Pas lĂ pour plaire!
Portraits de rappeuses
Un panorama rétrospectif et prospectif passionnant.
RodĂ©ric Mounir â Le Courrier
Prix de la Brasserie BarbĂšs 2020
Cet ouvrage sâinterroge sur la place des femmes dans le rap français, en sâintĂ©ressant aux diffĂ©rentes thĂ©matiques qui touchent leur condition et Ă©mancipation puis en donnant la parole aux actrices de la scĂšne rap, par la mise en lumiĂšre de leurs Ćuvres et parcours. Il est question des pionniĂšres â prĂ©sentes dĂšs la naissance du genre et invisibilisĂ©es au moment de son Ăąge dâor â, des figures incontournables que sont Diamâs, Casey et Keny Arkana, qui reprĂ©sentent chacune une facette diffĂ©rente de la rappeuse, et des hĂ©ritiĂšres, de plus en plus nombreuses, pour lesquelles lâurgence est dans la libĂ©ration des femmes et se ressent aussi bien dans leurs textes que dans leur attitude. Dans la lignĂ©e de Sans fautes de frappe, lâauteure explique ici les spĂ©cificitĂ©s langagiĂšres et musicales du rap, fait par des femmes, et dĂ©monte les clichĂ©s visant Ă lâextraire dâune culture musicale francophone, en dĂ©pit de son indĂ©niable succĂšs populaire.
Revue de presse
- La quĂȘte de Diam's Par Matthieu Garrigou-Lagrange. France culture 11 janvier 2026
- Le rap, un milieu sans rappeuses ? Christel Lerebourg DH.net 22 janvier 2022
- Puff Daddy, where is Mummy ? L. Hage Metro 20 novembre 2021
- Rap féminin, rap féministe ? Lucie Giovanetti Missives 10 février 2021
- Pas là pour plaire ! Sylvain Bertot Fake For Real 24 décembre 2020
- Rap français : les femmes prennent le pouvoir ! Nicolas George TV5 Monde 8 février 2021
- Interview de Bettina Ghio Jordi Batallé RFI / El invitado de RFI 22 janvier 2021
- Coup de coeur Théodora MédiathÚque Jules Verne de Vandoeuvre-lÚs-Nancy 19 décembre 2020
- Vers un rap plus féministe Lola Levent Backpackerz // Rap Explorerz janvier 2021
- Rappeuses le flow power Charline Lecarpentier Libération 12 décembre 2020
- Entretien avec Bettina Ghio Jeanne Lacaille Nova // L'Héroïne du Nova jour 2 octobre 2020
- Chronique livre Lola Rinse FM // Le Trou de la TĂȘte rap Ă©dition 22 septembre 2020
- Interview Bettina Ghio x ĂloĂŻse Bouton de Madame Rap Radio libertaire // Remue-MĂ©ninges FĂ©ministe 15 septembre 2015
- Rap : un autre genre est possible Salomé Kiner Le Temps 7 août 2020
- Le chant des partisanes Stéphane Gobbo Le Temps 16 août 2020
- Interview de Bettina Ghio Salomé Kiner RTS // Pony Express juin 2020
- Pas là pour plaire! Mélodine Lascombes Citizen Jazz 12 juillet 2020
- Bonnes feuilles à lire la rédaction Contretemps 3 juillet 2020
- Les femmes & le rap Benjamin Valentie FrancoFans août - sept. 2020
- Interview de Bettina Ghio - Rebelles parmi les rebelles Rodéric Mounir Le Courrier 11 juin 2020
- Interview de Bettina Ghio Isabelle Kortian Cause Commune // Le monde en questions #37 6 juillet 2020
- Bettina Ghio "Pas lĂ pour plaire !" | Release Nathalie Gardner Nova 29 mai 2020
- Pas là pour plaire! la rédaction main tenant 16 août 2020
- Envie de maintenant Bettina Ghio ColÚres du présent 1er mai
âDiamâs sortait en 2006 son troisiĂšme album solo âDans ma bulleâ. Comment ce disque continue-t-il aujourdâhui dâĂȘtre une rĂ©fĂ©rence incontournable du rap français ? DĂ©couvrez ou redĂ©couvrez lâhistoire de la rappeuse star de toute une gĂ©nĂ©ration, et notamment de jeunes femmes.â
Pour Ă©couter lâintervention de Betthina Ghio en podcast
Ou sur YouTube
Une exploration du parcours de la rappeuse Diamâs Ă partir des archives audiovisuelles et des paroles de ses chansons.
Lâintervention de Bettina Ghio Ă Ă©couter ici
Dans Pas pour plaire ! Portraits de rappeuses, une enseignante passionnée de hip-hop, dresse une cartographie des femmes qui font le rap francophone.
âMadame, vous nâavez pas du tout la teÌte de quelquâun qui aime le rap !â Bettina Ghio le reconnaĂźt, elle nâa pas la tĂȘte de lâemploi. Pourtant, cette enseignante, passionnĂ©e par la culture hip-hop, rĂ©alise un vĂ©ritable tour de force dans son livre Pas pour plaire ! Portraits de rappeuses : cartographier les femmes qui ont fait ou font le rap francophone.
Si aujourdâhui, en 2022, les femmes commencent Ă se faire une petite place dans le milieu, elles nâen restent pas moins minoritaires et souffrent dâune surexposition continue des hommes. âQuand le rap a commencĂ©, au milieu des annĂ©es 80, il y avait beaucoup de filles par rapport Ă maintenant. CâĂ©tait un art trĂšs inclusif. Quand je regarde les premiĂšres revues, quand on parle du mouvement hip-hop, on parle des B-Boys et des Fly-Girls, des deux. Sur les photos, il y avait des garçons et des filles, mĂȘme sâil y avait un peu plus de garçons. Mais ça sâest constituĂ© comme un genre visiblement masculin et qui a laissĂ© un peu les femmes Ă lâĂ©cart.â
Chilla, Lala &ce, Meryl, ont-elles moins de talent quâOrelSan, Booba ou Damso ? Pourquoi existe-t-il un tel Ă©cart de traitement de la part de lâindustrie et des mĂ©dias ? Les raisons sont plus complexes quâil nây paraĂźt, plus insidieuses aussi. Ă force de voir les portes se fermer devant elles, de nombreuses femmes se sont dĂ©tournĂ©es du rap, laissant lâimage dâune discipline faite par les hommes. âCa fait 40 ans que le rap existe en France mais les femmes nâont peut-ĂȘtre pas senti quâelles avaient leur place dedans, que le rap pouvait ĂȘtre une façon pour elles de sâexprimer, raconte lâautrice. Les rappeuses que jâai rencontrĂ©es me disent quâelles ont fait pas mal dâateliers dans des maisons de quartiers avec des filles pour leur dire quâelles pouvaient rapper elles aussi, que câest un art qui Ă©tait fait pour elle aussi.â A travers ces portraits, Bettina Ghio montre toute la difficultĂ© pour les femmes de se faire une place. Les maisons de disques ou des labels ont trĂšs longtemps voulu faire rentrer les rappeuses dans la case RnB Ă leur insu.
