ce lieu nâavait de sens que sâil racontait, dâabord, lâhistoire de la gĂ©nĂ©ration qui a vu naĂźtre le hip-hop français, dans les annĂ©es 1980. Câest donc cette derniĂšre quâil sâest attachĂ© Ă raconter, aprĂšs trois ans dâenquĂȘte et des dizaines dâentretiens avec des figures du milieu de lâĂ©poque, reconnues ou anonymes (Kool Shen, Stomy Bugsy, Style JâŠ). QuâĂ©tait le hip-hop des dĂ©buts, avant dâĂȘtre aspirĂ© par la culture de masse dans les annĂ©es 2000 ? Une contre-culture sans argent, sans mĂ©dias, sans institutions, mais intimement liĂ©e aux banlieues, Ă lâactualitĂ© sociale (Ă©meutes de 1981 aux Minguettes, marche contre le racisme de 1986âŠ) et au graff, tout se nourrissant dâune fascination pour les Ătats-Unis. Cerise sur le gĂąteau, lâouvrage sâouvre sur une savoureuse prĂ©face de Dee Nasty.
DĂ©couvrez la sĂ©lection sur le site de Longueur dâOndes
JURASSICRAP
Bonne annĂ©e pour les archivistes du beat et de la rime. CĂŽtĂ© français, Regarde ta jeunesse dans les yeux de Vincent Piolet plonge dans la dĂ©cennie 80, celle de la naissance du hip-hop français. ExtrĂȘmement fouillĂ©, le rĂ©cit dâune culture qui sâimpose peu Ă peu, Ă coups de dans, de tags, de battles, de rejet par le milieu rock, de mĂ©diatisation avec lâĂ©mission de Sydney H.I.P-H.O.P., dont lâarrĂȘt en 1985 transforme le hip-hop hexagonal en contre-culture fertile⊠Une tranche dâhistoire musicale exhaustive intelligemment narrĂ©e, aussi passionnante que la nouvelle mouture du classique Canât Stop Wonât Stop de Jeff Chang.
PavĂ© assez impressionnant au prime abord, ce livre nous embarque dans la gestation du mouvement hip-hop dix ans avant la sortie en France de la compile de rĂ©fĂ©rence Rapattitude dans laquelle on retrouve des noms que nous connaissons tous : NTM, IAM, MC Solaar ou autre Tonton David. Nous retrouvons Ă cĂŽtĂ© de ces acteurs cĂ©lĂšbres, des artistes plus underground qui, pire certains, nâont pas fait carriĂšre. Lâauteur Ă©voque aussi le Dj Dee Nasty et Lionel D, rappeur, qui animĂšrent tous deux une Ă©mission pionniĂšre sur les ondes de Nova. Le livre fourmille dâanecdotes, lâauteur a recueilli moult tĂ©moignages, et on apprend avec Ă©tonnement comment tous les âfrenchiesâ se sont livrĂ©s Ă un voyage initiatique aux Ătats-Unis, qui pour crĂ©er un label, qui pour revenir aux sources du mouvement. Il sâagit lĂ dâun livre brillant et passionnant, on regrettera cependant le manque dâiconographie mais, au fond, quâimporte on se dĂ©lecte et on apprend beaucoup sur cette pĂ©riode mĂ©connue.
Saisir le global ou prĂ©fĂ©rer le dĂ©tail : câest la question que pose la parution simultanĂ©e de deux ouvrages consacrĂ©s au rap français. Le premier, de Mehdi Maizi, journaliste du site abcdrduson.com, surplombe lâhistoire du rap français Ă travers cent chroniques de disques ; le second, Ćuvre curieuse de Vincent Piolet, spĂ©cialiste de la gĂ©opolitique financiĂšre, passe au crible lâapparition du rap en France durant la dĂ©cennie 1980. Si la liste des productions retenues par Mehdi semble Ă©vidente, lâintĂ©rĂȘt de son texte est quâil relĂšve pour chaque album les lignes quâil a fait bouger â flow, langage, texte ou production â, inscrivant chacun dans une Ă©volution globale. Vincent Piolet, lui ne se concentre que sur les annĂ©es 80, passant cette pĂ©riode â qui nâa jamais Ă©tĂ© analysĂ©e sĂ©rieusement â au crible dâune documentation fouillĂ©e, sa principale force Ă©tant de donner la parole Ă des acteurs dont lâhistoire nâa pas retenu le nom, mais qui ont vĂ©cu la mĂȘme chose que les MC ou danseurs devenus cĂ©lĂšbres par la suite (coucou JoeyStarr !) Deux salles, deux ambiances et une foule dâanecdotes sidĂ©rantes.
Qui connaĂźt lâhistoire du premier Français Ă avoir sorti un disque hip-hop en 1983 Ă Los Angeles aux cĂŽtĂ©s dâun certain Andre Young, futur Dr Dre ? Qui connaĂźt lâhistoire des premiĂšres soirĂ©es hebdomadaires hip-hop au dĂ©but des annĂ©es 1980 ? Celle des premiers graffeurs qui rompent avec les pochoiristes ? Des premiers breakers sâentraĂźnant sur un lino posĂ© Ă mĂȘme le trottoir ? Le livre de Vincent Piolet explore la naissance dâun mouvement qui Ă©tait encore une contre-culture, loin dâimaginer quâil allait devenir une culture de masse.
