Post-Punk, No Wave, Indus & Noise â Nouvelle Ă©dition
Chassés-croisés en 100 disques
La réédition actualisée du livre de référence dédié aux courants musicaux expérimentaux engendrés par le punk.
Sur les cendres du mouvement punk, quatre courants musicaux Ă lâĂ©mergence quasi concomitante ont tracĂ© la voie dâune approche nouvelle notamment basĂ©e sur lâexpĂ©rimentation et le non-conformisme : le post-punk (surtout en Angleterre) ; la no wave (presque principalement Ă New York) ; la musique industrielle (partout dans le monde) ; et enfin le noise (essaimant progressivement au niveau international en se rĂ©fĂ©rant aux deux derniers). Entre autres exemples, viennent Ă lâesprit les noms de Public Image Limited, Wire, Gang Of Four, Glenn Branca, DNA, Rhys Chatham, Mars, Throbbing Gristle, EinstĂŒrzende Neubauten et Merzbow. En ce qui concerne le post-punk, dĂšs la fin des annĂ©es 1970, la dĂ©marche sâest enracinĂ©e dans une dĂ©construction des canons du rock nâexcluant toutefois pas lâidĂ©e de mĂ©lodie. Ce nâest quâavec la no wave, puis la musique industrielle, et enfin le noise, que toutes concessions au rock seront quasiment abandonnĂ©es au seul profit de recherches dâun Ă©tat que lâon pourrait qualifier de prĂ©harmonique (en tout cas pour les deux derniers mouvements). Au travers de nombreux chassĂ©s-croisĂ©s, cette histoire est racontĂ©e chronologiquement, au fil dâalbums sortis entre 1978 et 2020.
Revue de presse
- 365 chroniques Ătienne Greib MAGIC hors-sĂ©rie vol 7 dĂ©cembre 2011
- Sélection Livres Philippe Renaud Improjazz nov-dec 2011
- Livres pour une rentrée studieuse Gilles Borgogno César novembre 2011
- Post-punk Le blog de Francky 01 MUZIKS ET CULTURES 22 mai 2011
- Je lis un livre sur le post-punk Joseph Ghosn josephghosn.wordpress.com mai 2011
- Post-punk Jean-William THOURY Jukebox Magazine juin2011
- Post-punk Aurelio Levisandri Star Wax - DJ's lifestyle magazine été 2011
Eric Deshayes NéosphÚres mai 2011
- Philippe Robert, Post-punk, no wave, indus & noise ... Arnaud Bordes La Cause littéraire mai 2011
- Sélection livres M. Peyronnet Noise mai 2011
- Post-punk Etienne Greib Magic avril 2011
Cyrille Lanoë Revue et Corrigée avril 2011
- Parcours dans l'underground Olivier Pernot Trax avril 2011
- Post-punk Thibaut Allemand Let's Motiv avril 2011
- Chronique musicale Eric Serva France musique // Tapage nocturne 21 mars 2011
- A propos de Post-punk, No Wave, Indus & Noise Emmanuel Hennequin ObskĂŒre Magazine n°3 mars 2011
- Le livre de la semaine Olivier Valerio Radio P.FM // Easy Rider 27 mars 2011
- Toujours Punk Guy Darol Le Magazine des livres mars 2011
- Post-punk Orkestra février 2011
- Pop Rock Bertrand Loutte Arte journal (19 h) 28 février 2011
- Post-punk Sylvain Bertot Fake for real 25 février 2011
Une quinzaine dâannĂ©es aprĂšs leur premiĂšre publica-tion, ces «chassĂ©s-croisĂ©s en 100 disques» sont rééditĂ©s, aux mĂȘmes Ăditions Le mot et le reste. Philippe Robert est expert en cet exercice: dessiner les contours et les nervures dâun courant musical, ses pleins et dĂ©liĂ©s, en une sĂ©lection amoureuse dâalbums emblĂ©matiques. Les musiques expĂ©rimentales, le folk des origines et son renouveau, les pop et rock en un itinĂ©raire bis lâont aussi occupĂ©. Lâauteur cĂ©lĂšbre, en chacune des esthĂ©tiques creusĂ©es, ses marges â lĂ , assure-t-il, «à la pĂ©riphĂ©rie», sâĂ©crivent parmi les pages les plus passionnantes de lâhistoire de la musique. Post-punk, No Wave, Indus & Noise! sâattache Ă ces courants tous quatre hĂ©ritĂ©s du punk, impulsĂ©s dĂšs 1978 «et dont le propre aura Ă©tĂ© (âŠ) de remettre le rock en question». Si lâintroduction retrace, en une prose prĂ©cise, une brĂšve histoire des faits dĂ©coulant de lâexplosion punk et que les cent disques auscultĂ©s se succĂšdent dans leur ordre de sortie, lâouvrage dĂ©montre la vanitĂ© de toute tentative chronologique. Chaque chronique tisse des liens souterrains jusquâĂ une autre extrĂ©mitĂ© de la ligne du temps ou lâautre bout du spectre esthĂ©tique â parfois mĂȘme hors-champ, tel ce fil inattendu tissĂ© entre Joy Division et Black Sabbath, dans la notice dĂ©diĂ©e Ă Unknown Pleasures. Chaque page du livre est la piĂšce dâun puzzle mouvant; son titre prĂ©cis dâentomologiste ouvre paradoxalement sur les battements dâailes aussi accidentĂ©s que continus dâune musique qui se moque bien des Ă©tiquettes.
Plus encore quâune anthologie des musiques dĂ©viantes, on assiste Ă la mise en place dâune cartographie intime des goĂ»ts de lâauteur dont lâĆuvre commence Ă faire sens. Ce sera pour les plus anciens une salutaire piqĂ»re de rappel, et pour les plus jeunes une Ă©blouissante Ă©ducation. De PĂšre Ubu Ă Liars, de Throbbing Gristle Ă Wolf Eyes, Philippe Robert nâhĂ©site pas Ă tracer des lignes et poser des nuances chronologiques et stylistiques que les chassĂ©s-croisĂ©s du titre annoncent Ă raison. On y dĂ©couvre, par exemple, une Ă©vidente comparaison entre Joy Division et Black Sabbath, on sây repasse quelques grands classiques oubliĂ©s â From the Hip (1984) de Section 25 ou encore Scatology (1984) de Coil. En fil dâAriane plutĂŽt visible â il est citĂ© Ă plus de cent reprises â ce livre est aussi un hommage Ă lâinvraisemblable descendance du regrettĂ© Captain Beefheart, guide tutĂ©laire de ces oeuvres rageuses, odieuses, rusĂ©es et exigeantes.
