Rap français
De 1990 Ă 2013, une exploration en 100 albums
Groupe gĂ©nĂ©rationnel par excellence, NTM se distinguait nĂ©anmoins par un amour de tous les instants envers la black music. Funky et soulful Ă souhait, Paris sous les bombes propulsera dâailleurs le groupe sur le devant de la scĂšne avec « La FiĂšvre » et son sample de The Crusaders. La suite fait partie de lâHistoire.
ArrivĂ© dans les annĂ©es quatre-vingt, le hip-hop trouve un terreau fertile en France. La capitale sâentiche du genre avec enthousiasme et vit au rythme des scratchs en inventant ses propres lyrics. TrĂšs vite, rapper en français devient Ă©vident, et spontanĂ©ment se dessine un axe Paris / Marseille essaimant Ă sa suite de nombreuses Ă©coles sur tout le territoire, relayĂ©es par diffĂ©rents mĂ©dias. Aux dĂ©fricheurs MC Solaar, Assassin, IAM, NTM ou MinistĂšre A.M.E.R. succĂšdent maints artistes et groupes au succĂšs notoire tels que 113, Diamâs, Booba, ou plus alternatifs comme TTC, La Caution, Grems. GrĂące Ă une sĂ©lection Ă©clectique et emblĂ©matique en cent albums, de Rapattitude Ă Or noir, Mehdi Maizi donne Ă entendre un rap dans toute sa diversitĂ© quâil soit festif ou potache, contestataire voire vindicatif. Rendant compte de lâinventivitĂ© des textes, des flows originaux, sans omettre la production, lâauteur lâaffirme sans conteste : non, le rap nâest pas mort.
Revue de presse
- Come-back de stars : JoeyStarr Jennifer Rolnin TF1 // 50' Inside 14 août
- IAM, l'école du disque d'or Frederick Sigrist France Inter // Blockbusters 30 juillet 2019
- Interview - de IAM à PNL : pourquoi le rap français n'était pas forcément mieux avant ? François Chevalier Street Tease 24 novembre 2015
- Rap français Sylvain Bertot Fake For Real 29 octobre 2015
- Deux ouvrages fouillés célÚbrent le hip-hop made in France Thomas Blondeau Les Inrockuptibles 13 mai 2015
- Rap français Olivier Pernot Trax Juin 2015
- Rap français Paul Muselet Clutch Mai 2015
- Anthologie rapologique BenoĂźt Perrier Le Courrier 16 mai 2015
- Rap : la musique en bande organisée Fabrice Drouelle France Inter // Affaires sensibles 22 juin 2015
- Mehdi Maizi - L'interview Dom Tr Hartzine 18 juin 2015
- Rap français Muzul Radio Campus Paris // Futur Basics Radio Show 29 avril 2015
- Le rap français en cent albums et un livre Nicolas Hecht Time out 04 juin 2015
- Mehdi Maizi en Interview Aurélien Goûte mes disques 20 Mai 2015
- Jean Pierre Radio Jean Pierre Radio prun.net Lundi 18 Mai 2015
- Rap français Jean-Philippe Denis Précepta Stratégiques 05 Mai 2015
- Anthologie rapologique Benoit Perrier Courrier.ch Samedi 16 Mai 2015
- L'éternelle jeunesse du hip-hop français Maxime Delcourt Slate.fr 10 Mai 2015
- 10 bonnes raisons de lire _Rap français, une exploration en 100 albums_ de Mehdi Maizi Olivier Perret Lebonson.org 8 Mai 2015
- Interview Mehdi Maizi: Rap Français, une exploration en 100 albums Srimal Dawgz 17 Avril 2014
- Mehdi Maizi Paul Muselet Quali District
- Lecture recommandée : le trÚs bel ouvrage de Mehdi Maizi sur le rap français Aurélien Goûte mes disques 28 Avril 2015
- Interview Mehdi Maizi Paul Muselet Quali District Avril 2015
- "Rap.fr" Franck Cochon Damn Right // Le Parisien 28 avril 2015
- Les 5 disques de rap français qui ne figurent pas dans mon livre ... Mehdi Maizi Vice 21 avril 2015
- Rap français Olivier Mukiandi Street Rules 15 avril 2015
- [Interview] Mehdi Maizi : âIl faut prendre ce livre comme un appel Ă la (re)dĂ©couverte.â StĂ©phane Fortems Le Rap en France 17 avril 2015
- Les 100 albums indispensables du rap français JB Abcdrduson 10 avril 2015
- Faut-il investir 21 euros dans le bouquin de Mehdi Maizi ? Genono Captcha Mag 27 avril 2015
- Pour Booba, le rap est aussi un sport de combat Anthony (AFP) Le Figaro 11 avril 2015
âLe mouvement hip-hop sâenracine Ă Bruxelles dans les annĂ©es 90. Centre musical majeur en Europe, on ne le reconnaĂźt pourtant que 25 ans plus tard⊠Insolence, textes dĂ©complexĂ©s, comment le rap belge arrive-t-il a rivalisĂ© avec les artistes français et amĂ©ricains ?â
Mehdi Maizi a Ă©tĂ© interrogĂ© par TF1 pour parler de la carriĂšre de Joey Starr dans un Ă©pisode spĂ©cial Ă©tĂ© de 50âInside ! Ă revoir en ligne
Mehdi Maïzi et Brice Miclet sont les invités de Frederick Sigrist pour un Blockbusters consacré au groupe IAM.
Retour sur lâhistoire du groupe, leur style, leurs influences, leurs sujets de prĂ©dilection, leurs diffĂ©rents albums, leurs tubes⊠En quoi IAM a-t-il su innover dans un paysage musical souvent trĂšs balisĂ© ? Et on essaiera de distinguer en quoi le rap a Ă©voluĂ© durant ces trente derniĂšres annĂ©es.
Le podcast est disponible sur le site de France Inter
Le rap, câĂ©tait mieux avant ? VoilĂ un thĂšme qui divise les amateurs de rap français depuis la nuit des temps. Pour autant, est-il nĂ©cessaire de rĂ©concilier des gĂ©nĂ©rations dâauditeurs qui nâont pas le mĂȘme parcours musical ? Pas forcĂ©ment. Est-il possible dâapprĂ©cier des groupes radicalement diffĂ©rents tels que IAM, TTC ou PNL ? Pourquoi pas. AprĂšs tout, soyons pragmatique : câest du rap. Et il faut accepter son Ă©volution. Si lâauditeur des annĂ©es 1990 avait lâobligation de choisir son clan sous peine de reprĂ©sailles, celui des annĂ©es 2010 est nettement plus dĂ©complexĂ©. Nous avons discutĂ© de ce sujet avec Mehdi Maizi de lâAbcdr du Son, auteur de Rap français, Une exploration en 100 albums, publiĂ© au premier semestre 2015.
Le terme exploration est vraiment juste Ă mon sens, il ne sâagit pas forcĂ©ment dâun top des meilleurs albums mais dâune sĂ©lection qui offre une vision globale de lâhistoire du rap français.
Absolument. Je nâai pas la prĂ©tention de dĂ©tenir la vĂ©ritĂ© indĂ©niable du rap français avec les 100 disques qui mettraient tout le monde dâaccord. Câest absolument impossible. MĂȘme si dans le livre il y a des Ă©vidences, il y aussi des partis pris. Câest ce qui est intĂ©ressant dans le rap français par rapport au rap amĂ©ricain, qui est Ă©norme. Il y a beaucoup trop de disques et de thĂšmes. Il y a bien plus de 100 Ă©vidences en rap US. Quand je me suis lancĂ© dans le projet, des gens me demandaient si jâallais vraiment trouver 100 classiques de la trempe de Paris sous les bombes ou LâĂ©cole du micro dâargent. Je ne voulais pas dâun titre trop pompeux qui nâaurait pas Ă©tĂ© en adĂ©quation avec le propos du livre. Cet angle permet dâexplorer des thĂšmes, le rap alternatif des annĂ©es 2000, les mixtapes, les compilationsâŠ
On a coutume de distinguer les pionniers du hip-hop qui pour certains ont connu lâĂąge dâor des annĂ©es 1990 avec la confrontation Paris / Marseille et les nouvelles scĂšnes post 2000. Toi, tu as choisi de tout mĂ©langer.
En France, il y a plus des chapelles que de scĂšnes, liĂ©es aux diffĂ©rences dâĂąges, de visions⊠La nostalgie peut parfois un peu fausser les jugements. CâĂ©tait une volontĂ© car jâai envisagĂ© cette musique dans sa globalitĂ©. Il y a des diffĂ©rences et des sous genres mais pas tant que ça finalement. Je suis pas encore trentenaire et du coup, jâai une vision et un parcours personnels en tant quâauditeur. Quand LâĂ©cole du micro dâargent sort, jâai Ă peine 10 ans, je le prends pas de la mĂȘme maniĂšre que quelquâun qui a 20 ans Ă lâĂ©poque. Pour moi, câest un disque de colonie de vacances que je vais dĂ©couvrir bien plus tard.
