Prog 100
Le rock progressif, des précurseurs aux héritiers
Romantique, sophistiquĂ©e, complexe, cĂ©rĂ©brale, exigeante, rĂ©clamant le plus souvent de multiples Ă©coutes pour dĂ©livrer toute lâintensitĂ© de son pouvoir de sĂ©duction, cette musique reste viscĂ©ralement rebelle aux formatages commerciaux, mais aussi aux facilitĂ©s de lâurgence et de lâimmĂ©diatetĂ©, Ă©tendards supposĂ©s contestataires dont le mercantilisme a su prĂ©cisĂ©ment faire son mielâŠ
De Pink Floyd Ă Yes, en passant par Radiohead, Archive et The Mars Volta cet ouvrage est un guide Ă lâusage des lecteurs dĂ©sireux de dĂ©couvrir un univers musical Ă part entiĂšre. Pour chaque groupe majeur de ce mouvement, un album phare est analysĂ© et replacĂ© dans son contexte de crĂ©ation. Si le spectre temporel du rock progressif est trĂšs large, de 1968 Ă nos jours, il sâagit toujours pour des musiciens de sortir du format traditionnel des chansons pop et de repousser sans complexes les frontiĂšres du rock. Entre le style nostalgique des groupes rĂ©tro-prog et les traits progressifs dâartistes aventureux et actuels, les diffĂ©rentes incarnations du rock progressif au dĂ©but du XXIe siĂšcle se rĂ©vĂšlent Ă©galement trĂšs nombreuses, de Muse Ă Porcupine Tree en passant par le fameux OK Computer de Radiohead. Entre albums incontournables ou fondateurs et coups de cĆur, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge construit une anthologie des disques de rock progressif Ă ne pas manquer.
Revue de presse
- Ă lire Hubert Allusson Koid'9 Avril 2015
- Chronique Laurent Regnard Neoprog 17 mars 2015
- Interview Frédéric Delage Musicwaves 3 mars 2015
- Prog 100 JérÎme Pintoux Jukebox Mars 2015
- Prog 100 Noé Gaillard Daily Books 23 janvier 2015
- Prog 100 Ăric Darsan Le blog d'Ăric Darsan 1 fĂ©vrier 2015
- La bible du rock progressif Lisa Lagrange L'Est républicain 31 janvier 2015
- Reviews Isere Loyd-Davis Prog Magazine Janvier 2015
- L'essentiel du progressif Jérémy BernÚde Midi Libre 22 décembre 2014
- Numéro spécial 60 ans Frédéric Goaty Jazz Magazine Déc./Janv. 2014
- Nos dix livres rock de l'annĂ©e Ăric Bureau et Michel Valentin Le Parisien 22 dĂ©cembre 2014
- Prog 100 David Taugis Judaïques FM // Rockoscopie 7 décembre 2014
- Le rock progressif trĂŽne en bibliothĂšque Pierre-Yves Theurillat Le Journal du Jura 29 novembre 2014
- Livres Hugo Cassavetti Télérama
- Prog 100 Nicolas AlbumRock.net 12 novembre 2014
- Le tour du prog en 100 albums - Interview Ăric Buggea Corse Matin 7 novembre 2014
- Le rock progressif a son guide Delphine Léger La Nouvelle République 18 octobre 2014
- FrĂ©dĂ©ric Delage : 100 albums rĂ©fĂ©rentiels dâun univers musical en expansion⊠Philippe Vallin Clair & Obscur 31 octobre 2014
- Prog 100 Jean-Philippe Haas Chromatiques.net 10 novembre 2014
- La biographie du rock progressif Jean Rouzaud Novaplanet 26 octobre 2014
- Playlist Prog 100 Claire Shut Up And Play The Books
- Le rock progressif bouge encore ! S. C. J. Sud-Ouest Dimanche 26 octobre 2014
Lâauteur est un passionnĂ©, un esthĂšte et rien de lui Ă©chappe. Il connaĂźt son sujet sur le bout des ongles, sur le bout des lĂšvres et lâon reste bĂ©at devant tant de travail dâinvestigations⊠(je cite). Des prĂ©curseurs Procol Harum ou Moody Blues aux hĂ©ritiers Radiohead ou The Mars Volta, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge rend justice Ă lâĂ©nergie et Ă lâimagination sans bornes dâun genre capable de se renouveler par des dĂ©tours souvent inattendus (âŠ) Lâaventure du rock progressif est une histoire qui continue de sâĂ©crire au prĂ©sent.â
Câest un ouvrage passionnant nourris de dĂ©tails croustillants. Une bible⊠Parmi Magma, Steven Wilson, King Crimson et tant dâautres, on y dĂ©couvre Ange. Câest Ă la page 118 et rien que pour ça⊠Vous voyez câque je veux dire !
Le passionnĂ© de musiques progressives doit dĂ©jĂ ĂȘtre en possession de cette nouvelle bible publiĂ©e fin 2014⊠Si ce nâest pas le cas, considĂ©rez cette chronique comme une piqĂ»re de rappel. En 250 pages et 100 chroniquess de disques, notre ami pĂ©rigourdin, journaliste professionnel Ă Centre Presse et Ă La Nouvelle RĂ©publique du Centre-Ouest nous distille une prose Ă©rudite et aisĂ©e Ă lire.
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Les ouvrages traitant du rock progressif Ă©tant (trop ?) peu nombreux, câest toujours avec grand plaisir et dĂ©lectation que lâon apprend la sortie dâun nouveau livre consacrĂ© Ă ce sujet. Avec Prog 100 â Le rock progressif des prĂ©curseurs aux hĂ©ritiers, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge sâest pliĂ© Ă ce nouvel exercice familier, Ă©tant donnĂ© la passion qui lâanime.
FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, â sâil Ă©tait encore besoin de le prĂ©senter dans le microcosme du rock progressif â journaliste Ă Centre Presse et La Nouvelle RĂ©publique du Centre-Ouest, nâen est pas Ă son premier coup dâessai. Il est notamment lâauteur de Genesis : la BoĂźte Ă musique et de Chroniques du rock progressif 1967-1979. En dehors de lâĂ©dition de ces ouvrages, FrĂ©dĂ©ric a aussi collaborĂ© dans le passĂ© aux feus magazines Rockstyle, Compact et Crossroads.
Dans ce livre, paru en octobre dernier, FrĂ©dĂ©ric a sĂ©lectionnĂ© pour nous 100 albums âhors de toute vaine ambition dâexhaustivitĂ©â, et selon la rĂšgle un groupe/un album. Cent Ćuvres quâil considĂšre comme reprĂ©sentatives de la pĂ©riode du rock progressif allant de 1968 Ă 2014 : une sĂ©lection dâalbums indispensables, de coups de cĆur, dâĆuvres cultes et de joyaux oubliĂ©s.
Une trĂšs bonne âouvertureâ dâune trentaine de pages permet Ă lâauteur dâidentifier les diffĂ©rentes pĂ©riodes du rock progressif et de dresser, pour chaque âĂšreâ de ce style musical, le portrait des diffĂ©rents protagonistes ainsi que le contexte culturel, social et Ă©conomique sous-jacent.
Au cours de cette chronologie, nous avons droit Ă une explication sur les prĂ©curseurs proto-prog des sixties (les Beatles, Procol Harum, King Crimson), les origines britanniques de ce rock, son but, ainsi que les acteurs clĂ©s du dĂ©but du classic prog des annĂ©es 70 (Van der Graaf Generator, Genesis, Yes, Pink Floyd, ELPâŠ). La situation dans les autres pays europĂ©ens de cette Ă©poque est aussi dĂ©peinte. On passe ensuite Ă la nĂ©gociation difficile des annĂ©es 80 et la gĂ©nĂ©ration post-prog (Marillion, IQ, PendragonâŠ), annĂ©es de formatage musical oĂč le punk phagocyte une bonne partie du paysage musical, au renouveau des annĂ©es 90 Ă dominante plus mĂ©tal pour certains groupes tels que Dream Theater, pour finir sur une touche positive sur le devenir progressif de ce nouveau millĂ©naire, dĂ©jĂ riche de plus de 45 ans dâhĂ©ritage progressif. Nous avons lĂ en tout cas en quelques pages une excellente rĂ©trospective de ce courant musical. Quelques phrases, trĂšs importantes, sont placĂ©es au bon moment et donnent quelques clĂ©s de comprĂ©hension vitales. On y comprend par exemple pourquoi on peut lire quelquefois âprogressisteâ Ă la place de âprogressifâ, pourquoi lâItalie est bien reprĂ©sentĂ©e dans ce microcosme, quel est le message vĂ©hiculĂ© par cette musique, pourquoi la nouvelle gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 80 a pris un virage plus mĂ©tal. Sont Ă©voquĂ©es aussi les idĂ©es que lâon peut considĂ©rer le rock progressif comme âune extension moderne dâun langage musical (..) fondĂ© par des compositeurs britanniques du dĂ©but du XXe siĂšcle, comme Ralph Vaughan Williams ou Gustav Holstâ, ou âcomme une rĂ©ponse typiquement europĂ©enne, imprĂ©gnĂ©e de musique folk, classique, baroque ou mĂ©diĂ©vale, Ă un rock majoritairement issu du blues et de la musique noire amĂ©ricaineâ. A moins que ce ne soit juste âune crĂ©ation de musiciens trĂšs talentueux, qui se sont vite ennuyĂ©s Ă ne jouer que trois accords, et ont ressenti le besoin dâinventer des choses plus complexes et plus exigeantesâ. Peut-ĂȘtre est-ce finalement un peu de tout celaâŠ
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Nous allons commencer avec la question traditionnelle de Musicwaves, quelle est la question quâon tâa trop souvent posĂ©e ?