Une autre question se pose, câest la responsabilitĂ© du public ? Pourquoi nâĂ©coute-t-on pas plus de femmes ? Bettina Ghio Ă©voque deux raisons probables : la misogynie et notre rapport Ă la voix fĂ©minine. âDans lâhistoire de la musique, la premiĂšre place que les femmes ont eu, câest celle du chant parce quâelles avaient des voix plus douces que celles des hommes. En Occident, on est habituĂ© Ă cette voix fĂ©minine douce. Et ce qui choque chez les rappeuses, câest leur voix qui ne chante pas mais qui vocifĂšre, qui insulte, qui dit des choses de façon saccadĂ©e. Et dans notre imaginaire, ce nâest pas facile Ă accepter. Et puis, en regardant sous les clips des rappeuses, la majoritĂ© des commentaires sont misogynes. Soit parce que la rappeuse a les cheveux courts et aucun attribut fĂ©minin. Soit parce quâelle est trĂšs sexualisĂ©e et elle est insultĂ©e. Ce sont toujours des commentaires dĂ©nigrants.â
Pour comprendre ces problĂ©matiques, nous avons demandĂ© Ă Bettina Ghio de faire le portrait express de quatre femmes qui ont fait le rap francophone, de B-Side, la premiĂšre Ă rapper en français, Ă MĂšlaaz, la femme dans lâombre de MC Solaar en passant par la star Diamâs et la belge Shay.
Une interview vidéo à retrouver sur DH.net
Si vous cherchez le top 50 de rap nineties sur Youtube, vous nây trouverez que deux femmes. Câest diffĂ©rent aujourdâhui ? Pas vraiment, explique Bettina Ghio, docteure en littĂ©rature aujourdâhui professeure de lycĂ©e, qui publie un deuxiĂšme livre au sujet du rap, en anglant cette fois sur les rappeuses. PrĂšs de 400 pages dâhistoires de femmes qui, depuis le dĂ©but des annĂ©es 80, ont pris le mic pour livrer leur vĂ©ritĂ©. Mais si les mentalitĂ©s Ă©voluent, elles restent toujours largement invisibilisĂ©es.
Vous affirmez que seulement 5 % des albums de rap sont signés par des rappeuses. Si peu ?
« Oui, et câest la raison de mon livre. Je suis Argentine et je suis venue en France pour faire un doctorat en littĂ©rature française. Ma thĂšse portait sur la littĂ©rature dans le rap. Jâai dâabord Ă©crit un premier livre sur le rap en gĂ©nĂ©ral (âSans fautes de frappeâ, ndlr). Câest en dĂ©cortiquant le rap français depuis ses dĂ©buts dans les annĂ©es 90 que jâai Ă©tĂ© interpellĂ©e dâune part par lâinvisibilisation des femmes et, dâautre part, par le discours trĂšs peu nuancĂ© des mĂ©dias sur la misogynie dans le rap. Ils parlent de ça en boucle, sans mĂȘme demander lâavis des rappeuses. Les mĂ©dias et les maisons de disques ont mis du temps Ă prendre le rap au sĂ©rieux. Et les rappeuses, elles, ne sont toujours pas prises au sĂ©rieux. »
Vous affirmez que lâindustrie du rap aurait volontairement et stratĂ©giquement invisibilisĂ© les rappeuses.
« Les grandes maisons de disques ont toujours pensĂ© et pensent encore quâune femme dans le rap cela ne peut pas les enrichir car cela ne va pas cartonner. Le problĂšme, câest que lorsquâils signent avec une rappeuse, ils ne lui donnent pas les moyens pour le marketing, les tournĂ©es, etc. Et aprĂšs, ils disent âvous voyez, cela ne marche pasâ. » [âŠ]
DĂ©couvrez lâinterview de Bettina Ghio en intĂ©gralitĂ© sur Metro
Dans cet ouvrage aussi riche quâinstructif, Bettina Ghio met en lumiĂšre les parcours des femmes qui ont participĂ© et participent encore activement Ă lâĂ©popĂ©e du rap français. Sexiste, misogyne, dĂ©gradant⊠sont les qualificatifs qui sâappliquent le plus souvent au rap quand il sâagit dâĂ©voquer la place quây occupent les femmes, forcĂ©ment objets, au mieux invisibilisĂ©es, au pire relĂ©guĂ©es au rang de chiennes soumises Ă la sexualitĂ© dĂ©bridĂ©e et salissante de rappeurs hyper agressifs affirmant une virilitĂ© des plus grossiĂšre et caricaturale. Lâautrice sâapplique Ă dĂ©construire les stĂ©rĂ©otypes qui nourrissent une vision destinĂ©e Ă discrĂ©diter une pratique artistique dĂ©criĂ©e par les Ă©lites auto-Ă©rigĂ©es en gardiennes du bon goĂ»t, du bien penser, du bien parler et du bien crĂ©er. Dâune part, on oublie trop souvent que le rap, comme tous les autres genres musicaux, charrie son lot dâopportunistes qui exploitent le filon commercial au dĂ©triment de toute rĂ©elle proposition artistique. Dâautre part, il semblerait que le droit Ă la fiction, que lâon accorde sans difficultĂ© Ă toutes les autres disciplines artistiques, soit dĂ©niĂ© au rap.