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Lire lâintĂ©gralitĂ© de lâinterview sur le site de Street Tease
Si vous trainez sur ces pages, Ă moins dâun Ă©tonnant phĂ©nomĂšne paranormal, vous connaissez le premier ouvrage que lâĂ©diteur Le mot et le reste a consacrĂ© au rap, Rap, hip-hop, 30 annĂ©es en 150 albums. Et comme vous connaissez ce livre, vous savez quâil aborde le sujet dâun point de vue international, dans son contexte amĂ©ricain dâorigine. Le rap français nây est donc abordĂ© quâĂ la mesure de son importance en dehors de la francophonie : de maniĂšre marginale. Seulement voilĂ , le rap, en France, câest le rap français. Je nâai quâĂ comparer les statistiques de frĂ©quentation moyennes des critiques publiĂ©es sur Fake For Real, Ă celles de mon seul papier en deux ans dĂ©diĂ© Ă un disque issu de notre pays (Que La Famille, de PNL), pour ĂȘtre ramenĂ© Ă cette cruelle rĂ©alitĂ©. Il fallait donc au premier livre, impĂ©rativement, un pendant entiĂšrement consacrĂ© au rap dâici. Et cette tĂąche, câest Mehdi, journaliste Ă lâABCDR du son, qui sâen est acquittĂ©, en 2015.
On connaĂźt maintenant le format des anthologies musicales dont Le mot et le reste sâest fait une spĂ©cialitĂ©. Il y a dâabord, gĂ©nĂ©ralement, une prĂ©sentation du sujet, plus ou moins longue et fouillĂ©e. Vient ensuite une sĂ©lection dâĆuvres, une centaine le plus souvent, toutes commentĂ©es par lâauteur. Cependant, en fonction de la façon dont cette structure est dĂ©clinĂ©e, les livres peuvent avoir des intĂ©rĂȘts diffĂ©rents. Chez certains, câest lâintroduction qui importe, câest la perspective, parfois mĂȘme la thĂšse, apportĂ©e par les auteurs quand ils abordent leur objet dâĂ©tude. Chez dâautres, câest la sĂ©lection mĂȘme, câest le choix des disques traitĂ©s, et ce quâils disent sur le goĂ»t de leurs auteurs. Enfin, ça peut ĂȘtre le contenu mĂȘme des chroniques, la maniĂšre avec laquelle est dĂ©crite et analysĂ©e chaque Ćuvre. Or, avec Mehdi Maizi, nous sommes plutĂŽt dans la derniĂšre configuration.
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Lire lâintĂ©gralitĂ© de lâarticle sur le blog Fake For Real
Saisir le global ou prĂ©fĂ©rer le dĂ©tail : câest la question que pose la parution simultanĂ©e de deux ouvrages consacrĂ©s au rap français. Le premier, de Mehdi Maizi, journaliste du site abcdrduson.com, surplombe lâhistoire du rap français Ă travers cent chroniques de disques ; le second, Ćuvre curieuse de Vincent Piolet, spĂ©cialiste de la gĂ©opolitique financiĂšre, passe au crible lâapparition du rap en France durant la dĂ©cennie 1980. Si la liste des productions retenues par Mehdi semble Ă©vidente, lâintĂ©rĂȘt de son texte est quâil relĂšve pour chaque album les lignes quâil a fait bouger â flow, langage, texte ou production â, inscrivant chacun dans une Ă©volution globale. Vincent Piolet, lui ne se concentre que sur les annĂ©es 80, passant cette pĂ©riode â qui nâa jamais Ă©tĂ© analysĂ©e sĂ©rieusement â au crible dâune documentation fouillĂ©e, sa principale force Ă©tant de donner la parole Ă des acteurs dont lâhistoire nâa pas retenu le nom, mais qui ont vĂ©cu la mĂȘme chose que les MC ou danseurs devenus cĂ©lĂšbres par la suite (coucou JoeyStarr !) Deux salles, deux ambiances et une foule dâanecdotes sidĂ©rantes.
En 100 albums, le journaliste Mehdi Maizi explore vingt-cinq ans de hip-hop en France. De la compilation Rapattitude Ă lâalbum Or noir de Kaaris en passant Ă©videmment par les albums essentiels de NTM, lAM, Assassin, MC Solaar, 113, La Rumeur ou Booba.
Dans la mĂȘme collection, les chroniques disques de Sylvain Bertot avaient beau gĂąter les aficionados de rap, nous restions quand mĂȘme sur notre faim du cĂŽtĂ© de la langue de MoliĂšre. Lacune comblĂ©e depuis la mi-avril avec Medhi MaĂŻzi (membre de lâexcellent webzine Abcdrduson), auteur de ce condensĂ© de classiques dĂ©cryptĂ©s sobrement, sans pour autant tomber dans le piĂšge du simplisme. La force du livre rĂ©vise prĂ©cisĂ©ment dans cet effort de synthĂšse. Hors critĂšres commerciaux et toutes Ă©coles confondues, voici 100 albums singuliers ayant forgĂ© lâidentitĂ© du rap français de 1990 Ă 2013.
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Raconter le rap français en cent albums, câest le pari que relĂšve avec brio Mehdi Maizi. Le rĂ©dacteur en chef adjoint du site lâAbcdr du Son nous guide de 1990 (la compilation fondatrice Rapattitude) Ă 2013 (le premier album de Kaaris, MC de Svran). Seule rĂšgle imposĂ©e Ă cette traversĂ©e ; ne prĂ©senter quâune seule sortie par artiste â les Ă©chappĂ©es en solo sont toutefois permises.
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Fabrice Drouelle axe son émission sur le rap français et invite Mehdi Maizi pour en parler avec lui.
Ce son rythmĂ© et cadencĂ©, apparu en France dans les annĂ©es 1980 en provenance des ghettos amĂ©ricains, est un phĂ©nomĂšne que beaucoup pensaient Ă©phĂ©mĂšre et qui sâest transformĂ© en une industrie musicale Ă part entiĂšre.
Le « Rap » : ce genre musical dont notre inconscient associe la paternitĂ© Ă ces jeunes, tagueurs, danseurs, Ă©garĂ©s dans leurs citĂ©s, et pour qui la chanson est devenue le seul moyen de sâexprimer. Le « Rap » enfin, cette musique de la revendication qui tend Ă agir comme un miroir de notre sociĂ©tĂ©.
Dans ce vent porteur, les rappeurs français vont vite sâimposer comme les nouveaux poĂštes de cette fin de siĂšcle. Pourtant, plus que des artistes, ils sont aussi et surtout les porte-paroles de toute une gĂ©nĂ©ration qui a grandi dans la prĂ©caritĂ© entre quatre tours HLM, Ă quelques kilomĂštres seulement des grandes agglomĂ©rations.
Aussi, leur plume, Ă la fois acerbe et dĂ©bridĂ©e, va trĂšs vite ĂȘtre perçue par les responsables politiques comme une arme, et elle va inquiĂ©ter ! Chansons censurĂ©es, moyens retirĂ©s, plaintes dĂ©posĂ©es : il sâagit par tous les moyens dâĂ©viter la contagion dans les banlieues, de peur quâelles ne sâenflamment comme en 2005.
Notre invitĂ© pour revenir sur cette page rĂ©cente de notre histoire culturelle : Medhi Maizi, rĂ©dacteur en chef adjoint de lâAbcdr du son, le site rĂ©fĂ©rence du hip-hop. Il est lâauteur dâun trĂšs bel ouvrage synthĂ©tique sur le rap hexagonal intitulĂ© Rap français : une exploration en 100 albums, paru aux Ă©ditions Le mot et le reste en avril dernier.
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AprĂšs Sylvain Bertot (lire) et Thomas Blondeau (lire), interview avec un autre chroniqueur du hip-hop, Mehdi Maizi.
Je vais commencer par un truc particulier : jâai pas mal parcouru ton livre sorti rĂ©cemment, Rap français : une exploration en 100 albums, et je suis tombĂ© sur un micro-dĂ©tail qui mâa fait sourire. Ă la fin du livre, tu remercies ce mec qui sâappelle Anthokadi, un ancien de lâAbcdr du Son, et sa chronique du Ouest Side de Booba qui, visiblement, a fait tilt chez toi Ă lâĂ©poque et tâa donnĂ© envie de te lancer lĂ -dedans. Ăa mâa intriguĂ© parce que moi aussi, ce papier lĂ , je mâen souviens trĂšs bien. Il mâa aussi marquĂ© dans une certaine mesure, avec cette plume et ce style complexe mais prĂ©cis. Il y avait aussi un autre papier sur Saul Williams que jâavais trouvĂ© fort Ă lâĂ©poque. Câest ce qui tâa poussĂ© Ă franchir le pas et Ă commencer Ă Ă©crire ?