Philippe Robert a collaborĂ© de maniĂšre Ă©pisodique Ă Improjazz, mais est surtout connu pour ses Ă©crits dans Octopus, Revue & CorrigĂ©e et les Inrockuptibles. Pour cet ouvrage, il a dĂ©taillĂ© quatre mouvements issus du mouvement punk Ă travers les disques que ces groupes Ă©mergeant ont pu produire entre 1978 et 2010. Si ce phĂ©nomĂšne reste quelque peu Ă©tranger aux lecteurs dâImprojazz (quoique, nous sommes supposĂ©s avoir des oreilles trĂšs dĂ©veloppĂ©es et rĂ©ceptives Ă toute source sonore), ces mouvements dĂ©crits dans le titre de lâouvrage ont aussi quelques points communs avec une certaine forme de musique libre, que ce soit Pere Ubu (en relation avec Henry Cow), Scritti Politti, the Raincoats (deux groupes frĂ©quentĂ©s par Robert Wyatt), Talking Heads, Devo (voir Brian Eno), Flying Lizards, Tuxedo Moon, This Heat (ah! This Heat!), Sonic Youth, Catalogue (bien sĂ»r), Borbetomagus (les iconoclastes), voire mĂȘme Alesia Cosmos ou Rhys Chatham. Robert dĂ©crit les albums phares dâune centaine de groupes qui ont marquĂ© ces genres (la distinction entre ou lâautre Ă©tant parfois difficile Ă Ă©tablir), figures de proue dâun mouvement sans doute trĂšs vite rĂ©cupĂ©rĂ© (comme le mouvement punk dâailleurs). On peut se poser la question, comme le fait lâauteur, de savoir sâil fallait laisser des traces Ă©conomiques de ces musiques non commerciales, comme on peut le faire Ă propos de la musique improvisĂ©e. Câest effectivement un mouvement de lâinstant, de scĂšne et de rien dâautre, une musique vivante et morte dĂšs quâelle sâarrĂȘte. Il nâempĂȘche que les traces sont lĂ et Philippe Robert dĂ©cortique en deux pages prĂšs de 130 disques en pointant souvent le doigt sur des points essentiels qui ont pu Ă©chapper Ă lâauditeur profane ou mĂȘme averti.
Les Ă©ditions le Mot et le Reste continuent dans lâexcellence en matiĂšre dâĂ©crits Rock avec une nouvelle livraison dâouvrages qui vient de sortir. Quatre livres, quatre thĂšmes, qui font mouche : les grands Live du rock, un Beefheart pour faire connaissance avec ce musicien haut en couleurs, un Parcours blues et un Post-punk, no wave, indus & noise, chronologie et chassĂ©s-croisĂ©s. Philippe Thieyre qui Ă©crit, entre autres, chez RockânâFolk, se fend dâun Parcours blues en 150 albums. AprĂšs cette saine lecture (et lâĂ©coute concomitante) vous parlerez comme un natif du delta du Mississippi et ni Muddy Waters ni Pee Wee Crayton nâauront de secret pour vous. Si les termes Post-punk, No Wave, Indus & Noise sont obscurs pour vous, plongez-vous dans lâouvrage du mĂȘme nom : vous y croiserez Tuxedo Moon, Public Image ou les Young Marble Giant. Et dâautres, plus obscurs, sous la plume alerte de Philippe Robert, auteur de nombreux ouvrages chez le mĂȘme Ă©diteur. La scĂšne Ă©tant lâessence du rock, un collectif dâauteurs (E. Chirache, C. Delbrouck, Y. Jolivet et G. Ruffat) revisite, par Ă©crit, les grands albums Live du rock. A vos platines pour les Ă©couter avec de nouvelles oreilles. Enfin, un petit opuscule sans concessions de BenoĂźt Delaune : Captain Beefheart And His Magic Band(s) qui dĂ©mystifie Captain Beefheart, ne nĂ©gligeant pas les zones dâombres du personnage. On est loin de lâhagiographie.
Philippe Robert est une plume virtuose que jâai dĂ©couvert comme beaucoup dans les Inrocks mais qui officie aussi comme auteur de trĂšs bons livres sur la musique, notamment « ROCKPOP, un itinĂ©raire bis en 140 albums » dĂ©jĂ Ă©ditĂ© chez Le Mot Et Le Reste.
Des cendres encore brĂ»lantes du grand incendie Punk, qui culmina Ă cheval sur lâannĂ©e 1976/77, un autre mouvement musicale en est nĂ©e : le post-punk. Il fut Ă la fois une suite et une rupture dâavec le punk qui dĂšs le dĂ©part Ă©tait divisĂ©.
Le post-punk garda certaines de ses rĂ©fĂ©rences et particularitĂ©s musicales (urgence, minimalisme, etc.) mais se dĂ©tacha de son activisme politique pour se recentrer sur lâintrospection mentale personnelle (la psychĂ©) et surtout lâArt comme seule voie possible. En quelque sorte, les groupes Post-punk furent les pionniers de lâArt rock. Si on veut ĂȘtre exact, le vĂ©ritable premier groupe Art rock fut le Velvet Underground qui, avant tous, associa la musique avec dâautres formes artistiques comme la peinture et la vidĂ©o.
En mĂȘme temps, dâautres courants trĂšs proches sont apparus avec celui-ci comme la no wave, lâindus et le noise. Câest de ces quatre-lĂ que traite superbement le livre. Je rajouterai la cold wave qui, bien que prĂ©sente par certains de ces groupes phares, nâest pas mentionnĂ©e comme telle dans cet ouvrage.
Le livre est composé de deux parties.
La premiĂšre analyse le contexte de dĂ©part et chacun de ces mouvements pour les dĂ©finir. Bien que relativement synthĂ©tique (une trentaine de pages), elle nâen est pas moins pertinente. La seconde est comme une grande playlist chronologique des disques indispensables. Elle couvre plus de trois dĂ©cennies et va ainsi de « The Modern Dance » de Pere Ubu (1978) jusquâà « Returnal » de Oneohtrix Point Never (2010). Une double page leur est ainsi consacrĂ©e avec photo de la pochette et analyse de lâauteur. Cette partie est tellement rĂ©ussie que jâai (re)dĂ©couvert nombre de bons disques mĂ©connus et, depuis, jâai envie de tout Ă©couter ou réécouter. Pour les nĂ©ophytes, cette liste sera une excellente porte dâentrĂ©e et dâexploration du Post-punk & CoâŠ.