[âŠ]
Non seulement le livre remarquable de Bettina Ghio se lit casque sur les oreilles, et permet dâĂ©laborer au fil de la lecture une playlist Pas lĂ pour plaire des plus rĂ©jouissantes, mais il nous propose aussi des grilles dâanalyse qui sâappuient sur les lectures de Frantz Fanon, AimĂ© CĂ©saire, Virgine Despentes, Angela Davis, ou encore des rĂ©cents travaux dâElsa Dorlin sur la violence et qui permettent dâĂ©largir le champ de lâanalyse artistique et littĂ©raire Ă celui du politique. Le commentaire, lâusage de rĂ©fĂ©rences extra-musicales, la glose qui Ă©lĂšvent le rap Ă une dignitĂ© universitaire Ă laquelle il nâaspire peut-ĂȘtre pas, nâĂ©rodent en rien sa puissance subversive mais entĂ©rinent dĂ©finitivement sa prĂ©sence, et ici plus particuliĂšrement celle du rap fĂ©minin, dans lâespace artistique dont il quitte peu Ă peu les marges pour sâinstaller au centre, en toute lĂ©gitimitĂ©.
Une chronique à retrouver en intégralité sur Missives
Bettina Ghio et moi Ă©tant chez le mĂȘme Ă©diteur, nous avons vite rĂ©alisĂ© que nous travaillions en parallĂšle sur le mĂȘme sujet : le long parcours des femmes dans le monde du rap. Nous savions, cependant, que nous ne publierions pas le mĂȘme livre. Nos perspectives seraient diffĂ©rentes, nos approches de ce genre musical seraient distinctes. Je mâintĂ©resse presque exclusivement au rap amĂ©ricain, alors que Bettina privilĂ©gie la scĂšne française. Elle lâaborde avant tout sous lâangle textuel, quand je considĂšre quâil est, en tout premier lieu, une musique. Elle apporterait Ă son livre une vision fĂ©minine, voire fĂ©ministe, une lecture dont jâai voulu me tenir Ă lâĂ©cart. Ses Ă©crits sâorientent souvent vers une lĂ©gitimation du rap, alors que jâexalte son caractĂšre âunapologeticâ, alors que jâestime que la respectabilitĂ© est le dĂ©but de la mort.
Pas LĂ pour Plaire, donc, nâest pas Ladies First. A prĂ©sent quâils sont tous les deux publiĂ©s, depuis de nombreux mois dĂ©jĂ , ces deux livres sâavĂšrent comme il Ă©tait prĂ©vu : diffĂ©rents, et complĂ©mentaires. Dans le fond (rap français contre rap amĂ©ricain), dans la forme (essai contre anthologie), ils nâont pas grand-chose Ă voir. Et pourtant, ils racontent plus ou moins la mĂȘme histoire. Lâun et lâautre disent que des femmes ont toujours Ă©tĂ© lĂ , dans le rap, dans des rĂŽles importants, et ce depuis le commencement. Les deux ouvrages parlent ensuite dâune Ă©clipse, dâune relĂ©gation dans les coulisses, de ce que Bettina Ghio appelle lâinvisibilisation des femmes. Les deux invitent Ă ne pas dĂ©noncer trop vite les rappeuses provocantes et hypersexuĂ©es, et dĂ©montrent que leur posture est plus souvent libĂ©ratoire que dĂ©gradante. Lâun comme lâautre signalent que les annĂ©es rĂ©centes, marquĂ©es par le triomphe final du rap, ont permis un retour des actrices de cette musique, et que celles-ci ont fait preuve dâune grande pluralitĂ© de styles.
Une histoire, une Ă©popĂ©e. Câest donc bel et bien cela que relate Bettina Ghio. Elle a lĂ©gĂšrement changĂ© dâapproche depuis son premier livre. Elle est passĂ©e dâune dĂ©marche textuelle et littĂ©raire, attendue compte-tenu de son bagage universitaire et de son mĂ©tier dâenseignante, Ă une autre, plus biographique et plus chronologique. Au terme dâun lourd travail dâĂ©coutes, dâentretiens et de documentation, elle creuse des Ă©lĂ©ments qui nâĂ©taient que survolĂ©s dans Ladies First. [âŠ]
Bettina Ghio reprend nĂ©anmoins sa casquette de professeur de lettres, quand on arrive aux grandes tĂȘtes dâaffiche fĂ©minines du rap français, Diamâs, Keny Arkana et Casey. A ce stade du livre, le propos se dĂ©veloppe, et lâanalyse de texte qui Ă©tait au cĆur de son ouvrage prĂ©cĂ©dent, Sans Fautes de Frappe, reprend le dessus. Quant Ă la derniĂšre partie, elle mĂȘle les deux approches. Lâauteure sây penche sur plusieurs rappeuses francophones de la derniĂšre dĂ©cennie (Black Barbie, Orties, KT Gorique, La Gale, Billie Brelok, Sianna, Liza Monnet, Shay, etc.), au cours de plusieurs chapitres oĂč se mĂ©langent portraits et analyses thĂ©matiques.
[âŠ]
Ce livre de Bettina Ghio est au fond dans lâanalyse plutĂŽt que dans la synthĂšse, dans le dĂ©tail et la description plutĂŽt que dans lâidentification de grandes tendances, mĂȘme si, finalement, quelques thĂšses apparaissent. Lâune dâelles, câest que la marginalisation des femmes dans le rap est plus souvent le fait de lâindustrie du divertissement, qui peine Ă leur trouver une place dans lâunivers viril du hip-hop, que des rappeurs eux-mĂȘmes. Ces derniers, au contraire, ont souvent fait la courte-Ă©chelle Ă leurs consĆurs, ils se sont mĂȘme laissĂ© contredire par elles, comme dans le cas des SpĂ©cialistes, le duo entre Tepa et Princess AniĂšs. MĂȘme si cette vision des choses est Ă nuancer, elle a le mĂ©rite dâapporter un dĂ©menti Ă ceux qui, trĂšs probablement par prĂ©jugĂ© raciste, sâavĂšrent prompts Ă dĂ©noncer la misogynie du rap et des quartiers.
Sâil manque au livre une vue dâavion, si Bettina Ghio hĂ©site Ă tirer des conclusions gĂ©nĂ©rales sur le parcours des femmes dans le rap français, câest aussi, sans doute, parce quâelle ne veut pas le simplifier. Câest parce quâelle veut rendre compte de la variĂ©tĂ© des postures et des discours, plutĂŽt que chercher Ă les schĂ©matiser et Ă les catĂ©goriser. Câest parce quâelle cherche Ă rendre hommage et Ă faire Ă©cho Ă une trĂšs grande pluralitĂ© dâexpĂ©riences et dâindividualitĂ©s, plutĂŽt que de parler dâun seul et unique personnage, la rappeuse française, qui en soi nâexiste pas.
