🔍
Parution : 19/05/2011
ISBN : 9782360540228
328 pages

24 €

Paroles

Introduction d'Olivier Bailly

Dick Annegarn aborde la soixantaine en publiant Ă  quelques mois d’intervalle un disque et un livre qui dressent le bilan d’une carriĂšre de quarante ans. Folk Talk, son dernier album, remonte aux sources de son histoire musicale. “ Officiellement “ Dick Annegarn est auteur-compositeur-interprĂšte, une appellation trop orthodoxe pour cet irrĂ©gulier du verbe qui n’écrit pas comme “ on doit “. Au grand examen de la chanson française, il est recalĂ©. Il chante comme il Ă©crit, Ă©crit comme il parle. Sa parole est brute. C’est celle qu’on Ă©change dans la rue, au bistrot, partout oĂč l’homme se mĂ©lange. Folk signifie peuple, c’est de lĂ  qu’il vient.

Dick Annegarn est l’auteur de “ Bruxelles “, “ Mireille “, “ SacrĂ© gĂ©ranium “, “ BĂ©bĂ© Ă©lĂ©phant “, des comptines qui se finissent mal, chansons fleuves Ă  double fond ou chansons Ă  tiroirs et Ă  clĂ©s. Benedictus Albertus Annegarn est un citoyen du monde, dont la vie nomade le voit naĂźtre en Hollande avant de passer son adolescence Ă  Bruxelles oĂč il apprend la guitare en autodidacte puis dĂ©barquer Ă  Paris en 1972. En 1978, ĂągĂ© de vingt-six ans, il se lasse du show-business, prĂ©fĂ©rant sa libertĂ© aux compromis d’un milieu dont il se sent Ă©tranger. Il tiendra une Ă©picerie sur une pĂ©niche, collectera la parole des citoyens, continuera Ă  produire des disques. Cela durera vingt ans, presque. Les plus jeunes redĂ©couvrent ce chanteur Ă  la voix Ă©paisse et au jeu de guitare complexe. Ils s’initient Ă  la prosodie et Ă  la syntaxe de ce “beur hollandais” qui barbarise la langue, lui enlĂšve son corset, la rend aimable et proche de nous, loin de l’acadĂ©misme froid. Éternel Ă©tranger, irrĂ©gulier, Dick Annegarn vit dans un village du sud-ouest de la France, quand il n’est pas sur les routes pour rencontrer son public. Il est l’auteur de plus de cent quatre-vingts textes de chansons qui font l’objet de cet ouvrage. Cette somme est complĂ©tĂ©e par des photographies, un retour sur la carriĂšre du musicien et une analyse thĂ©matique des chansons par Olivier Bailly, journaliste indĂ©pendant, en collaboration avec l’auteur.

Revue de presse

- Dans le sens du Vian Bruno Pfeiffer ça va jazzer ! 28 décembre 2011
- LE BILLET DE TRAIN DE DICK ANNEGARN Nos Enchanteurs
- Des lectures musicale pour l'été Raymond Sérini Nouvelle Vague 20 juillet 2011
- Paroles Olivier Martin Idoles Mag Août 2011
- Paroles Alain Pilot RFI // Bande passante 16 juillet 2011
- LES MOTS DITS DE L'AMI DICK THIERRY COLJON LE SOIR 13 juillet 2011
- Dick Annegarn au micro de France Bleue France Bleue // Les Francofolies de La Rochelle 13 juillet 2011
- SI DICK ANNEGARN EST UNE TRUITE, CAPTAIN BEEFHEART S'APPELLE LEIBNIZ Guy Darol LE MAGAZINE DES LIVRES juillet-août 2011
- LE FOLK EN 4 LECONS Marie GALLIC et Johanna LUYSSEN Causette juillet-août 2011
- Paroles Richard ROBERT L'Oreille absolue mai 2011
- ANNEGARN JOUE AVEC SES MOTS Yves Gabay LA DÉPÊCHE DU MIDI 10 juin 2011
- Paroles Marie Gallic NABBU juin 2011
- DICK ANNEGARN COURT TOUJOURS... Isabelle RAEPSAET Nord Eclair 8 juin 2011
- DICK ANNEGARN SE LIVRE les Inrockuptibles 1er - 7 juin 2011
- EN GARDE, V'LA ANNEGARN Denis Bonneville La Marseillaise 27 mai 2011
- DICK ANNEGARN INSPIRE PAR LES BELLES LETTRES Olga Bibiloni La Provence 27 mai 2011
- Paroles Noé Gaillard Murmures juin 2011
- LA MATIERE DES MOTS : PAROLES Laurent Demoulin Culture, journal de l'université de LiÚge mai 2011
- DICK ANNEGARN l'AMERICAIN RFI Musique février 2011

- Dans le sens du Vian

Parmi les conseils de lectures musicales de Bruno Pfeiffer, pour cette fin d’annĂ©e 2011, l’accent est mis sur Dick Annegarn et ses paroles :

“Les chansons de Dick Annegarn, cela fait trente ans que je les Ă©coute. Bruxelles, SacrĂ© GĂ©ranium, Mireille, BĂ©bĂ© ElĂ©phant, colorient mon imaginaire. SinguliĂšrement, les amateurs de chansons francophone placent le Hollandais loin derriĂšre la sainte trinitĂ© (Brassens, Brel, FerrĂ©). Dommageable erreur d’apprĂ©ciation. En effet, avec Paroles (Editions Le Mot et le Reste), 180 exemples plaident pour ranger Messire Benedictus Albertus Annegarn, troubadour folk nĂ© en 1952 Ă  La Haye, parmi les crĂ©ateurs majuscules, au mĂȘme titre qu’un FĂ©lix Leclerc. Ou qu’un Guy BĂ©art. Ecoutez Folk Talk, son dernier CD, sur le label TĂŽt ou Tard : total canon dans la tradition du genre. Une bio fouillĂ©e, ainsi qu’une analyse thĂ©matique des chansons, complĂštent la somme.”

ça va jazzer

Bruno Pfeiffer
ça va jazzer ! 28 décembre 2011

- LE BILLET DE TRAIN DE DICK ANNEGARN

A cette Ă©poque-lĂ , il avait, hasard extraordinaire, son clone de papier, croquĂ© par Cabu : ce grand Duduche dodelinant, grand et maigre, petites lunettes rondes, jean et baskets, cheveux blonds
 Pareil pour Dick Annegarn, grand Ă©chalas chantant, un peu paumĂ© dans un monde si diffĂ©rent de lui. Hollandais vivant pour l’heure Ă  Bruxelles, le jeune Annegarn prend le train pour Paris, lĂ  oĂč « une nouvelle chanson arrivait : Higelin, Claude Nougaro, Marcel Dadi
 » Dick n’envisage rien dans la chanson, ni disques ni carriĂšre : il a juste, grand luxe, une annĂ©e Ă  perdre. Un de ses amis, ça tombe bien, a un pied-Ă -terre Ă  Paris : « J’ai passĂ© un week-end qui a durĂ© quelques mois ». Dans la Capitale, l’excellent guitariste qu’il est reprend des standards amĂ©ricains, fait pas mal d’autres dĂ©couvertes, s’imprĂšgne de jazz. Et se constitue un rĂ©pertoire français « pour tourner quelques mois en France » puis repartir : « Trenet chante « Madame, vous oubliez votre cheval ! », j’en ai fait « Ah ce qu’on est bien dans ce jardin ! » J’ai rĂ©alisĂ© des commandes que je me suis passĂ©es Ă  moi-mĂȘme. La musique du refrain d’ « Ubu » est inspirĂ©e de « Valentine » de Maurice Chevalier. » Il chante ici et lĂ  et ça se remarque. Maxime Le Forestier a repĂ©rĂ© cet olibrius et le prĂ©sente Ă  Jacques Bedos, directeur artistique chez Polydor. Nous sommes en 1973. Devant Bedos, Dick interprĂšte Bruxelles. Silence, Bedos rĂ©flĂ©chit. Et temporise : « On va voir
 » « Comment, on va voir ? fait mine de s’insurger Annegarn. J’ai mon billet de train. Il est valable trois jours, il me faut un contrat dans trois jours, le disque dans trois mois et un contrat de trois ans, sinon je rentre Ă  Bruxelles, ça en m’intĂ©resse pas. » Dick bluffe : il n’avait pas de billet de train


Peu ou prou, vous connaissez la suite. Mais sans doute pas vraiment. L’autobiographie de Dick Annegarn est en exergue de son livre « Paroles » : l’intĂ©grale de ses presque deux-cent textes, diluĂ©s dans l’ordre alphabĂ©tique. La partie « bio » est partagĂ©e, en guise d’introduction, sous forme d’interview, avec Olivier Bailly. Et c’est passionnant, vivant, nerveux, trĂ©pidant. Il y a quelques mois, Dick Annegarn a sorti un nouvel album, « Folk talk » (toujours chez TĂŽt ou tard), oĂč il retourne aux origines de son art, ses fondamentaux Ă  lui, reprenant ces fameux standards amĂ©ricains. C’est dire si ce livre fait Ă©cho. Un beau livre du reste, au papier soyeux, au format sympa, pavĂ© qui tient bien en mains. Qui donne envie de se replonger dans tout Dick Annegarn, dans ce qui est connu (Ubu, L’institutrice, BĂ©bĂ© Ă©lĂ©phant, Mireille, La transformation, Le grand dĂźner, Albert
) bien sĂ»r, et dans tout le reste, dans son mĂ©tier de chanteur et ses ruptures, son statut qui, au fil des ans, est devenu sa stature.

Dick Annegarn (et Olivier Bailly), « Paroles », 2011, collection Ecrits aux éditions Le Mot et le reste ; le site de Dick Annegarn.

Nos enchanteurs

Nos Enchanteurs

- Des lectures musicale pour l'été

Note : 4
Quelques nouveautĂ©s bienvenues chez l’excellent Ă©diteur provençal Le Mot et Le Reste. JĂ©rĂŽme Solal consacre un ouvrage concis Ă  Antony Hegarty, chanteur d’Antony & the Johnsons, auteur d’une poignĂ©e d’albums envoĂ»tants, sobrement intitulĂ© La Voix d’Antony. BenoĂźt Delaune s’attarde lui, Ă  dĂ©crypter l’Ɠuvre du Captain Beefheart and His Magic Band(s), quelques mois aprĂšs la mort du musicien et peintre, ami de Franck Zappa. Enfin, l’éditeur propose l’intĂ©grale des textes d’un chanteur, l’enthousiasmant Dick Annegarn, agrĂ©mentĂ©e de quelques trĂšs belles photos de cet inlassable baroudeur. Trois beaux ouvrages pour dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir trois artistes inclassables, libres, indispensables


Raymond Sérini
Nouvelle Vague 20 juillet 2011

- Paroles

Belle idĂ©e que ce recueil de « Paroles » de Dick Annegarn, aux Éditions « Le mot et le Reste ».

La parole de Dick Annegarn est brute. Souvent, il invente des mots, comme le faisait Rimbaud. Ses nĂ©ologismes, toujours Ă  propos, font d’ailleurs partie intĂ©grante de son oeuvre. Comme il le dit lui-mĂȘme, « Je pratique, j’écris le Français parlĂ© ».

