Nos futurs
Un conte post-rétro
Je ne souhaitais pas trop entrer dans les dĂ©tails. Ni comparer mon expĂ©rience Ă la sienne. Au pays des french rock critics, on entrait comme dans un moulin, personne Ă lâaccueil, et on en repartait sans fleurs ni couronnes. CâĂ©tait une confrĂ©rie discrĂšte autour dâune musique bruyante. On ne sây faisait dâami que par exception. Elle rĂ©servait sĂ»rement les effusions au grand Ăąge que nous atteindrions peut-ĂȘtre, nos jointures Ă©mettant alors les craquements dâun vieux vinyle.
Imaginons lâĂ©vĂ©nement suivant : Simon Reynolds, lâĂ©rudit critique de rock anglais auteur de RĂ©tromania, sonne Ă©garĂ© Ă votre porte. Imaginons ensuite que vous vous appeliez François Gorin, autre spĂ©cialiste de la chose rock, que lâouvrage de Reynolds a questionnĂ© au plus profond de son amour de la musique. Il sâagit Ă©videmment dâune chance Ă ne pas laisser passer. Une semaine durant, chaque soir, les deux Ă©minents critiques se retrouvent, thĂ© et platine disque Ă portĂ©e de main, pour faire le point sur la passion qui les anime. Au cours dâun dialogue Ă©voquant musiques africaines et Elvis Costello, Beach House et Kanye West, le Français va tout tenter pour remonter le moral dâun Anglais dĂ©sabusĂ© par une Ă©poque oĂč tout peut ĂȘtre Ă©coutĂ© dâun clic, oĂč les coffrets se transforment en mausolĂ©es, et oĂč les vinyles prennent la poussiĂšre sur les Ă©tagĂšres des collectionneurs. Et peu importe, finalement, de savoir ce que tout ceci doit Ă lâimagination.
Revue de presse
- Alcool, drogue, amour, argent AgnÚs Léglise Rock&Folk Octobre 2014
- Trois livres pour passer de belles vacances au pays de la Rétromanie Stéphane Deschamps Les Inrockuptibles 16 juillet 2014
- Culture pop : le futur d'un passé Philippe Poirrier Policultures 7 juillet 2014
- Nos futurs L'Ăditeur Singulier 3 juillet 2014
- Essai transformé Franck Vergeade Magic Juin 2014
- Les disques durent Alexandre Fillon Livres Hebdo 16 mai 2014
- Nos futurs Philippe Dumez I love you, Georgia Hubley 19 mai 2014
Conte moderne
Il Ă©tait une fois une visite improbable. Pour ce critique de rock accro au vinyle, voir dĂ©barquer chez soi Simon Reynolds, le fameux spĂ©cialiste anglais du genre, auteur du culte RĂ©tromania, est un choc. Un peu comme si Bono sonnait chez Daho. Une illusion? En tout cas, un rĂȘve qui durera une semaine. Chaque jour avec une prĂ©cisions mĂ©tronome, cet invitĂ© surprise jaugera son hĂŽte, curieux de ce quâun french critic peut bien Ă©couter. Une Ă©preuve pour notre maniaque du 33-tours. Il y a bien les Kills, Beach House, Kanye West, Costellon Paddy MacAloon⊠Seulement voilĂ , les platines de François Gorin, journaliste Ă TĂ©lĂ©rama, ne se lassent pas de faire tourner les Doors, les Beach Boys, Lou Reed, Dylan⊠Dans Nos futurs, ne rĂ©sume-t-il pas : âLa musique nâa plus de prĂ©sent, encore moins dâavenir, tout est bouffĂ© par le passĂ©â, reprenant la thĂšse de Reynolds? Rare concession Ă la modernitĂ©, lâauteur alimente un blog depuis cinq ans. Son nom? Les Disques rayĂ©s⊠Une entreprise furieusement rĂ©tro.