Pour ĂȘtre trĂšs franc, Ă lâĂ©poque, en 2006, jâĂ©tais un trĂšs gros lecteur de lâAbcdr. Je suis un peu un enfant de ces gars-lĂ , je suis de la deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration des forums, je dirais. Je nâĂ©tais pas lĂ au dĂ©but des annĂ©es 2000, mais vers 2005-2006, jâai commencĂ© Ă mâintĂ©resser Ă pas mal de choses, jâavais accĂšs Ă Kazaa, Ă Soulseek, Emule tout ça, un peu en retard dâailleurs. LâAbcdr mâa tout de suite parlĂ©, je lâai beaucoup lu et jâai beaucoup lu Anthokadi, effectivement. Dâailleurs, je le reconnais, ma premiĂšre chronique, câĂ©tait vraiment du sous-Anthokadi. CâĂ©tait un papier sur Seth Gueko. Anthokadi avait ce truc qui mâintĂ©ressait beaucoup : il parvenait Ă parler Ă la fois de la musique mais aussi Ă sortir de ça et Ă aborder des aspects sociaux, quelques Ă©lĂ©ments dâenvironnement ou de contexte qui donnaient vraiment une richesse Ă ce quâil Ă©crivait. Avec parfois un bĂ©mol : je ne lâai jamais rencontrĂ© en vrai, du coup je lui dis ça aujourdâhui mais il a parfois ce dĂ©faut de trop sâĂ©loigner du disque et dâaborder davantage tout ce quâil y a autour. Je trouve quâil Ă©crit extrĂȘmement bien mais jâai parfois lâimpression quâil ne se met pas assez au service de lâalbum, en fait. Parfois jâen suis venu Ă me demander si le disque Ă©tait le plus important ou si câĂ©tait sa plume, tu vois ? Mais ces chroniques-lĂ , je les trouvais dingues. Je trouvais ça fort de raconter ce genre dâhistoire autour dâun disque.
Un passage dans la chronique de Ouest Side mâa fait marrer Ă lâĂ©poque, qui mâest restĂ© en tĂȘte sans trop savoir pourquoi. Anthokadi Ă©crit : « Ouest Side, câest le premier punchline album« . Je ne mâĂ©tais jamais vraiment posĂ© la question â il y a dix ans, le dĂ©lire punchline, on le recherchait moins ou on lâexprimait moins dans le rap français. Et ça mâavait fait comprendre comment Booba, et dâautres, construisaientt leurs albums, au final.
Oui ça mâavait super marquĂ© aussi ! Ce que je trouve terrible dans les chroniques, câest quand le mec qui Ă©crit arrive Ă mettre des mots prĂ©cis sur une impression. Anthokadi avait fait ça aussi avec la Sexion dâAssaut, je me souviens, Ă lâĂ©poque oĂč on kiffait tous, câĂ©tait pas honteux, autour des premiers freestyles, Le Renouveau du 3Ăšme Prototype en 2008, que jâai mis dans le bouquin, etc. Bref, Anthokadi avait comparĂ© MaĂźtre Gims Ă Usain Bolt, Black M avait le sourire Mona Lisa dans les freestyles, toutes ces images que jâavais trouvĂ©es tellement parfaites et parlantes quâelles vĂ©hiculent une impression plus forte que nâimporte quelle phrase, tu vois. Les quelques fois oĂč on mâa fait ce genre de remarque, je lâai ressenti comme une vraie satisfaction de parvenir Ă mettre des mots sur un ressenti qui parlent aux gens. Et Anthokadi, comme dâautres dâailleurs, avait ce truc-lĂ . RĂ©cemment, je lisais un papier dâun mec qui sâappelle Olivier Catin qui Ă©crivait sur lehiphop.com Ă lâĂ©poque (ndr : site de rap de rĂ©fĂ©rence du tout dĂ©but des annĂ©es 2000 oĂč beaucoup dâactivistes de lâĂ©poque se sont retrouvĂ©s, notamment sur les forums) et qui faisait ça trĂšs bien aussi. Il mâa dit rĂ©cemment avoir vraiment apprĂ©ciĂ© le bouquin et ça mâa fait plaisir parce que ces gars-lĂ , je les ai beaucoup lus Ă une Ă©poque. Tous ces gars de lâAbcdr, de lehiphop.com mâont vraiment influencĂ© et mâont poussĂ© Ă aller dans cette direction.
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Le livre de Mehdi Maizi chroniqué sur Future Basics Radio Show.
âLe livre essentiel autour du rap français.â
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Au-delĂ des clichĂ©s qui sont autant de barriĂšres, lâauteur de ce guide pratique dâune scĂšne encore peu reconnue sâengage Ă la faire (re)dĂ©couvrir au plus grand nombre, du dĂ©butant au spĂ©cialiste. Exit donc lâĂ©ternel discours sur la violence inhĂ©rente au rap ; Ă Alain Finkielkraut, qui dĂ©clarait il y a quelques annĂ©es « il y a un lien consubstantiel du rap et de la violence, puisque câest une violence dans le rythme. [âŠ] Il nây a plus de mĂ©lodie, juste une vocifĂ©ration monotone. Je rĂ©clame le droit de faire une critique esthĂ©tique, et une critique politique du rap. », on conseillera dâailleurs dâĂ©couter, au hasard, La Caution, Oxmo Puccino, ou encore la Rumeur, histoire de se faire une idĂ©e plus riche de la chose. Exit Ă©galement le reproche sur lâinfluence amĂ©ricaine (quâAlain Soral Ă©rige comme argument ultime contre cette musique), bien rĂ©elle mais eclipsĂ©e par la vivacitĂ© dâartistes qui sâen Ă©mancipent peu Ă peu, et lâutilisation Ă©vidente du français comme langue.
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GMD : Jâimagine que tout ça doit demander un temps fou, comment est-ce que tu as trouvĂ© le temps de sortir un livre copieux comme ça?
Mehdi Maizi : Dans le fond, il nây a pas vraiment eu Ă chercher. MalgrĂ© toute lâimplication que demande lâĂ©mission et le site, quand tu as envie de trouver le temps de concrĂ©tiser un projet comme ça, tu le trouves. Et encore, quand je dis âtafferâ le mot est fort, parce que câest vraiment QUE du kif ! LâidĂ©e dâĂ©crire jusque tard pour parler du premier album de Salif, quand tu sais quâil y a de ça deux ans je tapais encore des prĂ©sentations Powerpoint sur des sujets qui ne me passionnaient absolument pas, câest magique. ForcĂ©ment crevant, mais magique.
Câest AelpĂ©acha qui nous le disait quand on lâavait invitĂ©, et quâon lui parlait de son impressionnante productivitĂ©: quand tu considĂšres ça comme ton taf, et plus comme un hobby, tu trouveras forcĂ©ment le temps pour conjuguer ce genre de projet au milieu de toutes les choses de la vie. Et avec du recul, je dois reconnaĂźtre quâil avait assez raison. Jâai beau Ă©couter du rap de 8h Ă 22h, envoyer des mails toute la journĂ©e et contribuer Ă lâAbcdr, ça peut paraĂźtre surprenant mais je nâai pas eu lâimpression de me tuer Ă la tĂąche. Et du coup jâai vraiment eu cette volontĂ© dâĂȘtre dĂ©bordĂ©, dâautant quâon a beaucoup rĂ©flĂ©chi sur quel format adopter pour lâĂ©mission et le lancement vidĂ©o de Deeper Than Rap. Du coup, ça me laissait encore pas mal de temps libre, ce qui mâa permis de boucler lâĂ©criture en quatre mois.
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Journaliste au sein de la rĂ©fĂ©rence des webzines de rap en français quâest lâabcdrduson.com, Mehdi Maizi officie aussi bien sur la version Ă©crite du site, en radio avec ses collĂšgues de Deeper than Rap sur Rinse.fm et sur la chaine dailymotion du site oĂč il est en train de constituer une collection dâentretiens de rappeurs français aussi large que pointue.
Condamné à écouter tout ce qui se fait en rap hexagonal, il nous livre ce soir une sélection de morceaux représentatifs de cette scÚne pour illustrer la sortie de son premier livre Rap français, une exploration en 100 albums, et évoquera avec Jean Pierre Radio le calvaire quotidien du journaliste spécialisé dans ce genre musical.
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Precepta stratĂ©giques a reçu Mehdi Maizi, rĂ©dacteur en chef adjoint chez Abcdrduson, dans le cadre de la sortie de son ouvrage : âRap françaisâ.