NĂ© aux Pays-Bas, Dick Annegarn se dĂ©finit comme un « Nolandais ». Il passe une bonne partie de sa jeunesse en Belgique avant de partir s’installer Ă  Paris. C’est lĂ  qu’il rencontre Jacques Bedos, alors Directeur Artistique chez Polydor. Annegarn lui prĂ©sente ses chansons, Bedos lui dit « On va voir ». Dick lui explique alors qu’il doit repartir pour Bruxelles dans les trois jours, donc, il lui signe un contrat ou non. Un coup de bluff qui lui offrira son premier contrat dans une maison de disques. La suite, on la connaĂźt, ou presque.

Les premiĂšres pages de cet ouvrage retracent la vie et la carriĂšre de Dick Annegarn. N’allez pas penser qu’il s’agit d’une biographie, pas du tout. Il s’agit plutĂŽt d’un survol du parcours de Dick Annegarn fait par Olivier Bailly, et commentĂ© par le principal intĂ©ressĂ©. On y trouve tout de mĂȘme diffĂ©rentes petites anecdotes assez amusantes, comme celle de la chanson « Il pleut », qui figure sur l’album « Approche-toi » paru en 1998, qui est une chanson Ă©crite en 1973 originellement pour Françoise Hardy
 qui la lui a refusĂ©e parce qu’elle Ă©tait trop difficile Ă  chanter. Il lui proposera quelques annĂ©es plus tard « ChĂąteaux d’Edgar Allan Poe », « parce qu’il n’y avait que trois notes » 
Tout au long de cette introduction aux textes de ses chansons, Dick Annegarn commente son Ɠuvre, mais aussi son parcours d’artiste et d’homme. Il y explique que pour lui l’homosexualitĂ© « a toujours Ă©tĂ© une insulte aux certitudes, aux conventions », que « c’est une forme de rĂ©volte plus qu’une sexualitĂ© ». Il Ă©voque Ă©galement « Bruxelles », dans laquelle il Ă©crit une lettre Ă  Bruxelles, mais il faut comprendre Michel
 « Bruxelles », chanson ĂŽ combien emblĂ©matique de son rĂ©pertoire, aborde l’ambiguĂŻtĂ© et la solitude, deux thĂšmes rĂ©currents dans l’Ɠuvre d’Annegarn.

À la lecture de ses « Paroles », on se rend compte que les mots de Dick Annegarn peuvent exister sans ses mĂ©lodies. On en oublie les chansons, pour se concentrer sur la poĂ©sie des mots. On se plaĂźt Ă  redĂ©couvrir l’artiste ou du moins, on aborde son Ɠuvre diffĂ©remment. Saluons l’analyse thĂ©matique des chansons par Olivier Bailly et les Éditions Le mot et Le Reste pour cet ouvrage particuliĂšrement intĂ©ressant.

Dick Annegarn est certes auteur, mais il est essentiellement chanteur! Son dernier album, « Folk Talk » est sorti chez TĂŽt ou Tard le 7 fĂ©vrier dernier. Vous pourrez aller l’applaudir Ă  la FĂȘte de l’HumanitĂ© Ă  La Courneuve (93) en septembre, Ă  Toulouse (31) le 21 septembre, Ă  Lattes (34) le 29 septembre, Ă  Bruxelles le 1er octobre et Ă  Nantes (44) le 18 octobre.

Idoles Mag

Olivier Martin
Idoles Mag Août 2011

- Paroles

A l’occasion de la parution de l’ouvrage PAROLES, interview et enregistrement acoustique live de Dick Annegarn sur les ondes de radio France internationale (RFI / Ă©mission bande passante).

Pour réécouter l’émission :

bande passante

Alain Pilot
RFI // Bande passante 16 juillet 2011

- LES MOTS DITS DE L'AMI DICK

*” LESMOTSDITS DE L’AMIDICK “
Le Livre « Paroles » rassemble tous les textes de Dick Annegarn*

Bonnes nouvelles de l’éternel exilĂ© gascon, le « Nolandais » qui a laissĂ© Ă  Bruxelles une adolescence et surtout une chanson superbe du mĂȘme nom. Dick Annegarn, le fou des mots, est de retour, Ă  59 ans, en disque, sur scĂšne et en librairie. Dick a publiĂ©, il y a quelques mois, son premier album en anglais, Folk Talk, qu’il dĂ©fendra au Théùtre 140 le 1er octobre, quarante ans aprĂšs y avoir mis les pieds une premiĂšre fois. Un disque oĂč il reprend les chansons des maĂźtres du blues et du folk amĂ©ricains.
Et voilĂ  maintenant qu’il publie Paroles, qui regroupe tous ses textes, des photos et une notice biographique. Tout cela a comme un goĂ»t de bilan : « Paroles, c’est mon idĂ©e, nous avoue-t-il. C’est un livre durable, avec une belle typographie. Paroles de Dick, ça fait un peu parole de Dieu, un petit cĂŽtĂ© biblique et spirituel. C’est la premiĂšre fois que tous mes textes sont ainsi rĂ©unis. Quand je pense que pour la compilation hommage Le grand dĂźner, l’éditeur des chansons voulait nous faire payer si on reproduisait les paroles dans le livret
 Dans les paroles se trouvent la musique et le sens de la musique. Il y a des chansons qui sont des blagues, comme “Ubu”, qui n’était pas faite pour ĂȘtre Ă©crite. Il y en a plus de 180 par ordre alphabĂ©tique, sans chronologie particuliĂšre. C’est un peu dĂ©sinvolte, oui. »
C’est le plus grand des hasards qui fait que cette somme francophone arrive au mĂȘme moment que son entrĂ©e dans la chanson anglo-saxonne : « Pour moi, c’est un retour aux
sources. J’aurais dĂ» commencer ma carriĂšre par Folk Talk. Ce disque honore les grands, c’est honneur aux ancĂȘtres et sur scĂšne, il n’y aura qu’eux. Toute ma vie, j’ai voulu Ă©crire le folk de l’avenir. J’ai toujours essayĂ© d’ĂȘtre folk en Ă©crivant mes chansons en français. Le folk est une formule qui reste. Il y a des bulles dans les mots. Mon envie Ă©tait de marquer les esprits, mĂȘme si la volontĂ© de vendre des disques n’est pas drĂŽle. J’ai Ă©crit quelques chansons en anglais, notamment une pour Ray Charles. C’est plus facile pour les diphtongues mais je n’ai pas assez de vocabulaire ni de pratique. »
Depuis dix ans, Dick Annegarn organise en Haute-Garonne, oĂč il vit, un Festival du Verbe. Fait Docteur Honoris Causa en 2009 par l’UniversitĂ© de LiĂšge, Dick a Ă©tĂ© sollicitĂ© pour monter en bord de Meuse un Festival international du Verbe, Annegarn a rĂ©pondu prĂ©sent.
AprĂšs plusieurs reports, le festival devait se dĂ©rouler en juin dernier, avant d’ĂȘtre dĂ©finitivement annulĂ©. Dick est loin d’ĂȘtre heureux de la chose, vu qu’il s’y est longtemps investi : « De nombreux invitĂ©s avaient dĂ©jĂ  donnĂ© leur accord : Calogero, Axelle Red, Dave, Christophe
 Mais l’acadĂ©misme a eu raison du recteur. Certains, apparemment, ont pris peur de l’aspect social, alternatif, militant du festival. Je n’ai jamais parlĂ© d’argent et les artistes ne demandaient rien mais monter une telle manifestation, ça coĂ»te un peu d’argent tout de mĂȘme. Devant l’incapacitĂ© de l’UniversitĂ© d’organiser ce festival, je prĂ©fĂšre laisser tomber. En automne, on va monter Ă  Toulouse la Caravane du Verbe. On ira partout oĂč on sera le bienvenu. Raphael et Christophe ont dĂ©jĂ  dit oui. Le thĂšme, ce sera Rimbaud cette annĂ©e. » Les mots, la vĂ©ritable passion de Dick. Plus que le business de la musique oĂč il se sent de moins en moins chez lui : « En 1972, j’ai avancĂ© Ă  reculons et je continue aujourd’hui Ă  vouloir quitter le mĂ©tier. Mon problĂšme, c’est moi ! » Si l’ami Annegarn devait abandonner l’industrie du disque au profit du seul verbe, la musique perdrait un grand Monsieur !

THIERRY COLJON
LE SOIR 13 juillet 2011

- Dick Annegarn au micro de France Bleue

Dick Annegarn, au micro de France Bleue, nous parle de ses chansons, de son livre Paroles, et de sa participations aux Folies littéraires.

France Bleue

France Bleue // Les Francofolies de La Rochelle 13 juillet 2011

- SI DICK ANNEGARN EST UNE TRUITE, CAPTAIN BEEFHEART S'APPELLE LEIBNIZ

Pour qui s’est laissĂ© envoĂ»ter au dĂ©but des annĂ©es 1970 par les volutes chantĂ©es de Dick Annegarn, rondes de mots habillement assemblĂ©s qui refusent le dos rond, l’édition des textes du Hollandais batelant est une bĂ©nĂ©diction. La grande affaire est la rĂ©union des Ă©crits d’un homme portant guitare et musette d’authentique voyageur, prĂ©cĂ©dĂ©e des lumiĂšres d’Olivier Bailly, coruscant Ă©claireur des Ɠuvres de Robert Giraud (Monsieur Bob, Stock, 2009), lequel appartient Ă  l’occulte confrĂ©rie des poĂštes en actes.
L’auteur de SacrĂ© GĂ©ranium, Le Grand DĂźner, Mireille est en effet doublĂ© (non pas Ă  l’intĂ©rieur comme une peau de camouflage) d’un vĂ©ritable poĂšte, nullement princier, qui le rapproche de ces astres vifs oĂč brillent les noms de François Villon et de Leo FerrĂ©, ces voyous de grand chemin pour qui le verbe est un recours faute d’ĂȘtre un secours.
On se doutait en Ă©coutant L’Orage que Dick Annegarn ne promettait pas des lanternes synonymes de vessies, qu’il ne se contenterait pas de nous aider Ă  faire passer le temps au moyen de ritournelles saupoudrĂ©es Ă  l’opium du peuple. Il fit cet acte magistral de composer un libelle dĂ©finitif qui le mettait une fois pour toutes Ă  l’abri des ambitions du bizness. Il refusa qu’on le capture dans les filets de la chanson française (y compris engagĂ©e) susceptible d’enrichir les profits des majors du disque. Il devint ce timonier des bords de Marne qui halait les flĂąneurs du dimanche.
Souvent, venant du bois de Vincennes, je me rendais Ă  ce bien curieux rendez-vous oĂč prĂ©sidait dans sa buvette-pĂ©niche le chanteur pĂ©tillant converti en vendeur de bulles. Nous conversions de la pluie, du beau temps, en nous laissant bercer par une faible houle. Il n’avait pas pour autant renoncĂ© Ă  faire entendre ses vers nouveaux. Sa discographie en tĂ©moigne longue de 18 artefacts jusqu’à Folk Talk (TĂŽt ou Tard, 2011), recueil de covers signant sa dilection pour les antiennes du blues. Puis vint ce livre dans lequel on pĂ©nĂštre comme dans un mausolĂ©e, assurĂ© de respirer l’air du large et de subir, en ces temps de pacotilles, une saine cure de dĂ©sintoxication.
(
)

Guy Darol
LE MAGAZINE DES LIVRES juillet-août 2011

- LE FOLK EN 4 LECONS

On connaissait Dick Annegarn pour ses ritournelles Ă  la poĂ©tique simplicitĂ©, Bruxelles ou SacrĂ© gĂ©ranium, qu’il chante de sa belle voix tendre et rocailleuse depuis 37 ans; on le connaissait moins fan de folk. Pourtant, le chanteur hollandais a forgĂ© sa culture musicale dans cette musique populaire qui vit toujours “ dans les gares ou les bus “ d’AmĂ©rique. Dans Folk Talk, son vingtiĂšme album, Dick reprend les standards les plus cĂ©lĂšbres du genre. The House of the Rising Sun ou Love me Tender. C’est donc en expert qu’il nous cause folk, blues, guitares et chansons populaires. Avec la verve qui sied Ă  son caractĂšre : car le bonhomme a la saillie facile et le verbe passionnĂ©.