De par son analyse pointue tout en Ă©tant trĂšs accessible, « Post Punk, No Wave, Indus & Noise » sâadresse autant aux initiĂ©s du genre quâĂ ceux qui dĂ©sirent dĂ©couvrir tout un pan mĂ©connu de lâhistoire de la musique rock.
Alors, si vous voulez vous replonger dans la musique de cette pĂ©riode « glaciale » mais ĂŽ combien crĂ©ative, vous savez ce quâils vous restent Ă faire. A bon entendeur salut !!!!!
Ma Note : * * * * * * (6)
Le journaliste Joseph Ghosn nous parle de ses coups de coeur dans son blog. En mai, il lisait Post-punk, no wave, indus & noise de Philippe Robert.
En 1978, lâessentiel de la tornade punk passĂ©, de nombreux courants sâaffirment, notamment les rĂ©surgences rockabilly, ska, mods, romantique, new wave, etc. Ces musiques nâont que trĂšs peu de rapport entre elles. Philippe Robert prĂ©fĂšre sâintĂ©resser aux quatre Ă©coles citĂ©es dans le titre de son livre (300 p.). Deux pages sont accordĂ©es Ă chaque entrĂ©e avec systĂ©matiquement un rappel de la biographie et du style de lâartiste ou du groupe Ă©voquĂ©. Un disque emblĂ©matique est mis en exergue et sa pochette (en noir et blanc) illustre le propos.
Philippe Robert nous a habituĂ© Ă ce type dâouvrage puisquâil a dĂ©jĂ publiĂ© aux Ă©ditions le Mot et le Reste divers titres sur la great black music, les musiques expĂ©rimentales, le rock⊠Une des remarques essentielles, chĂšre au sein de notre magazine, câest le fait de reconnaĂźtre la nature indissociable de lâhistoire de ces musiques Ă lâobjet disque. Cette fois-ci, il sâattaque aux courants nĂ©s des cendres du mouvement punk, basĂ© sur la recherche et lâexpĂ©rimentation sonore effectuĂ©es principalement par des groupes anglais de post-punk et new wave new-yorkais entre 1978 et 2000. AprĂšs la fin du mouvement punk, certains groupes ressentent la nĂ©cessitĂ© de revenir aux racines underground que les groupes phares du punk avaient en quelque sorte dĂ©laissĂ©es suite Ă leurs signatures sur des major. DâoĂč viennent des groupes tels que Liquid Liquid, Joy Division, DNA ? Quelle a Ă©tĂ© leur influence sur lâindustrie du disque ? Lâauteur souligne les ponts avec les expĂ©riences musicales des futuristes italiens (Luigi Russolo), les courants artistiques dadaĂŻstes et situationnistes, sans oublier lâinfluence fondamentale des musiques Ă©lectroniques allemandes des annĂ©es 70. Il se penche sur la musique industrielle des divers Frank Zappa, Captain Beefheart, Velvet Underground, King Crimson, Brian Eno, etc. Puis la noise oĂč toutes concessions sont abandonnĂ©es au seul profit dâune recherche expĂ©rimentale sans limite que certains critiques avaient vite eu fait de caractĂ©riser comme Ă©tant privĂ©es de mĂ©lodie. On dĂ©couvre, parmi les cent trente noms citĂ©s, dâillustres inconnus, dĂ©montrant une fois de plus la vivacitĂ© de ces mouvements dont la portĂ©e est expliquĂ©e au fil des 300 pages.
Comme pour plusieurs de ses prĂ©cĂ©dents ouvrages Philippe Robert opte pour la formule de deux pages par album choisi comprenant la pochette du disque agrĂ©mentĂ©e de notes « Ă Ă©couter aussi » et « Ă©galement conseillĂ©s ». Cette formule dâarticles courts, plutĂŽt que de longs chapitres, produit une dynamique qui colle trĂšs bien aux courants Post-Punk, No Wave, Indus et Noise, pas seulement parce que, au moins pour le Post-Punk, les morceaux brefs Ă©taient trĂšs rĂ©pandus, mais surtout parce que ces Ă©tiquettes regroupent un monde trĂšs hĂ©tĂ©rogĂšne et fragmentĂ©. Il y colle peut-ĂȘtre mieux dâailleurs que lâouvrage de Simon Reynolds Rip It Up and Start Again, Post-Punk 1978-1984, dont la traduction est parue chez Allia en 2005. Ce pavĂ© aux chapitres fleuves a surtout pour lui lâintĂ©rĂȘt de cerner les groupes emblĂ©matiques dans leurs moindres dĂ©tails, mais seulement sur une poignĂ©e dâannĂ©es.
Le grand intĂ©rĂȘt de lâouvrage de Philippe Robert est justement de ne pas rester cloisonnĂ© aux quelques annĂ©es avant et aprĂšs 1980. Ce fut une pĂ©riode oĂč les groupes avaient pour ambition commune, les termes reviennent souvent au fil du livre, la dĂ©construction, le dĂ©conditionnement et/ou de « bousculer le catĂ©chisme du rock ». La pĂ©riode fut donc « refondatrice ». Sur ces nouvelles bases allaient se dĂ©velopper une incroyable frĂ©nĂ©sie crĂ©atrice. Aller au-delĂ , jusquâĂ 2010 mĂȘme, avec lâalbum Returnal dâOneohtrix Point Never (chez Mego), câest justement sâouvrir Ă toutes les explorations concomitantes et qui suivirent. Y compris en France, lâouvrage abordant, entre autres, Alesia Cosmos, Ruth, Alain Bashung⊠Aux cĂŽtĂ©s de Siouxsie And The Banshees, des Talking Heads, de Throbbing Gristle ou encore de Blurt, Merzbow et des Raincoats, cela donne une idĂ©e succincte de la quelque dizaine de douzaines de groupes que lâon peut dĂ©couvrir ou mieux connaĂźtre. Et cela non pas Ă travers de plates notices biographiques, mais par une approche de leurs dĂ©marches, qui souvent se recoupent (dâoĂč les « chassĂ©s-croisĂ©s » du titre) et par lâhabiletĂ© de la plume de Philippe Robert. Elle nous chatouille souvent au point de nous pousser Ă saisir un crayon et du papier pour vite noter une rĂ©fĂ©rence, sans que ce soit dâailleurs celle de lâalbum choisi en titre de section !