La nostalgie camarade. Devra-t-on un jour ainsi rebaptiser cette page tant la nostalgie, plus que jamais, est au cĆur de la rentrĂ©e littĂ©raire et finalement de la plupart des livres chroniquĂ©s ici ? La nouvelle garde rock (sic) nâinspire, semble-t-il, pas autant ses contemporains que leurs glorieux aĂźnĂ©s tandis que lâhistoire du rock est elle devenue un sujet majeur, au mĂȘme titre que celle du cinĂ©ma ou de la littĂ©rature mais avec, notons-le, la lĂ©gĂšre diffĂ©rence que son passĂ© y apparaĂźt bien plus que son actualitĂ©, ce que, par ailleurs certains pourraient voir comme la preuve que le binz nâest plus un truc dâavenir. On vous laisse juges.
RĂ©tromaniques, nous le sommes tous devenus depuis Youtube et aucun domaine artistique nâest aujourdâhui Ă©pargnĂ© par cette vague inexorable ainsi que le journaliste et critique rock Simon Reynolds nous lâavait dĂ©montrĂ© brillamment dans son vaste essai RĂ©tromania, essai qui sert aujourdâhui de point de dĂ©part au livre de lâĂ©galement journaliste et critique rock, François Gorin, Nos futurs, Un conte post-rĂ©tro.
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âFais-moi oublier RĂ©tromaniaâ, aurait demandĂ© Simon Reynolds Ă François Gorin tout en sirotant un drĂŽle de thĂ© au dĂ©but dâun dialogue socratique imaginaire. Câest le dispositif fictionnel du dernier livre de Gorin, auteur et rock-critic français Ă©mĂ©rite, dĂ©sormais hĂ©bergĂ© chez TĂ©lĂ©rama : inviter dans son salon lâauteur du livre RĂ©tromania (ce gros pavĂ© dans la mare de la modernitĂ©, dont la thĂšse mĂ©lancolique Ă©tait de dĂ©montrer que le rock, câest fini pliĂ©, refroidi par les rééditions, les rĂ©formations, la nostalgie et le poids de lâhistoire) pour discuter de choses et dâautres.
Tout en restant intĂ©ressant, Gorin va dĂ©cevoir Reynolds : son livre, plus lĂ©ger quâun ballon de plage, ne fera pas du tout oublier RĂ©tromania. Câest au contraire une autre balade Ă rebours dans sa vie de rock-critic, de fan Ă©clectique de musique (de la pop au blues dâavant-guerre en passant pas les chanteuses de jazz ou le hop-hop), de collectionneur de disques et de type qui a toujours su poser les vraies questions drĂŽles (comme celle-ci : le rock Ă©tant antĂ©rieur au punk, comme le post-punk a-t-il pu prĂ©cĂ©der le post-rock?).
Pour la suite des vacances en RĂ©trmanie (ce pays imaginaire quâon visite tous les jours), on conseille deux autres livres publiĂ©s par Le mot et le reste (officiellement meilleur Ă©diteur français de textes sur la musique) :Sun Ra, Plamiers et pyramides de Joseph Ghosn (ex-_Inrocks_), et Musiques populaires brĂ©siliennes de David Rassent. Les deux livres, Ă©galement passionnĂ©s, proposent un point de vue (personnel pour le premier, plus historique pour le second) et une utile sĂ©lection discographique commentĂ©e. Sâils vont bien ensemble, et quâentre le jazzman cosmique Sun Ra et le contingent des BrĂ©siliens, il y a un mĂȘme goĂ»t pour lâaventure spatiotemporelle, le dĂ©chiffrage, lâinvention, lâavant-garde. RĂ©tromanie oui, mais au futur antĂ©rieur.