– LECON N°1 : LA GUITARE NE FAITPAS LE “ FOLKEUX “
Dick a le folk dans le sang, alors gare aux pĂąles copies ! “Aujourd’hui, dĂšs qu’on voit une guitare acoustique, on parle de folk. MĂȘme le terme folklore, ça fait tout de suite petite robe Ă  fleurs. Yael NaĂŻm, par exemple, c’est pas du folk ! Elle joue avec une GUITARE folk, mais elle fait de la pop song.“
Dick a beau chercher, il a du mal Ă  envisager une scĂšne folk actuelle. “Tout ce que j’entends aujourd’hui est oubliable. Enfin, je l’oublie plutĂŽt. Alors que les vraies chansons folk restent, c’est leur gĂ©nie.”

– LECON N°2 : LE FOLK N’ESTPASUNEMUSIQUEFIGEE
Le folk selon saint Dick ? “C’est un terme gĂ©nĂ©rique pour dĂ©signer les musiques populaires du monde.” Des chansons toutes simples, aux accords basiques, que l’on se transmet de chanteur en interprĂšte, et dont la patine se fait avec le temps. Quand il Ă©voque la beautĂ© de certaines interprĂ©tations, Dick se fait lyrique : “Prenez la chanteuse Odetta (grande inspiratrice de Dylan et de Janis Joplin, NDLR). Elle chante une chanson de cow-boy et pourtant, c’est une grande Noire avec une cathĂ©drale dans la voix.” Sur son album, Dick reprend Black Girl, une chanson de la fin du 19e s., interprĂ©tĂ©e aussi bien par le chanteur Pete Seeger, en 1958, que par Kurt Cobain, en 1993. “C’est une chanson sociale au dĂ©part, une chronique du monde du travail. Par Kurt Cobain, Ă©videmment, c’est tout Ă  fait autre chose. Sa femme Ă©tait blonde, alors il n’a pas chantĂ© Black Girl mais My Girl. Kurt Cobain a fait de cette chanson de misĂ©ricorde, une dĂ©claration Ă  son amoureuse. C’est l’individualisme un peu psychotique de la pop star.” VoilĂ  pour la thĂ©orie. (
)

– LECON N°3 : L’ORALPRECEDE L’ECRIT
Amoureux des mots, Dick Annegarn organise chaque annĂ©e le Festival du verbe Ă  Laffite-ToupiĂšre, village paumĂ© en campagne toulousaine, oĂč il a Ă©lu domicile, il y a quelques annĂ©es. (
) D’ailleurs, il vient de paraĂźtre son premier recueil
 de chansons, justement, appelĂ© Paroles
 (
)

– LECON N°4 : LE FOLK N’ESTPASUNEMUSIQUE D’AMERICAINS
Si la country est une musique de paysans du Midwest, le folk blues puise ses origines dans le monde entier. Un mĂ©tissage que Dick revendique (
). En bon “Nolandais”, comme il aime Ă  se dĂ©crire, Dick n’a de comptes Ă  rendre Ă  aucune patrie, et refuse catĂ©goriquement de se dĂ©finir comme chanteur français. Pas par mĂ©pris, non, c’est seulement que, pour lui, le “chanteur français” n’existe pas. “Claude François, Mathieu Chedid, Hallyday, Brel, Aznavour
 Ils ne sont pas français. MĂȘme Brassens, c’est un Rital. Et Piaf, une BerbĂšre
 Dans ma gĂ©nĂ©ration, y’a pas de chanteurs français.“
Enfin une bonne explication Ă  nos Ă©checs Ă  l’Eurovision !

A LIRE : Paroles, prĂ©face d’Olivier Bailly, Ă©ditions le Mot et le Reste, 2011.
A ECOUTER : Folk Talk, TÎt ou tard, éditions le Mot et le Reste, 2011.
A VOIR : Festival du Verbe, du 21 au 25 septembre Ă  Toulouse, Aurignac, Laffite-ToupiĂšre et Saint-Martory.

Marie GALLIC et Johanna LUYSSEN
Causette juillet-août 2011

- Paroles

Comment un chantre de l’oralitĂ©, de la parole chantĂ©e et portĂ©e, se laisse-t-il tenter par la mise Ă  plat et en page de tout son rĂ©pertoire ? RĂ©ponse avec DICKANNEGARN, haute figure de la “ouĂŻtĂ©rature” qui voit quarante ans de verbe fort rassemblĂ©es dans un recueil sobrement intitulĂ© Paroles.

Dick Annegarn : Le principal intĂ©rĂȘt d’un livre, pour moi, aprĂšs quarante ans de chansons et vingt disques, c’est qu’on puisse lire mes textes ailleurs que sur des livrets de CD en caractĂšre de taille 6 et mal imprimĂ©s
 Il y a assez de poĂštes illisibles, mĂȘme quand on arrive Ă  les dĂ©chiffrer typographiquement, qui ont de belles publications ! Les Ă©ditions Le Mot et le Reste m’ont sollicitĂ© alors que je n’y croyais quasiment plus – j’avais moi-mĂȘme lancĂ© quelques pistes, en vain. Elles se vantaient de faire les salons, d’ĂȘtre bien prĂ©sentes sur le circuit. Et en effet, je me suis rendu compte que c’était sĂ©rieux, qu’il y avait aussi un beau travail Ă©ditorial, notamment sur la pop culture des annĂ©es 70, avec des bouquins sur Albert Ayler comme sur les sĂ©ances d’enregistrement des Beatles ou la scĂšne alternative française
 Ces gens-lĂ , je les vois comme des anarchistes qui, pour une fois, seraient doublĂ©s de vrais Ă©diteurs, ou comme des compagnons qui ont le sens de la belle ouvrage. Les livres ont tous le mĂȘme format, une identitĂ© visuelle forte. Et puis on les trouve ! Et pas seulement pendant ces deux ou trois annĂ©es oĂč certains Ă©diteurs, aprĂšs avoir touchĂ© un hĂ©ritage, vont prĂ©tendre avoir “favorisĂ© la culture”, hein
 Non, ça fait dix ans que Le Mot et le Reste existe, que cette maison a sa place dans les bonnes librairies comme Ă  la Fnac. La seule chose oĂč j’ai eu quelque chose Ă  redire, c’est sur la quatriĂšme page de couverture : j’ai fait enlever l’expression “chanteur libertaire”, parce que je ne sais mĂȘme pas ce que c’est. Je n’ai jamais lu ni Marx, ni Engels, ni Bakounine
 Moi, je suis un auteur autiste qui est juste trĂšs heureux de voir ses textes enfin publiĂ©s.

Il y a quelque chose de surprenant Ă  voir quelqu’un comme toi, plutĂŽt chantre de l’oralitĂ© et des formes de transmission qui en dĂ©coulent, tenir autant Ă  ce que ses textes soient fixĂ©s, imprimĂ©s. C’est vrai
 Je me suis aussi prĂȘtĂ© au jeu de l’introduction, dont je ne voulais pas au dĂ©part. L’éditeur m’avait dit : “Tu es libre, tu peux Ă©crire ce que tu veux”. Mais non, moi, en gĂ©nĂ©ral, je n’écris pas ce que je veux. DĂ©jĂ , la chanson, c’est une discipline de la mĂ©moire, mĂ©trique, rythmique
 La rime, aussi, est une contrainte. Il y a tout un travail sur l’aspect sonore des mots. AprĂšs, je ne me voyais pas Ă©crire un texte autobiographique : il y a des interviews pour ça. Je ne voulais pas faire une bavarderie ni un gros billet libre signĂ© de ma main. C’est lĂ  qu’Olivier Bailly est entrĂ© en scĂšne : il a fait un entretien, qu’il a structurĂ© dans un rĂ©cit de 60 pages. C’est lui, aussi, qui a validĂ© le principe de classement des chansons par ordre alphabĂ©tique. Je n’ai pas voulu organiser mon Ă©criture, avec ma pĂ©riode rose, ma pĂ©riode bleue, tout ça
 Ce qui donne en fin de compte un ouvrage Ă  compulser en milieu scolaire, ou Ă  destination de ceux qui voudraient chanter ces textes. La question, Ă  laquelle je n’ai toujours pas de rĂ©ponse, c’est : “Est-ce que mes textes valent vraiment la peine d’ĂȘtre lus ?”. Celui qui ne connaĂźt pas mes chansons, est-ce qu’en dehors de l’introduction et des photos, il va trouver lĂ -dedans quelque chose ressemblant Ă  de la poĂ©sie qui se lit ? Je ne sais toujours pas.

Est-ce que tu aurais publiĂ© ces textes si tu ne croyais pas toi-mĂȘme Ă  leur valeur poĂ©tique? Ce livre, c’est une tentative. Je me souviens d’une discussion avec Maxime Le Forestier, qui Ă©tait outrĂ© qu’on puisse dissocier des textes de chansons de la musique qui les soutient. En effet
 Sauf qu’il y a de la musique dans les paroles et qu’il y a quand mĂȘme une autonomie possible. AprĂšs, savoir si ça peut intĂ©resser les gens, si ça se lit aussi facilement ou difficilement que ça s’entend
 Je n’ai pas de rĂ©ponse.