Aucune, je ne suis pas suffisamment sollicitĂ© pour des interviews pour faire face Ă ce genre de problĂšme. Mon mĂ©tier de journaliste fait quâen gĂ©nĂ©ral, câest moi qui pose les questions !
Comment es-tu venu au rock progressif et quel est ton premier choc prog ? Comment devient-on horloger du progressif ?
Je ne sais pas si je suis un horloger du progressif, je te laisse la responsabilitĂ© du terme mĂȘme sâil est plutĂŽt flatteur, du moins jâespĂšre ! Je suis venu au progressif⊠progressivement. En dĂ©couvrant The Beatles Ă lâĂąge de 12 ans, puis Mike Oldfield et Supertramp Ă 13-14 ans, puis Genesis Ă 15-16 ans qui fut, si lâon peut dire, mon premier « choc prog » ! Assez vite, je me suis mis Ă Ă©couter aussi Yes, Van der Graaf Generator, King Crimson⊠Mes goĂ»ts mâattiraient davantage vers ce rock sophistiquĂ© anglais des annĂ©es 70 que vers celui de mon Ă©poque, les annĂ©es 80, que je trouvais gĂ©nĂ©ralement plus froid, plus formatĂ©. Je crois que câest en compulsant la rubrique « pop rock » dâun Quid des annĂ©es 80 que jâai dĂ©couvert que jâĂ©coutais pour lâessentiel du rock progressif, comme M. Jourdain faisant de la prose sans le savoir ! Au fil des annĂ©es, jâai poussĂ© mes recherches plus loin, puis jâai collaborĂ© Ă plusieurs magazines, notamment Rockstyle qui mâa permis dâinterviewer de nombreuses figures du genre dans les annĂ©es 90. Et puis au dĂ©but des annĂ©es 2000, comme il nâexistait pas de vĂ©ritable livre en français sur le prog, jâai dĂ©cidĂ© dâen Ă©crire un moi-mĂȘme, ce qui a donnĂ© Chroniques du rock progressif 1967-1979, paru dĂ©but 2002.
Est-ce que tu considĂšres Prog 100 moins comme une simple réédition (certaines chroniques dâalbums chroniquĂ©s â sauf erreur â se trouvent dĂ©jĂ dans ton premier livre, mais tu nâas pas fait de copier-coller) que comme la poursuite de Chroniques du rock progressif qui sâarrĂȘtait en 1979 ?
Câest Ă©videmment la poursuite du premier livre. Par rapport au prĂ©cĂ©dent, sur les 100 albums chroniquĂ©s, il doit y avoir 27 disques en commun, dont jâai remaniĂ© les textes, plus ou moins en profondeur selon les cas. En 2001, je nâavais pas forcĂ©ment envie de mâaventurer au-delĂ de la pĂ©riode classique des seventies. Mais aujourdâhui, le contexte a changĂ©, les influences progressives ont de nouveau un impact sur des groupes mainstream, et la dĂ©finition du prog sâest aussi Ă©largie, il suffit de voir les groupes au sommaire chaque mois du magazine anglais Prog. Le terme progressif nâest plus rĂ©servĂ© aux seuls hĂ©ritiers directs de Genesis et de Yes, et câest tant mieux ! Prog 100, comme son sous-titre lâindique, fait aussi le lien entre les prĂ©curseurs des sixties, les grands classiques des seventies et les hĂ©ritiers modernes du progressif, en suivant une acception du terme relativement large.
Un seul album par groupe Ă©tait-ce un choix Ă©ditorial ? Est-ce que cela ne dĂ©sĂ©quilibre pas la donne au regard de lâhistoire du rock progressif ? (cela peut donner lâimpression que T2 est aussi important que Rare Bird, Caravan ou Yes)
Un seul album par groupe, câest au dĂ©part le choix Ă©ditorial de lâĂ©diteur Le Mot et le Reste, pour respecter le principe de ses autres parcours discographiques, Reggae 100, Africa 100, Electro 100 etc, et ouvrir au maximum le nombre de groupes Ă©voquĂ©s tout en restant sur le principe dâune centaine de disques chroniquĂ©s. Je comprends tes rĂ©serves par rapport à ça, mais je me suis efforcĂ© de contourner le problĂšme en brossant les grandes Ă©tapes de lâhistoire du rock progressif dans une introduction dâune trentaine de pages. On y perçoit donc clairement quels sont les groupes majeurs. Ensuite, chaque chronique Ă©tant conclue par une discographie sĂ©lective, plus ou moins fournie selon les cas, la lecture du livre fournit une idĂ©e prĂ©cise de lâimportance respective de chaque groupe. Mais il ne faut pas considĂ©rer ma liste de 100 disques comme celle des 100 meilleurs albums de prog de tous les temps. Chroniques du rock progressif sâen rapprochait un peu, du moins pour ce qui concerne les seventies. LĂ , câest dâabord une sĂ©lection, la plus ouverte possible, pour donner envie au lecteur de (re)dĂ©couvrir toutes les facettes du prog, de ses dĂ©buts jusquâĂ aujourdâhui.
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Lâauteur propose un florilĂšge des cent meilleurs albums du rock progressif. Ses choix sont judicieux, ses chroniques trĂšs pertinentes. Voici Meddle, son Pink Floyd prĂ©fĂ©rĂ© : âOne of These Daysâ, instrumental construit sur une base simple et hypnotique, avec un vent synthĂ©tique qui sâengouffre dans les sillons puis une basse Ă©norme, des accords d(orgue intrusifs, lâintervention vocale trafiquĂ©e de Nic Mason (Un de ces jours, je te couperai en petits morceaux) et lâaccĂ©lĂ©ration prĂ©cĂ©dant le dĂ©collage.
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Un ouvrage indispensable.
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Avec un sous-titre programme : Le rock progressif des précurseurs aux héritiers. Le principe de ce livre est intéressant en soi : confier à un spécialiste le soin de répertorier une centaine de produits de qualité en rapport avec sa spécialité. Autrement dit, faire connaßtre aux lecteurs ce qui se fait de mieux dans un genre musical donné.
Vous avez sans doute entendu parler de rock progressif et vous en avez entendu et Ă©coutĂ© sans le savoir. Alors pour ceux qui ne savent pas de quoi il retourne : « Il sâagit alors pour ces jeunes musiciens (âŠ) de faire Ă©clater le carcan couplet-refrain du format traditionnel des chansons pop. De repousser sans complexe les frontiĂšres du rock pour lâĂ©manciper de ses racines blues. De mĂȘler son Ă©nergie Ă©lectrique Ă des influences hĂ©ritĂ©es ouvertement de la musique classique, du folk ou du jazz. Mais pas question pour ces groupes-lĂ de verser dans le passĂ©isme ou lâacadĂ©misme. » Cela me semble on ne peut plus clair⊠LâidĂ©e est donc de chambouler Ă la fois la forme des textes et lâinfluence musicale⊠Et lâauteur de dater lâorigine du rock progressif du 1er juin 1967, date de sortie de lâalbum des Beatles Sgt Pepperâs Lonely Hearts Club Band pour au moins un titre « A Day in the Life ». Effectivement, si vous Ă©coutez cette chanson aujourdâhui, vous reconnaĂźtrez facilement les signes de la dĂ©finition ci-dessus. Pour ce qui est du choix qui suit lâhistorique et la prĂ©sentation, je suppose que peu dâamateurs et de connaisseurs trouveront Ă redire. En ce qui me concerne, cela mâa permis de constater que, bien souvent, nous jouons les Monsieur Jourdain â qui fait de la prose sans le savoir â sans nous en rendre compte. Peut-ĂȘtre tout simplement parce que nous Ă©coutons de la musique sans participer des fans qui ne sâadonnent quâĂ un ou deux groupes. Je crois que les albums sĂ©lectionnĂ©s devraient toucher un grand nombre dâauditeurs. Et lâon notera que la deuxiĂšme sĂ©lection non commentĂ©e propose des albums datĂ©s 2014âŠ
Question : combien parmi ceux qui liront cette chronique disposent dans leur CDthĂšque ou leur collection de vinyles dâalbums de rock progressif sans penser que cela en est ???