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Raconter le rap français en cent albums, câest le pari que relĂšve avec brio Mehdi Maizi. Seule rĂšgle imposĂ©e Ă cette traversĂ©e: ne prĂ©senter quâune seule sortie par artiste â les Ă©chappĂ©es en solo sont toutefois permises. La rĂ©trospective se parcourt avec bonheur, quâon soit novice en boom bap ou expert de la chose scandĂ©e. A chaque disque sa chronique, calibrĂ©e, bien envoyĂ©e, qui donne les clĂ©s pour mesurer le mĂ©rite de lâĆuvre et son impact Ă sa sortie.
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Ces derniĂšres semaines, deux publications des Ă©ditions Le Mot et le Reste, Rap français, une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi et Regarde ta jeunesse dans les yeux: naissance du hip-hop français 1980-1990 de Vincent Piolet, sont venues rappeler lâimportance de la compilation Rapattitude dans le paysage hip-hop hexagonal. On y apprend notamment que la pochette a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Jean-Baptiste Mondino, que lâinstrumental «Funk A Size» de Dee Nasty Ă©tait destinĂ©e Ă servir de support aux breakers de lâĂ©poque et que tous les groupes prĂ©sents (NTM, Assassin, Tonton DavidâŠ) ont Ă©tĂ© signĂ©s dans la foulĂ©e sur une maison de disques. Le rap français Ă©tait nĂ©? Pas tout Ă fait.
Chercher Ă expliquer la naissance du hip-hop en France, câest revenir immanquablement au dĂ©but des annĂ©es 1980, comme en tĂ©moigne Vincent Piolet, qui a conçu son livre comme une enquĂȘte policiĂšre, allant Ă la rencontre de tous ceux qui ont fait le hip-hop en France dans les eighties.
Cependant, et câest ce que sâemploie aujourdâhui Ă dĂ©montrer Rap français, une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi, on aurait tort de sâen tenir Ă une vision nostalgique. DâOdezenne Ă La Gale (pour le rap), de Levalet Ă Rero (pour le graff), la culture hip-hop est toujours aussi foisonnante aujourdâhui. Mieux, elle reprend mĂȘme clairement son indĂ©pendance depuis quelques annĂ©es et la dĂ©mocratisation dâoutils tels que Facebook, Twitter ou YouTube.
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Est-il nĂ©cessaire de prĂ©senter Mehdi Maizi ? Animateur et rĂ©dacteur en chef adjoint chez lâAbcdr du Son, difficile de passer Ă cĂŽtĂ© ces derniers mois pour quiconque sâintĂ©resse un peu au rap français. Le principe de son exploration est simple : 100 chroniques dâalbums emblĂ©matiques (un seul par artiste ou par groupe sĂ©lectionnĂ©), rangĂ©es dans lâordre chronologique. Avec de courtes chroniques dâenviron 300 mots, et un style dâĂ©criture documentaire et synthĂ©tique sans grandes envolĂ©es lyriques, le bouquin se lit assez rapidement. Et mĂȘme si un grand nombre des disques sĂ©lectionnĂ©s mĂ©riteraient de plus longues chroniques, le format choisi par Mehdi Maizi donne un certain rythme qui maintient le lecteur concentrĂ© dans lâexploration proposĂ©e. Toutefois, pour ceux qui trouveraient certains passages trop rapides, notamment sur des albums clĂ©s comme LâĂ©cole du micro dâargent, Mauvais oeil ou Lâombre sur la mesure, des dizaines dâarticles sont disponibles sur internet pour prolonger la rĂ©flexion.
De 1990 Ă 2015, lâauteur sâest appliquĂ© Ă souligner les influences du rap Outre-Atlantique et ses diffĂ©rentes tendances prĂ©sentes dans les disques sĂ©lectionnĂ©s. On sent dâailleurs une rĂ©elle volontĂ© de rappeler lâimpact du son californien (AelpĂ©acha, South Side 13âŠ), ainsi que de producteurs new-yorkais autres quâHavoc de Mobb Deep, rĂ©fĂ©rence ultime pour nombre de beatmakers français aujourdâhui encore.
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Les Dawgz ont contactĂ© Mehdi Maizi, membre de lâĂ©curie Abcdrduson.com et du quatuor de DeeperTahnRap, pour une interview Ă lâoccasion de la sortie de son premier livre consacrĂ© au rap français, quâil dĂ©cortique en 100 albums
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Ăgalement Ă©ditĂ©s chez Le Mot et le Reste, les deux ouvrages de Sylvain Bertot (Rap, Hip-Hop et Rap IndĂ©pendant) nous avaient rĂ©galĂ©s. TrĂšs pointus cotĂ© US, on sentait pourtant que le cĆur nây Ă©tait pas cotĂ© rap français. Affront lavĂ©! Ce mois-ci, Mehdi Maizi de lâAbcdr sort Rap français, une exploration passionnĂ©e en 100 albums qui montre que si la culture hip-hop est bien amĂ©ricaine, notre vivier de rappeurs a produit ses propres chefs dâĆuvres, singuliers et marquants pour plusieurs gĂ©nĂ©rations en 25 ans dâactivitĂ©. Rencontre avec lâauteur pour parler de sa vision du rap français, ses albums fĂ©tiches, anecdotes en tous genres, et bien sĂ»r⊠les grands « oubliĂ©s » du classement.
Comment tâes tu retrouvĂ© Ă Ă©crire ce livre?
La demande venait de lâĂ©diteur, qui voulait un ouvrage entiĂšrement consacrĂ© au rap français. Sylvain Bertot avait Ă©tĂ© contactĂ© dans un premier temps, car il avait dĂ©jĂ produit deux livres de qualitĂ© sur le sujet. Mais cette fois, ça ne le branchait pas. Il ne se sentait pas lĂ©gitime pour le faire, car ce nâest pas un grand auditeur de rap français Ă la base.
Tu ne tâes pas trop pris la tĂȘte pour la sĂ©lection?
Pas tant que ça en fait! Il nây a pas de vĂ©ritĂ© absolue. Jâai donnĂ© la mienne, avec des choix trĂšs personnels. Si ça ouvre le dĂ©bat tant mieux! Le titre du livre montre que le cĂŽtĂ© sĂ©lectif est assumĂ©. Ceux qui ne sont pas citĂ©s ne sont pas moins bons. Câest une «exploration». Ce ne sont pas «les indispensables». Le panorama est vraiment trĂšs large.
Quel est le premier disque de rap français que tu as eu entre les mains?
Le tout premier, câĂ©tait PremiĂšre Consultation de Doc GynĂ©co. Jâavais 10 ans quand il est sorti en 1996. Authentik de NTM, De la PlanĂšte Mars dâIAM et les premiers Assassin, je les ai dĂ©couverts Ă posteriori. Je suis arrivĂ© au rap au moment oĂč il commençait dĂ©jĂ Ă devenir grand public.
Avec Doc GynĂ©co justement, ça devenait carrĂ©ment pop. Toutes les familles avaient lâalbum Ă la maison. Ma mĂšre nâĂ©tait pas fan de rap mais elle adorait PremiĂšre Consultation! La passerelle Ă©tait inĂ©dite. Ce disque pouvait vraiment plaire Ă tout le monde.
Tu étais plutÎt Secteur à à la base?
Pas forcément, car quand je découvre cet album, je ne me rends pas compte de tout ça. En colonie de vacances, on chantait tous « Vanessa », sans comprendre le second degré et les doubles sens de la chanson.
Les premiers disques qui mâont mis une claque en termes de rap, câest lâĂ©cole Sages Po et Beat de Boul. Ăa ma vraiment chamboulĂ©, notamment Dany Dan. Je le trouvais trĂšs trĂšs fort. Boulogne a gĂ©nĂ©rĂ© de sacrĂ©s talents : Sages Po, LIM, Booba, Kohndo, Salif, Ali⊠Ce rap du 92 mâa directement parlĂ©. Câest personnel, mais jâai toujours prĂ©fĂ©rĂ© la forme Ă lâaspect revendicatif des choses. Dan câĂ©tait vraiment ça. Il pouvait parler de trucs super futiles avec un sens de la formule assez dingue. La technique Ă©tait hors-norme. Je voyageais beaucoup en lâĂ©coutant.
Parmi les albums citĂ©s dans ton livre, quel est le plus « confidentiel » selon toi? LĂ oĂč le choix Ă©tait le plus personnel?
Je dirais La Coupe des vices du CĂ©lĂšbre Bauza. Peu de gens y auraient pensĂ©, et Ă mon avis câest une erreur! Câest un rappeur extraordinaire qui nâa pas eu la reconnaissance quâil mĂ©ritait. Ce disque est hallucinant, les ingĂ© qui ont bossĂ© dessus avaient du gout. Jâaime tout : les textes, lâunivers, le mixage, le mastering, la pochette, les invitĂ©s (Oxmo, etc.). Lâalbum nâa pas pris. Mais pour moi câest vraiment un des meilleurs projets des annĂ©es 2000.