* Toi-mĂȘme, quand tu as le texte d’une possible nouvelle chanson qui te travaille, tu ne l’écris pas : tu le gardes et le transformes dans ton esprit, tu le retiens ou tu l’oublies
* Oui, ça passe par le filtre de la mĂ©moire et de l’oubli, et aussi par la recherche de la “solution idĂ©ale” – comme on dit en pataphysique. Ça n’a pas besoin de correspondre Ă  un style donné  En ce moment, j’essaie d’écrire un opĂ©ra sur l’épopĂ©e de Gilgamesh [hĂ©ros de rĂ©cits Ă©piques dans la mythologie sumĂ©rienne, auquel Dick Annegarn a dĂ©jĂ  consacrĂ© une chanson dans l’album Chansons fleuves]. Il en existe dĂ©jĂ  un, d’ailleurs, mais il est bien lourdingue
 Bref, ce nom-lĂ , “Gilgamesh”, sonne mal dans nos bouches d’EuropĂ©ens. Mais j’ai trouvĂ© que son pĂšre s’appelait Lugalbanda. Alors j’essaie en ce moment de trouver la premiĂšre phrase de mon opĂ©ra avec ce nom-lĂ . Tous les matins, la premiĂšre chose que je fais en me rĂ©veillant, c’est d’enregistrer quelques notes avec le mot “Lugalbanda”, d’essayer de le placer dans une phrase musicale. Et pendant ce temps-lĂ , je bouquine, je bouquine, ou je cherche sur internet. Je me suis remis petit Ă  petit Ă  la beautĂ© de ces contes, et je me suis retrouvĂ© dans un rĂȘve. Les histoires sont fantastiques
 A un moment, entre deux villes, les frĂšres de Lugalbanda le laissent dans une grotte avec de la biĂšre et Ă  manger, en lui disant en gros : “On vient te retrouver, si t’es pas mort
” VoilĂ  avec quoi je m’endors. Et je me rĂ©veille avec trois notes. Je ne sais toujours pas par quelle alchimie j’arrive Ă  finir une phrase. Autant dire que pour arriver Ă  en Ă©crire plusieurs, je passe par des chemins terribles ! Je fais trois fois le tour du monde, je dors cinq cents nuits avant de trouver “A quoi pensent les TchĂšques ?” ou “Pas besoin de sous pour ĂȘtre bien/Pas besoin de vin pour ĂȘtre saoul”
 Bon, Ă  mes dĂ©buts, ça allait plus vite, quand mĂȘme. Je faisais simplement le tour de ma chambre, et quand venait l’orage, j’écrivais L’Orage
 Je me suis jurĂ© d’ĂȘtre un chanteur qui fait des rĂ©cits, qui raconte des histoires. Alors, avant d’écrire, il faut que je m’intĂ©resse Ă  l’histoire et Ă  la gĂ©ographie
 Tout ce temps et ces dĂ©tours, tu les vois parfois comme des contraintes ? Ou tu trouves ces voyages agrĂ©ables ? Oui, ces voyages-lĂ , s’intĂ©resser aux autres, Ă  d’autres Ă©critures et d’autres langues, ça reste agrĂ©able. C’est une Ă©tude qui me maintient en forme intellectuellement. Je trouve des bouquins, de la documentation, je vais dans les musĂ©es
 Comme j’écris une chanson sur Modigliani pour Calogero, je suis allĂ© en Toscane et je vais me faire Montmartre pour m’imprĂ©gner des couleurs de ses tableaux. Tout ce travail d’imprĂ©gnation est agrĂ©able. Maintenant, ce qui est beaucoup plus dĂ©plaisant, c’est que ça fait un an que je n’ai pas Ă©crit une ligne. C’est comme la hantise de ne pas trouver la “solution idĂ©ale”. Je n’ai mĂȘme pas de brouillons. Je regarde ma guitare qui me regarde, et rien ne sort. C’est une espĂšce d’impuissance conjugale entre ma femme poĂ©sie et moi. Nous n’arrivons pas Ă  produire des enfants en ce moment.

* Est-ce que ça t’est dĂ©jĂ  arrivĂ© ?* Oui
 Et c’est lĂ  qu’une commande peut accĂ©lĂ©rer un peu le processus, rĂ©activer si l’on veut le Strauss-Kahn qui est en moi
 Souvent, il y a quand mĂȘme des brouillons existants, qui aboutissent quand il faut. Je me retrouve aussi avec des idĂ©es d’il y a quinze ou vingt ans, que je peux rafraĂźchir, ou alors il y a des Ă©clats qui surviennent, comme ça. Je ne bois pas, je ne fume plus
 C’est peut-ĂȘtre ça, aussi : avant, je fumais un petit pĂ©tard et ça venait plus facilement. Mais on peut aussi se mettre dans des Ă©tats d’ivresse poĂ©tique, ĂȘtre heureux de lutter pour donner une forme Ă  nos idĂ©es. Chez les soufis ou les BĂąuls, chez les mystiques souvent, il y en a plein, des confrĂ©ries de poĂštes qui se mettent dans de tels Ă©tats d’ivresse, qu’elle soit poĂ©tique ou religieuse, sans nĂ©cessairement se dĂ©foncer
 Quand j’organise le Festival du Verbe, avec mes Amis du Verbe, ça sert Ă  ça : Ă  se retrouver dans une espĂšce de grĂące poĂ©tique entre chercheurs, entre brelles, entre maladroits
 On essaie de trouver une adresse dans nos erreurs, d’ĂȘtre un peu indulgents avec ces pensĂ©es pas finies, ces VĂ©nus de Milo que sont nos chansons, nos poĂšmes ou nos styles. J’ai besoin d’ĂȘtre dans un bain, dans un rĂȘve avec d’autres artistes ou hommes d’esprit : ça me saoule, mais dans le bon sens du terme
 Mais par ailleurs, je prĂ©fĂšre ne pas conclure tant que ce n’est pas nĂ©cessaire. Lenine, que je n’ai donc pas lu, a Ă©crit Que faire ? Moi, ce serait plutĂŽt Que dire ?, Pourquoi dire ?, voire A quoi bon ?
 Il faut quand mĂȘme que je trouve un sens Ă  tout ça. C’est pour ça que je me suis toujours donnĂ© des commandes Ă  moi-mĂȘme. Mais quand il n’y a pas d’urgence, eh bien on Ă©tudie, on tergiverse, on voyage. Sans rĂ©sultat, mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas productif, mais c’est important aussi de ne rien faire ou de ne rien penser. Ou de faire des siestes et de tout oublier


Cette indulgence, tu l’appliques aussi Ă  tes chansons passĂ©es ? Y a-t-il dans Paroles des textes que tu trouves un peu mal formĂ©s, un peu bancals, mais que tu acceptes comme tels ? Non, pas vraiment. C’est avec mes enregistrements que je suis beaucoup moins indulgent. Je les Ă©coute comme j’écoute Otis Redding en live : je vois et j’entends le producteur vĂ©reux, avec son cigare, qui dit qu’on va enregistrer en public parce que ça va coĂ»ter moins cher
 Dans les disques, je sens la production, les moyens, les phĂ©nomĂšnes de mode, les tricheries, l’argent, le montage financier, la pochette
 Tout ça me conditionne dans l’écoute. Du coup, quand ils sont sortis de tout ça, les textes m’apparaissent beaucoup plus purs : mon esprit est moins polluĂ© quand je les lis que quand j’écoute un disque avec une pochette, un son de basse ou de batterie qui sent les annĂ©es 90 ou 2000. Je suis trop du mĂ©tier pour me laisser rĂȘver : j’entends tout, jusqu’à l’ordinateur et au micro qui sont derriĂšre. Alors que, maintenant qu’ils sont classĂ©s par ordre alphabĂ©tique, je suis beaucoup plus indulgent avec mes textes
 Le principal intĂ©rĂȘt de ce livre, c’est le “gris typographique” que ça crĂ©e : les tabulations, les refrains Ă  gauche ou Ă  droite, les strophes quatre par quatre
 Franchement, je n’ai rien rĂ©volutionnĂ© dans la structure des chansons. Mais retrouver cette structure dans la typographie, ça m’est agrĂ©able. C’est lĂ  oĂč j’aime bien dĂ©fendre la contrainte mĂ©trique de la rime et de la chanson. C’est beaucoup plus difficile d’exprimer quelque chose en quatre par quatre, en ABBA, ça a un cĂŽtĂ© militaire
 Donc, je suis pas mal fier que ça tienne sur une page, que ça soit structurĂ© et que ça existe mĂȘme d’un point de vue graphique. C’est en tout cas moins connotĂ© que ma premiĂšre pochette d’album, par exemple, qui Ă©tait hideusement psychĂ©dĂ©lique – c’est la premiĂšre et la derniĂšre fois que j’ai laissĂ© faire une pochette par une maison de disques
 Le visuel, la tronche des artistes, tout ça, ça pollue quand mĂȘme la perception des chansons. A la limite, mĂȘme la voix des artistes n’est pas indispensable. Moi, j’ai commencĂ© Ă  ĂȘtre un peu fier de mes chansons quand Bashung, Arno ou Arthur H ont repris mes chansons. Dans sa version de La Limonade, Arthur H a plus une voix de tavernier que moi. J’aime cette idĂ©e que mes chansons ne m’appartiennent plus, qu’elles sont dissociĂ©es de ma voix. C’est peut-ĂȘtre ça, ma raison d’ĂȘtre : Ă©crire des chansons qui iront ailleurs que dans ma bouche.

Tu as souvent dit que tu aimais les rĂȘves parce qu’ils brisent l’ordre du temps. C’est ce que fait aussi ce recueil de chansons en privilĂ©giant l’ordre alphabĂ©tique contre la logique chronologique. Les rĂȘves sont dĂ©sordonnĂ©s, oui
 On s’approche de sa sƓur, et on se retrouve avec une reine d’un pays qui n’existe pas. Bon, je n’ai pas de rĂȘves incestueux avec ma sƓur ni avec d’autres personnes de ma famille, hein
 Mais enfin voilĂ  : une femme peut devenir ma sƓur, une sƓur peut devenir ma femme dans le mĂȘme trait de rĂȘve. Il y a une autre cohĂ©rence que celle du temps
 Pour le livre, l’éditeur trouvait que l’idĂ©e de l’ordre alphabĂ©tique Ă©tait un peu quelconque par rapport au dĂ©veloppement de mon style, aux courants intĂ©rieurs qui ont pu irriguer mon Ă©criture depuis tout ce temps. C’est vrai qu’entre le “zoum zoum” de Mireille et des Ă©popĂ©es trĂšs sĂ©rieuses comme Xilinji ou Gilgamesh, il y a un monde. Bon, mon chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature française le plus connu, ça reste “zoum zoum zoum zoum”
 J’admets donc que cette mĂ©thode de classification est quelconque. Mais elle correspond aussi au monde des rĂȘves : on rigole, et puis tout Ă  coup ça ne va plus du tout. Dans Mireille, la mouche qui fait rire, Ă  la fin elle crĂšve
 Le plus grand exemple de cohĂ©rence acadĂ©mique qu’on a pu me proposer est venu des gens de l’UniversitĂ© de LiĂšge [oĂč il a Ă©tĂ© Ă©levĂ© au rang de doctor honoris causa en septembre 2009, en compagnie de Robert Wyatt, Archie Shepp, Arvo PĂ€rt ou Anthony Braxton]. Ils m’ont soumis l’idĂ©e d’une Fondation Dick Annegarn, Ă  laquelle je devais confier mes manuscrits et mes brouillons pour qu’ils soient Ă©tudiĂ©s. J’ai dit non. D’abord, je ne suis pas mort, pas fini. Et puis je me sers encore de ces vieux brouillons pour Ă©crire
 Si on doit confier mes textes Ă  des acadĂ©miciens ou Ă  des spĂ©cialistes de courants d’écriture, je prĂ©fĂšre ĂȘtre mort. Il y a beaucoup d’artistes qui, comme Nietzsche ou Artaud, ont Ă©tĂ© trahis par des classifications coupables, faites parfois par leurs propres ayant-droit. De mon vivant, je prĂ©fĂšre que mon travail reste dans cette incohĂ©rence. Moi-mĂȘme, je ne me donne pas le droit de me classer autrement. Et j’aimerais autant que d’autres ne rangent pas mes armoires. [Il se met Ă  chanter Ă  tue-tĂȘte Le Tango funĂšbre de Jacques Brel] “Ils ouvrent mes armoires, ils tĂątent mes faĂŻences/Ha ha ha ha ha ha ha/Aaah je les vois dĂ©jĂ , me couvrant de baisers”
 Brel parle bien de ce droit que s’arrogent des gens sur des morts, ou sur une Ă©criture qui est finie.