Le post-punk : une maniĂšre de rĂ©volution musicale qui, certes, sâĂ©taie sur la rĂ©volte du punk, en perpĂ©tue lâesprit do it yourself, mais qui, surtout, lâexcĂšde.
En interrogeant la matiĂšre sonore mĂȘme, voire son support : quâest-ce quâune chanson ? Quâest-ce quâun instrument ? En analysant la pertinence de lâopposition (que rĂ©fute Luigi Russolo dans LâArt des bruits) entre son et bruit â le bruit devient alors « une composante possible », prend aussi une dimension politique en tant que rupture avec la musique qui constitue « un Ă©niĂšme attribut du pouvoir et un lien de domination de ses sujets ».
DâoĂč une certaine forme de dĂ©construction (qui nâest pas sans rapport avec lâart abstrait) de la mĂ©lodie, puis la quĂȘte dâun Ă©tat prĂ©-harmonique.
Ainsi de la no wave, trĂšs arty sâil en est, new-yorkaise dâessence, considĂ©rĂ©e telle « une exacerbation de ce que le rock contenait jusque-lĂ de sauvagerie ».
Ainsi de la musique industrielle qui produit « un véritable mur de bruit blanc, fait de masses sonores écrasantes au point de ressembler à une sorte de silence paradoxal », peint « des paysages en fusion », invente « des martÚlements infernaux allant sans cesse crescendo ».
Jusquâau noise qui, au-delĂ de ses paroxysmes soniques, de ses dĂ©vastations dionysiaques, de ses extases, lĂ©gitime dĂ©finitivement le bruit, comme positivitĂ© et non plus comme subversion.
Sâil est Ă©tude et analyse, Post-punk, no wave, indus & noise, est Ă©galement spicilĂšge oĂč sont colligĂ©s, avec Ă©rudition, plus dâune centaine de groupes, dâalbums sortis entre 1978 et 2010 : de PĂšre Ubu Ă Whitehouse, SPK, Section 25, The Wake, en passant par Throbbing Gristle, James Chance and the contorsions, Masonna, Magazine, Hijokaidan, DNA, Marquis de SadeâŠ
Rien que du bon. Rien que du bonheur.
Le punk est mort, dĂšs 77, condamnĂ© Ă un anĂ©antissement rapide car portant en lui les germes de la destruction, forcĂ© de disparaĂźtre car incapable de rĂ©soudre lâĂ©quation mĂȘlant dans un mĂȘme mouvement rĂ©volution underground et popularitĂ© lucrative. Et quel punk ? Celui de Londres ou de New York ? Quel rapport entre les premiers albums des Clash ou des Jam ? MalgrĂ© lâunitĂ© apparente ressentie lors du concert scandaleux des Pistols pour le jubilĂ© dâElizabeth en juin, le passĂ© est dĂ©jĂ lĂ . Si certains, amĂ©ricains surtout, Ă lâimage des Dead Kennedys, Ă©difient un courant hardcore parce quâils refusent de laisser sâĂ©teindre lâincendie et sâorientent vers une radicalisation politique et musicale, dâautres sâen dĂ©tachent, naviguent vers le dĂ©sengagement, sâĂ©loignant du rĂ©alisme social. Ils sâen remettent Ă lâart pour approfondir leurs propres perceptions. De cette nouvelle approche, basĂ©e sur lâexpĂ©rimentation et le non-conformisme, naĂźtront quatre courants : le post-punk, le no wave, lâindustriel et le noise. Le post-punk, mouvement principalement anglais, apparaĂźt fin 77. Le magazine Sounds sort Ă cette pĂ©riode un numĂ©ro intitulĂ© â New Musick â qui rassemble des groupes disparates. Leurs points communs ? Distanciation plutĂŽt quâengagement, divorce entre le politique et lâart, rejet des ancĂȘtres rock des 50âs, indĂ©pendance vis Ă vis de lâindustrie du disque. Cet after punk, renommĂ© rapidement post-punk, envisage le rock comme un laboratoire de recherche, prĂŽne une dĂ©construction qui nâexclut pas lâidĂ©e de mĂ©lodie. La no wave sâinstalle surtout Ă New York. Au tournant des 80âs, dans les clubs du Lower East Side, une tendance regroupe des milieux aussi divers que la scĂšne branchĂ©e par le free jazz ou les amateurs de musique contemporaine. La compilation No New York, produite par Brian Eno, rĂ©unit des artistes ayant un seul mot dâordre : faire table rase du passĂ© en exploitant des sons plutĂŽt que des mots ou des accords. Les racines de ce â No â sont dĂ©celables dans Metal Machine Music de Lou Reed, sorti en 75. Sur la pochette, il prĂ©cisait : â No synthesisers, No Arp, No instruments â. Cet album proposait dâexplorer la matiĂšre sonore en tant que telle, tuait le trio sacrĂ© guitare, basse, batterie, ainsi que le chant, et a eu une influence durable sur le rock bruitiste, ouvrant la voie industrielle. Sans porte-Ă©tendard, ce mouvement hĂ©tĂ©rogĂšne sera aussi primordial quâĂ©phĂ©mĂšre. Pour Throbbing Gristle, les trois accords du punk Ă©taient trois accords de trop. Adeptes de Luigi Russolo, ils sâefforcĂšrent dâappliquer Ă la lettre ses prĂ©ceptes dĂ©crits dans LâArt des bruits de 1913, notamment donner au bruit une acceptation positive et cesser de lâopposer au son. Un courant pouvait naĂźtre, consistant Ă faire de la musique sans instrument, en captant des bruits familiers, sans hiĂ©rarchie, et en les reproduisant. Lâindustriel ou â faire de la musique pour les usines en utilisant le vrai son de celles-ci, mais en le rendant rythmique et acceptable en lui-mĂȘme â, soit une Industrial music for Industrial People, Ă©tait nĂ©e. Avec le noise, enfin, toute une concession au rock est abandonnĂ©e. â Pas de tonalitĂ©. Ni voix, ni rythme préétabli. Juste du feedback, en continu. Un acte de son â, Ă©crivait Lou Reed pour la réédition du Metal Machine Music. Si la gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 2000 sâaccorde parfois des embryons de mĂ©lodies, voire des dĂ©veloppements planants, les puristes de cette orientation, certes marginale mais qui perdure, parlent et sont donc en quĂȘte du pouvoir extatique du noise. Ces quatre courants, si proches et pourtant si hĂ©tĂ©roclites, Philippe Robert les imbrique et les dĂ©cortique en une description de plus de 130 albums sortis entre 1978 et 2010, classĂ©s chronologiquement. Dans ce mĂ©lange composite se juxtaposent des groupes aussi dissemblables que PIL, Devo, Sonic Youth, Certain General ou Liars. NâespĂ©rez pas vous enfiler ce bouquin dâune traite. Ănorme travail de documentation et dâanalyse, considĂ©rez-le plutĂŽt comme une encyclopĂ©die, un ouvrage de rĂ©fĂ©rence quâon conserve et consulte au besoin. A lire par petits bouts, avec une bonne radio streaming en illustration sonore.