En termes de parti pris, je pensais plus au disque de Lalcko (LâEau lave mais lâargent rend propre). Sans renier son talent, penses-tu vraiment quâil fasse partie des 100 albums les plus mĂ©morables du rap français?
Il sâagit dâune anthologie et jâai essayĂ© de choisir les disques en fonction de leur qualitĂ©, mais il nây a pas de « classement ». Il y a des disques extrĂȘmement importants dont je nâai pas parlĂ©, comme Le vrai hip-hop dâArsenal Records. Il faut lâavoir Ă©coutĂ©. Je nâen ai pas parlĂ©, car jâai prĂ©fĂ©rĂ© citer Conçu pour durer de La Cliqua, et Entre deux mondes de Rocca. Ces projets portent en eux lâADN de La Cliqua, et je ne voulais pas faire de doublon. Je nâai citĂ© quâun seul disque de Booba. Pareil pour Fabe et IAM. CâĂ©tait une volontĂ© de ma part pour laisser place Ă plus de diversitĂ©.
En plus, faire ces impasses, cela permet Ă des artistes comme Lalcko de figurer dans le livre. Pour moi, son disque est hallucinant. En vieillissant, je suis de moins en moins impressionnĂ© par les rappeurs. Quand tu en Ă©coute beaucoup, tu es moins surpris. Quand je me suis pris LâEau lave mais lâargent rend propre, jâai Ă©tĂ© Ă peu prĂšs autant choquĂ© quâĂ la dĂ©couverte de LâAmour est Mort dâOxmo! Autant dans lâĂ©criture que dans lâunivers, le niveau est trĂšs haut.
Sans parler des doublons, quel autre projet as-tu retirĂ© Ă contrecĆur?
Scarlattitude de Nubi! Avec le temps, on se rend compte que câest un projet qui a Ă©normĂ©ment influencĂ© les rappeurs de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, comme Deen Burbigo. Jâadore ce projet, mais pour ĂȘtre honnĂȘte, je lâai sacrifiĂ© au dernier moment au profit dâEternel Recommencement de Youssoupha. Je ne pouvais pas mettre tout le monde, on va dire que câĂ©tait le 101e !
Ă la fin de ton introduction, tu dis que contrairement aux apparences, « le rap français sâest toujours bien portĂ© ». Ne penses-tu pas quâil a tout de mĂȘme connu un gros moment de creux, de 2004 Ă 2009, pour quâun rappeur « moyen » comme Sinik soit une des principales tĂȘtes dâaffiches de la pĂ©riode?
Je nâai pas trop raisonnĂ© en fonction des tĂȘtes dâaffiches. Je me suis plutĂŽt demandĂ©: «quels bons disques sont sortis Ă ce moment lĂ ?». Beaucoup de projets citĂ©s dans le livre sont de 2006 par exemple. Pour moi, ça reste une excellente annĂ©e pour le rap français. Typiquement, Sinik est important pour beaucoup de gens, mais je ne lâai pas citĂ©. On pourrait me le reprocher. Tout comme Sniper. AprĂšs, je ne suis pas toujours dâaccord sur la notion dâĂąge dâor du rap français qui aurait eu lieu entre 95 et 99. Beaucoup de trĂšs bons albums sont sortis plus tard, noyĂ©s au milieu dâune profusion de sorties. Pour en revenir aux tĂȘtes dâaffiches, on pourrait aussi prendre lâexemple de Gradur en 2015. Ăa fait le buzz, mais pendant ce temps, Joe Lucazz sort No Name dans la confidentialitĂ©. Câest aussi ce genre dâartiste qui mâintĂ©resse.
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Ă GMD, câest un fait, on a parfois un train de retard sur le rap. La preuve: on attend souvent que la caravane passe pour sâintĂ©resser aux perles que le genre propose, en France comme Ă lâĂ©tranger. AprĂšs, yâa aussi une volontĂ© de digĂ©rer lâactu, nây voyez pas QUE de la paresse.
Tout lâinverse de lâAbcdr du son en fait, qui depuis quinze ans propose une vision toujours plus globale du genre, sans jamais tenir compte des shitstorm qui innondent rĂ©guliĂšrement leurs pages de commentaires. Un activisme au service du HH qui sĂ©duit par la qualitĂ© des plumes (on vous invite Ă lire leur excellent papier sur le dernier Earl Sweatshirt) et qui sâexporte trĂšs bien au format vidĂ©o via leur chaĂźne Dailymotion ou celle de Deeper Than Rap.
Si lâAbcdr nâest toujours pas passĂ© au format papier, lâun de ses auteurs vient de publier un ouvrage qui offre une exploration transversale du rap français au travers de cent disques clĂ©s qui retracent lâhistoire du genre de ses premiers balbutiements jusquâĂ aujourdâhui. Un livre consĂ©quent aux allures de discothĂšque idĂ©ale, truffĂ© dâanecdotes, qui fait autant la part belle aux classiques quâĂ des disques complĂštement anonymes (sĂ©rieux, vous saviez que Le CĂ©lĂšbre Bauza avait sorti des albums?).
Sorti sur lâexcellente maison dâĂ©dition Le Mot et le reste, Rap français, une exploration en 100 albums a Ă©tĂ© cuisinĂ© avec amour par le rĂ©dacâ chef adjoint Mehdi Maizi, aussi animateur de lâĂ©mission, qui Ă dĂ©jĂ su dĂ©montrer son amour pour le rap dans la langue de MoliĂšre â et pour les chemises en jean, aussi. En tout cas, on en connaĂźt quelques-uns qui vont avoir envie de faire chauffer les plateformes BitTorrent aprĂšs avoir lu ce livre, quâon recommande autant au novice quâĂ lâamateur de rap confirmĂ©.
Et histoire de prolonger un peu le plaisir une fois le bouquin dĂ©vorĂ©, on vous invite Ă aller fouiner du cĂŽtĂ© de Vincent Piolet et de son trĂšs bon Regarde Ta Jeunesse Dans Les Yeux. Il y a moyen dây trouvez aussi son bonheur.
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Ăgalement Ă©ditĂ©s chez Le mot et le reste, les deux ouvrages de Sylvain Bertot (Rap, Hip-Hop et Rap indĂ©pendant) nous avaient rĂ©galĂ©s. TrĂšs pointus cotĂ© US, on sentait pourtant que le cĆur nây Ă©tait pas cotĂ© rap français. Affront lavĂ©! Ce mois-ci, Mehdi Maizi de lâAbcdr sort Rap français, une exploration passionnĂ©e en 100 albums qui montre que si la culture hip-hop est bien amĂ©ricaine, notre vivier de rappeurs a produit ses propres chefs dâĆuvres, singuliers et marquants pour plusieurs gĂ©nĂ©rations en 25 ans dâactivitĂ©. Rencontre avec lâauteur pour parler de sa vision du rap français, ses albums fĂ©tiches, anecdotes en tous genres, et bien sĂ»r⊠les grands « oubliĂ©s » du classement.
Comment tâes tu retrouvĂ© Ă Ă©crire ce livre?
La demande venait de lâĂ©diteur, qui voulait un ouvrage entiĂšrement consacrĂ© au rap français. Sylvain Bertot avait Ă©tĂ© contactĂ© dans un premier temps, car il avait dĂ©jĂ produit deux livres de qualitĂ© sur le sujet. Mais cette fois, ça ne le branchait pas. Il ne se sentait pas lĂ©gitime pour le faire, car ce nâest pas un grand auditeur de rap français Ă la base.
Tu ne tâes pas trop pris la tĂȘte pour la sĂ©lection?
Pas tant que ça en fait! Il nây a pas de vĂ©ritĂ© absolue. Jâai donnĂ© la mienne, avec des choix trĂšs personnels. Si ça ouvre le dĂ©bat tant mieux! Le titre du livre montre que le cĂŽtĂ© sĂ©lectif est assumĂ©. Ceux qui ne sont pas citĂ©s ne sont pas moins bons. Câest une «exploration». Ce ne sont pas «les indispensables». Le panorama est vraiment trĂšs large.
Quel est le premier disque de rap français que tu as eu entre les mains?
Le tout premier, câĂ©tait PremiĂšre Consultation de Doc GynĂ©co. Jâavais 10 ans quand il est sorti en 1996. Authentik de NTM, De la PlanĂšte Mars dâIAM et les premiers Assassin, je les ai dĂ©couverts Ă posteriori. Je suis arrivĂ© au rap au moment oĂč il commençait dĂ©jĂ Ă devenir grand public.