* Pourrait-on faire un livre avec toutes les chansons que tu as oubliĂ©es ?* Il n’y en a pas tant que ça, je ne suis pas si prolixe. J’ai des bouts de phrases, des trucs aux deux tiers complets
 Il faut que le sujet en vaille la peine. Je n’écris pas de poĂ©sies d’humeur, je ne m’exprime pas. Les chansons qui ne sont pas Ă©crites, c’est peut-ĂȘtre celles qui seraient autobiographiques. Un’ Ombre est un disque qui s’est un peu inscrit dans cette veine-là
 Mais pour le reste, l’art autobiographique, je me le refuse. Toutes ces petites pensĂ©es un peu “blueseuses”, ou pas finies, elles partent Ă  la poubelle avant mĂȘme d’ĂȘtre mises dans un tiroir comme manuscrits non aboutis. C’est pour ça qu’on ne trouvera rien dans mes armoires : je ne laisse pas d’autres traces que celles que je trouve publiables. Je ne suis pas comme tous ces bavards de journalistes qui Ă©crivent des articles toutes les semaines ! Je garde quand mĂȘme mon grand amour pour le spoken word. Cette “ouĂŻtĂ©rature”, comme me l’a soufflĂ© un ami, Ă  laquelle j’ai essayĂ© de contribuer. Si on rapporte l’histoire de l’humanitĂ© Ă  une journĂ©e, on a quand mĂȘme attendu qu’il soit 23 heures avant de commencer Ă  Ă©crire. Vingt-trois heures qu’on a passĂ©es Ă  se parler, Ă  se chanter et Ă  se conter les choses
 L’écriture se croit toujours supĂ©rieure, elle ne devrait pas. Quand j’ai passĂ© mes textes Ă  la moulinette, je me suis d’ailleurs rendu compte que c’était bourrĂ© de fautes de syntaxe et de grammaire. Mais bon, je t’emmerde, hein ! Elles s’entendent pas quand on les chante. Ces fautes, elles font partie de ta façon d’aborder la langue : tu n’as jamais mis l’épĂ©e, la cape ni le bicorne des acadĂ©miciens pour Ă©crire une chanson
 Quelqu’un comme Queneau, avec Exercices de style ou BĂątons, chiffres et lettres a aussi luttĂ© contre cette discrimination artificielle qu’est le joli français Ă©crit
 Je n’ai rien Ă  faire avec ce français moyen que personne ne parle. Je suis quand mĂȘme assez rĂ©voltĂ© qu’on perde deux annĂ©es de sa prĂ©cieuse jeunesse Ă  apprendre les exceptions imbĂ©ciles. Et puis on dit “J’t‘aime pas”, et pas “Je ne t’aime pas” ; parce que, quand on aime pas, on veut ĂȘtre bref et on ne cause pas le joli français. On doit chanter des choses qui sonnent : pas des choses qui sont nĂ©cessairement autorisĂ©es grammaticalement. Ce qu’on chante et ce qu’on dit, ce n’est pas ce qu’on Ă©crit : ça reste des mondes diffĂ©rents. Et puis on oublie aussi la francophonie, ces diffĂ©rents jargons, slangs et crĂ©oles qui enrichissent la langue, et qui font qu’elle ne se rĂ©sume pas Ă  celle qui est parlĂ©e par le mĂąle dominant Ă  la Le fait que ta langue soit imprimĂ©e dans un livre, est-ce que ça lui donne une lĂ©gitimitĂ© Ă  tes yeux ? Ah, ça la formalise un peu plus, oui
 C’est quoi, dĂ©jĂ , la phrase que Chirac avait sorti un jour ? “Continuez Ă  ĂȘtre tarĂ©s, ils finiront par s’y habituer” ? Bon, ça ne devait pas ĂȘtre exactement ces mots-lĂ , mais c’était l’idĂ©e : tenir bon dans sa particularitĂ©. Le fait d’ĂȘtre gravĂ©, imprimĂ©, aide un peu. Je me souviens de m’ĂȘtre disputĂ© Ă  l’époque avec Jacques Martin, qui m’avait dit : “Apprends notre langue si tu veux la parler, au lieu de t’exprimer en baragouin”. Eh bien, moi, je parle et j’écris en baragouin. Je ne sais mĂȘme pas ce que ça veut dire, mais je prĂ©fĂšre ça au joli français de Jacques Martin dont on a quasiment tout oubliĂ©, blagues comprises, parce qu’il n’avait pas de style. Le joli français, c’est pas du style. Je pense que ma langue est plus libre que la grammaire et la syntaxe françaises. Quand elle est Ă©crite, il faut peut-ĂȘtre simplement la lire Ă  haute voix. MĂȘme Ă©crite, il lui faut donc une voix. Ben la tienne, oui, par exemple. En tout cas celle du lecteur. Elle a besoin de, comment dire
 popularitĂ©. C’est quand mĂȘme un joli mot, “popularitĂ©â€, non ? Et puis une chanson peut ĂȘtre populaire sans qu’on en connaisse l’auteur. Mireille en est une, je crois, j’imagine que pas mal de gens la chantent sans savoir qu’elle est de moi. Et moi, je l’ai Ă©crite parce que je l’ai entendue au cafĂ© avant de l’écrire. Sauf que c’était une puce au lieu d’ĂȘtre une mouche. J’en ai fait une mouche parce que “le soir elle se couche”. Dans ce sens-lĂ , je suis toujours dans cette idĂ©e de transmission folk, peuple, oĂč chacun ajoute un couplet au grand rĂ©pertoire. Que ce livre contribue Ă  rendre ces textes un peu plus populaires, c’est un rĂȘve. Oui, un rĂȘve


Finalement, tu as fait comme l’humanitĂ©, qui a attendu 23 heures pour se mettre Ă  l’écriture : toi, tu as attendu 60 annĂ©es pour t’y atteler
 Oui, voilĂ . BientĂŽt minuit, et merde
 Mon pĂšre vient de mourir Ă  92 ans, ma mĂšre est dĂ©cĂ©dĂ©e Ă  86 ans. Allez, j’ai encore une vingtaine ou une trentaine d’annĂ©es devant moi.
Richard ROBERT
Il n’aura Ă©chappĂ© qu’à quelques esprits distraits ou excessivement prĂ©occupĂ©s que le recueil Paroles (introduction d’Olivier Bailly, 232 pages, 23 euros) est Ă©ditĂ© par l’excellente maison Le Mot et le Reste.
Remerciements (en bon français poli) à Anne-Marie Dordor, Olivier Bailly et Deborah Mortali.
télévision


Richard ROBERT
L'Oreille absolue mai 2011

- ANNEGARN JOUE AVEC SES MOTS

Monument de la chanson française, Dick Annegarn, qui vit entre Toulouse et Laffite-ToupiĂšre,publie l’intĂ©grale de ses textes. Un superbe recueil qu’ouvre une passionnante biographie d’Olivier Bailly et qu’il prĂ©sentera ce vendredi Ă  la librairie Ombres blanches, accompagnĂ© du slammer Yassin Ben Moumene. Rencontre.
Pourquoi une “ intĂ©grale “ ?
J’écris des chansons depuis que j’ai 22 ans, il Ă©tait temps ! Les Ă©ditions Le Mot et Le Reste m’ont sollicitĂ©, et ça m’a plu, car c’est une collection rock, jazz, poĂ©tique
 Je ne voulais pas d’une biographie complaisante. Ce sont des chansons que j’ai pensĂ©es et Ă©crites avant de les chanter. Quand on lit les Rolling Stones, on est un peu déçu : “ I get no satisfaction “, ça sonne mais Ă  lire, c’est moins excitant. Quand je relis mes textes, je pense aujourd’hui que ça valait la peine d’ĂȘtre Ă©crit. C’est une partition, il y a de la musique dans les mots. Je voulais voir le “ gris typographique “ : sur le papier, on voit que c’est construit, que ce n’est pas de la poĂ©sie libre, qu’il y a des contraintes. Et puis Ă  60 ans, il y a la joie de voir la somme, la variĂ©té 
On y trouve une Ă©cologie avant l’heure et des historiettes un peu tragiques

Le mot Ă©cologie n’existait pas. Sinon oui, l’institutrice meurt dans son bain, la Mireille se fait Ă©craser sur une table de bar
 Regardez Rimbaud : joli garçon mais Ă  l’intĂ©rieur, c’est parfois laid. Il disait : “ j’ai pris la beautĂ© sur les genoux et l’ai insultĂ©e “. Ces textes Ă©taient des exercices de style. L’important c’est la rose ? Moi, j’écris “ SacrĂ© GĂ©ranium “, des fleurs qui sentent moins le parfum mais qui sont jolies aussi

Quel rapport avait le jeune Néerlandais que vous étiez avec la littérature française ?
J’ai appris le français Ă  l’école, Ă  Bruxelles. J’ai dĂ©couvert le romantisme et les divers courants français. En chanson, pour moi Brel, FerrĂ©, Le Forestier, c’était de la littĂ©rature : je voulais Ă©crire des chansons modernes. En fait, mes influences, c’était le “ small talk “ de Dylan et la prose de Kerouac


LA DÉPÊCHE DU MIDI

Yves Gabay
LA DÉPÊCHE DU MIDI 10 juin 2011

- Paroles

« Au commencement Ă©tait le verbe » pourrait tout aussi bien ĂȘtre l’introduction des Paroles de Dick Annegarn que le prologue de L’Évangile selon Saint Jean. Car c’est de l’oralitĂ© que la poĂ©sie lui est venue. « Et le verbe s’est fait chair » dans ce recueil de chants enfin offerts Ă  la lecture.