AprĂšs avoir publiĂ©, en compagnie de Jean-Sylvain Cabot, un deuxiĂšme tome consacrĂ© aux mĂ©taux lourds et leurs glorieux dĂ©rivĂ©s (HardâNâHeavy 1978-2010, Zero Tolerance For Silence chez le mĂȘme Ă©diteur), lâillustre Philippe Robert ne semble pas souffrir dâun quelconque manque dâinspiration et se penche sur un corpus suffisamment large pour fournir Ă nouveau un ouvrage aussi Ă©rudit que passionnant. Plus encore quâune anthologie des musiques dĂ©viantes, on assiste Ă la mise en place dâune cartographie intime des goĂ»ts de lâauteur dont lâĆuvre, mĂȘme si on y trouvera toujours quelques motifs dâagacement dans ses choix parfois discutables ou ses partis pris un peu systĂ©matiques, commence Ă faire sens. Ce sera pour les plus anciens une salutaire piqĂ»re de rappel, et pour les plus jeunes une Ă©blouissante Ă©ducation. De Pere Ubu Ă Liars, de Throbbing Gristle Ă Wolf Eyes, Philippe Robert nâhĂ©site pas Ă tracer des lignes et pose des nuances chronologiques et stylistiques que les chassĂ©s-croisĂ©s du titre annoncent Ă raison. On y dĂ©couvre, par exemple, une Ă©vidente comparaison entre Joy Division et Black Sabbath, on sây repasse quelques grands classiques oubliĂ©s â From The Hip (1984) de Section 25, Fat Tuesday (1986) de Passion Fodder, ou encore Scatology (1984) de Coil. Et on y constate le brio de lâargumentaire de lâauteur, sachant en une phrase Ă propos du Miami (1982) de Gun Club dĂ©finir une partie de son objet : âUne mixture prenant ici chair dans la douleur, la paranoĂŻa et la dĂ©pression, amplifiant ainsi la mĂ©lancolie inhĂ©rente aux idiomes Ă©voquĂ©s, afin de les plonger dans des abymes ignorant tout des pudeurs mal placĂ©esâ. Enfin, en fil dâAriane plutĂŽt visible puisquâil est citĂ© Ă plus de cent reprises (sic), ce livre est aussi un hommage Ă lâinvraisemblable descendance du regrettĂ© Captain Beefheart, guide tutĂ©laire de ces Ćuvres rageuses, odieuses, rusĂ©es et exigeantes.
Chroniqueur entre autres dans la revue que vous tenez entre les mains, Philippe Robert dĂ©poussiĂšre ce quâil appelle le post-punk et ses tendances forcĂ©ment no wave, indus et noise. Comme le soumet le titre, il sâagit dâune chronologie dâalbums commentĂ©s, parus entre 1978 et 2010. Soit toute la pĂ©riode du (des) genre(s) jusquâĂ nos jours. Un coup dans le rĂ©tro qui permet de sâapercevoir que le punk nâen a pas fini dâalimenter les musiques pas toujours extrĂȘmes. En relation Ă son ouvrage Hard & Heavy, Zero Tolerance For Silence paru chez le mĂȘme Ă©diteur et chroniquĂ© dans notre dernier numĂ©ro. Extension trĂšs complĂ©mentaire de cet ouvrage dans ce qui sâest fait de mieux dans le genre, pour comprendre les ponts qui ont pu ĂȘtre Ă©difiĂ©s entre Throbbing Gristle et la scĂšne noise et freak amĂ©ricaine des annĂ©es 2000 (Wolf Eyes en tĂȘte), entre Sonic Youth et Liars ou Erase Errata, ou encore et toujours le lien entre punk et noise avec lâexemple flagrant du passĂ© du musicien punk dâune des figures amĂ©ricaines noise du moment, Carlos Giffoni. Comme vous le voyez ça ratisse large, montrant le bouillonnement de ces courants qui dĂ©passent trĂšs souvent les barriĂšres jusque lĂ dictĂ©es par le rock, tout en gardant un pied bien ancrĂ© dans le social et la contestation. Un bien bel ouvrage qui permet de faire le point sur les artistes qui ont et font lâhistoire et de se dire : pourvu que ça dure !
Quelles sont les influences de LCD Soundsystem ou The Rapture ? Quelle a Ă©tĂ© la part de rayonnement de groupes comme Liquid Liquid, Joy Division, DNA ou Throbbing Gristle ? Le journaliste et Ă©crivain Philippe Robert se penche sur les cendres du punk dans son livre Post-punk, no wave, indus & noise. Un ouvrage qui donne un Ă©clairage Ă©rudit sur ces quatre mouvements musicaux surgis dĂšs la fin des annĂ©es 1970. Quatre genres qui dessinent les lignes forces de lâunderground dans cette pĂ©riode prĂ©-techno.