Avec Doc GynĂ©co justement, ça devenait carrĂ©ment pop. Toutes les familles avaient lâalbum Ă la maison. Ma mĂšre nâĂ©tait pas fan de rap mais elle adorait PremiĂšre Consultation! La passerelle Ă©tait inĂ©dite. Ce disque pouvait vraiment plaire Ă tout le monde.
Tu étais plutÎt Secteur à à la base?
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Quel genre musical a la plus mauvaise presse en France, toutes catĂ©gories confondues ? Le rap Ă©videmment. Musique de demeurĂ©s incultes, de banlieusards illettrĂ©s, de racailles, le rap est le pire rĂ©ceptacle Ă clichĂ©s (pas toujours fauxâŠ) surtout lorsquâil sâagit de parler de sa version française.
RĂ©dacâ chef du quasi-obligatoire Abcdrduson.com, Mehdi Maizi se coltine le lourd fardeau dâen faire sinon le tour, au moins une reprĂ©sentation fidĂšle sur toutes ses facettes, du plus underground au plus grand public, du plus gentil au plus mĂ©chant, du plus Ă©crit au plus bĂąclĂ©, du plus acadĂ©mique au plus aventureux. Les pionniers, les compilations fondatrices, les hĂ©ritiers, les talentueux qui nâont jamais confirmĂ©s, les Ă la marge, les mĂ©sestimĂ©s, les militants, les juste pour sâamuser ; le double M les a tous rĂ©pertoriĂ©s, triĂ©s, chroniquĂ©s, avec, Ă chaque fois, la remise dans le contexte de lâĂ©poque et quelques anecdotes bien senties.
De son arrivĂ©e dans lâHexagone, quelque part dans les annĂ©es 80, Ă aujourdâhui, on suit le parcourt chronologique de la flamme venue du Bronx qui passe de micro en micro, monte en gamme, connaĂźt un Ăąge dâor, se vide de sens, perd ses valeurs, brasse des millions, survit dans lâombre, renaĂźt par endroit, tombant parfois dans des mains peu douĂ©es pour lâĂ©criture⊠Et on rendra grĂące Ă MÂČ de ne pas tout encenser et dâavoir sĂ©lectionnĂ© aussi des albums Ă la qualitĂ© artistique discutable voire mĂ©diocre mais marqueurs dâune Ă©poque, annonciateurs de lâarrivĂ©e en trombe dâun rimeur ou planche dâappel pour une nouvelle tendance.
Devant cet exercice des 100, forcĂ©ment rĂ©ducteur, chacun y ira de son petit couplet rĂąleur limite indignĂ© sur le choix des albums et des rappers. Alors allons y du nĂŽtre : oĂč sont Lionel D., Kabal et Sinik ?
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Je viens dâĂ©crire un livre dans lequel je reviens sur les disques qui selon moi, sont les plus emblĂ©matiques de lâhistoire du rap français. Pour ce faire, jâai dĂ» me limiter Ă 100. Ce qui est Ă©norme et trĂšs peu Ă la fois.
Ănorme parce quâil nây a pas 100 disques qui rĂ©ussiront Ă mettre tous les auditeurs de rap français dâaccord. Faites lâexercice avec le rap amĂ©ricain et cette centaine de disques vous paraĂźtra rapidement insuffisante. Cela dit, passĂ© les 35 ou 40 « Ă©vidences » de type « LâĂcole du micro dâargent » dâIAM, « Mauvais Ćil » de Lunatic ou « Conçu pour durer » de La Cliqua, on peut commencer Ă dĂ©fricher lâensemble des scĂšnes hexagonales, ressortir des raretĂ©s, mettre en avant des curiositĂ©s ou sâaventurer Ă prendre de vrais parti pris. Câest ce que jâai essayĂ© de faire dans mon ouvrage.
Ăvidemment, des lecteurs trouveront forcĂ©ment des choses Ă dire sur la liste retenue. Autant tuer le suspens tout de suite : jâai moi-mĂȘme ressenti de la frustration en lâĂ©laborant. Si des projets ont Ă©tĂ© mis de cĂŽtĂ© Ă contrecĆur, ils nâont pas Ă©tĂ© oubliĂ©s pour autant. Pour VICE, jâai donc sĂ©lectionnĂ© cinq disques qui ne figurent pas dans mon livre mais qui auraient pu y trouver leur place.
GRADUR â LâHomme au bob
Lâalbum de Gradur est sorti aprĂšs que je rende mes textes. Plus gĂ©nĂ©ralement, je pense quâil faut laisser un certain temps aux albums et il aurait Ă©tĂ© prĂ©maturĂ© de faire figurer un disque de 2015 dans cette liste. Ce sera intĂ©ressant de voir le statut que va acquĂ©rir ce projet au fil des annĂ©es mais, Ă chaud, je le vois un peu comme le point culminant dâune tendance initiĂ©e Ă une grande envergure en France avec le premier album de Kaaris.
On parle beaucoup de trap en ce moment, Ă raison puisque les rappeurs sây engouffrent avec plus ou moins de succĂšs. La comparaison Kaaris/Gradur revient souvent alors que leur maniĂšre dâen faire est justement trĂšs diffĂ©rente. Le rap de Kaaris est beaucoup moins brut quâon veut le laisser croire, ses textes sont plus travaillĂ©s, il y a une vraie volontĂ© de varier ses flows et de se diversifier⊠Chez Gradur, tout est beaucoup plus instinctif et basĂ© sur le gimmick et lâĂ©nergie. PrĂ©sentĂ© comme cela, ça pourrait sembler limitĂ© mais il a rĂ©ussi la prouesse de faire en sorte que ça fonctionne sur tout un album. Si on ajoute Ă cela ses impressionnants chiffres de vente, on peut le voir comme le fer de lance dâune nouvelle gĂ©nĂ©ration. On verra donc si le temps considĂ©rera LâHomme au bob comme un disque important ou un Ă©piphĂ©nomĂšne.
ARSENALRECORDS â Le Vrai hip-hop
Je vois dĂ©jĂ certains me clouer au pilori en raison de lâabsence de cette compilation, sortie en 1996, dans le livre. En le réécoutant, on se rend compte Ă quel point lâADN de La Cliqua â le groupe de Rocca, Daddy Lord C et RaphaĂ«l â est prĂ©sent tout le long. Sorti entre Conçu pour durer et Entre deux mondes, il est une sorte de lien entre les deux disques et jâai prĂ©fĂ©rĂ© le mettre de cĂŽtĂ© dans un souci de diversitĂ©. Mais câest Ă©videmment un indispensable : « Le Hip-Hop mon royaume », lâapparition des Petits Boss, le featuring de Shyheim, « Rap Contact », etc. Une Ă©poque suspendue dans le temps oĂč La Cliqua, et surtout Rocca, donnaient lâimpression de survoler le rap français.
SNIPER â Du rire aux larmes
Sniper est peut-ĂȘtre LE groupe de rap du dĂ©but des annĂ©es 2000. Du rire aux larmes sâest vendu Ă plus de 200 000 exemplaires et a alors confirmĂ© le potentiel du groupe (aperçu prĂ©cĂ©demment au sein de leurs collectifs antĂ©rieurs M Group et ComitĂ© de Deuil). Il apparaĂźt pourtant assez rarement lorsquâon pense aux albums incontournables, probablement parce que le groupe a Ă©tĂ© matraquĂ© sur Skyrock Ă un moment oĂč le rap français et la radio commençaient Ă se regarder en chiens de faĂŻence. Ă mon sens, Du rire aux larmes possĂšde un statut similaire aux premiers albums de Disiz ou Sinik : des disques plutĂŽt rĂ©ussis, de vĂ©ritables succĂšs commerciaux, des singles connus de tous mais auxquels il manque probablement un ou deux titres vraiment forts. Plus globalement, je pense que ce sont des artistes qui ont longtemps couru aprĂšs un disque dĂ©finitif. Un peu comme Soprano, autre tĂȘte dâaffiche qui dĂ©clarait dâailleurs ne pas vouloir sortir de classique afin dâĂ©viter de vivre ce que connaĂźt Nas, « que lâon ramĂšne toujours Ă Illmatic ».
NUBI â Scarlatitude
Ă titre personnel, jâai toujours eu une fascination pour ceux que Sameer Ahmad a rĂ©cemment dĂ©signĂ©s par le terme de « perdants magnifiques » dans son album Ă©ponyme. Ces gens brillants, plus douĂ©s que la moyenne, mais qui nâauront jamais la reconnaissance quâils auraient dĂ» avoir. Ill, le rappeur des X-Men, est probablement lâexemple le plus fragrant, mais on peut Ă©galement mentionner des virtuoses comme Le CĂ©lĂšbre Bauza ou M.O.M.S. Nubi est aussi de ceux-lĂ . Scarlatitude est dâailleurs rĂ©guliĂšrement citĂ© par une partie de la nouvelle gĂ©nĂ©ration (de S.Pri Noir Ă Deen Burbigo) comme lâun des disques qui les a le plus influencĂ©s. Sorti en 2006, en plein Ăąge dâor des street-CDs en et portĂ© par le single « Mack le biz », il confirmait que Nubi Ă©tait un incroyable technicien.