Dick Annegarn Ă©crit comme il parle et parle comme il Ă©crit. NĂ© aux Pays-Bas, il grandit Ă  Bruxelles avant de dĂ©mĂ©nager Ă  Paris Ă  l’ñge de vingt ans. Autant dire que ce « Nolandais », comme il se qualifie lui-mĂȘme, est polyglotte. C’est sans doute ça – on ne se risquera pas Ă  Ă©crire « cela » ; il a ce mot en horreur, comme tous ceux qui s’écrivent mais qui ne se disent pas,– le berceau de son amour invĂ©tĂ©rĂ© pour la littĂ©rature orale. Il consacre d’ailleurs un titre Ă  l’épopĂ©e de Gilgamesh, soit l’une des premiĂšres Ɠuvres littĂ©raires connues sur les pĂ©ripĂ©ties d’un roi (peut-ĂȘtre lĂ©gendaire) ayant vĂ©cu avant la crĂ©ation de l’écriture cunĂ©iforme. Transmission orale, encore. Dans son dernier album, Folk Talk, il reprend des classiques du rĂ©pertoire amĂ©ricain composĂ©s par des anonymes analphabĂštes. Un disque Ă  prendre comme une dĂ©claration ouverte Ă  cet hĂ©ritage transmis de bouches Ă  oreilles. Pour Dick, une chanson, une phrase n’est bonne que si elle hante. S’il rĂȘve d’une rime trouvĂ©e la veille, c’est gagnĂ© : elle sera gardĂ©e au rĂ©veil. Sinon, elle est bonne pour sombrer dans le Styx de l’oubli. C’est ainsi qu’il conçoit ses chants (car il n’aime pas parler de chansons, le concernant) : comme des moyens mnĂ©motechniques. « JetĂ© dans ton jet mobile, JetĂ© comme John Glenn tu files » commence Bluesabelle. Peut-on imaginer phrasĂ© plus sonore ?

Pourtant, toutes ces combinaisons musicales de vocables sont dĂ©sormais couchĂ©es sur le papier. « Ça sent le sapin », rĂ©agit l’auteur Ă  l’aube de ses soixante ans. DĂ©trompe-toi, Dick, ça fleure plutĂŽt bon le thym et le romarin. Il le dit lui-mĂȘme en introduction : « les paroles et la musique ont chacune une vie et il y en a une troisiĂšme qui est la combinaison des deux, la chanson. Sauf que les paroles peuvent ĂȘtre lues (
) Ce n’est pas seulement de l’écriture automatique, c’est aussi des intentions qui vont mieux apparaĂźtre imprimĂ©es que chantĂ©es. » Et de fait : lire Dick Annegarn, c’est un plaisir presque enfantin, oĂč l’on rĂ©apprendrait le verbe. A partir de lĂ , Paroles s’apprĂ©hende comme un dictionnaire de nĂ©ologismes, de mots-images qui n’existent pas mais qu’il faudrait inventer, tant la langue universelle de Dick Annegarn coule de source.

Nabbu

Marie Gallic
NABBU juin 2011

- DICK ANNEGARN COURT TOUJOURS...

*Aujourd’hui sous le soleil du sud-ouest,Dick Annegarn revient cet aprùs-midi au Furet du Nord de Lille qu’il
frĂ©quenta assidument pendant les 5 ans oĂč il fut Wazemmois. Pour Ă©voquer sa carriĂšre
et chanter.*

Un livre bibliographique avec vos textes de chansons, un album qui remonte aux sources de votre inspiration:tout cela a un cÎté bilan un peu définitif, non? >>
Pas du tout. C’est vrai que j’approche les 60 ans. Je cours moins vite, mais je cours toujours.Les types qui remplissent les places en Égypte ou au Maroc sont plus jeunes que moi, mais aussi plus dĂ©sespĂ©rĂ©s que moi. Moi, je suis en bonne santĂ©, je chante un peu le blues le soir, bien sĂ»r, mais je le chantais dĂ©jĂ  quand j’étais jeune. Rassurez-
vous, je vais encore vous faire ch
longtemps!
On découvre que vos racines musicales viennent du blues. On les aurait crû françaises. >>
À Bruxelles, j’étais en contact avec ceux qui font du blues, du jazz. J’ai Ă©tĂ© Ă©levĂ© lĂ -dedans : Dylan, Moody Waters, Miles Davis, John Mayall.
C’est la musique anglo-saxonne qui m’a nourri. Pour moi,le Gaulois, c’est de la musique ethnique!
Vous ĂȘtes arrivĂ© Ă  la chanson par hasard.Parce que vous aviez une annĂ©e Ă  tuer. >>
C’est exactement ça. J’avais 19 ans et j’avais entrepris des Ă©tudes d’agronomie dans un Ă©tablissement catholique, ce qui n’était vraiment pas de mon goĂ»t.
Alors j’ai interrompu mes Ă©tudes pour passer une annĂ©e Ă  Paris. C’était 3 ans aprĂšs mai 68. Je me demandais ce qu’il en restait, je voulais voir les hauts lieux de la
rĂ©volte. J’ai chantĂ© dans les rues, puis j’ai atterri dans des clubs oĂč on m’a un peu applaudi.
C’est lĂ  que vous avez rencontrĂ© Jacques Bedos. >>
C’était le directeur artistique de Maxime Le Forestier, de Serge Reggiani. J’ai chantĂ© Bruxelles dans son bureau, et j’avais mon billet pour Bruxelles dans ma poche. Faire
un album ? Ricet Barrier me disait qu’il lui avait fallu 18 ans pour pouvoir en enregistrer un. Moi, ça ne m’intĂ©ressait pas du tout

Finalement, cette chanson reste celle que le grand public connaĂźt de vous. Alors qu’elle n’est absolument pas reprĂ©sentative du reste de votre Ɠuvre
 >>
C’était un exercice de style. Je voulais Ă©crire « Ă  la française».Il n’y avait pas de guitare, mais des violons. C’était un peu facile
 Mais bon, je ne m’en tire pas si mal.
Parce que
 >>
Parce que je suis le chanteur de Bruxelles et que j’aurais pu ĂȘtre celui d’Ubu comme Perret est le chanteur du Zizi. Rice tBarrier, encore lui, me disait qu’il aurait voulu
chanter des chansons sĂ©rieuses. Mais pour tous, il Ă©tait uncomique. Et puis, Bruxelles me fait vivre aussi. C’est l’article qui se
vend le plus dans mon bazar!
En 1978, vous avez rompu avec le show-biz.Pendant une vingtaine d’annĂ©es, vous avez donc chantĂ© sans que ça se sache vraiment. Avec le recul,pensez-vous que vous avez fait
le bon choix ? >>
Bien sĂ»r! Il ne faut jamais calmer les ardeurs de la jeunesse. C’est pas Ă  60ans qu’on va se rĂ©volter
 Et la preuve, c’est que je survis alors que je ne suis pas sĂ»r qu’on se souvienne de ceux qui Ă©taient au hit-parade en 1978. Cette situation m’a fait progresser.
Et aujourd’hui ? >>
Ça va. Je viens de faire le Bataclan. 800 places. Mais dimanche dernier, j’ai aussi chantĂ© dans un vide-grenier dans le quartier arabe de Toulouse. Je vais de l’un Ă  l’autre, je
suis prĂ©sent dans tous les aspects de mon mĂ©tier. Pour autant,je ne suis pas intermittent du spectacle. Je n’arrive pas Ă  faire le nombre d’heures obligatoire.Dans ma vie, j’ai dĂ» ĂȘtre intermittent pendant 4 ans, c’est tout!
*Vous considérez-vous comme un chanteur engagé? Vous vous en défendez car vous trouvez les chansons engagées médiocres. Pourtant,
quand vous chantez « FrĂšres? »  >>*
Je prĂ©fĂšre ĂȘtre socialement engagĂ©. J’ai créé Les Amis du verbe,avec des poĂštes, des paysans. Pour montrer qu’on peut ĂȘtre cultivateur et cultivĂ©.
Vous avez aussi ouvert une Ă©picerie solidaire dans les annĂ©es 80. À une Ă©poque oĂč ce n’était pas encore Ă  la mode
 >>
Mon Ă©picerie Ă©tait lĂ  aussi pour donner la parole Ă  ceux auxquels on ne la donnait jamais. Pour moi,ça a vraiment Ă©tĂ© un apprentissage de la vie.Les artistes sont des handicapĂ©s sociaux. Combien connaissent le prix du beurre ? Moi, je le connais. C’est pour ça que je prends de la margarine

NĂ© aux Pays-Bas, vous avez longtemps vĂ©cu en Belgique.Que pensez-vous de la crise politique qu’elle traverse actuellement ? >>
Il pourrait y avoir un printemps belge. La population est bien plus intelligente que ses dirigeants. Cette situation est ridicule, grotesque,
inadaptée à la société moderne

(
)

Pour consulter l’intĂ©gralitĂ© de l’interview : Nord Ă©clair

Isabelle RAEPSAET
Nord Eclair 8 juin 2011

- DICK ANNEGARN SE LIVRE

On ne dira jamais assez de bien de Dick Annegarn, dont la voix d’ogre doux charrie depuis prĂšs de quarante ans des torrents de chansons sur le limon de la poĂ©sie. Elles existent sur papier, dans un recueil de 190 textes titrĂ© Paroles (Ă©ditions le mot et le reste), dont la beautĂ© laisse sans voix. Brillante prĂ©face d’Olivier Bailly.
annegarn.free.fr

les Inrockuptibles 1er - 7 juin 2011

- EN GARDE, V'LA ANNEGARN

Ce vendredi soir Ă  la CriĂ©e, samedi Ă  L’histoire de l’Ɠil et au festival Gravitations : le plus gascon des folkeux amstello-belges squatte Marseille pour fĂȘter une belle anthologie. Interview.

Si les mĂ©dias mainstream semblent depuis une paire d’annĂ©es redĂ©couvrir Dick Annegarn via un hommage collectif portĂ© par ~~M~~, Bashung ou Souchon en 2006 (Le grand dĂźner) et deux textes signĂ©s pour L’embellie de Calogero (son sublime Bruxelles a mĂȘme Ă©tĂ© repris ~~pas trop mal d’ailleurs~~ par un candidat de X-Factor sur M6), l’immortel auteur du PĂšre Ubu et de BĂ©bĂ© Ă©lĂ©phant n’a, prĂšs de 40 ans aprĂšs ses dĂ©buts, jamais cessĂ© de donner des nouvelles Ă  ses fans, qu’il soit Ă  bord d’une pĂ©niche Ă  Paris, dans une oasis marocaine ou auprĂšs de Freddy Koella, imaginant un Soleil noir au milieu des tours new-yorkaises et faisant cracher sa Gibson Ă  Los Angeles. Dans la Haute-Garonne pyrĂ©nĂ©enne, du cĂŽtĂ© de Laffitte-ToupiĂšre oĂč il est dĂ©sormais un agriculteur cultivĂ©, le « beur hollandais », homo sans ƓillĂšres, fĂ©ministe impĂ©nitent et troubadour « shouter », organise chaque annĂ©e un Festival du verbe qui fourmille de stars bĂ©nĂ©voles et de jeunes pousses bel et bien payĂ©es et s’emporte contre le « colonialisme culturel » d’un Marathon des mots organisĂ© par Olivier Poivre d’Arvor. Annegarn est un coureur de fond, pas un marathonien et il attire en terre occitane les meilleurs –à l’instar du grand Christophe qui, redevenu Bevilacqua, s’attellera, en septembre, Ă  donner sa vision du DĂ©cameron de Boccace.
Une renaissance salutaire, marquĂ©e cette annĂ©e par une actualitĂ© dĂ©bordante : aprĂšs avoir livrĂ© un Ă©tonnant Folk talk, oĂč il parvient Ă  marquer de son empreinte des titres aussi cultes que Love me tender ou Georgia, la maison d’éditions marseillaise Le mot et le reste lui consacre une anthologie de plus de 180 textes, introduite par une pertinente et sensible- analyse d’Olivier Bailly.
Deux beaux objets qui lui valent un week-end marseillais marquĂ© ce vendredi soir par la reprise, sur le plateau de la CriĂ©e, d’un « concert littĂ©raire » créé pour le festival des Correspondances de Manosque, puis samedi, aprĂšs une rencontre matinale Ă  la librairie L’histoire de l’Ɠil, par sa prĂ©sence active au festival Gravitations organisĂ© par le slammeur marseillais Frederic Nevchehirlian. Autant de bonnes raisons pour passer un coup de fil Ă  « Benedictus Albertus » 