Une chronique Ă retrouver sur Fake For Real
Nicolas George consacre sa rubrique culture Ă la place des femmes dans le rap et vous recommande la lecture de Pas lĂ pour plaire ! Portraits de rappeuses de Bettina Ghio.
Une émission à revoir sur TV5 Monde
Bettina Ghio Ă©tait lâinvitĂ©e de Jordi BattalĂ© sur RFI. Ils discutent, en espagnol, de son livre Pas lĂ pour plaire ! Portraits de rappeuses.
Une interview à réécouter sur RFI
Pas là pour plaire ! est le coup de coeur de Théodora de la MédiathÚque Jules Verne de Vandoeuvre-lÚs-Nancy.
Retrouvez la chronique en vidéo sur Facebook
Ă lâheure oĂč des artistes tels que Moha La Squale ou RomĂ©o Elvis sont accusĂ©s publiquement dâagressions sexuelles, et oĂč le mouvement #musictoo dĂ©nonce les violences sexuelles et le sexisme dans la musique, il est urgent dâinterroger la vision des femmes dans le rap et de se demander sâil peut devenir plus fĂ©ministe.
Dans ce podcast consacré à la place des femmes dans le rap, la journaliste musicale Lola Levent recommande à plusieurs reprises la lecture de Pas là pour plaire !
Mi-novembre, des rappeuses marseillaises se sont rĂ©unies pour proposer une nouvelle version de 13âOrganisĂ©, la compilation du collectif Jul, avec ue cinquantaine de rappeurs, dont une seule femme. Les huit rappeuses ont rĂ©ppliquĂ© avec un remix, rappelant leur existence. Dans ce mĂȘme mouvement pour faire tomber la cape dâinvisibilitĂ© dont elles se passeraient bien, Bettina Ghio a publiĂ© Pas lĂ pour plaire ! , en se prĂ©sentant dâentrĂ©e comme âune femme dâune quarantaine dâannĂ©es, enseignante, blanche, avec un accent Ă©tranger quâon qualifie souvent de dĂ©licieux , mais aussi fĂ©ministeâ, et qui donc, aime le rap. [âŠ] Dans son livre, elle dĂ©fend lâidĂ©e que le rap de femmes permet mieux encore de dĂ©montrer les clichĂ©s qui pĂšsent sur ce genre, âun art du texte fondĂ© sur une performance vocale agonistique, combative, dont ces rappeuses sâemparent avec gĂ©nie.â Et dont elle dĂ©montre quâil est tout Ă fait compatible avec le fĂ©minisme.
Son livre articule ainsi des portraits de pionniĂšres françaises et une analyse de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de rappeuses qui remet les femmes Ă leur place dans le rap : centre depuis les dĂ©buts. [âŠ]
Lâarticle est Ă lire en intĂ©gralitĂ© sur LibĂ©ration
LâHĂ©roĂŻne du Nova jour est enseignante et Ă©crivaine. Elle sâappelle Bettina Ghio, elle publie Pas lĂ pour plaire, portraits de rappeuses.
Au micro de Jeanne Lacaille, elle explique son ouvrage musical qui sâinterroge sur la place et la fonction des femmes dans le rap français.
Un ouvrage dense, musical, extrĂȘmement bien documentĂ©.
Un entretien à réécouter sur le site de Nova
âHyper fourni, hyper intĂ©ressant, hyper riche.â
Ă la 50e minute, le livre de Bettina est chroniquĂ© est on en dit beaucoup de bien. On vous invite Ă réécouter toute lâĂ©mission passionnante ICI
Quelle place pour les femmes dans le rap ?
Invitées :
âą Bettina Ghio pour son livre « Pas lĂ pour plaire ! â Portraits de rappeuses » aux Editions Le mot et le reste, 2020
⹠Eloïse Bouton, journaliste indépendante et autrice, fondatrice de Madame Rap, le premier média en France dédié aux femmes et aux LGBT+ dans le hip hop
Alors que lâindustrie de la musique cherche encore les moyens dâamĂ©liorer la paritĂ©, les rappeuses ne se rĂ©duisent pas Ă lutter pour leur lĂ©gitimitĂ© dans un milieu qui les maintient minoritaires. Un livre de portraits, «Pas lĂ pour plaire!», fait honneur Ă leurs Ćuvres.
«Mon statut dâfemme fait de moi une exclue mise de cĂŽtĂ©/pas cotĂ©e, y a quâles mecs qui peuvent sâla raconter»: en 1999, la rappeuse Lady Laistee sortait For the Ladies, plaidoyer pour la paritĂ© dans le milieu du hip-hop. Vingt ans plus tard, Chilla, la native du pays de Gex, chante toujours le mĂȘme refrain: «Il nây a pas de place dans le game pour les femmes/Je retourne la donne et vous donne du glam, han!»
Aujourdâhui, dans lâespace francophone europĂ©en, 95% des albums de rap sont signĂ©s par des artistes masculins. OĂč sont les femmes? «Les rappeuses ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sentes. Simplement, elles nâont pas le mĂȘme statut de notoriĂ©tĂ© que les hommes. Ce problĂšme dâinvisibilitĂ© nâest pas lâexclusivitĂ© du rap, il existe Ă tous les niveaux de la sociĂ©tĂ©. Accuser le rap de misogynie, câest une maniĂšre de minimiser la place et lâĆuvre des rappeuses.»
Lisez la chronique intégrale sur Le Temps
Dans le monde de la musique, lâinvisibilitĂ© des femmes demeure un problĂšme. Mais les choses peuvent â et doivent â changer.
Joan Baez pour les annĂ©es 1960, Janis Joplin pour les sauvages seventies, Madonna la dĂ©cennie suivante, puis CĂ©line Dion, Rihanna et enfin Taylor Swift. A chaque dĂ©cennie sa grande star fĂ©minine. A cette liste, on pourrait encore ajouter, de Patti Smith Ă PJ Harvey, des musiciennes qui ont Ă©crit de belles pages du grand livre du rock alternatif. Mais, irrĂ©mĂ©diablement, vient ensuite cette remarque : pourquoi lâindustrie musicale compte-t-elle finalement aussi peu de femmes? Ou, plus prosaĂŻquement : faut-il ĂȘtre un mec pour ĂȘtre une superstar traversant les Ăąges?