Vincent Piolet est lâinvitĂ© de Alain Pilot pour sa Bande passante. Un entretien Ă réécouter ICI
« Regarde ta jeunesse dans les yeux, toi qui commande en haut lieu » rappe NTM dans « Le Monde de Demain » en 1990. Câest Ă cette jeunesse de la dĂ©cennie 80 â plus particuliĂšrement celle qui a vĂ©cu lâarrivĂ©e du Hip Hop en France â que lâauteur Vincent Piolet sâest intĂ©ressĂ© pour son livre Regarde ta jeunesse dans les yeux â Naissance du hip-hop français 1980-1990, paru en mars dernier aux Ă©ditions Le mot et le reste.
Comme le rappelle Dee Nasty dans la prĂ©face du bouquin, raconter la naissance du hip-hop en France nâest pas chose facile car il existe trĂšs peu dâarchives sonores, encore moins visuelles⊠Seuls les tĂ©moignages de ceux qui ont Ă©tĂ© acteurs de cette Ă©closion culturelle peuvent nous rappeler le chemin parcouru depuis les premiĂšres heures du hip-hop Ă Paris. Câest la raison pour laquelle, Vincent Piolet, trentenaire, fan de rap ayant grandi en rĂ©gion parisienne, a choisi de consacrer trois annĂ©es entiĂšre de sa vie Ă interroger ces activistes qui, Ă travers leurs petites histoires, ont permis de reconstituer la grande histoire du hip-hop français.
The BackPackerz ayant Ă©galement pour mission ce devoir de mĂ©moire pour la culture hip-hop (nous avions dâailleurs dĂ©jĂ consacrĂ© un mini-dossier sur les dĂ©buts du hip-hop en France), il Ă©tait tout Ă fait naturel pour nous de partir Ă la rencontre de lâhomme Ă lâorigine de cette initiative. Câest donc dans un des innombrables Starbucks de la capitale que nous avons retrouvĂ© Vincent Piolet pour un passionnant Ă©change dont dĂ©coule cette interview un peu particuliĂšre au cours de laquelle lâauteur de Regarde ta jeunesse dans les yeux a sĂ©lectionnĂ© pour nous 10 lieux cultes du hip-hop Parisien des annĂ©es 80.
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Juan Massenya accueille Vincent Piolet pendant une heure pour la deuxiĂšme partie de son Ă©mission Radio Vinyle. Une heure pour en apprendre plus sur son ouvrage, sur ses recherches, sur lâĂ©criture et le hip-hop Ă travers sa sĂ©lection de vinyles.
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Quand on est fan, on essaie toujours dâen savoir plus sur sa passion. Vincent Piolet, lâauteur du livre Regarde ta jeunesse dans les yeux, qui est par ailleurs un grand amateur de basket, a dĂ©cidĂ© dâexplorer les origines du hHip Hop français comme jamais auparavant. De 1980 Ă 1990, soit la pĂ©riode sans doute la plus âpureâ de cette culture dans lâHexagone, puisquâencore quasiment uniquement motivĂ©e par la passion brute, câest lĂ que les bases ont Ă©tĂ© jetĂ©es. Du premier morceau de rap rĂ©alisĂ© par un Français (Super AJ en 1983 avec⊠Ice T !) Ă la premiĂšre vague dâalbums sortis sur des majors (NTM, IAM, etcâŠ) et Ă lâexplosion de cette culture dans les mĂ©dias, Vincent synthĂ©tise et rapporte dix annĂ©es dâhistoire dâune importance dĂ©terminant mais jusquâici mĂ©connu. Un âinstant classicâ incontournable !
La genĂšse du mouvement hip-hop en France a Ă©tĂ©, curieusement, peu documentĂ©e. Vincent Piolet sâest penchĂ© sur la question, et, aprĂšs un long travail dâenquĂȘte et dâentretiens, nous livre chez lâĂ©diteur Le Mot et le reste, un ouvrage essentiel pour qui sâintĂ©resse de prĂšs ou de loin Ă la question.
Avec son titre tirĂ© dâun des morceaux les plus cultes des dĂ©buts du rap français, Regarde ta jeunesse dans les yeux, sous-titrĂ© Naissance du hip-hop français 1980-1990, est extrĂȘmement complet. Tellement complet que, parfois, cela pourrait presque en ĂȘtre un dĂ©faut â le seul. Mais, riche en anecdotes et rebondissement, le tout reste passionnant et se lit avec autant dâaviditĂ© quâun bon roman.
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Lâauteur du livre Regarde ta jeunesse dans les yeux Vincent Piolet Ă©tait lâinvitĂ© de Royal S dans Old School New School pour revenir sur les 10 premiĂšres annĂ©es du Hip Hop français. 1980-1990.
Une heure en compagnie de lâauteur du livre Regarde Ta Jeunesse Dans Les Yeux qui retrace toute la genĂšse de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration du rap en France avec ses hĂ©ros inconnus et ses pĂšres fondateurs.