Toutes cette actualité, ces hommages, ces sollicitations, un an avant vos 60 ans, ça ressemble à un bilan, non ?
C’est vrai que ça sent un peu le sapin
 (rire) Je n’aime pas trop le mot « bilan » en effet, parce que ça voudrait dire que je ne ferais que m’appuyer sur le passĂ©, alors qu’au contraire je suis assez fier de continuer Ă  ĂȘtre crĂ©atif dans une sociĂ©tĂ© oĂč 2 quinquas sur 3 ne travaillent plus. Ma fiertĂ©, c’est que des jeunes artistes revendiquent le fait d’aimer ce que je fais, au point d’avoir envie de travailler avec moi ; aprĂšs CalogĂ©ro, je travaille en ce moment avec RaphaĂ«l Ă  qui j’avais offert le texte de Locomotive pour son album Pacific 231, et j’aime ça ; dans sa force et sa fragilitĂ©, il me fait un peu penser Ă  Rimbaud. C’est vrai qu’il est beau, mais bon, je vous prĂ©viens, je ne suis pas Verlaine
 (rires)
Pour rĂ©sumer, ça me fait du bien de montrer que dans ma boutique, il n’y a pas que des vieux babs qui achĂštent du pain bio. MĂȘme si les slammeurs ont Ă©videmment le droit de bouffer du pain bio


Quels auteurs avez-vous choisi de mettre en valeur ce vendredi soir à la Criée ?
Dans ce projet, que j’ai partagĂ© Ă  l’origine avec la chorale « Ă©phĂ©mĂšre » Longio MaĂŻ, il y a ceux que j’aime, ceux qui ont traversĂ© mes chansons : Ă©videmment Rimbaud et ses Vers nouveaux, mais aussi le Hongrois Attila Jozsef, Nietzsche et son Homme de l’aube, le Corbeau d’Edgar Allan Poe, une lettre de Vincent Ă  ThĂ©o Van Gogh
 Il y a aussi des extraits de l’épopĂ©e sumĂ©rienne de Gilgamesh, un conte kurde, une pastorale qui s’appelle Voleur de chevaux
 Attention, c’est pas une lecture, c’est triste une lecture, c’est prĂ©tentieux mĂȘme ; je revendique le fait que ce soit un spectacle, mĂȘme si je suis seul avec ma guitare, en tant que rhapsode, on se doit d’ĂȘtre, comment dire
 « gesticulaire » 

Dans la partie interview de Paroles, vous avez cette belle phrase au sujet de vos multiples escapades loin des scĂšnes et des studios d’enregistrement : « Ne pas ĂȘtre chanteur, ça me permet de mieux l’ĂȘtre. » C’est comme ça que vous rĂ©sumeriez votre parcours, un peu comme un « nĂ©gatif » photographique ?
C’est vrai que j’avance Ă  reculons
 Pour continuer dans la mĂ©taphore photographique, j’aime dire que, comme devant un appareil Ă  chambre, il faut s’incliner devant le sujet pour mieux le saisir, regarder dans le viseur et baisser la tĂȘte. Sinon, on finit par « communiquer sur la communication » et au final on manque le sujet. Oui, j’ai Ă©tĂ© itinĂ©rant, commerçant ~~le commerce, c’est un noble art~~, j’ai Ă©tĂ© dans le dĂ©sert, j’ai Ă©tĂ© explorateur, femme de mĂ©nage, sans hiĂ©rarchie. Et c’est Rimbaud qui m’a guidĂ© dans ces voyages inesthĂ©tiques


On dit que vous ĂȘtes paysan aussi
 C’est comme JosĂ© BovĂ©, ou vous l’ĂȘtes vraiment, vous ?
(rire) J’ai un tracteur, un vrai, bien pourri, je le conduis souvent, je girobroie. Bon, je ne roundeballe pas, mais Ă  part ça, je laboure, je cultive, ça oui
 tout ça est trĂšs cohĂ©rent, vous savez : les bluesman au dĂ©part, c’était des ouvriers agricoles et c’est pas pour rien que Dylan a Ă©crit Maggie’s Farm. Ici, en Comminges, j’ai appris qu’on peut ĂȘtre cultivateur et cultivĂ©. L’Occitanie est une terre de joutes, de poĂ©sie, de slam. Mais vous savez ça, Ă  Marseille, du rap au Massilia sound system ; d’ailleurs ce week-end, je viens aussi pour « faire mon marchĂ© » 

Vous dites aussi vous ĂȘtre « dĂ©gagĂ© » de la chanson « engagĂ©e » parce que « c’est pauvre poĂ©tiquement, nĂ©cessairement prĂ©caire, rĂ©vocable et temporaire ». Pourtant vos textes, dĂ©diĂ©s aux marginaux, aux libertaires, de pamphlets anti-show-biz en manifestes homosexuels, ne parlent pas vraiment d’amour naĂŻf et de petits oiseaux

Ce que j’entends par lĂ , c’est qu’il y a une « culture de la dissidence » que je ne cultive pas ; Leforestier qui va chanter Le DĂ©serteur pendant les grĂšves, c’est pas pour moi
 disons que je me sens plus proche des pataphysiciens ~~qui ont de l’humour~~ que des curĂ©s rouges, ces personnages prĂ©tentieux et littĂ©raires qui pensent parler pour le peuple mais que le peuple ignore. Je ne suis le reprĂ©sentant de personne et mon engagement est stylistique ; je me veux libre, pas libertaire, d’ailleurs j’ai jamais lu Bakounine ou Marx : Ă  la fin du premier paragraphe, je coince

Attention, mĂȘme si, « biologiquement », je ne suis pas un homme de rĂ©seaux, j’ai des combats, pour la paritĂ©, le libertĂ©, c’est essentiel dans ce monde de barbus et de Michel Sardou


On vous a vu dans Mammuth en fossoyeur face à Depardieu. Le cinéma vous a de nouveau sollicité ?
Vous savez, ce film, c’était pour Delepine et Kervern je n’ai aucune culture cinĂ©matographique, je ne regarde jamais de films
 En plus, le cinĂ©ma,
 Quand on voit que Joey Starr joue les flics, on dĂ©chante ; on a envie de lui dire « hey Joe, t’as perdu tes crocs ?
 »

Trois questions rituelles pour finir : votre dernier coup de cƓur ?
Je viens de finir la bio de Monteverdi; je connaissais Ă  peine, mais le théùtre du ChĂątelet m’a proposĂ© de participer au Couronnement de PoppĂ©e ; moi qui ai toujours envie de porter Gilgamesh Ă  la scĂšne, y’a pire comme stage rĂ©munĂ©rĂ© ! Du coup je dĂ©couvre un truc passionnant, ça me donne mĂȘme des idĂ©es : lĂ , j’aurais envie d’essayer un madrigal avec une banda du sud-ouest


Votre dernier coup de blues ?
En Ă©coutant Monteverdi, justement, il y a une mĂ©lancolie incroyable
 Et puis ces histoires, Octavia qui n’a pas le droit d’avoir deux amants alors que CĂ©sar se permet tout. Quoi de plus ridicule que CĂ©sar, ces gars en qui il faudrait croire alors qu’ils sont minables


CĂ©sar, PĂšre Ubu, mĂȘme chose ?
Des PĂšres Ubu dans l’actu, il y en a des tas, DSK le premier
 Des enfants et des empereurs en mĂȘme temps


Votre dernier coup de sang ?
Le Monde me demande une tribune sur l’histoire de la littĂ©rature orale, que j’ai titrĂ©e Peuple parle, et dans laquelle, Ă©videmment, je reviens sur ce qui m’oppose Ă  Olivier Poivre d’Arvor. J’ai juste dĂ©clinĂ© ses initiales, OPA et visiblement ça coince dans certains tuyaux, puisque ça n’a toujours pas Ă©tĂ© publié 

La Marseillaise

Denis Bonneville
La Marseillaise 27 mai 2011

- DICK ANNEGARN INSPIRE PAR LES BELLES LETTRES

A la CriĂ©e, le chanteur voyage dans la littĂ©rature qu’il aime

Quand il vous parle, il est un peu ici, un peu ailleurs. Un peu comme dans la vie qu’il partage entre la France et le Maroc. “ Je ne suis pas Français mais je chante en Français, dans une langue Ă©trangĂšre donc “, rĂ©sume dans sa belle voix dure et profonde le NĂ©erlandais Dick Annegarn.
Artiste ovni, chanteur inclassable, homme chaleureux et voyageur, Dick Annegarn occupe une place Ă  part dans le monde de la chanson. “ Je fais entre 40 et 50 concerts par an. Pas Ă  Marseille oĂč je ne suis pas dĂ©sirĂ© visiblement. J’adore venir chanter Ă  Marseille mais, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, je vais plutĂŽt en pĂ©riphĂ©rie que dans les grandes capitales rĂ©gionales. Les grandes villes ont peur de moi. “ En pĂ©riphĂ©rie du show biz aussi : “ On a Ă©tĂ© quelques-uns Ă  ĂȘtre davantage marginalisĂ©s que marginaux “, lance-t-il toujours entre vĂ©ritĂ© et plaisanterie.

Ce soir Ă  la CriĂ©e, il donne un concert littĂ©raire, une crĂ©ation concoctĂ©e pour les Correspondances de Manosque, jouĂ©e une fois Ă  Paris. “ Dites bien aux gens que je ne vais pas chanter Bruxelles, pour ceux qui s’attendraient Ă  ça c’est ratĂ©. Ils seraient déçus s’ils n’étaient pas prĂ©venus. “ On s’écrie que c’est dommage. Il riposte : “ C’est pas mademoiselle Âge tendre et tĂȘte de bois! Je demande l’autorisation de progresser. De faire autre chose. “
On la lui accorde pour se laisser entraĂźner, ce soir, dans un tour d’horizon de la littĂ©rature, de la poĂ©sie qu’il aime : “ C’est une crĂ©ation dont le prĂ©texte est des lettres. Il y a des chansons qui ont trait Ă  la littĂ©rature, une lettre de ThĂ©o Ă  son frĂšre Van Gogh, j’ai mis en musique le poĂšme L’EternitĂ© de Rimbaud, je lis aussi dans sa derniĂšre lettre, j’alterne chansons et des bouts de lecture mĂȘme si je sais que la lecture est le degrĂ© zĂ©ro du spectacle. Mais je me lĂšve, je joue de la guitare, je bouge. Je lis un texte en sumĂ©rien, en kurde pour la beautĂ© des sons
“
Dick Annegarn dit qu’il travaille beaucoup, qu’il aime aller Ă©crire au Maroc oĂč, prĂšs de la mer, il n’a que des amis. Il raconte aussi qu’il travaille sur un projet d’album avec RaphaĂ«l qui lui avait demandĂ© une chanson sur son prĂ©cĂ©dent disque. Il martĂšle encore qu’il se mĂ©fie, se garde des â€œĂ©tats majors Ă©conomiques, politiques ou militaires qui sont tous mĂ©prisants avec le peuple et les artistes”. Dick Annegarn n’a pas changĂ©. Et ça c’est dĂ©cidĂ©ment une bonne nouvelle.

