Nirvana
Drain You
Câest la premiĂšre fois que je vois la pochette de Nevermind.
Jâavais imaginĂ© un truc plus⊠amĂ©ricain. Un aigle survolant une montagne, ou trois types Ă moto. Des zombies en plein trip dâacide. Une banniĂšre enflammĂ©e, portĂ©e par un vĂ©tĂ©ran du Vietnam. Des punks brĂ»lant un Burger King.
« â Tu connais ça ? Je vais demander au DJ de le passer. On va rire !
Je regarde fixement la pochette. Un bébé nageur flotte devant un billet de banque, accroché à un hameçon. Le nom du groupe est inscrit en bas à gauche.
Nirvana.
Câest la premiĂšre fois que je vois la pochette de Nevermind.
Jâavais imaginĂ© un truc plus⊠amĂ©ricain. Un aigle survolant une montagne, ou trois types Ă moto. Des zombies en plein trip dâacide. Une banniĂšre enflammĂ©e, portĂ©e par un vĂ©tĂ©ran du Vietnam. Des punks brĂ»lant un Burger King.
LâidĂ©e du bĂ©bĂ© est gĂ©niale, parce quâelle est audacieuse. Je tourne le boĂźtier dans tous les sens, comme le coffre dâun trĂ©sor. Ă lâarriĂšre, il y a une drĂŽle de photo. Un singe aux allures de plongeur, figĂ© dans un dĂ©cor infernal. Lâeau, le feu, le singe, lâenfant, le billet vert, lâhameçon, tout cela me semble terriblement familier. Presque Ă©vident.
â Dis Guillaume, tu crois vraiment que Sono Michel va passer ton album de Nirvana ? Câest pas Boney M, câest du hard rock !
â Et alors ?
â Heu⊠je ne pense pas que les vieux apprĂ©cient. Et le caniche ne veut pas ĂȘtre foutu dehors.
â Laisse-moi faire.
Guillaume se lĂšve, un large sourire aux lĂšvres. Il rejoint lâestrade, me lance un regard amusĂ©, et tend son CD au DJ. Le caniche se penche vers lui.
Il ne va pas le prendre. Câest pas possible. Il ne va pas⊠Il lâa pris ! Merde, une catastrophe se prĂ©pare.
Sono Michel bidouille son matĂ©riel. Fade out sur The Rivers Of Babylon, de Abba. Ăa va ĂȘtre lâapocalypse. Je regarde Guillaume, je regarde le caniche, je regarde ma coupe pleine, et puis une chanson trĂšs douce sâĂ©lĂšve des enceintes, se rĂ©pand dans la salle, enveloppe la mariĂ©e, les enfants qui jouent, la foule qui danse, et je ne comprends pas ce qui se passe.
Guillaume me rejoint, victorieux, et sâamuse de mon air ahuri.
â Tu vois, fallait pas tâinquiĂ©ter. Ăa sâappelle Poly. Câest la sixiĂšme chanson sur lâalbum.
â Merde, câest Nirvana, ça ?
â Ben oui. Mais en acoustique. Tâen penses quoi ?
Ce que jâen pense ?
Câest⊠beau. Cette chanson est magnifique. Dans la salle, quelques couples se sont enlacĂ©s. Mais la plupart des invitĂ©s mangent. Les fourchettes sâenfoncent dans la viande saignante. Les couteaux raclent les assiettes. Ăa renifle et ça mĂąchouille. »