Câest ce que tendrait en tout cas Ă prouver la liste des artistes intronisĂ©s au fameux Rock and Roll Hall of Fame. Sur plus de 230 noms, le pourcentage de filles se monte Ă un petit 12%. Lâunivers du rap et des musiques urbaines, plus connu pour son sexisme que ses appels Ă lâĂ©galitĂ©, est aujourdâhui confrontĂ© au mĂȘme problĂšme. «Dans lâespace francophone europĂ©en, 95% des albums de rap sont signĂ©s par des artistes masculins», Ă©crivait la semaine derniĂšre une collĂšgue Ă lâoccasion de la sortie dâun livre essentiel : Pas lĂ pour plaire! Portraits de rappeuses.
Son autrice, Bettina Ghio, y relĂšve que « ce problĂšme dâinvisibilitĂ© nâest pas lâexclusivitĂ© du rap, il existe Ă tous les niveaux de la sociĂ©tĂ©. Accuser le rap de misogynie, câest une maniĂšre de minimiser la place et lâĆuvre des rappeuses. » Que faire, dĂšs lors, pour inverser la tendance? Plusieurs initiatives ont ces derniĂšres annĂ©es vu le jour, de mĂȘme que les paroles se libĂšrent. Faut-il imposer des quotas? Ce nâest certainement pas la meilleure des solutions. Mieux vaut se montrer proactif.
[âŠ]
Lisez la chronique entiĂšre sur le site du Temps
SalomĂ© Kiner a interviewĂ© Bettina Ghio pour la RTS. Lâoccasion dâaborder, en cinq Ă©pisodes de 15 minutes, son nouveau livre consacrĂ© au femmes dans le rap francophone.
En finissant, il y a quelques semaines, Rap ta France de JoseÌ-Louis Bocquet et Philippe Pierre-Adolphe, une question me revenait inlassablement : « ouÌ sont les femmes ? ».
Trop souvent oublieÌes, mises de coÌteÌ et invisibiliseÌes, les rappeuses ne sont que trop peu inteÌgreÌes dans les ouvrages qui traitent du rap ou de la musique en geÌneÌral : beaucoup soulignent lâabsence des femmes. Pourtant, preÌsentes, les femmes le sont, et depuis lâarriveÌe du rap en France.
Câest aÌ la suite de ce constat que Bettina Ghio deÌcide dâeÌcrire un livre en mettant en valeur non pas lâabsence mais la preÌsence des femmes dans le rap.
[âŠ]
Bettina Ghio parle eÌgalement de toutes celles qui â aÌ deÌfaut dâeÌtre sur sceÌne â ont participeÌ et participent toujours aÌ lâancrage, Ă lâeÌvolution et au partage de cette musique et de la culture hip hop, aÌ lâinstar des photographes, des productrices ou des directrices artistiques.
Je souligne aussi que la majoriteÌ des scientifiques, journalistes, essayistes, philosophes ou musicologues citeÌs dans cet ouvrage sont des femmes : Mona Chollet, Elsa Dorlin, Patricia Hill Collins ou Sylvia Federici pour ne citer quâelles.
Ce travail de recherche treÌs pousseÌ nâexige nullement dâeÌtre accoutumeÌ aÌ lâeÌcriture universitaire ou dâeÌtre un eÌrudit de la raposheÌre francophone car il accompagne le lecteur dans la deÌcouverte dâune musique, dâun milieu, de ses codes et de ses interpreÌtes. Ce livre brise certaines ideÌes reçues pouvant encore aujourdâhui donner aÌ cette musique la reÌputation dâeÌtre misogyne.
Dans la ligneÌe du travail dâAngela Davis dans Blues et FeÌminisme, Bettina Ghio montre des musiciennes qui pour beaucoup vont aÌ lâencontre des exigences commerciales et deÌconstruisent les comportements genreÌs et sexueÌs.
Ce sont des femmes, des rappeuses et elles ne sont pas laÌ pour plaire !
La chronique intégrale est en ligne
La revue Contretemps vous propose de découvrir des bonnes feuilles du nouvel essai de Bettina Ghio consacré à la place des femmes dans le rap français.
Des extraits inédits à lire sur le site de Contretemps
Pas lĂ pour plaire! Câest le titre de lâouvrage que vient de faire paraĂźtre Bettina Ghio chez Le Mot
et le Reste. Ce livre sâinterroge sur la place des femmes dans le rap français, en sâintĂ©ressant aux diffĂ©rentes thĂ©matiques qui touchent leur condition et Ă©mancipation puis en donnant la parole aux actrices de la scĂšne rap, comme Casey, Keny Arkana ou mĂȘme Diamâs. Lâauteure y explique aussi par
exemple les spécificités langagiÚres et musicales du rap, fait par des femmes. Passionnant.
Un livre analyse les spécificités du rap fait par des femmes. Le parcours des pionniÚres francophones est complété par un repérage de la relÚve, dont la Suissesse KT Gorique, qui sort son nouvel album.
Quelle place pour les rappeuses en France et plus largement dans lâespace francophone? Sexisme, amalgames, genre, reprĂ©sentations du corps fĂ©minin, condition et sexualitĂ© fĂ©minine, Ă©mancipation, rĂ©cupĂ©rations : autant de thĂ©matiques abordĂ©es par Bettina Ghio dans Pas lĂ pour plaire! Un livre qui paraĂźt aux Ă©ditions Le Mot et le Reste, Ă la suite dâun prĂ©cĂ©dent ouvrage de lâautrice consacrĂ© aux textes
du rap (Sans fautes de frappe, 2016). Docteure en littĂ©rature et civilisation françaises, enseignante au lycĂ©e, Bettina Ghio part dâun constat : les rappeuses dĂ©jouent les attentes de genre, tant vocalement en se dĂ©marquant de lâutilisation mĂ©lodieuse de la voix, que par lâusage dâun verbe haut voire violent, ou encore en adoptant des tenues non genrĂ©es (le survĂȘtâ, les baggies, la casquette). ScindĂ© en trois volets, Pas lĂ pour plaire! revient sur le parcours des pionniĂšres avant de brosser le portrait de trois incontournables aux trajectoires contrastĂ©es (Diamâs, Keny Arkana, Casey). Le livre dresse aussi la liste des hĂ©ritiĂšres dans toute leur diversitĂ© â on y trouve quelques Suissesses comme La Gale ou KT Gorique. Un panorama rĂ©trospectif et prospectif passionnant.