ENZ â Ma boutique
Il sâest passĂ© quelque chose dâintĂ©ressant en 2011 avec lâĂ©mergence de la scĂšne 1995/LâEntourage. MĂȘme si ces groupes ont chacun Ă©voluĂ© et proposent de nouvelles choses depuis, ils se sont dâabord fait connaĂźtre en essayant de remettre un certain son au goĂ»t du jour. GrossiĂšrement, on pourrait parler de boom-bap, dâun retour Ă ce son que proposait le rap new-yorkais du milieu des annĂ©es 1990. Ce qui est intĂ©ressant, câest que plusieurs rappeurs ont pratiquĂ© ce rap quelques annĂ©es auparavant, mais sans rencontrer le mĂȘme engouement. Dernier Pro, Tchad Unpoe et donc Enz, dont lâalbum paru en 2007 Ma Boutique est probablement le disque le plus abouti sorti par cette scĂšne. Je le compare un peu aux Deux Pieds sur Terre sorti un an plus tĂŽt par Kohndo, et avec lequel il partage influences et diffĂ©rents producteurs.
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Mehdi Maizi, lâune des plumes de lâexcellent site lâAbcdr du Son publie aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, Rap Français, une exploration en 100 albums.
Les mauvaises langues diront quâil sâagit dâune Ă©niĂšme anthologie des classiques du rap français. Mais Rap Français, une exploration en 100 albums a une raison dâĂȘtre car câest la premiĂšre fois quâun auteur dâune gĂ©nĂ©ration nâayant pas connu les dĂ©buts du Hip Hop se penche de prĂšs sur les albums clefs. Cet exercice est dâhabitude lâapanage dâun Olivier Cachin qui a publiĂ© les 100 albums essentiels du rap en 2006 chez Scali dans lequel il Ă©tait question du rap des deux cĂŽtĂ©s de lâAtlantique.
Ce regard neuf avec plus de recul que pose Mehdi Maizi est pertinent puisquâil prend en considĂ©ration le rap français dans sa pluralitĂ© et sa diversitĂ©. En effet, lâauteur tient compte dans cet ouvrage du rap dit « alternatif » en mentionnant certains hĂ©ros du trĂšs bon documentaire, Un jour peut-ĂȘtre une autre histoire du rap français avec des artistes comme les Svinkels, TTC ou Le Klub des Looser. Ainsi, il donne un coup de projecteur sur un pan entier du rap français dont on a sous-estimĂ© le poids et la portĂ©e.
Lâautre particularitĂ© de Rap Français, une exploration en 100 albums est quâil est dâactualitĂ©, plus contemporain prenant en compte les albums marquants sortis rĂ©cemment comme Or Noir de Kaaris.
Comme toute anthologie, cet ouvrage aura ses dĂ©tracteurs qui critiqueront le choix de lâauteur avec des interrogations du style « Pourquoi il a choisi Ouest Side et pas Temps Mort de Booba ? LĂ nâest pas la question car ce livre qui se lit assez facilement avec son style fluide est un abcdr, un genre de « Rap français pour les nuls » pour que les nĂ©ophytes puisse avoir une bonne base. Quant aux puristes de rap français, ils ne seront pas en reste car Rap Français, une exploration en 100 albums peut faire aussi office de sĂ©ance de rattrapage afin de se (re)pencher sur certains albums.
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Si vous aimez le rap français, vous connaissez sĂ»rement Mehdi Maizi. TĂȘte dâaffiche du fameux site spĂ©cialisĂ© abcdrduson.com, le jeune homme touche Ă tout. On lâa connu Ă lâĂ©crit sur le web et en vidĂ©o via Dailymotion oĂč il interviewe au fil de lâeau tout le rap français. Câest aujourdâhui dans les librairies quâon le retrouve avec la parution dâun livre consacrĂ© Ă sa passion âRap français : une exploration en 100 albumsâ. On lui a posĂ© quelques questions pour en savoir plus sur lâouvrage.
Depuis quand as-tu en tĂȘte dâĂ©crire un livre ?
Je nâavais pas spĂ©cialement cela en tĂȘte au dĂ©part. Au sein de lâAbcdr, on avait dĂ©jĂ Ă©mis lâidĂ©e dâun bouquin rĂ©alisĂ© Ă plusieurs mains sans que cela ne se concrĂ©tise vraiment. Ătant donnĂ© que jâavais pas mal de projets Ă cĂŽtĂ©, jâavais un peu mis ça de cĂŽtĂ©. Tout a changĂ© quand Le Mot et Le Reste, lâĂ©diteur, nous a contactĂ©. Ăa sâest fait via lâintermĂ©diaire de Sylvain Bertot qui avait dĂ©jĂ Ă©crit deux livres chez eux. Le premier, Rap, Hip-Hop, 30 annĂ©es en 150 albums, de Kurtis Blow Ă Odd Future a, je crois, connu un certain succĂšs. Par contre, il se focalisait essentiellement sur le rap amĂ©ricain. LâĂ©diteur avait envie dâavoir quelque chose de comparable sur le rap français sauf que Sylvain ne se sentait pas de le faire. Tenancier du site fakeforreal.net, il connaissait lâAbcdr et les a redirigĂ© vers nous. AprĂšs une discussion en interne et compte tenu du format souhaitĂ© par la maison dâĂ©dition (une intro suivie dâune sĂ©rie de chroniques), il en est ressorti que jâĂ©tais le plus motivĂ© pour me lancer dans ce projet.
Comment tâes-tu aiguillĂ© vers un top 100 ?
Ăa nâest pas rĂ©ellement un top dans la mesure oĂč il nây a pas de classement. LâidĂ©e est vraiment de prĂ©senter 100 disques diffĂ©rents, sans volontĂ© de les hiĂ©rarchiser. Le nombre de 100 peut paraĂźtre Ă©norme, notamment parce quâil nây a pas 100 disques unanimement considĂ©rĂ©s comme des classiques incontournables en rap français. Câest justement ce qui est intĂ©ressant : une fois que lâon a parlĂ© des disques que tout le monde aurait mis, on peut commencer Ă dĂ©fricher des scĂšnes, parler dâartistes qui nous tiennent Ă cĆur, afficher de rĂ©els partis pris etc.
Comment sâest faite ta sĂ©lection ?
Câest un mĂ©lange entre des disques Ă©vidents et une volontĂ© de mettre en avant des artistes parfois injustement oubliĂ©s. Afin dâĂȘtre le plus exhaustif possible, jâai dâabord choisi de me limiter Ă un disque par artiste. Ensuite, je voulais aller contre lâidĂ©e gĂ©nĂ©rale qui consiste Ă dire que les meilleurs disques sont tous sortis entre 95 et 99. Effectivement, il y a eu Ă©normĂ©ment de grands disques sortis Ă cette pĂ©riode⊠Mais il y a en a eu Ă©galement dans les annĂ©es 2000. Je me suis attachĂ© Ă avoir un Ă©quilibre dans les Ă©poques prĂ©sentĂ©es. IndĂ©pendamment de la volontĂ© dâexhaustivitĂ©, jâai aussi la conviction que les annĂ©es 2000 ont Ă©tĂ© bien plus intĂ©ressantes quâon ne le dit gĂ©nĂ©ralement.
Est-ce que, comme tous les livres sur le rap français, il est préfacé par Olivier Cachin ou on entre enfin dans une nouvelle Úre ?
Mon livre nâest pas prĂ©facĂ©. Donc, peut-ĂȘtre quâon rentre dans une nouvelle Ăšre, celle des livres de rap sans prĂ©face tout court !
Est-ce que tes gouts entrent en compte ou tu fais preuve du plus dâobjectivitĂ© possible ?
Je pense quâon ne peut jamais ĂȘtre totalement objectif et quâil faut accepter le fait que, dans toute liste, il y aura une part de subjectivitĂ©. AprĂšs, lâintĂ©rĂȘt dâun exercice comme celui-ci est aussi de dĂ©passer ses goĂ»ts personnels. Il y a des groupes dont je nâai jamais Ă©tĂ© un grand auditeur mais dont je suis obligĂ© de parler, tout simplement parce quâils ont jouĂ© un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant. Mais, une fois quâon a passĂ© ces Ă©vidences, les goĂ»ts personnels rentrent forcĂ©ment en compte. Câest dâailleurs ce qui est, je crois, intĂ©ressant. On ne mettra jamais tout le monde dâaccord donc autant chercher Ă mettre la lumiĂšre sur des disques quâon apprĂ©cie rĂ©ellement. Ce sont gĂ©nĂ©ralement ceux dont on parle le mieux.