Journaliste chevronnĂ© __ de Coda aux Inrockuptibles en passant par Vibrations ou Jazz magazine __ aux passions musicales plurielles, Philippe Robert a dĂ©jĂ rĂ©digĂ© quatre livres enrichissants sur diffĂ©rents styles ou pĂ©riodes : Rock, Pop â Un itinĂ©raire bis en 140 albums essentiels; Great Black Music â Un parcours en 110 albums essentiels; HardânâHeavy 1978/2010 â Zero Tolerance for Silence; Musiques expĂ©rimentales â Une anthologie transversale dâenregistrements emblĂ©matiques. âLes ouvrages que jâai Ă©crits consistent Ă revenir sur une partie dĂ©terminĂ©e de lâhistoire de la musique, et Ă la faire Ă la lueur dâalbums, parce que jâaime lâobjet-disque. Il me parait indissociable de cette histoire propre au XXe siĂšcle. Chacun de mes livres raconte une histoire possible, rien dâautre. Jâai horreur des livres exprimant des opinions dĂ©finitives. Je propose donc des parcours.â
Fertilisations croisées
Le parcours proposĂ© par Philippe Robert compte 130 albums, de 130 formations, avec des âgroupes incontournables (PiL, Gang of Four, DNA, Throbbing Gristle) et des singuliers mais pas moins importants (Raincoats, Ludus). Mais je nâĂ©cris ni dictionnaires ni guides dâachat sous prĂ©texte que je parle de disques. Je dĂ©roule une histoire, finalement trĂšs personnelle, oĂč lâobjectivitĂ© et la subjectivitĂ© sont intimement mĂȘlĂ©es, et dans laquelle jâessaie dâouvrir des champs dâinvestigation encore inexplorĂ©s.â
Un copieux addenda et de multiples renvois complĂštent la sĂ©lection de disques qui se prĂ©sente de maniĂšre chronologique : âTous les courants sont permĂ©ables aux influences extĂ©rieures, ils se nourrissent mĂȘme les uns les autres au point que lâon pourrait Ă©voquer des fertilisations croisĂ©es. IL valait donc mieux mĂȘler post-punk, no wave, musique industrielle et noise. Seule la new wave nâa pas Ă©tĂ© retenue car elle me semble participer dâautre chose, directement reliĂ© Ă une certaine idĂ©e de la pop.â
En fouillant dans les archives, Philippe Robert sâest penchĂ© sur tous les groupes de cet underground qui âinnovent, tracent la voie dans laquelle sâengouffrent les autres. On les reconnaĂźt Ă leur singularitĂ©, Ă ce quâils apportent de rĂ©volutionnaire.â Mais la richesse du livre est aussi de sâouvrir sur le prĂ©sent : âDes groupes comme Cold Cave, Erase Errata ou Oneohtrix Point Never proposent aujourdâhui des choses extrĂȘmement intĂ©ressantes. Lâunderground nâa jamais Ă©tĂ© aussi vivace !â
AprĂšs avoir explorĂ© de nombreuses niches musicales, Philippe Robert sâintĂ©resse au Post-punk. Peu ou prou le mĂȘme sujet que Simon Reynolds dans Rit It Up And Start Again ! (Allia, 2007), avec cependant un dĂ©tour par la noise, grand oubliĂ©e du critique britannique. AprĂšs une intro intĂ©ressante, oĂč Robert pose les bases et dĂ©limite son sujet, lâauteur Ă©tablit une discographie aussi subjective que sĂ©lective â on comptera les manques (rien sur Death In June ?), mais on dĂ©couvre aussi pas mal de noms in/mĂ©connus. Dommage, cependant, que le format imposĂ© limite souvent les textes : si on se serait bien passĂ© dâun Ă©niĂšme texte sur Joy Division, on aurait bien voulu en savoir un peu plus sur Hair Police ou The New Blockaders. Un tome 2 ?
La chronique dâune certaine actualitĂ© musicale.
âBeaucoup dâentre vous connaissent certainement la maison dâĂ©dition marseillaise Le Mot et Le Reste. Je vous en parle rĂ©guliĂšrement au cours de cette Ă©mission puisque lâune de leur collection (Formes) est rĂ©servĂ©e aux livres grand public consacrĂ©s Ă la peinture, la littĂ©rature et bien sĂ»r la musique. LâĂ©diteur vient de faire paraitre un nouvel ouvrage de Philippe Robert intitulĂ© Post-Punk, No Wave, Indus & Noise. On connait lâamour et la connaissance encyclopĂ©dique de cet auteur pour ces styles musicaux, on nâest donc guĂšre surpris dây dĂ©couvrir ou retrouver une centaine dâalbums Ă©ditĂ©s entre 1978 et 2010 et, comme toujours, judicieusement prĂ©sentĂ©s. Pour faire court disons que ces mouvements musicaux (Post-Punk, No Wave, Indus & Noise) sont nĂ©s de lâexplosion de la scĂšne punk et on Ă©tĂ© influencĂ©s par les expĂ©riences musicales des futuristes italiens, par les attitudes artistiques dadaĂŻstes et situationnistes, par les musiques Ă©lectroniques allemandes des annĂ©es 70, par les performances sonores industrielles anglaises et les Ćuvres isolĂ©es dâartistes hors normes comme les fabuleux Frank Zappa et Captain Beefheart, le Velvet underground, King Crimson, Brian Eno et bien dâautres⊠Le journaliste Philippe Robert donc retenu une bonne centaine dâalbums, un choix toujours trĂšs subjectif mais trĂšs cohĂ©rent dâautant plus quâil ajoute pour chacun dâentre eux une liste dâalbums du mĂȘme auteur A Ă©couter aussi et une liste dâartistes Ă©galement conseillĂ©s. Bref de quoi se faire une excellente discothĂšque et de disposer des clĂ©s indispensables Ă la comprĂ©hension de ces tendances musicales riches et toujours influentes.â
Pour réécouter lâĂ©mission du 21 mars 2011 :
Tapage nocturne
Post-punk, No Wave, Indus & Noise, Chronologie et chassĂ©s-croisĂ©s, est une photographie subjective de certaines froideurs musicales signĂ©e du prolifique Philippe Robert. Lâauteur y livre les clefs de forme et de fond dâune protubĂ©rance sonore tribale ou prĂ©-harmonique. Nerveux et passionnant.
Plus interview bonus (et fleuve) sur Obskuremag.net
Dans son émission Easy rider (n°1102, dimanche 27 mars 2011), Olivier sacre Post-punk, No Wave, Indus & Noise livre de la semaine.