Olga Bibiloni
La Provence 27 mai 2011

- Paroles

Une couverture qui tire discrĂštement l’Ɠil, qui donne envie de feuilleter. Une dĂ©couverte qui surprend : les chansons sont classĂ©es par ordre alphabĂ©tique et non par album dans un ordre chronologique. Enfin un album photo prĂ©sente l’artiste Ă  divers moments de sa vie et certaines de ses relations. Ce recueil est une surprise. En effet c’est gĂ©nĂ©ralement rĂ©servĂ© aux artistes dĂ©funts dont on peut proposer l’intĂ©gralitĂ© de l’Ɠuvre. Est-ce Ă  dire que Dick Annegarn n’écrira plus de chanson ? (on notera au passage que son dernier opus ne comporte que des reprises anglo-saxonnes).

Je crois pouvoir dire aprĂšs lecture et vu le “ton” de cette “intĂ©grale” qu’il m’étonnerait beaucoup que Dick Annegarn cesse de composer et d’écrire
 A le lire et Ă  plus forte raison en l’écoutant on sent qu’il n’a pas tari son imagination. Et aussi parce que le monde, je crois, lui offrira encore des sujets d’étonnements et de “rĂ©volte”. Pour ce qui est de sa musique elle est assez libre – non enfermĂ©e dans des modes ou des genres fixes – pour se renouveler.

Cinquante pages de prĂ©sentation, une introduction d’Olivier Bailly illustrĂ©e de commentaires de Dick, donne des pistes de lecture et surtout expliquent, justifient le choix de prĂ©sentation. En rĂ©sumĂ© : les textes de Dick ont Ă©voluĂ© et sont susceptibles d’évoluer en fonction de leur passage sur scĂšne


Sachant que les lecteurs aiment bien confronter leurs Ă©tiquettes Ă  celles des critiques je vais tĂącher de vous situer Dick Annegarn que pour ma part je trouve “inclassable”. On peut comme le fait Olivier Bailly lui chercher du Rimbaud ou du SurrĂ©alisme (Desnos plus qu’Eluard) dans les vers, c’est vrai que Dick est trĂšs cultivĂ© – ses chansons sont bourrĂ©es de rĂ©fĂ©rences sous-jacentes – mais Ă  cause de ses musiques je le rangerai dans une succession de Trenet Ă  Gainsbourg en passant par Vian/Salvador pour lui donner comme famille Areski-Fontaine, Higelin et Souchon avec un cousinage chez Vassiliu et BĂ©ranger 
 et plus lointain Hubert-FĂ©lix TiĂ©faine. En rĂ©sumĂ© il tranche par des textes dĂ©calĂ©s soutenus par des musiques inclassables. On aime ou pas mais il ne peut laisser indiffĂ©rent.

Il va de soi que ce livre ne se lit pas d’une traite comme un roman. On l’ouvre au hasard, on lit trois chansons et on referme pour savourer
 J’imagine que les nostalgiques iront d’abord regarder leurs classiques – pour moi, “Ubu” et “Mireille” – . Parce que je l’avais sous la main pendant ma lecture, j’ai Ă©coutĂ© et lu “Un’ombre” oĂč “MĂȘme en hiver” et surtout “OĂč es-tu Mohand?” ont retenu mon attention. J’ai trouvĂ© “GanaĂ«l” trĂšs “Nourritures terrestres” et je me suis laissĂ© sĂ©duire par – dans le dĂ©sordre – : “Françoise Parodie”, “L’institutrice”, “Boileau”, “Mal de dents”, “Le Saule” et “Trois petits cochons”


Un livre Ă  garder Ă  portĂ©e de main. Parce que relire un texte de temps en temps peut ĂȘtre intĂ©ressant et surtout peut servir de baromĂštre personnel: est-ce que dans six mois, un an ma sĂ©lection ci-dessus sera la mĂȘme ?

Bonne écoute.

Murmures

Noé Gaillard
Murmures juin 2011

- LA MATIERE DES MOTS : PAROLES

En rĂ©unissant les textes de ses chansons en un livre, Dick Annegarn confirme ce que l’on savait dĂ©jĂ  : qu’il fait partie des grands paroliers de la chanson française. MĂȘme en Ă©tant isolĂ©s de sa voix et de ses instruments, ses textes demeurent extrĂȘmement musicaux. Dick Annegarn aime la matĂ©rialitĂ© des mots, qu’il fait s’entrechoquer Ă  loisir et qui dĂ©gringolent au fil de ses chansons comme autant de cailloux signifiants et sonores.

Chanson et poĂšme

Le livre qui rĂ©unit dĂ©sormais l’intĂ©grale des textes de chanson de Dick Annegarn s’intitule Paroles. Et dans l‘« Introduction » d’Olivier Bailly, qui s’apparente Ă  une long entretien commentĂ©, peut se lire cette dĂ©claration du chanteur : « On confond trop la poĂ©sie et la littĂ©rature avec la chanson qui n’est pas une littĂ©rature, ou alors orale. La chanson pour moi devrait ĂȘtre dissociĂ©e [
]. » (
)

Pour consulter l’intĂ©gralitĂ© de l’article : Culture

Laurent Demoulin
Culture, journal de l'université de LiÚge mai 2011

- DICK ANNEGARN l'AMERICAIN

Un an aprÚs Soleil du soir, Dick Annegarn sort un disque de reprises de grands classiques du folk et blues intitulé Folk Talk. Un hommage trÚs personnel à la culture populaire américaine, qui sonne comme un retour aux sources.
Saint James Infirmary Blues, Down In the Valley, Georgia on my Mind, Worried Man Blues, Ox Driver’s Song
 Quatorze chansons qui composent une sorte de condensĂ© de la culture folk et blues des États-Unis. Avec Folk Talk, Dick Annegarn, le plus français des NĂ©erlandais se transporte dans une des sources majeures de la musique occidentale d’aujourd’hui en explorant Ă  son tour le songbook inĂ©puisable de la chanson populaire amĂ©ricaine. “Je chante la moitiĂ© de ces chansons depuis trente ou quarante ans sans texte, sans partition et mĂȘme sans guitare. La transmission, le passage, l’oubli, ça m’intĂ©resse vraiment. Que reste-t-il d’une chanson quand on l’a oubliĂ©e ?”

Il ne cache pas que l’idĂ©e d’enregistrer Folk Talk est venue du directeur de son label, Vincent FrĂšrebeau : “Il m’en parle depuis 1998 au moins. Quand je vais dĂźner chez lui et que je prends la guitare, je chante du folk et du blues. Ce sont plus mes sources que Georges Brassens. J’ai grandi avec Nina Simone, Bob Dylan, Woody Guthrie, Bukka White. Adolescent, j’ai vu John Lee Hooker et quelques autres au théùtre 140 Ă  Bruxelles, Ă  une Ă©poque oĂč on voyait en Belgique plus d’artistes amĂ©ricains que de chanteurs français.” Et il rappelle que BĂ©bĂ© Ă©lĂ©phant, un de ses premiers succĂšs, Ă  l’aube des annĂ©es 70, lui a Ă©tĂ© inspirĂ© par une chanson d’un AmĂ©ricain croisĂ© Ă  Bruxelles.

Il chante la tradition populaire mais aussi des Ɠuvres de grands crĂ©ateurs et interprĂštes comme Bob Dylan (Don’t Think Twice, It’s Alright) et Elvis Presley (Love Me Tender), avec toujours la mĂȘme libertĂ© dans l’approche des chansons et du chant. À propos de ces grands crĂ©ateurs, il aime jouer sur les sens du mot vol : “Ils ont empruntĂ© aux racines, mais ils ont aussi cherchĂ© un envol – ils ne se gĂȘnaient pas pour ajouter un couplet ou pour couper ici ou lĂ . Dans House of the Rising Sun, mon interprĂ©tation est autant une signature que les paroles elles-mĂȘmes – j’y ai mis des mĂ©lismes arabisants ou yiddish. J’ai du mal Ă  chanter comme les originaux. C’est une rĂ©appropriation que je revendique. C’est aussi un disque pour voyager. Je ne voulais pas un disque de faux cowboy ou de faux Noir que je ne joue qu’en France. J’ai optĂ© pour un petit cĂŽtĂ© wacky, cinglĂ©, personnel.”

Un chanteur francophone

Et, de fait, on reconnait vraiment Dick Annegarn dans chacune des chansons de Folk Talk, mĂȘme si l’instrumentation est strictement folk et le rĂ©pertoire, profondĂ©ment enracinĂ© dans l’AmĂ©rique. Guitare acoustique, presque rien de percussions, deux choristes çà et lĂ , et sa voix rocailleuse, vibrante, ductile, rugueuse et lyrique Ă  la fois. “J’avais commencĂ© Ă  enregistrer Ă  Saint-RĂ©my-de-Provence mais j’étais un peu ankylosĂ©. Nous avons tout refait et tout fini Ă  Los Angeles chez Freddy Koella. ‘DĂšs l’aĂ©rogare, j’ai senti le choc’ (il cite Nougayork, de Claude Nougaro) : lĂ -bas, le drive, le swing, l’accent tonique, la niaque, rien n’est pareil. Et nous pouvions avoir pour les chƓurs des chanteuses de la Nouvelle-OrlĂ©ans, qui m’ont franchement envoutĂ©.” Pour la tournĂ©e, il va partir avec deux choristes antillaises. “Pendant des annĂ©es, mes musiciens Ă©taient gascons. Ça va changer d’ambiance, ce cĂŽtĂ© crĂ©ole des filles de l’AmĂ©rique centrale
”

Il aime que les textes de ces chansons amĂ©ricaines soient parfois d’une simplicitĂ© troublante : “Il y a des ondes de signification, des sens cachĂ©s qui s’entendent entre les mots. Il n’y a pas de dictionnaire pour ces chansons. Il faut en donner une signification, qui n’est pas forcĂ©ment universelle. Notre folk n’est pas amĂ©ricain. Il est mondialiste, obamiste. De toute façon, mĂȘme nos compositeurs europĂ©ens sont des voleurs : Bartok et VarĂšse ont pris des mĂ©lodies chez les illettrĂ©s. Ici, j’honore une infime partie de nos racines. Il y a des circulations incroyables dans la musique. Je me souviens avoir chantĂ© Le Roi Renaud Ă  mes amis berbĂšres au Maroc ; il leur semblait que c’était une chanson de chez eux.” Les racines ? Quant Ă  lui, il va aussi publier, le 19 mai, un recueil de ses textes de chansons, Paroles (Ă©d. Le Mot et le Reste), “ce qui confirme que je suis toujours un chanteur francophone”.

RFI musique

RFI Musique février 2011