PrĂ©facĂ©e par le Parrain des DJs français, Dee Nasty, cette somme de 360 pages Ă©crite par Vincent Piolet sâimpose comme une rĂ©fĂ©rence, avec une centaine dâinterviews et de multiples anecdotes. Une Ă©mission qui revient sur ces histoires qui font les lĂ©gendes tout en Ă©coutant les classiques des origines signĂ©s des artistes français et amĂ©ricains. Old school, true school : le come back de la jeunesse des 80s.
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Ces derniĂšres semaines, deux publications des Ă©ditions Le Mot et le Reste, Rap français, une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi et Regarde ta jeunesse dans les yeux: naissance du hip-hop français 1980-1990 de Vincent Piolet, sont venues rappeler lâimportance de la compilation Rapattitude dans le paysage hip-hop hexagonal. On y apprend notamment que la pochette a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Jean-Baptiste Mondino, que lâinstrumental «Funk A Size» de Dee Nasty Ă©tait destinĂ©e Ă servir de support aux breakers de lâĂ©poque et que tous les groupes prĂ©sents (NTM, Assassin, Tonton DavidâŠ) ont Ă©tĂ© signĂ©s dans la foulĂ©e sur une maison de disques. Le rap français Ă©tait nĂ©? Pas tout Ă fait.
Chercher Ă expliquer la naissance du hip-hop en France, câest revenir immanquablement au dĂ©but des annĂ©es 1980, comme en tĂ©moigne Vincent Piolet, qui a conçu son livre comme une enquĂȘte policiĂšre, allant Ă la rencontre de tous ceux qui ont fait le hip-hop en France dans les eighties.
Cependant, et câest ce que sâemploie aujourdâhui Ă dĂ©montrer Rap français, une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi, on aurait tort de sâen tenir Ă une vision nostalgique. DâOdezenne Ă La Gale (pour le rap), de Levalet Ă Rero (pour le graff), la culture hip-hop est toujours aussi foisonnante aujourdâhui. Mieux, elle reprend mĂȘme clairement son indĂ©pendance depuis quelques annĂ©es et la dĂ©mocratisation dâoutils tels que Facebook, Twitter ou YouTube.
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Il y a quelques semaines, nous vous avions parlĂ© de la sortie de lâouvrage Regarde ta jeunesse dans les yeux de Vincent Piolet, publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste. Comme son titre lâindique, le sujet du livre porte sur le hip-hop Ă©tant donnĂ© quâil sâagit tout simplement dâune rĂ©fĂ©rence au morceau dâNTM, Le monde de demain.
On avait Ă©voquĂ© sa parution sans en connaĂźtre le contenu. Depuis, on a eu le grand plaisir de lire Regarde ta jeunesse dans les yeux et le livre mĂ©rite tout bonnement quâon en parle davantage et que lâon sây attarde. Il est question de plaisir Ă sa lecture car dĂ©s que lâon dĂ©bute, on a quâune seule envie : le finir. Vincent Piolet prĂ©tend que Regarde ta jeunesse dans les yeux est le fruit de trois ans de travail et on veut bien le croire.
Lâouvrage a Ă©tĂ© Ă©crit de façon mĂ©ticuleuse avec prĂ©cision et un rĂ©el travail de documentation. De plus, avec son style simple, direct et facile Ă lire, on sent derriĂšre la plume, la passion de lâauteur pour le Hip Hop dans sa maniĂšre de le retranscrire et dâen raconter lâhistoire.
Le plaisir se retrouve dans le fait quâil rĂ©alise un va et vient entre les diffĂ©rentes disciplines et aucune nâest mise au ban. Elles sont traitĂ©es de la mĂȘme façon.
Regarde ta jeunesse dans les yeux est également un crochet du droit en pleine face des haters qui font légion dans le Hip Hop français étant donné que les sources et les références sont citées.
On a lu bien des livres sur le double H et on peut dire que celui-ci fera Ă©cole et quâil se retrouvera dans bon nombre de bibliothĂšques municipales. La rĂ©ussite de lâouvrage rĂ©side aussi dans le fait quâil nous rend nostalgique et que lâon a quâun dĂ©sir : revivre les block partys de La Chapelle avec Dee Nasty aux commandes ou danser au cours dâune soirĂ©e Roger Boite Funk au Globo.
Le Hip Hop français a une magnifique histoire qui mĂ©ritait dâĂȘtre racontĂ© de la plus belle des façons. Regarde ta jeunesse dans les yeux est Ă ranger sur ses Ă©tagĂšres aux cĂŽtĂ©s de Paris sous les bombes dâ NTM, de LâĂ©cole du micro dâargent dâ IAM ou de Prose Combat de Solaar.
Le Hip Hop US dispose dâun ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur son histoire : Canât Stop, Wonât Stop de Jeff Chang. Bien que je nâaime pas les comparaisons, je pense que le Hip Hop en France a trouvĂ© son Ă©quivalent avec ce livre qui tombe Ă point nommer Ă cette Ă©poque oĂč lâhĂ©ritage et lâesprit Hip Hop se perdent. En un mot : INDISPENSABLE.
A noter que Vincent Piolet ainsi que Mehdi Maizi, lâauteur de Rap Français, une exploration en 100 albums seront en sĂ©ance dĂ©dicace ce mardi Ă la librairie LâArbre Ă Lettres Mouffetard.