Réécouter lâĂ©mission : Easy rider
Câest toujours vers Greil Marcus quâil convient de se tourner lorsquâon interroge lâhistoire du mouvement punk. Lipstick Traces (Ăditions Allia, 1998) est ce grand livre dans lequel il est montrĂ© que lâaventure des Sex Pistols sâorigine chez les gnostiques. Ils affirmaient que le monde est viciĂ© parce que créé par un Dieu pervers. Faut-il rappeler que ces profanateurs du dogme ont connu lâEnfer. Des bĂ»chers collectifs lĂ©guĂšrent au Saint-Esprit le corps des hĂ©rĂ©tiques. Sans doute est-ce lâune des bonnes raisons qui explique la mauvaise humeur des toujours punks lorsquâils eurent vent quâune exposition Ă la villa MĂ©dicis (oĂč fut internĂ© naguĂšre le dangereux GalilĂ©e) proposait, sous vitrine, jusquâau 20 mars 2011, des vestiges aussi sĂ©ditieux que les T-shirts griffĂ©s Malcolm Mc Laren et Vivienne Westwood. Cela sentait lâhĂ©rĂ©sie un peu comme sur le passage de quelques personnes Ă travers une assez courte unitĂ© de temps, lâhommage rendu Ă lâInternationale Situationniste en 1989 par le Centre Georges Pompidou, suscita lâire des rĂ©voltĂ©s toujours nerveux, forcĂ©ment. Il y a des feux inextinguibles. Greil Marcus, dans son grand livre, dessine une flĂšche du temps punk sur laquelle il place gagnant les gnostiques, lâanabaptisme de Jean de Leyde, dada et les situationnistes.
Dans Post-punk, no wave indus & noise, le formidable Ă©rudit Philippe Robert ne manque pas de jeter Ă travers le temps les passerelles qui relient les Sex Pistols Ă dada et Ă la politique. Il confirme ce que Greil Marcus avait vu. Punk et dada, câest le mĂȘme bruit. Câest la mĂȘme fureur. Seulement, il prĂ©cise lâimportance dâun gamelan Ă suivre : Francesco Balilla Pratella, auteur du Manifeste des musiciens futuristes, publiĂ© en 1911, inconnu des Ă©diteurs en langue française. Un coup de tonnerre puisque Luigi Russolo lui dĂ©die LâArt des bruits (Lâarte dei Rumori), le grand acte du bruitisme sorti deux ans aprĂšs que Pratella eut lĂąchĂ© son vacarme. Philippe Robert ne revient pas sur les premiers pas de bĂ©bĂ© punk. Il nous le montre grandi, affranchi, libĂ©rĂ© dâun passĂ© fulminant oĂč brillent dâun noir vif Clash, Damned, Stranglers, Buzzcocks, Blondie, Television, ces noms aujourdâhui bibliques. Philippe Robert expose une autre trajectoire, celle qui vient de lâaprĂšs-punk dĂ©constructeur cherchant noise aux conformismes, toujours devant pour faire table rase et ce « brouhaha Ă©ternel » appelĂ© par Kierkegaard, une Ă©meute dans laquelle on retrouve Throbbing Gristle, Merzbow, Psychic TV, Sonic Youth, Catalogue, Kas Product, Glenn Branca, Tuxedomoon, Joy Division, The Flying Lizards, Devo, The Red Crayola ⊠Il faut bien abrĂ©ger la liste. Philippe Robert Ă qui lâon doit (et je dis bien Ă qui lâon doit) une floraison dâouvrages essentiels sur le rock et la pop hors des limites gĂ©omĂ©trisĂ©es par le marketing nous apporte dans ce recueil de choix ses lumiĂšres, celles dâun spĂ©lĂ©onaute de lâunderground. Car il nây a que lâunderground. Le mainstream nâintĂ©resse personne.
Le mainstream nâintĂ©resse personne et câest pourquoi on ne voit rien venant de lâEst. Le punk mĂ©diatisĂ© UK obombre les rĂ©voltes rĂ©elles, pour ne pas dire logiques selon le mot dâArthur Rimbaud. Car tandis que le monde bouge, les yeux se fixent toujours sur les Ă©tiquettes de la consommation. Ă quelques lettres prĂšs, consommation devient consumation. Lisez le livre de JĂŒrgen Teipel et vous verrez comment le punk Ă certains endroits du monde fut sĂ©rieusement connectĂ© Ă la rĂ©volution. Lisez ce livre et vĂ©rifiez. Le punk est lâennemi jurĂ© des hippies, ces remuants apparents mais adorateurs de lâordre US. Ils nâont rien fait que titiller. JĂŒrgen Teipel a enquĂȘtĂ© et il ressort que le mouvement punk coĂŻncide avec Elf uhr nachts (Pierrot le fou), Godard Belmondo associĂ©s, poing dans le poing. Blitzkrieg Pop et troublemakers ont sĂ©vĂšrement Ă voir avec lâanti-pacifisme, soit lâidĂ©e reçue dans les annĂ©es 1970 Ă la suite de quelques messages envoyĂ©s sous la doctrine du hippiedom ou hippie dogme.
LIPSTRICKTRACES, Greil Marcus, Folio Gallimard, 602 p., 13 âŹ
POST-PUNK, NO WAVEINDUS & NOISE, Philippe Robert, 300 p., 20 âŹ
DILAPIDE TA JEUNESSE, UN ROMAN-DOCUMENTAIRESUR LE PUNK ET LA NEWWAVEALLEMANDS, JĂŒrgen Teipel, 432 p., 25 âŹ
Philippe Robert a publiĂ© six ouvrages chez le mot et le reste (Rock Pop, Great Black Music, Musiques expĂ©rimentales et HardânâHeavy en deux volumes avec Jean-Sylvain Cabot).
Sur les cendres du mouvement punk, quatre courants musicaux Ă lâĂ©mergence quasi concomitante ont tracĂ© la voie dâune approche nouvelle basĂ©e sur lâexpĂ©rimentation et le non-conformisme : le post-punk (surtout en Angleterre) ; la no wave (presque principalement Ă New York) ; la musique industrielle (partout dans le monde) ; et enfin le noise (essaimant progressivement au niveau international en se rĂ©fĂ©rant aux deux derniers). Entre autres exemples, viennent Ă lâesprit les noms de PUBLICIMAGELIMITED, WIRE, GANG OF FOUR, GLENNBRANCA, DNA, RHYSCHATHAM, MARS, THROBBINGGRISTLE, EINSTĂRZENDENEUBAUTEN, MERZBOW ou CARLOSGIFFONI. En ce qui concerne le post-punk, dĂšs la fin des annĂ©es soixante-dix / dĂ©but des annĂ©es quatre-vingt, la dĂ©marche sâest enracinĂ©e dans une certaine forme de dĂ©construction nâexcluant toutefois pas la mĂ©lodie. Ce nâest quâavec la no wave, puis la musique industrielle, et enfin le noise, que toutes concessions au rock seront quasiment abandonnĂ©es au seul profit de recherches dâun Ă©tat que lâon pourrait qualifier de prĂ©-harmonique (en tous cas pour les deux derniers mouvements). Au travers de nombreux chassĂ©s-croisĂ©s, cette histoire est racontĂ©e au fil dâalbums sortis entre 1978 et 2010.