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En 2012, lâĂ©diteur Le mot et le reste proposait une opportune traduction de RĂ©tromania, maĂźtre-livre du critique britannique Simon Reynolds. Lâauteur, ancien Ă©tudiant en histoire de lâUniversitĂ© dâOxford, offrait un riche panorama des musiques populaires des trente derniĂšres annĂ©es. Ă lâheure du numĂ©rique, il soulignait combien la culture pop Ă©tait dĂ©sormais caractĂ©risĂ©e par un recyclage incessant du passĂ© ; un passĂ© que tous et chacun pouvaient retrouver sur la Toile, via You Tube notamment. Le mĂȘme Ă©diteur vient de publier un essai du critique François Gorin, ancien de Rock&Folk et qui officie aujourdâhui Ă TĂ©lĂ©rama, qui met en scĂšne une rencontre (imaginaire), chaque soir pendant une semaine, avec Simon Reynolds. Le procĂ©dĂ© littĂ©raire, somme toute astucieux, permet au lecteur une plongĂ©e dans la production contemporaine, dâElvis Costello Ă Kanye West ; de Beach House aux Kills. Les fidĂšles du blog de François Gorin, « les disques rayĂ©s », auront plaisir Ă retrouver des analyses qui mettent en perspective la richesse de la culture pop contemporaine, que lâon ne saurait rĂ©duire au mainstream matraquĂ© par les mĂ©dias de masse, et Ă la « variĂ©tĂ© », formatĂ©e et diffusĂ©e en prime time sur les principales chaines de TV. En filigrane, François Gorin, abordant son itinĂ©raire, souligne la singularitĂ© du french rock critics dans un paysage culturel hexagonal longtemps rĂ©ticent aux musiques populaires dâoutre-manche et dâoutre-atlantique. Lâoptimisme de François Gorin contraste avec les positions de Simon Reynolds, Anglais vivant Ă New-York, fortement dĂ©sabusĂ© par une nostalgie omniprĂ©sente, interprĂ©tĂ©e comme un frein Ă la crĂ©ation. Lâessai de François Gorin nous invite Ă la fois Ă (re)lire RĂ©tromania et Ă ne pas dĂ©sespĂ©rer de lâavenir de la musique. Tel est lâun des paradoxes de la Toile : nous permettre de dĂ©couvrir plus facilement que jamais quelques perles de lâunderground mĂȘme si les gĂ©ants de lâindustrie culturelle ne cessent dâutiliser la mĂȘme Toile au service du mainstream. Câest dire si lâenjeu est dâimportance pour les politiques publiques : dĂ©passer les seules logiques rĂ©pressives et inventer des dispositifs qui permettent, et pas seulement pour les musiques savantes, de soutenir la crĂ©ation et de favoriser lâappropriation de la culture par le plus grand nombre, sans oublier des logiques patrimoniales de plus en plus prĂ©sentes, et qui ne sauraient ĂȘtre laissĂ©es aux seuls acteurs du marchĂ©. Voici deux livres stimulants Ă emporter en vacances, en Ă©coutant, dâune autre oreille, Daft Punk, Lana Del Rey ou lâĂ©dition (double CD, vinyle ou coffret super deluxe chez Warner) de Led Zeppelin.
Le blog de François Gorin : « les disques rayés »
François Gorin, entretien avec François Ribac
Le Blog Retromania de Simon Reynolds
On sâest demandĂ©, en fermant ce conte post-rĂ©tro, sâil nâallait pas devoir se contenter dâun public assez restreint, essentiellement masculin et vaguement music nerd. Câest possible. Une longue conversation, en neuf rencontres imaginaires, entre Simon Reynolds, auteur notamment du fameux RĂ©tromania, et François Gorin, blogueur obsessionnel des Disques rayĂ©s (entre autres) : câest pointu. Pointu mais rĂ©jouissant. En premier lieu parce quâil est rassurant de se dire quâon peut Ă©crire et publier (merci Le Mot et le Reste) des bouquins de ce genre en France. Et si on sâest par moments un peu agacĂ© du style (un cĂŽtĂ© 80âs de la narration quâil serait trop long dâexpliquer), on sâest laissĂ© dĂ©river avec bonheur, vraiment, au fil de ces chapitres-conversations oĂč lâon parle de mille et une choses et de gens aussi divers quâElvis Costello, Kanye West, Beach House, Beverly Kenney et Paddy McAloon. Beverly Kenney et Paddy McAloon : on nâen revient pas.