Bonnes Ă©coutesâŠ
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Câest avec un trĂšs grand plaisir que jâentame aujourdâhui cette longue sĂ©rie de chroniques destinĂ©e Ă dĂ©couvrir ensemble quelques trĂšs beaux volumes de cette merveilleuse maison nommĂ©e Ă juste titre Le mot et le reste dont les ouvrages sur la musique, qui constituent une bonne partie du catalogue, font chaque fois sensation, unanimitĂ© et Ă©vĂ©nement.
Cette sĂ©rie, comme je vous lâavais indiquĂ© la derniĂšre fois, comprendra notamment, aprĂšs The LP Collection que vous avez pu dĂ©couvrir en dĂ©cembre (ICI), quelques titres aussi indispensables quâintemporels parmi lesquels lâimposant Rock progressif dâAymeric Leroy, les impressionnantes Musiques savantes I et II de Guillaume Kosmicki et, pour commencer, lâinĂ©puisable Prog 100 de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge.
Câest en 1996 que jâai dĂ©couvert le rock progressif avec lâachat dans une Fnac dâun curieux CD pour ainsi dire promotionnel intitulĂ© Le Meilleur du rock progressif instrumental, 70 minutes de rock progressif pour 35 balles et publiĂ© par MusĂ©a. AprĂšs mâĂȘtre empressĂ© de commander le catalogue et avoir dĂ©couvert quelques raretĂ©s parmi lesquelles La MosaĂŻque de la rĂȘverie du groupe japonais Pageant, ce nâest que prĂšs de dix ans plus tard que jâai redĂ©couvert ce courant Ă sa source par lâintermĂ©diaire dâun fan de Yes et des premiers Genesis, intĂ©grĂ© ses codes, et poursuivi de façon dĂ©cousue mes investigations jusquâĂ ce que ma femme, que je ne remercierai jamais assez, mâoffre ce fameux Prog 100 Ă NoĂ«l, assorti du tome I des Musiques savantes de Guillaume Kosmicki, qui nâest pas sans lien comme nous le verrons⊠progressivement.
« NĂ© en Angleterre Ă la fin des annĂ©es soixante, expression musicale du foisonnant idĂ©alisme de la contre-culture, le rock progressif ne se prĂȘte pas facilement Ă une dĂ©finition exhaustive ». Dans une prĂ©face dâune trentaine de pages, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge se prĂȘte nĂ©anmoins Ă lâexercice. Le « prog » câest ainsi et dâabord une double « dĂ©marche progressiste » qui vise Ă rĂ©former le rock, à « lâĂ©manciper de ses racines blues » et dans le mĂȘme temps à « mĂȘler son Ă©nergie Ă des influences hĂ©ritĂ©es ouvertement de la musique classique, du folk ou du jazz ». ConsĂ©quence directe de cette ambition, le prog câest dâabord une structure, un format, des rĂ©fĂ©rences, puis un son caractĂ©ristiques marquĂ©s par une virtuositĂ© et un foisonnement aisĂ©ment reconnaissables. Câest dire combien, en prog plus quâailleurs, tout commence et tout fini par lâĂ©coute, ce qui fait du Prog 100, anthologie et discographie de rĂ©fĂ©rence, une entrĂ©e en matiĂšre idĂ©ale.
Sobre et direct, concis mais dense, passionnĂ© et passionnant, Prog 100 est un ouvrage trĂšs rĂ©fĂ©rencĂ©, aux tonalitĂ©s aussi diverses que riches, Ă lâimage de la musique quâil entend Ă©voquer par sa composition et ses influences, convoquer dans ses jugements, invoquer dans ses Ă©lans. Un ouvrage cohĂ©rent, qui ne sâĂ©carte jamais de sa ligne directrice tout en lâĂ©largissant suffisamment pour y intĂ©grer ses « prĂ©curseurs » les plus Ă©vidents comme ses « hĂ©ritiers » les plus Ă©loignĂ©s. Un ouvrage qui semble resserrĂ© dans son format, dans son thĂšme comme dans son titre mais qui sâavĂšre dĂšs les premiĂšres chroniques plus grand Ă lâintĂ©rieur quâĂ lâextĂ©rieur et nous fait voyager dans le temps Ă lâinstar du trĂšs britannique Doctor Who en nous prĂ©sentant de façon chronologique, de 1968 Ă 2014, 100 albums et autant de groupes, tous pays confondus. En bonus, Ă la fin de chaque chronique, lâon peut dĂ©couvrir dâ« Autres albums essentiels », dâautres groupes « Ă Ă©couter aussi », « Et pour 100 albums et artistes de plus⊠» aller directement Ă la fin de lâouvrage, juste avant la table des matiĂšres qui nous redonne Ă nouveau lâenvie de parcourir lâouvrage et de redĂ©couvrir, avec les connaissances et lâoreille acquises, ses chroniques et sa musique.
Avec le recul lâon dĂ©couvre ainsi que si, pour façonner son ouvrage, le journaliste et chroniqueur FrĂ©dĂ©ric DelĂąge a choisi comme pierre angulaire de cette architecture successivement ou conjointement minimaliste et monumentale, dâune part « lâalbum comme le format privilĂ©giĂ© dâexplorations parfois virtuoses » et dâautre part la filiation, câest quâĂ travers chacune de ces Ćuvres considĂ©rĂ©es comme autant de manifestes ou de jalons, chaque pĂ©riode est fortement marquĂ©e par son rapport Ă la prĂ©cĂ©dente. Le prĂ©-prog dâabord marquĂ© par le rock, Ă©videmment, le psychĂ© et le folk, mais aussi influencĂ© par le blues, le jazz et le classique, ces deux derniers permettant, Ă lâĂ©coute, de classer trĂšs rapidement le mouvement en deux franges distinctes. Un prĂ©-prog qui, sâil demeure encore trĂšs ancrĂ© dans son Ă©poque, nâen est pas moins aussi expĂ©rimental quâinĂ©gal, portant Ă la fois les germes de sa croissance et de son dĂ©clin. LâĂąge dâor, marquĂ© par les leçons de ces expĂ©rimentations, qui renforce son identitĂ© et sa cohĂ©rence. Le post-prog et nĂ©o-prog enfin qui, Ă lâinstar du prĂ©-prog, entre atavisme et avant-gardisme, rĂ©serve soit par un retour aux sources soit par des expĂ©rimentations plus osĂ©es encore, quelques excellentes surprises.
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Il y a des incontournables. Pink Floyd. Yes. Genesis sous lâĂšre de Peter Gabriel. Les descendants : Radiohead, Archive. Et les dĂ©couvertes. Le journaliste FrĂ©dĂ©ric DelĂąge a rĂ©pertoriĂ©, dans son ouvrage Prog 100, les cent lus grands groupes de ce style musical quâil aime tant. Tant par son cratĂšre, nĂ© de la contre-culture que de son âĂ©tat dâesprit dĂ©fricheur, loin de tout style Ă©tabli et balisĂ©â, que de sa structure, Ă©loignĂ©e du tandem refrain-couplet. DĂ©jĂ en 2002, le passionnĂ© avait balayĂ© le terrain, publiant le premier recueil français sur le rock progressif, ainsi quâune biographie de Genesis. âLa maison dâĂ©dition Le mot et le reste voulait rééditer lâouvrage sur Genesis. Mais je pensais plus Ă un nouveau projet. Mettre en avant le rock progressif, mais non plus uniquement en se limitant de ses origines aux annĂ©es 1970 mais jusquâĂ aujourdâhui, souligne le journalise de la Nouvelle RĂ©publique de Poitiers.
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Un style sans frontiÚre, à part entiÚre. Et un livre tout aussi ouvert et rempli de belles découvertes documentées.
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Le magazine anglais de référence Prog consacre une trÚs bonne chronique au livre de Frédéric Delùge. Ci-dessous la traduction.
Il est temps de dépoussiérer votre niveau scolaire en français pour savourer cette remarquable anthologie du prog.