âCONSULTER LâARTICLESUR LE SITE DE STREETRULESâhttp://www.street-rules.com/regarde-ta-jeunesse-dans-les-yeux-de-vincent-piolet-la-chronique/
Quel rĂŽle a tenu la feuille dâinfos The Zuluâs Letter dans le Mouvement ? Quel impact a eu lâouverture (animĂ©e par Huggy les bons tuyaux de la sĂ©rie Starsky & Hutch) du McDonaldâs aux Olympiades, Paris 13Ăšme, en 1980 ? Que pensait la presse rock de lâarrivĂ©e du rap au dĂ©but des 80âs ? Comment la marque Troop a-t-elle dĂ©barquĂ© en France ? DâoĂč vient la brouille entre le SuprĂȘme NTM et IAM ? Comment AkhĂ©naton sâest retrouvĂ© sur ce morceau ? Les MICE Ă©taient-elles les premiĂšres rappeuses françaises ? OĂč est nĂ©e lâĂ©mission Yo! MTV Rap ? Pourquoi Public Enemy a failli ne jamais jouer en France ? Annie Cordy savait-t-elle vraiment smurfer ?
Une fois pour toutes, un livre vous fournira toutes ces rĂ©ponses : il sâappelle Regarde ta jeunesse dans les yeux et est signĂ© Vincent Piolet. 3 ans dâinterviews et de recherches compilĂ©s en 368 pages (sans photos) oĂč se bousculent tous ceux qui ont fait le hip-hop en France entre 1980 et 1990, connus ou inconnus, soit de ses balbutiements Ă New York (rapportĂ©s en France par quelques journalistes branchĂ©s) jusquâĂ son accession au mainstream dans la foulĂ©e de la premiĂšre compilation du genre : Rapattitude. Pendant ces dix annĂ©es a existĂ© une contre-culture hip-hop digne de ce nom dans lâhexagone, peuplĂ©e dâhistoires aussi incroyables que dĂ©cisives. On a Ă©voquĂ© quelques grandes lignes de cette aventure avec lâauteur.
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Vous connaissez tous lâhistoire du hip-hop français : la compilation Rapattitude, lâĂ©mergence de NTM, leur rivaux IAM. Sans oublier MC Solaar, Assassin et les grands noms dâaujourdâhui â de Casey Ă Booba. Mais connaissez-vous sa prĂ©histoire ? Une dĂ©cennie, de 1980 Ă 1990, oĂč sâactivĂšrent des centaines de rappeurs, graffeurs, danseurs, DJs⊠Câest le tĂ©moignage de ces pionniers que Vincent Piolet, 35 ans, a recueilli. Sans nostalgie aucune, mais avec le pari (accompli) de raconter leur histoire, celle dâun art en perpĂ©tuel mouvement.
Quel fut le point de départ de cet ouvrage ?
Il existe beaucoup dâĂ©crits consacrĂ©s au hip-hop en France. Mais ils prennent pour point de dĂ©part 1990, avec la sortie de la compilation Rapattitude, oĂč nourrissent des thĂšses sociologiques nĂ©gligeant la rencontre des principaux acteurs. Or, je voulais raconter lâhistoire de la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente, quand le hiphop Ă©tait encore une contre-culture, portĂ©e par des graffeurs, DJs, rappeurs, qui crĂ©aient sans argent, sans institution, sans mĂ©dia, mĂȘme sâil y a eu la parenthĂšse Sidney avec lâĂ©mission H.I.P. H.O.P..
Une parenthĂšse importanteâŠ
Oui. Câest un OVNI, la premiĂšre Ă©mission consacrĂ©e au hip-hop au monde. Et en France, la premiĂšre prĂ©sentĂ©e par un Noir. Ă lâĂ©poque, en 1984, la mode du smurf avait touchĂ© les Ă©coles et les collĂšges. Fin connaisseur du hip-hop amĂ©ricain, Sidney a propagĂ© le mouvement en France : il a invitĂ© Afrika Bambaataa, organisĂ© des compĂ©titions de danse ou de scratch Ă une heure de grande Ă©coute. Mais Ă la fin de lâannĂ©e, TF1 a dĂ©cidĂ© que le hip-hop, câĂ©tait fini, et quâil fallait passer Ă autre chose. Ils se sont trompĂ©s.
Vous revenez aussi beaucoup sur les lieux, parmi lesquels le terrain vague de La ChapelleâŠ
Câest un endroit trĂšs important. Ă partir de 1986, les amateurs de hiphop se retrouvent lĂ pour danser, Ă©couter de la musique ou graffer. Ce terrain vague fut dĂ©cisif pour la musique, grĂące aux free jams organisĂ©es par Dee Nasty. Et pour le graff : câĂ©tait une galerie Ă ciel ouvert. On venait de lâEurope entiĂšre pour admirer les fresques des BBC, de Mode 2. Les Français Ă©taient les seuls EuropĂ©ens Ă rivaliser avec les AmĂ©ricains.
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Avec Regarde ta jeunesse dans les yeux, Vincent Piolet documente la naissance du rap français durant la dĂ©cennie 1980 en donnant la parole Ă ses acteurs, connus ou mĂ©connus. Dâune poignĂ©e de Français aux commandes premiers disques dâAfrika Bambaataa aux secrets du terrain vague de la Chapelle en passant par une pluie dâanecdotes fascinantes, lâauteur offre le tĂ©moignage foisonnant dâune Ă©poque rarement documentĂ©e. Entretien.