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Pleine page consacrée à Nos futurs dans Magic avec notre opération spéciale estivale annoncée.
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âDe son propre aveu, François Gorin est un âcritique rock intermittent, semi-retraitĂ©â. Cette fine plume, qui est aussi un dĂ©couvreur toujours en alerteâŠâ
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âToute relation personnelle avec un artiste quâon admire est en principe dĂ©conseillĂ©eâ Ă©crit François Gorin dans âNos Futursâ et je ne peux que lâapprouver. A une nuance prĂȘt : François est lâexception qui confirme la rĂšgle. Dans le numĂ©ro 2 dâune publication que jâĂ©tais fier de voir suspendue Ă une pince Ă linge derriĂšre le comptoir chez Rough Trade, je partageais mes impressions aprĂšs la lecture de âSur le rockâ : et si ce billet nâavait aucun intĂ©rĂȘt, il mâa au moins permis dâĂ©tablir un lien avec lâauteur, rapidement scellĂ© par la tradition dâun dĂ©jeuner semestriel, dâabord dans un restaurant japonais situĂ© aux Halles et, suite Ă la fermeture de celui-ci, un Italien au mĂ©tro St Michel. Cette rĂ©gularitĂ© nâa, Ă mon souvenir, connu aucune entorse en 15 ans et les plus rapides dâentre vous auront donc fait le calcul suivant : depuis que jâai fait sa connaissance, jâai eu le privilĂšge de dĂ©jeuner 30 fois avec François Gorin. Et pourtant, chaque fois quâil passe commande, je suis toujours incapable de prĂ©dire vers quel plat son choix va se porter.
MĂȘme sâil se considĂšre lui-mĂȘme comme un âsemi-retraitĂ©â, François Gorin a certainement Ă©tĂ© un des premiers journalistes musicaux Ă ne pas considĂ©rer le fait dâĂ©crire exclusivement pour internet comme une solution par dĂ©faut : lâHistoire lui a donnĂ© raison puisquâil a mobilisĂ© autour des âDisques rayĂ©sâ une belle communautĂ© de âFranciscainsâ qui animent autant le blog que lui. Par sa libertĂ© comme par sa rĂ©gularitĂ©, âLes Disques rayĂ©sâ est lâexemple parfait dâune rubrique pensĂ©e pour la toile : la retrouver compilĂ©e sous la forme dâun livre, sans les commentaires ni lâextrait son qui lâaccompagnent, nâaurait pas de sens. Par contre, il est Ă©tonnant quâelle nâait jamais fait lâobjet dâune dĂ©clinaison sous la forme dâune application liĂ©e Ă une plateforme de streaming.
Il y a quelques dĂ©jeuners, François mâa confiĂ© quâil Ă©tait en train dâĂ©crire un livre : pas un roman, mais plutĂŽt un conte dans lequel il mettrait en scĂšne Simon Reynolds, lâauteur de âRĂ©tromaniaâ, lors dâun huit-clos qui ne serait pas un hommage Ă Hitchcock. Dâune maniĂšre lĂ©gitime, âNos Futursâ paraĂźt chez Le mot et le reste, lâĂ©diteur de âRĂ©tromaniaâ. Quand je lâai eu terminĂ©, je nâai eu quâune seule envie : lui emboiter le pas et imaginer Ă mon tour un conte dans lequel je mettrais en scĂšne François Gorin, lâauteur de âNos Futursâ, lors dâun huit-clos qui ne serait toujours pas un hommage Ă Alfred. Nous Ă©couterions un CD-R de Stanley Brinks tout en ouvrant des pistaches avec nos ongles. Et la soirĂ©e durerait sĂ»rement plus dâun million dâannĂ©es.
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