Le journaliste français et blogueur musical FrĂ©dĂ©ric DelĂąge a dĂ©jĂ Ă©crit deux ouvrages sur le prog. Son prĂ©cĂ©dent livre, Chroniques du rock progressif, 1967-1979 a Ă©tĂ© publiĂ© en 2002 et se concentrait sur cette dĂ©cennie fondatrice pour la musique, tandis que cette suite, qui commence Ă©galement au tout dĂ©but de lâĂ©mergence du prog en Grande-Bretagne Ă la fin des annĂ©es 60, nous mĂšne jusquâau Pale Communion sorti par Opeth en 2014. Si votre niveau en français le permet, ce livre bien Ă©crit est un ouvrage indispensable pour quiconque veut dĂ©couvrir le genre, et un guide essentiel Ă travers 100 disques que tout digne amateur de prog se doit de possĂ©der. Le livre dĂ©bute par une introduction approfondie sur le style, qui donne le ton. Le spĂ©cialiste prog DelĂąge y dĂ©crit lâĂ©volution du genre, exemples Ă lâappui. Il explique comment rock, classique, folk et jazz ont mĂȘlĂ© leurs influences pour aboutir Ă lâavĂšnement de la musique progressive et il poursuit en dĂ©signant Sgt Pepperâs Lonely Hearts Club Band comme son prĂ©curseur officiel. Des albums classiques que vous nâĂȘtes pas sans connaĂźtre, comme In The Court Of The Crimson King, Trespass ou Tubular Bells, servent Ă illustrer cette leçon dâhistoire de la musique. DelĂąge aborde Ă©galement lâinfluence de la politique internationale, la crĂ©ation du post-prog et, pour finir, le « 21st century shizoid prog » comme autant dâĂ©tapes clĂ©s de lâĂ©volution musicale. Cette analyse en profondeur est suivie de la prĂ©sentation de 100 albums prog recommandĂ©s par lâauteur. De Pink Floyd Ă Yes, de Radiohead Ă Archive et The Mars Volta, cette anthologie construit une essentielle compilation musicale, des pionniers du prog Ă leurs successeurs modernes. Sâil vous fallait la preuve que les artistes prog ont repoussĂ© sans relĂąche les frontiĂšres du rock, elle est lĂ . Prog 100 est une lecture indispensable pour tout passionnĂ© francophone de prog, et sâil ne se trouve pas un Ă©diteur avisĂ© pour voir lâintĂ©rĂȘt dâen publier une traduction anglaise, alors nous voulons bien « manger notre chapeau ».
LIENVERS LA CHRONIQUEANGLAISE DE PROG
Un guide de passionné et éclairé sur 45 ans de progressive.
Ambition, complexitĂ©, virtuositĂ©. Câest avec ces trois matĂ©riaux que le rock progressif a bĂąti ses cathĂ©drales de notes plus hautes que les constructions de la pop et du rock, Ă ses yeux trop formatĂ©es pour les unes, trop arrachĂ©es pour les autres. Câest en retour sur ces mĂȘmes bases que se sont appuyĂ©s ses contempteurs depuis la fin des sixties⊠FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, expert Ăšs prog-rock (et plume Ă©lĂ©gante ; ce qui ne gĂąte rien) commence son remarquable ouvrage par un tour dâhorizon historique dâune quarantaine de pages, depuis les prĂ©mices dans le psychĂ©dĂ©lique jusquâaux derniers dĂ©veloppements post-prog. Il propose ensuite une sĂ©lection de 100 albums, Ă raison dâun disque par groupe. Ărudite, minutieuse, et dâune trĂšs rare pertinence, celle-ci nâoublie aucun pĂšre fondateur (King Crimson, Pink Floyd, GenesisâŠ), ni enfant surdouĂ© (Marillion, Porcupine Tree, Mars Volta, Dream TheaterâŠ), ni cousin (Tool, Radiohead, Sigur RosâŠ) Câest toujours passionnant et contagieux⊠progressivement!
Le âprogâ, our rock âprogressifâ (traduction hasardeuse de progressive rock), est un genre aussi dĂ©criĂ© que le jazz-rock. Pourtant, nombreux sont les amateurs de jazz qui ont grandi sinon vieilli, en Ă©coutant Genesis, Yes, Emerson, Lake & Palmer, Caravan, Gong, Pink Floyd, King Crimson, U.K. ou Rush. FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, Ă travers une sĂ©lection sans ĆillĂšres de cent disques parus entre 1968 et 2014, en explore dans Prog 100 toutes les facettes, des plus oubliĂ©es aux plus Ă©videntes. Entre aide-mĂ©moire et ouvrage initiatique, un livre sĂ©rieux et sans faille Ă©crit par un vrai passionnĂ©.
Heavy Christmas, fidĂšles lecteurs. Ou pas. Un petit coup de main dans la derniĂšre ligne droite pour faire un cadeau âon the rocksâ Ă un ami, une amie, Ă un frĂšre, une soeur, un cousin, une grand-mĂšre un peu larguĂ©e, un petite fille Ă Ă©duquer, un collĂšgue, une collĂšgue Ă ramener dans le droit chemin, un garçon et/ou une fille rencontrĂ©s au dernier HellFest⊠Dix idĂ©es Ă tous les prix.
Ă premiĂšre vue, rien de neuf. Un Ă©niĂšme dictionnaire compilant les albums quâil faut avoir quand on aime le domaine musical. Avec ses choix, et donc ses dĂ©fauts inhĂ©rents : un seul album par groupe citĂ©, les fans et les moins fans y trouveront Ă redire, au moins ça animera les soirĂ©es de rĂ©veillon. Pourtant, ce bouquin sâavĂšre indispensable si lâon aime le prog. Dâabord, lâauteur sây connaĂźt (il a collaborĂ© Ă plusieurs revues, et tient un blog), et ça se sent. Il ne nĂ©glige aucune des facettes du courant musical, parlant aussi bien des influences folk que du prog qui se mĂ©tisse au metal, et rĂ©sume habilement le tout dans un historique bien documentĂ©. Ensuite, il ne considĂšre pas que tout a Ă©tĂ© dit : si les albums produits dans les 70s constituent le gros de la sĂ©lection, on trouve aussi beaucoup de choses rĂ©centes. Enfin, DelĂąge Ă©crit extrĂȘmement bien, et chaque ligne laisse apparaĂźtre sa passion pour cette musique qui va bien au-delĂ de Genesis et Marillion. Bref, lĂ aussi, un must !
FrĂ©dĂ©ric DelĂąge est lâinvitĂ© de lâĂ©mission Rockoscopie pour parler de son ouvrage Prog 100.
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Vous ĂȘtes sans doute parmi ceux qui apprĂ©cient que les colonnes du JdJ restent ouvertes Ă lâactualitĂ© du rock progressif, car il y en a une, ne serait-ce que celle-ci, qui mĂ©rite le dĂ©tour en cette pĂ©riode prĂ©cĂ©dant NoĂ«l : un ouvrage de 256 pages intitulĂ© Prog 100, le rock progressif des prĂ©curseurs aux hĂ©ritiers, signĂ© FrĂ©dĂ©ric DelĂąge. Journaliste français Ă Centre Presse et La Nouvelle RĂ©publique, ce grand connaisseur de la mouvance progressive au fil du temps a regroupĂ© les chroniques de 100 albums reprĂ©sentatifs (ou partiellement) de 100 diffĂ©rents groupes et artistes. Un texte dâouverture initie, dĂ©veloppe en contextualisant, dĂ©taille le sujet en un trentaine de pages. Et de citer, en derniĂšre partie, 100 autres albums de 100 autres artistes potentiellement tout aussi intĂ©ressant que le premier choix. Un trĂšs bon bouquin de vulgarisation Ă propos dâun courant musical nĂ© selon toute vraisemblance avec la parution dâIn The Court of The Crimson King, de King Crimson, en 1969 : âIl manquait peut-ĂȘtre un ouvrage plus ludique, un guide discographique qui fasse le lien entre le progressif des seventies et ses hĂ©ritiers modernes, quâils sâinspirent directement des inventeurs ou sâinscrivent dans une dĂ©marche plus moderne mais finalement trĂšs progressisteâ, explique lâauteur dans une interview accordĂ©e Ă Corse Matin.
FrĂ©dĂ©ric DelĂąge manie lâanecdote et les grandes topographies, le dĂ©tail et lâessentiel avec une virtuositĂ© toute progressive dâailleurs. Fan du genre tout autant que rĂ©dacteur factuel et rigoureux, il en donne un vaste aperçu historique, une dĂ©coupe qui mĂšne des prĂ©curseurs que sont les Beatles (Sergent PepperâŠ), les Beach Boys, Moody Blues ou Procol Harum, aux heures de gloire du classic progâ (King Crimson, Pink Floyd, Yes, Genesis, Van der Graaf GeneratorâŠ), de la chute du genre dĂšs 19765 Ă la nouvelle vague des annĂ©es 80, jusquâĂ ce quâil appelle le post prog, de nos jours.
SoulignĂ© Ă©galement le caractĂšre contre-culturel de la progressive Ă son dĂ©part, tout la fois populaire et Ă succĂšs sans ĂȘtre ĂȘtre âcommercialeâ. Un des paradoxes du rock progressif, Ă tĂ©moin de cette rĂ©flexion sur Tubular Bells de Mike Oldfield, premier album de Virgin : âIl reste aujourdâhui un des albums clĂ©s pour comprendre quâau cĆur des seventies, la musique progressive avait parfois la capacitĂ© de transformer sa crĂ©ativitĂ© tout underground en succĂšs mainstreamâ, lit-on dans lâouverture. Des musiciens qui cherchaient tous dâune certaine maniĂšre Ă âfaire Ă©clater le carcan couplet-regrain traditionnel des chansons pop [âŠ], Ă Ă©manciper le rock des racines blues [âŠ], Ă faire jaillir un rock nouveau [âŠ], autorisĂ©s Ă toutes les audacesâ.