On connaĂźt quelques rappeurs qui ont dĂ©butĂ© dans les annĂ©es 1980 (NTM, IAMâŠ), mais cette Ă©poque peu documentĂ©e fait globalement lâobjet dâun oubli. Pourquoi ?
Vincent Piolet â Dâabord parce quâelle nâa pas Ă©tĂ© documentĂ©e par les acteurs eux-mĂȘmes, et quâil est difficile de les retrouver pour en parler. Pour les archives, il est possible dâaller Ă lâINA â quoique le dĂ©pĂŽt lĂ©gal des radios ne date que de 1992 et quâil manque donc beaucoup de matĂ©riel â, mais pour les personnes, il faut fouiller. Il y a ensuite, du cĂŽtĂ© institutionnel, une forme de mĂ©pris pour la culture hip-hop qui consiste Ă considĂ©rer que câest une musique de jeunes, une sous-musique et que ce nâest pas si important que cela. Il sâagit bien entendu dâune mĂ©prise, mais je pense que les choses sont en train de bouger en raison du succĂšs durable du rap. Nous arrivons Ă une Ă©poque oĂč, en raison de la maturitĂ© artistique du mouvement et de sa diffusion de masse auprĂšs du public, il est nĂ©cessaire de se demander dâoĂč vient cette musique et comment elle sâest implantĂ©e en France.
En recherchant ces informations, il faut cependant Ă©viter de confondre la pratique commerciale du rap qui, globalement, a dĂ©marrĂ© avec la sortie de Rappatitude (premiĂšre compilation de rap français parue en 1991 â ndlr), et le rap en tant que culture, qui existe depuis plus longtemps. Rapattitude nâest que le rĂ©sultat de 10 annĂ©es de gestation pendant lesquelles cette culture sâest implantĂ©e, dĂ©veloppĂ©e, inventĂ©e. Sâil y avait trĂšs peu de disques de rap français dans les annĂ©es 1980, il y avait des gens qui rappaient, qui tagguaient et partageaient cette culture. Câest ce que jâai cherchĂ© Ă documenter et il est vrai que personne ne le fait. Je pense dâailleurs que si cette musique fonctionne aujourdâhui, câest aussi parce quâelle possĂšde, au-delĂ de son destin commercial, de vraies racines culturelles.
Vous soulignez le caractĂšre parisien de la culture rap au dĂ©but des annĂ©es 1980. Comment sâest-elle enracinĂ©e en banlieue ?
Les banlieusards Ă©taient dĂ©jĂ dans le hip-hop, mais Ă cette Ă©poque, la banlieue Ă©tait un dĂ©sert culturel. Pour pouvoir se retrouver autour dâun phĂ©nomĂšne culturel naissant, il fallait un centre gĂ©ographique, une sorte de point de ralliement. Ca a Ă©tĂ© Paris parce que câest lĂ quâil y avait des clubs comme lâEmeraude, le terrain vague de La Chapelle ou la salle de danse de Paco Rabanne, et câest aussi lĂ quâil y avait les disquaires, quâon pouvait avoir accĂšs aux nouveautĂ©s venues des Etats-Unis. De la mĂȘme maniĂšre, si tu voulais voir les derniers graffitis, il fallait aller sur place. CâĂ©tait une Ă©poque oĂč il nây avait pas de mĂ©dias, pas dâinternet, oĂč il Ă©tait impossible de pratiquer une culture hors du lieu oĂč elle se crĂ©ait, et les banlieusards faisaient donc cet effort de se dĂ©placer physiquement.
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Regarde ta jeunesse dans les yeux ! Pour tout amateur de rap qui se respecte, ces quelques mots font Ă©cho au couplet de Kool Shen dâNTM et au titre de 1991, âLe monde de demainâ extrait de lâalbum Authentik du crew du 93.
Regarde ta jeunesse dans les yeux : Naissance du Hip-Hop Français (1980-1990) est aussi le nom dâun ouvrage signĂ© Vincent Piolet et qui vient de paraĂźtre chez lâexcellente maison dâĂ©dition Le Mot et Le Reste (les bouquins de Sylvain Bertot, câest eux aussi !). Comme son sous-titre le sous-entend, le livre est le fruit dâun travail de trois ans pendant lesquels son auteur sâest penchĂ© sur les origines et les balbutiements du hip-hop en France considĂ©rĂ© Ă lâĂ©poque comme une mode qui ne durerait pas trois mois.
Trente ans plus tard, Regarde ta jeunesse dans les yeux sous la forme dâun essai documentaire revient sur la naissance du mouvement Ă travers lâinterview dâune centaine de ses acteurs tels que Kool Shen, Stomy Bugsy ou Bando pour les plus connus et dâautres comme Style J, Saxo ou Iron 2 restĂ©s dans lâunderground.