âPhilippe Robert raconte cette histoire de façon chronologique et se plaĂźt Ă amĂ©nager chassĂ©s-croisĂ©s, frictions et collisions entre les genres â visĂ©es bruitistes obligent. Et, sâil fallait ne retenir quâun groupe de cette histoire, ce serait Throbbing Gristle qui effraya en 1980 lâAmĂ©rique.â
DĂ©cidĂ©ment, on ne lâarrĂȘte plus. AprĂšs avoir consacrĂ© des ouvrages similaires au pop rock, Ă la musique expĂ©rimentale, Ă la black music puis, avec Jean-Sylvain Cabot et en deux volumes, au hard et au heavy metal, Philippe Robert remet le couvert, cette fois avec quatre mouvements clĂ©s nĂ©s aprĂšs le punk (post-punk, no wave, indus, noise), et qui ont partagĂ© le projet de bousculer, de maltraiter, de dĂ©fier, voire de nier le rock.
Que dire de neuf cette fois ? Que dire de plus par rapport aux ouvrages prĂ©cĂ©dents puisque, lĂ encore, le critique fait preuve dâun goĂ»t sĂ»r et dâune Ă©rudition sidĂ©rante ? Que, non content de nous prĂ©senter en dĂ©tail une bonne centaine dâenregistrements, Philippe Robert nous cite aussi dâautres disques cousins, quâil complĂšte tout cela dâune discographie complĂ©mentaire encore plus riche, doublĂ©e dâune biographie touffue, et bien sĂ»r, en introduction, dâune mise en perspective des quatre genres abordĂ©s ? Quâil sait mĂȘler quelques choix plus personnel aux grandes rĂ©fĂ©rences des genres abordĂ©s ? Quâil Ă©tablit des parallĂšles entre les pionniers de ces mouvements et leurs hĂ©ritiers dâaujourdâhui ? Que, loin de sâarrĂȘter au seul univers anglo-saxon, il sait trouver quelques pĂ©pites ailleurs, notamment en France, fort bien reprĂ©sentĂ©e dans le cas prĂ©sent?
Sâil faut souligner les points communs avec les prĂ©cĂ©dents ouvrages, on peut aussi revenir sur ceux qui fĂąchent : un style parfois lourd, un propos difficile Ă suivre, Ă force de phrases en tiroirs, dâapartĂ©s et de parenthĂšses qui sâefforcent Ă grand peine de canaliser un flot puissant de connaissances, de rĂ©fĂ©rences et dâanecdotes ; ou encore, ce lourd magistĂšre que fait peser Wire sur ce nouveau livre, Ă tel point que Philippe Robert, dans lâarticle sur le What Happened de Emeralds, emploie Ă son tour le concept de âpop hypnagogiqueâ que le fameux magazine anglais se sent obligĂ© de nous refourguer depuis des mois.
Toutefois, il y a davantage Ă dire sur cette derniĂšre livraison de Philippe Robert. Et tout dâabord, que ce Post-Punk, No-Wave, Indus & Noise vient rĂ©parer un manque, un oubli : cette sous-reprĂ©sentation des annĂ©es 80 que lâon regrettait dans son volume sur le pop rock, trĂšs largement consacrĂ© Ă la dĂ©cennie dâavant. Cette fois, au contraire, et quitte Ă revenir sur des disques quâil a dĂ©jĂ commentĂ©s dans lâautre livre (Cut des Slits, Colossal Youth des Young Marble Giants), ce sont les 80âs qui ont les honneurs, fort logiquement, puisquâau moins trois des mouvements traitĂ©s ici sây sont principalement Ă©panouis.
Qui plus est, Philippe Robert aborde les quatre genres sous le bon angle. Dans son ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur le post-punk, Rip It Up & Start Again, lâAnglais Simon Reynolds avait un peu trichĂ©. Il avait regroupĂ© sous cette Ă©tiquette tout ce qui lui avait plu dans lâaprĂšs-punk, sans que tout cela relĂšve Ă proprement parler de la dĂ©marche post-punk. Le Français, lui, ne se livre pas Ă cette petite supercherie. Il identifie quatre mouvements qui partagent pour de bon un projet commun, ce souci de dĂ©construction, sinon de destruction, cette volontĂ© dâaller au-delĂ du rock. Rien nâest hors-sujet, ici. Ah, si, peut-ĂȘtre les Psychedelic Furs, moins expĂ©rimentaux et iconoclastes que beaucoup dâautres, ou le Gun Club, qui prĂŽnait davantage un retour aux racines du rock que son dĂ©passement.
Mais dans son avant-propos, lâauteur avait prĂ©venu quâil se permettrait de telles exceptions, accompagnant ses dires dâune citation trĂšs juste de GĂŒnter Brus contestant que lâHistoire, et a fortiori celle de lâart ou de la musique, puisse ĂȘtre linĂ©aire et unilatĂ©rale, et donc quâon puisse la segmenter en tendances et en genres purs et parfaits. Et puis on peut bien lui accorder toutes les exceptions quâil souhaite, puisque les disques quâil prĂ©sente sont toujours, sinon des classiques, au moins de vraies curiositĂ©s ou des must-have.
Avec Philippe Robert, donc, on adhĂšre Ă chaque fois. Quâil parle de post-punk ou dâautre chose, on a en toujours pour son compte. Quâil se dĂ©cide, la prochaine fois, Ă nous parler de sĂ©ga mauricienne ou de chant diphonique mongol, et on achĂštera. Tiens, Ă propos, la discographie complĂ©mentaire de ce dernier volume se termine pas ces mots : âil va sans dire que new wave et hardcore amĂ©ricain mĂ©ritent chacun un ouvrage dĂ©diĂ© Ă leur causeâ. Ah ben oui, tiens, un tout nouveau livre sur la new wave ou le hardcoreâŠ
Chiche ?