Le mĂ©tal et le rock progressif : des genres tentaculaires pour les non-initiĂ©s. Deux anthologies les dĂ©mĂȘlent.
[âŠ]
Plus pointu et plus subjectif, et du coup moins attendu, Prog 100 de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge sâintĂ©resse de prĂšs Ă une famille plus effrayante encore pour les non-initiĂ©s : celle du rock progressif. Si les tenants du mĂ©tal, dans leur diversitĂ©, se rejoignent dans une quĂȘte de puissance tellurique oĂč la guitare Ă©lectrique demeure lâinstrument roi, le progressif nâa pour socle commun quâune ambition, une complexitĂ© et une excellence technique au service dâun affranchissement des formats Ă©tablis du rock et de la pop. Le recensement de DelĂąge surprend, tant par son Ă©rudition (on y dĂ©couvre les obscurs Anglais de Web, T2 ou Cressida, les Italiens dâIl Baletto Di Bronzo ou Le Orme) que par son ouverture dâesprit, prĂ©fĂ©rant les chercheurs pop comme 10cc, Cardiacs ou Grandaddy Ă une interminable succession de prodiges pompeux et emphatiques aux claviers aussi virtuoses que mal tempĂ©rĂ©s.
Encore un ouvrage en langue française traitant du rock progressif. VoilĂ une nouvelle plutĂŽt rĂ©jouissante, mĂȘme si, avec Anthologie du Rock Progressif de JĂ©rĂŽme Alberola puis Rock Progressif dâAymeric Leroy, les derniĂšres annĂ©es ont vu sortir deux ouvrages de qualitĂ© en la matiĂšre. NĂ©anmoins, ces deux livres souffraient de certaines carences : quelques oublis assez incomprĂ©hensibles du cĂŽtĂ© dâAlberola, et un traitement plus que superficiel de Pink Floyd et de la pĂ©riode post-70âs dans le bouquin dâAyemric Leroy. Câest donc Ă FrĂ©dĂ©ric DelĂąge de se coller Ă lâexercice, et autant dire quâil a quelques arguments Ă faire valoir.
CaractĂ©ristique principale de ce livre : celui de brosser, en cent albums, lâintĂ©gralitĂ© du paysage progressif, des balbutiements du proto-prog Ă lâannĂ©e 2014 incluse. AprĂšs une courte introduction retraçant lâhistorique du mouvement, les prĂ©curseurs, les albums canons, lâĂąge dâor, le dĂ©clin de la fin des 70âs, les annĂ©es 80, 90, 2000 et 2010, lâauteur a choisi cent disques, en rĂ©duisant son choix Ă un album par groupe, quâil traite chacun sur un pied dâĂ©galitĂ© en une double page. Chacun de ces articles vaut autant de critiques contextualisĂ©es permettant de retracer la carriĂšre du groupe en question, de dĂ©crire les qualitĂ©s de lâalbum retenu et dâen brosser lâĂ©pilogue et/ou lâhĂ©ritage ultĂ©rieur. Sans prĂ©tendre Ă lâexhaustivitĂ©, force est de reconnaĂźtre que cette sĂ©lection de cent disques, et donc de cent groupes, sâavĂšre des plus judicieuses. Sans rien omettre des acteurs majeurs du courant, tant du cĂŽtĂ© des formations classiques (Ăcole de Canterburry, par exemple, ou encore le triumvirat français Ange-Gong-Magma) que modernes (lâĂ©curie Kscope en gĂ©nĂ©ral), FrĂ©dĂ©ric DelĂąge parvient, en cherchant attentivement, Ă sortir de lâombre quelques groupes et disques mĂ©connus qui mĂ©ritent certainement une oreille attentive, comme les italiens (Il Balletto Di Bronzo, Le Orme) ou les nĂ©erlandais (Focus). Lâauteur sâintĂ©resse aussi aux musiques fortement apparentĂ©es au progressif, que ce soit aux dĂ©buts dâun courant balbutiant (The Moody Blues, Frank Zappa), Ă la pop Ă accointances cĂ©rĂ©brales (Aphroditeâs Child, Supertramp) ou, plus rĂ©cemment, aux acteurs rock atypiques marquants (Radiohead, Muse) et au post-rock avec tous ses dĂ©rivĂ©s (Sigur Ros).
Outre la sĂ©lection des groupes, le choix des albums sâavĂšre particuliĂšrement Ă©clairant sur la culture de lâauteur. En mettant en lumiĂšre Meddle plutĂŽt que The Dark Side of the Moon (Pink Floyd), Red plutĂŽt que In The Court of The Crimson King (King Crimson), Amarok plutĂŽt que Tubular Bells (Mike Oldfield), Moving Pictures plutĂŽt que 2112 (Rush) ou encore Marbles plutĂŽt que Misplaced Childhood (Marillion), FrĂ©dĂ©ric DelĂąge insiste sur les disques, non pas les plus rĂ©ussis (quoique), les plus connus ou les plus vendus, mais les plus reprĂ©sentatifs du style, de la culture et de la personnalitĂ© de la formation traitĂ©e. Plus que des incontournables, ces disques et la grande majoritĂ© des autres albums abordĂ©s reprĂ©sentent des portes dâentrĂ©e idĂ©ales pour pouvoir se faire une idĂ©e prĂ©cise sur les multiples facettes que peut prendre le rock progressif. Et si lâĂ©coute sâavĂšre fructueuse, sachez que lâauteur vous donne des pistes pour aller plus loin : autres albums majeurs du groupe en question, albums apparentĂ©s (side projects, projets solo, supergroupes) et albums amis tels que nous vous en proposons sur Albumrock (âSi vous aimez, vous aimerezâŠâ). A cela sâajoute encore, en fin dâouvrage, une liste de 100 autres albums de 100 autres groupes pour achever de faire le tour de la question. JugĂ©s moins significatifs, ils nâen restent pas moins souvent intĂ©ressants. Ă titre personnel, jâaurais certainement traitĂ© en dĂ©tail un album de Riverside plutĂŽt quâun disque de North Atlantic Oscillation dans la catĂ©gorie des hĂ©ritiers modernes, mais ça reste un point de dĂ©tail totalement anecdotique en regard du bien-fondĂ© des choix ici affichĂ©s.
Cerise sur le gĂąteau, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge nâoublie absolument pas les immanquables progressistes contemporains, parfois trĂšs rĂ©cents. Jâai donc Ă©tĂ© particuliĂšrement ravi de voir abordĂ©s des disques aussi essentiels (pour moi) que The Dark Third de Pure Reason Revolution, Frames dâOceansize, Schoolyard Ghosts de No-Man (avec par ailleurs une trĂšs grande part accordĂ©e, fort Ă propos, Ă Steven Wilson et Ă lâensemble de son Ćuvre au-delĂ des incontournables Fear of a Blank Planet et The Raven that Refused to Sing), The Octopus dâAmplifier, Weather Systems dâAnathema et, dĂ©jĂ pour 2014, Demon de Gazpacho et Pale Communion dâOpeth. Nul doute que lâexcellent Walking On A Flashlight Beam de Lunatic Soul aurait trouvĂ© sa place dans la liste si cet ouvrage avait Ă©tĂ© Ă©ditĂ© quelques mois plus tard. Preuve supplĂ©mentaire de la pertinence acĂ©rĂ©e de lâauteur, de son Ă©clectisme et de sa rĂ©activitĂ©.Prog 100 peut parfois sâavĂ©rer un peu austĂšre, eut Ă©gard Ă la maniĂšre de traiter son sujet segment par segment, et il est clairement moins Ă©rudit que le Rock Progressif dâAymeric Leroy, mais, de par la praticitĂ© et la justesse de lâouvrage, sans compter son caractĂšre actuel et quasi-exhaustif, il sâagit au final du meilleur ouvrage en langue française sur le sujet. Sans hĂ©sitation aucune.