Regarde ta jeunesse dans les yeux est un livre Ă mettre Ă cĂŽtĂ© de Mouvement : du Terrain Vague au Dance Floor 1984-89 de Yoshi Omori, Jay One et Marc Boudet dans sa bibliothĂšque. La cerise sur le gĂąteau, le livre bĂ©nĂ©ficie dâune prĂ©face signĂ©e Dee Nasty himself :
« Aucun dâentre nous nâaurait pu imaginer que des livres seraient Ă©crits pour relater nos parcours et nos « exploits », plus ou moins fidĂšlement. La naissance du hip-hop français dans les annĂ©es 1980, câest une histoire effectivement oubliĂ©e par le public, une histoire mĂ©connue par les plus jeunes alors quoi de plus normal que de donner la parole aux acteurs afin quâils Ă©voquent lâHistoire depuis le commencement, comme ils lâont vĂ©cue.»
Article en lecture sur Street-Rules
Peux-tu te présenter ?
VINCENT PIOLET : Je suis de la rĂ©gion parisienne. JâĂ©tais trop jeune pour connaitre la naissance du hip-hop français, le sujet du livre, soit la pĂ©riode 1980-1990. Jây apporte donc un regard extĂ©rieur avec un peu de recul.
Par contre, la dĂ©cennie 90 â certains lâappellent lâĂąge dâor du hip-hop français â je lâai bien connue, et jâai ensuite observĂ© lâĂ©volution de cette culture dans les annĂ©es 2000.
Je ne suis pas journaliste, jâai donc utilisĂ© quelques âintersticesâ de mon temps libre pour mener cette enquĂȘte de trois ans.
Quel est le sujet du livre ?
V.P : AprĂšs avoir passĂ© plus de trois ans Ă enquĂȘter, rencontrĂ© une centaine de personnes, jâai Ă©crit le premier essai documentaire sur la naissance du hip-hop français (1980-1990), sachant quâil existe trĂšs peu, voire aucune, documentation sur le sujet. Il sâagit de la pĂ©riode oĂč le hip-hop français est une contre-culture, câest-Ă -dire sans mĂ©dias, sans argent, sans aide des institutions.
Bien entendu, je ne prĂ©tends aucunement au fait dâavoir rĂ©alisĂ© lâimpossible rĂ©cit exhaustif, jâespĂšre que dâautres ouvrages se pencheront aussi sur lâhistoire de ces pionniers.
Quel est le message que tu veux que les gens retiennent une fois le livre lu ?
V.P : QuâĂ©coutent les plus jeunes aujourdâhui ? Black M, Soprano, Alonzo, Booba, MaĂźtre Gims, Orelsan etc. Bref, du rap français devenu de la quasi variĂ©tĂ©, mais les institutions culturelles françaises peinent Ă donner une pleine reconnaissance au hip-hop français en tant que culture. Ă un moment, on peut se poser la question lĂ©gitime : mais dâoĂč tout cela vient-il ? Cette culture est-elle devenue assez mature pour enfin poser un regard historique, comme cela a Ă©tĂ© le cas pour le jazz, le rock etc ?
Je pense que lâon en est arrivĂ© Ă ce stade â tout au moins Ă ces prĂ©mices â et lorsque lâon revient aux origines, on dĂ©couvre une multitude dâhistoires incroyables. Il faut savoir que le hip-hop français sâest construit grĂące Ă une multitude dâanonymes passionnĂ©s qui se sont retrouvĂ©s autour dâun intĂ©rĂȘt commun. Leurs rĂ©cits â souvent oubliĂ©s â permettent de mieux comprendre comment le hip-hop français est devenu incontournable. Il ne faut pas oublier quâil Ă©tait Ă deux doigts de mourir dans les annĂ©es 80, mais quelques pionniers lâont sauvĂ©âŠ
Comment tâes venue lâidĂ©e de ce livre ?
V.P : Je voulais Ă©crire uniquement sur le terrain vague de la Chapelle â vĂ©ritable mythe dont je fais beaucoup rĂ©fĂ©rence dans le livre dâailleurs â et lors de rencontres, je me suis aperçu que lâhistoire du terrain nâavait pas de sens sans raconter lâhistoire de cette gĂ©nĂ©ration qui a vĂ©cu le hip-hop pendant la dĂ©cennie 1980. Lâhistoire Ă©tait dâautant plus intĂ©ressante quâelle nâavait quasiment jamais Ă©tĂ© racontĂ©e.
Pourquoi ce titre âREGARDE TA JEUNESSEDANSLES YEUXâ (issu de la chanson âLe Monde de demainâ de NTM) ?
V.P : Le titre â les paroles de Kool Shen dans âLe Monde de demainâ â symbolisent dans ce livre une vision toute subjective. Cette jeunesse dont Kool Shen parle est peut-ĂȘtre la sienne, pendant les annĂ©es 80, celle qui a vu la mutation de la banlieue, lâarrivĂ©e du chĂŽmage de masse, le retour des inĂ©galitĂ©s croissantes, la violence qui sâexprime toujours plus jeune, les fils dâimmigrĂ©s ignorĂ©s par la sociĂ©tĂ©. Cette jeunesse que lâon nâa pas regardĂ©e, que lâon a prĂ©fĂ©rĂ©e oublier, nâa pas pour autant sombrer dans le misĂ©rabilisme. Insouciante comme on peut lâĂȘtre Ă lâadolescence, elle sâest accaparĂ©e le hip-hop amĂ©ricain et lâa transformĂ© en culture française par un long processus.