Entretien.
DĂ©couvrez lâinterview donnĂ©e par Bettina au Courrier sur leur site
Bettina Ghio est lâinvitĂ©e dâIsabelle Kortian sur le plateau du Monde en questions Ă lâoccasion de la parution de son livre Pas lĂ pour plaire!. Plus dâun heure dâĂ©mission, en musique, pour revenir sur la place des femmes dans le rap français.
Ăcoutez lâĂ©mission sur Cause Commune
Quatre ans aprÚs la sortie de son essai Sans fautes de frappe. Rap et littérature qui a su décrédibiliser les clichés les plus tenaces au regard de la culture littéraire des rappeurs, Bettina Ghio, docteure en littérature et civilisation françaises a récemment publié Pas là pour plaire ! de nouveau chez Le Mot et le le reste.
Cet ouvrage sâinterroge sur la place des femmes dans le rap français, en sâintĂ©ressant aux diffĂ©rentes thĂ©matiques qui touchent leur condition et Ă©mancipation puis en donnant la parole aux actrices de la scĂšne rap, par la mise en lumiĂšre de leurs Ćuvres et parcours. Il est question des pionniĂšres â prĂ©sentes dĂšs la naissance du genre et invisibilisĂ©es au moment de son Ăąge dâor â, des figures incontournables que sont Diamâs, Casey et Keny Arkana, qui reprĂ©sentent chacune une facette diffĂ©rente de la rappeuse, et des hĂ©ritiĂšres, de plus en plus nombreuses, pour lesquelles lâurgence est dans la libĂ©ration des femmes et se ressent aussi bien dans leurs textes que dans leur attitude. Dans la lignĂ©e de Sans fautes de frappe, lâauteure explique ici les spĂ©cificitĂ©s langagiĂšres et musicales du rap, fait par des femmes, et dĂ©monte les clichĂ©s visant Ă lâextraire dâune culture musicale francophone, en dĂ©pit de son succĂšs populaire.
Des femmes, il y en a dĂšs le dĂ©but du rap français, nâen dĂ©plaise aux labels qui prĂ©fĂšrent soutenir les hommes ou garder les femmes dans les rĂŽles de danseuses ou de faire-valoir. On connaĂźt Sydney, lâanimateur de lâĂ©mission H.I.P.H.O.P., mais câest Marie-France BriĂšre qui produit lâĂ©mission, et Laurence Touitou, future directrice dâun label rap, et Sophie Bramly, photographe, qui travaillent Ă lâĂ©mission (et quâon ne voit pas Ă lâĂ©cran). Ce livre, Pas lĂ pour plaire, montre que les femmes, dans le rap, ne sont pas plus mal traitĂ©es que dans le reste de la sociĂ©tĂ© : le rap nâest pas hors sol.
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Bettina Ghio documente des premiĂšres annĂ©es Ă nos jours une histoire trĂšs intĂ©ressante et hors des potins dâusage. Son livre est fait en trois parties principales : Les pionniĂšres, les incontournables â Diamâs, Keny Arkana, Casey -, les hĂ©ritiĂšres. Si vous le lisez, vous Ă©couterez le rap, ses rythmes et ses textes, comme jamais auparavant.
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Initialement invitée à participer aux excellentes ColÚres du Présent, Bettina Ghio a finalement écrit ce texte, sur proposition des équipes du festival, pour enrichir leur édition 2020 qui serait inévitablement numérique.
La consigne Ă©tait dâĂ©crire sur le monde dâaprĂšs, mais jâai plutĂŽt envie dâĂ©crire sur le monde de maintenant. Sur ce monde qui sâest retrouvĂ© soudainement suspendu, mis de cĂŽtĂ©, entre parenthĂšses. Au dĂ©but du confinement, la boule au ventre, on avait tous et toutes plus ou moins la sensation dâĂȘtre des protagonistes dâun roman dâanticipation, dâun film de catastrophe ou de contagion. Ce quâon croyait jusquâici ĂȘtre de la fiction, de lâimpossible, est devenu rĂ©el. DĂšs le dĂ©but, jâai pensĂ© Ă lâalerte lancĂ©e par la jeunesse ces deux derniĂšres annĂ©es sur la question environnementale et le dĂ©sastre qui arrivait. Mais jâavoue que ce futur inquiĂ©tant me semblait alors abstrait et incertain, et surtout un peu plus lointain. Bien que nos gouvernants nâaient jamais pris au sĂ©rieux ces revendications â et avec une condescendante attitude anti-jeune et misogyne notamment Ă lâĂ©gard de Greta Thunberg â on a compris que ce futur est maintenant et quâil est arrivĂ© comme ça. On expĂ©rimente la forme que prendra dorĂ©navant la vie face Ă des catastrophes climatiques et des dĂ©rĂšglements environnementaux, dont les Ă©pidĂ©mies font tristement partie. Lâisolement des populations et le confinement, tout comme les gestes barriĂšre, seront sĂ»rement des mĂ©thodes quâon devra intĂ©grer dans nos vies.
Mais les jours passant, ce scĂ©nario improbable, plus que de nous confronter au futur dans le prĂ©sent, nous a mis devant la vraie vie, face au monde rĂ©el, celui quâon a construit et quâon a laissĂ© construire. Car la fiction, ce ne sont pas toujours les auteurs qui la produisent, comme dit lâĂ©crivain espagnol Javier Cercas, mais la rĂ©alitĂ© mĂȘme. Câest pour cela quâil est encore trop tĂŽt pour moi de spĂ©culer sur le monde dâaprĂšs, sur ce que ce traumatisme va faire de nous. Jâai besoin de maintenir encore plus longtemps le pied levĂ© de la pĂ©dale dâembrayage du rythme de la vie quotidienne, pour rĂ©flĂ©chir au monde quâon a et qui nous a mis dans une situation pareille.