Journaliste Ă Centre Presse et Ă La Nouvelle RĂ©publique, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge a longtemps collaborĂ© avec la presse musicale. Sa spĂ©cialitĂ© : le rock progressif auquel il consacre un nouvel ouvrage, *lâexcellent Prog 100. Ses Chroniques du rock progressif, parues en 2002, comptent parmi les indispensables de toutes bibliothĂšques musicales qui se respectent. FrĂ©dĂ©ric DelĂąge connaĂźt le sujet sur le bout des doigts. Son sujet. Celui dâun genre dont lâacte de naissance a officiellement Ă©tĂ© fixĂ© au 10 octobre 1969, date de sortie de lâalbum In the Court of The Crimson King de King Crimson. Le prog possĂšde autant dâamateurs que de dĂ©tracteurs. Quand certains lui vouent un culte sans limite, dâautres raillent volontiers un registre oĂč les morceaux marquent une rupture avec le schĂ©ma classique âcouplet-refrain-couplet-refrain-pont-solo-(re)refrain histoire que tout le monde sâen souvienneâ.
De sa riche expĂ©rience, le journaliste a retirĂ© la substantifique moĂ«lle pour accoucher dâun nouvel effort, son troisiĂšme : Prog 100, Le rock progressif des prĂ©curseurs aux hĂ©ritiers.
Ă quand remonte votre attirance pour le rock progressif ?
Au milieu des annĂ©es 80, Ă lâĂąge de 15-16 ans, quand jâai dĂ©couvert la vague progressive de la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente et particuliĂšrement le Genesis de la pĂ©riode Peter Gabriel. Ce fut, plus quâune dĂ©couverte, une rĂ©vĂ©lation. Ces disques sortis dans la premiĂšre moitiĂ© des seventies me parlaient bien davantage que quasiment tout ce qui pouvait sortir dans les annĂ©es 80âŠ
Vous avez collaboré à de nombreuses revues dont le regretté Rockstyle. Quels souvenirs en avez-vous gardé ?
Une longue et passionnante conversation avec Ian Anderson, de Jethro Tull, Ă Paris en 1994 â oĂč lâadmiration des Français pour Johnny Hallyday en prenait pour son grade. La visite en 1997 de The Farm, le studio de Genesis, guidĂ© par Tony Banks et Mike Rutherford. Roger Hodgson, lâĂąme envolĂ©e de Supertramp, qui sâempare de sa guitare acoustique pour me jouer un morceau alors inĂ©dit Ă la fin dâune interview Ă Anvers en 1995, pendant que mon magnĂ©to tournait encore. Moult autres rencontres avec Peter Hammill ou des groupes au grand complet (Yes en 1996, Marillion en 1997, Van der Graaf Generator en 2005). Ou encore Bill Bruford, le batteur qui a co-fondĂ© Yes, jouĂ© dans King Crimson et avec Genesis, qui me dit un jour que le rock progressif nâest jamais quâune invention de journalistesâŠ
Douze ans aprĂšs les Chroniques du rock progressif, pourquoi consacrer un nouvel ouvrage Ă ce style musical ?
Câest Yves Jolivet, le fondateur de la maison dâĂ©dition Le mot et le reste, qui mâa sollicitĂ©. En 2010, Aymeric Leroy avait dĂ©jĂ publiĂ© dans cette belle collection une somme trĂšs fouillĂ©e sur lâhistoire du rock progressif. Mais il manquait peut-ĂȘtre un ouvrage plus âludiqueâ, un guide discographique qui fasse le lien entre le progressif des seventies et ses hĂ©ritiers modernes, quâils sâinspirent directement des inventeurs ou sâinscrivent dans une dĂ©marche plus moderne mais finalement trĂšs progressiste.
DâoĂč une palette plus largeâŠ
Cela me permet, en effet, dâĂ©voquer dans Prog 100 non seulement Marillion ou Porcupine Tree, mais aussi Radiohead, Muse, Archive, Tool, Mars Volta ou des groupes plutĂŽt classĂ©s dans le post-rock comme Sigur Ros. Par rapport Ă mon prĂ©cĂ©dent livre, qui Ă©tait dĂ©jĂ une sĂ©lection de cent disques, il y a deux diffĂ©rences majeures : un seul album par groupe, et surtout cette couverture temporelle qui ne se limite plus aux annĂ©es 70 puisque je termine en 2014. Si lâon se base sur une acception relativement large du rock progressif, ce qui est mon cas dans ce livre, les dix derniĂšres annĂ©es sont sans doute les plus crĂ©atives depuis lâĂąge dâor du mouvementâŠ
Le rock progressif est-il, historiquement, une réponse européenne au rock américain ?
On peut le considĂ©rer comme tel, dans la mesure oĂč il reste sans doute le courant du rock le moins marquĂ© par le blues. Il a, au contraire, cherchĂ© le plus souvent Ă sâen Ă©manciper, lui prĂ©fĂ©rant des influences classiques mais aussi jazz, folk, mĂ©diĂ©vales. Le rock progressif est dâabord une crĂ©ation trĂšs anglaise, mĂȘme si des pays continentaux, principalement lâItalie et lâAllemagne, en ont proposĂ© dâautres incarnations marquantes. Dans les annĂ©es 70, pour le prog, les Ătats-Unis Ă©taient bien davantage une terre dâaccueil quâune pĂ©piniĂšre de crĂ©ateursâŠ
InfluencĂ©e par la musique classique, câest un style aussi adulĂ© que dĂ©criĂ©. Dans le livre, vous citez trois exemples prĂ©cis pour expliquer en quoi ce registre divise (A Passion Play, Brain Salad Surgery et Tales from Topographic Oceans). Pourquoi, selon vous ?
Je cite effectivement ces trois albums controversĂ©s de 1973 dans lâintroduction du livre car ils reprĂ©sentent les grands groupes prog, en lâoccurrence Jethro Tull, Emerson Lake & Palmer et Yes, Ă leur maximum dâambitions en matiĂšre de complexitĂ© exaltĂ©e et de virtuositĂ© instrumentales. Et pourtant, ces trois disques ont atteint les sommets des charts Ă leur Ă©poque. Dans la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es 70, il Ă©tait tout Ă fait possible de concilier musique compliquĂ©e et ventes consĂ©quentes. Mais pour les partisans de lâorthodoxie rockân roll, les influences classiques et la virtuositĂ© instrumentale sont vite devenues synonymes de prĂ©tention. DĂšs 1973, une partie de la presse musicale retourne sa veste Ă lâĂ©gard du prog. Câest le dĂ©but dâun processus qui aboutira Ă un rejet quasi total du genre Ă partir de 1977-1978, au moment de lâexplosion punk.
On reprochait alors au genre dâĂȘtre dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ©, notamment sociale. Un propos injuste selon vousâŠ
Ceux qui pensent que les concepts du rock progressif ne sâinspirent que dâheroic-fantasy, de Tolkien, dâelfes et de petits lutins connaissent vraiment mal le genre⊠La plupart du temps, ces thĂšmes ne sont rĂ©currents que chez des groupes de troisiĂšme zone postĂ©rieurs aux seventies. Les principaux crĂ©ateurs du genre ont traitĂ© souvent de thĂšmes bien rĂ©els, mais, comme je lâexplique dans le livre, lâont passĂ© au filtre de leur imaginaire, avec un sens de la distanciation trĂšs anglais. Pink Floyd Ă©voque lâaliĂ©nation urbaine dans The Dark Side Of The Moon, ELP pointe les dangers du progrĂšs technologique dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 70 dans Tarkus et Brain Salad Surgery, certains morceaux de Genesis se moquent du capitalisme mercantile, etc. Mais les groupes prog utilisent souvent des propos mĂ©taphoriques, ils prĂŽnent davantage un changement âde lâintĂ©rieurâ quâune confrontation politique au sens premier. Quand le punk est arrivĂ©, sur fond de dĂ©senchantement social, la contestation est devenue, Ă lâimage de la musique, beaucoup plus frontaleâŠ
Dans la deuxiÚme moitié des années 70, aprÚs une période glorieuse, le style est pointé du doigt, considéré comme une « trahison originelle du rock ». Pourquoi ?
Une frange du milieu du rock nâa jamais pardonnĂ© au progressif de sâĂȘtre inspirĂ© des musiques savantes, en particulier du classique. Le punk Ă©tait musicalement le contraire du prog : retour aux rythmes binaires, aux morceaux de 3 minutes maxi, Ă lâĂ©nergie brute et sauvage, rejet total des dĂ©veloppements instrumentaux. Dans le mĂȘme temps, on peut penser que la ringardisation de cette musique complexe et peu commerciale a aussi bien arrangĂ© le business des maisons de disquesâŠ
Comment expliquer le virage difficile des annĂ©es 80, Ă©poque oĂč certains grands noms de la scĂšne comme Yes ou Genesis sâorientent vers un rock plus gĂ©nĂ©raliste, sinon FM ?
RETROUVEZ LâINTERVIEW DE FRĂDĂRICDELĂGE EN INTĂGRALITĂ
De Pink Floyd Ă Yes en passant par Radiohead, Peter Hammill ou encore Archive, Prog 100, le dernier ouvrage de FrĂ©dĂ©ric DelĂąge, est la compilation indispensable pour partir Ă la (re)dĂ©couverte du rock progressif. Un guide clair et concis qui dĂ©cortique 100 des albums majeurs du « prog », ce rock sophistiquĂ© aux multiples influences quâelles soient classiques, jazz ou folk.