Pourquoi axer ton livre sur cette période ?
V.P : Les annĂ©es 80 du hip-hop français sont particuliĂšrement intĂ©ressantes Ă Ă©tudier dans le sens oĂč elles sont celles dâune Ă©poque qui rĂ©pond Ă la dĂ©finition mĂȘme dâune contre-culture. Plus tard, dans les annĂ©es 90, il passera au stade de sous-culture avant de devenir une composante pleine de la culture de masse Ă partir des annĂ©es 2000. Toutes les cultures passent par des phases de maturitĂ© diffĂ©rente. Personne ne sâĂ©tait penchĂ© sur la naissance, certainement la pĂ©riode la plus difficile Ă raconter⊠Moi qui connaissait lâĂąge dâor fin 1990, jâai dĂ©couvert un tout autre mondeâŠ
Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?
V.P : Retrouver les acteurs concernĂ©s ! Il a fallu parfois mener de vrais enquĂȘtes, mĂȘme si les rĂ©seaux existent toujours entre ceux de cette gĂ©nĂ©ration qui ont gardĂ© des liens trĂšs forts.
La difficultĂ© lorsque lâon veut raconter lâhistoire dâune contre-culture est que celle-ci par dĂ©finition ne gĂ©nĂšre pas sa propre documentation. LâĂ©crivain nâa alors que peu de matĂ©riel pour avancer, la rencontre des diffĂ©rents protagonistes devient alors essentielle. Ce sont leurs histoires, leurs rĂ©cits de vie, qui redonnent vie Ă une histoire oubliĂ©e de tous. Le but nâĂ©tait surtout pas dâĂ©crire un essai sociologique, mais bien dâaller voir les intĂ©ressĂ©s.
Quâest ce que tu en retires de ce projet ?
V.P : Un grand respect pour ces pionniers dont la juste valeur, soit lâapport Ă la culture française, est encore largement ignorĂ©e par les institutions ou les mĂ©dias.
Une prĂ©face signĂ© Dee Nasty⊠Quâest ce que lâon ressent ?
V.P : Dee Nasty est un peu le fil rouge dans le livre, son histoire avec le hip-hop commence aux Ătats-Unis fin 1970 et courre pendant les dĂ©cennies suivantes jusquâĂ 2015 avec un nouvel album prĂ©vu ! Je pense que câest la personne la plus reprĂ©sentative, un vrai passionnĂ©, qui a rĂ©ussi Ă allier le talent â lâun des meilleurs DJ â avec les initiatives (radios pirates, free jams au terrain vague, Deenastyle, etc.) pour faire vivre le Mouvement. Si lâon devait commencer un Hall of Fame, il serait certainement le premier invitĂ© !
Il a lu mon livre et mâa dit â mĂȘme si cela peut paraĂźtre orgueilleux de ma part â âcâest le meilleur livre sur le hip hop que jâai jamais luâ. Il a acceptĂ© dâĂ©crire la prĂ©face â pas une prĂ©face Ă©crite par lâauteur en sous main pour se lancer des fleurs â il a Ă©crit lui-mĂȘme un texte trĂšs personnel oĂč il se remĂ©more ces annĂ©es, un texte trĂšs bien Ă©crit.
Quel est le retour des personnes qui lâont dĂ©jĂ lu ?
V.P : Une poignĂ©e de personnes a lu le livre et le retour est bon. Je suis conscient dâavoir certainement oubliĂ© tel graffeur ou tel danseur incontournable, jâespĂšre quâils ne mâen tiendront pas rigueur.
OĂč va ĂȘtre Ă©ditĂ© le livre et quand surtout ?
V.P : Le livre est sorti le 20 mars 2015 aux éditions Le Mot et Le Reste, en vivant en librairies, en virtuel en ligne sur les sites marchands.
Est ce que cela tâa donnĂ© lâenvie dâĂ©crire dâautres livres sur le mĂȘme thĂšme ?
V.P : Ce livre a commencĂ© avec une idĂ©e, des rencontres, comme celle dĂ©cisive de DJ Chabin par exemple. Tout dĂ©pendra donc des rencontres futurEs⊠Je nâai pas encore dĂ©cidĂ© de comment utiliser les âintersticesâ de mon temps libre⊠Si jâaime beaucoup le hip-hop, de nombreuses autres choses mâintĂ©ressent, il y a tellement dâhistoires Ă raconterâŠ
Comment vois-tu la scĂšne hip-hop aujourdâhui ?
V.P : TrĂšs bien! Il y en a pour tous les goĂ»ts, preuve de sa pleine intĂ©gration. Il existe du hip hop qui porte aussi bien un message de contestation quâun message festif. MĂȘme si câest un peu caricatural, on a un spectre allant de Lucio Bukowski avec une esthĂ©tique forte, une idĂ©ologie prĂŽnant une indĂ©pendance totale Ă Booba dont le but est clairement affichĂ©, faire de lâargent, peu importe les compromis artistiques. Lâun nâest pas mieux que lâautre, ou plus hip-hop. Le public est tellement large que lâoffre est diverse. Chacun y trouve son compte et cette diversitĂ© va plutĂŽt dans le bon sens. Il faudrait juste que toutes ces voix puissent ĂȘtre entendues, lâune Ă cĂŽtĂ© de lâautre, et non malheureusement lâune au dĂ©triment de lâautre.