Je ne vais pas vous mentir, plusieurs aspects du confinement se prĂ©sentent pour moi comme la vie idĂ©ale. Je rĂ©alise la pĂ©nibilitĂ© des transports en commun. Le temps quâon passe lĂ -dedans, entassĂ©.es, souvent harcelĂ©es, poussĂ©.es⊠Je suis heureuse de ne plus devoir les prendre tous les jours, de ne pas ĂȘtre obligĂ©e de me lever deux heures plus tĂŽt que le dĂ©but de mes cours. Du temps que je gagne pour moi chaque matin, plus celui du soir. Je me plais Ă travailler chez moi, dans le calme, loin du brouhaha du lycĂ©e. Câest mon cĂŽtĂ© solitaire, anti-social : dans mon bureau avec mes livres, une tasse de thĂ© Ă cĂŽtĂ© de mon ordinateur. Je comprends aussi que je ne passais pas assez de temps avec mon fils. Le temps Ă©tait mĂ©diocre, partagĂ© entre la fatigue de la fin de journĂ©e, les mails Ă rĂ©pondre, lâinquiĂ©tude des choses Ă faire pour le lendemain, le bain Ă donner, le repas Ă prĂ©parer, le sac Ă dos Ă laisser prĂȘt. Les minutes restantes, Ă©taient alors pour lui. Mais je ne lâai jamais vu aussi heureux, Ă©panoui, calme, rassurĂ© de se sentir aimĂ© que lors de ce confinement. Comme son pĂšre, je passe une bonne partie de la journĂ©e avec lui. Câest du temps de qualitĂ©, du temps rien que pour lui, rien que pour nous. Il est enchantĂ© de se poser avec ses jouets et ses livres dans sa chambre ou de jouer sur le balcon ensoleillĂ©, que maman et papa fassent avec lui les activitĂ©s proposĂ©es par la maĂźtresse sur la plateforme de lâĂ©cole. Tu prĂ©fĂšres lâĂ©cole ou ĂȘtre avec maman et papa ? â « La maison », me rĂ©pond-il chaque jour.
On dirait que le confinement est fait pour moi, ou plutĂŽt que je suis faite pour⊠Je peux Ă©crire davantage, jardiner, lire, cuisiner, faire du rangement, de lâactivitĂ© physique, prendre de nouvelles des proches, renouer avec des ancien.nes ami.es. Tout cela est Ă©videment possible parce que nous partageons les tĂąches familiales avec mon conjoint et que sâoccuper dâun seul enfant nâest finalement pas si pĂ©nible que ça⊠Jâai enfin du temps pour moi ! Je me rends compte combien jâen manquais dans la vie dâavant. Et je le retrouve paradoxalement dans la contrainte dâĂȘtre enfermĂ©e et isolĂ©e, qui apporte Ă©videmment aussi une part dâangoisse, pour soi et pour les autres.
Or, en me surprenant dans ce type des pensées, je réalise à quel point le confinement est un privilÚge.
Je bĂ©nĂ©ficie de lâinsouciance Ă©conomique de quelquâun dont lâemploi est quasiment garanti. Mon salaire est bien au-dessus du SMIC et sera sur mon compte Ă la fin du mois. MĂȘme si je nâai pas rĂ©ussi Ă faire mon quota horaire via le tĂ©lĂ©-enseignement, surtout parce que je garde mon fils une partie de la journĂ©e, mon crĂ©dit et mon pouvoir dâachat nâauront pas Ă en souffrir. Cette aisance financiĂšre me permet de profiter au mieux de mes journĂ©es confinĂ©es. Jâai un appart spacieux avec un grand balcon pour une petite famille de trois. Dans ce quartier calme, mon fils peut sortir une fois par jour avec sa trottinette. Mais jâai surtout la chance dâĂȘtre confinĂ©e. De ne pas faire partie de « lâarmĂ©e de lâombre de cette guerre sanitaire » qui doit continuer dâaller travailler, de se lever tĂŽt, de prendre les transports pour que le confinement soit possible pour des gens comme moi. Pour que des gens comme moi ne tombent pas malade. Pour que des gens comme moi nâencourent pas le risque dâun refus de soins par manque de lits Ă lâhĂŽpital. Pour que des gens comme moi soient soignĂ©.es sâils ont des symptĂŽmes. Pour que des gens comme moi ne contaminent pas dâautres gens comme moi, si jamais on tombe malade ou quâon est des porteurs sains du virus.
Je ne fais pas partie de celles et ceux qui assurent dans lâinvisibilitĂ© toute sorte de tĂąches. Jâaurais plutĂŽt pu faire partie des gens qui se font livrer des produits frais et bio sur le pas de leurs portes, qui ne manquent de rien lors du confinement, qui font des apĂ©ros virtuels tous les soirs. Dâautres travaillent pour que des gens comme moi soient en sĂ©curitĂ© lorsquâils vont faire les courses. Quâils marchent dans des rues propres, que leurs poubelles ne soient pas entassĂ©es devant chez eux. Je suis heureusement « col blanc » et non pas « col bleu ». Je peux rester chez moi pour tĂ©lĂ©-travailler alors que les autres doivent continuer de produire. Je suis Ă lâabri chez moi, alors que les autres sont la chair Ă canon avec peu de protections salariales comme du matĂ©riel de base face Ă la contagion.
Je ne fais pas partie non plus de toutes celles et ceux pour qui le confinement est une situation pĂ©nible, voire infernale. Jusquâici ma connexion internet marche au top pour tĂ©lĂ©-travailler. Jâai mon propre ordinateur, un autre de secours au cas oĂč. Ma chef dâĂ©tablissement a tenu compte de la pĂ©nibilitĂ© de la situation et a proposĂ© des tĂąches et des Ă©chĂ©ances rĂ©alistes malgrĂ© les consignes du Ministre. Je nâai pas mon fils dans les pattes quand je travaille, mon conjoint sâen occupe. (Jusquâici la date du 11 mai nâavait pas encore Ă©tĂ© prononcĂ©e. Mais, malgrĂ© tous mes privilĂšges, je risque de basculer en nouvelle chair Ă canon pour sauver les privilĂšges des gens encore plus privilĂ©giĂ©s que moi, parce que ça existe).