De 1968 Ă nos jours
« Câest un mouvement qui a fait les beaux jours de la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es soixante-dix et qui retrouve ses lettres de noblesse depuis une dizaine dâannĂ©es, confie lâauteur, journaliste Ă Poitiers pour les quotidiens Centre Presse et La Nouvelle RĂ©publique. Avec ce livre, jâai voulu faire le lien entre les prĂ©curseurs et les hĂ©ritiers du â prog â, ce rock qui fait la part belle a une certaine complexitĂ© musicale. »
Cent artistes dĂ©cortiquĂ©s autour dâun de leur album phare pour un voyage musical de 1968 Ă nos jours. « Jây mĂȘle les groupes emblĂ©matiques comme Genesis, Yes, Pink Floyd, King Crimson ou Van Der Graaf Generator avec des coups de cĆur comme 10cc ou Khan. Chaque chronique est une porte ouverte sur le groupe Ă©voquĂ© agrĂ©mentĂ© dâune discographie sĂ©lective. » FrĂ©dĂ©ric DelĂąge fait mĂȘme durer le plaisir en proposant en annexe 100 albums et artistes supplĂ©mentaires dont se dĂ©lecteront spĂ©cialistes et nĂ©ophytes curieux.
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Quand jâai su que lâexcellente maison Le mot et le reste Ă©ditait un nouvel ouvrage sur le rock prog, je me suis tout dâabord dit⊠à quoi bon ? Pourquoi un nouveau bouquin sur le sujet ? Que va-t-il dire de plus que les autres ? Le nom de lâauteur a nĂ©anmoins piquĂ© ma curiositĂ©, me conduisant Ă la lecture de la chose, intitulĂ©e Prog 100, Le rock progressif des prĂ©curseurs aux hĂ©ritiers. En effet, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge fait autoritĂ© dans ce milieu depuis de nombreuses annĂ©es. Fort de deux livres en tous points remarquables (Chroniques du rock progressif 1967-1979 et Genesis, la boĂźte Ă musique), ce journaliste professionnel a par ailleurs laissĂ© traĂźnĂ© sa plume durant les annĂ©es 90 dans le dĂ©funt magazine Rockstyle (une rĂ©fĂ©rence absolue de la presse rock tous azimuts, doublĂ© dâun vĂ©ritable vivier de dĂ©couvertes Ă lâĂ©poque pour votre serviteur !), ainsi que dans Crossroad et Compact la dĂ©cennie suivante. Bref, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge est de ceux qui mâont donnĂ© le goĂ»t dâĂ©crire moi-mĂȘme des chroniques, et ce nâest pas le moindre des compliments.
Tout au long de son nouvel essai, il dresse un portrait intelligent et non sectaire dâun mouvement musical aux contours indĂ©finissables par essence, et en constante Ă©volution depuis plus de 40 ans (nâen dĂ©plaise aux nombreux mĂ©lomanes Ă lâesprit paradoxalement conservateur, qui ont tendance Ă confiner le genre â sâil en est un, vaste dĂ©bat â dans une esthĂ©tique purement 70âs, avec ses ingrĂ©dients immuables et ses nombreux clichĂ©s). Ă travers une sĂ©lection non exhaustive de 100 disques rĂ©fĂ©rentiels des origines Ă aujourdâhui, oĂč se cĂŽtoient ouvrages pionniers, classiques phares et albums plus iconoclastes, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge nous conte avec aisance et prĂ©cision cette passionnante odyssĂ©e de la contre-culture en bousculant les repĂšres, et en Ă©largissant au maximum le spectre protĂ©iforme des musiques dites âprogressivesâ.
Entre les inĂ©vitables dinosaures Yes, Pink Floyd, King Crimson et Genesis, sont ici mis en lumiĂšre de façon chronologique des groupes et artistes plus inattendus, crĂ©ant ainsi la surprise au fil des pages (T2, Comus, Electric Light Orchestra, Roy Harper, 10cc, GrandaddyâŠ). Aussi, chaque galette passĂ©e en revue est choisie avec la plus grande pertinence, en tĂ©moigne par exemple le Force Majeure de Tangerine Dream, trĂšs certainement lâalbum le plus progressif au sens rock du terme signĂ© par le lĂ©gendaire combo de musique Ă©lectronique Ă la sauce allemande.
Enfin, pour Ă©largir ses connaissances et ses horizons, le lecteur apprĂ©ciera le renvoi fait sous chaque article Ă dâautres Ćuvres essentielles de la discographie des artistes chroniquĂ©s, ainsi quâĂ dâautres noms sâinscrivant dans une mĂȘme sensibilitĂ© ou mouvance stylistique. Saluons Ă©galement la longue introduction de 40 pages, qui revient sur lâobjet, la dĂ©marche et la philosophie du livre, tout en brossant rapidement le contexte historique et sociĂ©tal du mouvement progressif.
Merveilleusement bien Ă©crit, avec un style clair et prĂ©cis, Prog 100 sâadresse donc tout autant au nĂ©ophyte en recherche dâun solide guide introductif quâĂ lâamateur plus âĂ©ruditâ, qui y fera Ă coup sĂ»r quelques bonnes pioches, tout en sâouvrant Ă de nouvelles pistes dâinvestigation ! Pour conclure, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge signe un excellent travail de fond qui a le mĂ©rite de ne prĂ©senter aucune redondance avec le fleuve Voyage en Ailleurs de JĂ©rĂŽme Alberola (plus âsensitifâ) et le fameux Rock Progressif dâAymeric Leroy (plus âacadĂ©miqueâ), deux autres rĂ©fĂ©rence en la matiĂšre, dignes dâintĂ©grer votre bibliothĂšque.
Alors FrĂ©dĂ©ric, on se retrouve dans 20 ans pour faire le point sur les dĂ©veloppements Ă venir ? Car il est Ă©crit que la musique, toujours en mouvement, nâa certainement pas fini de âprogresserâ !
LIENVERS LâARTICLE ET LE BLOGCLAIR & OBSCUR
FrĂ©dĂ©ric DelĂąge est une figure bien connue en France dans le milieu du rock dit progressif. Journaliste, il a rĂ©guliĂšrement Ă©crit sur le sujet pour divers magazines, et a mĂȘme publiĂ© aux Ă©ditions La Lauze deux livres : une biographie de Genesis (La BoĂźte Ă musique) et une anthologie, le trĂšs joli Chroniques du rock progressif 1967-1979. Prog 100 est son troisiĂšme ouvrage et sort cette fois-ci chez le dynamique et atypique Ă©diteur marseillais Le mot et le reste, qui hĂ©berge plusieurs titres dâun autre visage familier du genre, Aymeric Leroy.
La couverture en dit dĂ©jĂ long : deux Ćuvres majeures illustrant la diversitĂ© du progâ « des origines » cĂŽtoient deux disques modernes et importants situĂ©s Ă la croisĂ©e des genres. Sous-titrĂ© Le rock progressif, des prĂ©curseurs aux hĂ©ritiers, ce livre regroupe en cent albums ce que son auteur considĂšre comme le trousseau de base. On y trouve des rĂ©fĂ©rences incontournables, par les acteurs « historiques » les plus emblĂ©matiques (Pink Floyd, King Crimson, Yes, GenesisâŠ), des disques un peu Ă la marge mais non moins importantes produits par des groupes habituellement Ă©trangers au genre (Supertramp, 10ccâŠ), des curiositĂ©s ou des formations mĂ©connues que DelĂąge a voulu sortir de lâanonymat tant elles valent le dĂ©tour (Il Balletto Di Bronzo, Khan, AreknamĂ©sâŠ) et â probablement la partie la plus intĂ©ressante â les groupes actuels qui se rĂ©clament ou non de cet hĂ©ritage (Muse, Porcupine Tree, Radiohead, The Mars Volta, OpethâŠ). Un album par artiste⊠que le choix a dĂ» ĂȘtre cornĂ©lien par moments ! PrĂ©cĂ©dĂ©es dâun court historique â contenant quelques vues personnelles mais nâest-ce pas logique sur un sujet aussi polĂ©mique ? â les fiches des albums sont chronologiques, replacĂ©es dans le contexte, un peu sur le modĂšle de Chroniques du rock progressif 1967-1979, et sont enrichies par des conseils dâĂ©coutes supplĂ©mentaires⊠et, dans les ultimes pages, par cent autres disques, au cas oĂč le virus aurait Ă©tĂ© contractĂ© par le lecteur ! En somme, un excellent tour dâhorizon de ce quâa Ă©tĂ© le progâ et comment il a mutĂ© au fil du temps, avec difficultĂ© parfois, pour sâadapter. NĂ©ophyte ou connaisseur, chacun y trouvera son compte.