Quelque chose Ă rajouter?
V.P : Si vous voulez connaitre le rĂ©cit inĂ©dit du premier français Ă avoir fait un disque hip-hop, lisez le livre ! Câest une histoire complĂštement ubuesque dâun passionnĂ© français parti Ă LA, qui fait le DJ en 1983 pour Ice T, avec dans le package corruption, drogue et Dr Dre (Andre Young Ă lâĂ©poque en 1983), le tout finissant en taule !
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Dynamike a rencontrĂ© Vincent Piolet, auteur dâun ouvrage sur la naissance du hip-hop français, et on termine la dĂ©couverte de notre album de la semaine, âSound & Colorâ dâAlabama Shakes.
Le livre âRegarde ta jeunesse dans les yeux. Naissance du hip-hop français 1980-1990â explore lâhistoire du mouvement Ă partir dâinterviews dâartistes reconnus (Kool Shen, Stomy Bugsy, Bando) et dâacteurs anonymes ayant contribuĂ© Ă lâexplosion du hip-hop en France. Dynamike a rencontrĂ© Vincent Piolet, lâauteur de ce bel ouvrage.
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âRencontrer les gens, câĂ©tait le cĆur du livre.â
On a tendance Ă souvent dater la naissance du hip-hop français au dĂ©but des annĂ©es 1990 puisque câest le dĂ©but des succĂšs commerciaux pour certains rappeurs. Mais avant ça, il y a toute une dĂ©cennie de fermentation de cette culture venue tout droit des Ătats-Unis. Câest cette montĂ©e en puissance que Vincent Piolet raconte dans son excellent ouvrageRegarde ta jeunesse dans les yeux, Naissance du hip-hop français 1980-1990. Nous lâavons rencontrĂ© pour en discuter.
Comment es-tu venu au hip-hop ?
Je suis parisien et â information importante â je nâai pas connu la pĂ©riode 1980-1990 du hip-hop français, le sujet du livre, car jâĂ©tais beaucoup trop jeune. Jâai connu la culture hip-hop Ă lâĂ©cole, trĂšs jeune, Ă partir de 1990, pĂ©riode qui correspond Ă la fin de mon livre, avec le disque Rapattitude. Ă lâĂ©poque soit tu Ă©coutais du rap ou du grunge voire du hard rock.
Quel est le cursus qui tâamĂšne Ă Ă©crire sur ce sujet ?
Je ne suis pas journaliste, je ne vis pas de lâĂ©criture. Jâai Ă©crit le livre sur mon temps libre Ă cĂŽtĂ© de mon travail. Je nâavais donc pas dâimpĂ©ratif ou dâintĂ©rĂȘt, jâai pris le temps.
Quâest ce qui tâa donnĂ© lâidĂ©e dâĂ©crire ce livre ?
Plusieurs Ă©lĂ©ments : dâabord, personne ne sâĂ©tait plongĂ© dans cette dĂ©cennie 80, la naissance du hip-hop français, et jâai compris par la suite la raison. Il nây a aucun support, aucun matĂ©riau, câĂ©tait donc un livre qui a demandĂ© beaucoup de travail car il fallait aller recueillir les rĂ©cits auprĂšs des acteurs, les « pionniers ». Bref, un sujet inĂ©dit. Ensuite, je voulais Ă©crire un livre sur le mythe du terrain vague de la Chapelle, ce qui explique dâailleurs que celui-ci occupe Ă juste titre une place importante dans le livre. Mais je me suis rendu compte que le rĂ©cit du terrain vague nâavait pas de sens sans Ă©largir le cadre, soit raconter lâhistoire dâune gĂ©nĂ©ration de gamins et dâados qui ont construit pendant une dĂ©cennie le hip-hop français qui allait exploser dans les annĂ©es 1990 jusquâĂ ĂȘtre prĂ©sent partout aujourdâhui. Enfin, des rencontres ont Ă©tĂ© des dĂ©clencheurs, comme celle de DJ Chabin avec ses rĂ©cits incroyables sur les annĂ©es Bataclan.
As-tu une fascination pour les années 80 ?
Je nâai pas de fascination pour les annĂ©es 1980 en gĂ©nĂ©ral. Je suis plutĂŽt fascinĂ© par lâĂ©mulation et la force artistique quâavaient les pionniers pour donner naissance Ă la culture hip-hop française. Il nây avait rien Ă gagner, aucune reconnaissance des mĂ©dias ou des institutions. Et pourtant ils vivaient hip-hop jour et nuit. Danse, graff, tag, rap, câĂ©tait non-stop.
Comment as-tu décidé qui tu allais interviewer ?
Jâai dĂ©cidĂ© de rencontrer les acteurs majeurs de cette Ă©poque. Cela pouvait concerner autant certains qui ont rĂ©ussi commercialement par la suite, trĂšs peu nombreux, que les autres. Ces derniers Ă©taient trĂšs importants, car les rĂ©cits Ă©taient inĂ©dits et câest lĂ que tu apprends vraiment des choses, des mythes tombent ou dâautres apparaissent.
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