Lors de ce confinement, je nâarrĂȘte pas de repasser en boucle les textes de rappeuses dans lesquels je me suis plongĂ©e ces deux derniĂšres annĂ©es pour Ă©crire lâouvrage qui se retrouve aussi en quarantaine. Les vies quâils Ă©voquent doivent vivre ce confinement bien diffĂ©remment des gens comme moi. De surcroĂźt, je pense Ă ces ados dont le test grossesse est positif. Les petits amis ne rĂ©pondant plus au tĂ©lĂ©phone, la situation facilitant lâĂ©vitement dâun enfant conçu Ă deux. Les peurs, les inconnus, la solitude, le rejet et lâincomprĂ©hension des parents, le besoin de fuguer, le manque de lâĂ©treinte dâune copine et lâaccĂšs Ă lâIVG possiblement entravĂ© dans cette pĂ©riode. Je pense aussi Ă ces cris dans les chambres Ă coucher, Ă ces coups derriĂšre les portes, Ă ces enfants qui les entendent, Ă ces bleus qui nâont pas besoin de maquillage en pĂ©riode de confinement. Je pense aux nanas qui approchent la quarantaine et portent un poids supplĂ©mentaire, parce que lâhorloge biologique continue de tourner pendant le confinement. Je pense Ă ces mamans qui sont seules, Ă celles qui ont un homme mais qui font quand-mĂȘme tout Ă la maison. A celles pour qui le fait dâĂȘtre toute la journĂ©e chez elles nâest pas nouveau, mais qui sont maintenant enfermĂ©es avec quelquâun quâelles souhaiteraient voir dehors. A cette femme qui vient dâaccoucher et qui fait un baby blues, mais quâon nâa gardĂ© quâun jour Ă la maternitĂ©, les hĂŽpitaux dĂ©bordĂ©s. Aux mamans qui nâont envie de rien faire et quâon culpabilise si elles ne sâoccupent pas comme il faut des enfants. A ces mamans qui ont la boule au ventre parce que leurs garçons sortent faire une course et quâils ont oubliĂ© leur attestation.
Je pense aussi aux HLM Ă©troits, insalubres, aux citĂ©s dortoir sans confort ni loisirs. A tout ce bĂ©ton, Ă ces horizons gris et aux textes de rap qui les dĂ©crivent, les racontent, les fictionnalisent. Je pense aux gamins et aux gamines qui traĂźnent, aux chĂŽmeurs et chĂŽmeuses qui tournent en rond. A toutes ces journĂ©es interminables Ă la citĂ© lorsque lâennui rode et quâon est jeune, pauvre et sans travail. Je pense Ă ce dĂ©sir dâen partir, de quitter pour de bon ces lieux qui dĂ©vorent la jeunesse. Comment seront ces journĂ©es-lĂ quand on est confinĂ©.e ? Par quoi est remplacĂ©e la rue, ce lieu de soulagement qui permet dâĂ©changer et partager les peines, les doutes, de rire, de prendre tout simplement de lâair et de crĂ©er de la culture aux pieds de tours. Ceux et celles qui ne rĂȘvent que dâune autre vie, sont plus que jamais fixĂ©.es dans celle quâils et elles ontâŠ
Ce confinement me fait plus que jamais penser aux banlieues, Ă tous les quartiers populaires, au 93 en particulier, « laboratoire de la France », comme dit la rappeuse Casey. Sa grande richesse cosmopolite favorise « un laboratoire linguistique » et culturel, mais il est en mĂȘme temps « le pire cauchemar » de lâĂtat, toujours en conflit avec les immigrĂ©.es. Lorsque je vois passer les hĂ©licoptĂšres, je sais que ce nâest pas pour surveiller des gens comme moi, je suis une bonne Ă©lĂšve du confinement. Ils rappellent Ă lâordre une population qui est le mauvais exemple du confinement, celle « qui serait toujours prompte Ă se soustraire Ă la rĂšgle commune ». Celle qui ne sait pas rester Ă dix dans 30m2. Celle incapable de tĂ©lĂ©travailler et de tĂ©lĂ©-Ă©tudier avec un seul ordinateur Ă la maison, au mieux⊠Celle qui, parfois sans papiers, ne bĂ©nĂ©ficie dâaucune protection officielle et doit ruser pour gagner sa vie. Celle apeurĂ©e des contrĂŽles policiers. Celle qui si jamais elle tombe malade, câest forcĂ©ment sa faute, parce quâelle nâa pas respectĂ© le confinement, indisciplinĂ©e quâelle est.
Jâaurais pu ĂȘtre de ceux et de celles qui sâindignent de ces comportements. Lire rĂ©voltĂ©e la presse qui signale le nombre record dâamendes en Seine Saint Denis face Ă lâindiscipline des banlieusard.e.s et soutenir la litanie sans fin dâarticles qui sâapitoient sur la difficultĂ© des Parisiens Ă rester chez eux. La « crĂ©ature ratĂ©e » de Casey refait surface une nouvelle fois. Câest celle qui a toujours tort, elle est le « mal incarnĂ© », « lâennemie des valeurs ». Elle est toujours une « menace », la honte de la RĂ©publique. Aujourdâhui les services de rĂ©animation de ces « territoires perdus », comme ceux de la Seine Saint Denis, sont les plus saturĂ©s. Cela serait « une preuve infaillible du manquement des habitants de ce dĂ©partement emblĂ©matique du « problĂšme des banlieues » aux rĂšgles Ă©lĂ©mentaires du vivre-ensemble en temps de pandĂ©mie ». Câest sĂ»rement la faute de ces populations. Avec cette attitude irresponsable, ils mettent la vie de gens comme moi en danger⊠Comme si le gros des troupes qui sont « en premiĂšre ligne pour faire tourner un pays mis Ă lâarrĂȘt par le coronavirus » nâhabitent pas ces quartiers populairesâŠ
Je veux encore profiter de ce monde arrĂȘtĂ© qui rend transparente la vraie vie. Il me plaĂźt autant quâil me terrorise. Câest le monde de maintenant qui me laisse me surprendre et me surprend Ă©veillĂ©e. Car je peux encore rĂȘver Ă la fin des injustices et des inĂ©galitĂ©s, Ă la fin du patriarcat, Ă la fin du nĂ©olibĂ©ralisme. Je peux encore croire quâaprĂšs ce quâon vit, un capitalisme renforcĂ©, autoritaire, ne surviendra pas. Le monde de maintenant me permet encore de croire que câest possible que le monde dâaprĂšs ne ressemble plus Ă la vie dâavant.
Bettina Ghio