Depuis longtemps, et aujourdâhui encore Ă travers son site RockProg Etc, DelĂąge Ćuvre inlassablement pour la reconnaissance et la rĂ©habilitation dâun genre au mieux confidentiel, au pire honni par les dĂ©tenteurs du bon goĂ»t musical. Câest un livre qui sort au bon moment, Ă lâheure oĂč certains artistes Ă©tablis reconnaissent enfin du bout des lĂšvres lâinfluence du progâ sur leur musique. EspĂ©rons quâil donne envie Ă quelques curieux de franchir lâentrĂ©e de cette mine dâor.
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La vague exaltée racontée dans un trÚs bel ouvrage
Un livre sur le « Rock Progressif », oubliĂ© ou mal aimĂ© ( ?) , en tout cas FrĂ©dĂ©ric DelĂąge nous sert le menu complet, avec 100 albums, au zĂ©nith de cette envolĂ©e Rock n Rollienne, qui occupait Johnny Rotten avant quâil ne devienne Roi des Punks. Car que fut le PROGROCK ? Ă peine remis des multiples merveilles des annĂ©es 60, aussi bien anglaises que amĂ©ricaines, les fans de Rock, Blues, Folk ou Rythm and Blues virent jaillir un drĂŽle de jeyser vers 1967⊠La lĂ©gende veut que ce soit le SERGENTPEPPER des Beatles qui ait amorcĂ© le feu dâartifice, avec les arrangements classiques et philarmoniques du cinquiĂšme Beatles GEORGEMARTIN. Violons et orgues, crescendo et fanfare, cuivres et MELLOTRON. Le Rock, dĂ©jĂ Ă©clatĂ© par le PSYCHĂDĂLISME et autres dĂ©lires hallucinatoire en voulait plus. Batterie, guitares ne suffisaient plus : les audacieux sâemparĂšrent alors des cuivres, orgues et clavecins, violons et violoncelles et tous les claviers pour tenter de sâenvoler idĂ©alement plus haut, puisque plus Ă©quipĂ©s. Les MOODYBLUES avec « Night In White Satin », PROCOLHARUM avec « A Whiter Shade Of Pale », ou David Mc Williams et « Days Of Pearly Spencer », avaient sautĂ© dans le mĂȘme train du romantisme mĂ©lancolique que les FABFOUR avec « Strawberry Fields » ou « A Day In The Life ââŠ
Le Temps Ă©tait venu de lâorchestration (!), crime de dilution pour les purs Rockers, mais grand terrain de jeu pour tous les aventuriers idĂ©alistes de la POP dĂ©bridĂ©e. Bien sĂ»r il y aura PINKFLOYD, Ă la lenteur planante, mais accordons une place Ă part pour SOFTMACHINE et son inimitables bande, mĂšre de la mystĂ©rieuse Ă©cole de Canterbury : Daevid Allen, Kevin Ayers et Robert Wyatt, dont le mĂ©rite â ou le dĂ©faut, selon les goĂ»ts â sera dâavoir une inspiration jazzy mais surtout DADAĂŻSTE. Et si lâAngleterre de cette fin sixties est une pĂ©piniĂšre de talents, lâAmĂ©rique veut aussi y croire avec les BEACHBOYS et leur album symphonique Pet Sounds, avec ses cĆurs et ses mĂ©lodies dĂ©calĂ©es en canon, puis Frank Zappa, le cynique, avec ses stridences et ses breaks, se prenant pour Stravinsky ou Dvorak⊠En 1969, le groupe de Robert Fripp modestement intitulĂ© KINGCRIMSON, va estampiller le terme « Progressif ». Mais la liste va ĂȘtre longue de tous ceux qui sont pris dans la spirale PROG : tous les prĂ©citĂ©s, plus Genesis ( avec Peter Gabriel et Phil Collins), Vanilla Fudge, Van Der Graaf Generator, et aux US : Jethro Tull, Emerson Lake and Palmer et Yes pour ne citer que les principaux.
Les couvertures des albums vont aussi se diffĂ©rencier du prĂ©cĂ©dent Pop Rock, et passer des photos de groupes en grandes tenues Ă un style illustration, rĂ©tro, flirtant avec la science fiction rayon HEROICFANTASY, mais il y aura aussi des gravures, des peintures et des paysages et mĂȘme des vaches et des lutins, les jeux de rĂŽles inspirĂ©s de TOLKIEN ne sont plus trĂšs loin⊠Le Rock atteint alors son Ăąge de raison avec chansons prise de tĂȘte et envolĂ©es lyrico-poĂ©tiques, approche de mondes nouveaux, de niĂšme dimension, des paroles pour penser, planer, imaginer, sâĂ©chapper encore de la rĂ©alitĂ© terne⊠Passer de lâUnderground au Mainstream, ce sera fait avec Mike Oldfield et ses « Tubular Bells », cloches tubulaires, mais vrai tube mondial qui va faire la fortune de Richard Branson et de son label naissant VIRGIN⊠en 1973. (rĂ©pĂ©tition du mĂȘme thĂšme de 8 notes sur orgue avec Ă©cho, utilisĂ© pour LâExorciste » ! Christian Vander du groupe français Magma, dans le mĂȘme studio au mĂȘme moment, prĂ©tend que ce thĂšme lui a Ă©tĂ© volĂ©.. une sorte dâextrait de _MĂ«kanik Kömandöh_âŠ)
Un des mĂ©rites de ce livre complet câest de prĂ©senter aussi tous les groupes du COMEBACK du Prog Rock des annĂ©es 2000 avec Radiohead, Mars Volta, Sigur Ros, Archives⊠et bien dâautres dont je me garderai de parler, FrĂ©dĂ©ric DelĂąge le faisant bien mieux que moi.
Comme quoi, mĂȘme un aspect dĂ©criĂ© du Rock peut revenir comme un boomerang, car la CHOSE Ă©tait riche dâinfluences et de possibilitĂ©s.
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Vous avez toujours rĂȘvĂ© dâun ouvrage proposant une anthologie du rock progressif ? Le journaliste FrĂ©dĂ©ric DelĂąge rĂ©alise vos souhaits, plus de 10 ans aprĂšs ses Chroniques du rock progressif 1967-1979.
Avec Prog 100 â Le rock progressif des prĂ©curseurs aux hĂ©ritiers, ce passionnĂ© livre la sĂšve de cet univers passionnant quâest le rock progressif, des annĂ©es 60 Ă nos jours. Lâouvrage commence par une approche globale du genre, avec des initiateurs comme The Beatles, mais aussi leurs successeurs, Ă lâinstar de Radiohead ou Archive. Un premier tour dâhorizon assez synthĂ©tique pour que les novices sâimprĂšgnent progressivement de cette musique « romantique, sophistiquĂ©e, complexe, cĂ©rĂ©brale, exigeante ». Un rappel historique, entre King Crimson et Pink Floyd, qui conviendra Ă©galement aux experts et aficionados.
AprĂšs cette mise en bouche, lâauteur sâattache Ă lister 100 groupes essentiels de ce mouvement musical, Ă travers leurs albums incontournables, ceux quâil faut Ă©couter pour plonger aux quatre coins de ce monde riche en textures et en couleurs, de psychĂ©dĂ©lisme en modernitĂ©. De Moody Blues Ă Porcupine Tree, en passant par Frank Zappa, se croisent les sons dâun demi-siĂšcle de cette musique Ă la fois contestataire et tout en finesse. Le plaisir quâĂ©prouve FrĂ©dĂ©ric DelĂąge Ă aborder cette bande-son dĂ©tonante est communicatif, un livre qui ravira les fans de musique. Oui, mĂȘme les fans de Muse un peu sourds.
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Rares sont, dans lâhistoire du rock, les courants musicaux Ă avoir aussi mauvaise presse parmi les dĂ©tenteurs du âbon goĂ»tâ : maousse dans les annĂ©es 1970 avant dâĂȘtre ringardisĂ© par le punk, le rock progressif nâest pas mort, servi par de nouveaux artistes ârebelles aux formatages commerciauxâ. Le journaliste FrĂ©dĂ©ric DelĂąge le dĂ©montre dans un Ă©pais volume qui passe au crible 100 disques dans une sĂ©rie dâarticles chronologiques. Dans un brillant texte introductif, lâauteur expose le lien Ă©vident allant âdes prĂ©curseurs aux hĂ©ritiersâ : des Moody Blues Ă Opeth, on croise King Crimson, Genesis, Yes, Pink Floyd, ELO, Zappa ou Soft Machine, mais aussi Kate Bush, Dream Theater, Mars Volta, Muse, Radiohead et Grandaddy. Bref, toute lâhistoire dâune musique âromantique et sophistiquĂ©e, complexe et cĂ©rĂ©braleâ. Un vrai travail dâexĂ©gĂšte.