Est-ce que lâĂ©quipe de lâAbcdr a Ă©tĂ© impliquĂ©e dans cette Ćuvre ?
PassĂ©e la discussion initiale que jâĂ©voquais tout Ă lâheure, il y a eu trĂšs peu dâinteractions. Jâai sollicitĂ© quelques proches, dont certains membres de lâAbcdr, Ă deux moments bien prĂ©cis : lorsque je mettais en place ma liste (surtout dans le but dâavoir le panorama le plus large avant dâarrĂȘter ma sĂ©lection) et lorsque nous discutions avec lâĂ©diteur des albums Ă placer sur la pochette et du titre exact de lâouvrage. Le titre dâailleurs a son importance : on parle bien dâune exploration en 100 albums. LâidĂ©e nâest pas de donner ne vĂ©ritĂ© absolue ou de livrer les 100 disques dĂ©finitifs du rap français. Il faut plutĂŽt prendre ça comme un voyage, se prendre au jeu, dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir des disques⊠Câest comme ça que je lâai pensĂ©.
Quâest-ce que ça te fait toi, en tant que personne, de voir ton nom sur un beau livre ?
HonnĂȘtement, ça fait plaisir et ça reprĂ©sente une forme de concrĂ©tisation. Lorsque jâai vraiment commencĂ© Ă ne quasiment plus rien Ă©couter dâautre que du rap (ça Ă©volue un peu depuis, je me soigne en prenant de lâĂąge), jâavais lâhabitude de mettre un disque et de lâĂ©couter presque religieusement, sans rien faire dâautre. Je me dis que tout ce temps passĂ© Ă ne rien faire dâautre quâĂ©couter du rap prend un peu de sens avec la sortie de ce livre.
Est-ce que tu as peur dâavoir commis des erreurs terribles et nâas-tu pas peur de regretter ton choix ?
Encore une fois, je pense quâil faut ĂȘtre Ă lâaise avec lâidĂ©e quâil y a probablement autant de listes que dâauditeurs de rap français. Je suis moi-mĂȘme frustrĂ© de ne pas avoir pu parler de certains disques, je me dis que jâaurais pu ajouter des disques qui sont sortis rĂ©cemment⊠Mais, comme je le disais, lâidĂ©e nâest pas de dĂ©livrer la liste ultime des 100 albums de rap français qui a, de toute façon, vocation Ă Ă©voluer avec le temps. Il faut prendre ce livre comme un appel Ă la (re)dĂ©couverte.
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Comment fait-il ? Animateur, psychanalyste, membre Ă©minent de lâAbcdr⊠Le journaliste Mehdi Maizi (oui, notre Mehdi) est un garçon trĂšs occupĂ©. Et pourtant, sans crier gare, il a quand mĂȘme trouvĂ© le temps dâĂ©crire un livre. Le thĂšme ? Le rap français, Ă©videmment, avec une exploration du genre en pas moins de cent albums emblĂ©matiques. Nous nâavons pas encore eu la chance dâavoir le bouquin entre les mains, mais nous sommes trĂšs curieux de dĂ©couvrir cette sĂ©lection qui promet de faire dĂ©bat. Et nous brĂ»lons dĂ©jĂ de questions : quel sera lâĂ©norme oubli que Mehdi regrettera amĂšrement dans deux ans ? Va-t-il rĂ©habiliter le disque 1 de La Fouine vs Laouni ? Quid du rap de Saint-Ătienne ? Combien de fois va-t-on lire lâexpression « esthĂ©tique rugueuse » ? Et surtout : Panique Celtique fera-t-il le final cut ? RĂ©ponse le 17 avril, dans toutes les librairies.
Rap français, une exploration en 100 albums (éditions Le Mot et le Reste), est disponible en précommande FNAC et Amazon.
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Premier album de Mehdi Maizi, « Rap Français, une exploration en 100 albums » est un disque trĂšs particulier. Dâabord, il y a ce format Ă©tonnant : pas de boitier, pas de CD, uniquement un (trĂšs gros) livret. Des prods extrĂȘmement minimalistes â pas de beat, aucun sample ni compo â aux refrains simplement inexistants, difficile de comprendre oĂč a voulu en venir le rappeur. « Le silence nâest pas un oubli », chantait Lunatic en lâan 2000. Maxime appliquĂ©e Ă la lettre par Mehdi, qui fait ici une dĂ©monstration de maitrise des rythmes aphones. PosĂ©e par France Culture, la question « Le silence peut-il ĂȘtre musical ? » prend ici tout son sens. Ode au muet â la seule sonoritĂ© notable ici est celle des pages qui se tournent -, cette exploration en 100 albums nâest clairement pas dans la tendance â ni cherchez pas dâautotune ou de featurings avec Future â mais semble sâinscrire dans la bonne direction : le sens chronologique.
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« Rap Français, une exploration en 100 albums » (que lâon abrĂ©gera ensuite par lâacronyme RFUEECA) est un bouquin avec des dĂ©fauts et des qualitĂ©s : les qualitĂ©s de ses dĂ©fauts, et les dĂ©fauts de ses qualitĂ©s. Sa construction, tout dâabord, est trĂšs linĂ©aire : 100 albums, classĂ©s par ordre chronologique, avec une double-page par album. Chaque chronique, elle aussi, obĂ©it Ă une construction plutĂŽt linĂ©aire : contextualisation de la sortie, description du disque, rappel des titres importants, et rapport rapide sur les prods. Avec, en fonction de la pĂ©riode, un mot sur la carriĂšre antĂ©rieure ou postĂ©rieure de lâartiste/du groupe, toujours en conservant une temporalitĂ© trĂšs neutre. Mehdi traite dâun album de 1991 comme dâun album de 2014 : avec le point de vue de lâauditeur lambda Ă lâinstant T. Câest un parti pris, que lâon jugera comme une qualitĂ© ou comme un dĂ©faut selon sa sensibilitĂ© et ses attentes. RFUEECA nâest pas un bouquin dâanalyse. Il livre simplement des faits, se place en simple observateur, comme le guide dâun safari touristique. Le co-redacteur en chef de lâAbcdrduson est lĂ pour nous prĂ©senter un panorama global de la faune et de la flore du paysage rap français, pas pour le dissĂ©quer.
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Chaque chronique dâalbum va Ă lâessentiel, le lecteur peut ainsi prendre le temps de sâarrĂȘter sur des disques qui ne lâont pas forcĂ©ment marquĂ©, ou qui ne lui ont pas forcĂ©ment plu. A titre dâexemple, jâai mĂȘme lu le passage sur Youssoupha.
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DĂCOUVREZ LâARTICLEDANSSONINTĂGRALITĂ
La star du hip-hop français, de retour avec un septiĂšme album solo, est le champion toutes catĂ©gories dâun rap qui sâenvisage Ă©galement comme une lutte, avec ses « roulements de mĂ©caniques » et parfois ses mauvais coups.
« Le rap game, câest la compĂ©tition entre rappeurs, ça existe depuis toujours. Aux dĂ©buts du rap français, ça existait dĂ©jĂ entre IAM et NTM », rappelle Ă lâAFP Booba, qui reçoit dans les locaux de sa marque de vĂȘtements avec son Ă©ternelle casquette tombant sur les yeux. « Rap et sport, ça va ensemble, il y a cette mentalitĂ© de vouloir gagner, cette mentalitĂ© de quartiers, câest trĂšs tribal », dĂ©crit le rappeur de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), 38 ans et carrure dâathlĂšte (1,92 m), qui publie lundi D.U.C., son septiĂšme album solo.
Avec ses ventes consĂ©quentes (1,5 million dâalbums solo vendus depuis 2002, selon son entourage) et son sens aiguisĂ© des affaires, lâex-membre du groupe Lunatic est prĂ©sentĂ© comme le champion actuel de ce rap game. Lui-mĂȘme, comme le ferait un boxeur, revendique « zĂ©ro dĂ©faite » Ă son palmarĂšs.
Lâesprit de compĂ©tition, les « roulements de mĂ©caniques » et les chansons dopĂ©es Ă lâĂ©go, tout cela est « presque une tradition du rap » et du hip-hop en gĂ©nĂ©ral (danse et grafitis compris), souligne Mehdi Maizi, journaliste Ă lâABCDR du Son, un site spĂ©cialisĂ© sur le rap, et auteur dâune anthologie du rap français (parution le 17 avril aux Ă©ditions Le Mot et le Reste).
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